#1432 – Club Bruges KV : Boeren

Les paysans. Il s’agit d’un surnom que l’on retrouve régulièrement dans le monde néerlandophone (SV Zulte Waregem #1011, BV De Graafschap #536 et PSV Eindhoven #297) mais dont la connotation est plutôt péjorative puisqu’il peut être entendu comme bouseux ou péquenaud. Pourtant, si la région de la Flandre-Occidentale compte de nombreuses fermes, la charmante ville de Bruges n’évoque pas spontanément l’agriculture. Ce surnom remonte en 1908 et à un match qui dégénéra entre Anvers et Bruges.

Bien que le football belge était encore à faire ses premiers pas, une rivalité apparut rapidement entre deux clubs « anciens » : le Royal Antwerp, fondé vers 1880, et le FC Bruges, dont les origines remontaient à 1891. En 1907, les deux équipes s’affrontèrent. Comme il n’y avait pas d’arbitre, le FC Bruges désigna un de ses membres, son secrétaire Fernand Hanssens, pour officier. À dix minutes de la fin, alors qu’Anvers menait, il permit par ses décisions à son équipe d’égaliser. La légende raconte qu’il le fit sous la pression d’un de ses joueurs, le défenseur Arthur Cambier, qui l’aurait menacé de le frapper s’il ne sifflait pas en faveur de Bruges. Ceci amena une réaction violente des supporters d’Anvers qui jouèrent donc du poing contre Cambier et ses coéquipiers à la fin du match. Il n’existe aucun document aujourd’hui qui retrace ces évènements. Pourtant, ces derniers seraient à l’origine des troubles qui eurent lieu en 1908 et qui donnèrent naissance au surnom.

Le 9 février 1908, après-midi, Bruges recevait Anvers et remporta le match 2 buts à 1. Après la rencontre, alors que les supporteurs brugeois auraient pu verser dans l’allégresse de la victoire, ils choisirent de se venger des incidents de l’année précédente et agressèrent les joueurs anversois. 3 reçurent de violents coups au point que le milieu de terrain Jules Suetens fut retrouvé inconscient dans un fossé. Une partie de l’équipe réussit à se soustraire à cette bagarre avec l’aide du président du FC Bruges, Alfons De Meulemeester, qui les emmena dans sa voiture, cible de jets de pierres, jusqu’à une gare située entre Bruges et Gand. Le club d’Anvers remercia le chauffeur de De Meulemeester en lui offrant un pourboire de 5 francs. 3 jours après les évènements, le quotidien « Gazet van Antwerpen » relata que « honderden Brugse fans samentroepten aan de ingang en de spelers van Antwerp bekogelden met stenen, slijk en grasklompen » (des centaines de supporters brugeois se sont rassemblés à l’entrée et ont bombardé les joueurs d’Anvers de pierres, de boue et de touffes d’herbe). Ces premiers actes d’hooliganisme furent sanctionnés rapidement. Le FC Bruges perdit le match sur tapis vert (5-0) et la ville de Bruges ne put plus organiser de matchs pendant 2 mois, pénalisant ainsi également l’autre club de la cité, le Cercle qui s’expatria dans le stade de la Gantoise. Face à ces agressions violentes et primaires, les fans d’Anvers comparèrent alors les supporteurs de Bruges à des boeren.

Comme souvent avec les moqueries et les insultes, les destinataires les retournent à leur profit et les supporteurs de Bruges n’hésitent pas aujourd’hui à scander qu’ils sont des boeren. Le club aussi décida d’associer ce surnom à une connotation positive. En effet, comme l’agriculture est synonyme de travail, de persévérance, le FC Bruges mit en avant ces valeurs partagés avec le slogan « no sweat, no glory » (Pas de sueur, pas de gloire). En 2022, alors que l’agriculture belge souffrait des conséquences de la guerre en Ukraine, le club se mobilisa pour soutenir les agriculteurs en difficulté avec le programme « boeren voor boeren » (des paysans pour les paysans) qui consistait en la vente de produits locaux (provenant de fermes situées à moins de 5 km du stade).

