#1465 – Utsiktens BK : Kiken

Terme d’argot de Göteborg signifiant « point de vue ». En 1935, dans le quartier ouvrier de Masthugget à Göteborg, encouragé par un docker qui les avait regardé jouer, un groupe de jeunes passionnés décida de structurer leur équipe de football au sein d’un club. Au moment de choisir un nom officiel, les fondateurs cherchèrent une identité profondément ancrée dans leur environnement immédiat. Les jeunes, comme les anciens du quartier, se souvenaient qu’une ferme, dénommée Fjärås, se situait à Masthugget. Ils se nommèrent alors les « Fjäråskamraterna » (les camarades de Fjärås). Mais, rapidement, ce nom engendra des erreurs car cela laissait supposer qu’il s’agissait du club de la bourgade de Fjärås, dans le Halland, à 50 km au Sud de leur quartier de Masthugget.

Les fondateurs repartirent à la recherche d’un nouveau nom et trouvèrent une fois de plus leur inspiration dans leur environnement proche. Le quartier de Masthugget est directement bordé par le Slottsskogen, un vaste parc historique qui, depuis plus d’un siècle, constitue le principal lieu de détente, de promenade et de rassemblement des habitants de la Göteborg. Bien en vue depuis Masthugget, un monument dominant le parc de Slottsskogen se dresse dans le ciel, l’Utsiktstornet, qui se traduit littéralement par « la tour d’observation ». L’équipe fut alors officiellement baptisée Utsiktens Bollklubb et la silhouette caractéristique de cet édifice est logiquement intégrée au blason du club.

L’Utsiktstornet est bien plus qu’un simple point de vue touristique. Achevée en 1899, cette imposante structure a d’abord été conçue comme un château d’eau et abritait un immense réservoir de 780 000 litres destiné à alimenter Göteborg en eau potable. Il fut érigé sur le point culminant de la partie nord du parc, un sommet judicieusement nommé Stora Utsigten (La Grande Vue), situé à 80 mètres au-dessus du niveau de la mer. Si la tour ne remplit plus sa fonction hydraulique primaire aujourd’hui, elle demeure un repère architectural majeur et un blickfång (point de mire) incontournable du paysage urbain local.

Le surnom de Kiken dérive donc du nom du club et est le fruit d’une évolution linguistique intimement liée à ce monument. Dans le langage populaire de Göteborg, la tour d’observation a très tôt été rebaptisée Kikar’n (la longue-vue ou les jumelles), en référence directe à sa position panoramique permettant d’observer la région. Le surnom Kiken est ainsi né de la contraction du nom Utsikten sous l’influence directe du sobriquet populaire de la tour (Kikar’n).

#1464 – CA Atenas : los Atenienses

Les athéniens. Dérivé du nom du club, son surnom comme le nom du Club Atlético Atenas laisserait penser qu’il est un bastion hellénique en l’Uruguay. Mais, si l’immigration européenne constitue le cœur de la population uruguayenne, il n’y a pas eu de vague venant de Grèce. En réalité, basé dans la ville de San Carlos, au cœur du département de Maldonado, ce club arbore un nom dont l’origine est une vibrante déclaration d’amour à l’histoire du sport mondial.

Le CA Atenas vit officiellement le jour le 1er mai 1928. Les années 1920 revêtent une importance particulière dans la culture sportive de l’Uruguay. En effet, en 1924, lors des Jeux Olympiques de Paris, l’équipe nationale uruguayenne de football éblouit le monde en remportant la médaille d’or, révélant la supériorité technique et tactique du football sud-américain aux yeux de l’Europe. Et cette victoire ne fut pas sans lendemain, puisqu’au printemps 1928, l’Uruguay tout entier vibrait à nouveau au rythme de l’olympisme et à la nouvelle médaille d’or remporté à Amsterdam (face à l’Argentine). Et à cette époque, en l’absence d’une véritable Coupe du Monde, la victoire dans le tournoi de football des JO représentait un titre mondial non-officiel. Ce fut donc dans cette atmosphère d’euphorie nationale et de passion absolue pour le mouvement olympique que les fondateurs du club de San Carlos se réunirent pour définir l’identité de leur nouvelle institution.

