#1468 – ADO’20 : de Superezels

Les supers ânes. La culture du football amateur et semi-professionnel abrite souvent des histoires locales et authentiques. Au point, que les petits clubs des villes de province affichent des surnoms originaux qui sortent des sentiers battus. C’est le cas d’ADO’20, basé dans la commune de Heemskerk (Hollande-Septentrionale), qui se retrouve avec un surnom peu flatteur. Mais comment un club de football en vient-il à adopter l’emblème d’un animal souvent raillé pour son entêtement ?

Avant de s’intéresser à l’âne, il convient de se pencher sur le nom même du club. Fondé le 15 mai 1920, ADO ’20 est l’acronyme de Aanhouden Doet Overwinnen, que l’on peut traduire par « Persévérer fait vaincre » . Cette devise traduit une éthique de travail rigoureuse et une détermination inébranlable sur le terrain. Des qualités de résilience et d’opiniâtreté qui, paradoxalement, se rapprochent grandement de la robustesse de l’animal. Mais ce n’est pas la raison de ce surnom. Pour comprendre le sobriquet des joueurs, il faut s’éloigner des terrains de football car, en réalité, ezels (les ânes) est quasiment le gentilé des habitant de Heemskerk.

Historiquement, les habitants de la commune de Heemskerk ont été affublés de ce sobriquet par les résidents des bourgades voisines. Cette appellation trouve ses racines dans l’activité maraîchère de la région. Autrefois, les agriculteurs de Heemskerk cultivaient les fraises. Une fois récoltés, ces fruits périssables et délicats devaient être rapidement acheminés vers la ville adjacente de Beverwijk, où ils étaient vendus aux enchères lors de la criée. Pour assurer le transport quotidien de leurs précieuses marchandises, les paysans de Heemskerk utilisaient couramment des ânes. L’histoire court que les paysans de Heemskerk étaient trop pauvres pour acheter des chevaux et qu’ils recouraient ainsi à des ânes. Au fil du temps et des allers-retours incessants, cette pratique pittoresque a marqué les esprits.

Toutefois, la recherche historique et les archives régionales mettent en lumière une seconde version, bien plus truculente et politique. L’origine du sobriquet proviendrait du bourgmestre de Heemskerk. L’événement fondateur remonterait au 4 octobre 1873, lors d’une séance particulièrement houleuse du conseil municipal. Les débats s’éternisaient, bloqués par le caractère foncièrement inflexible des élus et des citoyens présents. Exaspéré, le bourgmestre Hermanus Zaalberg aurait fini par perdre son sang-froid. Avec une incroyable véhémence dans la voix, le maire reprocha au conseil municipal et aux citoyens de ne pas vouloir évoluer avec leur temps à cause de leur avarice et de leur leur entêtement légendaire. L’anecdote aurait pu rester confinée aux murs de la mairie, mais un journal local s’en fit l’écho, affichant en gros titre « Burgemeester noemt burgers ‘EZELS’«  (Le maire qualifie les citoyens d’ÂNES). Dès lors, le mot était lâché et l’étiquette collée.

#1467 – Independiente Santa Fe : los Leones

Les lions. L’animal n’est évidemment pas endémique de la région de Bogota mais le roi de la savanne s’imposa comme la mascotte du club il y a une cinquantaine d’année et lui donna son surnom. Remontons à la genèse de l’histoire. En 1975, suivant l’exemple de plusieurs clubs à travers le monde, la direction d’Independiente, et en particulier son président, Guillermo Cortés Castro, prit la décision de se doter d’une mascotte. Le premier choix se porta sur un pigeon voyageur mais l’oiseau ne collait pas avec l’image de force que la direction voulait que la mascotte véhicule. Le choix se porta alors sur le lion. Le félin représente parfaitement la férocité et la garra (la hargne), des valeurs chères à l’équipe. Mais, la mascotte ne devait pas rester une image graphique ou une poupée de mousse et la direction voulait un véritable lion à exhiber lors des matchs pour galvaniser les joueurs et les supporteurs.