#1416 – CD Toluca : los Diablos Rojos

Les diables rouges. Fondé le 12 février 1917, le CD Toluca fait parti de l’histoire du football mexicain. Pas seulement car il s’agit d’un des plus vieux clubs du pays (qui est membre fondateur de la deuxième division mexicaine et la troisième équipe ayant disputé le plus de saisons en première division mexicaine). Sa réputation, la ferveur autour de lui, il l’a construit au fil des années en se constituant un magnifique palmarès, avec ses 12 titres de champion, le deuxième du pays. Les joueurs portent un maillot rouge qui naturellement pourrait être l’origine de son surnom. Mais, ce ne serait pas aussi évident et la vrai origine est totalement inconnue. Plusieurs versions existent.

Commençons par les deux versions les plus citées. Tout d’abord, dans les années 1920, l’équipe comptait dans ses rangs un joueur, Juan Albarrán, qui était surnommé el Diablo. Son sobriquet aurait alors déteint sur le club. Toutefois, à cette époque, les joueurs évoluaient dans les couleurs originelles du club : le bleu et le blanc. Finalement, vers 1930, le club adopta le rouge et le surnom devint los diablos rojos. L’autre version se déroule une vingtaine d’années plus tard. En 1953, le club accéda pour la première fois de son histoire (pour ne plus jamais la quitter) à la première division mexicaine. Son match inaugural eut lieu contre Atlante. Outre la victoire (2-1), la rencontre demeure dans les annales car, dans les tribunes, un supporteur de Toluca apparût grimé en diable. Cela plut aux fans comme à la direction du club et un an plus tard, la mascotte officielle du club fit sa première apparition sous la forme d’un diable. Le surnom était alors lancé.

Une autre théorie se rapporte à un jambon local. Dans les Portales (une sorte de centre commercial de 1836), une charcuterie fabriquait un jambon nommé Diable Rojo. Il était si apprécié que certains auraient assimiler leur engouement pour ce jambon à l’affection qu’ils portaient à leur équipe de Toluca. Cette version est moins connue mais comme Toluca est la capitale mexicaine du chorizo et des produits à base de porc, elle parait plausible.

Enfin, la dernière version repose sur la flore locale. A Toluca, on trouve des arbres dit árboles de las manitas (arbres à la main) qui se distinguent par leurs fleurs écarlates en forme de mains. Durant la période coloniale, les Espagnols appelèrent ces fleurs, les garras del diablo (griffes du diable) et décidèrent d’éradiquer cet arbre. Toutefois, un subsista dans le quartier de Huitzila et devint un symbole de la ville.

#1413 – Fortaleza FC : los Amix

Les potes (en version réseaux sociaux). A Bogota, le club de Fortaleza s’épanouit à la fin des années 2000, l’équipe amateur apparaissant en 2007. Puis, en 2010, sous l’impulsion d’un groupe d’investisseurs, mené par Ricardo Pérez, ancien joueur des Millonarios, le club reprit la licence professionnelle d’Atlético Juventud (basée à Girardot) et s’installa en deuxième division colombienne. Seulement, dans un football colombien monopolisé par les grands clubs historiques (Atlético Nacional, Millonarios, América Cali, Junior de Barranquilla, Deportivo Cali et Independiente Santa Fe qui cumulent 80 titres, soit 80% des championnats) et en particulier dans la capitale (avec Millonarios et Santa Fe, 26 fois champions du pays, soit un quart des championnats), se faire une place est un chemin de croix.

