#1430 – FC Zlín : Ševci

Les cordonniers. Un surnom plutôt singulier dans le paysage du football, loin des aigles, des lions ou des démons habituels. Il s’explique par l’importance de l’industrie de la chaussure qui façonna Zlín. Le village de Zlín apparaît dans l’histoire en 1322, lorsque la Reine de Bohême, Élisabeth Ryksa, l’acheta et en fit don au monastère de Brno. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, avec ses 3 000 habitants, Zlín ne différait guère des autres gros village de la région. Puis, un évènement majeur se déroula en Septembre 1894 qui changea pour toujours l’histoire de Zlín : la fondation de la société de fabrication de chaussures, Bat’a.

Après un séjour à Lynn aux Etats-Unis, réputé depuis le XVIIème siècle pour son industrie de la chaussure et des tanneries, les frères et sœurs Anna, Antonín et Tomáš Baťová fondèrent à Zlín leur première usine de chaussure, sous le nom d’ « Antonín Baťa » (qui devint la société « T & A Baťa » en 1900 puis enfin Bat’a en 1931). Grace aux commandes de bottes par l’armée austro-hongroise, l’entreprise prit rapidement un essor incroyable. Dès 1910, la production annuelle atteignait 10 000 paires et l’usine comptait déjà 4 000 ouvriers. Elle intégrait également une cantine, une révolution pour l’époque, qui fut suivi par la construction des premiers logements pour les employés en 1912. L’entre-deux guerre renforça le système Bat’a (basé sur le taylorisme et le fordisme, un partage des profits et des pertes avec les ouvriers, la constitution d’une épargne). L’entreprise démontra sa flexibilité et sa résilience (face aux crises de 1922-1923 et 1929-1933) et prit le virage de l’internationale (Bat’a s’implanta dans une dizaine de pays). A la fin des années 1930, il employait 29 500 personnes en Tchécoslovaquie, produisait plus de 35 millions de paires de chaussures, soit près de 78 % de la production totale du pays, et agissait dans plus de 30 secteurs (banque, chimie …). Ce développement de l’usine poussa celui de la ville et la façonna. Entre 1921 et 1930, la population de l’actuelle agglomération passa de 14 470 à 34 348 habitants. Patron visionnaire et maire de la ville en 1923, Tomáš Bat’a s’attela à la construction d’une ville moderne en impulsant son style architectural à son usine comme aux édifices pour la municipalité (hôpital, école, logements, magasins, cinéma, infrastructures de transport). Il développa le concept de cité-jardin et la construction type reposait sur un squelette en béton armé rempli de briques. Le bâtiment le plus emblématique de cette époque est le gratte-ciel « Jednadvacítka », haut de 77,5 mètres, qui abritait alors le siège social de Bat’a. Après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste nationalisa l’entreprise Bata qui poursuivit son activité sous le nom Svit tandis que la famille Bat’a poursuivit le développement du groupe avec ses filiales à l’étranger. En 1980, Svit employait plus de 20 000 personnes et produisait plus de 20 millions de paires de chaussures. Mais, après l’effondrement du communisme puis d’un de ses principaux créanciers, Svit ne put faire face aux évolutions du secteur. Aujourd’hui, l’activité de chaussure perdure avec la société Vasky mais s’est fortement réduite.

Avec la vision de Tomáš Bat’a, l’emprise de Bat’a sur Zlín s’étendit aussi sur les activités culturelles et sportives. Fondé en 1919, le FC Zlín perdit son premier terrain et se tourna alors vers la société Bat’a qui lui loua un terrain pour 5 couronnes par an. Ce fut le début de la collaboration entre les deux entités qui entraîna un changement de nom pour SK Bat’a Zlín en 1924. Après la nationalisation des usines au lendemain de la guerre, et dans un pays communiste où les organisations sportives étaient liées aux grandes administrations ou entreprises, l’entreprise d’Etat Svit poursuivit la collaboration avec le club de football qui s’appela alors Svit Gottwaldov puis Svit Zlín. Evidemment, au delà de ce sponsoring, une large partie des membres comme des supporteurs provenaient des usines de chaussures.

