#1451 – CSD Cobán Imperial : los Príncipes Azules

Les princes bleus. Fondée le 1er août 1936, l’équipe fête désormais ses 90 années d’existence. Mais si l’institution s’est hissée au rang de mythe dans le département d’Alta Verapaz, c’est en grande partie grâce à son identité, forgée dès ses premières heures par un changement de nom aussi symbolique que déterminant.

Le club vit le jour sous l’appellation de « Magisterio de Cobán ». Néanmoins, cette dénomination ne fut utilisée que lors des 3 premiers matchs officiels. Les dirigeants prirent effectivement la décision solennelle d’adopter le nom définitif de « Cobán Imperial », ancrant ainsi de manière indélébile le club dans la riche histoire coloniale de la ville qui l’a vu naître. En effet, le choix du terme Imperial n’a rien d’une simple coquetterie sémantique ; il renvoie de manière directe au statut unique de la cité de Cobán. L’histoire remonte à l’époque de la conquête espagnole. Tandis que l’altiplano guatémaltèque était soumis par la force des armes, la région des Verapaz connut une colonisation pacifique. Etant donné sa position stratégique dans la région et sa population croissante, l’Empereur du Saint Empire germanique et Roi d’Espagne, Charles Quint, déclara la jeune cité de Coban, Ville Impériale. La légende raconte que le leader indigène Juan Aj Poop B’atz, privilégiant la diplomatie, accomplit un périple jusqu’en Espagne afin d’y rencontrer le monarque le plus puissant d’Europe : Charles Quint. Impressionné par cette démarche de soumission volontaire et pacifique, l’Empereur accorda à Juan Aj Poop B’atz le titre de gouverneur, lui conférant le pouvoir d’administrer la justice, y compris à l’encontre des colons espagnols. En reconnaissance de cet accord singulier, la ville fut formellement baptisée Cobán Imperial (également désignée comme la Cité de Charles Quint).

Si le nom de l’équipe puise dans les racines impériales de la ville, son surnom de Príncipes Azules en constitue son prolongement. La ville étant la fille de l’Empereur Charles Quint, ses habitants et, par extension, les joueurs qui la représentent sur le rectangle vert, sont symboliquement perçus comme les fils de l’Empereur, justifiant ainsi le rang princier.

L’adjectif Azul revêt pour sa part une double signification. Le bleu s’est imposé, dès les premières décennies de l’institution, comme la couleur dominante et incontestable de l’uniforme du club. Au fil des saisons, cette couleur est devenue son symbole viscéral. Sur le plan métaphorique, le bleu renvoie inévitablement au concept de « sang bleu », confortant l’image aristocratique et noble suggérée par la figure du Prince.

Certaines sources précisent que ce surnom apparût dans les années 1960, quand le club accéda pour la première fois à l’élite guatémaltèque, via la plume et la voix des journalistes sportifs Ernesto Ponce Saravia y Marco Rodríguez. Ils auraient voulu souligner le style de jeu élégant et noble de l’équipe. Aujourd’hui, ce surnom est bien ancré et la mascotte officielle est justement un prince entièrement vêtu de bleu et coiffé d’une couronne, comme l’écusson du club.

#1442 – CD Iquique : los Dragones Celestes

Les dragons célestes. L’institution phare du nord du Chili arbore un surnom poétique, qui rappelle que sa ville de résidence, Iquique, s’allonge entre d’un côté les dunes du désert d’Atacama et de l’autre la côte Pacifique. Le dragon s’affiche d’ailleurs sur son écusson et ce surnom fut popularisé par les commentateurs radiophoniques Raúl Duarte Rivera et Hernán Cortez Heredia dans les années 1980.

