#1452 – CARA Brazzaville : les Aiglons

Avec 9 titres de champion et 3 coupes nationales, le CARA Brazzaville est une véritable institution au Congo. Surtout, le club acquit ses lettres de noblesses en remportant la Coupe des clubs champions africains en 1974, à la fin de sa période dorée. Le club naquit d’une frustration. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville, les missionnaires catholiques de l’École Saint-Vincent favorisèrent la création d’une équipe de football dénommée Renaissance. Rapidement, une seconde équipe se créa et les deux, qui portaient les mêmes couleurs, bleu et jaune, se différencièrent en s’appelant Renaissance A (équipe fanion) et Renaissance B (la réserve). Mais, le niveau de ces deux équipes se rapprochèrent (les deux évoluant alors en première division) et une rivalité apparut qui attint son apogée au début des années 1950. Lors de deux compétitions, les joueurs de Renaissance B eurent le sentiment d’avoir été volé par Renaissance A. En Coupe des Scouts, un pénalty généreusement accordé à Renaissance A donna la victoire face à Renaissance B. Puis, un nouveau duel fratricide se déroula en finale de la Coupe Mgr Augouard. Le gardien de Renaissance B, qui était prêté par la Renaissance A, réalisa une prestation pitoyable qui provoqua une lourde défaite. Ce fut vécu comme une trahison et le divorce était alors acté. En 1952, Renaissance B prit son indépendance et se nomma seulement « Renaissance ».

Mais, pour prendre définitivement son essor, il fallait lancer une nouvelle dynamique qui passait par l’adoption de nouveau symbole. En 1963 (ou 1962), le nom du club s’allongea pour devenir le Club Athlétique Renaissance Aiglon, formant ainsi l’acronyme CARA. À cette époque, Brazzaville vibrait au rythme de la « Kara Kara« , une danse extrêmement populaire. En adoptant l’acronyme CARA qui sonnait comme le phénomène culturel, les dirigeants s’assuraient un immense capital sympathie auprès de la jeunesse et des supporters brazzavillois. Pour le terme « aiglon » qui s’imposa dans le nom, les dirigeants cherchèrent simplement l’inspiration en Europe, et plus particulièrement dans le championnat de France. Ils jetèrent leur dévolu sur l’OGC Nice, l’un des clubs phares de l’époque. En effet, le club azuréen connaissait sa période la plus glorieuse avec 4 titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et 2 Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954). Le club rivalisait alors avec le grand Stade de Reims.

Le club congolais adopta donc le nom « aiglons » qui était le surnom historique des joueurs niçois (cf. #137). Pour que l’hommage soit total et que l’identité visuelle marque les esprits, le club congolais prit également la décision radicale de modifier la couleur de ses maillots. Le CARA abandonna ainsi ses historiques couleurs bleu et jaune pour endosser le rouge et noir du club français.

#1451 – CSD Cobán Imperial : los Príncipes Azules

Les princes bleus. Fondée le 1er août 1936, l’équipe fête désormais ses 90 années d’existence. Mais si l’institution s’est hissée au rang de mythe dans le département d’Alta Verapaz, c’est en grande partie grâce à son identité, forgée dès ses premières heures par un changement de nom aussi symbolique que déterminant.

Le club vit le jour sous l’appellation de « Magisterio de Cobán ». Néanmoins, cette dénomination ne fut utilisée que lors des 3 premiers matchs officiels. Les dirigeants prirent effectivement la décision solennelle d’adopter le nom définitif de « Cobán Imperial », ancrant ainsi de manière indélébile le club dans la riche histoire coloniale de la ville qui l’a vu naître. En effet, le choix du terme Imperial n’a rien d’une simple coquetterie sémantique ; il renvoie de manière directe au statut unique de la cité de Cobán. L’histoire remonte à l’époque de la conquête espagnole. Tandis que l’altiplano guatémaltèque était soumis par la force des armes, la région des Verapaz connut une colonisation pacifique. Etant donné sa position stratégique dans la région et sa population croissante, l’Empereur du Saint Empire germanique et Roi d’Espagne, Charles Quint, déclara la jeune cité de Coban, Ville Impériale. La légende raconte que le leader indigène Juan Aj Poop B’atz, privilégiant la diplomatie, accomplit un périple jusqu’en Espagne afin d’y rencontrer le monarque le plus puissant d’Europe : Charles Quint. Impressionné par cette démarche de soumission volontaire et pacifique, l’Empereur accorda à Juan Aj Poop B’atz le titre de gouverneur, lui conférant le pouvoir d’administrer la justice, y compris à l’encontre des colons espagnols. En reconnaissance de cet accord singulier, la ville fut formellement baptisée Cobán Imperial (également désignée comme la Cité de Charles Quint).

