#1453 – Binga FC : les Kèlètchè du Golf

Les guerriers du golf. En langue bambara (la plus parlée au Mali), Kèlètchè signifie guerrier. Le surnom peut être utilisé de manière totalement francisé « les guerriers du Golf ». Fondé en 2009, le club connait au début des années 2020 des saisons historiques qui vont forger son identité et son surnom. Tout d’abord, le terme « Golf » fait tout simplement référence à l’ancrage territorial du club à Bamako. Le Binga FC est originaire de Baco-Djicoroni Golf, un quartier très connu de la capitale malienne. Dans le langage courant, les Bamakois appellent souvent ce secteur simplement « le Golf ».

En 2021, alors que le club évoluait simplement en seconde division, il se qualifia pour la finale de la Coupe du Mali face au Stade Malien. Après avoir mené 2 à 0 jusqu’à la 86ème, les joueurs du Binga cédèrent aux coups de butoir du Stade qui planta 3 buts (dont 2 sur pénalty à une minute d’intervalle), privant le petit club de Bamako d’un premier titre national. Toutefois, le Stade Malien ayant réalisé le doublé Coupe-Championnat, le Binga FC se retrouva qualifier pour la Coupe de la confédération africaine 2021-2022. Cette première campagne continentale constitua une véritable épopée pour le Binga FC en dépit de ses moyens financiers limités et de sa présence en seconde division. Binga FC affronta au premier tour préliminaire les Libériens du Monrovia Club Breweries. Au match aller, au Stade Modibo Kéïta à Bamako, Binga remporta la rencontre 3 buts à 0. Au retour, nouvelle victoire : 2 buts à 0. Cependant, pour rallier Monrovia, l’équipe prit un minibus. Deux jours et demi de route furent nécessaires pour faire le trajet de 2 000 kilomètres. Pour certains joueurs maliens, il s’agissait de leur premier voyage hors des frontières. Au second tour, le Binga FC rencontrait le club burkinabé de l’ASFA Yennenga. Battu à domicile (1 à 0) lors du match aller, et après un nouveau voyage en minibus, Binga retourna la situation en remportant le match retour (1-0) puis en prenant le meilleur aux tirs au but.

Au tour suivant, le club zambien du Zanaco FC, reversé de la Ligue des champions, se dressa devant le club malien. Sachant que 15 000 kms séparaient les deux villes (soit un voyage d’une semaine par la route avec 6 frontières à traverser) et que les matchs aller et retour étaient programmés à une semaine d’intervalle (28 Novembre et 5 Décembre), un doute apparut sur la capacité du Binga à honorer sa participation (avec à la clé une sanction de 15 000 dollars et une interdiction de deux ans aux compétitions continentales de la CAF). Le club malien réussit toutefois à lever les fonds nécessaires pour prendre l’avion. Malheureusement, Binga s’inclina 3 à 0 à Lusaka. Au match retour, l’équipe frôla l’exploit en gagnant 2 buts à 0. Si son parcours s’arrêta juste avant les phases de poule, l’équipe impressionna par son courage et sa combativité exceptionnelle sur le terrain, donnant naissance à la légende des guerriers.

#1443 – IFK Göteborg : Änglarna

Les anges. Dans le paysage du football suédois, l’IFK Göteborg occupe une place à part. Seul club nordique à avoir remporté des compétitions majeures de l’UEFA (les Coupes de la UEFA en 1982 et 1987), l’institution de Göteborg se distingue également par son riche palmarès local, le plus important de Suède (18 fois champions du pays, 8 coupes nationales entre autres). Si les joueurs sont historiquement appelés les Kamraterna (les Camarades) ou les Blåvitt (les Bleu et Blanc, cf. #77), c’est sous le poétique surnom d’Änglarna qu’ils sont reconnus aujourd’hui. L’origine de ce pseudonyme fait l’objet de plusieurs théories populaires.

Quatre versions majeures dominent l’imaginaire collectif, situant la naissance du surnom entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. La première, popularisée par certains médias nationaux et Wikipedia, attribue la paternité du terme à un livreur de journaux nommé Bengt Nilsson. Dans les années 1950, suite à une éclatante victoire 5-3 de Göteborg face à l’AIK Solna (Göteborg a battu l’AIK 5-3 le 17 août 1952 et le 5 juin 1955), cet homme serait entré fou de joie dans un pub en s’exclamant « Det finns bara ett ord för dom – Änglarna! » (Il n’y a qu’un seul mot pour les décrire : Anges !). Des journalistes présents auraient repris l’expression. Dès le lendemain, le journal « Ny Tid » consacrait une double page au match, sous le titre « Les Anges », illustré d’un dessin du caricaturiste Gunnar Bongberg, représentant les joueurs de Göteborg avec des ailes d’anges.

