#1433 – OFC Nessebar : Делфините

Les dauphins. Loin des appellations guerrières ou industrielles que l’on retrouve si souvent dans les championnats d’Europe de l’Est, le choix de ce surnom relève d’un ancrage géographique, historique et culturel profond. Pour comprendre le lien intime qui unit ce club de football au cétacé, il convient de plonger dans l’héritage millénaire d’une ville intrinsèquement liée aux flots.

Nessebar n’est pas une simple bourgade côtière ; c’est un véritable musée à ciel ouvert, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Érigée sur une presqu’île rocheuse s’avançant de manière spectaculaire dans la Mer Noire, l’ancienne cité thrace, autrefois nommée Mesembria, s’est développée comme une colonie grecque incontournable, puis comme un carrefour maritime byzantin de premier plan. Depuis plus de trois millénaires, la mer est nourricière, protectrice et source de rayonnement commercial pour la région. Les navigateurs, les pêcheurs et les marchands ont forgé l’identité de la cité que l’on surnomme la Perle de la Mer Noire. Aujourd’hui, la côte est devenue renommée pour ses plages et sa station balnéaire de Slantchev Briag (la côte du soleil). En adoptant un emblème marin, le club de l’OFC Nessebar s’inscrit donc dans la continuité directe de cette tradition maritime séculaire.

Les eaux qui baignent la presqu’île de Nessebar abritent des espèces spécifiques de dauphins. On y observe principalement le grand dauphin de la mer Noire (Tursiops truncatus ponticus) ainsi que le dauphin commun à bec court (Delphinus delphis ponticus), une sous-espèce endémique particulièrement menacée et protégée. Ces mammifères marins escortent les navires au large des côtes bulgares depuis l’Antiquité. Mais, si le cétacé peut apparaître sympathique, il présente des qualités qui peuvent inspirer des footballeurs. Ils symbolisent l’intelligence et la cohésion (les dauphins évoluent, communiquent et chassent en groupe, à l’image d’une équipe parfaitement soudée autour d’un plan de jeu) et sont agile et rapide (capables d’accélérations soudaines et de changements de direction fulgurants, ils rappellent la fluidité technique des meilleurs attaquants). Enfin, puissants et gracieux, les dauphins symbolisent un football tourné vers le mouvement et l’élégance.

En définitive, le surnom des Делфините est l’affirmation d’un ADN. Lorsque les joueurs de l’OFC Nessebar foulent la pelouse, ils représentent le souffle de la mer Noire, le dynamisme d’un écosystème marin fascinant et l’immense fierté d’une cité historique.

#1432 – Club Bruges KV : Boeren

Les paysans. Il s’agit d’un surnom que l’on retrouve régulièrement dans le monde néerlandophone (SV Zulte Waregem #1011, BV De Graafschap #536 et PSV Eindhoven #297) mais dont la connotation est plutôt péjorative puisqu’il peut être entendu comme bouseux ou péquenaud. Pourtant, si la région de la Flandre-Occidentale compte de nombreuses fermes, la charmante ville de Bruges n’évoque pas spontanément l’agriculture. Ce surnom remonte en 1908 et à un match qui dégénéra entre Anvers et Bruges.

Bien que le football belge était encore à faire ses premiers pas, une rivalité apparut rapidement entre deux clubs « anciens » : le Royal Antwerp, fondé vers 1880, et le FC Bruges, dont les origines remontaient à 1891. En 1907, les deux équipes s’affrontèrent. Comme il n’y avait pas d’arbitre, le FC Bruges désigna un de ses membres, son secrétaire Fernand Hanssens, pour officier. À dix minutes de la fin, alors qu’Anvers menait, il permit par ses décisions à son équipe d’égaliser. La légende raconte qu’il le fit sous la pression d’un de ses joueurs, le défenseur Arthur Cambier, qui l’aurait menacé de le frapper s’il ne sifflait pas en faveur de Bruges. Ceci amena une réaction violente des supporters d’Anvers qui jouèrent donc du poing contre Cambier et ses coéquipiers à la fin du match. Il n’existe aucun document aujourd’hui qui retrace ces évènements. Pourtant, ces derniers seraient à l’origine des troubles qui eurent lieu en 1908 et qui donnèrent naissance au surnom.

