#1451 – CSD Cobán Imperial : los Príncipes Azules

Les princes bleus. Fondée le 1er août 1936, l’équipe fête désormais ses 90 années d’existence. Mais si l’institution s’est hissée au rang de mythe dans le département d’Alta Verapaz, c’est en grande partie grâce à son identité, forgée dès ses premières heures par un changement de nom aussi symbolique que déterminant.

Le club vit le jour sous l’appellation de « Magisterio de Cobán ». Néanmoins, cette dénomination ne fut utilisée que lors des 3 premiers matchs officiels. Les dirigeants prirent effectivement la décision solennelle d’adopter le nom définitif de « Cobán Imperial », ancrant ainsi de manière indélébile le club dans la riche histoire coloniale de la ville qui l’a vu naître. En effet, le choix du terme Imperial n’a rien d’une simple coquetterie sémantique ; il renvoie de manière directe au statut unique de la cité de Cobán. L’histoire remonte à l’époque de la conquête espagnole. Tandis que l’altiplano guatémaltèque était soumis par la force des armes, la région des Verapaz connut une colonisation pacifique. Etant donné sa position stratégique dans la région et sa population croissante, l’Empereur du Saint Empire germanique et Roi d’Espagne, Charles Quint, déclara la jeune cité de Coban, Ville Impériale. La légende raconte que le leader indigène Juan Aj Poop B’atz, privilégiant la diplomatie, accomplit un périple jusqu’en Espagne afin d’y rencontrer le monarque le plus puissant d’Europe : Charles Quint. Impressionné par cette démarche de soumission volontaire et pacifique, l’Empereur accorda à Juan Aj Poop B’atz le titre de gouverneur, lui conférant le pouvoir d’administrer la justice, y compris à l’encontre des colons espagnols. En reconnaissance de cet accord singulier, la ville fut formellement baptisée Cobán Imperial (également désignée comme la Cité de Charles Quint).

Si le nom de l’équipe puise dans les racines impériales de la ville, son surnom de Príncipes Azules en constitue son prolongement. La ville étant la fille de l’Empereur Charles Quint, ses habitants et, par extension, les joueurs qui la représentent sur le rectangle vert, sont symboliquement perçus comme les fils de l’Empereur, justifiant ainsi le rang princier.

L’adjectif Azul revêt pour sa part une double signification. Le bleu s’est imposé, dès les premières décennies de l’institution, comme la couleur dominante et incontestable de l’uniforme du club. Au fil des saisons, cette couleur est devenue son symbole viscéral. Sur le plan métaphorique, le bleu renvoie inévitablement au concept de « sang bleu », confortant l’image aristocratique et noble suggérée par la figure du Prince.

Certaines sources précisent que ce surnom apparût dans les années 1960, quand le club accéda pour la première fois à l’élite guatémaltèque, via la plume et la voix des journalistes sportifs Ernesto Ponce Saravia y Marco Rodríguez. Ils auraient voulu souligner le style de jeu élégant et noble de l’équipe. Aujourd’hui, ce surnom est bien ancré et la mascotte officielle est justement un prince entièrement vêtu de bleu et coiffé d’une couronne, comme l’écusson du club.

#1442 – CD Iquique : los Dragones Celestes

Les dragons célestes. L’institution phare du nord du Chili arbore un surnom poétique, qui rappelle que sa ville de résidence, Iquique, s’allonge entre d’un côté les dunes du désert d’Atacama et de l’autre la côte Pacifique. Le dragon s’affiche d’ailleurs sur son écusson et ce surnom fut popularisé par les commentateurs radiophoniques Raúl Duarte Rivera et Hernán Cortez Heredia dans les années 1980.