Si le nom de l’équipe puise dans les racines impériales de la ville, son surnom de Príncipes Azules en constitue son prolongement. La ville étant la fille de l’Empereur Charles Quint, ses habitants et, par extension, les joueurs qui la représentent sur le rectangle vert, sont symboliquement perçus comme les fils de l’Empereur, justifiant ainsi le rang princier.

L’adjectif Azul revêt pour sa part une double signification. Le bleu s’est imposé, dès les premières décennies de l’institution, comme la couleur dominante et incontestable de l’uniforme du club. Au fil des saisons, cette couleur est devenue son symbole viscéral. Sur le plan métaphorique, le bleu renvoie inévitablement au concept de « sang bleu », confortant l’image aristocratique et noble suggérée par la figure du Prince.

Certaines sources précisent que ce surnom apparût dans les années 1960, quand le club accéda pour la première fois à l’élite guatémaltèque, via la plume et la voix des journalistes sportifs Ernesto Ponce Saravia y Marco Rodríguez. Ils auraient voulu souligner le style de jeu élégant et noble de l’équipe. Aujourd’hui, ce surnom est bien ancré et la mascotte officielle est justement un prince entièrement vêtu de bleu et coiffé d’une couronne, comme l’écusson du club.

#1450 – San Francisco FC : los Monjes

Les moines. Le football est bien souvent le reflet de l’identité d’une communauté. Au Panama, le San Francisco Fútbol Club, basé dans la ville de La Chorrera, en est l’une des illustrations. Ce club historique de la première division panaméenne ne tire pas son nom de la célèbre métropole californienne, mais d’un héritage religieux extrêmement profond.

Fondé en 1971, le club de La Chorrera a choisi de se baptiser « San Francisco FC » en hommage direct au saint patron de la ville : San Francisco de Paula (Saint François de Paule). Pour les dirigeants et les fondateurs du club, adopter ce nom n’était pas un choix par défaut. Il s’agissait d’une volonté d’unir l’équipe autour du symbole spirituel le plus respecté de la région.

La Chorrera est une ville reconnue pour sa ferveur religieuse, avec pour son saint patron, Saint François de Paule. La tradition rapporte que la dévotion au saint a été instaurée par les marins espagnols à l’époque de la colonisation. Il y a plus de 300 ans, ces derniers accostèrent sur la côte panaméenne, à Puerto Caimito, avec dans leur cale, une statue en bois de Saint François de Paule. Selon la légende, ils devaient la transporter à l’intérieur des terres mais, fatigués par son poids, ils s’arrêtèrent dans le village de la Chorrera. La population locale l’adopta au fil des siècles, priant pour son intercession lors de périodes de sécheresse ou de difficultés agricoles. Aujourd’hui, la statue surnommée « Panchito » (petit François) se trouve dans dans l’Eglise paroissiale de San Francisco de Paula et, le 4 mai, anniversaire de la canonisation de Saint François de Paule, elle accompagne la procession dans les rues de la ville où les habitants glissent des billets dans ses habits.

Saint François de Paule naquit en Calabre le 27 mars 1416. La vie de Saint François de Paule se caractérise par une quête constante de dépouillement et un rayonnement qui attirera l’attention des plus grands souverains d’Europe (en particulier le Roi de France). Après un pèlerinage à Assise et à Rome, à 15 ans, il décida de se retirer dans une grotte près de Paola mais fut rejoint par d’autres, attirés par sa réputation de sainteté. En 1436, ils construisirent une chapelle et des cellules, jetant ainsi les bases d’une nouvelle institution religieuse, qui sera l’héritage de Saint François de Paule (en plus des miracles). Congrégation reconnue par le pape Sixte IV en 1474, François choisit plus tard le nom de « Minimes » (les tout-petits) pour souligner l’humilité que doivent cultiver ses frères. L’Ordre des Minimes se distingue donc par des règles prônant la pénitence, l’ascèse et la charité, mot d’ailleurs inscrit sur le blason officiel de l’Ordre (Charitas). Aujourd’hui, la congrégation masculine compte environ 176 membres (dont plus de 120 prêtres) répartis dans près de 46 communautés. Si la majorité des couvents se trouvent en Italie, l’ordre est également présent en Amérique latine, en Afrique, aux États-Unis et en Europe.

