#1453 – Binga FC : les Kèlètchè du Golf

Les guerriers du golf. En langue bambara (la plus parlée au Mali), Kèlètchè signifie guerrier. Le surnom peut être utilisé de manière totalement francisé « les guerriers du Golf ». Fondé en 2009, le club connait au début des années 2020 des saisons historiques qui vont forger son identité et son surnom. Tout d’abord, le terme « Golf » fait tout simplement référence à l’ancrage territorial du club à Bamako. Le Binga FC est originaire de Baco-Djicoroni Golf, un quartier très connu de la capitale malienne. Dans le langage courant, les Bamakois appellent souvent ce secteur simplement « le Golf ».

En 2021, alors que le club évoluait simplement en seconde division, il se qualifia pour la finale de la Coupe du Mali face au Stade Malien. Après avoir mené 2 à 0 jusqu’à la 86ème, les joueurs du Binga cédèrent aux coups de butoir du Stade qui planta 3 buts (dont 2 sur pénalty à une minute d’intervalle), privant le petit club de Bamako d’un premier titre national. Toutefois, le Stade Malien ayant réalisé le doublé Coupe-Championnat, le Binga FC se retrouva qualifier pour la Coupe de la confédération africaine 2021-2022. Cette première campagne continentale constitua une véritable épopée pour le Binga FC en dépit de ses moyens financiers limités et de sa présence en seconde division. Binga FC affronta au premier tour préliminaire les Libériens du Monrovia Club Breweries. Au match aller, au Stade Modibo Kéïta à Bamako, Binga remporta la rencontre 3 buts à 0. Au retour, nouvelle victoire : 2 buts à 0. Cependant, pour rallier Monrovia, l’équipe prit un minibus. Deux jours et demi de route furent nécessaires pour faire le trajet de 2 000 kilomètres. Pour certains joueurs maliens, il s’agissait de leur premier voyage hors des frontières. Au second tour, le Binga FC rencontrait le club burkinabé de l’ASFA Yennenga. Battu à domicile (1 à 0) lors du match aller, et après un nouveau voyage en minibus, Binga retourna la situation en remportant le match retour (1-0) puis en prenant le meilleur aux tirs au but.

Au tour suivant, le club zambien du Zanaco FC, reversé de la Ligue des champions, se dressa devant le club malien. Sachant que 15 000 kms séparaient les deux villes (soit un voyage d’une semaine par la route avec 6 frontières à traverser) et que les matchs aller et retour étaient programmés à une semaine d’intervalle (28 Novembre et 5 Décembre), un doute apparut sur la capacité du Binga à honorer sa participation (avec à la clé une sanction de 15 000 dollars et une interdiction de deux ans aux compétitions continentales de la CAF). Le club malien réussit toutefois à lever les fonds nécessaires pour prendre l’avion. Malheureusement, Binga s’inclina 3 à 0 à Lusaka. Au match retour, l’équipe frôla l’exploit en gagnant 2 buts à 0. Si son parcours s’arrêta juste avant les phases de poule, l’équipe impressionna par son courage et sa combativité exceptionnelle sur le terrain, donnant naissance à la légende des guerriers.

#1452 – CARA Brazzaville : les Aiglons

Avec 9 titres de champion et 3 coupes nationales, le CARA Brazzaville est une véritable institution au Congo. Surtout, le club acquit ses lettres de noblesses en remportant la Coupe des clubs champions africains en 1974, à la fin de sa période dorée. Le club naquit d’une frustration. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville, les missionnaires catholiques de l’École Saint-Vincent favorisèrent la création d’une équipe de football dénommée Renaissance. Rapidement, une seconde équipe se créa et les deux, qui portaient les mêmes couleurs, bleu et jaune, se différencièrent en s’appelant Renaissance A (équipe fanion) et Renaissance B (la réserve). Mais, le niveau de ces deux équipes se rapprochèrent (les deux évoluant alors en première division) et une rivalité apparut qui attint son apogée au début des années 1950. Lors de deux compétitions, les joueurs de Renaissance B eurent le sentiment d’avoir été volé par Renaissance A. En Coupe des Scouts, un pénalty généreusement accordé à Renaissance A donna la victoire face à Renaissance B. Puis, un nouveau duel fratricide se déroula en finale de la Coupe Mgr Augouard. Le gardien de Renaissance B, qui était prêté par la Renaissance A, réalisa une prestation pitoyable qui provoqua une lourde défaite. Ce fut vécu comme une trahison et le divorce était alors acté. En 1952, Renaissance B prit son indépendance et se nomma seulement « Renaissance ».