Le journaliste Daniel Samper Pizano, alors membre du conseil d’administration du club, fut charger de trouver le félin. Ses recherches le menèrent au zoo de Pereira, où un jeune lionceau nouveau-né lui fut confié. L’animal reçut le nom de Monaguillo (enfant de chœur). Ce baptême n’était pas fortuit : il s’agissait du terme employé par l’institution de la capitale pour désigner les joueurs de ses catégories inférieures, lesquels arboraient des tenues blanches rappelant celles des jeunes assistants des prêtres lors des offices religieux.

Après un premier mois passé dans la ville de Cali, le jeune lion fut officiellement transféré au siège de l’Independiente Santa Fe, dans le quartier de Teusaquillo à Bogota. Installé dans un patio contigu à la salle de réunion, l’animal partageait indirectement le quotidien des dirigeants. Il avait notamment pris l’habitude de réagir à l’odeur des sandwichs au jambon et au fromage consommés par le comité : si sa part ne lui était pas offerte, Monaguillo manifestait son mécontentement en lâchant de puissants rugissements. D’après les témoignages de l’époque, le félin accompagnait les joueurs dans le bus de l’équipe. Il posait pour les photographes vêtu de l’uniforme du club.

Les supporters eurent l’occasion de découvrir leur nouvelle mascotte le 24 août 1975 au stade El Campín. Présenté par le défenseur Rafael Pacheco, le lionceau assista à la victoire de son équipe contre le Deportivo Cali (2-0), marquée par les buts de Ramiro Viáfara et Juan Carlos Sarnari. En grandissant, sa carrure imposa qu’il soit par la suite transporté dans une cage pour faire le tour du stade. La présence de Monaguillo s’est révélée être un véritable porte-bonheur : l’année de son arrivée, le club de Bogota remporta sa sixième étoile, sacrant ainsi le lion comme son symbole suprême.

Bien que son comportement fût calme, Monaguillo était un animal sauvage, aux instincts imprévisibles. Surtout, sa taille adulte finit par exiger son transfert vers le zoo Santacruz, situé en périphérie de la ville, où il passa le reste de son existence. La vie de Monaguillo s’acheva de manière tragique des suites d’une injection vétérinaire mal administrée par un étudiant. Selon les rumeurs de l’époque, ce dernier aurait été un supporter des Millonarios, le grand club rival. Malgré cette triste fin, l’héritage de Monaguillo demeure intact et, un demi-siècle plus tard, le rugissement du lion reste l’âme indéfectible de l’Independiente Santa Fe.

#1466 – Cowdenbeath FC : the Miners

Les mineurs. Le football écossais regorge de clubs historiques aux identités profondément forgées par l’industrie locale. Parmi eux, le Cowdenbeath Football Club, institution fondée en 1881, qui est parfois affectueusement surnommé The Blue Brazil (cf. #1085), son surnom le plus authentique et historique est The Miners. Cette appellation n’a rien d’une métaphore sportive ; elle est le reflet direct de l’histoire économique et sociale de la ville de Cowdenbeath et de l’ensemble du riche bassin houiller du Fife.

Avant la fin du XIXème siècle, la petite bourgade de Cowdenbeath et ses environs vivaient principalement de l’agriculture et de l’extraction de minerai de fer. Cependant, en creusant pour exploiter ce fer, les ouvriers mirent au jour de vastes veines de charbon peu profondes. Ces réserves de charbon appartenaient à un vaste bassin houiller, qui s’étendait à travers la partie sud de la région du Fife et constituait l’un des principaux bassins d’Écosse. La découverte de cet « or noir » bouleversa radicalement le destin de la région de Cowdenbeath. L’industrie charbonnière provoqua une explosion démographique spectaculaire. Entre 1890 et 1900, la population de la ville doubla, passant de 4 000 à 8 000 habitants (à comparer avec les 120 habitants de 1820). Avant 1850, il existait plusieurs mines autour de Cowdenbeath mais l’exploitation industrielle débuta vraiment avec l’arrivée de la Oakley Iron Company vers 1850, bénéficiant de l’ouverture de la ligne de chemin de fer Dunfermline–Thornton, via Cowdenbeath, en 1848. La Forth Iron Company racheta l’Oakley Iron Company vers 1860, puis fusionna avec la Cowdenbeath Coal Company en 1872. Enfin, en 1896, la Fife Coal Company acquit la majorité des puits autour de Cowdenbeath (qui en comptait 9), devenant par la suite la plus grande entreprise d’extraction de charbon de toute la Grande-Bretagne et le troisième plus grand employeur de l’industrie du charbon de tout le Royaume-Uni (avec près de 14 000 employés à l’aube de la Première Guerre mondiale). L’importance de Cowdenbeath pour l’industrie charbonnière était telle au tournant du XXème siècle que plusieurs institutions essentielles au secteur y furent implantées. En 1895, la ville accueillit la création de l’École des mines de Fife puis l’Association des mineurs de Fife et Kinross ouvrit ses portes le 8 octobre 1910. Les mines fermèrent dans les années 1960 à Cowdenbeath.