La deuxième hypothèse renvoie à la scène européenne. Lors de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de 1959-1960, à l’aube d’une confrontation face à Linfield (match se déroulant le 9 Septembre 1959), la direction du club nord-irlandais demanda au club suédois de transmettre son surnom officiel afin d’alimenter le programme du match. Subjugué par le jeu de passes courtes de son équipe lors des entraînements, un fidèle supporter, Henry Ek, aurait hurlé dans les tribunes « Vecka änglar ! » (Quels anges !). Les dirigeants, séduits par la résonance de la traduction anglophone (The Angels of Gothenburg), auraient officiellement adopté ce nom, relayé ensuite à grande échelle par la presse britannique.

Une troisième théorie suppose que lorsque les supporteurs adoptèrent la chanson « When the Saints Go Marching In » au début des années 1960 pour encourager leur équipe, un esprit créatif aurait rapidement substituer le terme de « saints » par celui, jugé plus percutant, d’ « anges », donnant alors naissance au surnom.

Enfin, une quatrième légende met en scène le légendaire Anders « Rövarn » Bernmar, alors entraineur du club rival de Djurgården. À la suite d’un match particulièrement physique, les dirigeants de Göteborg se seraient plaints de la brutalité des joueurs de la capitale. Bernmar aurait alors rétorqué « ni spelade inte som några änglar ni heller » (Vous n’avez pas vraiment joué comme des anges non plus).

Bien que séduisantes, ces pistes semblent contredites par les archives écrites. Le terme Änglarna était déjà utilisé dans la presse pour désigner l’équipe de Göteborg à l’automne 1951 au sein du journal Arbetartidningen, qui précisait qu’il s’agissait du qualificatif employé par les supporteurs les plus inconditionnels. De même, lors de la saison printanière de 1948, la formation d’Elfsborg dominait le championnat suédois. Le 27 mai 1948, lors de l’avant-dernière journée, l’IFK Göteborg parvint à briser cette dynamique en s’imposant 2-0 grâce à une performance magistrale menée par son attaquant vedette, Gunnar Gren. Le lendemain, le quotidien « Göteborgs Handels- och Sjöfartstidning » publia une critique dithyrambique où le journaliste écrivit « Kamraterna hade sin vackra dag igår, alla elva spelade som änglar och demonstrerade ett så rätlinjigt och precist kortpassningsspel, att det var en fröjd att skåda » (les camarades ont vécu une journée magnifique hier. Les onze joueurs ont joué comme des anges, démontrant un jeu de passes courtes, simple et précis, un vrai régal pour les yeux).

Ces antécédents chronologiques excluent donc de fait les matchs contre l’AIK, la campagne européenne de 1959 et l’arrivée du chant des Saints comme explication de ce surnom. En outre, bien que Bernmar ait dirigé Djurgården lors de rencontres antérieures à la parution de l’article de 1951, cette théorie apparaît discutable car l’expression « ne pas être un ange » était une tournure linguistique très courante qui ne devait pas être particulièrement remarquée par les lecteurs du journal. D’où, il semble probable que le style de jeu développé par Göteborg lors du match face à Elfsborg soit la véritable origine de ce surnom.

#1437 – Grêmio Porto Alegre : Imortal Tricolor

L’Immortel Tricolore. L’institution brésilienne, basée dans le sud du pays, ne se contente pas d’arborer un palmarès vertigineux ; elle porte également un surnom qui impose le respect à ses adversaires : Imortal Tricolor (l’Immortel Tricolore). Loin d’être une simple trouvaille marketing, ce surnom puise ses racines dans la poésie, la culture régionale et une série d’exploits sportifs défiant toute logique.

