#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1420 – Kiffen 08 : Mustat Hurmurit

Les charmeurs noirs. Fondé le 27 septembre 1908 à Helsinki, dans le quartier de Kruununhaka, Kiffen est l’un des clubs les plus ancrés dans la tradition du football finlandais et l’un des quatre grands clubs de la capitale finlandaise. Il s’imposa rapidement comme un pilier du championnat de Finlande, remportant le titre en 1913, 1915 et 1916. En 1914, la quasi-totalité de l’équipe nationale finlandaise était composée de joueurs de Kiffen. A sa fondation, le club s’appelait Kronohagens Idrottsförbund (Association Sportive de Kronohagen) puis dès 1909 devint Kronohagens Idrottsförening (Société Sportive de Kronohagen). Kronohagen est le nom suédois de Kruununhaka. Il faut avoir en tête que, longtemps sous domination suédoise, la Finlande est bilingue, suédois et finnois. En outre, les fondateurs du club provenaient de la bourgeoisie suédophone. Mais, tous ces noms se sont finalement réduits à l’acronyme KIF qui a donné le surnom Kiffen dès 1909. Surnom qui est devenu le nom du club en 1976.

Mais, ce n’est pas ce surnom qui nous interesse. En 1908, l’athlétisme était le sport principal du club mais les membres pratiquaient également le football, le patinage de vitesse, la natation et le tir. En 1910, le hockey sur glace se greffa. Justement, le surnom de mustat hurmurit naquit avec l’équipe de hockey. Au début de l’année 1926, cette dernière effectua une série de matchs en Suède. Lors de cette tournée, un célèbre journaliste sportif suédois nommé Torsten Tegnér, écrivant pour le journal « Idrottsbladet », fut séduit par l’équipe finlandaise et les surnomma de svarta charmörerna (les charmeurs noirs en suédois). Le journaliste choisit ce surnom pour souligner deux éléments marquants : la couleur de leur tenue, qui était entièrement noire, mais surtout leur style de jeu extrêmement spectaculaire et élégant, qui avait littéralement charmé les spectateurs suédois. Au fil des années, la section football du FC Kiffen s’est appropriée cette identité flatteuse.

#1416 – CD Toluca : los Diablos Rojos

Les diables rouges. Fondé le 12 février 1917, le CD Toluca fait parti de l’histoire du football mexicain. Pas seulement car il s’agit d’un des plus vieux clubs du pays (qui est membre fondateur de la deuxième division mexicaine et la troisième équipe ayant disputé le plus de saisons en première division mexicaine). Sa réputation, la ferveur autour de lui, il l’a construit au fil des années en se constituant un magnifique palmarès, avec ses 12 titres de champion, le deuxième du pays. Les joueurs portent un maillot rouge qui naturellement pourrait être l’origine de son surnom. Mais, ce ne serait pas aussi évident et la vrai origine est totalement inconnue. Plusieurs versions existent.

Commençons par les deux versions les plus citées. Tout d’abord, dans les années 1920, l’équipe comptait dans ses rangs un joueur, Juan Albarrán, qui était surnommé el Diablo. Son sobriquet aurait alors déteint sur le club. Toutefois, à cette époque, les joueurs évoluaient dans les couleurs originelles du club : le bleu et le blanc. Finalement, vers 1930, le club adopta le rouge et le surnom devint los diablos rojos. L’autre version se déroule une vingtaine d’années plus tard. En 1953, le club accéda pour la première fois de son histoire (pour ne plus jamais la quitter) à la première division mexicaine. Son match inaugural eut lieu contre Atlante. Outre la victoire (2-1), la rencontre demeure dans les annales car, dans les tribunes, un supporteur de Toluca apparût grimé en diable. Cela plut aux fans comme à la direction du club et un an plus tard, la mascotte officielle du club fit sa première apparition sous la forme d’un diable. Le surnom était alors lancé.

