#146 – Panionios Athènes : Ιστορικός

L’historique. L’origine la plus lointaine du Panionios est le club fondé par la communauté grec d’Izmir, en Turquie actuel. En effet, le 14 septembre 1890, des jeunes des éminentes familles grecques de Smyrne (Izmir) décidèrent de créer une association dénommée « Ορφεύς Σμύρνης » (Orphée de Smyrne) dans le but d’éduquer ses membres à la musique et la gymnastique. En 1894, certains membres d’Orphée férus de sport formèrent une organisation distincte, Γυμνάσιον Σμύρνης (Gymnasium Club), et créèrent la véritable première équipe de football à Smyrne en 1895. En 1898, ces deux associations fusionnèrent pour donner naissance à Panionios. Ce dernier poursuivit l’oeuvre de ces deux prédécesseur qui visait à promouvoir l’éducation culturelle et sportive de la communauté grecque de Smyrne (Izmir) dans l’Empire Ottoman afin de défendre l’identité grecque. Panionios organisait des championnats ouverts à tous et donna l’impulsion à l’Etat pour rendre obligatoire la gymnastique dans les écoles. Mais, en 1922, après une guerre de 3 ans entre la Grèce et la Turquie, la Grèce perdit la guerre et certains territoires. Cette défaite entraîna aussi un grand échange de population : 1 300 000 Grecs de Turquie émigrèrent vers la Grèce tandis que 385 000 Turcs quittèrent la Grèce pour la Turquie. Arrivée en Grèce en 1922, ces grecs de Turquie se retrouvèrent en créant des associations culturelles et sportives, telles que l’AEK Athènes et le PAOK Salonique (cf articles #74, #118 et #234). Si la plupart furent de nouvelles associations, les membres de Panionios s’installèrent à Athènes et poursuivirent l’oeuvre débutée en 1890. Cette continuité fait qu’aujourd’hui, le Panionios est le doyen des clubs de football grec et donc le club historique.

#145 – Club Alianza Lima : el Equipo del Pueblo

L’équipe du peuple. Ce surnom est utilisé pour beaucoup d’équipe d’Amérique du Sud. La raison pour laquelle il a été retenu pour le club péruvien n’est pas connu précisément. Mais deux versions existent et ce sont celles qui justifie habituellement ce surnom. Tout d’abord, avec le plus beau palmarès du football péruvien (23 titres de champion), l’équipe compte de nombreux supporteurs dans tout le pays et dans toutes les couches de la population, notamment les différents peuples qui la composent. Il est dit d’ailleurs qu’une fois que le club joue, tous ces supporteurs s’unissent comme une famille et oublient leur différence de classe ou d’ethnie. De nombreux artistes péruviens lui dédièrent des chansons.

Ensuite, il faut remonter aux origines du club. Comme dans beaucoup de pays, au début du XXème siècle, le football péruvien était trusté par les immigrants britanniques et les couches élevées de la population. Certains de la bourgeoisie péruvienne avaient pu partir en Angleterre faire leurs études et apprendre sur place le football. En revenant aux pays, ces élites l’apprirent à leurs amis de la même classe et se confrontèrent aux expatriés anglais. Les clubs de l’époque étaient alors fondés par et réservés aux élites. Celui d’Alianza fut fondé le 15 février 1901 par des jeunes du quartier populaire de Chacaritas aux origines modestes. Il se voulait le représentant de ce quartier populaire face aux autres parties de la ville et s’opposa alors rapidement aux clubs plus huppés, mieux nés. Ses victoires face à ses clubs de l’élite locale symbolisèrent celles du peuple face à la bourgeoise. Des triomphes qui étaient impensable dans d’autres aspects de la vie quotidienne à l’époque, dans cette société établie et sclérosée. Ces nombreuses victoires attirèrent évidemment encore plus à lui les couches populaires.

#144 – FC Metz : les Grenats

Le club lorrain joue effectivement en grenat. Mais d’où provient cette couleur ? A la fondation du club, en 1932, le club évoluait dans les couleurs de la ville de Metz, le noir et le blanc. Tirées du blason de la ville, ces couleurs ont pour origine celles de l’écusson qui représentait le paraige dénommée « Commun ». Au nombre de 6, les paraiges, des associations de familles bourgeoises et commerçantes, dirigeaient la ville, lors de la République Messine (1234 – 1552).