Mais, Fortaleza y parvient à la fois sur le plan sportif, avec un projet de formation d’envergure, et en termes de marketing, avec une communication efficace. En 2015, le club noua un partenariat avec le CEIF (Centre Intégral de Formation de Football), qui était un programme de formation et d’éducation né à Bogota en 2007. Alors que la plupart des clubs appliquaient les mêmes méthodes d’entrainement à tous les joueurs, Fortaleza fut un pionnier dans l’individualisation de la formation, basée sur une approche scientifique, ie que les entrainements étaient adaptés à chaque jeune en fonction de son profil, de son poste et de son développement cognitif. L’initiative à porter ses fruits avec de nombreux jeunes formés et évoluant aujourd’hui en professionnel ou en sélection nationale.

Du côté de la communication, il fallait aussi se démarquer du ton formel et institutionnel classique des grands clubs de football et créer un sentiment de proximité pour s’attirer les faveurs de nouveaux fans. Santiago Montejo, directeur de la communication, avec ses célèbres longues dreadlocks, prit alors le parti d’adopter un ton humoristique et une identité visuelle moderne. Bien que les grands clubs possèdent une communauté plus importante, les comptes du clubs sur les réseaux sociaux (en particulier X) sont un exemple de réussite qui inspirent de nombreux clubs de football. Ils sont devenus des gigantesques fabriques à mèmes, d’humour et d’autodérision. En 2021, pour célébrer le recrutement du défenseur Pedro Franco, Fortaleza publia sur X une vidéo de présentation de l’ancien défenseur des Millonarios, singeant celle du QSG annonçant l’arrivée de Lionel Messi. La portée de la publication attint le compte en espagnol du club français, qui interagit avec Fortaleza, comme l’avait fait auparavant Tottenham et Everton ainsi que Boca Juniors. Santiago Montejo dessina également un maillot au design basé sur des émoticônes qui se vendit sur le continent sud américain comme en Europe. Une sacrée performance pour un petit club colombien.

Cette communication décalée se manifeste par des vidéos sarcastiques mais également par un ton familier. Au lieu d’appeler ses supporters classiquement « les fans » ou « los hinchas » (supporteurs), le compte officiel du club s’adresse à eux en les appelant Amix (les messages commencent toujours par Hola amix… (Salut les potes)). Amix est une déformation du mot amigos ou amigas (amis/amies). Dans un premier temps, dans l’argot Internet hispanophone, les termes amigos et amigas furent remplacés par amiguis (une façon mignonne et familière de dire amis). Puis, avec l’avènement des réseaux sociaux et du langage inclusif chez les jeunes générations, le « x » a été ajouté à la fin pour neutraliser le genre et donner un côté « cool » et digital au mot. Finalement, à force d’appeler tout le monde amix sur les réseaux sociaux de façon si attachante et drôle, la communauté du football, les journalistes sportifs, et même les supporters des équipes adverses ont fini par appeler l’équipe de Fortaleza elle-même los Amix.

#1406 – Göztepe SK : Göz Göz

Le football turque ne se résume évidemment pas aux bouillonnants clubs stambouliotes et ses 3 géans (). Partons plutôt sur la côte égéenne, dans la magnifique ville d’Izmir, pour plonger dans l’antre de l’un des clubs les plus passionnés et volcaniques du pays : le Göztepe Spor Kulübü. Si vous vous rendez dans le stade Gürsel Aksel, vous entendrez ses fervents supporters (le célèbre groupe Yalı) entonnés ce cri de ralliement qui résonne comme un tambour de guerre : « Göz ! Göz ! Göztepe ! ».

Bien entendu que le surnom fait référence au nom du club. Göztepe est tout simplement le nom du quartier d’Izmir où le club fut fondé en 1925. En turc, göz signifie littéralement « Œil«  et tepe se traduit par « Colline » ou « Sommet ». Göztepe signifie donc « La colline de l’œil » car ce quartier surélevé offre une vue panoramique imprenable sur le golfe d’Izmir. Sous l’Empire ottoman, la colline accueillait d’ailleurs un poste de guet où des sentinelles scrutaient l’horizon maritime pour protéger la ville. Les habitants de Göztepe aime aussi rappeler que la colline de Susuzde, point névralgique et culminant du quartier de Göztepe possèderait naturellement la forme d’un œil géant lorsqu’on l’observe depuis le ciel (ou sur une carte).