La première partie de ce surnom, le terme « Dragon », ne tire pas son origine d’une influence asiatique ou d’une créature héraldique européenne classique, mais d’un monument naturel majestueux qui surplombe la ville d’Iquique : le « Cerro Dragón » (la Colline du Dragon). Il s’agit d’une immense dune de sable, longue de 4 km et culminant à 320 mètres. l’une des plus grandes dunes urbaines au monde. Sa forme et sa crête sinueuse rappellent le dos d’un dragon géant endormi. La légende raconte qu’un énorme dragon s’est installé sur les côtes d’Iquique, dominant les peuples indigènes et kidnappant la fille du cacique, nommée Collaka. Face à cette menace, un jeune chasseur rusé nommé Lloko entreprit de sauver la jeune femme. Il réussit à endormir la bête à l’aide d’une nourriture empoisonnée. Le dragon, profondément endormi face à la mer, fut recouvert de sable par le vent au fil des siècles, formant la dune actuelle. Cependant, le mythe ne s’arrête pas là : la légende prévient qu’un jour, le dragon se réveillera pour se venger. En adoptant ce symbole, le club de football s’approprie la force, l’ancrage territorial et la menace latente de cette créature mythologique prête à s’éveiller lors de chaque rencontre sportive.

Si le dragon représente la géographie et les mythes de la région, l’adjectif « Céleste » (bleu ciel) renvoie directement à la couleur historique arborée par le club. Depuis les années 1940 (avant la création du club), les équipes sportives d’Iquique adoptèrent la couleur bleue ciel des armoiries de la cité. Ville côtière par excellence, nichée entre l’océan Pacifique et le ciel immaculé du désert, Iquique a naturellement fait du bleu clair son étendard. Outre la couleur, ses armoiries reprennent d’autres symboles maritimes (vagues, bouée de l’Esmeralda) et rappellent donc la nature intrinsèquement portuaire d’Iquique, son lien vital avec l’Océan Pacifique pour le commerce, ainsi que la pêche et ses plages. Par tradition, les fondateurs du CD Iquique reprirent cette couleur.

Mais d’autres avancent que le choix de ce maillot bleu ciel fut inspiré par la légendaire équipe nationale d’Uruguay, mondialement connue sous le nom de La Celeste. Les fondateurs et premiers dirigeants du football à Iquique souhaitaient insuffler à leur équipe la fameuse garra charrúa – cet esprit de combativité, de ténacité et de bravoure qui caractérise les joueurs uruguayens et que le CD Iquique répliqua sur le terrain.

#1435 – Cruz Azul : la Máquina Celeste

La machine céleste. Bien que cela pourrait paraître vrai pour ses fans, l’équipe de Cruz Azul ne descend pas du ciel. Mais, il n’en demeure pas moins que Cruz Azul est indéniablement l’une des institutions les plus prestigieuses et historiques du football mexicain. Cette réputation s’est notamment forgé au cœur des années 1970 lorsque l’équipe domina le football mexicain.

À la fin des années 1960 et tout au long de la décennie 1970, Cruz Azul imposa une domination sans partage sur le championnat mexicain, en remportant 7 titres de champion (dont trois titres consécutifs), deux titres de Campeón de Campeones et trois Coupes des champions de la CONCACAF. Cette période dorée fut accompagnée par un changement majeur pour le club. Jusqu’en 1971, il évoluait dans la petite ville industrielle de Jasso. Conscient du potentiel sportif et commercial de l’équipe, la direction prit la décision de déménager le club à Mexico pour évoluer dans le majestueux Stade Aztèque. Ce changement d’envergure permit à Cruz Azul d’attirer des foules immenses, de gagner une visibilité nationale sans précédent et de s’implanter au cœur du pouvoir footballistique mexicain.