Pour comprendre la genèse de l’Immortel, il faut remonter à l’année 1953. Le club, fondé en 1903, s’apprêtait alors à célébrer son cinquantième anniversaire. À cette occasion, le journal « Diário de Notícias » confia au célèbre compositeur brésilien Lupicínio Rodrigues, figure majeure de la musique populaire et fervent supporter du Grêmio, de créer un nouvel hymne officiel. Lupicínio ne cherchait pas seulement à écrire une chanson entraînante ; il voulait mettre en valeur la ferveur inébranlable de ses supporters (ce qui favorisa l’adoption de l’hymne par les fans). Dans l’un des couplets, il rédige ces mots devenus légendaires :

« Cinquenta anos de glória, Tens imortal tricolor. Os feitos da tua história, Canta o Rio Grande com amor. » (Cinquante années de gloire, Tu es l’immortel tricolore. Les exploits de ton histoire, Le Rio Grande les chante avec amour.)

Evidemment, la longévité du club (50 ans) et sa résilience (notamment d’avoir survécu aux premières années d’existence où il était difficile de pratiquer un sport sans moyen financier et à l’aura encore limitée) justifiaient le terme « immortel » . Mais, Lupicínio fut surtout inspiré par un évènement particulier : les grèves des transports à Porto Alegre. Malgré les difficultés logistiques et les intempéries, les supporters marchaient de longues heures pour voir jouer leur équipe, prouvant que l’amour pour le club ne pouvait s’éteindre. L’hymne débute d’ailleurs par « até a pé nós iremos » (même à pied nous irons).

Il est vrai que le club cultive une culture particulière. Le Grêmio est situé dans l’État du Rio Grande do Sul, au Sud du pays. Inspirés par leurs voisins uruguayens et argentins (et leurs fameuses barras bravas), les fans du Grêmio affichent une grande détermination et soutiennent avec vigueur leur équipe. Cette ferveur est plus forte que dans les autres villes du pays et s’est traduite sur le terrain. En effet, les joueurs du Grêmio suivent une philosophie de jeu basée sur l’engagement physique, la combativité et le refus catégorique de la défaite. Cet état d’esprit parmi les fans et les joueurs s’appelle alma castelhana (l’âme castillane).

Sur le terrain, ce surnom a pris toute sa dimension, particulièrement entre 1981 et 1983. Tout commença en 1977 quand, à l’issu d’une finale haletante, le Grêmio mit fin à l’hégémonie de son rival, l’International, dans le championnat gauchão (le championnat de l’État du Rio Grande do Sul). Après deux nouveaux titres régionaux, l’équipe accéda au graal national en remportant le championnat brésilien en 1981. Puis, suivit le titre continental (Copa Libertadores) en 1983 et quelques mois après la couronne mondiale (Coupe Intercontinental face à Hambourg). Au-delà des titres, l’identité de l’équipe de Grêmio se construisit dans des victoires âprement disputées. Avec un style de jeu physique et intense, elle démontra sa ténacité à toute épreuve et sa capacité à retourner des situations délicates, donnant lieu à des matchs d’une tension émotionnelle extrême. Elle devint alors l’Esquadrão Imortal (l’escouadre immortelle).

Le surnom l’Immortel n’est donc pas une simple expression d’arrogance sportive. Il est le fruit d’une conjonction parfaite entre l’inspiration d’un poète dans les années 1950, l’identité combative du peuple gaucho, et la capacité presque surnaturelle du club à renverser des situations désespérées. Le tricolor ajouté fait évidemment référence au maillot bleu, blanc et noir du club dont les origines sont expliquées ici #23.

#1367 – Girone FC : Tossuts

Les têtus. Les fans comme les joueurs de Girone (et certains étendent même la caractéristique à tous les habitants de la ville) seraient têtus, déterminés et persévérants. Et ce surnom n’adopte pas un ton ironique. Les supporteurs affichent fièrement la phrase « som tossuts » (nous sommes têtus – en catalan) sur leurs maillots et banderoles.

Club modeste évoluant entre la 4ème (44 saisons en 95 ans d’existance) et 2ème division espagnole (24 saisons), Girona gagna un peu de notoriété lorsqu’il intégra le giron du City Football Group, le fameux fonds d’Abu Dhabi, chantre et symbole de la multi-proriétés (le fonds possède entre autre les clubs de Manchester City, Troyes, New York City, Montevideo City Torque …). Puis, l’année dernière, l’humble stade du club, Municipal de Montilivi, accueillit pour la première fois dans l’histoire du club des matchs de coupe d’Europe. Et pas n’importe laquelle puisque l’équipe avait obtenu son ticket pour la Ligue des Champions. Girona s’illumina à la lumière des fans curieux du football européen. Mais, pour arriver à cette consécration, il fallut beaucoup de patiente et de persévérance.