Mais, pour prendre définitivement son essor, il fallait lancer une nouvelle dynamique qui passait par l’adoption de nouveau symbole. En 1963 (ou 1962), le nom du club s’allongea pour devenir le Club Athlétique Renaissance Aiglon, formant ainsi l’acronyme CARA. À cette époque, Brazzaville vibrait au rythme de la « Kara Kara« , une danse extrêmement populaire. En adoptant l’acronyme CARA qui sonnait comme le phénomène culturel, les dirigeants s’assuraient un immense capital sympathie auprès de la jeunesse et des supporters brazzavillois. Pour le terme « aiglon » qui s’imposa dans le nom, les dirigeants cherchèrent simplement l’inspiration en Europe, et plus particulièrement dans le championnat de France. Ils jetèrent leur dévolu sur l’OGC Nice, l’un des clubs phares de l’époque. En effet, le club azuréen connaissait sa période la plus glorieuse avec 4 titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et 2 Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954). Le club rivalisait alors avec le grand Stade de Reims.

Le club congolais adopta donc le nom « aiglons » qui était le surnom historique des joueurs niçois (cf. #137). Pour que l’hommage soit total et que l’identité visuelle marque les esprits, le club congolais prit également la décision radicale de modifier la couleur de ses maillots. Le CARA abandonna ainsi ses historiques couleurs bleu et jaune pour endosser le rouge et noir du club français.

#1451 – CSD Cobán Imperial : los Príncipes Azules

Les princes bleus. Fondée le 1er août 1936, l’équipe fête désormais ses 90 années d’existence. Mais si l’institution s’est hissée au rang de mythe dans le département d’Alta Verapaz, c’est en grande partie grâce à son identité, forgée dès ses premières heures par un changement de nom aussi symbolique que déterminant.

Le club vit le jour sous l’appellation de « Magisterio de Cobán ». Néanmoins, cette dénomination ne fut utilisée que lors des 3 premiers matchs officiels. Les dirigeants prirent effectivement la décision solennelle d’adopter le nom définitif de « Cobán Imperial », ancrant ainsi de manière indélébile le club dans la riche histoire coloniale de la ville qui l’a vu naître. En effet, le choix du terme Imperial n’a rien d’une simple coquetterie sémantique ; il renvoie de manière directe au statut unique de la cité de Cobán. L’histoire remonte à l’époque de la conquête espagnole. Tandis que l’altiplano guatémaltèque était soumis par la force des armes, la région des Verapaz connut une colonisation pacifique. Etant donné sa position stratégique dans la région et sa population croissante, l’Empereur du Saint Empire germanique et Roi d’Espagne, Charles Quint, déclara la jeune cité de Coban, Ville Impériale. La légende raconte que le leader indigène Juan Aj Poop B’atz, privilégiant la diplomatie, accomplit un périple jusqu’en Espagne afin d’y rencontrer le monarque le plus puissant d’Europe : Charles Quint. Impressionné par cette démarche de soumission volontaire et pacifique, l’Empereur accorda à Juan Aj Poop B’atz le titre de gouverneur, lui conférant le pouvoir d’administrer la justice, y compris à l’encontre des colons espagnols. En reconnaissance de cet accord singulier, la ville fut formellement baptisée Cobán Imperial (également désignée comme la Cité de Charles Quint).

Si le nom de l’équipe puise dans les racines impériales de la ville, son surnom de Príncipes Azules en constitue son prolongement. La ville étant la fille de l’Empereur Charles Quint, ses habitants et, par extension, les joueurs qui la représentent sur le rectangle vert, sont symboliquement perçus comme les fils de l’Empereur, justifiant ainsi le rang princier.