À la fin du XIXème siècle, les conditions de travail au fond des mines étaient extrêmement rude et dangereuses. Le football s’imposa rapidement dans ces communautés ouvrières comme un exutoire vital et peu onéreux. Cette pratique fut grandement favorisée par l’instauration de la demi-journée de repos le samedi, permettant aux hommes d’avoir le temps libre nécessaire pour jouer et assister aux matchs tout comme la journée de 8 heures que les mineurs du Fife obtinrent le 5 juin 1870. Dès sa fondation, l’histoire du club de Cowdenbeath se confondit avec la vie économique de la ville. Ses dirigeants, ses fondateurs et la quasi-totalité de ses premiers joueurs gagnaient leur vie en travaillant sous terre. L’ancrage minier du club se matérialisait également dans son environnement physique. Depuis 1917, le Cowdenbeath FC évolue dans son stade historique de Central Park. Pendant des décennies, cette enceinte sportive était directement encerclée par les voies ferrées qui transportaient le charbon extrait des multiples puits environnants. Symbole ultime de cette proximité, l’un des puits majeurs de la ville, le puits numéro 7 (Cowdenbeath No. 7 Pit), se dressait juste à côté du stade.

#1465 – Utsiktens BK : Kiken

Terme d’argot de Göteborg signifiant « point de vue ». En 1935, dans le quartier ouvrier de Masthugget à Göteborg, encouragé par un docker qui les avait regardé jouer, un groupe de jeunes passionnés décida de structurer leur équipe de football au sein d’un club. Au moment de choisir un nom officiel, les fondateurs cherchèrent une identité profondément ancrée dans leur environnement immédiat. Les jeunes, comme les anciens du quartier, se souvenaient qu’une ferme, dénommée Fjärås, se situait à Masthugget. Ils se nommèrent alors les « Fjäråskamraterna » (les camarades de Fjärås). Mais, rapidement, ce nom engendra des erreurs car cela laissait supposer qu’il s’agissait du club de la bourgade de Fjärås, dans le Halland, à 50 km au Sud de leur quartier de Masthugget.

Les fondateurs repartirent à la recherche d’un nouveau nom et trouvèrent une fois de plus leur inspiration dans leur environnement proche. Le quartier de Masthugget est directement bordé par le Slottsskogen, un vaste parc historique qui, depuis plus d’un siècle, constitue le principal lieu de détente, de promenade et de rassemblement des habitants de la Göteborg. Bien en vue depuis Masthugget, un monument dominant le parc de Slottsskogen se dresse dans le ciel, l’Utsiktstornet, qui se traduit littéralement par « la tour d’observation ». L’équipe fut alors officiellement baptisée Utsiktens Bollklubb et la silhouette caractéristique de cet édifice est logiquement intégrée au blason du club.

L’Utsiktstornet est bien plus qu’un simple point de vue touristique. Achevée en 1899, cette imposante structure a d’abord été conçue comme un château d’eau et abritait un immense réservoir de 780 000 litres destiné à alimenter Göteborg en eau potable. Il fut érigé sur le point culminant de la partie nord du parc, un sommet judicieusement nommé Stora Utsigten (La Grande Vue), situé à 80 mètres au-dessus du niveau de la mer. Si la tour ne remplit plus sa fonction hydraulique primaire aujourd’hui, elle demeure un repère architectural majeur et un blickfång (point de mire) incontournable du paysage urbain local.