Le 9 février 1908, après-midi, Bruges recevait Anvers et remporta le match 2 buts à 1. Après la rencontre, alors que les supporteurs brugeois auraient pu verser dans l’allégresse de la victoire, ils choisirent de se venger des incidents de l’année précédente et agressèrent les joueurs anversois. 3 reçurent de violents coups au point que le milieu de terrain Jules Suetens fut retrouvé inconscient dans un fossé. Une partie de l’équipe réussit à se soustraire à cette bagarre avec l’aide du président du FC Bruges, Alfons De Meulemeester, qui les emmena dans sa voiture, cible de jets de pierres, jusqu’à une gare située entre Bruges et Gand. Le club d’Anvers remercia le chauffeur de De Meulemeester en lui offrant un pourboire de 5 francs. 3 jours après les évènements, le quotidien « Gazet van Antwerpen » relata que « honderden Brugse fans samentroepten aan de ingang en de spelers van Antwerp bekogelden met stenen, slijk en grasklompen » (des centaines de supporters brugeois se sont rassemblés à l’entrée et ont bombardé les joueurs d’Anvers de pierres, de boue et de touffes d’herbe). Ces premiers actes d’hooliganisme furent sanctionnés rapidement. Le FC Bruges perdit le match sur tapis vert (5-0) et la ville de Bruges ne put plus organiser de matchs pendant 2 mois, pénalisant ainsi également l’autre club de la cité, le Cercle qui s’expatria dans le stade de la Gantoise. Face à ces agressions violentes et primaires, les fans d’Anvers comparèrent alors les supporteurs de Bruges à des boeren.

Comme souvent avec les moqueries et les insultes, les destinataires les retournent à leur profit et les supporteurs de Bruges n’hésitent pas aujourd’hui à scander qu’ils sont des boeren. Le club aussi décida d’associer ce surnom à une connotation positive. En effet, comme l’agriculture est synonyme de travail, de persévérance, le FC Bruges mit en avant ces valeurs partagés avec le slogan « no sweat, no glory » (Pas de sueur, pas de gloire). En 2022, alors que l’agriculture belge souffrait des conséquences de la guerre en Ukraine, le club se mobilisa pour soutenir les agriculteurs en difficulté avec le programme « boeren voor boeren » (des paysans pour les paysans) qui consistait en la vente de produits locaux (provenant de fermes situées à moins de 5 km du stade).

#1431 – 1. FC Schweinfurt 05 : Schnüdel

Les joueurs et les supporters de Schweinfurt sont connus dans tout l’Allemagne sous l’appellation de Schnüdel. Ce terme, dont la signification échappe souvent même aux locaux, trouve son origine dans l’histoire matérielle du sport. Fondé le 5 mai 1905, le 1. FC Schweinfurt 05 est une institution historique du football bavarois, situé dans la région de la Basse-Franconie, à Schweinfurt, une ville industrielle mondialement réputée pour sa production de roulements à billes. Le club maintient une forte identité locale. Pourtant, contrairement à l’hypothèse fréquente selon laquelle leur surnom proviendrait d’une référence porcine (en faisant allusion au groin ou la vessie d’un porc), l’origine du mot schnüdel est intimement liée à l’évolution technologique du ballon de football.

Pour comprendre ce surnom, il faut se pencher sur la fabrication des équipements sportifs du début du XXème siècle. Avant l’invention de la valve moderne qui permet aujourd’hui de gonfler un ballon avec une simple aiguille, le système de rétention d’air était auparavant rudimentaire et contraignant. Le ballon était composé d’une enveloppe en cuir épais, laissée ouverte sur une fente. A l’intérieur, une vessie en caoutchouc était insérée et gonflée à la bouche ou à la pompe, puis son extrémité devait être tordue, pliée et solidement ficelée pour retenir l’air. Cette extrémité nouée était ensuite repoussée à l’intérieur de l’enveloppe en cuir, qui était enfin refermée à l’aide d’un lacet en cuir très rigide. Cette zone de fermeture, où se concentraient le cuir, les lacets et le nœud de la vessie, formait une protubérance particulièrement dure. En allemand, cette extrémité était appelée le zipfel. Dans le dialecte de Basse-Franconie, on la nommait le schnüdel.