#1423 – FK Kolubara : Рудари

Les mineurs. Le club réside dans la ville de Lazarevac, qui est le centre névralgique du bassin houiller de Kolubara. Ce dernier est situé à environ 50 kilomètres au sud de la capitale, Belgrade, et recouvre une vaste superficie d’environ 600 kilomètres carrés. Divisée en deux parties par le fleuve Kolubara, la production se concentre autour des municipalités de Lazarevac, Lajkovac et Ub. L’exploitation du bassin est entièrement sous le contrôle de l’État serbe. L’extraction se fait à ciel ouvert. Actuellement, le charbon (essentiellement du lignite) est extrait de quatre mines actives (Champ C, Champ E, Champ Tamnava-Ouest et Champ G, ouvert plus récemment en 2017 pour remplacer des zones épuisées). Il constitue le véritable poumon économique de Lazarevac et énergétique de la Serbie. Sa production annuelle se situe généralement entre 22 et 30 millions de tonnes de lignite et représente environ 75 % de tout le lignite extrait en Serbie. Le bassin abrite des réserves estimées à plus de 2,2 milliards de tonnes, ce qui en fait l’un des plus grands gisements de lignite en Europe. La quasi-totalité du charbon extrait n’est pas destinée à l’exportation mais à la consommation interne. Il est broyé, trié et acheminé pour alimenter les grandes centrales thermiques serbes.

L’extraction du charbon dans la région de Kolubara a commencé à la fin du XIXème siècle (aux alentours de 1896). Il s’agissait alors de petites mines souterraines. L’extraction était principalement manuelle et destinée à un usage local. Dans les années 1950, au sein de la Yougoslavie communiste, le tournant industrielle s’opéra, avec l’abandon des petites mines souterraines au profit de l’exploitation à ciel ouvert, beaucoup plus adaptée et rentable. En outre, en 1956, le régime de Tito mit en service la première centrale thermique locale, Kolubara A (à Veliki Crljeni), construite spécifiquement pour transformer immédiatement le charbon extrait en électricité. Essentiel à l’indépendance énergétique du pays, l’ensemble de l’activité resta dans le giron de l’Etat à la chute du communisme. Aujourd’hui, bien que Kolubara demeure absolument vitale pour la souveraineté énergétique serbe (comme l’ont démontré les inondations de 2014), le site fait face aux enjeux climatiques. À titre d’exemple, en 2021, un projet de longue date visant à construire une nouvelle centrale thermique a été définitivement annulé pour amorcer les efforts de décarbonation du pays. C’est ainsi qu’en un peu plus d’un siècle, Kolubara est passée de quelques puits artisanaux à l’un des plus grands complexes industriels à ciel ouvert d’Europe.

#1419 – Aberdeen FC : the Sheeps

Les moutons. Encore une fois, une moquerie, voire une insulte, a été renversée pour devenir le surnom d’une équipe de football. Avec une vision simplifiée, l’Ecosse est coupé en deux. D’un côté, il existe la Central Belt, la zone très peuplée de l’Écosse du Sud qui inclut plusieurs grandes agglomérations écossaises telles qu’Ayr, Paisley, Glasgow, East Kilbride, Livingston, Kilmarnock et Édimbourg. Outre la densité de cette région, elle couvre aussi la majeure partie des zones industrielles écossaises. Et puis, il y a d’autres régions mais qui se ressemblent car la densité est plus faible et elles apparaissent plus agricoles.

