#1428 – CS Cartaginés : los Brumosos

Les brumeux. Le CS Cartaginés fait parti des clubs historiques du football costaricain, avec ses 4 titres de champion du pays (dont le dernier en 2022) et ses 5 coupes nationales. Surtout, sa fondation remonte au début du XXème siècle (en 1906) quand plusieurs habitants de Cartago aidés d’étrangers de diverses nationalités, notamment le Canadien William Henry Pirie, prirent l’initiative de créer un club de football dans la ville, qui aujourd’hui est le deuxième plus ancien du pays. Mais, ce n’est pas son âge avancé qui ferait que le club ou ses joueurs se retrouvent dans le brouillard.

En fait, la ville de Cartago baigne régulièrement dans un épais brouillard et une forte nébulosité, en particulier lors des journées fraîches. Cette situation résulte de la position de la cité. Le Costa Rica est coupé en deux par une immense épine dorsale de montagnes et de volcans (les cordillères de Tilarán, Centrale et de Talamanca). Les plaines et les montagnes situées à l’Est et au Nord-Est de cette barrière forment la Vertiente del Caribe (versant Caraïbe). Les terres situées à l’Ouest forment la Vertiente del Pacífico (versant Pacifique). Le versant Caraïbe est exposé de plein fouet aux vents alizés chargés d’humidité qui soufflent depuis la mer des Caraïbes et de l’océan Atlantique. Lorsque ces masses d’air chaud et humide frappent les montagnes, elles s’élèvent, se refroidissent brutalement et provoquent des pluies abondantes. Cartago subit de plein fouet ce climat. Située à la limite où le versant Caraïbe rencontre la Vallée Centrale, à plus de 1 400 mètres d’altitude, dans les contreforts du volcan Irazú, elle reçoit directement les nuages et l’humidité qui montent de la côte atlantique et se heurtent au volcan, ce qui crée son fameux brouillard permanent (la bruma). Ceci caractérise la ville au point qu’elle est surnommée historiquement « La Ciudad de las Brumas » (la ville des brumes).

#1427 – Charlotte FC : the Crown

La couronne. Charlotte, dans l’Etat de Caroline du Nord, a une longue relation avec le soccer sans qu’aucune de ses franchises brillent sur la scène nationale, dans les meilleures ligues professionnelles. Finalement, en 2019, un projet se monta, avec l’un des propriétaires du club de football américain des Panthers, et la MLS valida l’expansion de la ligue à une nouvelle franchise de Charlotte. Côté couleur, Charlotte FC reprit le noir et le bleu du club sœur des Panthers. Comme logo, la franchise adopta un écusson rond dans lequel s’inscrit une grande couronne blanche, dont les quatre pointes symbolisent les quatre quartiers d’origine de la ville. Avant de prendre un nom assez générique, la franchise devait également faire référence à cette couronne, en se dénommant Charlotte Crown FC. En tout cas, cette couronne donna son surnom à l’équipe.

Pour comprendre la présence de ce symbole royal dans un pays qui se battit dans la rébellion à la couronne britannique, il faut remonter aux origines de la ville, qui se revendique comme la Queen City (la reine des villes). Charlotte est en effet l’une des 38 villes américaines à s’être autoproclamée « Reine des villes ». Et sur son sceau comme sa bannière, la couronne est utilisée comme symbole.

En 1760, le Roi Georges III monta sur le trône de Grande-Bretagne et d’Irlande et un an plus tard, il épousa la princesse allemande, Charlotte de Mecklembourg-Strelitz. De l’autre côté de l’Atlantique, les colonies britanniques s’étendaient sur le territoire américain et, en 1762, afin de rendre hommage à la nouvelle reine, des colons donnèrent le nom de Mecklembourg à la région où il venait de s’implanter. Puis, en 1768, toujours afin de s’attirer les faveurs du Roi, ils donnèrent à leur ville le nom de Charlotte. Mais, la Reine ne fit jamais l’honneur à ses sujets de leur rendre visite. Malgré cet attachement à la couronne ou en raison de l’absence de retour de la Reine, la ville fut un des foyers de la révolution américaine. La déclaration d’indépendance de Mecklembourg, qui dénonçait la tyrannie britannique, fut signée à Charlotte, un an avant celle des 13 Etats. Le général britannique Charles Cornwallis qui occupa la ville avant d’en être chassé par des habitants hostiles, décrivit la cité comme a hornet’s nest of rebellion (un nid de guêpes en pleine rébellion). Aujourd’hui, on peut admirer des statues de la Reine sur North College Street, dans le quartier central des affaires, et devant l’aéroport international Charlotte Douglas. On trouve aussi de nombreux lieux dont le nom fait référence à la reine (Queens College, Queens Road …). Enfin, un portrait de la reine est exposé au Mint Museum of Art. 