La première partie de ce surnom, le terme « Dragon », ne tire pas son origine d’une influence asiatique ou d’une créature héraldique européenne classique, mais d’un monument naturel majestueux qui surplombe la ville d’Iquique : le « Cerro Dragón » (la Colline du Dragon). Il s’agit d’une immense dune de sable, longue de 4 km et culminant à 320 mètres. l’une des plus grandes dunes urbaines au monde. Sa forme et sa crête sinueuse rappellent le dos d’un dragon géant endormi. La légende raconte qu’un énorme dragon s’est installé sur les côtes d’Iquique, dominant les peuples indigènes et kidnappant la fille du cacique, nommée Collaka. Face à cette menace, un jeune chasseur rusé nommé Lloko entreprit de sauver la jeune femme. Il réussit à endormir la bête à l’aide d’une nourriture empoisonnée. Le dragon, profondément endormi face à la mer, fut recouvert de sable par le vent au fil des siècles, formant la dune actuelle. Cependant, le mythe ne s’arrête pas là : la légende prévient qu’un jour, le dragon se réveillera pour se venger. En adoptant ce symbole, le club de football s’approprie la force, l’ancrage territorial et la menace latente de cette créature mythologique prête à s’éveiller lors de chaque rencontre sportive.

Si le dragon représente la géographie et les mythes de la région, l’adjectif « Céleste » (bleu ciel) renvoie directement à la couleur historique arborée par le club. Depuis les années 1940 (avant la création du club), les équipes sportives d’Iquique adoptèrent la couleur bleue ciel des armoiries de la cité. Ville côtière par excellence, nichée entre l’océan Pacifique et le ciel immaculé du désert, Iquique a naturellement fait du bleu clair son étendard. Outre la couleur, ses armoiries reprennent d’autres symboles maritimes (vagues, bouée de l’Esmeralda) et rappellent donc la nature intrinsèquement portuaire d’Iquique, son lien vital avec l’Océan Pacifique pour le commerce, ainsi que la pêche et ses plages. Par tradition, les fondateurs du CD Iquique reprirent cette couleur.

Mais d’autres avancent que le choix de ce maillot bleu ciel fut inspiré par la légendaire équipe nationale d’Uruguay, mondialement connue sous le nom de La Celeste. Les fondateurs et premiers dirigeants du football à Iquique souhaitaient insuffler à leur équipe la fameuse garra charrúa – cet esprit de combativité, de ténacité et de bravoure qui caractérise les joueurs uruguayens et que le CD Iquique répliqua sur le terrain.

#1436 – Nottingham Forest : the Garibaldis

En référence au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi. Le club de l’Est des Midlands évolue dans des maillots rouges depuis sa fondation. S’il existe plusieurs versions pour expliquer ce choix de couleur, la plus connue fait référence aux troupes de volontaires de Garibaldi qui étaient dénommées les camicia rossa (chemise rouge) car elles portaient des chemises rouges (cf. #430). Pour comprendre cette filiation inattendue entre un club anglais et un révolutionnaire italien, il convient d’explorer l’Angleterre victorienne et l’admiration que celle-ci vouait à Giuseppe Garibaldi.

Après avoir connu l’exil et une première révolution en Uruguay, Garibaldi revint en Europe et en 1860, parvint à libérer son peuple de l’oppression des Espagnols et des Autrichiens. Pendant des siècles, la péninsule avait été une cohabitation de petits royaumes et de cités-États et Garibaldi fut un des artisans de l’unification. Homme militaire et politique, il devint alors en Europe un mythe équivalent au Che Guevara du XXème siècle et sa réputation traversa rapidement la Manche. En Grande-Bretagne, il séduisit l’establishment car il avait humilié les ennemis de la Grande-Bretagne. Tout comme les classes ouvrières dont il représentait le champion qui luttaient pour obtenir des droits fondamentaux aux opprimés. Cette admiration se transforma en une véritable « Garibaldimania » . Rendez vous compte qu’à l’époque des produits dérivés (tasses, assiettes, choppes, figurines en porcelaine) à son effigie inondaient le marché britannique. Pour l’honorer, son nom fut donné à des biscuits aux raisins secs, également à une sauce en Ecosse ainsi qu’à un cheval de course. L’Écosse produisit une sauce Garibaldi. L’apogée de ce phénomène fut sa visite à Londres en Avril 1864. Selon le quotidien « The Spectator », à son arrivée, la foule était si dense qu’il fallut 5 heures à sa calèche pour effectuer le trajet entre la gare de Nine Elms et son lieu de résidence, Stafford House.