Cette protubérance dure pouvait engendrer des blessures pour les footballeurs quand leurs pieds ou têtes rencontrait cette zone lors d’une frappe ou un coup. Mais, c’est dans un autre sport où le schnüdel fit le plus de dégât : le fistball. Très populaire durant les années 1920 dans les pays germanophones, le fistball est un sport d’équipe se jouant sur gazon, qui présente des similitudes avec le volley-ball. Deux équipes s’affrontent de part et d’autre d’un filet. Le but est de renvoyer la balle dans le camp adverse, le ballon ayant le droit de rebondir une fois au sol entre chaque touche. La particularité majeure réside dans la frappe : le ballon ne peut être touché qu’avec le poing fermé ou l’avant-bras. Frapper de toutes ses forces un ballon en cuir lourd avec le poing nu constituait déjà un défi physique. Mais lorsque le point d’impact correspondait au schnüdel, les conséquences étaient immédiates pour les sportifs (Mains écorchées et hématomes et bleus sur les avant-bras). En outre, en tapant sur cette zone, le ballon adoptait des trajectoires qui n’étaient pas celles souhaitées. Que des désavantages.

Ces blessures à répétition poussèrent un habitant de Schweinfurt à trouver une solution. En 1920, Fritz Stöcklein, un sportif accompli, cofondateur du club de ski de la ville, et membre actif du 1. FC Schweinfurt 05, où il pratiquait le football et le fistball, inventa le premier ballon sans lacet. Il fabriqua une valve anti-retour à base de laiton, qui pouvait être vissée dans la balle en caoutchouc située sous le cuir. Le laçage de la vessie comme du cuir extérieur devenait alors superflu. La disparition du schnüdel fut un soulagement pour les joueurs mais ne permit pas à son inventeur de faire fortune. S’il déposa un brevet dans plusieurs pays d’Europe, il revendit son invention à la fabrique d’articles de sport et de raquettes à neige « Gutkind & Einstein » de Nuremberg. Son gain fut malheureusement vite englouti dans l’inflation galopante de l’Allemagne de l’entre-deux guerre. Si le lacet a disparu, le terme a lui survécu pour devenir le surnom du club.

#1430 – FC Zlín : Ševci

Les cordonniers. Un surnom plutôt singulier dans le paysage du football, loin des aigles, des lions ou des démons habituels. Il s’explique par l’importance de l’industrie de la chaussure qui façonna Zlín. Le village de Zlín apparaît dans l’histoire en 1322, lorsque la Reine de Bohême, Élisabeth Ryksa, l’acheta et en fit don au monastère de Brno. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, avec ses 3 000 habitants, Zlín ne différait guère des autres gros village de la région. Puis, un évènement majeur se déroula en Septembre 1894 qui changea pour toujours l’histoire de Zlín : la fondation de la société de fabrication de chaussures, Bat’a.

Après un séjour à Lynn aux Etats-Unis, réputé depuis le XVIIème siècle pour son industrie de la chaussure et des tanneries, les frères et sœurs Anna, Antonín et Tomáš Baťová fondèrent à Zlín leur première usine de chaussure, sous le nom d’ « Antonín Baťa » (qui devint la société « T & A Baťa » en 1900 puis enfin Bat’a en 1931). Grace aux commandes de bottes par l’armée austro-hongroise, l’entreprise prit rapidement un essor incroyable. Dès 1910, la production annuelle atteignait 10 000 paires et l’usine comptait déjà 4 000 ouvriers. Elle intégrait également une cantine, une révolution pour l’époque, qui fut suivi par la construction des premiers logements pour les employés en 1912. L’entre-deux guerre renforça le système Bat’a (basé sur le taylorisme et le fordisme, un partage des profits et des pertes avec les ouvriers, la constitution d’une épargne). L’entreprise démontra sa flexibilité et sa résilience (face aux crises de 1922-1923 et 1929-1933) et prit le virage de l’internationale (Bat’a s’implanta dans une dizaine de pays). A la fin des années 1930, il employait 29 500 personnes en Tchécoslovaquie, produisait plus de 35 millions de paires de chaussures, soit près de 78 % de la production totale du pays, et agissait dans plus de 30 secteurs (banque, chimie …). Ce développement de l’usine poussa celui de la ville et la façonna. Entre 1921 et 1930, la population de l’actuelle agglomération passa de 14 470 à 34 348 habitants. Patron visionnaire et maire de la ville en 1923, Tomáš Bat’a s’attela à la construction d’une ville moderne en impulsant son style architectural à son usine comme aux édifices pour la municipalité (hôpital, école, logements, magasins, cinéma, infrastructures de transport). Il développa le concept de cité-jardin et la construction type reposait sur un squelette en béton armé rempli de briques. Le bâtiment le plus emblématique de cette époque est le gratte-ciel « Jednadvacítka », haut de 77,5 mètres, qui abritait alors le siège social de Bat’a. Après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste nationalisa l’entreprise Bata qui poursuivit son activité sous le nom Svit tandis que la famille Bat’a poursuivit le développement du groupe avec ses filiales à l’étranger. En 1980, Svit employait plus de 20 000 personnes et produisait plus de 20 millions de paires de chaussures. Mais, après l’effondrement du communisme puis d’un de ses principaux créanciers, Svit ne put faire face aux évolutions du secteur. Aujourd’hui, l’activité de chaussure perdure avec la société Vasky mais s’est fortement réduite.