Si Aberdeen est une grande ville dont l’activité pétrolière en Mer du Nord tire son économie, elle est aussi le centre névralgique d’une région rurale aux vastes prairies bien arrosées. Et l’agriculture constitue une part importante de l’économie du Nord-Est et de l’Écosse en général. En effet, la région du Nord-Est représente moins de 12 % de la superficie agricole de l’Écosse (et 14% des exploitations agricoles), mais produit plus de 20 % de sa production agricole. Le nombre d’employés dans le secteur primaire en Écosse est de 1,66% de la population active tandis que la proportion monte à près de 4,5% dans l’Aberdeenshire. Par exemple, le Nord-Est pèse pour 60 % de l’orge brassicole écossaise, 33 % des céréales, 29 % des bovins, 57% des porcs et 32 % du colza. À l’échelle nationale, l’Écosse compte environ 6,5 millions de moutons tandis que le cheptel de l’Aberdeenshire oscille historiquement autour de 500 000 moutons, qui représente 8% de la production agricole de la région en 2014. Mais, on élève aussi des vaches et des cochons en quantité importante.

Cette tradition agricole et la forte concentration de la population ovine a fourni les munitions parfaites pour le folklore sportif. En effet, la moquerie méchante et ultime des citadins (généralement les fans des clubs de Glasgow, Edinburgh et Dundee) envers les habitants des campagnes est de les traiter de ploucs (pour signifier qu’ils sont rustres voire ignares). Le terme argotique écossais équivalent de teuchters aurait pu suffire mais, le supporteur, ne faisant pas dans la poésie, a préféré rappeler aux fans d’Aberdeen que les campagnards étaient trop proches de leurs bêtes en les affublant du surnom très injurieux de Sheep shaggers (littéralement, les baiseurs de moutons).

Face à cette insulte systématique dans tous les stades du pays, les fans d’Aberdeen se sont appropriés avec humour le surnom pour en désamorcer la méchanceté. Ils ont amputé le surnom de sa partie vulgaire pour ne garder que the sheep (Les Moutons) ou the sheep army (l’armée de mouton). Ils ont alors commencé à brandir des moutons gonflables dans les tribunes et ont inventé des chants d’autodérision, dont le plus célèbre est « The Sheep are on fire » (le mouton est en feu). Selon la culture populaire locale relayée par les médias, ce fameux chant est né à la suite d’un incident burlesque lors d’un déplacement en train, où un supporter d’Aberdeen habillé dans un costume de mouton fait maison aurait accidentellement pris feu.

#1415 – General Caballero SC : el Matarife

Le boucher. Fondé le 6 septembre 1918, le club prit initialement le nom de Deportivo Meilicke, du nom de la famille des propriétaires d’une tannerie et fondateurs du club. Après avoir remporté le championnat de deuxième division en 1923 et pour sa première participation à l’élite en 1924, le club changea de nom pour General Caballero Sport Club. Cette nouvelle appellation rendait hommage à Bernardino Caballero, ancien président du Paraguay et l’un des principaux commandants de la guerre contre la Triple-Alliance (1865-1870). Dans un Paraguay qui se remettait difficilement de la guerre de la Triple-Alliance (où il perdit un tiers de son territoire et 50% de sa population) et confrontait à une forte instabilité politique, les clubs de sport se révélèrent souvent un catalyseur du patriotisme et une mode naquit de donner des noms en conséquence (Presidente Hayes #1259, 12 de Octubre FC …). Cette tradition n’était pas propre aux clubs paraguayens et se retrouve dans la plupart des pays sud-américains.

Au même moment du changement de nom, le 1er septembre 1923, l’une des plus grandes industries de transformation de viande au monde ouvrait officiellement ses portes à Zeballos Cué, la ville de résidence du club. Elle était la propriété de la multinationale Liebig’s Extract of Meat Company. En 1853, le chimiste allemand Justus von Liebig sauva la vie de la fille d’un de ses amis, avec un bouillon concentrant les principaux actifs nutritifs de la viande (l’extrait de viande). Après l’avoir développé pour les hôpitaux de Munich, von Liebig passa en mode industriel et créa en 1865 à Londres la société Liebig’s Extract of Meat Company. Cette dernière implanta sa première usine à Fray Bentos en Uruguay pour bénéficier des grands élevages bovins de la région. En 1898, Liebig’s étendit ses activités en Argentine et au Paraguay, en acquérant des terres pour l’élevage bovin. Au Paraguay, elle racheta l’Estancia Yacaré à Ñeembucú et Duarte Cué, à la frontière brésilienne. Enfin, en 1922, Liebig’s acquit l’usine de la Compagnie paraguayenne de viande et de réfrigération à Zeballos-Cué, et investit dans des agrandissements. Il s’agissait de la plus grande usine de transformation de viande des Amériques et le plus grand exportateur d’extrait de viande du Paraguay. Ses produits, comme le célèbre bœuf salé « va ka ‘io », constituèrent longtemps des aliments de base dans de nombreux foyers du pays. Ils étaient également exportés dans le monde entier, reconstruisant et stimulant ainsi développement économique du Paraguay. En 1927, les exportations de produits carnés dépassaient les exportations de produits agricoles. Vu son importance, l’usine participa aussi au développement de l’équipe de General Caballero en tant que sponsor (notamment en lui faisant don d’un terrain) et ses ouvriers constituaient une grand partie des fans du club.