L’adjectif Azul revêt pour sa part une double signification. Le bleu s’est imposé, dès les premières décennies de l’institution, comme la couleur dominante et incontestable de l’uniforme du club. Au fil des saisons, cette couleur est devenue son symbole viscéral. Sur le plan métaphorique, le bleu renvoie inévitablement au concept de « sang bleu », confortant l’image aristocratique et noble suggérée par la figure du Prince.

Certaines sources précisent que ce surnom apparût dans les années 1960, quand le club accéda pour la première fois à l’élite guatémaltèque, via la plume et la voix des journalistes sportifs Ernesto Ponce Saravia y Marco Rodríguez. Ils auraient voulu souligner le style de jeu élégant et noble de l’équipe. Aujourd’hui, ce surnom est bien ancré et la mascotte officielle est justement un prince entièrement vêtu de bleu et coiffé d’une couronne, comme l’écusson du club.

#1450 – San Francisco FC : los Monjes

Les moines. Le football est bien souvent le reflet de l’identité d’une communauté. Au Panama, le San Francisco Fútbol Club, basé dans la ville de La Chorrera, en est l’une des illustrations. Ce club historique de la première division panaméenne ne tire pas son nom de la célèbre métropole californienne, mais d’un héritage religieux extrêmement profond.

Fondé en 1971, le club de La Chorrera a choisi de se baptiser « San Francisco FC » en hommage direct au saint patron de la ville : San Francisco de Paula (Saint François de Paule). Pour les dirigeants et les fondateurs du club, adopter ce nom n’était pas un choix par défaut. Il s’agissait d’une volonté d’unir l’équipe autour du symbole spirituel le plus respecté de la région.

La Chorrera est une ville reconnue pour sa ferveur religieuse, avec pour son saint patron, Saint François de Paule. La tradition rapporte que la dévotion au saint a été instaurée par les marins espagnols à l’époque de la colonisation. Il y a plus de 300 ans, ces derniers accostèrent sur la côte panaméenne, à Puerto Caimito, avec dans leur cale, une statue en bois de Saint François de Paule. Selon la légende, ils devaient la transporter à l’intérieur des terres mais, fatigués par son poids, ils s’arrêtèrent dans le village de la Chorrera. La population locale l’adopta au fil des siècles, priant pour son intercession lors de périodes de sécheresse ou de difficultés agricoles. Aujourd’hui, la statue surnommée « Panchito » (petit François) se trouve dans dans l’Eglise paroissiale de San Francisco de Paula et, le 4 mai, anniversaire de la canonisation de Saint François de Paule, elle accompagne la procession dans les rues de la ville où les habitants glissent des billets dans ses habits.

Saint François de Paule naquit en Calabre le 27 mars 1416. La vie de Saint François de Paule se caractérise par une quête constante de dépouillement et un rayonnement qui attirera l’attention des plus grands souverains d’Europe (en particulier le Roi de France). Après un pèlerinage à Assise et à Rome, à 15 ans, il décida de se retirer dans une grotte près de Paola mais fut rejoint par d’autres, attirés par sa réputation de sainteté. En 1436, ils construisirent une chapelle et des cellules, jetant ainsi les bases d’une nouvelle institution religieuse, qui sera l’héritage de Saint François de Paule (en plus des miracles). Congrégation reconnue par le pape Sixte IV en 1474, François choisit plus tard le nom de « Minimes » (les tout-petits) pour souligner l’humilité que doivent cultiver ses frères. L’Ordre des Minimes se distingue donc par des règles prônant la pénitence, l’ascèse et la charité, mot d’ailleurs inscrit sur le blason officiel de l’Ordre (Charitas). Aujourd’hui, la congrégation masculine compte environ 176 membres (dont plus de 120 prêtres) répartis dans près de 46 communautés. Si la majorité des couvents se trouvent en Italie, l’ordre est également présent en Amérique latine, en Afrique, aux États-Unis et en Europe.