#1449 – Correcaminos UAT : los Correcaminos

Les Grands Géocoucous. Durant une vingtaine d’année (1959-1978), Cuerudos était considérée comme le club emblématique de la ville de Ciudad Victoria, la représentant en seconde division mexicaine sans discontinuer. Malgré quelques succès sportifs et un fort soutien populaire, des difficultés financières croissantes conduisirent à son retrait du football professionnel à l’issue de la saison 1977-1978. La nature ayant horreur du vide, un nouveau club reprit le flambeau du football professionnel dans la ville en 1980 : Correcaminos UAT. Il s’agit de l’équipe de l’université de la région de Tamaulipas, Universidad Autónoma de Tamaulipas (UAT), qui a l’image des célèbres universités UNAM (avec les Pumas) et UANL (avec les Tigres) créa sa section professionnelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’origine de ce surnom ne provient pas directement du football. En réalité, il trouve ses racines dans l’équipe de football américain de l’université. Fortement influencées par le modèle et la culture nord-américain, les sections de football américain des universités mexicaines cherchaient des mascottes fortes pour représenter leurs étudiants et dynamiser l’image de leurs équipes. Puis, le symbole retenu par le football américain déteignait vers toutes les autres disciplines de l’université. Par exemple, UANL choisit le Tigre (cf. #196) et UNAM opta pour les Pumas (cf. #40). Donc, en 1970, Francisco Díaz Navarro et ses entraîneurs proposèrent le Correcaminos comme mascotte de l’université UAT. D’une part, habitant les régions arides et semi-arides de faible altitude, l’oiseau est endémique et emblématique de la région de Tamaulipas. D’autre part, cet animal illustre à la perfection les qualités athlétiques recherchées sur un terrain. Il est réputé pour sa force, son agilité (il tue des scorpions et des crotales de 60 cm de long), sa rapidité (il peut courir à 30 km/h de vitesse sur des distances assez longues) et son intelligence. En outre, il est indéniable que son image a été magnifiée par la télévision. La popularité du correcaminos a explosé grâce au célèbre dessin animé « Bip Bip et Coyote » (Wile E. Coyote and the Road Runner). Dans l’imaginaire collectif, le dessin animé a figé l’image d’un oiseau malicieux, insaisissable, plus rapide et rusé que son adversaire. C’était bien les valeurs que Francisco Díaz Navarro voulait pour son équipe.

L’apparition de ce surnom s’est en outre effectuée à une période charnière pour l’institution. Deux ans auparavant, l’Université Autonome de Tamaulipas s’était dotée d’un blason officiel (représentant un jeune homme émergeant d’un livre ouvert et tenant une torche dans sa main droite et un atome dans sa main gauche) ainsi que de couleurs institutionnelles (l’orange, le blanc et le bleu).

#1448 – KFUM-Kameratene Oslo : Kåffa

Ce surnom est une abréviation phonétique du nom du club, KFUM. Ces 4 lettres sont l’acronyme de Kristelig Forening for Unge Menn (Union chrétienne de jeunes gens), la branche norvégienne de l’association YMCA. Dans l’imaginaire collectif, YMCA se résume souvent aux auberges de jeunesse et à la fameuse chanson disco des Village People. Toutefois, dans la réalité, fondé au XIXème siècle au cœur de la révolution industrielle, YMCA (Young Men’s Christian Association) s’est imposé comme l’un des mouvements sociaux, éducatifs et sportifs les plus influents au monde. Elle emploie aujourd’hui près de 90 000 personnes, compte quelque 920 000 bénévoles et est présente dans 12 000 antennes à travers le monde.

Le YMCA fut fondé à Londres en 1844 par George Williams, un drapier de 23 ans, et onze amis. Face à l’urbanisation rapide et aux conditions de travail précaires de la jeunesse ouvrière, l’organisation cherchait initialement à offrir un cadre moral et spirituel aux jeunes hommes, basé sur les valeurs protestantes. En effet, George Williams déplorait le manque d’activités saines pour les jeunes hommes dans les grandes villes, qui se résumaient alors qu’aux tavernes et aux maisons closes. L’association proposait à ses membres des activités qui permettaient d’atteindre l’harmonie entre l’esprit, le corps et l’âme, ce que l’insigne de l’association – un triangle équilatéral rouge – représente. Le sport devint donc rapidement un pilier de l’organisation car il n’était pas conçu comme une simple compétition, mais comme un instrument de santé publique, d’inclusion et de développement du caractère. Le basket-ball fut inventé en 1891 par James Naismith, un professeur du « Springfield College » (un établissement affilié au YMCA) et le volley-ball, en 1895, par William G. Morgan, également directeur de l’éducation physique dans un YMCA du Massachusetts.