Une autre théorie se rapporte à un jambon local. Dans les Portales (une sorte de centre commercial de 1836), une charcuterie fabriquait un jambon nommé Diable Rojo. Il était si apprécié que certains auraient assimiler leur engouement pour ce jambon à l’affection qu’ils portaient à leur équipe de Toluca. Cette version est moins connue mais comme Toluca est la capitale mexicaine du chorizo et des produits à base de porc, elle parait plausible.

Enfin, la dernière version repose sur la flore locale. A Toluca, on trouve des arbres dit árboles de las manitas (arbres à la main) qui se distinguent par leurs fleurs écarlates en forme de mains. Durant la période coloniale, les Espagnols appelèrent ces fleurs, les garras del diablo (griffes du diable) et décidèrent d’éradiquer cet arbre. Toutefois, un subsista dans le quartier de Huitzila et devint un symbole de la ville.

#1412 – Coventry City FC : the Sky Blues

Les bleu ciel. Après un match nul 1-1 à Blackburn, la semaine dernière, Coventry City a validé son ticket pour la Premier League, 25 ans après sa dernière apparition. Pourtant, il y a moins de 10 ans, l’équipe du centre de l’Angleterre, végétait encore en 4ème division. Au sein de l’élite anglaise, Coventry sera donc la deuxième équipe a porter la couleur bleu ciel (l’autre étant Manchester City), qui demeure indissociable de son identité. Mais, le club n’a pas toujours cette teinte.

Avant les années 1960, l’identité visuelle de Coventry City était tout sauf fixe. Fondé par les employés d’une usine de bicyclettes, l’entreprise Singer, le 13 Août 1883, les joueurs portèrent différentes couleurs à leur début. Tout débuta avec un maillot probablement bleu marine jusqu’en 1887, qui laissa place, ensuite, pour seulement une saison, à une tenue rayée bleu marine et blanc. 1889 fut assez varié avec un maillot bleu ciel qui changea en cours de saison pour du rose et bleu marine. Pour la saison 1890-1891, une tenue intégralement noire marquée d’un « S » rouge fit son apparition. La saison suivante, le maillot bleu, accompagné d’un pantalon bleu marine, revint pour finalement, l’année d’après, se faire remplacer par une chemise partagée noire et rouge. Devenu officiellement Coventry City FC en 1898, le club connut de nombreuses expérimentations vestimentaires qui marièrent sous différente forme du blanc, du bleu ciel ou du bleu marine. De 1922 à 1924, pour tenter de raviver la flamme après des résultats catastrophiques, l’équipe adopta le rouge et le vert, les couleurs de la ville de Coventry. Enfin, pendant la majeure partie des années de 1924 à 1959, Coventry s’en tint à des maillots plus traditionnels à moitiés ou à rayures bleues rois et blanches. Juste au début des années 60, l’équipe jouait même dans un kit entièrement blanc.

Puis, en 1961, le changement définitif pour le bleu ciel a un nom : Jimmy Hill. Nommé manager de Coventry City en novembre 1961, Jimmy Hill (qui deviendra plus tard une figure légendaire de la télévision anglaise) trouva un club moribond, embourbé dans la 3ème division anglaise, en manque cruel d’ambition et qui venait de se faire éliminer de la FA Cup à domicile par Kings Lynn, une équipe amateure. Le génie de Hill fut de comprendre qu’il ne suffisait pas d’un simple changement tactique sur le terrain pour donner de nouvelles bases solides au club. Il fallait aussi transformer son image. Il lança alors ce qui restera dans l’histoire sous le nom de Sky Blue Revolution (la Révolution Bleu Ciel).

Il commença par changer la tenue des joueurs pour un maillot, un short et des chaussettes d’une seule couleur (bleu ciel), une innovation pour l’époque. Hill ne choisit pas cette couleur par hasard : le bleu ciel fit souvent partie du maillot du club depuis sa création. On peut aussi supposer que son idée était de rappeler aux joueurs comme aux supporteurs que « The sky is the limit » (Le ciel est notre seule limite). En outre, avant que la ville ne devienne le centre de la construction automobile anglaise, Coventry fut un centre majeur de l’industrie textile au XVIème siècle, célèbre pour son tissu teintée bleu ciel appelée « Coventry Blue » (qui donna naissance à l’expression « As true as Coventry Blue« , signifiant loyal et inaltérable). Le nouveau maillot fut inauguré lors de la victoire 2-0 contre Notts County à Highfield Road, en 1962, devant 22 832 supporters. Le lendemain, le Coventry Evening Telegraph surnomma l’équipe les Sky Blues, ce qui ne déplut pas à Hill qui trouvait l’ancien surnom, the Bantams (cf. #660), peu inspirant.