Avec la vision de Tomáš Bat’a, l’emprise de Bat’a sur Zlín s’étendit aussi sur les activités culturelles et sportives. Fondé en 1919, le FC Zlín perdit son premier terrain et se tourna alors vers la société Bat’a qui lui loua un terrain pour 5 couronnes par an. Ce fut le début de la collaboration entre les deux entités qui entraîna un changement de nom pour SK Bat’a Zlín en 1924. Après la nationalisation des usines au lendemain de la guerre, et dans un pays communiste où les organisations sportives étaient liées aux grandes administrations ou entreprises, l’entreprise d’Etat Svit poursuivit la collaboration avec le club de football qui s’appela alors Svit Gottwaldov puis Svit Zlín. Evidemment, au delà de ce sponsoring, une large partie des membres comme des supporteurs provenaient des usines de chaussures.

#1429 – CA Atlanta : los Bohemios

Les bohémiens. S’il y a bien une ville qui respire, transpire le football, c’est Buenos Aires. Chaque quartier a son équipe, voire ses clubs qui le représentent fièrement. Je vous propose de découvrir l’une de ses associations, moins connues que Boca Junior, Racing ou River Plate mais qui constitue l’essence du quartier de Villa Crespo : le CA Atlanta. Leur surnom ne traduit pas la présence d’une forte communauté gitane et n’a rien à voir avec un mode de vie d’artiste ou de musicien de rue. Il raconte plutôt l’histoire d’une lutte acharnée pour la survie et la quête d’un foyer.

Le 12 octobre 1904, une bande de jeunes passionnés fonda le CA Atlanta, au domicile du marchand Elías Sanz, situé au 1119 rue Alsina, dans le quartier de Montserrat (qui se situe pas à côté de Villa Crespo). À cette époque, le football argentin commençait à peine à émerger et si votre club n’était pas soutenu par une institution scolaire ou une entreprise (dans les deux cas, qui comptait une communauté britannique favorable à la pratique de ce sport), vous étiez alors sans le sou et donc sans moyen. Pas de ballon, pas de maillot et encore moins de terrain. Le tout jeune CA Atlanta faisait parti de ces clubs offrant des conditions précaires à ses membres pour pratiquer leur sport favori. Incapables de s’offrir un terrain permanent, ses joueurs et dirigeants devaient louer des parcelles de manière temporaire, au gré de leur moyen ou des souhaits du propriétaire. Ainsi, pendant les deux premières décennies de son existence, le club fut contraint de mener une vie nomade.