Nottingham ne résista pas à cette vague. Une fanfare de la ville prit son nom en 1860 et un an plus tard, une conférence eut lieu pour relater ses aventures. Ce fut donc dans ce contexte qu’en 1865, un groupe de jeunes hommes fonda Nottingham Forest. Leur première décision aurait été d’acheter douze casquettes à gland de couleur rouge Garibaldi. Ce choix ne fut pas anodin car il influença d’autres clubs. Nottingham donna sa couleur rouge à Arsenal où joua deux de ses anciens joueurs. Arsenal inspira à son tour le club tchèque du Sparta Prague (cf. article #134). Nottingham détermina aussi la couleur du club argentin d’Independiente (cf. article #274).

#1435 – Cruz Azul : la Máquina Celeste

La machine céleste. Bien que cela pourrait paraître vrai pour ses fans, l’équipe de Cruz Azul ne descend pas du ciel. Mais, il n’en demeure pas moins que Cruz Azul est indéniablement l’une des institutions les plus prestigieuses et historiques du football mexicain. Cette réputation s’est notamment forgé au cœur des années 1970 lorsque l’équipe domina le football mexicain.

À la fin des années 1960 et tout au long de la décennie 1970, Cruz Azul imposa une domination sans partage sur le championnat mexicain, en remportant 7 titres de champion (dont trois titres consécutifs), deux titres de Campeón de Campeones et trois Coupes des champions de la CONCACAF. Cette période dorée fut accompagnée par un changement majeur pour le club. Jusqu’en 1971, il évoluait dans la petite ville industrielle de Jasso. Conscient du potentiel sportif et commercial de l’équipe, la direction prit la décision de déménager le club à Mexico pour évoluer dans le majestueux Stade Aztèque. Ce changement d’envergure permit à Cruz Azul d’attirer des foules immenses, de gagner une visibilité nationale sans précédent et de s’implanter au cœur du pouvoir footballistique mexicain.

Mais, ce fut avant tout sur le terrain que tout se décida. Sous la direction d’entraîneurs de légende comme Raúl Cárdenas, et avec une génération dorée composée notamment de Miguel Marín, Javier Guzmán, Héctor Pulido, Fernando Bustos et Ignacio Flores, l’équipe développait un jeu direct d’une efficacité redoutable. Elle semblait alors une machine bien huilée, lancée à pleine allure et écrasant avec précision et puissance ses adversaires. Selon la légende, le commentateur sportif Ángel Fernández aurait alors commencé à les appeler la Máquina lors de ses retransmissions passionnées, et les supporters l’apprécièrent tellement qu’ils l’adoptèrent immédiatement. Certes, ce surnom rappelait la domination de l’équipe mais, pour les supporteurs, il faisait également écho aux racines et à l’histoire du club. En effet, le club fut fondé en 1927 par les ouvriers de la cimenterie Cooperativa La Cruz Azul dans la ville de Jasso. Ces derniers empruntaient régulièrement la ligne de chemin de fer reliant Jasso à la ville de Mexico au travers de « puissantes » locomotives. Comme le club qui déménagea de Jasso à Mexico et qui semblait être une locomotive impossible à faire dérailler.

Evidemment, l’autre bout du surnom, Celeste, fait référence à la couleur du maillot. Lors de ses premières années dans le monde professionnel, le Cruz Azul arborait un bleu roi, une teinte plutôt sombre. Cependant, à l’aube de son ère de domination, l’institution adopta une nuance de bleu beaucoup plus claire, rappelant la couleur du ciel. Cette teinte caractéristique, connue sous le nom de bleu céleste (azul celeste en espagnol), est rapidement devenue indissociable de l’identité visuelle de l’équipe.

#1434 – TSV Hartberg : die Blau-Weiß

Les bleu et blanc. Fondé en 1946, le club évolua longtemps dans les ligues régionales en réalisant quelques coups en Coupe d’Autriche, faisant sa réputation. Puis, en 2018-2019, Hartberg accéda enfin à l’élite autrichienne et depuis il s’y est solidement installé. Les amateurs de football associent immédiatement ce club de Styrie à ses traditionnelles couleurs Blau-Weiß (Bleu et Blanc) dont l’origine plonge dans l’héraldique municipale et l’influence de la haute aristocratie autrichienne.