Jimmy Hill imposa un relooking total et déclina la nouvelle couleur dans tous les aspects du club. Il réécrit personnellement les paroles du célèbre chant traditionnel « Eton Boating Song » pour créer l’hymne du club sous le nom « Sky Blue Song » (Play up Sky Blues). Il fit affréter spécialement des trains baptisés « Sky Blue Express » pour transporter les supporteurs lors des matchs à l’extérieur. Une radio du club fut lancée sous le nom Sky Blue Radio, la première du genre dans le pays, qui offrait aux supporters des informations et des divertissements avant et après les matchs. L’impact de la décision de Jimmy Hill fut instantané et retentissant. Porté par cette nouvelle énergie visuelle et cette ferveur incroyable, Coventry City enchaîna les succès sportifs, grimpant les échelons jusqu’à atteindre la prestigieuse Première Division en 1967.

Cette révolution identitaire s’inscrivit dans un mouvement plus large. En avance sur leur époque, quelques managers de clubs anglais comprirent l’importance de forger, d’ancrer l’identité de leurs clubs et les firent sombrer dans le marketing bien avant les clubs continentaux. La même année que Coventry, Leeds opta pour sa tenue intégralement blanche (cf. #248). Deux ans auparavant, Watford opéra un virage à 180 degrés pour se forger une nouvelle identité agressive, abandonnant le bleu et le blanc que l’équipe portait depuis plus de 60 ans au profit du noir et or (cf. #460).

#1410 – FC Flora Tallinn : Rohevalged

Les vert et blanc. L’équipe phare du football estonien est née dans un contexte particulier, à la fin de l’ère soviétique. Jusqu’au milieu des années 1980, les sentiments nationalistes du pays balte semblaient diffus. Puis, de 1986 à 1989, les revendications progressèrent dans la population (qui se manifestèrent « bruyamment » avec la célèbre chaine humaine de la Baltic Way) et conduisirent à l’indépendance du pays vis-à-vis de Moscou en 1991. Durant l’époque soviétique, le sport épousa la politique et marqua la distinction entre les estoniens et les russes. Le basket et le hockey sur glace pour les premiers, le football pour les seconds. En 1990, un professeur et écrivain, Aivar Pohlak, décida de créer une équipe qui se devait d’être le porte étendard de la cause estonienne face à la domination morale et sportive des russes dans le football du pays. Il reprit en premier lieu la structure d’un club qui dépendait de l’usine Flora, fleuron de l’industrie chimique estonienne. Puis, il enrôla la génération dorée des Tallinna Lõvid (Les Lions de Tallinn).

De 1979 à 1989, les jeunes du 49ème lycée de Tallinn pratiquait le football au sein des Tallinna Lõvid. Ce dernier devint alors le club à l’identité estonienne qui défiaient les associations russes aussi bien dans le championnat nationale que dans des compétitions à Moscou ou Leningrad dont les enjeux dépassaient le cadre sportif. Leurs succès dépassèrent les frontières du petit état lors de match internationaux contre le Brésil ou lors des victoires à la Helsinki Cup en 1987 et 1988. Dans ses dernières années d’existence, une génération dorée qui formera plus tard l’ossature de la sélection nationale, émergea avec dans ses rangs Mart Poom, Toomas Kallaste, Martin Reim, Marko Kristal ou Risto Kallaste. Mais, une mauvaise gestion et des divergences de vue conclurent à la fin de l’équipe en 1989. Une aubaine pour Aivar Pohlak et son nouveau club, qui pouvait récupérer des jeunes talentueux et une identité estonienne forte.