Mais, ce fut avant tout sur le terrain que tout se décida. Sous la direction d’entraîneurs de légende comme Raúl Cárdenas, et avec une génération dorée composée notamment de Miguel Marín, Javier Guzmán, Héctor Pulido, Fernando Bustos et Ignacio Flores, l’équipe développait un jeu direct d’une efficacité redoutable. Elle semblait alors une machine bien huilée, lancée à pleine allure et écrasant avec précision et puissance ses adversaires. Selon la légende, le commentateur sportif Ángel Fernández aurait alors commencé à les appeler la Máquina lors de ses retransmissions passionnées, et les supporters l’apprécièrent tellement qu’ils l’adoptèrent immédiatement. Certes, ce surnom rappelait la domination de l’équipe mais, pour les supporteurs, il faisait également écho aux racines et à l’histoire du club. En effet, le club fut fondé en 1927 par les ouvriers de la cimenterie Cooperativa La Cruz Azul dans la ville de Jasso. Ces derniers empruntaient régulièrement la ligne de chemin de fer reliant Jasso à la ville de Mexico au travers de « puissantes » locomotives. Comme le club qui déménagea de Jasso à Mexico et qui semblait être une locomotive impossible à faire dérailler.

Evidemment, l’autre bout du surnom, Celeste, fait référence à la couleur du maillot. Lors de ses premières années dans le monde professionnel, le Cruz Azul arborait un bleu roi, une teinte plutôt sombre. Cependant, à l’aube de son ère de domination, l’institution adopta une nuance de bleu beaucoup plus claire, rappelant la couleur du ciel. Cette teinte caractéristique, connue sous le nom de bleu céleste (azul celeste en espagnol), est rapidement devenue indissociable de l’identité visuelle de l’équipe.

#1434 – TSV Hartberg : die Blau-Weiß

Les bleu et blanc. Fondé en 1946, le club évolua longtemps dans les ligues régionales en réalisant quelques coups en Coupe d’Autriche, faisant sa réputation. Puis, en 2018-2019, Hartberg accéda enfin à l’élite autrichienne et depuis il s’y est solidement installé. Les amateurs de football associent immédiatement ce club de Styrie à ses traditionnelles couleurs Blau-Weiß (Bleu et Blanc) dont l’origine plonge dans l’héraldique municipale et l’influence de la haute aristocratie autrichienne.

Lors de la fondation officielle du club, le 29 avril 1946, les fondateurs actèrent le choix du bleu et du blanc. Les statuts expliquaient que ces teintes rendaient hommage à l’ancien écusson historique de la commune. Pourtant, les armoiries officielles de la ville de Hartberg n’ont jamais arboré un simple motif bleu et blanc. Le blason de la cité représente une scène religieuse traditionnelle et hautement colorée : Saint Martin (le Saint patron de la ville) à cheval, coupant son manteau pour en offrir la moitié à un mendiant. Le Saint porte un pourpoint rouge, un pantalon assortie, un manteau vert doublé de jaune et des bottes brunes garnies d’hermine et se trouve sur un fond aux couleurs autrichiennes (3 bandes horizontales rouges et blanches). Ces armoiries n’ont été accordées officiellement que le 31 Octobre 1947 mais les armes représentant St Martin et un mendiant figurent déjà sur des sceaux du XIVème et dans l’armorial de Zacharias Bartsch de 1567. Toutefois, d’une date inconnue jusqu’en 1947 (avec le rétablissement de St Martin), les armoiries de la ville étaient différentes et affichaient un aigle noir sur fond jaune, à l’image des armes du Saint Empire Romain Germanique. Elles s’inspiraient de la famille noble von Paar qui régna sur la ville à compter du milieu du XVIème siècle.

Comment expliquer, dès lors, la justification des fondateurs de 1946 alors que les armoiries de la cité n’avaient pas de bleu et de blanc ? La réponse se trouve très probablement dans l’ombre d’une des plus puissantes dynasties d’Autriche : la famille von Paar. Originaire d’Italie (sous le nom de Pari), cette lignée noble s’établit dans les territoires autrichiens au XVIème siècle et s’éleva rapidement au rang de comtes, puis de princes du Saint-Empire. L’immense fortune et l’influence politique des Paar reposaient sur un monopole stratégique : la gestion des postes impériales. Nommés General-Erbpostmeister (Maîtres généraux héréditaires des postes), ils contrôlaient pendant des générations les communications de la monarchie des Habsbourg.