Lors de la fondation officielle du club, le 29 avril 1946, les fondateurs actèrent le choix du bleu et du blanc. Les statuts expliquaient que ces teintes rendaient hommage à l’ancien écusson historique de la commune. Pourtant, les armoiries officielles de la ville de Hartberg n’ont jamais arboré un simple motif bleu et blanc. Le blason de la cité représente une scène religieuse traditionnelle et hautement colorée : Saint Martin (le Saint patron de la ville) à cheval, coupant son manteau pour en offrir la moitié à un mendiant. Le Saint porte un pourpoint rouge, un pantalon assortie, un manteau vert doublé de jaune et des bottes brunes garnies d’hermine et se trouve sur un fond aux couleurs autrichiennes (3 bandes horizontales rouges et blanches). Ces armoiries n’ont été accordées officiellement que le 31 Octobre 1947 mais les armes représentant St Martin et un mendiant figurent déjà sur des sceaux du XIVème et dans l’armorial de Zacharias Bartsch de 1567. Toutefois, d’une date inconnue jusqu’en 1947 (avec le rétablissement de St Martin), les armoiries de la ville étaient différentes et affichaient un aigle noir sur fond jaune, à l’image des armes du Saint Empire Romain Germanique. Elles s’inspiraient de la famille noble von Paar qui régna sur la ville à compter du milieu du XVIème siècle.

Comment expliquer, dès lors, la justification des fondateurs de 1946 alors que les armoiries de la cité n’avaient pas de bleu et de blanc ? La réponse se trouve très probablement dans l’ombre d’une des plus puissantes dynasties d’Autriche : la famille von Paar. Originaire d’Italie (sous le nom de Pari), cette lignée noble s’établit dans les territoires autrichiens au XVIème siècle et s’éleva rapidement au rang de comtes, puis de princes du Saint-Empire. L’immense fortune et l’influence politique des Paar reposaient sur un monopole stratégique : la gestion des postes impériales. Nommés General-Erbpostmeister (Maîtres généraux héréditaires des postes), ils contrôlaient pendant des générations les communications de la monarchie des Habsbourg.

Mais, avant d’obtenir cette immense fortune, la famille von Paar (Johann Baptist von Paar en l’espèce) s’établit à Hartberg et acquit le Château (Schloss Hartberg) en 1571. Même si, avec leur montée en puissance, la famille se déplaça dans son palais viennois et délaissa leur résidence d’Hartberg, les Paar régnèrent sur ce domaine et marquèrent la vie locale pendant plus de quatre siècles, ne revendant le château à la ville qu’en 1981. En raison de cette omniprésence séculaire, les symboles de la famille Paar s’essaimèrent sur les monuments de la ville. On retrouve notamment leurs marques sur la célèbre colonne de Marie (Mariensäule), érigée au cœur de la cité dans les années 1670. Alors, à quoi ressemblait le blason de la famille ? Divisé en 4 quarts, deux comportaient l’aigle noir sur fond jaune (qui donna les armoires de la ville) et les deux autres comportaient des rayures bleues et ors. Elles résultaient des unions de la famille von Paar avec d’autres maisons car le blason initiale des Paar n’intégraient que les fameuses rayures bleues et ors ou bleues et argents. Il arrivait souvent que ces couleurs s’échangeaient au fil des reproductions.

Ainsi, en 1946, dans une Autriche en pleine reconstruction et où la ville d’Hartberg restait meurtrie des atrocités nazis, les fondateurs du TSV Hartberg voulaient créer un club apolitique avec un ancrage local fort. Face à la profusion de blasons et de symboles de la famille von Paar dans la ville, ils en reprirent les couleurs. Toutefois, je prendrai comme hypothèse que le symbole de l’Aigle devait certainement trop rappeler les heures sombres récentes du pays et les fondateurs préférèrent retenir les rayures.