#1449 – Correcaminos UAT : los Correcaminos

Les Grands Géocoucous. Durant une vingtaine d’année (1959-1978), Cuerudos était considérée comme le club emblématique de la ville de Ciudad Victoria, la représentant en seconde division mexicaine sans discontinuer. Malgré quelques succès sportifs et un fort soutien populaire, des difficultés financières croissantes conduisirent à son retrait du football professionnel à l’issue de la saison 1977-1978. La nature ayant horreur du vide, un nouveau club reprit le flambeau du football professionnel dans la ville en 1980 : Correcaminos UAT. Il s’agit de l’équipe de l’université de la région de Tamaulipas, Universidad Autónoma de Tamaulipas (UAT), qui a l’image des célèbres universités UNAM (avec les Pumas) et UANL (avec les Tigres) créa sa section professionnelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’origine de ce surnom ne provient pas directement du football. En réalité, il trouve ses racines dans l’équipe de football américain de l’université. Fortement influencées par le modèle et la culture nord-américain, les sections de football américain des universités mexicaines cherchaient des mascottes fortes pour représenter leurs étudiants et dynamiser l’image de leurs équipes. Puis, le symbole retenu par le football américain déteignait vers toutes les autres disciplines de l’université. Par exemple, UANL choisit le Tigre (cf. #196) et UNAM opta pour les Pumas (cf. #40). Donc, en 1970, Francisco Díaz Navarro et ses entraîneurs proposèrent le Correcaminos comme mascotte de l’université UAT. D’une part, habitant les régions arides et semi-arides de faible altitude, l’oiseau est endémique et emblématique de la région de Tamaulipas. D’autre part, cet animal illustre à la perfection les qualités athlétiques recherchées sur un terrain. Il est réputé pour sa force, son agilité (il tue des scorpions et des crotales de 60 cm de long), sa rapidité (il peut courir à 30 km/h de vitesse sur des distances assez longues) et son intelligence. En outre, il est indéniable que son image a été magnifiée par la télévision. La popularité du correcaminos a explosé grâce au célèbre dessin animé « Bip Bip et Coyote » (Wile E. Coyote and the Road Runner). Dans l’imaginaire collectif, le dessin animé a figé l’image d’un oiseau malicieux, insaisissable, plus rapide et rusé que son adversaire. C’était bien les valeurs que Francisco Díaz Navarro voulait pour son équipe.

L’apparition de ce surnom s’est en outre effectuée à une période charnière pour l’institution. Deux ans auparavant, l’Université Autonome de Tamaulipas s’était dotée d’un blason officiel (représentant un jeune homme émergeant d’un livre ouvert et tenant une torche dans sa main droite et un atome dans sa main gauche) ainsi que de couleurs institutionnelles (l’orange, le blanc et le bleu).

#1448 – KFUM-Kameratene Oslo : Kåffa

Ce surnom est une abréviation phonétique du nom du club, KFUM. Ces 4 lettres sont l’acronyme de Kristelig Forening for Unge Menn (Union chrétienne de jeunes gens), la branche norvégienne de l’association YMCA. Dans l’imaginaire collectif, YMCA se résume souvent aux auberges de jeunesse et à la fameuse chanson disco des Village People. Toutefois, dans la réalité, fondé au XIXème siècle au cœur de la révolution industrielle, YMCA (Young Men’s Christian Association) s’est imposé comme l’un des mouvements sociaux, éducatifs et sportifs les plus influents au monde. Elle emploie aujourd’hui près de 90 000 personnes, compte quelque 920 000 bénévoles et est présente dans 12 000 antennes à travers le monde.

Le YMCA fut fondé à Londres en 1844 par George Williams, un drapier de 23 ans, et onze amis. Face à l’urbanisation rapide et aux conditions de travail précaires de la jeunesse ouvrière, l’organisation cherchait initialement à offrir un cadre moral et spirituel aux jeunes hommes, basé sur les valeurs protestantes. En effet, George Williams déplorait le manque d’activités saines pour les jeunes hommes dans les grandes villes, qui se résumaient alors qu’aux tavernes et aux maisons closes. L’association proposait à ses membres des activités qui permettaient d’atteindre l’harmonie entre l’esprit, le corps et l’âme, ce que l’insigne de l’association – un triangle équilatéral rouge – représente. Le sport devint donc rapidement un pilier de l’organisation car il n’était pas conçu comme une simple compétition, mais comme un instrument de santé publique, d’inclusion et de développement du caractère. Le basket-ball fut inventé en 1891 par James Naismith, un professeur du « Springfield College » (un établissement affilié au YMCA) et le volley-ball, en 1895, par William G. Morgan, également directeur de l’éducation physique dans un YMCA du Massachusetts.