L’équipe joua d’abord sur un terrain vague situé à l’angle des rues Juan Bautista Alberdi et Escalada, dans le quartier de Villa Luro, complètement à l’Ouest de la ville (quasiment à l’opposé de Montserrat). Toutefois, la pression immobilière et l’urbanisation galopante de Buenos Aires les chassèrent rapidement. Atlanta va alors régulièrement changer de terrain, entre 1904 et 1922, passant d’un quartier de la ville à l’autre. Ils s’installèrent brièvement dans la quartier de Floresta, puis migrèrent vers Parque Chacabuco (entre les rues Emilio Mitre et Tejedor, à l’emplacement actuel du parc), avant de devoir plier bagage pour Caballito. Les motifs de ces déménagements étaient toujours les mêmes : l’expiration d’un bail de location que le club n’avait pas les moyens de renouveler, des propriétaires qui vendaient les terrains pour y construire des logements, ou simplement l’incapacité financière à maintenir des clôtures et des tribunes en bois. En 1922, le club posa finalement ses valises de façon définitive dans le quartier de Villa Crespo, mettant ainsi fin à son errance. Le stade se trouvait au 470 de la rue Humboldt et fut inauguré avec un match contre River Plate. Dans les années 1950, les nouvelles réglementations de la fédération visant à renforcer la sécurité conjuguées aux problèmes structurels de son stade (il avait été fermé un certain temps en 1955) poussèrent le club à édifier un nouveau stade, sur un terrain adjacent acheté dans les années 1940. Inauguré le 5 juin 1960, le Stade Léon Kolbowski est encore le terrain de l’équipe d’Atlanta aujourd’hui.

Non seulement le club déménagea régulièrement de terrain à ses origines mais, en outre, cette instabilité géographique originelle les empêcha de s’enraciner culturellement dans un quartier. Aux yeux de la presse comme des supporteurs adverses, les joueurs d’Atlanta étaient alors des Bohemios. Et cette image ne les quitte pas. Puisque, si depuis 1922, Atlanta réside à Villa Crespo, on peut souvent entendre ses supporteurs dirent qu’Atlanta n’est pas Villa Crespo, mais Villa Crespo ne serait pas Villa Crespo sans Atlanta.

#1428 – CS Cartaginés : los Brumosos

Les brumeux. Le CS Cartaginés fait parti des clubs historiques du football costaricain, avec ses 4 titres de champion du pays (dont le dernier en 2022) et ses 5 coupes nationales. Surtout, sa fondation remonte au début du XXème siècle (en 1906) quand plusieurs habitants de Cartago aidés d’étrangers de diverses nationalités, notamment le Canadien William Henry Pirie, prirent l’initiative de créer un club de football dans la ville, qui aujourd’hui est le deuxième plus ancien du pays. Mais, ce n’est pas son âge avancé qui ferait que le club ou ses joueurs se retrouvent dans le brouillard.

En fait, la ville de Cartago baigne régulièrement dans un épais brouillard et une forte nébulosité, en particulier lors des journées fraîches. Cette situation résulte de la position de la cité. Le Costa Rica est coupé en deux par une immense épine dorsale de montagnes et de volcans (les cordillères de Tilarán, Centrale et de Talamanca). Les plaines et les montagnes situées à l’Est et au Nord-Est de cette barrière forment la Vertiente del Caribe (versant Caraïbe). Les terres situées à l’Ouest forment la Vertiente del Pacífico (versant Pacifique). Le versant Caraïbe est exposé de plein fouet aux vents alizés chargés d’humidité qui soufflent depuis la mer des Caraïbes et de l’océan Atlantique. Lorsque ces masses d’air chaud et humide frappent les montagnes, elles s’élèvent, se refroidissent brutalement et provoquent des pluies abondantes. Cartago subit de plein fouet ce climat. Située à la limite où le versant Caraïbe rencontre la Vallée Centrale, à plus de 1 400 mètres d’altitude, dans les contreforts du volcan Irazú, elle reçoit directement les nuages et l’humidité qui montent de la côte atlantique et se heurtent au volcan, ce qui crée son fameux brouillard permanent (la bruma). Ceci caractérise la ville au point qu’elle est surnommée historiquement « La Ciudad de las Brumas » (la ville des brumes).