Mais pourquoi le répéter deux fois pour en faire un surnom ? Comme tout connaisseur de sport que vous êtes, vous savez que l’ambiance dans les stades turcs est plus que chaude et repose énormément sur des chants scandés de manière très percussive, presque militaire, par les supporteurs. Répéter la première syllabe d’un nom est une technique classique pour créer un cri de ralliement intimidant, facile à hurler à pleins poumons par des dizaines de milliers de personnes. Le « Göz Göz » est donc né dans les tribunes et apparaît comme une abréviation affectueuse et rythmique pour donner un impact maximal aux chants des supporteurs. En outre, l’histoire de ce surnom se lit en miroir de celui de son immense rival local le club de Karşıyaka (situé de l’autre côté de la baie d’Izmir). Leur opposition est féroce et fameuse (leur derby avait donné lieu à un record d’affluence pour un match de deuxième division, avec plus de 80 000 spectateurs en 1981). Les supporters de Karşıyaka ont eux aussi adopté un surnom basé sur la répétition, Kaf Sin Kaf ou Kaf Kaf (cf. #1095).

#1393 – Doncaster Rovers FC : the Vikings

Les vikings. Il ne s’agit pas du surnom le plus utilisé pour désigner le club du Yorkshire mais pourtant il est bien ancré dans son ADN. En effet, le blason arbore les couleurs du club, rouge et blanc, et représente un Viking doré avec son casque ailé et l’épée posée sur l’épaule. Et contrairement à la tendance générale, ce n’est pas le surnom qui est venu s’inscrire dans le blason mais l’écusson qui a inspiré le surnom. Après avoir affiché les initiales du club sur leurs maillots durant les 40 premières années d’existence, les joueurs portèrent l’écusson du club à compter des années 1950. Le blason du club était alors une copie des armoiries de la ville de Doncaster (deux lions tenant des roses du Yorkshire dans leur gueule, ainsi qu’un écu rouge figurant l’ancien château médiéval de Doncaster). Mais, alors que les résultats sportifs étaient décevants, le conseil municipal de Doncaster refusa aux Rovers l’autorisation d’utiliser leurs armoiries. Résultat, la direction du club partit à la recherche d’un nouvel écusson. Deux versions s’opposent pour expliquer l’apparition du Viking au début des années 1970.

D’un côté, certains avancent qu’un concours fut organisé pour trouver l’inspiration. Les vainqueurs furent un groupe d’étudiant qui proposèrent le viking. Mais d’où venait cette idée d’attribuer au club du Yorkshire l’image du guerrier scandinave ? Il se pourrait que le nom du club, Rovers, en soit à l’origine. En effet, Rover signifie un vagabond, dans le sens d’un voyageur sans but précis (wanderer, roamer), mais aussi un navigateur (seafarer). Et particulièrement le terme rover associé à sea (sea-rover) exprime un pirate. Or, les vikings étaient vus comme des audacieux vagabonds nordiques car, pendant des siècles, ils sillonnèrent les mers et pillèrent les riches terres du sud lors de raids. Autre explication possible : le Château de Conisbrough. Cette imposante fortification fut édifiée au XIème siècle par Guillaume de Warenne, beau-fils de Guillaume le Conquérant. Ces derniers, normands, avaient conquis l’Angleterre en 1066 et firent de Doncaster une place forte normande importante. Or, les normands étaient des vikings autorisés par le Roi Charles le Simple à s’installer en Normandie.

De l’autre côté, la légende raconte que l’entraîneur de l’équipe, Maurice Setters, cherchait un nouveau logo pour le club lorsqu’une publicité pour les voitures Rover attira son attention. Or, à compter de 1922, un guerrier scandinave ornait les bouchons de radiateur des modèles de la marque automobile britannique. Ainsi, Setters aurait conclu un accord avec le concessionnaire Rover local : en échange de voitures pour certains membres de l’équipe, l’emblème de Rover déteignait sur l’écusson du club.