En 1860, le scientifique Peter Waage découvrit le fonctionnement et les activités du mouvement lors de ses déplacements à Paris et à Berlin, puis décida d’en importer les principes fondamentaux sur le sol norvégien. 7 ans plus tard, le prêtre Peter Hærem concrétisa cette démarche en fondant la première association à Oslo. L’initiative rencontra un écho immédiat à travers tout le pays. Dès 1868, une structure similaire vit le jour à Stavanger, rapidement suivie par un élan national qui toucha près d’une vingtaine de villes entre 1868 et 1879. Face à cette dynamique, le mouvement se structura en 1880 avec la fondation de l’Association norvégienne des associations de jeunesse, qui, en 1908, devint membre à part entière de l’Alliance mondiale des YMCA. Dans la logique de ses valeurs, le KFUM créa très tôt ses propres équipes de football et de volley-ball dans plusieurs villes. Le club omnisport d’Oslo fut fondé le 1ᵉʳ janvier 1939, axé sur l’athlétisme et le volley-ball. Toujours fidèles à ses valeurs associatives, la section football a monté les échelons petit à petit pour atteindre l’élite en 2024.

#1447 – GFK Tikveš : Лозари

Les vignerons. Fondé en 1930, le club réside dans la ville de Kavadarci mais représente la région de Tikveš. Niché au centre de la Macédoine du Nord, le long de la vallée du Vardar, cette région constitue l’épicentre historique et économique de la viticulture macédonienne. Bénéficiant d’une rencontre climatique privilégiée entre les influences méditerranéennes clémentes et la rigueur continentale, cette plaine entourée de montagnes rassemble des conditions pédoclimatiques exceptionnelles pour la culture de la vigne.

La viticulture dans la région de Tikveš ne date pas d’hier. Les vestiges archéologiques attestent que l’art de faire du vin y était déjà pratiqué dès l’époque de la Grèce antique et de la domination romaine. Bien que la domination ottomane durant plusieurs siècles ait freiné le développement commercial du vin, la production domestique s’est perpétuée. Au XIXème siècle, et plus particulièrement avec la fondation de la célèbre cave Tikveš Winery en 1885, la région est entrée dans l’ère moderne de l’oenologie. À l’époque de la Yougoslavie, la région de Tikveš assurait à elle seule près des deux tiers de la production viticole du pays.

Aujourd’hui, Tikveš est la plus grande et la plus importante région viticole de Macédoine du Nord, rassemblant à elle seule environ 10 000 à 12 000 hectares de vignes sur les 28 000 hectares que compte le pays. A Kavadarci, sur les 18 523 ha cultivables de la municipalité, 4 246 ha sont occupés par la vigne. La région représente environ 80 % de la production globale de vin du pays, qui s’élève en moyenne à 90-100 millions de litres par an. La viticulture est donc le poumon économique de la région. 12 000 à 15 000 familles et viticulteurs indépendants vivent directement de la culture de la vigne. La région de Tikveš produit une large palette de vins rouges, blancs et rosés, s’appuyant à la fois sur des cépages autochtones (Vranec, Smederevka, Temjanika et Kratošija) et internationaux (Merlot, Cabernet Sauvignon, Syrah, Chardonnay, Sauvignon Blanc et Riesling).

Incontestablement région du vin en Maécdoine du Nord, le club a hérité du surnom de Лозари et a décoré son écusson d’une fille de vigne.

#1446 – AOK Kerkyra : Φαίακες

Les Phéaciens. Fondé en 1969, le club représente la ville de Corfou, sur l’île éponyme. Le nom grec de l’île est Κέρκυρα (Kerkyra) qui dériverait du grec κέρκος (anse) en référence à la forme de l’île. Dans l’antiquité, l’île portait le nom de Corcyre (Κόρκυρα) pour la nymphe Corcyre. La légende raconte que Poséidon s’était épris de Corcyre, fille du dieu fleuve Asopos et de la naïade Métope, et l’enleva vers une île qu’il baptisa de son nom, Corcyre. De cette union, naquit un fils, Phéax, qui devint le roi de l’île et donnera son nom au peuple, les Phéaciens. Le raccourci serait donc facile à faire pour dire que les Phéaciens sont les habitants antiques de l’île de Corfou.