#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1420 – Kiffen 08 : Mustat Hurmurit

Les charmeurs noirs. Fondé le 27 septembre 1908 à Helsinki, dans le quartier de Kruununhaka, Kiffen est l’un des clubs les plus ancrés dans la tradition du football finlandais et l’un des quatre grands clubs de la capitale finlandaise. Il s’imposa rapidement comme un pilier du championnat de Finlande, remportant le titre en 1913, 1915 et 1916. En 1914, la quasi-totalité de l’équipe nationale finlandaise était composée de joueurs de Kiffen. A sa fondation, le club s’appelait Kronohagens Idrottsförbund (Association Sportive de Kronohagen) puis dès 1909 devint Kronohagens Idrottsförening (Société Sportive de Kronohagen). Kronohagen est le nom suédois de Kruununhaka. Il faut avoir en tête que, longtemps sous domination suédoise, la Finlande est bilingue, suédois et finnois. En outre, les fondateurs du club provenaient de la bourgeoisie suédophone. Mais, tous ces noms se sont finalement réduits à l’acronyme KIF qui a donné le surnom Kiffen dès 1909. Surnom qui est devenu le nom du club en 1976.

Mais, ce n’est pas ce surnom qui nous interesse. En 1908, l’athlétisme était le sport principal du club mais les membres pratiquaient également le football, le patinage de vitesse, la natation et le tir. En 1910, le hockey sur glace se greffa. Justement, le surnom de mustat hurmurit naquit avec l’équipe de hockey. Au début de l’année 1926, cette dernière effectua une série de matchs en Suède. Lors de cette tournée, un célèbre journaliste sportif suédois nommé Torsten Tegnér, écrivant pour le journal « Idrottsbladet », fut séduit par l’équipe finlandaise et les surnomma de svarta charmörerna (les charmeurs noirs en suédois). Le journaliste choisit ce surnom pour souligner deux éléments marquants : la couleur de leur tenue, qui était entièrement noire, mais surtout leur style de jeu extrêmement spectaculaire et élégant, qui avait littéralement charmé les spectateurs suédois. Au fil des années, la section football du FC Kiffen s’est appropriée cette identité flatteuse.

#1416 – CD Toluca : los Diablos Rojos

Les diables rouges. Fondé le 12 février 1917, le CD Toluca fait parti de l’histoire du football mexicain. Pas seulement car il s’agit d’un des plus vieux clubs du pays (qui est membre fondateur de la deuxième division mexicaine et la troisième équipe ayant disputé le plus de saisons en première division mexicaine). Sa réputation, la ferveur autour de lui, il l’a construit au fil des années en se constituant un magnifique palmarès, avec ses 12 titres de champion, le deuxième du pays. Les joueurs portent un maillot rouge qui naturellement pourrait être l’origine de son surnom. Mais, ce ne serait pas aussi évident et la vrai origine est totalement inconnue. Plusieurs versions existent.

Commençons par les deux versions les plus citées. Tout d’abord, dans les années 1920, l’équipe comptait dans ses rangs un joueur, Juan Albarrán, qui était surnommé el Diablo. Son sobriquet aurait alors déteint sur le club. Toutefois, à cette époque, les joueurs évoluaient dans les couleurs originelles du club : le bleu et le blanc. Finalement, vers 1930, le club adopta le rouge et le surnom devint los diablos rojos. L’autre version se déroule une vingtaine d’années plus tard. En 1953, le club accéda pour la première fois de son histoire (pour ne plus jamais la quitter) à la première division mexicaine. Son match inaugural eut lieu contre Atlante. Outre la victoire (2-1), la rencontre demeure dans les annales car, dans les tribunes, un supporteur de Toluca apparût grimé en diable. Cela plut aux fans comme à la direction du club et un an plus tard, la mascotte officielle du club fit sa première apparition sous la forme d’un diable. Le surnom était alors lancé.

Une autre théorie se rapporte à un jambon local. Dans les Portales (une sorte de centre commercial de 1836), une charcuterie fabriquait un jambon nommé Diable Rojo. Il était si apprécié que certains auraient assimiler leur engouement pour ce jambon à l’affection qu’ils portaient à leur équipe de Toluca. Cette version est moins connue mais comme Toluca est la capitale mexicaine du chorizo et des produits à base de porc, elle parait plausible.