Fondé en 1930, l’histoire du Girona débuta lors de la saison 1935-1936 lorsque le club concourra pour la première fois en play-off de promotion pour la première division mais échoua. Il fallut attendre de nombreuses années pour que le club eut une nouvelle chance de rejoindre l’élite. Lors de la saison 2012-2013, ayant terminé 4ème au classement, Girona joua les play-off et atteignit la finale. Mais, Almería doucha les espoirs. Girona se classa 3ème deux an plus tard et obtint une nouvelle opportunité de monter. Mais, l’équipe perdit en demi-finale de play-off face à Saragosse. L’année suivante (2015-2016), Girona disputa encore les play-off de montée mais achoppa en finale contre Osasuna. En 2016-2017, le club gagna son accession direct et joua pendant deux saisons en première division avant de redescendre. En 2019-2020, lors de son retour dans l’antichambre, Girona parvint en play-off mais échoua en finale face à Elche. Nouvelle chance la saison suivante et nouvel échec contre le Rayo Vallecano (encore en finale). Et malgré tant de tentative, l’espoir ne faiblit pas et les joueurs comme les supporteurs se montrèrent persévérants et têtus. Cette obstination finit par payer en 2021-2022. Girona remporta enfin les play-off face à Tenerife et accéda à la première division pour connaître ses premiers émois européens.

#1353 – América Cali : el Pentacampeón

Le quintuple champion. Au début des années 1980, l’América débuta son incroyable voyage vers les titres et les records, qui en fait aujourd’hui l’un des plus grands de Colombie. Fin 1978, l’expérimenté Docteur Gabriel Ochoa Uribe (7 titres de champion remportés entre 1959 et 1972 avec Millonarios et Santa Fe) remplaça l’entraîneur uruguayen Víctor Pignanelli. Partisan d’un football défensif, Uribe construisit l’équipe autour d’une défense solide et d’un jeu fermé, surtout quand son équipe menait. Après avoir laissé son rival du Deportivo Cali remporter le tournoi Apertura, l’équipe conquit son premier titre national en 1979. En 1980, América recruta le gardien uruguayen Ladislao Mazurkiewicz et l’attaquant argentin Carlos Miori et atteignit les demi-finales de la Copa Libertadores. La saison suivante, l’argentin Julio César Falcioni remplaça Mazurkiewicz et l’argentin Roque Alfaro renforça le milieu de terrain. L’América remporta pour la première fois le tournoi Apertura.

1982 marqua le début de la suprématie de l’América sur le football colombien. Avec l’intégration du jeune attaquant Antony de Ávila, l’América fut sacré champion national pour la deuxième fois de son histoire et, pour la première fois en Colombie, l’équipe remporta tous les tournois (Apertura, Finalización et Finale octogonale). En 1983, l’América recruta l’attaquant Willington Ortiz et l’équipe remporta son deuxième titre consécutif. L’année suivante, l’équipe se consolida avec les offensifs péruviens César Cueto et Guillermo La Rosa tandis qu’Álex Escobar fit ses débuts en équipe première. Nouveau sacre national, avec la victoire dans tous les tournois une nouvelle fois ainsi qu’une série de 23 matchs sans défaite. En 1985, América engagea les internationaux Ricardo Gareca (Argentine) et Roberto Cabañas (Paraguay) et l’équipe gagna son 4ème titre national consécutif. Pour la première fois de son histoire, América atteignit la finale de la Copa Libertadores mais la perdit face à Argentinos Juniors. En 1986, l’América fut une nouvelle fois champion, ravissant son 5ème titre consécutif au nez et à la barbe de son rival du Deportivo. Face à River Plate, l’équipe perdit sa deuxième finale de Libertadores. Si sa suprématie nationale s’arrêta sur ce 5ème titre (devenant le premier et l’unique Pentacampeón de Colombie), América atteignit sa 3ème finale consécutive de Copa Libertadores en 1987, face à l’uruguayen Peñarol, mais sans plus de succès.

#1350 – The Strongest : el Derribador de Campeones

Le destructeur de champions. Dans les années 1940, le football bolivien demeurait en retard par rapport à ses voisins. Un championnat national professionnel existait depuis 1931 en Argentine, 1932 pour l’Uruguay, 1933 au Chili et 1935 pour le Paraguay. Au Brésil, l’immensité du pays et sa pauvreté ne favorisèrent pas l’émergence d’une ligue nationale mais les championnats régionaux étaient forts et les clubs adoptèrent le professionnalisme en 1937. En Bolivie, la situation était bien différente avec des ligues régionales ou interrégionales amateures (le premier championnat national ne verra le jour qu’en 1950) et toutes les régions du pays ne comptaient pas de fédération pouvant organiser une compétition (la fédération du département de Pando ne verra le jour qu’en 1997 !). Ceci ne concourrait pas à faire croître les clubs du pays.