Le surnom de Kiken dérive donc du nom du club et est le fruit d’une évolution linguistique intimement liée à ce monument. Dans le langage populaire de Göteborg, la tour d’observation a très tôt été rebaptisée Kikar’n (la longue-vue ou les jumelles), en référence directe à sa position panoramique permettant d’observer la région. Le surnom Kiken est ainsi né de la contraction du nom Utsikten sous l’influence directe du sobriquet populaire de la tour (Kikar’n).

#1464 – CA Atenas : los Atenienses

Les athéniens. Dérivé du nom du club, son surnom comme le nom du Club Atlético Atenas laisserait penser qu’il est un bastion hellénique en l’Uruguay. Mais, si l’immigration européenne constitue le cœur de la population uruguayenne, il n’y a pas eu de vague venant de Grèce. En réalité, basé dans la ville de San Carlos, au cœur du département de Maldonado, ce club arbore un nom dont l’origine est une vibrante déclaration d’amour à l’histoire du sport mondial.

Le CA Atenas vit officiellement le jour le 1er mai 1928. Les années 1920 revêtent une importance particulière dans la culture sportive de l’Uruguay. En effet, en 1924, lors des Jeux Olympiques de Paris, l’équipe nationale uruguayenne de football éblouit le monde en remportant la médaille d’or, révélant la supériorité technique et tactique du football sud-américain aux yeux de l’Europe. Et cette victoire ne fut pas sans lendemain, puisqu’au printemps 1928, l’Uruguay tout entier vibrait à nouveau au rythme de l’olympisme et à la nouvelle médaille d’or remporté à Amsterdam (face à l’Argentine). Et à cette époque, en l’absence d’une véritable Coupe du Monde, la victoire dans le tournoi de football des JO représentait un titre mondial non-officiel. Ce fut donc dans cette atmosphère d’euphorie nationale et de passion absolue pour le mouvement olympique que les fondateurs du club de San Carlos se réunirent pour définir l’identité de leur nouvelle institution.

Les fondateurs du club jouaient dans le club d’Excelsior, et suite à une mise à l’écart, ils eurent l’envi de créer leur propre institution. Or, déjà leur précédent club n’avait pas adopté un nom purement local, lié à un quartier de la ville comme c’était usuellement le cas en Amérique du Sud. Le jeune fondateur et gardien du club, Oriol Díaz, proprosa le nom d’ « Atenas » (Athènes en espagnol) afin de s’inscrire dans l’universalisme sportif et honorer la première capitale olympique de l’histoire. Située dans la patrie originelle des JO de l’Antiquité, Athènes était surtout la ville hôte des premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896. En baptisant leur club ainsi, les fondateurs de San Carlos souhaitèrent certainement infuser à leur équipe les valeurs de dépassement de soi, de fraternité et de noblesse athlétique inhérentes à l’esprit olympique de cette époque dorée.

#1463 – NK Aluminij : Šumari 

Les forestiers ou les hommes des bois. Si de nombreux clubs européens tirent leurs surnoms de la couleur de leur maillot ou d’un animal mythologique, d’autres sont viscéralement attachés à leur environnement topographique. C’est le cas du Nogometni klub Aluminij, un club slovène basé dans la ville de Kidričevo et fondé en 1946. Si son nom aluminij (aluminium) renvoie de manière évidente à l’industrie métallurgique de la région, ses joueurs et ses supporters sont connus dans tout le pays sous le surnom de « Šumari ». Pour comprendre cette appellation singulière, il convient de se pencher à la fois sur la linguistique régionale et sur la géographie atypique de cette partie de la Slovénie.