S’appuyant sur l’équipe de l’usine Flora, le nom de l’équipe semblait évident. D’autant plus que Flora était la déesse gréco-romaine du printemps, des fleurs et de la nature et que ce nouveau club devait permettre aux jeunes pousses des Tallinna Lõvid d’éclore. Ainsi, le club prit le nom de FC Flora et la déesse s’afficha sur son écusson. D’où les couleurs vertes et le blanches s’imposèrent d’elles-mêmes. Le vert rappelait la nature, le renouveau et la vitalité tandis que le blanc symbolisait la pureté et l’honnêteté de la jeunesse.

#1409 – SBV Vitesse Arnhem : Geel en Zwart

Les jaune et noir. Le Vitesse Arnhem est aujourd’hui indissociable de son célèbre maillot composé de rayures verticales jaunes et noires. Pourtant, cette identité visuelle n’a pas toujours été celle du club. Avant la fondation officielle le 14 mai 1892, une première version du club exista entre 1887 et 1891 où les membres pratiquaient le cricket et le football. Selon Pim Mulier, l’un des pionniers du sport moderne aux Pays-Bas, ses joueurs évoluaient dans les couleurs blanc et rouge. Le nouveau Vitesse opta pour des maillots blancs barrés d’une diagonale bleue, qui reprenaient les couleurs officielles de la ville d’Arnhem.

Le premier tournant intervient le 25 Novembre 1900 lors d’un match de championnat contre Go-Ahead de Wageningen (à ne pas confondre avec l’équipe éponyme et plus connue de Deventer). Ce jour-là, les joueurs troquèrent leur tenue bleue et blanche pour un maillot noir et jaune, teintes de la province de Gueldre. La province de Gueldre, qui fut un duché entre 1339 et 1795, s’allia au duché de Juliers, ce qui donna sur ses armoiries la présence d’un lion noir sur fond jaune. En échangeant les couleurs de la ville pour celles de la région, le président du club de l’époque, Chris Engelberts, estimait que le club se plaçait ainsi comme l’un des meilleurs de Gueldre. Il déclarait « Ik meen, dat daar waar wij ons nog steeds kunnen benoemen mede tot de beste clubs van Gelderland te behooren en onze vereeniging gevestigd is in de hoofdplaats van die provincie wij ons met gerust geweten kunnen tooien met hare kleuren namelijk geel-zwart » (J’estime que, dans la mesure où nous pouvons toujours nous compter parmi les meilleurs clubs de Gueldre et que notre association est établie dans la capitale de cette province, nous pouvons en toute bonne conscience nous parer de ses couleurs, à savoir le jaune et le noir). Le journal local « Arnhemsche Courant » souligna que ce choix représentait une nette amélioration pratique, les spectateurs parvenant à bien mieux reconnaître les joueurs sur le terrain. Malheureusement, la rencontre contre Go-Ahead se solda par une défaite 2 buts à 1.

Si les couleurs jaune et noir étaient acquises dès 1900, le motif du maillot n’était alors composé que d’un damier ou de six larges bandes. Les fines rayures apparurent en 1907, sous l’impulsion d’un joueur issu de la haute noblesse. Reinhard Jan Christiaan, baron Van Pallandt, évoluait avec brio comme attaquant dans l’équipe première du Vitesse depuis 1905. Originaire de Laag Keppel, il proposa en 1907 de financer l’achat de nouveaux équipements pour l’équipe. En échange de cette donation, il exigea que ces nouveaux équipements reproduisirent fidèlement le drapeau de la famille noble Van Pallandt (ie des rayures noires et jaunes), qui dépendait du duché de Juliers. Le Vitesse arbora ce maillot rayé aux couleurs des Pallandt pour la toute première fois en novembre 1907, à l’occasion d’un match de coupe face à De Tubanters d’Enschede.

L’héritage de cette famille dans le football néerlandais ne s’arrête pas là. En effet, le baron Van Pallandt participa également à la fondation du club VVO de Velp en 1901, qui opta aussi pour le jaune et noir, en hommage aux armoiries de la famille de Laag-Keppel.