En 1860, le scientifique Peter Waage découvrit le fonctionnement et les activités du mouvement lors de ses déplacements à Paris et à Berlin, puis décida d’en importer les principes fondamentaux sur le sol norvégien. 7 ans plus tard, le prêtre Peter Hærem concrétisa cette démarche en fondant la première association à Oslo. L’initiative rencontra un écho immédiat à travers tout le pays. Dès 1868, une structure similaire vit le jour à Stavanger, rapidement suivie par un élan national qui toucha près d’une vingtaine de villes entre 1868 et 1879. Face à cette dynamique, le mouvement se structura en 1880 avec la fondation de l’Association norvégienne des associations de jeunesse, qui, en 1908, devint membre à part entière de l’Alliance mondiale des YMCA. Dans la logique de ses valeurs, le KFUM créa très tôt ses propres équipes de football et de volley-ball dans plusieurs villes. Le club omnisport d’Oslo fut fondé le 1ᵉʳ janvier 1939, axé sur l’athlétisme et le volley-ball. Toujours fidèles à ses valeurs associatives, la section football a monté les échelons petit à petit pour atteindre l’élite en 2024.

#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1438 – Hokkaido Consadole Sapporo : コンサ

Consa. Il s’agit du diminutif du nom du club, Consadole. Comme la quasi-totalité des clubs japonais, l’institution de Sapporo naquit dans le monde de l’entreprise avant de prendre son indépendance avec sa professionnalisation, au moment de l’établissement de la ligue japonaise, J-League. Cette transition de l’ancien vers le nouveau monde s’accompagnait d’un changement de nom, afin de marquer la naissance du nouvel environnement footballistique japonais. En effet, les organisateurs de la J-League avait compris que pour attirer des fans, il fallait que ces derniers puissent s’identifier à leurs clubs. Leurs noms devaient donc reprendre leurs lieux de résidence accolés à un surnom et ne plus afficher leurs liens avec l’entreprise mère, auquel les fans auraient montré moins d’affection.

Consadole fut fondé en 1935 au sein de l’entreprise électronique Toshiba, sous le nom de Toshiba Horikawacho FC. Basée à Kawasaki, préfecture de Kanagawa, et surtout lieu où se situe le siège de Toshiba, le club monta lentement les échelons du football japonais. En 1977, il remporta le Championnat du Japon de football amateur, ce qui lui permit de s’inscrire à la deuxième division nationale. En 1989, le club accéda enfin pour la première fois de sa longue histoire à l’élite nationale. Bien qu’ayant enregistré des résultats honorables en première division, l’institution ne prit pas le train de la J-League à sa création en 1992. En effet, Kawasaki comptait deux clubs professionnels en mesure d’intégrer la J-League : Toshiba et Verdy (cf. #1354). Les dirigeants de Toshiba considérèrent que les capacités économiques de la ville ne permettraient pas à deux clubs de vivre et prirent l’option de faire déménager leur équipe en 1996 à Sapporo, sur l’île d’Hokkaido, qui recherchait depuis quelques années à accueillir une équipe de football professionnelle.

Toshiba comprit qu’il fallait suivre l’exemple de la direction de la J-League et que pour ancrer le club parmi les habitants de Sapporo, son nom devait revendiquer son identité locale. L’option la plus simple fut de créer le mot-valise Consodale (コンサドーレ). Il résulte de la combinaison de « consado », l’inverse du mot japonais « Dosanko » (道産子) qui signifie « habitants d’Hokkaido » et de l’expression espagnole « Olé » . D’un côté, il était clair que le club était celui des habitants de la région et de l’autre il était porté par une ferveur latine, capable d’emporter les fans. Pour la mascotte, le Grand-duc de Blakiston, un hibou particulièrement présent à Hokkaido, fut retenu. L’équipe se fondait alors dans la culture locale pour en devenir son représentant.