Mais, avant d’obtenir cette immense fortune, la famille von Paar (Johann Baptist von Paar en l’espèce) s’établit à Hartberg et acquit le Château (Schloss Hartberg) en 1571. Même si, avec leur montée en puissance, la famille se déplaça dans son palais viennois et délaissa leur résidence d’Hartberg, les Paar régnèrent sur ce domaine et marquèrent la vie locale pendant plus de quatre siècles, ne revendant le château à la ville qu’en 1981. En raison de cette omniprésence séculaire, les symboles de la famille Paar s’essaimèrent sur les monuments de la ville. On retrouve notamment leurs marques sur la célèbre colonne de Marie (Mariensäule), érigée au cœur de la cité dans les années 1670. Alors, à quoi ressemblait le blason de la famille ? Divisé en 4 quarts, deux comportaient l’aigle noir sur fond jaune (qui donna les armoires de la ville) et les deux autres comportaient des rayures bleues et ors. Elles résultaient des unions de la famille von Paar avec d’autres maisons car le blason initiale des Paar n’intégraient que les fameuses rayures bleues et ors ou bleues et argents. Il arrivait souvent que ces couleurs s’échangeaient au fil des reproductions.

Ainsi, en 1946, dans une Autriche en pleine reconstruction et où la ville d’Hartberg restait meurtrie des atrocités nazis, les fondateurs du TSV Hartberg voulaient créer un club apolitique avec un ancrage local fort. Face à la profusion de blasons et de symboles de la famille von Paar dans la ville, ils en reprirent les couleurs. Toutefois, je prendrai comme hypothèse que le symbole de l’Aigle devait certainement trop rappeler les heures sombres récentes du pays et les fondateurs préférèrent retenir les rayures.

#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1412 – Coventry City FC : the Sky Blues

Les bleu ciel. Après un match nul 1-1 à Blackburn, la semaine dernière, Coventry City a validé son ticket pour la Premier League, 25 ans après sa dernière apparition. Pourtant, il y a moins de 10 ans, l’équipe du centre de l’Angleterre, végétait encore en 4ème division. Au sein de l’élite anglaise, Coventry sera donc la deuxième équipe a porter la couleur bleu ciel (l’autre étant Manchester City), qui demeure indissociable de son identité. Mais, le club n’a pas toujours cette teinte.

Avant les années 1960, l’identité visuelle de Coventry City était tout sauf fixe. Fondé par les employés d’une usine de bicyclettes, l’entreprise Singer, le 13 Août 1883, les joueurs portèrent différentes couleurs à leur début. Tout débuta avec un maillot probablement bleu marine jusqu’en 1887, qui laissa place, ensuite, pour seulement une saison, à une tenue rayée bleu marine et blanc. 1889 fut assez varié avec un maillot bleu ciel qui changea en cours de saison pour du rose et bleu marine. Pour la saison 1890-1891, une tenue intégralement noire marquée d’un « S » rouge fit son apparition. La saison suivante, le maillot bleu, accompagné d’un pantalon bleu marine, revint pour finalement, l’année d’après, se faire remplacer par une chemise partagée noire et rouge. Devenu officiellement Coventry City FC en 1898, le club connut de nombreuses expérimentations vestimentaires qui marièrent sous différente forme du blanc, du bleu ciel ou du bleu marine. De 1922 à 1924, pour tenter de raviver la flamme après des résultats catastrophiques, l’équipe adopta le rouge et le vert, les couleurs de la ville de Coventry. Enfin, pendant la majeure partie des années de 1924 à 1959, Coventry s’en tint à des maillots plus traditionnels à moitiés ou à rayures bleues rois et blanches. Juste au début des années 60, l’équipe jouait même dans un kit entièrement blanc.