#1402 – CD Maldonado : Verdirrojo

Les vert et rouge. Aujourd’hui, direction l’Uruguay. Loin de l’hégémonie écrasante des géants de Montevideo (Peñarol et Nacional), nous partons sur la côte pour découvrir une institution fascinante : le Club Deportivo Maldonado. En 1928, les Jeux Olympiques se déroulaient à Amsterdam et le tournoi de football représentait, en l’absence de Coupe du Monde, le titre le plus important du ballon rond. Après avoir éliminé les Pays-Bas, pays organisateur, l’Allemagne et l’Italie, déjà deux mastodontes, l’Uruguay remportait la médaille d’or face aux Argentins. Dans l’euphorie de cette victoire, une bande d’amis passionnés décide de fonder une équipe dans la ville de Maldonado. Le 25 août 1928. le club du Batacazo FC vit le jour. Les fondateurs hésitèrent pour le nom avec “Honor y Patria” (Honneur et Patrie), “Nacional del Este”, “Jefatura » (Chef), « Peñarol del Este » (Peñarol de l’Est), “2do. Atlético”, “Casa García” et “Por si pega” (Au cas où). Finalement, la majorité vota pour Batacazo, un terme en espagnol que l’on pourrait traduire par « le coup d’éclat » ou « l’immense surprise ». Puis, en 1932, la direction décida de le rebaptiser Deportivo Maldonado afin de représenter la ville au championnat départemental.

Pour le choix des couleurs, une légende romantique a longtemps circulé, s’ancrant profondément dans la culture populaire locale. Le Rouge aurait été choisi pour représenter le sang, le courage inébranlable et la passion ardente des joueurs sur le terrain. Le Vert aurait été une référence à la nature environnante, et plus spécifiquement aux célèbres pins qui peuplent la région côtière de Maldonado et de Punta del Este. L’explication est belle et s’intègre à merveille dans le folklore mystique du football sud-américain. Mais la réalité historique serait tout autre. L’un des pères fondateurs du club, Juan Delfino, démentit ce beau mythe. Interrogé des années plus tard sur la signification de la tunique rayée vert et rouge, il expliqua que les fondateurs trouvaient tout simplement que le rouge et le vert s’associaient bien et que ces deux teintes leur plaisaient. Pas de grande symbolique cachée ou d’hommage à la flore locale : juste le choix purement esthétique d’une bande de jeunes qui voulaient avoir de l’allure sur le terrain.

#1398 – Genoa CFC : I Rossoblù

Les rouge et bleu. Le maillot domicile du Genoa est l’un des rares à résister aux vandales du marketing qui, sur l’autel de l’argent, ont sacrifié les tradition de Barcelone ou de la Juve. Outre l’agréable mariage des couleurs, il se distingue en étant séparé en deux. Du côté droit, du rouge plus ou moins foncé. A gauche, du bleu marine. Et ce choix remonte au début du XXème siècle. Pourtant, le Genoa CFC fut fondé en 1893 et constitue le plus ancien club de football d’Italie encore en activité. Alors dans quelles couleurs évoluaient les premières équipes du club et pourquoi avoir opté pour ces teintes rouge et bleu.

L’histoire de la fondation du Genoa épouse l’essor du football à travers l’Europe comme en Amérique du Sud. À la fin du XIXème siècle, le port de Gênes demeurait l’un des carrefours commerciaux les plus importants d’Europe. Ainsi, la ville ligurienne accueillait alors de très nombreux diplomates, marchands, ingénieurs et marins du monde entier et en particulier de la Grande-Bretagne, la principale puissance. Ces nombreux britanniques importèrent leur mode de vie et en particulier les nouveaux sports qui naquirent en Grande-Bretagne sur les 50 dernières années. Ils fondèrent ainsi des associations où ils pouvaient se regrouper et les pratiquer. Le 7 septembre 1893, plusieurs de ces expatriés dont notamment Sir Charles Payton, le consul britannique ainsi que les hommes d’affaires Charles de Grave Sells, George Blake, George Fawcus et Henry De Thierry, se retrouvèrent au consulat britannique pour fonder le Genoa Cricket and Athletic Club. Comme son nom l’indique, le football n’était pas prioritaire. Les membres se réunissaient principalement pour faire du water polo et surtout jouer au cricket. Outre la pratique de sports anglo-saxons, l’adhesion au Genoa était exclusivement réservé aux citoyens britanniques. L’histoire bascule en 1896 avec l’arrivée à Gênes d’un médecin anglais passionné de sport, James Richardson Spensley. Non seulement, il ouvra le club aux sportifs italiens mais il structura aussi la section football.