#1425 – Tavria Simferopol : кримчани

Les criméens. Ce club de Simferopol, aujourd’hui disparu, épouse l’histoire tumultueuse de la Crimée, cette vaste péninsule bercée par la Mer Noire. Tout d’abord, son nom, Tavria, plonge dans les racines de la région. Tavria reprend le nom historique et géographique de la péninsule de Crimée et des terres continentales adjacentes du sud de l’Ukraine. Il fait référence aux Taures (ou Tauri), un peuple antique qui vivait dans les montagnes de Crimée au premier millénaire avant J.-C..

Mais, en raison de sa position stratégique en plein cœur de la mer Noire, cette péninsule a toujours été un carrefour d’empires, de routes commerciales et de civilisations et va donc connaître une histoire compliquée, où une multitude de peuples vont se succéder. Dès le VIème siècle avant J.-C., les Grecs y fondèrent des colonies prospères (comme Chersonèse, près de l’actuelle Sébastopol), tandis que les Scythes dominaient l’intérieur des terres. La péninsule passa ensuite sous le contrôle partiel ou total des Romains, des Goths, des Huns, puis de l’Empire Byzantin. Au Moyen Âge (XIIIème-XVème siècle), les Génois et les Vénitiens y installèrent de puissants comptoirs commerciaux fortifiés sur les côtes pour contrôler le commerce vers l’Asie. Puis, au XVème siècle, débuta l’ère des Tatars. Installées dès le XIIIème siècle dans la péninsule, des tribus mongoles et turciques (qui devint le peuple Tatar) fondèrent le Khanat de Crimée en 1441, un État puissant qui devient rapidement un vassal de l’Empire ottoman. Pendant plus de 3 siècles, il prospéra, notamment grâce à des raids en Europe de l’Est et à un commerce florissant (incluant le commerce d’esclaves). L’Empire russe, cherchant un accès aux mers chaudes, entra en conflit avec l’Empire ottoman et annexa en 1783 la Crimée, fondant alors la base navale de Sébastopol. Au XIXème siècle, l’Empire Russe mena une politique de russification de la Crimée, poussant de nombreux Tatars à l’exil. Enfin, en 1954, pour des raisons administratives, économiques et logistiques (la Crimée étant reliée géographiquement à l’Ukraine), le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev « offrit » la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Dans une Union Soviétique intégrée et dictatoriale, cette décision interne eut peu de conséquences pratiques. Mais, 60 ans plus tard, suite à la révolution pro-européenne de Maïdan à Kiev, la Russie prit illégalement le contrôle de la péninsule, la Crimée devenant sous contrôle russe de facto.

Le club du Tavria fut fondé en 1958, sur la base de l’équipe de Burevisnik, pour représenter la Crimée en division B (la deuxième division de l’URSS). Puis, pendant plus de 40 ans, évoluant entre la seconde division et l’élite russe, Tavria demeurait le seul club de la Crimée à ce niveau et était sa fierté. Après l’indépendance de l’Ukraine, il remporta le tout premier Championnat d’Ukraine post-période soviétique en 1992 (et le seul club à le gagner, hors Dynamo et Chakhtar). Malheureusement, avec l’invasion russe de 2014, le club cessa toute activité. Une partie des joueurs et du staff relancèrent un club sous le nom TSK Simferopol et s’inscrivit dans les compétitions russes. En réaction, en juin 2015, la Fédération ukrainienne de football et le président de la Tavriya annoncèrent la renaissance du club et son installation à Kherson. Mais, en février 2022, suite à la nouvelle agression russe, qui prit possession des régions de l’Est du pays où se trouve Kherson, la Tavria ferma une nouvelle fois ses portes. Pour l’instant définitivement.

