#1442 – CD Iquique : los Dragones Celestes

Les dragons célestes. L’institution phare du nord du Chili arbore un surnom poétique, qui rappelle que sa ville de résidence, Iquique, s’allonge entre d’un côté les dunes du désert d’Atacama et de l’autre la côte Pacifique. Le dragon s’affiche d’ailleurs sur son écusson et ce surnom fut popularisé par les commentateurs radiophoniques Raúl Duarte Rivera et Hernán Cortez Heredia dans les années 1980.

La première partie de ce surnom, le terme « Dragon », ne tire pas son origine d’une influence asiatique ou d’une créature héraldique européenne classique, mais d’un monument naturel majestueux qui surplombe la ville d’Iquique : le « Cerro Dragón » (la Colline du Dragon). Il s’agit d’une immense dune de sable, longue de 4 km et culminant à 320 mètres. l’une des plus grandes dunes urbaines au monde. Sa forme et sa crête sinueuse rappellent le dos d’un dragon géant endormi. La légende raconte qu’un énorme dragon s’est installé sur les côtes d’Iquique, dominant les peuples indigènes et kidnappant la fille du cacique, nommée Collaka. Face à cette menace, un jeune chasseur rusé nommé Lloko entreprit de sauver la jeune femme. Il réussit à endormir la bête à l’aide d’une nourriture empoisonnée. Le dragon, profondément endormi face à la mer, fut recouvert de sable par le vent au fil des siècles, formant la dune actuelle. Cependant, le mythe ne s’arrête pas là : la légende prévient qu’un jour, le dragon se réveillera pour se venger. En adoptant ce symbole, le club de football s’approprie la force, l’ancrage territorial et la menace latente de cette créature mythologique prête à s’éveiller lors de chaque rencontre sportive.

Si le dragon représente la géographie et les mythes de la région, l’adjectif « Céleste » (bleu ciel) renvoie directement à la couleur historique arborée par le club. Depuis les années 1940 (avant la création du club), les équipes sportives d’Iquique adoptèrent la couleur bleue ciel des armoiries de la cité. Ville côtière par excellence, nichée entre l’océan Pacifique et le ciel immaculé du désert, Iquique a naturellement fait du bleu clair son étendard. Outre la couleur, ses armoiries reprennent d’autres symboles maritimes (vagues, bouée de l’Esmeralda) et rappellent donc la nature intrinsèquement portuaire d’Iquique, son lien vital avec l’Océan Pacifique pour le commerce, ainsi que la pêche et ses plages. Par tradition, les fondateurs du CD Iquique reprirent cette couleur.

Mais d’autres avancent que le choix de ce maillot bleu ciel fut inspiré par la légendaire équipe nationale d’Uruguay, mondialement connue sous le nom de La Celeste. Les fondateurs et premiers dirigeants du football à Iquique souhaitaient insuffler à leur équipe la fameuse garra charrúa – cet esprit de combativité, de ténacité et de bravoure qui caractérise les joueurs uruguayens et que le CD Iquique répliqua sur le terrain.

#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1434 – TSV Hartberg : die Blau-Weiß

Les bleu et blanc. Fondé en 1946, le club évolua longtemps dans les ligues régionales en réalisant quelques coups en Coupe d’Autriche, faisant sa réputation. Puis, en 2018-2019, Hartberg accéda enfin à l’élite autrichienne et depuis il s’y est solidement installé. Les amateurs de football associent immédiatement ce club de Styrie à ses traditionnelles couleurs Blau-Weiß (Bleu et Blanc) dont l’origine plonge dans l’héraldique municipale et l’influence de la haute aristocratie autrichienne.