Le 27 décembre 1936, le FC Metz se déplaça à Marseille pour affronter l’OM. Le club perdit le match 4 à 0. Au-delà de la défaite, Raymond Herlory, le Président du club, et Charles Fosset, le défenseur, blessé pour ce match et qui se trouvait alors dans les tribunes, entendirent surtout les supporteurs de l’OM insulter les joueurs messins. Ils leur lançaient des injures à caractère anti-allemand. En effet, avec leur maillot blanc et noir, le club rappelait l’équipe nationale d’Allemagne. Cette comparaison n’était évidemment pas flatteuse à une époque où les souvenirs et stigmates de la grande guerre étaient encore vivaces pour les deux partis. En particulier pour les messins qui avaient connu l’annexion de la Moselle en 1870 par l’Allemagne et qui n’étaient pas toujours considérés comme des français par les français de l’intérieur, depuis leur retour dans la Mère Patrie en 1918. Le Président et son joueur eurent donc l’idée de changer les couleurs pour améliorer l’image du club et optèrent pour le grenat. Le grenat avait été la couleur du CAM (Cercle Athlétique Messin), l’une des deux formations à l’origine du FC Metz.

Lorsque l’Alsace-Moselle réintégra la France après la Première Guerre mondiale, les autorités françaises dissolurent tous les clubs messins qui furent fondés pendant la période de l’annexion allemande. Ainsi, en 1919, le CA Messin vit le jour sur les bases de l’ancien club de Metzer SpVgg 1912, en portant les couleurs blanc et le bleu. Mais, en avril 1919, pour faciliter l’obtention de l’agrément des autorités françaises, la direction ajoura le rouge (afin de porter les couleurs françaises). En 1924, après sa fusion avec l’Union Sportive et Ligue Aérienne Messine, les sections athlétisme et rugby du CA Messin adoptèrent le grenat et le blanc. En 1928, la section football passa également au grenat.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le maillot grenat du FC Metz disparut au profit d’un maillot bleu et noir. En 1945, le grenat fit son retour. Puis sous la présidence d’Aimé Dumartin (1978 à 1983), les maillots noir et blanc réapparurent jusqu’à ce que l’emblématique Carlo Molinari reprît la présidence du club.

#143 – CA Vélez Sarsfield : el Fortín

Le fort, la forteresse. Le club argentin hérita de ce surnom en juin 1932, quand dans le journal « Crítica » , apparaît un article où le journaliste Hugo Marini décrivit le stade du club, situé aux coins de la rue Basueldo et de la Guardia Nacional dans le quartier de Villa Luro, comme un fort. San Lorenzo devait rendre visite à une équipe de Vélez qui était en pleine forme à domicile. Avant le match, Marini titrait : « ¿San Lorenzo hará rendir mañana el ‘Fortín de Villa Luro’? » (Est-ce que San Lorenzo fera jouer le ‘Fortín de Villa Luro’ demain ?). Pour Marini, le stade de Velez était un fort car il était difficile pour l’équipe adverse d’y gagner un match. En outre, les projecteurs (une rareté pour l’époque) situés au quatre coin du terrain ressemblaient aux tours de guet d’un fort. Bien que ce match se soit soldé par un désastre pour Vélez, qui s’inclina 4-1, les supporteurs trouvèrent un surnom.

Dans ces années, alors que les réseaux sociaux et télévision n’existaient pas et que la radio en était encore à ses premiers balbutiements, la presse écrite disposait d’un immense pouvoir pour accompagner l’explosion de la popularité du football en Argentine. Par ses chroniques drôles et hyperboliques, Hugo Marini en fut l’un des plus importants représentants. Sa chronique « el Sport de cada día » était particulièrement lu et immortalisait un grand nombre d’expressions populaires et surnoms pour le ballon rond.

Malheureusement, suite à la relégation du club en seconde division en 1940, le contrat de location du stade prît fin et Vélez perdit son fort. A la fin des années 40, grâce à la ténacité de José Amalfitani, le club acquit de nouvelles terres dans le quartier de Liniers et y construisit un nouveau stade, qui hérita également le nom d’el Fortín ou Fortín de Liniers.

#142 – Santos FC : Peixe

Poisson. La référence au poisson est bien entendu lié à la qualité de ville portuaire de Santos. Son port est un lieu de commerce important, en concentrant plus du quart des échanges de la balance commerciale brésilienne. Le complexe portuaire s’est développé à partir de 1867 avec l’ouverture d’une ligne ferroviaire de 79 kilomètres reliant São Paulo au Port de Santos qui permit l’exportation de la production de café. En 1912, année de fondation du club, le port de Santos était le premier au monde pour le commerce de café. Aujourd’hui, il écoule la plus grande partie de la production des États céréaliers comme ceux de Sao Paulo, du Minas Gerais (sud-est), de Goias et du Mato Grosso do sul (centre-ouest). Le port de Santos est classé au 38ème rang mondial pour le trafic de conteneurs et le 1er en Amérique latine.