Enfin, la dernière version repose sur la flore locale. A Toluca, on trouve des arbres dit árboles de las manitas (arbres à la main) qui se distinguent par leurs fleurs écarlates en forme de mains. Durant la période coloniale, les Espagnols appelèrent ces fleurs, les garras del diablo (griffes du diable) et décidèrent d’éradiquer cet arbre. Toutefois, un subsista dans le quartier de Huitzila et devint un symbole de la ville.

#1412 – Coventry City FC : the Sky Blues

Les bleu ciel. Après un match nul 1-1 à Blackburn, la semaine dernière, Coventry City a validé son ticket pour la Premier League, 25 ans après sa dernière apparition. Pourtant, il y a moins de 10 ans, l’équipe du centre de l’Angleterre, végétait encore en 4ème division. Au sein de l’élite anglaise, Coventry sera donc la deuxième équipe a porter la couleur bleu ciel (l’autre étant Manchester City), qui demeure indissociable de son identité. Mais, le club n’a pas toujours cette teinte.

Avant les années 1960, l’identité visuelle de Coventry City était tout sauf fixe. Fondé par les employés d’une usine de bicyclettes, l’entreprise Singer, le 13 Août 1883, les joueurs portèrent différentes couleurs à leur début. Tout débuta avec un maillot probablement bleu marine jusqu’en 1887, qui laissa place, ensuite, pour seulement une saison, à une tenue rayée bleu marine et blanc. 1889 fut assez varié avec un maillot bleu ciel qui changea en cours de saison pour du rose et bleu marine. Pour la saison 1890-1891, une tenue intégralement noire marquée d’un « S » rouge fit son apparition. La saison suivante, le maillot bleu, accompagné d’un pantalon bleu marine, revint pour finalement, l’année d’après, se faire remplacer par une chemise partagée noire et rouge. Devenu officiellement Coventry City FC en 1898, le club connut de nombreuses expérimentations vestimentaires qui marièrent sous différente forme du blanc, du bleu ciel ou du bleu marine. De 1922 à 1924, pour tenter de raviver la flamme après des résultats catastrophiques, l’équipe adopta le rouge et le vert, les couleurs de la ville de Coventry. Enfin, pendant la majeure partie des années de 1924 à 1959, Coventry s’en tint à des maillots plus traditionnels à moitiés ou à rayures bleues rois et blanches. Juste au début des années 60, l’équipe jouait même dans un kit entièrement blanc.

Puis, en 1961, le changement définitif pour le bleu ciel a un nom : Jimmy Hill. Nommé manager de Coventry City en novembre 1961, Jimmy Hill (qui deviendra plus tard une figure légendaire de la télévision anglaise) trouva un club moribond, embourbé dans la 3ème division anglaise, en manque cruel d’ambition et qui venait de se faire éliminer de la FA Cup à domicile par Kings Lynn, une équipe amateure. Le génie de Hill fut de comprendre qu’il ne suffisait pas d’un simple changement tactique sur le terrain pour donner de nouvelles bases solides au club. Il fallait aussi transformer son image. Il lança alors ce qui restera dans l’histoire sous le nom de Sky Blue Revolution (la Révolution Bleu Ciel).

Il commença par changer la tenue des joueurs pour un maillot, un short et des chaussettes d’une seule couleur (bleu ciel), une innovation pour l’époque. Hill ne choisit pas cette couleur par hasard : le bleu ciel fit souvent partie du maillot du club depuis sa création. On peut aussi supposer que son idée était de rappeler aux joueurs comme aux supporteurs que « The sky is the limit » (Le ciel est notre seule limite). En outre, avant que la ville ne devienne le centre de la construction automobile anglaise, Coventry fut un centre majeur de l’industrie textile au XVIème siècle, célèbre pour son tissu teintée bleu ciel appelée « Coventry Blue » (qui donna naissance à l’expression « As true as Coventry Blue« , signifiant loyal et inaltérable). Le nouveau maillot fut inauguré lors de la victoire 2-0 contre Notts County à Highfield Road, en 1962, devant 22 832 supporters. Le lendemain, le Coventry Evening Telegraph surnomma l’équipe les Sky Blues, ce qui ne déplut pas à Hill qui trouvait l’ancien surnom, the Bantams (cf. #660), peu inspirant.