Lors de la fondation officielle du club, le 29 avril 1946, les fondateurs actèrent le choix du bleu et du blanc. Les statuts expliquaient que ces teintes rendaient hommage à l’ancien écusson historique de la commune. Pourtant, les armoiries officielles de la ville de Hartberg n’ont jamais arboré un simple motif bleu et blanc. Le blason de la cité représente une scène religieuse traditionnelle et hautement colorée : Saint Martin (le Saint patron de la ville) à cheval, coupant son manteau pour en offrir la moitié à un mendiant. Le Saint porte un pourpoint rouge, un pantalon assortie, un manteau vert doublé de jaune et des bottes brunes garnies d’hermine et se trouve sur un fond aux couleurs autrichiennes (3 bandes horizontales rouges et blanches). Ces armoiries n’ont été accordées officiellement que le 31 Octobre 1947 mais les armes représentant St Martin et un mendiant figurent déjà sur des sceaux du XIVème et dans l’armorial de Zacharias Bartsch de 1567. Toutefois, d’une date inconnue jusqu’en 1947 (avec le rétablissement de St Martin), les armoiries de la ville étaient différentes et affichaient un aigle noir sur fond jaune, à l’image des armes du Saint Empire Romain Germanique. Elles s’inspiraient de la famille noble von Paar qui régna sur la ville à compter du milieu du XVIème siècle.

Comment expliquer, dès lors, la justification des fondateurs de 1946 alors que les armoiries de la cité n’avaient pas de bleu et de blanc ? La réponse se trouve très probablement dans l’ombre d’une des plus puissantes dynasties d’Autriche : la famille von Paar. Originaire d’Italie (sous le nom de Pari), cette lignée noble s’établit dans les territoires autrichiens au XVIème siècle et s’éleva rapidement au rang de comtes, puis de princes du Saint-Empire. L’immense fortune et l’influence politique des Paar reposaient sur un monopole stratégique : la gestion des postes impériales. Nommés General-Erbpostmeister (Maîtres généraux héréditaires des postes), ils contrôlaient pendant des générations les communications de la monarchie des Habsbourg.

Mais, avant d’obtenir cette immense fortune, la famille von Paar (Johann Baptist von Paar en l’espèce) s’établit à Hartberg et acquit le Château (Schloss Hartberg) en 1571. Même si, avec leur montée en puissance, la famille se déplaça dans son palais viennois et délaissa leur résidence d’Hartberg, les Paar régnèrent sur ce domaine et marquèrent la vie locale pendant plus de quatre siècles, ne revendant le château à la ville qu’en 1981. En raison de cette omniprésence séculaire, les symboles de la famille Paar s’essaimèrent sur les monuments de la ville. On retrouve notamment leurs marques sur la célèbre colonne de Marie (Mariensäule), érigée au cœur de la cité dans les années 1670. Alors, à quoi ressemblait le blason de la famille ? Divisé en 4 quarts, deux comportaient l’aigle noir sur fond jaune (qui donna les armoires de la ville) et les deux autres comportaient des rayures bleues et ors. Elles résultaient des unions de la famille von Paar avec d’autres maisons car le blason initiale des Paar n’intégraient que les fameuses rayures bleues et ors ou bleues et argents. Il arrivait souvent que ces couleurs s’échangeaient au fil des reproductions.

Ainsi, en 1946, dans une Autriche en pleine reconstruction et où la ville d’Hartberg restait meurtrie des atrocités nazis, les fondateurs du TSV Hartberg voulaient créer un club apolitique avec un ancrage local fort. Face à la profusion de blasons et de symboles de la famille von Paar dans la ville, ils en reprirent les couleurs. Toutefois, je prendrai comme hypothèse que le symbole de l’Aigle devait certainement trop rappeler les heures sombres récentes du pays et les fondateurs préférèrent retenir les rayures.

#1426 – Pise SC : Nerazzurri

Les noir et bleu. Quand on vous dit nerazzurri, indéniablement des images de l’Inter Milan ou de l’Atalanta Bergame vous viennent à l’esprit. Pourtant, en Toscane, un autre club historique porte fièrement un maillot rayé noir et bleu : le Pisa Sporting Club. Indissociable du club, il lui a donné son surnom. Mais, si vous regardez son logo, vous remarquerez que l’écusson au centre arbore les couleurs rouge et blanche. Alors, pourquoi ce grand écart chromatique sur le maillot ?