#1427 – Charlotte FC : the Crown

La couronne. Charlotte, dans l’Etat de Caroline du Nord, a une longue relation avec le soccer sans qu’aucune de ses franchises brillent sur la scène nationale, dans les meilleures ligues professionnelles. Finalement, en 2019, un projet se monta, avec l’un des propriétaires du club de football américain des Panthers, et la MLS valida l’expansion de la ligue à une nouvelle franchise de Charlotte. Côté couleur, Charlotte FC reprit le noir et le bleu du club sœur des Panthers. Comme logo, la franchise adopta un écusson rond dans lequel s’inscrit une grande couronne blanche, dont les quatre pointes symbolisent les quatre quartiers d’origine de la ville. Avant de prendre un nom assez générique, la franchise devait également faire référence à cette couronne, en se dénommant Charlotte Crown FC. En tout cas, cette couronne donna son surnom à l’équipe.

Pour comprendre la présence de ce symbole royal dans un pays qui se battit dans la rébellion à la couronne britannique, il faut remonter aux origines de la ville, qui se revendique comme la Queen City (la reine des villes). Charlotte est en effet l’une des 38 villes américaines à s’être autoproclamée « Reine des villes ». Et sur son sceau comme sa bannière, la couronne est utilisée comme symbole.

En 1760, le Roi Georges III monta sur le trône de Grande-Bretagne et d’Irlande et un an plus tard, il épousa la princesse allemande, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz. De l’autre côté de l’Atlantique, les colonies britanniques s’étendaient sur le territoire américain et, en 1762, afin de rendre hommage à la nouvelle reine, des colons donnèrent le nom de Mecklembourg à la région où il venait de s’implanter. Puis, en 1768, toujours afin de s’attirer les faveurs du Roi, ils donnèrent à leur ville le nom de Charlotte. Mais, la Reine ne fit jamais l’honneur à ses sujets de leur rendre visite. Malgré cet attachement à la couronne ou en raison de l’absence de retour de la Reine, la ville fut un des foyers de la révolution américaine. La déclaration d’indépendance de Mecklembourg, qui dénonçait la tyrannie britannique, fut signée à Charlotte, un an avant celle des 13 Etats. Le général britannique Charles Cornwallis qui occupa la ville avant d’en être chassé par des habitants hostiles, décrivit la cité comme a hornet’s nest of rebellion (un nid de guêpes en pleine rébellion). Aujourd’hui, on peut admirer des statues de la Reine sur North College Street, dans le quartier central des affaires, et devant l’aéroport international Charlotte Douglas. On trouve aussi de nombreux lieux dont le nom fait référence à la reine (Queens College, Queens Road …). Enfin, un portrait de la reine est exposé au Mint Museum of Art. 

#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1425 – Tavria Simferopol : кримчани

Les criméens. Ce club de Simferopol, aujourd’hui disparu, épouse l’histoire tumultueuse de la Crimée, cette vaste péninsule bercée par la Mer Noire. Tout d’abord, son nom, Tavria, plonge dans les racines de la région. Tavria reprend le nom historique et géographique de la péninsule de Crimée et des terres continentales adjacentes du sud de l’Ukraine. Il fait référence aux Taures (ou Tauri), un peuple antique qui vivait dans les montagnes de Crimée au premier millénaire avant J.-C..

Mais, en raison de sa position stratégique en plein cœur de la mer Noire, cette péninsule a toujours été un carrefour d’empires, de routes commerciales et de civilisations et va donc connaître une histoire compliquée, où une multitude de peuples vont se succéder. Dès le VIème siècle avant J.-C., les Grecs y fondèrent des colonies prospères (comme Chersonèse, près de l’actuelle Sébastopol), tandis que les Scythes dominaient l’intérieur des terres. La péninsule passa ensuite sous le contrôle partiel ou total des Romains, des Goths, des Huns, puis de l’Empire Byzantin. Au Moyen Âge (XIIIème-XVème siècle), les Génois et les Vénitiens y installèrent de puissants comptoirs commerciaux fortifiés sur les côtes pour contrôler le commerce vers l’Asie. Puis, au XVème siècle, débuta l’ère des Tatars. Installées dès le XIIIème siècle dans la péninsule, des tribus mongoles et turciques (qui devint le peuple Tatar) fondèrent le Khanat de Crimée en 1441, un État puissant qui devient rapidement un vassal de l’Empire ottoman. Pendant plus de 3 siècles, il prospéra, notamment grâce à des raids en Europe de l’Est et à un commerce florissant (incluant le commerce d’esclaves). L’Empire russe, cherchant un accès aux mers chaudes, entra en conflit avec l’Empire ottoman et annexa en 1783 la Crimée, fondant alors la base navale de Sébastopol. Au XIXème siècle, l’Empire Russe mena une politique de russification de la Crimée, poussant de nombreux Tatars à l’exil. Enfin, en 1954, pour des raisons administratives, économiques et logistiques (la Crimée étant reliée géographiquement à l’Ukraine), le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev « offrit » la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Dans une Union Soviétique intégrée et dictatoriale, cette décision interne eut peu de conséquences pratiques. Mais, 60 ans plus tard, suite à la révolution pro-européenne de Maïdan à Kiev, la Russie prit illégalement le contrôle de la péninsule, la Crimée devenant sous contrôle russe de facto.