#1424 – Central Español FC : Palermitanos

Montevideo est une ville qui respire le ballon rond à chaque coin de rue. Au point que l’élite uruguayenne s’est souvent résumée à une bataille entre clubs résidant dans la capitale de l’Uruguay. Chacun des 62 quartiers de Montevideo accueille une équipe de football, qui représente sa culture et ses traditions. La Blanqueada, ce quartier central, est la forteresse du Nacional tandis que Peñarol représente le quartier éponyme situé au nord. Le Prado est un quartier résidentiel et le berceau de trois clubs historiques : Montevideo Wanderers, River Plate et Bella Vista. La colline de Cerrito de la Victoria abrite deux clubs, Rentistas et CS Cerrito. Le quartier populaire de La Villa del Cerro, situé de l’autre côté de la baie de Montevideo, accueille deux rivaux, le CA Cerro et Rampla Juniors. Parmi ces dizaines de clubs historiques, il existe aussi le Central Español Fútbol Club qui possède un nom très hispanophone et un surnom sentant plutôt la Sicile.

En fait, le berceau du Central Español se trouve dans le quartier de Palermo, situé dans le sud de Montevideo, face à la mer. Fondé le 5 janvier 1905, le club est issu de la fusion de deux modestes associations, Central et Solís, situés près du cimetière central du quartier de Palermo. Au milieu du XIXème siècle, de par sa situation peu attractive et souvent balayée par les tempêtes, le quartier attira logiquement les populations modestes, notamment des vagues d’immigrants dans un premier temps Afro-Uruguayens puis européens. Dans les années 1860, des immigrants siciliens ouvrirent une petite épicerie dans le quartier. Au-dessus de la devanture, ils accrochèrent une enseigne, où ils revendiquaient fièrement leurs racines : « Almacén de Comestibles de la Nueva Ciudad de Palermo » (L’Épicerie de la Nouvelle Ville de Palerme). Cette boutique devint un point de repère si célèbre pour les habitants, que petit à petit, tout le monde commença à appeler la zone « le quartier de l’épicerie de Palermo », puis tout simplement le « Barrio Palermo ». Aujourd’hui, c’est l’un des quartiers les plus vibrants de Montevideo, considéré comme le cœur battant de la culture afro-uruguayenne, du candombe (une musique traditionnelle percussive) et du célèbre carnaval uruguayen. Le surnom donné au club l’ancre définitivement avec son territoire.

#1421 – CA Nacional Potosí : los Rancho Guitarras

Les guitares du Ranch. Dans le milieu du football, la Bolivie n’est pas forcément connue pour ses grands joueurs (même s’il y en a) mais, plutôt, pour ses stades les plus élevées au monde et à l’avantage que cela procure aux clubs et à la sélection boliviennes. El Alto, la deuxième ville du pays, accueille l’Estadio Municipal à 4 150 mètres d’altitude. La capitale, La Paz, n’est pas en reste avec l’Estadio Hernando Siles (3 637 mètres). Enfin, l’Estadio Víctor Agustín Ugarte de Potosí se situe à 3 960 mètres. C’est ici que le Nacional s’est établi en 1942, dans la zona alta (la zone haute) de la ville. Plus précisément dans la rue Chuquisaca, tout près du temple de San Juan Bautista.

La ville se construisit avec le développement des mines situées sur les pentes du Cerro Rico. Au XVIème siècle, cette activité attira une forte population indigène qu’il fallait loger. Le Vice-Roi Francisco Álvarez de Toledo partagea la ville en deux avec d’un côté le quartier des colons espagnols, dans la partie basse, et de l’autre, les indigènes, dans la partie haute. Le quartier indigènes se nommait « La Rancheria ». Au fil des années, avec ses maisons simples voire insalubres, il accueillait les populations ouvrières et les immigrants. Lors de la Guerre du Chaco (1932-1935), la Bolivie perdit de nombreux hommes, ce qui amputa sa population active, et en particulier sa main d’oeuvre pour les mines de Potosí. Pour palier ce manque, une nouvelle vague d’immigration, notamment du Pérou, vint à Potosí et s’installa dans le quartier de La Rancheria. Ces ouvriers venaient avec leurs familles et leurs cultures. Les péruviens étaient alors connus pour être guitaristes, maîtrisant les valses créoles, les boléros, les huayños et d’autres genres musicaux péruviens. Après la journée de travail, le quartier se transformait ainsi en une fête géante où la guitare était sortie et passait de main en main. Les habitants chantaient et jouaient de cet instrument jusque tard dans la nuit. Ces habitants furent également à l’origine de la création du club et constituèrent la masse de ses supporteurs. Le club devint alors el Rancho Guitarra, en référence à cette tradition festive et populaire du quartier.