Vers 1908, des jeunes garçons, qui avaient investi toutes leurs économies dans l’achat d’un ballon en cuir, décidèrent de créer un premier club de football, la Società Sportiva Etruria. Les membres arboraient des maillots moitié blancs, moitié rouges, rendant hommage aux armoiries de la ville de Pise. Ces dernières représentent une croix patonnée blanche, avec douze globes à ses extrémités (appelé croix pisane), sur un fond rouge. Au Moyen-Âge, la ville de Pise prit le parti de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric Barberousse (les gibelins) face au Pape (les guelfes). Pour la remercier de cette loyauté, Frédéric lui accorda plusieurs privilèges dont celui d’arborer l’Aigle de l’Empereur sur ses bannières et sa monnaie. De même, en 1162, puis en 1166, des documents rapportent que « dedite etiam imperator eis usum vexillum » (l’empereur accorda également l’usage du drapeau). Une hypothèse serait qu’il s’agit de l’étendard rouge de l’Empereur, le Blutfahne, ce qui serait la source de la couleur rouge des armes de la ville. Car, plus tard, sur les champs de bataille comme sur ses navires (Pise était une puissance maritime), Pise se distinguait par sa bannière intégralement rouge, appelé Signum Rubicundum. En revanche, on ignore comment et quand la croix fut adoptée comme symbole de la ville. La première preuve de son utilisation remonte en 1288, en étant utilisé dans les armoiries du peuple, c’est-à-dire de la bourgeoisie pisane.

En Avril 1909, un nouveau club sportif prit la suite du SS Etruria, avec un nom anglais, comme c’était la mode à l’époque : le Pise Sporting Club. Ses couleurs étaient également le blanc et le rouge. Mais, l’histoire bascula l’année suivante. À cette époque, le football italien commençait à se structurer. Pour la première fois, et sur le modèle de la première division anglaise, le championnat se déroula sous la forme d’une poule unique abandonnant ainsi les phases de poules régionales. Et un club du nord du pays réalisa un exploit retentissant : le FC Internazionale Milano décrocha son tout premier Scudetto, deux ans seulement après sa fondation. L’équipe avait réussi à enchainer 11 victoires d’affilée et finit avec la meilleure attaque (55 buts en 16 matchs). En hommage à cette équipe, le club de Pise reprit les couleurs et les rayures du maillot intériste.

#1418 – ADO La Haye : de Ooievaars

Les cigognes. L’écusson du club de La Haye acceuille en son centre une cigogne depuis sa fondation en 1905. L’oiseau est indissociable du club et surtout de la ville. Car les fondateurs avaient simplement repris la cigogne qui figurait sur les armoiries de la ville.

En 1814 les Pays-Bas devinrent un royaume et chaque municipalité était tenue d’établir des armoiries. La Haye choisit en 1816 une cigogne « de couleur naturelle (blanche et noire) marchant, tenant dans son bec une anguille de zibeline (noire) » sur un fond de couleur or. Pourtant, le plus ancien sceau connu de la ville (27 mars 1307) représentait un château à 3 tours, celle du milieu étant plus haute que les deux autres, flanquée de chaque côté d’un groupe d’arbres. Cette imagerie (qui évolua en un corps de garde surmonté d’une tour) continua d’apparaître sur les sceaux jusqu’au XIXème siècle. Toutefois, à la fin du XVIème siècle, la cigogne tenant une anguille s’incrusta sur le sceau. D’abord, en bas dans l’embrasure du portail des tours puis de part et d’autre. Car, à cette époque, une autre armoirie apparait, la fameuse cigogne, seule en scène avec son anguille accompagnée de fleurs et d’herbes. Elle figura sur la grande cloche du clocher de la Grote Kerk (Grande église) qui date de 1541 (plus vieille représentation connue). Puis ces mêmes armoiries se distinguèrent sur un tableau représentant le Hofvijver (un lac au centre de La Haye) et ses environs immédiats, datant de 1553. Derrière, la cigogne s’imposa sur les publications municipales, sur les jetons du conseil, à l’extérieur ou à l’intérieur des bâtiments administratifs, ainsi que sur les plans de la ville.

Mais, personne ne sait réellement pourquoi la cigogne devint la mascotte de La Haye. Il est vrai que la municipalité fut longtemps entourée de prairies, de tourbières et de marais qui constituaient un paradis pour de nombreuses espèces d’oiseaux, dont la cigogne. Mais, pas plus que dans les autres régions des Pays-Bas côtiers. La raison la plus probable est que l’oiseau était considéré comme porte-bonheur. En vieux bas-allemand, le mot pour cigogne (odevare) signifiait littéralement « qui apporte la chance ».