#1412 – Coventry City FC : the Sky Blues

Les bleu ciel. Après un match nul 1-1 à Blackburn, la semaine dernière, Coventry City a validé son ticket pour la Premier League, 25 ans après sa dernière apparition. Pourtant, il y a moins de 10 ans, l’équipe du centre de l’Angleterre, végétait encore en 4ème division. Au sein de l’élite anglaise, Coventry sera donc la deuxième équipe a porter la couleur bleu ciel (l’autre étant Manchester City), qui demeure indissociable de son identité. Mais, le club n’a pas toujours cette teinte.

Avant les années 1960, l’identité visuelle de Coventry City était tout sauf fixe. Fondé par les employés d’une usine de bicyclettes, l’entreprise Singer, le 13 Août 1883, les joueurs portèrent différentes couleurs à leur début. Tout débuta avec un maillot probablement bleu marine jusqu’en 1887, qui laissa place, ensuite, pour seulement une saison, à une tenue rayée bleu marine et blanc. 1889 fut assez varié avec un maillot bleu ciel qui changea en cours de saison pour du rose et bleu marine. Pour la saison 1890-1891, une tenue intégralement noire marquée d’un « S » rouge fit son apparition. La saison suivante, le maillot bleu, accompagné d’un pantalon bleu marine, revint pour finalement, l’année d’après, se faire remplacer par une chemise partagée noire et rouge. Devenu officiellement Coventry City FC en 1898, le club connut de nombreuses expérimentations vestimentaires qui marièrent sous différente forme du blanc, du bleu ciel ou du bleu marine. De 1922 à 1924, pour tenter de raviver la flamme après des résultats catastrophiques, l’équipe adopta le rouge et le vert, les couleurs de la ville de Coventry. Enfin, pendant la majeure partie des années de 1924 à 1959, Coventry s’en tint à des maillots plus traditionnels à moitiés ou à rayures bleues rois et blanches. Juste au début des années 60, l’équipe jouait même dans un kit entièrement blanc.

Puis, en 1961, le changement définitif pour le bleu ciel a un nom : Jimmy Hill. Nommé manager de Coventry City en novembre 1961, Jimmy Hill (qui deviendra plus tard une figure légendaire de la télévision anglaise) trouva un club moribond, embourbé dans la 3ème division anglaise, en manque cruel d’ambition et qui venait de se faire éliminer de la FA Cup à domicile par Kings Lynn, une équipe amateure. Le génie de Hill fut de comprendre qu’il ne suffisait pas d’un simple changement tactique sur le terrain pour donner de nouvelles bases solides au club. Il fallait aussi transformer son image. Il lança alors ce qui restera dans l’histoire sous le nom de Sky Blue Revolution (la Révolution Bleu Ciel).