Les fondateurs du club jouaient dans le club d’Excelsior, et suite à une mise à l’écart, ils eurent l’envi de créer leur propre institution. Or, déjà leur précédent club n’avait pas adopté un nom purement local, lié à un quartier de la ville comme c’était usuellement le cas en Amérique du Sud. Le jeune fondateur et gardien du club, Oriol Díaz, proprosa le nom d’ « Atenas » (Athènes en espagnol) afin de s’inscrire dans l’universalisme sportif et honorer la première capitale olympique de l’histoire. Située dans la patrie originelle des JO de l’Antiquité, Athènes était surtout la ville hôte des premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896. En baptisant leur club ainsi, les fondateurs de San Carlos souhaitèrent certainement infuser à leur équipe les valeurs de dépassement de soi, de fraternité et de noblesse athlétique inhérentes à l’esprit olympique de cette époque dorée.

#1458 – Étoile Filante de Lomé : les Météores

Fondée en 1932, l’Étoile Filante de Lomé est l’une des institutions les plus importantes du football togolais. Pour comprendre l’origine de son nom, il faut se replonger dans le contexte de la naissance des sociétés sportives en Afrique et en Europe au début du XXème siècle. Lors de la création des premières associations sportives, le choix du nom revêtait souvent une importance capitale : il devait porter un idéal, être évocateur. L’Étoile est ainsi devenue l’un des patronymes les plus répandus dans le monde du sport. Symboliquement, l’étoile est le repère dans la nuit, l’astre qui indique la direction à suivre. Notamment pour les associations sportives issus des patronages religieux car l’étoile avait aiguillé les Rois Mages vers le Christ. Au delà du guide, l’astre était aussi le symbole de l’excellence et du succès. Au final, l’Étoile incarnait le guide moral et spirituel, incitant les jeunes athlètes à l’élévation, à la discipline et à la recherche de l’excellence.

En associant à cet astre l’adjectif « filante », un choix métaphorique et poétique, les fondateurs de ces clubs visaient à mettre en avant des qualités sportives précises : L’idée d’une équipe éblouissante ainsi que la fulgurance et la vitesse de l’équipe. On retrouve ainsi des Étoiles Filantes en France à Bastia et Plougourvest mais surtout en Afrique (Étoile Filante de Garoua (Cameroun), Étoile Filante FC (Bénin), Étoile Filante de Ouagadougou (Burkina Faso)).

Si l’appellation officielle séduit par sa poésie, la presse sportive et les supporters ont très vite adopté le surnom de Météores pour désigner les joueurs de la capitale togolaise. Ce glissement sémantique repose sur une réalité scientifique stricte. En astronomie, une étoile filante et un météore sont en effet une seule et même chose. Revenons sur les différents phénomènes célestes qui sont régulièrement confondus. Une comète est un grand corps céleste, composé principalement de glace et de poussière, qui orbite autour du Soleil. Lorsqu’elle s’en approche, la chaleur sublime la glace, créant une longue traîne lumineuse qui peut être visible dans le ciel pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le météore (ou étoile filante) est un phénomène lumineux bref, intense et éphémère. Il se produit lorsqu’un petit débris spatial (appelé météoroïde) pénètre dans l’atmosphère terrestre à une vitesse extrême, pouvant atteindre plusieurs dizaines de kilomètres par seconde. La friction avec l’air chauffe ce débris jusqu’à le vaporiser, créant le trait de lumière furtif que nous observons depuis le sol. Enfin, la météorite est un fragment rocheux ou métallique qui ne s’est pas entièrement désintégré lors de sa traversée de l’atmosphère et qui finit par percuter la surface de la Terre.

Pour autant, le surnom dérive parfois en « les Météorites » et s’anglicise en « Shooting Stars », la traduction des Étoiles Filantes.

#1457 – Bamboutos FC : les Mangwas Boys

Les garçons de Mangwa, nom en langue ngiemboon des Monts Bamboutos. Le club réside dans la ville de Mbouda, l’une des principales cités du pays de l’ethnie des Bamikélés, au Nord-Ouest du Cameroun. Son surnom Mangwa Boys est le reflet d’une région majestueuse et des traditions séculaires du peuple Bamiléké. Il rappelle que l’équipe est l’ambassadrice directe d’un département à l’identité forte et singulière.