L’oiseau trouva vite une place particulière à La Haye. Au XIVème siècle, des états comtaux de compte montraient des dépenses pour construire et entretenir des aménagements destinés à recevoir des nids de cigognes. Sur des gravures du XVIème siècle, ce même type d’aménagements apparait sur le Ridderzaal (la salle des chevaliers du château du Binnenhof) et la Gevangenpoort (la prison). Les comptes de la ville de 1586 faisait état d’une dépense de deux livres et treize shillings versée au marchand de poisson Jan Gerritz pour l’achat de 3 500 anguilles au profit des cigognes. Il ne s’agissait pas d’une attention ponctuelle puisque on retrouve ce même type d’achat en 1798 (6 mois de poisson et de paille pour les cigognes pour 10 florins). Des cigognes étaient également apprivoisées (leurs ailes étaient coupées) et leur présence au marché aux poissons permettait d’assurer la propreté des lieux. La municipalité engagea donc des gardiens spécialement chargés des cigognes. Cette tradition se perpétua jusqu’au début du XXème siècle.

Le folklore populaire s’empara de l’histoire. Une légende raconte qu’une cigogne aurait péri dans les flammes en tentant de sauver ses oisillons lors d’un incendie sur le toit de la Ridderzaal, poussant les habitants impressionnés à l’immortaliser dans les armoiries. Enfin, une blague souligne avec ironie que le caractère des habitants de La Haye ressemble à l’oiseau : « hoog op de poten en een grote bek » (hauts sur pattes (sous-entendu : un peu prétentieux) et avec une grande gueule).

#1409 – SBV Vitesse Arnhem : Geel en Zwart

Les jaune et noir. Le Vitesse Arnhem est aujourd’hui indissociable de son célèbre maillot composé de rayures verticales jaunes et noires. Pourtant, cette identité visuelle n’a pas toujours été celle du club. Avant la fondation officielle le 14 mai 1892, une première version du club exista entre 1887 et 1891 où les membres pratiquaient le cricket et le football. Selon Pim Mulier, l’un des pionniers du sport moderne aux Pays-Bas, ses joueurs évoluaient dans les couleurs blanc et rouge. Le nouveau Vitesse opta pour des maillots blancs barrés d’une diagonale bleue, qui reprenaient les couleurs officielles de la ville d’Arnhem.

Le premier tournant intervient le 25 Novembre 1900 lors d’un match de championnat contre Go-Ahead de Wageningen (à ne pas confondre avec l’équipe éponyme et plus connue de Deventer). Ce jour-là, les joueurs troquèrent leur tenue bleue et blanche pour un maillot noir et jaune, teintes de la province de Gueldre. La province de Gueldre, qui fut un duché entre 1339 et 1795, s’allia au duché de Juliers, ce qui donna sur ses armoiries la présence d’un lion noir sur fond jaune. En échangeant les couleurs de la ville pour celles de la région, le président du club de l’époque, Chris Engelberts, estimait que le club se plaçait ainsi comme l’un des meilleurs de Gueldre. Il déclarait « Ik meen, dat daar waar wij ons nog steeds kunnen benoemen mede tot de beste clubs van Gelderland te behooren en onze vereeniging gevestigd is in de hoofdplaats van die provincie wij ons met gerust geweten kunnen tooien met hare kleuren namelijk geel-zwart » (J’estime que, dans la mesure où nous pouvons toujours nous compter parmi les meilleurs clubs de Gueldre et que notre association est établie dans la capitale de cette province, nous pouvons en toute bonne conscience nous parer de ses couleurs, à savoir le jaune et le noir). Le journal local « Arnhemsche Courant » souligna que ce choix représentait une nette amélioration pratique, les spectateurs parvenant à bien mieux reconnaître les joueurs sur le terrain. Malheureusement, la rencontre contre Go-Ahead se solda par une défaite 2 buts à 1.