Le club du Tavria fut fondé en 1958, sur la base de l’équipe de Burevisnik, pour représenter la Crimée en division B (la deuxième division de l’URSS). Puis, pendant plus de 40 ans, évoluant entre la seconde division et l’élite russe, Tavria demeurait le seul club de la Crimée à ce niveau et était sa fierté. Après l’indépendance de l’Ukraine, il remporta le tout premier Championnat d’Ukraine post-période soviétique en 1992 (et le seul club à le gagner, hors Dynamo et Chakhtar). Malheureusement, avec l’invasion russe de 2014, le club cessa toute activité. Une partie des joueurs et du staff relancèrent un club sous le nom TSK Simferopol et s’inscrivit dans les compétitions russes. En réaction, en juin 2015, la Fédération ukrainienne de football et le président de la Tavriya annoncèrent la renaissance du club et son installation à Kherson. Mais, en février 2022, suite à la nouvelle agression russe, qui prit possession des régions de l’Est du pays où se trouve Kherson, la Tavria ferma une nouvelle fois ses portes. Pour l’instant définitivement.

#1424 – Central Español FC : Palermitanos

Montevideo est une ville qui respire le ballon rond à chaque coin de rue. Au point que l’élite uruguayenne s’est souvent résumée à une bataille entre clubs résidant dans la capitale de l’Uruguay. Chacun des 62 quartiers de Montevideo accueille une équipe de football, qui représente sa culture et ses traditions. La Blanqueada, ce quartier central, est la forteresse du Nacional tandis que Peñarol représente le quartier éponyme situé au nord. Le Prado est un quartier résidentiel et le berceau de trois clubs historiques : Montevideo Wanderers, River Plate et Bella Vista. La colline de Cerrito de la Victoria abrite deux clubs, Rentistas et CS Cerrito. Le quartier populaire de La Villa del Cerro, situé de l’autre côté de la baie de Montevideo, accueille deux rivaux, le CA Cerro et Rampla Juniors. Parmi ces dizaines de clubs historiques, il existe aussi le Central Español Fútbol Club qui possède un nom très hispanophone et un surnom sentant plutôt la Sicile.

En fait, le berceau du Central Español se trouve dans le quartier de Palermo, situé dans le sud de Montevideo, face à la mer. Fondé le 5 janvier 1905, le club est issu de la fusion de deux modestes associations, Central et Solís, situés près du cimetière central du quartier de Palermo. Au milieu du XIXème siècle, de par sa situation peu attractive et souvent balayée par les tempêtes, le quartier attira logiquement les populations modestes, notamment des vagues d’immigrants dans un premier temps Afro-Uruguayens puis européens. Dans les années 1860, des immigrants siciliens ouvrirent une petite épicerie dans le quartier. Au-dessus de la devanture, ils accrochèrent une enseigne, où ils revendiquaient fièrement leurs racines : « Almacén de Comestibles de la Nueva Ciudad de Palermo » (L’Épicerie de la Nouvelle Ville de Palerme). Cette boutique devint un point de repère si célèbre pour les habitants, que petit à petit, tout le monde commença à appeler la zone « le quartier de l’épicerie de Palermo », puis tout simplement le « Barrio Palermo ». Aujourd’hui, c’est l’un des quartiers les plus vibrants de Montevideo, considéré comme le cœur battant de la culture afro-uruguayenne, du candombe (une musique traditionnelle percussive) et du célèbre carnaval uruguayen. Le surnom donné au club l’ancre définitivement avec son territoire.