Le club porte en effet le nom du département de Bamboutos, où se situe Mbouda, dont les paysages associent des hauts plateaux, des massifs montagneux (d’anciens volcans) et des vallées encaissées. Il est dominé par la chaîne montagneuse éponyme, un imposant massif volcanique dont le point culminant, le mont Mélétan, approche les 2 740 mètres d’altitude (le troisième plus haut sommet du Cameroun après le mont Cameroun et le mont Oku) et qui s’étend du nord-est au sud-ouest sur environ 50 km. Caractérisé par une vaste caldeira (de forme elliptique d’environ 10 à 16 km de diamètre), ce relief bénéficie d’un climat d’altitude et agit comme un véritable château d’eau naturel, alimentant plusieurs bassins fluviaux essentiels du pays (Noun, Mbam et Sanaga).

Les pentes des monts Bamboutos sont le moteur de la vie économique locale. Face à une densité démographique parmi les plus élevées du Cameroun (jusqu’à 500 habitants/km² sur le plateau bamiléké), le territoire a dû s’adapter. Historiquement tournée vers la culture du café, l’économie s’est massivement orientée vers l’agriculture maraîchère, tirant profit de l’exceptionnelle fertilité des sols volcaniques. Au-delà de la géographie et de l’agriculture, les monts Bamboutos revêtent une dimension mystique fondamentale pour les communautés Bamilékées locales. La terre n’y est pas perçue uniquement comme un outil de production, mais comme un héritage ancestral inaliénable. Les montagnes, avec leurs grottes, leurs forêts et leurs cours d’eau, abritent de nombreux sanctuaires naturels où s’exercent les cultes traditionnels et le culte des ancêtres.

#1455 – ASC La Linguère : Samba Linguère

Surnommés les Samba Linguère, les joueurs de l’ASC La Linguère représente la ville de Saint Louis, cité tricentenaire. Il ne s’agit pas d’un simple pseudonyme sportif. Ils incarnent un héritage séculaire, celui d’un idéal sociétal profondément ancré dans la culture wolof et sénégalaise.

Tout d’abord, pourquoi s’appeler la Linguère alors que la ville se nomme Saint Louis ? En 1969, Lamine Diack (Ministre du Sport du Président Léopold Senghor) fit voter une loi instituant le regroupement des petits clubs pour créer de nouvelles places fortes sportives en mesure de s’imposer sur le plan continental. À Saint-Louis, deux équipes rivales et historiques, l’Espoir de Saint-Louis et la Saint-Louisienne, s’unissaient en septembre 1969 pour former une seule grande entité. Lors du congrès constitutif organisé le 14 septembre 1969, la commission paritaire chargée de la fusion avait initialement proposé de nommer le nouveau club « Renaissance ». Mais, l’un des membres, Seydina Oumar Sy, proposa en dernière minute « La Linguère » et cette idée l’emporta. Les archives relatent que ce choix fut si tardif que le ministre de la Culture de l’époque, Amadou Mahtar Mbow, n’en eut pas connaissance et fit son discours officiel devant le congrès constitutif en utilisant le nom de « Renaissance » et non de « La Liguière ».

Quant aux raisons exactes qui ont poussé Seydina Oumar Sy à proposer ce nom, les sources manquent pour établir une vérité. Toutefois, nous pouvons logiquement déduire que le choix du terme « Linguère » résonnait en parfaite adéquation avec l’identité de Saint-Louis. Dans l’organisation sociale des anciens royaumes wolofs et sérères, la Linguère désignait une femme de sang royal, souvent la mère ou la sœur du souverain en place. Elle était une figure de pouvoir intellectuel et politique, incarnant la grâce, la noblesse et l’honneur. Ainsi, ancienne capitale du Sénégal, ville de raffinement et de fierté, Saint-Louis se devait d’avoir un club au nom majestueux. Là où « Renaissance » sonnait de manière générique, « La Linguère » ancrait immédiatement la nouvelle équipe dans le patrimoine royal et culturel de la région.