Si les couleurs jaune et noir étaient acquises dès 1900, le motif du maillot n’était alors composé que d’un damier ou de six larges bandes. Les fines rayures apparurent en 1907, sous l’impulsion d’un joueur issu de la haute noblesse. Reinhard Jan Christiaan, baron Van Pallandt, évoluait avec brio comme attaquant dans l’équipe première du Vitesse depuis 1905. Originaire de Laag Keppel, il proposa en 1907 de financer l’achat de nouveaux équipements pour l’équipe. En échange de cette donation, il exigea que ces nouveaux équipements reproduisirent fidèlement le drapeau de la famille noble Van Pallandt (ie des rayures noires et jaunes), qui dépendait du duché de Juliers. Le Vitesse arbora ce maillot rayé aux couleurs des Pallandt pour la toute première fois en novembre 1907, à l’occasion d’un match de coupe face à De Tubanters d’Enschede.

L’héritage de cette famille dans le football néerlandais ne s’arrête pas là. En effet, le baron Van Pallandt participa également à la fondation du club VVO de Velp en 1901, qui opta aussi pour le jaune et noir, en hommage aux armoiries de la famille de Laag-Keppel.

#1401 – Aalborg BK : de Bolchestribede

Rayés comme les bonbons. L’équipe du Jutland se distingue dans le championnat danois par ses maillots rouges et blancs rayés verticalement. Il n’y a pas de source historique suffisamment précises qui permettent de dater le choix de ses maillots. Mais les plus anciennes photos du club (au moins de 1917) montrent que cet équipement était déjà présent. Les raisons qui ont amené ce choix sont encore moins connues mais je vais m’hasarder à quelques hypothèses, les plus probables au regard de la fondation du club. Car si la création du club est ancienne, elle n’en demeure pas moins courante pour l’époque. Le 13 mai 1885, des ingénieurs anglais travaillant à la construction du réseau ferroviaire du Jutland fondèrent un club qui était consacré au cricket les premières années. Initialement nommée Aalborg Cricketklub, il devint Aalborg Boldklub (club de balle d’Aalborg) en 1899. Le football y fut introduit en 1902 et est depuis devenu le sport principal. Les couleurs rouges et blanches pourraient être un rappel des fondateurs au drapeau anglais (la croix de Saint-Georges rouge sur fond blanc) tout comme une déclaration à leur nouvelle patrie, le Danemark dont le drapeau représente la Croix de Saint Olaf blanche sur fond rouge. Enfin, si le football donna naissance au maillot du club, alors il faut rappeler qu’au début du XXème siècle, Sunderland AFC était le club anglais dominant et ses joueurs portaient des maillots rayés verticalement rouges et blancs (qui inspirèrent par exemple ceux de l’Athletic Bilbao et du FC Séville).

En revanche, si les origines du maillots d’Aalborg demeurent inconnues, son surnom s’explique plus facilement. Les joueurs portent des maillots rayés qui ressemblent à une friandise. Les bolsjer (ou bolcher, qui se prononcent un peu comme « bol-cheur ») sont de petits bonbons durs traditionnels, semblables à nos berlingots, qui sont une véritable institution au Danemark. La légende raconte qu’au XVIIème siècle, le roi Christian V souffrait de violents maux de gorge. Son médecin lui prescrivit de l’huile d’anis pour le soulager, mais le roi détestait ce goût et refusait de prendre son remède. Pour le piéger, le médecin eut l’idée de mélanger l’anis avec du sucre fondu et un peu de jus de betterave pour lui donner une belle couleur rouge. Le roi adora le bonbon, et le Kongen af Danmark, ce berlingot rouge, naquit et demeure encore aujourd’hui l’un des bolsjer les plus populaires du pays. Car, il existe plusieurs sortes de bolsjer. Celui qui a donné son surnom à Aalborg est le Bismarck Rød (le Bismarck rouge) avec ses fameuses rayures rouges et blanches et sa saveur inchangée depuis plus d’un siècle à la menthe poivrée. Pourquoi un bonbon danois porte-t-il le nom du célèbre chancelier allemand, Otto von Bismarck ? Les sources les plus classiques affirment que ce bonbon fut créé en 1876 et nommé en l’honneur du chancelier allemand, qui était alors l’une des figures politiques les plus incontournables d’Europe. Mais, une autre version plus savoureuse existe. A la fin du XIXème siècle, les bonbons n’avaient généralement que le goût de sucre pur. L’histoire raconte que vers 1891, un confiseur maladroit renversa accidentellement de l’huile essentielle de menthe poivrée sur sa table de préparation. En goûtant le résultat, quelqu’un s’exclama « Det har en bismag », ce qui se traduit par « Ça a un arrière-goût ». Sauf que dans la bourgeoisie danoise de l’époque, il était chic de parler avec un accent mêlant danois et allemand. La phrase prononcée devenait donc « Es harbe ein bismach ! ». Par le bouche-à-oreille et des déformations amusantes, le mot bismag (arrière-goût) se transforma en Bismarck.