Puis, en 1961, le changement définitif pour le bleu ciel a un nom : Jimmy Hill. Nommé manager de Coventry City en novembre 1961, Jimmy Hill (qui deviendra plus tard une figure légendaire de la télévision anglaise) trouva un club moribond, embourbé dans la 3ème division anglaise, en manque cruel d’ambition et qui venait de se faire éliminer de la FA Cup à domicile par Kings Lynn, une équipe amateure. Le génie de Hill fut de comprendre qu’il ne suffisait pas d’un simple changement tactique sur le terrain pour donner de nouvelles bases solides au club. Il fallait aussi transformer son image. Il lança alors ce qui restera dans l’histoire sous le nom de Sky Blue Revolution (la Révolution Bleu Ciel).

Il commença par changer la tenue des joueurs pour un maillot, un short et des chaussettes d’une seule couleur (bleu ciel), une innovation pour l’époque. Hill ne choisit pas cette couleur par hasard : le bleu ciel fit souvent partie du maillot du club depuis sa création. On peut aussi supposer que son idée était de rappeler aux joueurs comme aux supporteurs que « The sky is the limit » (Le ciel est notre seule limite). En outre, avant que la ville ne devienne le centre de la construction automobile anglaise, Coventry fut un centre majeur de l’industrie textile au XVIème siècle, célèbre pour son tissu teintée bleu ciel appelée « Coventry Blue » (qui donna naissance à l’expression « As true as Coventry Blue« , signifiant loyal et inaltérable). Le nouveau maillot fut inauguré lors de la victoire 2-0 contre Notts County à Highfield Road, en 1962, devant 22 832 supporters. Le lendemain, le Coventry Evening Telegraph surnomma l’équipe les Sky Blues, ce qui ne déplut pas à Hill qui trouvait l’ancien surnom, the Bantams (cf. #660), peu inspirant.

Jimmy Hill imposa un relooking total et déclina la nouvelle couleur dans tous les aspects du club. Il réécrit personnellement les paroles du célèbre chant traditionnel « Eton Boating Song » pour créer l’hymne du club sous le nom « Sky Blue Song » (Play up Sky Blues). Il fit affréter spécialement des trains baptisés « Sky Blue Express » pour transporter les supporteurs lors des matchs à l’extérieur. Une radio du club fut lancée sous le nom Sky Blue Radio, la première du genre dans le pays, qui offrait aux supporters des informations et des divertissements avant et après les matchs. L’impact de la décision de Jimmy Hill fut instantané et retentissant. Porté par cette nouvelle énergie visuelle et cette ferveur incroyable, Coventry City enchaîna les succès sportifs, grimpant les échelons jusqu’à atteindre la prestigieuse Première Division en 1967.

Cette révolution identitaire s’inscrivit dans un mouvement plus large. En avance sur leur époque, quelques managers de clubs anglais comprirent l’importance de forger, d’ancrer l’identité de leurs clubs et les firent sombrer dans le marketing bien avant les clubs continentaux. La même année que Coventry, Leeds opta pour sa tenue intégralement blanche (cf. #248). Deux ans auparavant, Watford opéra un virage à 180 degrés pour se forger une nouvelle identité agressive, abandonnant le bleu et le blanc que l’équipe portait depuis plus de 60 ans au profit du noir et or (cf. #460).

#1398 – Genoa CFC : I Rossoblù

Les rouge et bleu. Le maillot domicile du Genoa est l’un des rares à résister aux vandales du marketing qui, sur l’autel de l’argent, ont sacrifié les tradition de Barcelone ou de la Juve. Outre l’agréable mariage des couleurs, il se distingue en étant séparé en deux. Du côté droit, du rouge plus ou moins foncé. A gauche, du bleu marine. Et ce choix remonte au début du XXème siècle. Pourtant, le Genoa CFC fut fondé en 1893 et constitue le plus ancien club de football d’Italie encore en activité. Alors dans quelles couleurs évoluaient les premières équipes du club et pourquoi avoir opté pour ces teintes rouge et bleu.