Il commença par changer la tenue des joueurs pour un maillot, un short et des chaussettes d’une seule couleur (bleu ciel), une innovation pour l’époque. Hill ne choisit pas cette couleur par hasard : le bleu ciel fit souvent partie du maillot du club depuis sa création. On peut aussi supposer que son idée était de rappeler aux joueurs comme aux supporteurs que « The sky is the limit » (Le ciel est notre seule limite). En outre, avant que la ville ne devienne le centre de la construction automobile anglaise, Coventry fut un centre majeur de l’industrie textile au XVIème siècle, célèbre pour son tissu teintée bleu ciel appelée « Coventry Blue » (qui donna naissance à l’expression « As true as Coventry Blue« , signifiant loyal et inaltérable). Le nouveau maillot fut inauguré lors de la victoire 2-0 contre Notts County à Highfield Road, en 1962, devant 22 832 supporters. Le lendemain, le Coventry Evening Telegraph surnomma l’équipe les Sky Blues, ce qui ne déplut pas à Hill qui trouvait l’ancien surnom, the Bantams (cf. #660), peu inspirant.

Jimmy Hill imposa un relooking total et déclina la nouvelle couleur dans tous les aspects du club. Il réécrit personnellement les paroles du célèbre chant traditionnel « Eton Boating Song » pour créer l’hymne du club sous le nom « Sky Blue Song » (Play up Sky Blues). Il fit affréter spécialement des trains baptisés « Sky Blue Express » pour transporter les supporteurs lors des matchs à l’extérieur. Une radio du club fut lancée sous le nom Sky Blue Radio, la première du genre dans le pays, qui offrait aux supporters des informations et des divertissements avant et après les matchs. L’impact de la décision de Jimmy Hill fut instantané et retentissant. Porté par cette nouvelle énergie visuelle et cette ferveur incroyable, Coventry City enchaîna les succès sportifs, grimpant les échelons jusqu’à atteindre la prestigieuse Première Division en 1967.

Cette révolution identitaire s’inscrivit dans un mouvement plus large. En avance sur leur époque, quelques managers de clubs anglais comprirent l’importance de forger, d’ancrer l’identité de leurs clubs et les firent sombrer dans le marketing bien avant les clubs continentaux. La même année que Coventry, Leeds opta pour sa tenue intégralement blanche (cf. #248). Deux ans auparavant, Watford opéra un virage à 180 degrés pour se forger une nouvelle identité agressive, abandonnant le bleu et le blanc que l’équipe portait depuis plus de 60 ans au profit du noir et or (cf. #460).

#1408 – AD Ceuta FC : los Caballas

Les maquereaux. L’Afrique a bien son représentant en Europe, au delà de ses joueurs qui sont nombreux à fouler le sol des championnats européens. Si on regarde à l’Est, plusieurs clubs situés géographiquement en Asie évoluent déjà en Europe (à l’instar des nombreux clubs turcs tels que Fenerbahçe ou Trabzonspor ou des kazakhs du Kaïrat Almaty). Pour l’Afrique, il faut se pencher du côté de la seconde division espagnole où joue le club de la Ceuta, l’une des enclaves espagnoles, avec Melilla, localisées sur le sol africain.

La cité de La Ceuta possède une position stratégique à l’entrée du détroit de Gibraltar, passage obligé entre l’Océan Atlantique et la Mer Méditerranée. Ouverte vers la mer, la baie de Ceuta est naturellement abritée des vents dominants (le Levante et le Poniente) qui peuvent être très violents dans le Détroit et sa profondeur permet d’accueillir des navires à fort tirant d’eau. Pourtant, jusqu’au XIXème siècle, ses côtes n’abritaient que de modestes installations portuaires destinées avant tout à la marine militaire. La Guerre hispano-marocaine (1859-1860) mit en évidence la nécessité de renforcer le dispositif naval de la ville aussi bien pour l’armée que de développer le commerce qui s’annonçait florissant à l’ouverture probable du Canal de Suez. La construction de port débuta lentement dans les années qui suivirent et s’accéléra après la visite du Roi Alphonse XIII au début du XXème siècle. Aujourd’hui, le port a franchi la barre des 2 millions de passagers annuels, confirmant son rôle clé dans le détroit de Gibraltar, tandis que le trafic de marchandises s’élève à 1 068 092 tonnes (-2,2 %) à fin Novembre 2024.