#1398 – Genoa CFC : I Rossoblù

Les rouge et bleu. Le maillot domicile du Genoa est l’un des rares à résister aux vandales du marketing qui, sur l’autel de l’argent, ont sacrifié les tradition de Barcelone ou de la Juve. Outre l’agréable mariage des couleurs, il se distingue en étant séparé en deux. Du côté droit, du rouge plus ou moins foncé. A gauche, du bleu marine. Et ce choix remonte au début du XXème siècle. Pourtant, le Genoa CFC fut fondé en 1893 et constitue le plus ancien club de football d’Italie encore en activité. Alors dans quelles couleurs évoluaient les premières équipes du club et pourquoi avoir opté pour ces teintes rouge et bleu.

L’histoire de la fondation du Genoa épouse l’essor du football à travers l’Europe comme en Amérique du Sud. À la fin du XIXème siècle, le port de Gênes demeurait l’un des carrefours commerciaux les plus importants d’Europe. Ainsi, la ville ligurienne accueillait alors de très nombreux diplomates, marchands, ingénieurs et marins du monde entier et en particulier de la Grande-Bretagne, la principale puissance. Ces nombreux britanniques importèrent leur mode de vie et en particulier les nouveaux sports qui naquirent en Grande-Bretagne sur les 50 dernières années. Ils fondèrent ainsi des associations où ils pouvaient se regrouper et les pratiquer. Le 7 septembre 1893, plusieurs de ces expatriés dont notamment Sir Charles Payton, le consul britannique ainsi que les hommes d’affaires Charles de Grave Sells, George Blake, George Fawcus et Henry De Thierry, se retrouvèrent au consulat britannique pour fonder le Genoa Cricket and Athletic Club. Comme son nom l’indique, le football n’était pas prioritaire. Les membres se réunissaient principalement pour faire du water polo et surtout jouer au cricket. Outre la pratique de sports anglo-saxons, l’adhesion au Genoa était exclusivement réservé aux citoyens britanniques. L’histoire bascule en 1896 avec l’arrivée à Gênes d’un médecin anglais passionné de sport, James Richardson Spensley. Non seulement, il ouvra le club aux sportifs italiens mais il structura aussi la section football.

L’histoire des couleurs du Genoa CFC est directement liée à ses origines britanniques. A sa création, ces membres britanniques évoluaient logiquement avec des maillots entièrement blancs, en hommage à la tenue de la sélection nationale anglaise. Le short et les chaussettes étaient noirs. Puis, en 1899, l’institution changea une première fois d’identité visuelle, en adoptant un maillot à rayures verticales blanches et bleues. Le choix du bleu symboliserait la mer, élément naturel important et historique de Gênes. Enfin, le 22 janvier 1901, la reine Victoria s’éteignait et son long règne marqua la montée en puissance et l’apogée de l’Empire Britannique. Un événement de cette ampleur ne pouvait laisser indifférents les membres du jeune club ligure attaché à ses racines britanniques. Les Génois Paolo Rossi et Giovanni Bocciardo et le Suisse Edoardo Pasteu proposèrent de retenir les couleurs de l’Union Jack, bleu foncé et rouge. La proposition fut approuvée par une majorité (5 voix contre 4) au détriment de la proposition du membre gallois Howard Passadoro qui avait proposé un kit bleu avec des bords blancs. Le maillot devenait rouge grenat et bleu foncé disposés en quatre quartiers, le blanc relégué uniquement aux revers. Depuis, il n’a jamais été modifié.