L’histoire de la fondation du Genoa épouse l’essor du football à travers l’Europe comme en Amérique du Sud. À la fin du XIXème siècle, le port de Gênes demeurait l’un des carrefours commerciaux les plus importants d’Europe. Ainsi, la ville ligurienne accueillait alors de très nombreux diplomates, marchands, ingénieurs et marins du monde entier et en particulier de la Grande-Bretagne, la principale puissance. Ces nombreux britanniques importèrent leur mode de vie et en particulier les nouveaux sports qui naquirent en Grande-Bretagne sur les 50 dernières années. Ils fondèrent ainsi des associations où ils pouvaient se regrouper et les pratiquer. Le 7 septembre 1893, plusieurs de ces expatriés dont notamment Sir Charles Payton, le consul britannique ainsi que les hommes d’affaires Charles de Grave Sells, George Blake, George Fawcus et Henry De Thierry, se retrouvèrent au consulat britannique pour fonder le Genoa Cricket and Athletic Club. Comme son nom l’indique, le football n’était pas prioritaire. Les membres se réunissaient principalement pour faire du water polo et surtout jouer au cricket. Outre la pratique de sports anglo-saxons, l’adhesion au Genoa était exclusivement réservé aux citoyens britanniques. L’histoire bascule en 1896 avec l’arrivée à Gênes d’un médecin anglais passionné de sport, James Richardson Spensley. Non seulement, il ouvra le club aux sportifs italiens mais il structura aussi la section football.

L’histoire des couleurs du Genoa CFC est directement liée à ses origines britanniques. A sa création, ces membres britanniques évoluaient logiquement avec des maillots entièrement blancs, en hommage à la tenue de la sélection nationale anglaise. Le short et les chaussettes étaient noirs. Puis, en 1899, l’institution changea une première fois d’identité visuelle, en adoptant un maillot à rayures verticales blanches et bleues. Le choix du bleu symboliserait la mer, élément naturel important et historique de Gênes. Enfin, le 22 janvier 1901, la reine Victoria s’éteignait et son long règne marqua la montée en puissance et l’apogée de l’Empire Britannique. Un événement de cette ampleur ne pouvait laisser indifférents les membres du jeune club ligure attaché à ses racines britanniques. Les Génois Paolo Rossi et Giovanni Bocciardo et le Suisse Edoardo Pasteu proposèrent de retenir les couleurs de l’Union Jack, bleu foncé et rouge. La proposition fut approuvée par une majorité (5 voix contre 4) au détriment de la proposition du membre gallois Howard Passadoro qui avait proposé un kit bleu avec des bords blancs. Le maillot devenait rouge grenat et bleu foncé disposés en quatre quartiers, le blanc relégué uniquement aux revers. Depuis, il n’a jamais été modifié.

#1392 – Treaty United FC : Super Blues

Les super bleus. Etonnamment le surnom fait référence à la couleur bleu alors que l’écusson du club est rouge et blanc. En outre, l’équipe porte un drole de nom puisqu’il n’y a pas de ville qui s’appelle Treaty en Irlande. Tout ceci s’explique dans la naissance de l’association en 2020. Remontons tout d’abord aux années 1930. Alors que les habitants de Limerick découvrait le football, le club du Limerick FC vit le jour en 1937. Au fil des années, il s’imposa dans le paysage sportif irlandais, remportant 2 championnats d’Irlande (1959-1960 et 1979-190), 2 coupes d’Irlande (1970-1971 et 1981-1982) et 3 coupes de la ligue (1975–1976, 1992–1993 et 2001–2002). Durant ces premières saisons, Limerick évoluait avec les couleurs de la ville, soit un maillot rayé rouge et blanc accompagné d’un short blanc. Mais, en 1941, lorsque l’équipe de Waterford se retira du championnat, Limerick racheta leurs maillots bleus. Puis quarante ans après, avec son changement de nom en Limerick City, le club modifia ses couleurs de bleu à jaune et vert. Enfin, en 1989, le club reprit son nom d’origine, Limerick FC, ainsi que ses couleurs bleu et blanc