Le surnom a naturellement découlé du nom du club. Le terme « Samba Linguère » est la fusion de deux concepts fondamentaux. D’une part, la « Linguère » était cette figure féminine royale, représentant la noblesse et l’honneur. D’autre part, Samba est un prénom masculin traditionnel, souvent utilisé dans la littérature et les contes populaires pour désigner le jeune homme, à la fois intrépide et loyal. L’association des deux mots désigne ainsi le fils de la noblesse, l’aristocrate accompli. Sociologiquement, le Samba Linguère est l’équivalent du preux chevalier dans la culture européenne ou du samouraï au Japon. Il est un homme de parole, élégant dans son port et dans ses actes, d’une bravoure à toute épreuve, prêt à se sacrifier pour défendre les siens et son honneur et d’une grande générosité. Dans le roman « Karim » (publié en 1935) de l’écrivain sénégalais Ousmane Socé Diop, le héros tente de se comporter en « vrai samba-linguère », ce qui le pousse à s’endetter et à se ruiner pour séduire la jeune Marième à coups de dépenses fastueuses. Ce même écrivain consacra une œuvre spécifique à cet archétype, intitulée « Tanor, le dernier Samba-Linguère ».

Aujourd’hui, avec la modernisation de la société, le terme s’est adapté. Dans son sens noble, il désigne simplement un homme qui connaît son devoir moral et le remplit en toute circonstance avec dignité et panache. Mais, dans un sens plus mondain (et parfois critique), l’expression est employée pour décrire un homme qui fait étalage de sa générosité de façon presque démagogique. C’est celui qui distribue allègrement des présents ou des billets de banque lors des cérémonies ou des xawaare (soirées mondaines) simplement pour tenir son rang, impressionner la galerie ou flatter son amour-propre. Transposé au football, exiger d’un joueur qu’il soit un « Samba Linguère », c’est lui demander de se battre sur le terrain avec un courage indomptable, tout en conservant une dignité et une droiture irréprochables dans le jeu.

#1452 – CARA Brazzaville : les Aiglons

Avec 9 titres de champion et 3 coupes nationales, le CARA Brazzaville est une véritable institution au Congo. Surtout, le club acquit ses lettres de noblesses en remportant la Coupe des clubs champions africains en 1974, à la fin de sa période dorée. Le club naquit d’une frustration. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville, les missionnaires catholiques de l’École Saint-Vincent favorisèrent la création d’une équipe de football dénommée Renaissance. Rapidement, une seconde équipe se créa et les deux, qui portaient les mêmes couleurs, bleu et jaune, se différencièrent en s’appelant Renaissance A (équipe fanion) et Renaissance B (la réserve). Mais, le niveau de ces deux équipes se rapprochèrent (les deux évoluant alors en première division) et une rivalité apparut qui attint son apogée au début des années 1950. Lors de deux compétitions, les joueurs de Renaissance B eurent le sentiment d’avoir été volé par Renaissance A. En Coupe des Scouts, un pénalty généreusement accordé à Renaissance A donna la victoire face à Renaissance B. Puis, un nouveau duel fratricide se déroula en finale de la Coupe Mgr Augouard. Le gardien de Renaissance B, qui était prêté par la Renaissance A, réalisa une prestation pitoyable qui provoqua une lourde défaite. Ce fut vécu comme une trahison et le divorce était alors acté. En 1952, Renaissance B prit son indépendance et se nomma seulement « Renaissance ».

Mais, pour prendre définitivement son essor, il fallait lancer une nouvelle dynamique qui passait par l’adoption de nouveau symbole. En 1963 (ou 1962), le nom du club s’allongea pour devenir le Club Athlétique Renaissance Aiglon, formant ainsi l’acronyme CARA. À cette époque, Brazzaville vibrait au rythme de la « Kara Kara » , une danse extrêmement populaire. En adoptant l’acronyme CARA qui sonnait comme le phénomène culturel, les dirigeants s’assuraient un immense capital sympathie auprès de la jeunesse et des supporters brazzavillois. Pour le terme « aiglon » qui s’imposa dans le nom, les dirigeants cherchèrent simplement l’inspiration en Europe, et plus particulièrement dans le championnat de France. Ils jetèrent leur dévolu sur l’OGC Nice, l’un des clubs phares de l’époque. En effet, le club azuréen connaissait sa période la plus glorieuse avec 4 titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et 2 Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954). Le club rivalisait alors avec le grand Stade de Reims.