#1387 – KV Mechelen : Malinwa

Aucune signification à ce terme si ce n’est la prononciation locale de Malinois. Pour comprendre pourquoi des flamands appellent leur club de la manière francophone, il faudra replonger dans la création de l’Etat Belge, s’étonner de la répartition linguistique belge au XIXème siècle, sans ouvrir la fracture identitaire actuelle. Pas une mince affaire, surtout lorsqu’on est français et loin de cette histoire qui nous parait simple : d’un côté des flamands (pour beaucoup de français, des néerlandais) et de l’autre des wallons (de vague français pour les français).

En 1904, à Malines (le nom francophone de Mechelen), deux clubs de football virent le jour. D’un côté, le Racing Mechelen, né d’écoliers fréquentant un établissement d’enseignement néerlandophone, l’Athénée, représentait la classe moyenne de gauche, libérale dans le sens de l’émancipation de la religion catholique et de l’assimilation au français. De l’autre, des étudiants de 3 écoles catholiques différentes (l’internat Saint-Victor d’Alsemberg, l’Université de Louvain et le collège Saint-Rombout) se réunirent pour créer un club afin de pratiquer leur sport favori, le football. Mais, il s’agissait aussi d’une réaction à la fondation du Racing et, comme les trois établissements étaient francophones comme leurs élèves, le club s’appella le FC Malinois. D’où le surnom de Malinois à Malinwa.

Oui, les 3 établissements cités, dont la fameuse université de Louvain, étaient bien francophone et catholique, ce qui peut surprendre alors que nous sommes à Malines, dans une ville de la Région Flandres et qui l’a toujours été. Lors de la révolution de 1830, qui vit la création de la Belgique, par séparation avec les Pays-Bas, la majorité de la population belge avait comme langue maternelle son parler local (champenois, picard, lorrain ou wallon côté wallon et limbourgeois-carolingien, francique ripuaire, francique mosellan, flamand et brabançon côté flamand). Et ce parler s’adapter dans chaque ville par l’accent et le vocabulaire. Le français comme le néerlandais n’étaient que peu utilisés par les habitants. Pourtant, l’administration (Gouvernement, Justice, Armée …) comme le clergé catholique (la Belgique était alors principalement catholique), souhaitant se démarquer de l’ancienne domination protestante néerlandaise, adoptèrent le français comme langue du nouvel état (même si officiellement la constitution ne prévoyait pas de langue officielle). Comme le clergé organisait la vie scolaire et que le français, comme langue de la diplomatie et des « Lumières », jouissait d’un grand prestige, la langue de Voltaire s’imposa également aux étudiants. Elle séduit ainsi toutes les élites aussi bien du côté wallon que dans les villes de Flandres. La langue devenait un marqueur de classe sociale (plus qu’un marqueur géographique). C’est ainsi qu’à Malines, le peuple parlait le dialecte local (le Mechels), mais dans les classes sociales plus élevés, le français était de mise.

Au fur et à mesure du XIXème siècle, cette prédominance de fait du français aida au développement puis se heurta au mouvement flamand. À partir de 1840, une guerre linguistique débuta, en particulier dans les écoles, qui conduisit à un bilinguisme de droit en Flandres. Ce fut la première étape du retour en grâce du flamand au détriment du français jusqu’à son avènement dans la période d’Entre-deux guerre. C’est dans ce contexte que les deux club malinois naquirent avec le Racing pour les néerlandophones de la classe moyenne et le FC pour les francophones de l’élite.

#1373 – SCO Angers : les SCOistes, le SCO

Ni plus, ni moins que le dérivé de l’acronyme SCO, qui signifie Sporting Club de l’Ouest. Capitale historique et place forte de l’Anjou, berceau de la dynastie des Plantagenêts, Angers se situe à l’Ouest (même si elle ne baigne pas sur la côte Atlantique) et cela explique bien le surnom. Mais, il faut aussi remonter aux origines du club pour comprendre la dénomination.

A la sortie de la Première Guerre Mondiale, encouragé par Valentin Cailleau, le secrétaire du CS Jean Bouin, le seul club d’envergure à Angers à l’époque, les frères Georges et Paul Fortin créèrent le Sporting Club du Crédit de l’Ouest (SCCO) le vendredi 10 octobre 1919. Le nom provenait directement de l’établissement Crédit de l’Ouest, une banque 100 % angevine, que les deux frères dirigeaient (Georges en tant que président et Paul comme vice-président). Cette banque prenait ses racines en Novembre 1850 au sein du Comptoir commercial d’Angers, E. Bigot, Bougère & Cie qui devint en 1909 la banque familiale Veuve Fortin & ses fils. En 1913, comme d’autres banques familiales régionales à la même époque, la banque Fortin fusionna avec une autre, Veuve Delhumeau, et se transforma en une société anonyme, dénommée Crédit de l’Ouest.