Quoiqu’il en soit, le viking, apparu en 1972, ne demeura pas longtemps sur le maillot des joueurs. Dès 1979, il disparut au profit d’un écusson plus sobre. Mais, en 1982, le viking emblématique fit son retour pour le plus grand bonheur des supporteurs et ne déserta plus le blason du club depuis.

#1384 – Mirassol FC : Leão Caipira

Le lion de la campagne. Mirassol, c’est le nouveau rayon de soleil du football brésilien. Représentant une ville de seulement 65 000 habitants, le club connut une ascension fulgurante en passant des divisions régionales à l’élite brésilienne en 6 ans. Avec un budget modeste (2ème masse salariale la plus faible du championnat), le club de l’intérieur de l’Etat de São Paulo créa la surprise pour sa première participation au Brasileirão lors de la saison 2024-2025. L’équipe termina à la 4ème place et offrit pour le centenaire du club, une première participation à la Copa Libertadores. Mais, l’originalité s’arrête ici puisque la mascotte du club est un lion, qui donne le surnom au club.

Même si le continent sud-américain n’acceuille pas de lion, le roi des animaux promène sa crinière et sa longue queue sur beaucoup de terrains de football. Car pas moins de 13 clubs brésiliens ont adopté le félin comme mascotte outre Mirassol (4 clubs de Série A, 2 en Série B, 4 en Série D et au moins 3 autres) : Bragentino, Fortaleza (#871), EC Vitória (#270), SC Recife (#417), Remo (#469), Avaí (#696), Portuguesa, Cianorte, Inter de Limeira, GAS, Comercial São Paulo, Villa Nova et Nacional.

Fondé en 1925, Mirassol FC connut une révolution en 1964 puisqu’il fusionna avec l’autre club professionnel de la ville, Grêmio Recreação e Esportivo Cultura. Si le nouveau club de Mirassol Atlético Clube reprit les couleurs du second (bleu et blanc), sa direction lança un vote auprès des fans pour trouver la nouvelle mascotte. Le choix des supporteurs se porta sur le lion, animal chargé de symbolisme. En effet, il représente la noblesse, le courage, la force et l’esprit de leadership. Finalement, 18 ans plus tard, les deux clubs se séparèrent mais Mirassol FC conserva le lion, qu’il fit d’ailleurs apparaître sur son blason pendant quelques années. Et comme la ville se situe à l’intérieur de l’Etat de São Paulo, dans une région plutôt agricole, le terme « campagne » a été ajouté au lion pour son surnom.

#1382 – Club Cerro Porteño : el Club del Pueblo

Le club du peuple. En Amérique du Sud, les équipes apprécient d’être surnommé l’équipe du peuple, label de popularité. Pourtant, ce sobriquet pouvait aussi dénigrer une équipe. Les supporteurs adverses soulignaient alors, avec condescendance, les origines modestes du club adverse. Ce fut le cas pour Cerro Porteño.

Au début du XXème siècle, la plupart des clubs paraguayens prenaient leurs racines dans les milieux scolaires et universitaires où les jeunes hommes de bonnes familles étudiaient. Cerro Porteño naquit lui de la volonté d’une trentaine de jeunes aux origines diverses. Surtout, dès sa première participation au championnat du pays, en 1913, Cerro Porteño s’imposa comme une force majeure du football paraguayen, en remportant le titre sans concéder la moindre défaite. Enchaînant les victoires et les titres les années suivantes, Cerro gagna le cœur de nombreux supporteurs, jusqu’à devenir le club le plus populaire du pays. Mais cette popularité, notamment dans les couches sociales les plus basses, motiva le dénigrement de ses adversaires. Au contraire, fier de ces fans, la direction de Cerro Porteño adopta ce surnom en 1920, son président, Adriano Irala, déclarant « Ese nombre constituye para nosotros el timbre de orgullo mas legitimo surgido de las filas del pueblo, organizado sobre las bases de la igualdad y de la fraternidad, nuestro club es, verdaderamente el club del pueblo » (ce nom constitue pour nous une source légitime de fierté issu des rangs du peuple, organisé sur la base de l’égalité et de la fraternité, notre club est, vraiment, le club du peuple).