Le club congolais adopta donc le nom « aiglons » qui était le surnom historique des joueurs niçois (cf. #137). Pour que l’hommage soit total et que l’identité visuelle marque les esprits, le club congolais prit également la décision radicale de modifier la couleur de ses maillots. Le CARA abandonna ainsi ses historiques couleurs bleu et jaune pour endosser le rouge et noir du club français.

#1451 – CSD Cobán Imperial : los Príncipes Azules

Les princes bleus. Fondée le 1er août 1936, l’équipe fête désormais ses 90 années d’existence. Mais si l’institution s’est hissée au rang de mythe dans le département d’Alta Verapaz, c’est en grande partie grâce à son identité, forgée dès ses premières heures par un changement de nom aussi symbolique que déterminant.

Le club vit le jour sous l’appellation de « Magisterio de Cobán ». Néanmoins, cette dénomination ne fut utilisée que lors des 3 premiers matchs officiels. Les dirigeants prirent effectivement la décision solennelle d’adopter le nom définitif de « Cobán Imperial », ancrant ainsi de manière indélébile le club dans la riche histoire coloniale de la ville qui l’a vu naître. En effet, le choix du terme Imperial n’a rien d’une simple coquetterie sémantique ; il renvoie de manière directe au statut unique de la cité de Cobán. L’histoire remonte à l’époque de la conquête espagnole. Tandis que l’altiplano guatémaltèque était soumis par la force des armes, la région des Verapaz connut une colonisation pacifique. Etant donné sa position stratégique dans la région et sa population croissante, l’Empereur du Saint Empire germanique et Roi d’Espagne, Charles Quint, déclara la jeune cité de Coban, Ville Impériale. La légende raconte que le leader indigène Juan Aj Poop B’atz, privilégiant la diplomatie, accomplit un périple jusqu’en Espagne afin d’y rencontrer le monarque le plus puissant d’Europe : Charles Quint. Impressionné par cette démarche de soumission volontaire et pacifique, l’Empereur accorda à Juan Aj Poop B’atz le titre de gouverneur, lui conférant le pouvoir d’administrer la justice, y compris à l’encontre des colons espagnols. En reconnaissance de cet accord singulier, la ville fut formellement baptisée Cobán Imperial (également désignée comme la Cité de Charles Quint).

Si le nom de l’équipe puise dans les racines impériales de la ville, son surnom de Príncipes Azules en constitue son prolongement. La ville étant la fille de l’Empereur Charles Quint, ses habitants et, par extension, les joueurs qui la représentent sur le rectangle vert, sont symboliquement perçus comme les fils de l’Empereur, justifiant ainsi le rang princier.

L’adjectif Azul revêt pour sa part une double signification. Le bleu s’est imposé, dès les premières décennies de l’institution, comme la couleur dominante et incontestable de l’uniforme du club. Au fil des saisons, cette couleur est devenue son symbole viscéral. Sur le plan métaphorique, le bleu renvoie inévitablement au concept de « sang bleu », confortant l’image aristocratique et noble suggérée par la figure du Prince.

Certaines sources précisent que ce surnom apparût dans les années 1960, quand le club accéda pour la première fois à l’élite guatémaltèque, via la plume et la voix des journalistes sportifs Ernesto Ponce Saravia y Marco Rodríguez. Ils auraient voulu souligner le style de jeu élégant et noble de l’équipe. Aujourd’hui, ce surnom est bien ancré et la mascotte officielle est justement un prince entièrement vêtu de bleu et coiffé d’une couronne, comme l’écusson du club.

#1450 – San Francisco FC : los Monjes

Les moines. Le football est bien souvent le reflet de l’identité d’une communauté. Au Panama, le San Francisco Fútbol Club, basé dans la ville de La Chorrera, en est l’une des illustrations. Ce club historique de la première division panaméenne ne tire pas son nom de la célèbre métropole californienne, mais d’un héritage religieux extrêmement profond.