Mais, ce peuple fut surtout décrit dans les chants V à VIII de l’Odyssée. Ils y sont présentés comme un peuple pacifique et hautement civilisé, protégé des dieux. Fidèles aux lois sacrées de l’hospitalité (Xenia), les Phéaciens offrirent à Ulysse écoute, fêtes et présents avant de le reconduire jusqu’à Ithaque. Surtout, Homère retrace les origines du peuple. Originaires d’Hypérie, ils fuyaient la menace constante des Cyclopes avant de s’installer sur l’île mythique que Homère nomme Schérie. Outre leur ascendance divine, les Phéaciens se distinguaient par leurs vaisseaux sans gouvernail ni pilote. Ces derniers devinaient la pensée des marins et fendaient les flots à une vitesse prodigieuse, immunisés contre les tempêtes. Vous comprenez alors que ce peuple et sa civilisation apparaissent alors comme une utopie.

Donc, est-ce que la Schérie d’Homère est la Corfou actuel ? Depuis l’Antiquité, historiens, géographes et érudits cherchent à localiser la fabuleuse île de Schérie. Si certains y voient une terre purement imaginaire, la tradition la plus ancrée l’associe directement à Corfou. Thucydide et Strabon, historiens majeurs de la Grèce antique, identifiaient déjà Corfou comme l’ancienne terre des Phéaciens. La position stratégique de Corfou au nord de la mer Ionnienne, carrefour maritime entre la Grèce et l’Italie, correspond parfaitement au rôle de relais maritime attribué à Schérie dans le récit homérique. Par ailleurs, l’un des symboles les plus célèbres de Corfou est l’îlot de la Souris, situé au large de la pointe de Kanoni. La légende locale raconte que ce rocher n’est autre que le navire phéacien qui ramena Ulysse à Ithaque. Courroucé par l’aide apportée au héros qu’il poursuivait de sa vengeance, Poséidon aurait changé le vaisseau et son équipage en pierre dès leur retour au port.

Aujourd’hui encore, Corfou revendique fièrement cet héritage mythologique. L’île est fréquemment surnommée la Cité des Phéaciens. Les armoiries officiels de la municipalité de Corfou représentent un navire phéacien traditionnel sans gouvernail et le club reprend également cet étandard.

#1445 – Scunthorpe United FC : the Iron

Le Fer. Après avoir remporté la troisième place de la Coupe du Monde 2026, l’Angleterre se réveille avec la gueule de bois en apprenant la mort de l’un des ses plus grands joueurs, Kevin Keegan. Double vainqueur du ballon d’Or, l’attaquant avait participé aux grandes heures de Liverpool durant les années 1970 avant d’apporter la gloire au club allemand d’Hambourg. Mais, ce magnifique parcours débuta hors des sentiers classiques au sein de Scunthorpe United, en 4ème division.

Située dans le Lincolnshire, la cité de Scunthorpe est indissociable de l’industrie sidérurgique. Surnommée Industrial Garden Town (la ville de l’acier), son histoire, son paysage et son économie ont été forgés par plus d’un siècle et demi d’extraction de minerai de fer et de production d’acier. Modeste village agricole pendant des siècles, la ville prit son essor avec la découverte d’importants gisements de minerai de fer par l’industriel Rowland Winn en 1859. 5 ans plus tard, la première coulée de fer fut réalisée aux usines de Trent Ironworks. En 1890, l’introduction des fours Siemens-Martin permit la transition vers la production d’acier. Puis, porté par la militarisation du pays et la Première Guerre mondiale, l’industrie se consolida autours de 3 pôles à comptes des années 1910 : Appleby-Frodingham Steel Company (production massive de plaques et de profilés), Redbourn Hill Iron and Coal Company (production de billettes d’acier) et Normanby Park au Nord de la ville. Avant la découverte du minerai de fer en 1859, la zone comptait environ 1 400 habitants. En seulement 60 ans, l’afflux massif de travailleurs fit bondir la population locale à 25 000 habitants. La production totale de fonte brute en 1917 s’élevait à près de 520 000 tonnes. Durant l’entre-deux-guerres, la production des 3 usines de Scunthorpe passait de 3% à 10% de la production totale d’acier du Royaume-Uni. En 1967, les 3 usines furent réunies sous l’égide de l’entreprise d’Etat, British Steel, formant alors un complexe intégré (ie comprenant des hauts-fournaux) de 800 hectares et le plus grand site sidérurgique du pays. À son apogée, l’usine employait directement plus de 20 000 salariés. Avec le développement du complexe, Scunthorpe s’étendait en une grande ville, à l’ouest, au nord et au sud du village d’origine. Sa population dépassait les 45 000 habitants en 1941 et atteignait plus de 66 000 au début des années 1980.