Le surnom fit son apparition en 1933. Le 12 mars 1933, le premier match de football professionnel eut lieu au Brésil, entre Santos et l’ancêtre du Sao Paolo FC. Les fans de l’équipe de São Paulo da Floresta décidèrent de provoquer les supporteurs de Santos en les appelant péjorativement peixeiros (les poissonniers). Ces derniers répondirent fièrement en criant « peixeiros, sim com muita honra » (les poissonniers, oui avec grand honneur). A la même époque, le dessinateur João Brito, dans les pages de « A Gazeta Esportiva » , représentait Santos sous la forme d’un poisson. Qui influença l’autre ? En tout cas, les supporteurs comme João Brito s’inspirèrent peut-être du premier dessin où Santos fut représenté sous la forme d’un poisson. C’était en 1921 dans le journal pauliste, « Ítalo Paulista, IL Pasquino Coloniale », où un supporteur du club de Palestra Itália (le futur Palmeiras) était au bord de la mer et admirait un poisson, représentant l’équipe de Santos.

Si son surnom rappelle le lien entre la ville et le mer, sa naissance ne le plaçait pas sous les meilleures auspices maritimes. Le club fut fondé à l’initiative de 3 sportifs de la ville, Francisco Raymundo Marques, Mário Ferraz de Campos et Argemiro de Souza Júnior, le Dimanche 14 Avril 1912. Or, ce jour là, un peu plus tard dans la soirée (à 23 h 40), le célèbre paquebot transatlantique Titanic heurtait un iceberg et entamait sa longue descente vers les entrailles de la mer.

#141 – Newcastle United : the Magpies

Les pies. En observant le plumage noir et blanc de l’oiseau, on comprends très vite la raison de ce surnom puisque le club du nord de l’Angleterre évolue dans des maillots rayés blancs et noirs. Comme souvent, il ne s’agit pas des couleurs originels du club. Newcastle United naquit en 1892 de la fusion de deux clubs de la ville, Newcastle East End FC et Newcastle West End FC. Une fusion ? Plutôt une absorption de West End par East Eand. En effet, les deux clubs étaient rivaux mais West End connut des difficultés financières qui poussèrent les dirigeants à demander un rapprochement avec East End. Cette fusion se concrétisa donc en 1892. Si le club changea de nom pour United, afin de rappeler que les deux clubs étaient maintenant unis, la nouvelle institution garda pourtant les couleurs du vainqueur, East End, ie un maillot rouge et un short blanc (ou peut-être rayé). Les uniformes étaient chers et, si les membres des deux clubs souhaitaient s’unir et effacer leur vieille rivalité, les finances du clubs ne permettaient certainement pas d’achever cette union en changeant de couleur. Toutefois, lors de plusieurs matchs (notamment face à Liverpool ou Arsenal), les deux adversaires se retrouvaient à joueur sous les mêmes couleurs rouges, ce qui évidemment posait des difficultés d’organisation : une des deux équipes devaient trouver un kit de rechange (or, comme dit plus haut, les équipements étaient chers et les clubs n’avait pas plusieurs kits, et encore moins des maillots à domicile et d’autre pour jouer à l’extérieur – on ne parle donc même pas de version third). Il s’avéra qu’un jour de match, Newcastle trouva, comme rechange, un kit de maillots rayés noirs et blancs. On ne sait pas d’où provenait ce kit de rechange. Il semblerait que l’équipe junior jouait avec de tel maillot et l’équipe senior les emprunta. Il se pourrait aussi que Newcastle les avait empruntés à la ligue régionale du comté de Northumberland, auquel Newcastle était attaché. Au final, un passage permanent au noir et blanc suivit rapidement, très probablement pour réduire les conflits de maillots avec les équipes évoluant en rouge, et peut-être aussi afin d’apaiser les anciens supporteurs de West End qui ne se retrouvaient pas dans les couleurs de leur rival de East End. La décision fut donc prise en 1894, comme le révèle le procès-verbal de la réunion du club: « Il a été convenu que les couleurs du club devraient être changées des chemises rouges et des culottes blanches en chemises noires et blanches (rayures de deux pouces) et des culottes foncées ».

Mais pourquoi les maillots de rechange étaient de couleurs noire et blanche ? Là aussi, il existe de nombreuses versions. L’une d’elle se rattache au comté de Northumberland. Ce dernier possède un tartan officiel, également connu sous le nom de Shepherd Plaid ou Border Tartan. Il s’agit d’un tissage croisé à partir de laine de mouton noire et blanche non teinte, affichant au final des petits carreaux noirs et blancs. Une autre théorie remonte à la guerre civile anglaise et au marquis de Newcastle, William Cavendish, et à son régiment Whitecoats. Le régiment portait des manteaux de laine non teints (qu’ils juraient de teindre en rouge avec le sang de l’ennemi) et combattait sous la crête héraldique Cavendish, qui était principalement en noir et blanc. Enfin, une autre version implique une paire de pies qui nichait au stade de St James’ Park et fut « adoptée » par les joueurs de Newcastle. Cette version, qui n’est pas plus admise que les autres, pourrait boucler la boucle avec le surnom.