En slovène standard, le terme désignant la forêt est gozd. Cependant, la Slovénie possède une très riche variété de dialectes. Dans la région de Basse-Styrie (Štajerska), située au nord-est du pays, où se situe la ville de Kidričevo, la proximité et les influences historiques avec le serbo-croate ont intégré le mot šuma (forêt) dans le langage courant. Le terme Šumari désigne donc littéralement « les hommes des bois » ou « les forestiers ». Il s’agit d’une revendication lexicale forte qui ancre le club dans son identité purement locale.

L’origine de ce surnom est avant tout d’ordre géographique. La ville de Kidričevo, située dans la plaine du Dravsko polje, n’est pas une cité médiévale ancienne. Elle s’est développée de manière fulgurante au milieu du XXème siècle pour loger les ouvriers d’un complexe industriel titanesque dédié à la production d’aluminium (l’usine Talum, qui a donné son nom au club de football et qui est également le sponsor du club). La particularité de ce projet industriel réside dans son emplacement : l’usine et la ville ouvrière ont été littéralement construites au beau milieu d’une vaste et très dense forêt de pins. Cet héritage naturel est toujours omniprésent aujourd’hui et se manifeste physiquement sur le terrain. L’enceinte historique du club, le Športni park Aluminij, est directement bordée par cette fameuse pinède. Pour les équipes adverses qui font le déplacement à Kidričevo, venir affronter le NK Aluminij offre littéralement la sensation de s’enfoncer dans les bois.

#1462 – Real Jaén : Lagarto

Le lézard. Ce surnom n’est pas l’apanage du club de football de la cité andalouse. En fait, pour comprendre l’origine de cette appellation singulière, il convient de s’éloigner des pelouses pour plonger dans le riche folklore de la ville de Jaén et en particulier dans l’un des mythes les plus célèbres de la région : la légende du Lagarto de la Magdalena (le lézard de Madeleine).

Selon la tradition orale, qui remonte à plusieurs siècles et dont la première mention écrite apparaît en 1628, un reptile gigantesque avait élu domicile dans une grotte près de la source de la Magdalena, au cœur de Jaén. Ce reptile serait un lézard dans la version la plus connue mais parfois il s’agit d’un dragon ou d’un grand serpent. Ce monstre terrorisait les habitants et dévorait les troupeaux et quiconque venait puiser de l’eau à la source. Evidemment, la légende va narrer le combat et la mort de ce lézard mais le folklore local propose plusieurs versions. Dans la première, un prisonnier, condamné à mort, proposa de tuer le lézard en échange de sa grâce. Ainsi, il aurait offert au monstre des pains fourrés de poudre à canon. Le lézard, après les avoir engloutis, aurait explosé. Dans une autre version, un berger, fatigué de perdre ses moutons, aurait utilisé une ruse similaire en piégeant la bête avec une carcasse de mouton remplie d’explosifs. Enfin, la dernière histoire met en avant un chevalier qui aurait revêtu une armure recouverte de miroirs, éblouissant le monstre avec le reflet du soleil avant de lui asséner le coup de grâce.

Aujourd’hui, ce mythe est profondément ancré dans la culture et l’identité de la ville. Tout d’abord, il a donné naissance à une expression populaire espagnole « Así revientes como el lagarto de Jaén » (Puisse-tu exploser comme le lézard de Jaén), utilisée pour mettre en garde contre la gourmandise. Il s’inscrit également dans son architecture. Dans le quartier de Magdalena, une statue du lézard orne la fontaine près de l’endroit où il aurait vécu, œuvre de Damián Rodríguez Callejón. Chaque année, le 2 juillet, la ville célèbre el Día Oficial del Lagarto de la Magdalena (Journée officielle du Lézard de Magdalena). Cette journée commémore la reconnaissance de la légende locale comme l’un des trésors du patrimoine culturel immatériel de l’Espagne, déclarée le 2 juillet 2009. Outre la programmation culturelle, on y déguste une boisson dénommée sangre del lagarto (sang du lézard), préparée en faisant chauffer du vin rouge avec des clous de girofle, de la cannelle, du sucre, des zestes de citron ou d’orange et de l’anis. Il existe également un célèbre festival de rock, Lagarto Festival. Certains affirment même que la forme même de la ville, enroulée autour de la colline de Santa Catalina, évoque un lézard. Symbole non officiel de la ville, le lézard a également déteint sur le Real Jaén, devenant sa mascotte et son surnom.