Située au carrefour de l’Atlantique et de la Méditerranée, La Ceuta bénéficie de courants marins exceptionnels qui favorisent la présence de bancs de poissons migrateurs. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, la pêche constituait l’un des moteurs économiques de la ville, en particulier celle du maquereau (Scomber scombrus) qui trouva dans les eaux de La Ceuta un habitat de prédilection. La pêche du maquereau se pratiquait traditionnellement, entre autres, par la méthode de la madrague (almadraba, filet de pêche fixe). En 1899, les archives rapportent qu’en seulement deux jours de pêche, les marins remontèrent dans leurs filets plus de 60 000 maquereaux. Cette abondance permit également le développement d’une industrie florissante de la salaison et de la conserverie ainsi que de fabrication des madragues. Le maquereau était si présent dans la vie quotidienne qu’une anecdote historique rapporte que même les veilleurs de nuit (serenos) de 1895 utilisaient le mot dans leurs cris rituels : « Ave María Purísima, y caballa, por la Virgen de África » (Ave Maria très pure, et maquereau, pour la Vierge d’Afrique – la vierge d’Afrique étant La Ceuta). En outre, l’association entre la cité et le poisson devint si forte que, selon José Luis Gómez Barceló, historien, chroniqueur officiel de la ville et archiviste diocésain, le terme caballa désignait aussi au XIXème siècle la flotte de pêche de La Ceuta et, plus précisément, ses membres. En effet, les marins du Détroit, en voyant arriver les embarcations de La Ceuta avaient l’habitude de dire « Ahí vienen los caballas » (voilà les maquereaux).

En 2019, l’Académie Royale Espagnole (RAE) intégra au dictionnaire cette façon populaire et affectueuse de décrire les habitants de Ceuta comme leur gentilé.

#1395 – Hapoël Kfar Saba : הירוקים מהשרון

Les verts de Sharon. Sharon ne fait pas référence à l’ancien militaire et premier ministre israélien (2001-2006) mais à la région du centre de la côte israélienne dont la capitale est Netanya. Habité par plus de 100 000 personnes, Kfar Saba se situe dans le sud de cette région et son club de l’Hapoël joue en vert. Cela pourrait paraître anodin mais ce choix de couleur est révolutionnaire pour un club appartenant au mouvement Hapoël.

En Israël, le sport a historiquement été pensé comme un outil de construction de la nation et de la société. Ainsi, le mouvement sportif fut encadré au sein des organisations politiques, qui fit de ses clubs des vitrines sportives et politiques. Le premier qui apparut fut le Maccabi qui représentait les classes bourgeoises à tendance centre droit et dont les équipes sportives revêtaient des maillots bleu et jaune. Plus à droite, le Beitar était le mouvement des nationalistes qui enfanta historiquement des groupes paramilitaires comme l’Irgoun. Les joueurs des clubs Beitar portaient des maillots noir et jaune. Enfin, en 1926, le Histadrout, le puissant syndicat des travailleurs juifs, ancré à gauche, fonda le mouvement sportif Hapoël. Il fut créé en opposition directe au Maccabi, jugé trop bourgeois et élitiste. Le but était de proposer un sport pour le peuple, basé sur l’égalitarisme et la camaraderie plutôt que sur la compétition à outrance. Hapoël, qui signifie « le travailleur » en hébreu, portait donc des valeurs de gauche et son symbolisme s’y accrochait. Ainsi, son emblème originel (un athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau) et sa couleur rouge rappellent ses racines marxistes et socialistes. Aujourd’hui, tous les clubs du mouvement Hapoël reprend ces symboles (qui sont réglementaires) sauf 4 clubs : Hapoël Petah Tikva et Hapoël Ironi Kiryat Shmona en bleu et blanc, Hapoël Holon en violet et jaune et donc Hapoël Kfar Saba.