Fondé en 1971, le club de La Chorrera a choisi de se baptiser « San Francisco FC » en hommage direct au saint patron de la ville : San Francisco de Paula (Saint François de Paule). Pour les dirigeants et les fondateurs du club, adopter ce nom n’était pas un choix par défaut. Il s’agissait d’une volonté d’unir l’équipe autour du symbole spirituel le plus respecté de la région.

La Chorrera est une ville reconnue pour sa ferveur religieuse, avec pour son saint patron, Saint François de Paule. La tradition rapporte que la dévotion au saint a été instaurée par les marins espagnols à l’époque de la colonisation. Il y a plus de 300 ans, ces derniers accostèrent sur la côte panaméenne, à Puerto Caimito, avec dans leur cale, une statue en bois de Saint François de Paule. Selon la légende, ils devaient la transporter à l’intérieur des terres mais, fatigués par son poids, ils s’arrêtèrent dans le village de la Chorrera. La population locale l’adopta au fil des siècles, priant pour son intercession lors de périodes de sécheresse ou de difficultés agricoles. Aujourd’hui, la statue surnommée « Panchito » (petit François) se trouve dans dans l’Eglise paroissiale de San Francisco de Paula et, le 4 mai, anniversaire de la canonisation de Saint François de Paule, elle accompagne la procession dans les rues de la ville où les habitants glissent des billets dans ses habits.

Saint François de Paule naquit en Calabre le 27 mars 1416. La vie de Saint François de Paule se caractérise par une quête constante de dépouillement et un rayonnement qui attirera l’attention des plus grands souverains d’Europe (en particulier le Roi de France). Après un pèlerinage à Assise et à Rome, à 15 ans, il décida de se retirer dans une grotte près de Paola mais fut rejoint par d’autres, attirés par sa réputation de sainteté. En 1436, ils construisirent une chapelle et des cellules, jetant ainsi les bases d’une nouvelle institution religieuse, qui sera l’héritage de Saint François de Paule (en plus des miracles). Congrégation reconnue par le pape Sixte IV en 1474, François choisit plus tard le nom de « Minimes » (les tout-petits) pour souligner l’humilité que doivent cultiver ses frères. L’Ordre des Minimes se distingue donc par des règles prônant la pénitence, l’ascèse et la charité, mot d’ailleurs inscrit sur le blason officiel de l’Ordre (Charitas). Aujourd’hui, la congrégation masculine compte environ 176 membres (dont plus de 120 prêtres) répartis dans près de 46 communautés. Si la majorité des couvents se trouvent en Italie, l’ordre est également présent en Amérique latine, en Afrique, aux États-Unis et en Europe.

#1449 – Correcaminos UAT : los Correcaminos

Les Grands Géocoucous. Durant une vingtaine d’année (1959-1978), Cuerudos était considérée comme le club emblématique de la ville de Ciudad Victoria, la représentant en seconde division mexicaine sans discontinuer. Malgré quelques succès sportifs et un fort soutien populaire, des difficultés financières croissantes conduisirent à son retrait du football professionnel à l’issue de la saison 1977-1978. La nature ayant horreur du vide, un nouveau club reprit le flambeau du football professionnel dans la ville en 1980 : Correcaminos UAT. Il s’agit de l’équipe de l’université de la région de Tamaulipas, Universidad Autónoma de Tamaulipas (UAT), qui a l’image des célèbres universités UNAM (avec les Pumas) et UANL (avec les Tigres) créa sa section professionnelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’origine de ce surnom ne provient pas directement du football. En réalité, il trouve ses racines dans l’équipe de football américain de l’université. Fortement influencées par le modèle et la culture nord-américain, les sections de football américain des universités mexicaines cherchaient des mascottes fortes pour représenter leurs étudiants et dynamiser l’image de leurs équipes. Puis, le symbole retenu par le football américain déteignait vers toutes les autres disciplines de l’université. Par exemple, UANL choisit le Tigre (cf. #196) et UNAM opta pour les Pumas (cf. #40). Donc, en 1970, Francisco Díaz Navarro et ses entraîneurs proposèrent le Correcaminos comme mascotte de l’université UAT. D’une part, habitant les régions arides et semi-arides de faible altitude, l’oiseau est endémique et emblématique de la région de Tamaulipas. D’autre part, cet animal illustre à la perfection les qualités athlétiques recherchées sur un terrain. Il est réputé pour sa force, son agilité (il tue des scorpions et des crotales de 60 cm de long), sa rapidité (il peut courir à 30 km/h de vitesse sur des distances assez longues) et son intelligence. En outre, il est indéniable que son image a été magnifiée par la télévision. La popularité du correcaminos a explosé grâce au célèbre dessin animé « Bip Bip et Coyote » (Wile E. Coyote and the Road Runner). Dans l’imaginaire collectif, le dessin animé a figé l’image d’un oiseau malicieux, insaisissable, plus rapide et rusé que son adversaire. C’était bien les valeurs que Francisco Díaz Navarro voulait pour son équipe.