#1444 – FC Chiasso : Momò

Terme intraduisible et qui désigne les habitants du district de Mendrisiotto. La ville de Chiasso se situe dans ce district et de manière plus générale dans le Tessin, le canton suisse le plus méridionale, à la frontière avec l’Italie. Son histoire est celle d’un territoire géographiquement et culturellement italien, mais politiquement suisse. Dès l’Antiquité, la région subit une profonde romanisation. Après la chute de l’Empire romain, elle fut gouvernée par les Ostrogoths, les Lombards, puis les Francs, avant d’intégrer le Saint-Empire romain germanique. Vers 1100, la région devint le terrain d’affrontements acharnés entre les communes italiennes de Milan et de Côme. Au XIVème siècle, le territoire passa sous le contrôle total des Visconti, ducs de Milan, liant définitivement le sort du Tessin à la Lombardie voisine. Au XVème siècle, pour sécuriser leurs voies commerciales, les Confédérés suisses arrachèrent les territoires tessinois au duché de Milan. Lors de la création de la République helvétique par Napoléon, certains courants suggérèrent le rattachement du Tessin à la République cisalpine (située en Italie du Nord). Cependant, une majorité de Tessinois refusèrent, proclamant le célèbre slogan « Liberi e Svizzeri » (Libres et Suisses). En 1803, le canton du Tessin naquit officiellement et entra dans la Confédération suisse sur un pied d’égalité avec les autres cantons. Par la suite, les diverses tentatives du voisin italien pour rapatrier le territoire dans son giron ne firent que renforcer le sentiment suisse du canton tout en continuant à cultiver un particularisme linguistique et culturel.

Ce particularisme s’exprime notamment dans son dialecte, le tessinois. Il n’est pas un dérivé de l’italien standard (le toscan) mais provient de la langue lombarde qui partage d’importantes racines phonétiques et structurelles avec le français et le piémontais. Un locuteur tessinois comprend ainsi sans difficulté le dialecte parlé à Milan ou à Côme. Contrairement à d’autres régions d’Europe où les langues régionales s’éteignent, le dialecte tessinois conserve une vitalité remarquable. Plus de 58 % des tessinois l’utilisent couramment. Il possède sa propre littérature avec ses poètes (comme Giovanni Orelli).

À l’origine, Momò est un surnom de nature onomatopéique. Il vient de la répétition de l’expression dialectale locale mo-mò ou mò mò, qui signifie littéralement « maintenant, tout de suite ». Le mot dérive du latin modo, qui a donné en dialecte lombard/tessinois. Les habitants du Mendrisiotto avaient la réputation d’utiliser cette expression de manière très fréquente et répétitive dans leurs conversations pour insister sur l’immédiateté d’une action. Les autres Tessinois (notamment ceux de Lugano, Bellinzone ou Locarno) finirent par caricaturer ce tic de langage en appelant les habitants de la région les Momò. Ce qui était au départ une moquerie s’est transformé avec le temps en une véritable marque d’identité culturelle. Aujourd’hui, les habitants de Chiasso et du Mendrisiotto revendiquent fièrement ce terme. La région elle-même est d’ailleurs couramment surnommée la Magnifica Regione dei Momò (la Magnifique Région des Momò).