Si le CS Jean Bouin était associé aux Établissements Bessonneau (la grande manufacture de chanvre de la cité dont le président Jules Bessonneau fut également administrateur du Crédit de l’Ouest) et ouvert qu’à ses employés, le SCCO accepta des membres qui n’étaient pas collaborateurs de la banque. Ainsi, pour traduire cet esprit, le club changea rapidement de nom pour devenir le Sporting Club de l’Ouest. En outre, la banque rencontra des difficultés dès le début des années 1920, ce qui favorisa la séparation entre le club sportif et elle. Si l’entreprise Bessonneau poussa le Crédit de l’Ouest à fonder le SCO, il fut également à l’origine de la chute de l’établissement financier. En 1921, la gestion hasardeuse de la famille Bessonneau entraina des pertes importantes pour le Crédit de l’Ouest ainsi qu’une vague de retrait de fonds. A peine remis, la faillite d’une banque à Nantes ébranla de nouveau la confiance au début de 1924. La banque enregistrait 12,7 millions de francs de pertes, dont 10 étaient imputables au groupe Bessonneau, représentant 41 % de ses fonds propres. Elle appela à la rescousse le CIC et signa la fin de son indépendance. Par la suite, elle disparaitra dans les différentes fusions qui amenèrent à la création du CIC Ouest.

#1337 – Jagiellonia Białystok : Jaga

Jaga est un diminutif de Jagiellonia. Le club a atteint le sommet du football polonais la saison dernière en remportant le titre de champion après 124 ans d’existence. Il fut fondé le 30 Mai 1920 par les soldats du bataillon de réserve du 42ème régiment d’infanterie. Le premier nom du club était donc KSBZ 42 PP (ie Klub Sportowy Batalionu Zapasowego 42 Pułku Piechoty – Club Sportif du Bataillon de Réserve 42 Régiment d’Infanterie). Puis, en 1932, l’équipe de football du KSBZ 42 PP fusionna avec le club d’athlétisme KS Związku Młodzieży Wiejskiej pour créer un nouveau club multisports appelé Białostocki Klub Sportowy (Club sportif de Białystok) Jagiellonia. Après la Seconde Guerre Mondiale, les autorités communistes dissolvaient le club (le 42ème régiment d’infanterie ayant combattu les bolcheviques lors de la Guerre soviéto-polonaise de 1919 à 1921) pour faire la place à une nouvelle entité, PKS Motor Białystok, devenu en 1948 le Wici Białystok, puis le Związkowiec Białystok un an plus tard. Le club fut finalement absorbé en 1951 par le Budowlani Białystok. Le 26 janvier 1957, avec la fusion de Budowlani Białystok et du Sparta Białystok, le club retrouva son nom historique, Jagiellonia.

Jagiellonia rappelait le lien historique de la ville et de la région avec la dynastie de la Maison Jagellon, qui régna sur une partie de l’Europe centrale entre le XIVème siècle et le XVIIIème siècle. Branche cadette de la dynastie ducale lituanienne des Gediminides, le règne de Maison Jagellon débuta avec Ladislas II Jagellon, qui, Grand-Duc de Lituanie de 1377 à 1392, devint également le premier Roi de Pologne en 1386, prémices du futur rapprochement des deux nations. Ses descendants étendirent leurs pouvoirs et récupèrent entre-autre la couronne de Hongrie de 1440 à 1444 et de 1490 à 1526 ainsi que de Bohême de 1471 à 1526 et furent électeurs impériaux (1471-1526). Leurs territoires couvraient la Lituanie, la Pologne, la Biélorussie, l’Ukraine, la Hongrie, la Bohême, la Moldavie, la Lettonie, l’Estonie, la région de Kaliningrad et d’autres parties occidentales de la Russie. Dans cette histoire, Białystok fut fondée entre 1440 et 1444, lorsque Jakub Raczko Tabutowicz reçut ces terres de Casimir IV Jagellon, Grand-Duc de Lituanie et Roi de Pologne, deuxième fils de Ladislas II Jagellon.