Malheureusement, l’arrivée dans le nouveau millénaire marqua le début de la fin. En 2006, Limerick FC échoua à obtenir la licence nécessaire à son maintien dans la ligue irlandaise. Un consortium d’entreprenuers locaux reprit le flambeau en créant l’association sportive Limerick 37. Néanmoins, deux ans plus tard, après s’être réapproprié le nom historique, le nouveau club fit face à de graves difficultés financières. Un homme d’affaires de Limerick, Pat O’Sullivan, sauva le club de la faillite en 2009 mais 10 ans plus tard, après des successions de descente et de montée entre la première et la seconde division, il souhaita vendre ses parts. Le club connut encore des problèmes financiers et fut placée en redressement judiciaire. En Décembre 2019, la procédure était un échec, le club affichant des dettes d’environ 490 000 €, et début 2020, il disparut définitivement.

Le football étant bien ancré dans la région, dès 2020, un nouveau projet émergea pour maintenir la ville dans la ligue irlandaise. Le nouveau club devait s’appelait Limerick United, mais la direction de Limerick FC menaça de poursuites judiciaires car ce dernier avait déjà utilisé ce nom par le passé. Le choix se porta alors sur Treaty United car la cité de Limerick est surnommé le Treaty County (Comté du Traité). En effet, le 13 Octobre 1691, un traité entre le nouveau roi d’Angleterre Guillaume III d’Orange et son prédécesseur Jacques II fut signé à Limerick et garantissait au Catholique une certaine liberté de culte. Pour ses couleurs, le club choisit de reprendre les teintes de la première équipe senior du comté, le rouge et le blanc. Finalement, en 2024, après un accord, le club annonça qu’il abandonnait les rayures rouges et blanches au profit du bleu et blanc, couleurs associées au football du comté depuis les années 1940. Avec ce changement de couleurs, il reprit également le surnom du Limerick FC, Super Blues.

#1389 – Club América : los Cremas, los Azulcremas

Les crèmes, les bleus et crèmes. Les joueurs du club mexicain évoluent avec un maillot principalement jaune et bleu. Mais, par le passé, si le bleu était déjà présent sur la tenue, la couleur crème remplaçait le jaune. Ce choix original et reconnaissable est aussi ancien que la fondation du club. Au début de l’année 1916, le football se répandit dans les écoles jésuites et maristes de Mexico et, dans l’école Mascarones, un groupe de garçons d’à peine treize ans, mené par Rafael Garza Gutiérrez et Germán Núñez Cortina, décida de former une équipe avec les meilleurs joueurs de l’établissement. A la première réunion de l’équipe, Rafael Garza Gutiérrez se pointa équipé d’une chemise crème, un short bleu marine et des chaussettes bleues. Il avait prit quelques vêtements dans l’armoire de son père et confectionna cette tenue. Le short était un pantalon bleu marine qu’il avait raccourci à hauteur des genoux. La chemise était celle du collège Mascarones. Elle était à la base jaune pâle mais avec les lavages avait altéré sa teinte qui avait tourné couleur crème. Ce kit plut aux autres membres qui trouvaient également qu’il les distinguait des autres équipes. En outre, il rappelait leur lien avec le collège Mascarones et présentait enfin l’avantage de reposer sur des tissus peu onéreux pour l’époque. Les joueurs firent leurs premières rencontres avec cette tenue et, même lors de la fusion ultérieure avec le collège mariste de La Perpetua, les nouveaux membres acceptèrent de conserver ces couleurs.