Le petit village de Kfar Saba fut fondée en 1898 mais, ses premières années furent difficiles et la culture des amendes demeurait l’activité principale. Il fallut attendre les années 1920 pour que le village et la population juive prissent son essor, s’appuyant sur le développement des vergers d’agrumes (en particulier le citron et l’orange) qui devinrent la richesse de la région. De nombreux ouvriers agricoles, pour certains syndiqué au sein de l’Histadrout, émigrèrent alors dans le village et en 1928, le club de l’Hapoël vit le jour comme une réponse de la population ouvrière au seul club de la ville, le Maccabi. Mais, l’économie de la ville dépendant grandement de ses vergers, les fondateurs de l’Hapoël favorisèrent le vert pour rappeler les arbres et l’agriculture plutôt que la couleur traditionnel du mouvement sportif de gauche. Le blason reprenait tout de même l’athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau.

#1379 – Bibiani Gold Stars : the Miners

Les mineurs. Comme nombre de pays africains, le Ghana est riche en matières premières, notamment en minerais, et leur extraction représente des pans importants de l’économie locale. Ainsi, l’or occupe une place absolument centrale et vitale dans l’économie du Ghana. En 2024 et 2025, le pays a consolidé sa position de premier producteur d’or en Afrique, devant l’Afrique du Sud. Contribuant à hauteur de 10% du PIB du pays, le secteur minier aurifère a extrait 5,1 millions d’onces. Les exportations d’or représentent 61% des recettes du Ghana, loin devant le cacao (16 %) et le pétrole (10 %). Le Ghana compte une douzaine de grandes mines actives (opérées par les géants locaux du secteur, Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti), complétées par des centaines d’exploitations à petite échelle.

Les grandes mines d’or ont modelé le Ghana et ses villes et enrichi les sociétés minières. Comme les grandes sociétés européennes du début du XXème siècle, les compagnies minières ont réinvesti une partie des gains dans le sport, et en particulier dans le football. On retrouve ainsi le Ashanti Gold SC, soutenu par le groupe minier Ashanti Goldfields Corporation, et dont les joueurs portent le surnom de the miners. Même cause, même effet à Bibiani. Sa mine d’or constitue son poumon économique depuis la fin du XIXème siècle. En 2023, la production annuelle de la mine s’établissait à 77 koz (équivalent à 2,4 tonnes) d’or pour des réserves dépassant les 2,5 millions d’onces.

Le club de football de Bibiani fut fondé en 1998 sous le nom Complex Stars. Puis, la compagnie minière prit le contrôle de l’équipe et la renomma Bibiani Gold Stars. En 2021, Asante Gold Corporation racheta la concession de la mine et reprît également le club, qui demeure donc toujours lié à l’exploitation de la mine d’or.

#1374 – Antigua GFC : los Panzas Verdes

Les ventres verts. Le vert est omniprésent dans la tenue du club comme dans la bannière de la ville d’Antigua et du département de Sacatepéquez, dont Antigua est la capitale. Cela peut s’expliquer par le nom Sacatepéquez, qui provient de la langue Náhuat, où sacat signifie « herbe » et tepet « colline », signifiant ainsi « colline d’herbe ». Il est vrai que les collines verdoyantes de la région, à perte de vue , impressionnèrent les populations précolombiennes comme les conquistadores.

Mais les habitants d’Antigua gagnèrent ce surnom pour une toute autre raison. Ou du moins deux explications existent. La première remonte au XVIIIème siècle lorsque la ville était la capitale de la Capitainerie générale du Guatemala (qui regroupait les territoires actuels du Guatemala, du Belize, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua et du Costa Rica, ainsi que l’État mexicain du Chiapas). La cité est entouré de volcans dont celui connu sous le nom de Fuego (Feu), considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus actifs au monde. Lors de l’époque coloniale, ses éruptions violentes entrainèrent des séismes importants qui endommagèrent la ville en 1717 et en 1751. En 1773, une série de tremblements de terre (entre fin Juillet et début Septembre) détruisirent intégralement la cité puis une épidémie de Typhus se propagea dans la ville. Son accès fut alors interdit et les populations ne pouvaient plus commercialiser de denrées. Résultats, les habitants s’alimentèrent principalement d’herbes (macuy, quilete, chipilín, bledo, berro, verdolaga) et d’autres espèces endémiques de la région. Ainsi, dans les croyances locales, on pensait que leur ventre étaient devenus verts avec ce régime particulier.