#1461 – Frosinone Calcio : Ciociari

Encore un terme péjoratif qui s’est transformé comme l’identité d’une région. Loin d’être une simple appellation sportive, il s’agit d’un gentilé des habitants de la région de Frosinone et ce terme plonge ses racines dans les traditions vestimentaires, la littérature et l’histoire sociale de la péninsule.

Pour comprendre ce surnom, il faut remonter à un vêtement traditionnel : la ciocia (au pluriel ciocie). Il s’agissait d’une chaussure très rudimentaire, constituée d’une semelle en cuir maintenue par de longues lanières s’enroulant autour des mollets. Elles se reconnaissaient par le cuir qui dépassait devant et remontaient vers le haut, formant une pointe courbée. Cela protégeait les orteils des chocs contre les pierres sur les sentiers de montagne. Économiques et adaptées aux terrains rocailleux des Apennins, ces chaussures étaient portées par les bergers. Le terme pourrait provenir soit du latin soccus, soit du dialecte istrien cioccu (qui signifie pointe, bec). En fait, les ciocie ou des sandales similaires chaussaient les bergers et les paysans dans de nombreuses régions d’Italie du Nord. Mais, dans le latium, ces ciocie distinguaient les populations pauvres des régions avoisinantes de la capitale et les riches habitants de Rome désignèrent ainsi de manière péjorative par Ciociari (littéralement « ceux qui portent les ciocie« ) les paysans rudes et misérables issues des zones reculées qui venaient chercher du travail ou vendre leurs produits en ville. Il pourrait être vu un peu comme un équivalent de « plouc » ou « péquenaud ».

Le terme semble apparaître au XVIIIème siècle et se répand et se popularise surtout au XIXème siècle. Avant de s’imposer globalement pour désigner les habitants de la région de Frosinone, le terme a d’abord connu une large diffusion à travers la peinture et la littérature de la péninsule, qui s’en sont emparées pour en faire un archétype esthétique. Au XIXème siècle, cette figure du pauvre provincial fascine les artistes, à l’image du peintre Francesco Hayez qui ouvrit la voie avec son tableau « La Ciociara » en 1842. Rapidement, les grands auteurs italiens intégrèrent le terme dans leurs œuvres pour dépeindre la rusticité, la dignité ou la mélancolie de ces populations comme les poètes Giosuè Carducci, Giovanni Pascoli et Cesare Pascarella, dans son œuvre « Viaggio in Ciociaria » ainsi que l’écrivain Gabriele D’Annunzio. L’œuvre littéraire d’Alberto Moravia, « La Ciociara » (1957), et son adaptation au cinéma par Vittorio De Sica en 1960 (qui a valu un Oscar à l’actrice Sophia Loren), finirent d’inscrire ce terme dans le patrimoine culturel mondial, l’associant à jamais au courage et au drame des habitants de cette région pendant la Seconde Guerre mondiale.

Par extension, au cours du XIXème siècle, le nom populaire de Ciociaria a commencé à être employé pour désigner certains territoires géographiquement imprécis situés au sud-est de Rome, entre le Latium actuel et la Campanie. À cette époque, la région ne possédait pas de définition administrative stricte sous ce nom. L’évolution de ce terme vers une véritable entité territoriale s’est principalement opérée à partir de la période fasciste. L’usage a progressivement superposé la notion de Ciociaria aux frontières de la province de Frosinone (instituée en 1927). Ainsi, au fil du XXème siècle, ce qui était à l’origine une moquerie citadine s’est transformé en un véritable emblème de fierté régionale. L’image du Ciociaro est devenue celle d’un peuple authentique, profondément attaché à sa terre et doté d’une grande résilience.