L’histoire des couleurs du Genoa CFC est directement liée à ses origines britanniques. A sa création, ces membres britanniques évoluaient logiquement avec des maillots entièrement blancs, en hommage à la tenue de la sélection nationale anglaise. Le short et les chaussettes étaient noirs. Puis, en 1899, l’institution changea une première fois d’identité visuelle, en adoptant un maillot à rayures verticales blanches et bleues. Le choix du bleu symboliserait la mer, élément naturel important et historique de Gênes. Enfin, le 22 janvier 1901, la reine Victoria s’éteignait et son long règne marqua la montée en puissance et l’apogée de l’Empire Britannique. Un événement de cette ampleur ne pouvait laisser indifférents les membres du jeune club ligure attaché à ses racines britanniques. Les Génois Paolo Rossi et Giovanni Bocciardo et le Suisse Edoardo Pasteu proposèrent de retenir les couleurs de l’Union Jack, bleu foncé et rouge. La proposition fut approuvée par une majorité (5 voix contre 4) au détriment de la proposition du membre gallois Howard Passadoro qui avait proposé un kit bleu avec des bords blancs. Le maillot devenait rouge grenat et bleu foncé disposés en quatre quartiers, le blanc relégué uniquement aux revers. Depuis, il n’a jamais été modifié.

#1395 – Hapoël Kfar Saba : הירוקים מהשרון

Les verts de Sharon. Sharon ne fait pas référence à l’ancien militaire et premier ministre israélien (2001-2006) mais à la région du centre de la côte israélienne dont la capitale est Netanya. Habité par plus de 100 000 personnes, Kfar Saba se situe dans le sud de cette région et son club de l’Hapoël joue en vert. Cela pourrait paraître anodin mais ce choix de couleur est révolutionnaire pour un club appartenant au mouvement Hapoël.

En Israël, le sport a historiquement été pensé comme un outil de construction de la nation et de la société. Ainsi, le mouvement sportif fut encadré au sein des organisations politiques, qui fit de ses clubs des vitrines sportives et politiques. Le premier qui apparut fut le Maccabi qui représentait les classes bourgeoises à tendance centre droit et dont les équipes sportives revêtaient des maillots bleu et jaune. Plus à droite, le Beitar était le mouvement des nationalistes qui enfanta historiquement des groupes paramilitaires comme l’Irgoun. Les joueurs des clubs Beitar portaient des maillots noir et jaune. Enfin, en 1926, le Histadrout, le puissant syndicat des travailleurs juifs, ancré à gauche, fonda le mouvement sportif Hapoël. Il fut créé en opposition directe au Maccabi, jugé trop bourgeois et élitiste. Le but était de proposer un sport pour le peuple, basé sur l’égalitarisme et la camaraderie plutôt que sur la compétition à outrance. Hapoël, qui signifie « le travailleur » en hébreu, portait donc des valeurs de gauche et son symbolisme s’y accrochait. Ainsi, son emblème originel (un athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau) et sa couleur rouge rappellent ses racines marxistes et socialistes. Aujourd’hui, tous les clubs du mouvement Hapoël reprend ces symboles (qui sont réglementaires) sauf 4 clubs : Hapoël Petah Tikva et Hapoël Ironi Kiryat Shmona en bleu et blanc, Hapoël Holon en violet et jaune et donc Hapoël Kfar Saba.