L’ors’autre explication se rapporte à la culture de l’avocat dont la région est riche. Les origines de ce fruit se situent au Mexique, en Colombie et au Venezuela ainsi que dans le nord du Guatemala. Un chercheur américain spécialiste des avocats, Wilson Popenoe, écrivait en 1916 que « Probablemente ningún otro país posea tal abundancia de aguacates finos como Guatemala […] Antigua… es el centro de una de las principales regiones de aguacate, quizás una de las más mayores del mundo » (Probablement aucun autre pays ne possède une telle abondance d’avocats de qualité que le Guatemala […] Antigua… est le centre de l’une des principales régions productrices d’avocats, peut-être l’une des plus importantes au monde). Même si le pays n’occupe plus que la 15ème place mondiale en termes de production (150 000 tonnes en 2022), la culture de l’avocat occupe près de 3 000 hectares au Guatemala et le département de Sacatepéquez demeure le deuxième producteur du pays (25% des surfaces et de la production). Evidemment, la population locale mange des avocats mais le surnom proviendrait du fait que la forme du fruit fait penser à un homme avec une bedaine (verte). Pourtant, le nom avocat dérive du mot nahuatl, ahuacatl, qui signifie « testicules de l’arbre ». Entre ces deux histoires, le club a fait son choix avec le fruit comme mascotte.

#1373 – SCO Angers : les SCOistes, le SCO

Ni plus, ni moins que le dérivé de l’acronyme SCO, qui signifie Sporting Club de l’Ouest. Capitale historique et place forte de l’Anjou, berceau de la dynastie des Plantagenêts, Angers se situe à l’Ouest (même si elle ne baigne pas sur la côte Atlantique) et cela explique bien le surnom. Mais, il faut aussi remonter aux origines du club pour comprendre la dénomination.

A la sortie de la Première Guerre Mondiale, encouragé par Valentin Cailleau, le secrétaire du CS Jean Bouin, le seul club d’envergure à Angers à l’époque, les frères Georges et Paul Fortin créèrent le Sporting Club du Crédit de l’Ouest (SCCO) le vendredi 10 octobre 1919. Le nom provenait directement de l’établissement Crédit de l’Ouest, une banque 100 % angevine, que les deux frères dirigeaient (Georges en tant que président et Paul comme vice-président). Cette banque prenait ses racines en Novembre 1850 au sein du Comptoir commercial d’Angers, E. Bigot, Bougère & Cie qui devint en 1909 la banque familiale Veuve Fortin & ses fils. En 1913, comme d’autres banques familiales régionales à la même époque, la banque Fortin fusionna avec une autre, Veuve Delhumeau, et se transforma en une société anonyme, dénommée Crédit de l’Ouest.

Si le CS Jean Bouin était associé aux Établissements Bessonneau (la grande manufacture de chanvre de la cité dont le président Jules Bessonneau fut également administrateur du Crédit de l’Ouest) et ouvert qu’à ses employés, le SCCO accepta des membres qui n’étaient pas collaborateurs de la banque. Ainsi, pour traduire cet esprit, le club changea rapidement de nom pour devenir le Sporting Club de l’Ouest. En outre, la banque rencontra des difficultés dès le début des années 1920, ce qui favorisa la séparation entre le club sportif et elle. Si l’entreprise Bessonneau poussa le Crédit de l’Ouest à fonder le SCO, il fut également à l’origine de la chute de l’établissement financier. En 1921, la gestion hasardeuse de la famille Bessonneau entraina des pertes importantes pour le Crédit de l’Ouest ainsi qu’une vague de retrait de fonds. A peine remis, la faillite d’une banque à Nantes ébranla de nouveau la confiance au début de 1924. La banque enregistrait 12,7 millions de francs de pertes, dont 10 étaient imputables au groupe Bessonneau, représentant 41 % de ses fonds propres. Elle appela à la rescousse le CIC et signa la fin de son indépendance. Par la suite, elle disparaitra dans les différentes fusions qui amenèrent à la création du CIC Ouest.