Le premier changement important intervint lors de la saison 1953-1954 avec l’installation définitive des chaussettes crèmes. Lors de la saison 1967-1968, la couleur jaune fut utilisée officiellement sur le maillot pour la première fois de l’histoire. Puis, le jaune déteignit sur les chaussettes lors de l’exercice 1970-1971. A la fin de la décennie, le rouge fit quelques apparitions au niveau du col. Enfin, en 1982-1983, un dernier changement intervint qui allait rendre le maillot encore plus distinctif : un scapulaire bleu marine avec des rappels de rouge. Le scapulaire évolua pour parfois représenter les plumes d’un aigle.

#1360 – Paphos FC : γαλάζιους

Les Bleus. Le club du richissime anglo-russe Roman Dubov a arraché son ticket pour la Ligue des Champions 2025-2026, devenant le 3ème club chypriote à réaliser cet exploit. En remportant la coupe nationale en 2024 puis le titre de champion de Chypre en 2025, Paphos FC a donc atteint l’objectif fixer par ses fondateurs … il y a seulement 11 ans. Une décennie en arrière, la petite ville côtière comptait deux clubs professionnels : l’AE Paphos et l’AEK Kouklia. Mais, ces derniers se débattaient avec des problèmes financiers et ne parvenaient pas à se maintenir au haut niveau. D’où l’idée de fusionner les deux clubs pour se renforcer le 9 Juin 2014. L’AEK, le club des expatriés grecs d’Asie Mineure, évoluait logiquement en noir et jaune (cf. #234) et absorbait formellement l’AE. Mais, le nouveau club opta pour les couleurs de l’AE, le bleu et le blanc (même si le jaune apparait sur l’écusson).

L’AE résultait déjà d’une fusion opérée au début du XXIème siècle avec la même finalité. En 2000, afin de devenir la place forte du football de Pharos, les clubs de APOP (fondé en 1953) et Evagoras (fondé en 1961), qui oscillaient entre la seconde et la première division du pays, unirent leur force. Les deux clubs évoluaient en bleu et blanc (Evagoras jouait en vert et blanc de sa fondation jusqu’en 1962 puis en bleu et blanc), ce qui facilita donc le choix pour la nouvelle association de l’AE.

Ces couleurs bleus et le blanches, qui se sont transmises de club en club, pourraient symboliser l’héritage maritime de la ville côtière et le ciel clair de Chypre. Situé sur la côté ouest de l’île, Pharos constituait à partir du Moyen Âge, le port occidental de Chypre. Mais, l’émergence de Nicosie et du port de Larnaca lui fit perdre son importance. Après l’invasion turque de Chypre en 1974, l’activité économique a connu une forte croissance dans tous les secteurs, notamment le tourisme. La municipalité, 4ème ville du pays, est devenue aujourd’hui une station balnéaire prisée des touristes et son port de pêche connait un regain d’activité.

Mais, l’origine du bleu et du blanc pourrait provenir de l’histoire récente de la ville. Outre la couleur, un autre élément se transmit au fil des fusions : le visage sur le blason du club. Il s’agit d’Evagoras Pallikarides, un militant grec-chypriote. Il apparut d’abord sur l’écusson de l’Evagoras (qui portait le nom du martyr) et fut conservé par l’AE puis le Pharos FC. Né à quelques kilomètres de Pharos, il était membre du mouvement indépendantiste EOKA. Il fut arrêté le 18 décembre 1956 alors qu’il transportait des armes et pendu le 27 février 1957, devenant le plus jeune combattant à être exécuté à Chypre. Son mouvement, EOKA, au-delà de l’indépendance, souhaitait comme beaucoup de grecs-chypriotes l’union avec la Grèce et donc reprit sur son drapeau les couleurs bleues et blanches (une croix blanche sur fond bleu). Le club Evagoras s’inspira de ces couleurs. Tout comme l’APOP dont plusieurs de ses fondateurs et sportifs étaient membres de l’EOKA (d’ailleurs Evagoras Pallikaridis était un athlète de l’APOP).