Jimmy Hill imposa un relooking total et déclina la nouvelle couleur dans tous les aspects du club. Il réécrit personnellement les paroles du célèbre chant traditionnel « Eton Boating Song » pour créer l’hymne du club sous le nom « Sky Blue Song » (Play up Sky Blues). Il fit affréter spécialement des trains baptisés « Sky Blue Express » pour transporter les supporteurs lors des matchs à l’extérieur. Une radio du club fut lancée sous le nom Sky Blue Radio, la première du genre dans le pays, qui offrait aux supporters des informations et des divertissements avant et après les matchs. L’impact de la décision de Jimmy Hill fut instantané et retentissant. Porté par cette nouvelle énergie visuelle et cette ferveur incroyable, Coventry City enchaîna les succès sportifs, grimpant les échelons jusqu’à atteindre la prestigieuse Première Division en 1967.

Cette révolution identitaire s’inscrivit dans un mouvement plus large. En avance sur leur époque, quelques managers de clubs anglais comprirent l’importance de forger, d’ancrer l’identité de leurs clubs et les firent sombrer dans le marketing bien avant les clubs continentaux. La même année que Coventry, Leeds opta pour sa tenue intégralement blanche (cf. #248). Deux ans auparavant, Watford opéra un virage à 180 degrés pour se forger une nouvelle identité agressive, abandonnant le bleu et le blanc que l’équipe portait depuis plus de 60 ans au profit du noir et or (cf. #460).

#1410 – FC Flora Tallinn : Rohevalged

Les vert et blanc. L’équipe phare du football estonien est née dans un contexte particulier, à la fin de l’ère soviétique. Jusqu’au milieu des années 1980, les sentiments nationalistes du pays balte semblaient diffus. Puis, de 1986 à 1989, les revendications progressèrent dans la population (qui se manifestèrent « bruyamment » avec la célèbre chaine humaine de la Baltic Way) et conduisirent à l’indépendance du pays vis-à-vis de Moscou en 1991. Durant l’époque soviétique, le sport épousa la politique et marqua la distinction entre les estoniens et les russes. Le basket et le hockey sur glace pour les premiers, le football pour les seconds. En 1990, un professeur et écrivain, Aivar Pohlak, décida de créer une équipe qui se devait d’être le porte étendard de la cause estonienne face à la domination morale et sportive des russes dans le football du pays. Il reprit en premier lieu la structure d’un club qui dépendait de l’usine Flora, fleuron de l’industrie chimique estonienne. Puis, il enrôla la génération dorée des Tallinna Lõvid (Les Lions de Tallinn).

De 1979 à 1989, les jeunes du 49ème lycée de Tallinn pratiquait le football au sein des Tallinna Lõvid. Ce dernier devint alors le club à l’identité estonienne qui défiaient les associations russes aussi bien dans le championnat nationale que dans des compétitions à Moscou ou Leningrad dont les enjeux dépassaient le cadre sportif. Leurs succès dépassèrent les frontières du petit état lors de match internationaux contre le Brésil ou lors des victoires à la Helsinki Cup en 1987 et 1988. Dans ses dernières années d’existence, une génération dorée qui formera plus tard l’ossature de la sélection nationale, émergea avec dans ses rangs Mart Poom, Toomas Kallaste, Martin Reim, Marko Kristal ou Risto Kallaste. Mais, une mauvaise gestion et des divergences de vue conclurent à la fin de l’équipe en 1989. Une aubaine pour Aivar Pohlak et son nouveau club, qui pouvait récupérer des jeunes talentueux et une identité estonienne forte.

S’appuyant sur l’équipe de l’usine Flora, le nom de l’équipe semblait évident. D’autant plus que Flora était la déesse gréco-romaine du printemps, des fleurs et de la nature et que ce nouveau club devait permettre aux jeunes pousses des Tallinna Lõvid d’éclore. Ainsi, le club prit le nom de FC Flora et la déesse s’afficha sur son écusson. D’où les couleurs vertes et le blanches s’imposèrent d’elles-mêmes. Le vert rappelait la nature, le renouveau et la vitalité tandis que le blanc symbolisait la pureté et l’honnêteté de la jeunesse.