La popularité du club ne fit que croître avec les années, tout comme son surnom. En 1936, Herminio Giménez, un célèbre directeur d’orchestre, composa une polka, nommé « Cerro Porteño », dont l’un de ses vers déclamé « Cerro Porteño, el Club del Pueblo … » et qui devint l’hymne du club. En 1952, l’hebdomadaire sportif « El Golero » organisa un sondage pour connaître le club le plus populaire du pays. 70 clubs y participèrent et, avec un total de 9 936 votes, le Club Cerro Porteño remporta le sondage, confirmant son surnom. Cette victoire des suffrages engendra un nouveau surnom la mitad más uno (La moitié plus un).

#1371 – Celtic Glasgow : Fenians

Les féniens. Dans les travées des stades écossais, en particulier lors du Old Firm, les supporteurs des Rangers méprisent ceux du Celtic en chantant notamment « up to our knees in Fenian blood » (jusqu’aux genoux dans le sang des Fenians), les ramenant ainsi avec violence à leurs origines irlandaises. Car, en 1887, le Celtic puisa ses membres dans la communauté des immigrés irlandais et catholiques de Glasgow, ce que traduit la croix de son écusson et ses couleurs vertes et blanches. Dérivant du nom des guerriers de la mythologique gaélique, fianna, les féniens étaient les membres des confréries nationalistes recourant à la violence pour obtenir l’indépendance de l’Irlande au XIXème siècle.

En réponse à la rebellion avortée des United Irishmen en 1798, Londres scella le destin de l’Irlande à celui de la Grande-Bretagne au sein du Royaume-Uni par l’Acte d’Union en 1800. Mais, cette fusion ne fit que diffuser cet héritage nationaliste dans la population, amplifiée par la constitution au milieu du XIXème siècle de mouvements indépendantistes sœurs de part et d’autre de l’Atlantique. Les immigrés irlandais John O’Mahony et Michael Doheny fondèrent à New York la « Fenian Brotherhood » (Fraternité féniane) tandis qu’à Dublin, leur frère d’armes James Stephens créa l’ « Irish Revolutionary Brotherhood » (Fraternité révolutionnaire irlandaise). Ces deux associations furent rapidement désignées par le nom générique de Fenians.

Tandis que la branche américaine lançait des raids au Canada britannique peu suivis d’effets, les féniens irlandais tentèrent une insurrection en 1867 à Dublin mais elle fut facilement réprimée par l’armée britannique. Toutefois, ce dernier échec ne mit nullement un terme à l’influence des féniens. Soutenu par leurs cousins américains, ils versèrent dans le terrorisme en Irlande comme en Angleterre. Leur programme se limiter à revendiquer l’indépendance de l’Irlande sans autre projet politique. Au début du XXème siècle, ce mouvement se fondit petit à petit dans les nouvelles organisations indépendantistes tout en les influençant. Ainsi, les féniens synthétisèrent la volonté indépendantiste et consolidèrent la fierté nationale des irlandais tout au long du XIXème siècle.

#1365 – CD Santiago Morning : los Bohemios

Les bohémiens. Le club de la capitale est peu connu à l’international et navigue aujourd’hui dans les divisions inférieures du football chilien. Pour autant, il bénéficie d’un certain soutien et fait parti des clubs historiques. Dans le quartier populaire de Recoleta, le 16 octobre 1903, un groupe d’étudiants du lycée Santiago (aujourd’hui Valentín Letelier) fondèrent le Santiago Football Club. Quelques années après, le 2 avril 1907, le Small Chile FC fut créé par des jeunes du quartier Independencia, avec le soutien du prêtre Rafael Edwards Salas. En 1909, le club changea de nom pour Morning Star Sport Club. Au début des années 1930, à l’aube du professionnalisme au Chili, les deux équipes étaient rivales. Mais, le 17 avril 1936, les deux clubs décidèrent de fusionner, donnant naissance au Santiago Morning.