#1460 – AS Douanes : les Gabelous

Au début des années 2000, des agents de la Direction Générale des Douanes constituèrent une équipe de football pour participer à des tournois corporatistes. Leur tout premier match fondateur se joua lors d’un tournoi organisé par le génie militaire. Puis, malgré le manque de moyens, l’équipe se développa et sortit du giron corporatiste dès 2001 et en 2014, elle rejoint la fédération burkinabè. La Direction Générale des Douanes comprit l’intérêt de posséder un club de sports en son sein afin de donner une image plus positive et dynamique des douanes auprès de la population burkinabè. En effet, cette dernière ne voyait l’administration des Douanes qu’au travers de sa mission de répression. Désormais, les douanes permettent aussi aux jeunes de pratiquer leur passion.

Ce club omnisports (il compte des équipes de football, volleyball, handball, judo, athlétisme et basketball) est donc lié à l’administration des douanes. Le Directeur Général des Douanes est statutairement le président d’honneur de l’AS Douanes. Le comité central, qui inclut des membres de la mutuelle et du syndicat des douanes, comprend aussi un « officier des sports », dont le rôle est de coordonner les activités entre l’administration douanière et le club sportif. L’administration douanière suit les performances de près, écrit officiellement pour féliciter les joueurs après des succès majeurs, et organise des soirées de célébration au sein même de la Direction Générale.

Le sobriquet de gabelous était donc logique. Ce terme est devenu un synonyme de douanier. Sous l’Ancien Régime, en France, les douaniers étaient des percepteurs d’impôts. En particulier, ils collectaient la gabelle, l’impôt sur le sel. Cet impôt était considéré comme le plus injuste car il portait sur une denrée incontournable pour conserver les aliments, le sel. De gabelle fut dérivé en ancien français le terme gabeleur, pour nommer les douaniers en charge de la collecte. Dans certains dialectes, le terme devint gabelous et par extension est devenu le mot familier pour désigner les douaniers.

#1459 – Sunshine Stars FC : the Owena Waves

Les vagues d’Owena. Le Sunshine Stars Football Club, fondé en 1995 et basé à Akure, dans l’État d’Ondo, s’est imposé comme l’une des formations incontournables de la première division du championnat de football du Nigeria. Ses joueurs sont affectueusement surnommés The Owena Waves. Ce surnom, loin d’être une simple métaphore sportive, est un ancrage géographique profond. Il rend hommage à la rivière Owena, un cours d’eau dont le rôle environnemental, économique et social est indispensable à toute la région de l’État d’Ondo.

Située dans le sud-ouest du Nigeria, la rivière Owena prend sa source dans les collines du nord-ouest de la région. Elle serpente ensuite sur une longueur approximative de 43 kilomètres, traversant un bassin versant vaste qui couvre environ 790 kilomètres carrés. Au cours de son parcours, la rivière traverse plusieurs zones administratives, notamment celles d’Ifedore et d’Ondo East, avant de se fondre dans le bassin hydrographique plus large de Benin-Owena. Bien que la rivière Owena ne figure pas parmi les longs fleuves du continent africain, son débit constant et la morphologie de son bassin en font une artère hydrique de valeur pour ce territoire. Dès 1960, le premier grand projet d’adduction d’eau de la région s’est appuyé sur son flux pour alimenter plusieurs municipalités. Cependant, face à une croissance démographique rapide, le gouvernement a commandité en 1976 le développement d’un projet de plus grande envergure : le barrage à buts multiples d’Owena (Owena Multipurpose Dam).

Ce barrage abrite un réservoir d’une superficie d’environ 7,8 kilomètres carrés et alimente une station de traitement moderne capable de traiter 60 000 mètres cubes d’eau par jour. Cette infrastructure est essentielle pour la ville d’Akure et les communautés voisines des États d’Ondo et d’Ekiti. La conception du barrage inclut des canaux permettant l’irrigation de près de 3 000 hectares de terres agricoles environnantes, soutenant ainsi les récoltes indépendamment des saisons des pluies.

Le surnom du club s’approprie à la fois l’aspect identitaire de la rivière pour la région mais aussi sa force, renforcée par l’adjonction du terme « vague ». Dans le langage footballistique, la métaphore de la vague incarne le mouvement perpétuel, la persévérance et une force irrésistible capable de submerger les défenses adverses.