#1407 – 1. FC Kaiserslautern : die Lauterer, die Pfälzer

Si vous suivez le football allemand, et en particulier la Bundesliga 2 cette saison, vous n’avez pas pu passer à côté du 1. FC Kaiserslautern. Ce club historique, quatre fois champion d’Allemagne, traîne derrière lui une identité puissante et une ferveur unique. Mais au-delà de son nom officiel, le FCK est désigné par plusieurs surnoms qui reviennent en boucle dans la presse et les tribunes : die Lauterer et die Pfälzer. Les deux surnoms sont liés à la localisation de la cité de Kaiserslautern.

Die Lauterer est sans doute le surnom le plus courant et le plus direct. Il désigne tout simplement les habitants (ou les joueurs) de la ville de Kaiserslautern. En Allemagne, les noms de villes sont souvent abrégés par les locaux pour créer des diminutifs affectueux. Le long « Kaiserslautern » devient ainsi fréquemment « Lautern ». Puis, dans la langue allemande, pour désigner les habitants d’une ville, on ajoute généralement le suffixe « -er » à la fin du nom de la ville (par exemple : Berlin donne Berliner, München donne Münchner). En appliquant cette règle au diminutif de la ville, Lautern devient donc Lauterer. Die Lauterer se traduit donc littéralement par « Ceux de Lautern ».

Le nom de Kaiserslautern possède une étymologie fascinante, car il est le point de rencontre entre l’Histoire et la géographie locale. Tout d’abord, l’endroit s’appelait au IXème siècle Luthra, du vieux haut allemand lûttar signifiant « clair, limpide, brillant » et aha signifiant « eau ». Cela s’explique par la rivière Lauter qui traversait le village (aujourd’hui en grande partie souterraine). Puis, au XIIème siècle (vers 1152), l’Empereur du Saint Empire romain germanique, Frédéric Ier, dit Barberousse, appréciait tant les collines boisées environnantes, notamment le Betzenberg et le Lämmchesberg, pour la chasse qu’il décida d’y faire construire un magnifique palais impérial fortifié, le Kaiserpfalz. La ville a donc accolé son titre, Kaizer (Empereur) à son nom pour marquer ce statut de ville impériale. Résultat, si l’on traduit littéralement le nom de Kaiserslautern, cela signifie : Le domaine de l’Empereur, au bord de la rivière claire.

Die Pfälzer est le surnom de l’âme d’une région. Il désigne les habitants du Palatinat (Pfalz en Allemand), la région historique et géographique où se situe la ville. Le Palatinat pourrait être surnommé la Toscane allemande tant les deux régions présentes des similitudes. Le Palatinat bénéficie de l’un des climats les plus doux et ensoleillés d’Allemagne. Dominée par le Pfälzerwald (la forêt du Palatinat), qui est la plus grande étendue forestière d’un seul tenant en Allemagne, la région accueille également la mythique Deutsche Weinstraße (route des vins allemande). Enfin, comme pour la Toscane, le Moyen-Âge constitue l’age d’or du Palatinat, qui apparaissait comme l’un des territoires les plus puissants du Saint-Empire romain germanique. Ses dirigeants, les Comtes palatins, faisaient partie du cercle très fermé des « Princes-Électeurs » (ceux qui avaient le droit d’élire l’Empereur). La région fut couverte de châteaux forts prestigieux, dont celui de l’Empereur Barberousse à Kaiserslautern, ou le château de Trifels (où le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion fut retenu prisonnier).

#1404 – Municipal Liberia : los Pamperos

Dans le monde du football, les surnoms des clubs sont rarement choisis au hasard. Ils racontent une histoire, un patrimoine industriel ou, très souvent, une identité géographique forte. Au Costa Rica, le championnat regorge d’équipes aux identités très marquées, mais peu sont aussi fusionnelles avec leur territoire que le Municipal Liberia. Quand les supporters jaune et noir donnent de la voix dans les travées de l’Estadio Edgardo Baltodano Briceño, ils encouragent ceux qu’ils appellent fièrement los Pamperos. Mais que cache réellement ce surnom aux accents de western sud-américain ? Pour le comprendre, il faut quitter les plages pour s’enfoncer dans les terres de la province du Guanacaste où se trouve la cité de Liberia.