#1380 – Toronto FC : the Reds

Les rouges. Après 10 ans d’existence, la ligue américaine, MLS, s’ouvrit au Canada en intégrant Toronto, dont le projet de franchise était porté par la société Maple Leaf Sports & Entertainment, déjà actionnaire de l’équipe de Hockey des Maple Leaf. Dans cette aventure à la fois sportive et business, le choix du nom de la franchise et de ses couleurs relevaient avant tout d’une stratégie marketing. Résultat, en 2006, pour se garantir l’adhesion de futurs supporteurs, la direction du nouveau club lança une consultation pour trouver un nom parmi les propositions « Toronto Northmen », « Inter Toronto FC », « Toronto Reds » et « Toronto FC ». Comme il recueillit 40% des votes et qu’il reproduisait une tradition européenne, terre du football, la simplicité du nom Toronto FC fut retenue. Par ailleurs, comme le déclara Tom Anselmi, l’un des principaux dirigeants de Maple Leaf Sports & Entertainment, « the absence of a conventional sports nickname is deliberate. We wanted the whole city to feel ownership and we want to provide the opportunity for a meaningful nickname to emerge over time » (L’absence d’un surnom sportif conventionnel est délibérée. Nous voulions que toute la ville se sente concernée et nous souhaitions laisser la place à un surnom significatif qui émergera avec le temps).

Mais, finalement, à l’image de la direction concernant le nom de la franchise, les fans et la presse ne firent pas preuve d’imagination en appelant les joueurs du Toronto FC de la couleur principale de leur tunique, les reds. D’ailleurs, dans le choix de la couleur, MLSE demeura assez classique également. Première ville non-américaine à intégrer la MLS, l’équipe de Toronto opta pour le rouge et le blanc, mettant en valeur ses origines canadiennes. Car, basée sur le red ensign (pavillon rouge avec l’union jack dans le coin supérieur gauche), la première bannière canadienne affichait déjà principalement la couleur rouge. En 1921, le roi George V proclama le rouge et le blanc comme couleurs officielles du Canada (le rouge provenant de la croix de saint Georges et le blanc de l’emblème royal français depuis Charles VII). Enfin, les deux couleurs furent reprises définitivement en 1965 lors de l’adoption du drapeau actuel. Ce qui tombait bien, c’est que ces deux couleurs étaient également les principales du futur sponsor de l’équipe, la Banque de Montréal. Le hasard fait bien les choses …

#1372 – FC Urartu : Առյուծներ

Les lions. En 1992, le tout nouvel état d’Arménie voit son premier championnat national se dérouler avec 24 équipes. Certaines étaient un héritage de l’Union Soviétique tandis que d’autres étaient créées pour l’occasion. Dans son village natal d’à peine 2 000 âmes, Sarkis Israelyan fonda le FC Banants. Le succès fut au rendez-vous immédiatement avec la victoire en Coupe d’Arménie et une troisième place au classement dès l’année de sa fondation. Seulement, trois ans plus tard, le club rencontra des difficultés financières et fusionna avec le FC Kotyak, l’un des plus anciens clubs de football arméniens, pour se sauver. En 2001, nouvelle fusion avec le Spartak Erevan et le club déménagea dans la capitale arménienne.

Mais, créé initialement pour représenter la province de Kotayk, où se situe le village de Banants, le club aurait pu se perdre dans ces fusions successives et ce déménagement. Toutefois, le lion qui tient un flambeau dans son blason rappelle ses origines. En effet, la province de Kotyak arbore un lion sur ses armoiries, qui s’inspire de la statue du « Lion de Geghard ». Conçu par Rafael Israelyan et scuplté par Ara Harutyunyan, la sculpture, en cuivre martelé et placée sur un socle en basalte, fut érigée en 1958 sur la route menant au monastère de Geghard.

Ce lion rappelle les armoiries des Proshian, une dynastie princière arménienne qui régna dans la province de Vayots Dzor aux XIIIème et XIVème siècles. Les Proshian rachetèrent dans les années 1240 le monastère de Geghard pour en faire le tombeau familial. Et dans ce monastère, on retrouve plusieurs bas reliefs de Lion qui représentent leurs armes. Le principal représente deux lions encordés tenus par une tête de taureau et en-dessous un aigle enserrant un agneau dont la signification serait « Tant que nous serons enchaînés comme des lions, nous resterons forts comme un bœuf et nous protégerons les hommes comme un aigle protège un agneau ».