L’apparition de ce surnom s’est en outre effectuée à une période charnière pour l’institution. Deux ans auparavant, l’Université Autonome de Tamaulipas s’était dotée d’un blason officiel (représentant un jeune homme émergeant d’un livre ouvert et tenant une torche dans sa main droite et un atome dans sa main gauche) ainsi que de couleurs institutionnelles (l’orange, le blanc et le bleu).

#1448 – KFUM-Kameratene Oslo : Kåffa

Ce surnom est une abréviation phonétique du nom du club, KFUM. Ces 4 lettres sont l’acronyme de Kristelig Forening for Unge Menn (Union chrétienne de jeunes gens), la branche norvégienne de l’association YMCA. Dans l’imaginaire collectif, YMCA se résume souvent aux auberges de jeunesse et à la fameuse chanson disco des Village People. Toutefois, dans la réalité, fondé au XIXème siècle au cœur de la révolution industrielle, YMCA (Young Men’s Christian Association) s’est imposé comme l’un des mouvements sociaux, éducatifs et sportifs les plus influents au monde. Elle emploie aujourd’hui près de 90 000 personnes, compte quelque 920 000 bénévoles et est présente dans 12 000 antennes à travers le monde.

Le YMCA fut fondé à Londres en 1844 par George Williams, un drapier de 23 ans, et onze amis. Face à l’urbanisation rapide et aux conditions de travail précaires de la jeunesse ouvrière, l’organisation cherchait initialement à offrir un cadre moral et spirituel aux jeunes hommes, basé sur les valeurs protestantes. En effet, George Williams déplorait le manque d’activités saines pour les jeunes hommes dans les grandes villes, qui se résumaient alors qu’aux tavernes et aux maisons closes. L’association proposait à ses membres des activités qui permettaient d’atteindre l’harmonie entre l’esprit, le corps et l’âme, ce que l’insigne de l’association – un triangle équilatéral rouge – représente. Le sport devint donc rapidement un pilier de l’organisation car il n’était pas conçu comme une simple compétition, mais comme un instrument de santé publique, d’inclusion et de développement du caractère. Le basket-ball fut inventé en 1891 par James Naismith, un professeur du « Springfield College » (un établissement affilié au YMCA) et le volley-ball, en 1895, par William G. Morgan, également directeur de l’éducation physique dans un YMCA du Massachusetts.

En 1860, le scientifique Peter Waage découvrit le fonctionnement et les activités du mouvement lors de ses déplacements à Paris et à Berlin, puis décida d’en importer les principes fondamentaux sur le sol norvégien. 7 ans plus tard, le prêtre Peter Hærem concrétisa cette démarche en fondant la première association à Oslo. L’initiative rencontra un écho immédiat à travers tout le pays. Dès 1868, une structure similaire vit le jour à Stavanger, rapidement suivie par un élan national qui toucha près d’une vingtaine de villes entre 1868 et 1879. Face à cette dynamique, le mouvement se structura en 1880 avec la fondation de l’Association norvégienne des associations de jeunesse, qui, en 1908, devint membre à part entière de l’Alliance mondiale des YMCA. Dans la logique de ses valeurs, le KFUM créa très tôt ses propres équipes de football et de volley-ball dans plusieurs villes. Le club omnisport d’Oslo fut fondé le 1ᵉʳ janvier 1939, axé sur l’athlétisme et le volley-ball. Toujours fidèles à ses valeurs associatives, la section football a monté les échelons petit à petit pour atteindre l’élite en 2024.