Le Costa Rica évoque généralement des images de jungles impénétrables, arrosés par des pluies tropicales. Pourtant, le nord-ouest du pays, où se situe la ville de Liberia, offre un décor radicalement différent. C’est ici que s’étend la fameuse pampa guanacasteca. Ce paysage unique du Costa-Rica possède des spécificités uniques qui forgent le caractère de la région et, par extension, de son équipe de football. Le Guanacaste est connu pour sa longue saison sèche (le verano). La terre y craquelle sous un soleil de plomb et la végétation s’adapte à l’aridité. C’est un environnement exigeant qui forge des tempéraments résilients. Cette pampa se caractérise par de vastes plaines et savanes, idéales pour l’élevage bovin, qui constitue l’une des principales activités économiques et culturelles de la région. La région accueille de grandes haciendas (vastes domaines agricoles) d’élevage bovin, royaume du sabanero, le cow-boy costaricien emblématique, reconnu pour son éthique de travail acharné, son courage et son lien profond avec la terre. Le sabanero, avec sa selle, ses chapeaux (larges et en cuir ou tressé) et son mode de vie rural, est un symbole de la province, devenu populaire dans la culture costa-ricaine. Le terme vient directement du mot sabana (la savane).

Le terme pampero désigne littéralement « celui qui vient de la pampa ». Porter le maillot du Municipal Liberia, ce n’est pas seulement représenter une ville, c’est incarner l’âme de toute cette région rurale et fière.

#1395 – Hapoël Kfar Saba : הירוקים מהשרון

Les verts de Sharon. Sharon ne fait pas référence à l’ancien militaire et premier ministre israélien (2001-2006) mais à la région du centre de la côte israélienne dont la capitale est Netanya. Habité par plus de 100 000 personnes, Kfar Saba se situe dans le sud de cette région et son club de l’Hapoël joue en vert. Cela pourrait paraître anodin mais ce choix de couleur est révolutionnaire pour un club appartenant au mouvement Hapoël.

En Israël, le sport a historiquement été pensé comme un outil de construction de la nation et de la société. Ainsi, le mouvement sportif fut encadré au sein des organisations politiques, qui fit de ses clubs des vitrines sportives et politiques. Le premier qui apparut fut le Maccabi qui représentait les classes bourgeoises à tendance centre droit et dont les équipes sportives revêtaient des maillots bleu et jaune. Plus à droite, le Beitar était le mouvement des nationalistes qui enfanta historiquement des groupes paramilitaires comme l’Irgoun. Les joueurs des clubs Beitar portaient des maillots noir et jaune. Enfin, en 1926, le Histadrout, le puissant syndicat des travailleurs juifs, ancré à gauche, fonda le mouvement sportif Hapoël. Il fut créé en opposition directe au Maccabi, jugé trop bourgeois et élitiste. Le but était de proposer un sport pour le peuple, basé sur l’égalitarisme et la camaraderie plutôt que sur la compétition à outrance. Hapoël, qui signifie « le travailleur » en hébreu, portait donc des valeurs de gauche et son symbolisme s’y accrochait. Ainsi, son emblème originel (un athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau) et sa couleur rouge rappellent ses racines marxistes et socialistes. Aujourd’hui, tous les clubs du mouvement Hapoël reprend ces symboles (qui sont réglementaires) sauf 4 clubs : Hapoël Petah Tikva et Hapoël Ironi Kiryat Shmona en bleu et blanc, Hapoël Holon en violet et jaune et donc Hapoël Kfar Saba.

Le petit village de Kfar Saba fut fondée en 1898 mais, ses premières années furent difficiles et la culture des amendes demeurait l’activité principale. Il fallut attendre les années 1920 pour que le village et la population juive prissent son essor, s’appuyant sur le développement des vergers d’agrumes (en particulier le citron et l’orange) qui devinrent la richesse de la région. De nombreux ouvriers agricoles, pour certains syndiqué au sein de l’Histadrout, émigrèrent alors dans le village et en 1928, le club de l’Hapoël vit le jour comme une réponse de la population ouvrière au seul club de la ville, le Maccabi. Mais, l’économie de la ville dépendant grandement de ses vergers, les fondateurs de l’Hapoël favorisèrent le vert pour rappeler les arbres et l’agriculture plutôt que la couleur traditionnel du mouvement sportif de gauche. Le blason reprenait tout de même l’athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau.

#1384 – Mirassol FC : Leão Caipira

Le lion de la campagne. Mirassol, c’est le nouveau rayon de soleil du football brésilien. Représentant une ville de seulement 65 000 habitants, le club connut une ascension fulgurante en passant des divisions régionales à l’élite brésilienne en 6 ans. Avec un budget modeste (2ème masse salariale la plus faible du championnat), le club de l’intérieur de l’Etat de São Paulo créa la surprise pour sa première participation au Brasileirão lors de la saison 2024-2025. L’équipe termina à la 4ème place et offrit pour le centenaire du club, une première participation à la Copa Libertadores. Mais, l’originalité s’arrête ici puisque la mascotte du club est un lion, qui donne le surnom au club.