Le petit village de Kfar Saba fut fondée en 1898 mais, ses premières années furent difficiles et la culture des amendes demeurait l’activité principale. Il fallut attendre les années 1920 pour que le village et la population juive prissent son essor, s’appuyant sur le développement des vergers d’agrumes (en particulier le citron et l’orange) qui devinrent la richesse de la région. De nombreux ouvriers agricoles, pour certains syndiqué au sein de l’Histadrout, émigrèrent alors dans le village et en 1928, le club de l’Hapoël vit le jour comme une réponse de la population ouvrière au seul club de la ville, le Maccabi. Mais, l’économie de la ville dépendant grandement de ses vergers, les fondateurs de l’Hapoël favorisèrent le vert pour rappeler les arbres et l’agriculture plutôt que la couleur traditionnel du mouvement sportif de gauche. Le blason reprenait tout de même l’athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau.

#1392 – Treaty United FC : Super Blues

Les super bleus. Etonnamment le surnom fait référence à la couleur bleu alors que l’écusson du club est rouge et blanc. En outre, l’équipe porte un drole de nom puisqu’il n’y a pas de ville qui s’appelle Treaty en Irlande. Tout ceci s’explique dans la naissance de l’association en 2020. Remontons tout d’abord aux années 1930. Alors que les habitants de Limerick découvrait le football, le club du Limerick FC vit le jour en 1937. Au fil des années, il s’imposa dans le paysage sportif irlandais, remportant 2 championnats d’Irlande (1959-1960 et 1979-190), 2 coupes d’Irlande (1970-1971 et 1981-1982) et 3 coupes de la ligue (1975–1976, 1992–1993 et 2001–2002). Durant ces premières saisons, Limerick évoluait avec les couleurs de la ville, soit un maillot rayé rouge et blanc accompagné d’un short blanc. Mais, en 1941, lorsque l’équipe de Waterford se retira du championnat, Limerick racheta leurs maillots bleus. Puis quarante ans après, avec son changement de nom en Limerick City, le club modifia ses couleurs de bleu à jaune et vert. Enfin, en 1989, le club reprit son nom d’origine, Limerick FC, ainsi que ses couleurs bleu et blanc

Malheureusement, l’arrivée dans le nouveau millénaire marqua le début de la fin. En 2006, Limerick FC échoua à obtenir la licence nécessaire à son maintien dans la ligue irlandaise. Un consortium d’entreprenuers locaux reprit le flambeau en créant l’association sportive Limerick 37. Néanmoins, deux ans plus tard, après s’être réapproprié le nom historique, le nouveau club fit face à de graves difficultés financières. Un homme d’affaires de Limerick, Pat O’Sullivan, sauva le club de la faillite en 2009 mais 10 ans plus tard, après des successions de descente et de montée entre la première et la seconde division, il souhaita vendre ses parts. Le club connut encore des problèmes financiers et fut placée en redressement judiciaire. En Décembre 2019, la procédure était un échec, le club affichant des dettes d’environ 490 000 €, et début 2020, il disparut définitivement.

Le football étant bien ancré dans la région, dès 2020, un nouveau projet émergea pour maintenir la ville dans la ligue irlandaise. Le nouveau club devait s’appelait Limerick United, mais la direction de Limerick FC menaça de poursuites judiciaires car ce dernier avait déjà utilisé ce nom par le passé. Le choix se porta alors sur Treaty United car la cité de Limerick est surnommé le Treaty County (Comté du Traité). En effet, le 13 Octobre 1691, un traité entre le nouveau roi d’Angleterre Guillaume III d’Orange et son prédécesseur Jacques II fut signé à Limerick et garantissait au Catholique une certaine liberté de culte. Pour ses couleurs, le club choisit de reprendre les teintes de la première équipe senior du comté, le rouge et le blanc. Finalement, en 2024, après un accord, le club annonça qu’il abandonnait les rayures rouges et blanches au profit du bleu et blanc, couleurs associées au football du comté depuis les années 1940. Avec ce changement de couleurs, il reprit également le surnom du Limerick FC, Super Blues.