Le nouveau club s’appropria le meilleur des deux équipes, avec à sa tête un duo d’attaquant exceptionnel formé par le jeune Raúl Toro et l’argentin Salvador Nocetti. A cela s’ajouta des jeunes joueurs prometteurs comme le gardien William Marín, l’attaquant Domingo Romo et Humberto Astudillo. L’équipe remporta 3 tournois d’Apertura (1944, 1949, 1950), 2 Ligues des champions (1943, 1944) et le titre suprême de la ligue professionnelle chilienne en 1942. Avec ses résultats, un engouement pour Santiago Morning emporta les quartiers de Recoleta et Independencia qui accueillaient alors de nombreux artistes. Acteurs, écrivains, musiciens et peintres fréquentaient régulièrement le stade et partageaient de longues discussions sur le football avec des amateurs et des voisins dans les cafés du quartier jusqu’au petit matin. Les poètes écrivirent des éloges pour Nocetti et les chanteurs louaient les performances de Toro. Ces supporteurs artistes donnèrent alors une ambiance bohème au club.

#1350 – The Strongest : el Derribador de Campeones

Le destructeur de champions. Dans les années 1940, le football bolivien demeurait en retard par rapport à ses voisins. Un championnat national professionnel existait depuis 1931 en Argentine, 1932 pour l’Uruguay, 1933 au Chili et 1935 pour le Paraguay. Au Brésil, l’immensité du pays et sa pauvreté ne favorisèrent pas l’émergence d’une ligue nationale mais les championnats régionaux étaient forts et les clubs adoptèrent le professionnalisme en 1937. En Bolivie, la situation était bien différente avec des ligues régionales ou interrégionales amateures (le premier championnat national ne verra le jour qu’en 1950) et toutes les régions du pays ne comptaient pas de fédération pouvant organiser une compétition (la fédération du département de Pando ne verra le jour qu’en 1997 !). Ceci ne concourrait pas à faire croître les clubs du pays.

Le 9 novembre 1941, le club argentin d’Independiente arriva à La Paz pour disputer un match amical face à The Strongest. L’équipe argentine venait de terminer une série de 15 matchs sans défaite et affichait deux titres de champion d’Argentine conquis en 1938 et 1939. L’équipe comptait dans ses rangs les piliers de l’équipe nationale argentine, Vicente de la Mata, José Battagliero et Juan Maril, et surtout le paraguayen star, Arsenio Erico, meilleur buteur du championnat argentin en 1937, 1938 et 1939 (130 buts en 96 matchs). The Strongest paraissait à côté un petit poucet mais devant 25 000 spectateurs et avec 5 attaquants, l’équipe bolivienne délivra une prestation légendaire et remporta le match 3 buts à 1. Avec cette victoire, le club bolivien reçut le surnom de Derribador de Campeones par la presse et les supporters. Car ce succès ne fut pas sans lendemain. Pendant toute l’année qui suivit, d’autres champions nationaux ou équipes renommées comme Universitario de Lima (champion du Pérou en 1939 et 1941), Wanderers (Chili), Cerro Porteño (triple champions du Paraguay en 1939, 1940 et 1941) et Nacional (champion du Paraguay en 1942), Banfield et Estudiantes de la Plata (Argentine).

L’histoire remonte à mathusalem et pourtant le surnom est toujours utilisé. Car, le club s’est forgé un grand prestige en remportant des matchs contre des équipes de renom et à chaque victoire, il est ressorti par la presse et les supporteurs.