Même si le continent sud-américain n’acceuille pas de lion, le roi des animaux promène sa crinière et sa longue queue sur beaucoup de terrains de football. Car pas moins de 13 clubs brésiliens ont adopté le félin comme mascotte outre Mirassol (4 clubs de Série A, 2 en Série B, 4 en Série D et au moins 3 autres) : Bragentino, Fortaleza (#871), EC Vitória (#270), SC Recife (#417), Remo (#469), Avaí (#696), Portuguesa, Cianorte, Inter de Limeira, GAS, Comercial São Paulo, Villa Nova et Nacional.

Fondé en 1925, Mirassol FC connut une révolution en 1964 puisqu’il fusionna avec l’autre club professionnel de la ville, Grêmio Recreação e Esportivo Cultura. Si le nouveau club de Mirassol Atlético Clube reprit les couleurs du second (bleu et blanc), sa direction lança un vote auprès des fans pour trouver la nouvelle mascotte. Le choix des supporteurs se porta sur le lion, animal chargé de symbolisme. En effet, il représente la noblesse, le courage, la force et l’esprit de leadership. Finalement, 18 ans plus tard, les deux clubs se séparèrent mais Mirassol FC conserva le lion, qu’il fit d’ailleurs apparaître sur son blason pendant quelques années. Et comme la ville se situe à l’intérieur de l’Etat de São Paulo, dans une région plutôt agricole, le terme « campagne » a été ajouté au lion pour son surnom.

#1373 – SCO Angers : les SCOistes, le SCO

Ni plus, ni moins que le dérivé de l’acronyme SCO, qui signifie Sporting Club de l’Ouest. Capitale historique et place forte de l’Anjou, berceau de la dynastie des Plantagenêts, Angers se situe à l’Ouest (même si elle ne baigne pas sur la côte Atlantique) et cela explique bien le surnom. Mais, il faut aussi remonter aux origines du club pour comprendre la dénomination.

A la sortie de la Première Guerre Mondiale, encouragé par Valentin Cailleau, le secrétaire du CS Jean Bouin, le seul club d’envergure à Angers à l’époque, les frères Georges et Paul Fortin créèrent le Sporting Club du Crédit de l’Ouest (SCCO) le vendredi 10 octobre 1919. Le nom provenait directement de l’établissement Crédit de l’Ouest, une banque 100 % angevine, que les deux frères dirigeaient (Georges en tant que président et Paul comme vice-président). Cette banque prenait ses racines en Novembre 1850 au sein du Comptoir commercial d’Angers, E. Bigot, Bougère & Cie qui devint en 1909 la banque familiale Veuve Fortin & ses fils. En 1913, comme d’autres banques familiales régionales à la même époque, la banque Fortin fusionna avec une autre, Veuve Delhumeau, et se transforma en une société anonyme, dénommée Crédit de l’Ouest.

Si le CS Jean Bouin était associé aux Établissements Bessonneau (la grande manufacture de chanvre de la cité dont le président Jules Bessonneau fut également administrateur du Crédit de l’Ouest) et ouvert qu’à ses employés, le SCCO accepta des membres qui n’étaient pas collaborateurs de la banque. Ainsi, pour traduire cet esprit, le club changea rapidement de nom pour devenir le Sporting Club de l’Ouest. En outre, la banque rencontra des difficultés dès le début des années 1920, ce qui favorisa la séparation entre le club sportif et elle. Si l’entreprise Bessonneau poussa le Crédit de l’Ouest à fonder le SCO, il fut également à l’origine de la chute de l’établissement financier. En 1921, la gestion hasardeuse de la famille Bessonneau entraina des pertes importantes pour le Crédit de l’Ouest ainsi qu’une vague de retrait de fonds. A peine remis, la faillite d’une banque à Nantes ébranla de nouveau la confiance au début de 1924. La banque enregistrait 12,7 millions de francs de pertes, dont 10 étaient imputables au groupe Bessonneau, représentant 41 % de ses fonds propres. Elle appela à la rescousse le CIC et signa la fin de son indépendance. Par la suite, elle disparaitra dans les différentes fusions qui amenèrent à la création du CIC Ouest.