Le 9 novembre 1941, le club argentin d’Independiente arriva à La Paz pour disputer un match amical face à The Strongest. L’équipe argentine venait de terminer une série de 15 matchs sans défaite et affichait deux titres de champion d’Argentine conquis en 1938 et 1939. L’équipe comptait dans ses rangs les piliers de l’équipe nationale argentine, Vicente de la Mata, José Battagliero et Juan Maril, et surtout le paraguayen star, Arsenio Erico, meilleur buteur du championnat argentin en 1937, 1938 et 1939 (130 buts en 96 matchs). The Strongest paraissait à côté un petit poucet mais devant 25 000 spectateurs et avec 5 attaquants, l’équipe bolivienne délivra une prestation légendaire et remporta le match 3 buts à 1. Avec cette victoire, le club bolivien reçut le surnom de Derribador de Campeones par la presse et les supporters. Car ce succès ne fut pas sans lendemain. Pendant toute l’année qui suivit, d’autres champions nationaux ou équipes renommées comme Universitario de Lima (champion du Pérou en 1939 et 1941), Wanderers (Chili), Cerro Porteño (triple champions du Paraguay en 1939, 1940 et 1941) et Nacional (champion du Paraguay en 1942), Banfield et Estudiantes de la Plata (Argentine).

L’histoire remonte à mathusalem et pourtant le surnom est toujours utilisé. Car, le club s’est forgé un grand prestige en remportant des matchs contre des équipes de renom et à chaque victoire, il est ressorti par la presse et les supporteurs.

#1312 – Bucaspor : Fırtına

La tempête. Dans un football turc naissant, la ville d’Izmir accueillit rapidement plusieurs équipes qui soutenues par des hommes d’affaire de la ville, participaient occasionnellement à des tournois à Istanbul. Les 5 premières équipes d’Izmir furent ainsi Karşıyaka (fondé en 1912), Altay (1914), İzmirspor (1923), Altınordu (1923) et Göztepe (1925). En Mars 1928, dans le village voisin de Buca, le 6ème club d’Izmir fut fondé sous le nom de Buca İdman Yurdu. Lorsqu’en 1959, la Ligue nationale de football vit le jour en Turquie, les 4 meilleures équipes d’Izmir furent invitées : Karşıyaka, Altay, İzmirspor et Göztepe. Altınordu les rejoint l’année suivante, et ces équipes furent les cinq représentant d’Izmir dans les ligues professionnelles pendant de nombreuses années, rangeant dans l’ombre les autres équipes. Mais à partir des années 1990, Buca monta dans la hiérarchie pour atteindre en 2010 l’élite turque.

En 1990, Bucaspor accéda pour la première fois de son histoire à la seconde division. Et son début de parcours dans cette ligue fut tonitruant, malgré son dépaysement. En effet, le stade de Buca subissait des travaux d’entretien et le club dut se délocaliser pendant les trois premiers matchs au stade Alsancak. Lors du premier match, Altınordu tomba, battu 1-0. Le club enregistra une deuxième victoire d’affilé face à İzmirspor (6-0). L’équipe enchaina avec 2 nouvelles victoires, face à Antalyaspor (1-0) et Sökespor (2-1). Lors du 5ème match de championnat, Bucaspor affronta Göztepe, l’un des tenors de le seconde division après avoir souvent évolué dans l’élite. Bucaspor surprit une nouvelle fois tout le monde en remportant le match 2-1. Ainsi, Bucaspor avait gagné ses 5 premiers matchs et reçut le surnom de fırtına. La séquence s’acheva lors du match suivant contre l’une des équipes les plus fortes de la ligue, Altay, sur un score de 1-0. Bucaspor termina la première moitié du championnat à la 5ème place, 13 points derrière Altay.

#1308 – SV Werder Brême : Sphinx des Nordens

Le Sphinx du nord. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les alliées occupants l’Allemagne firent dissoudre toutes les associations sportives que le régime Nazi avait toléré après leur nettoyage politique du sport allemand. De même, les fédérations et ligues disparurent. Mais, les allemands ne pouvaient rester sans loisirs sportifs et les clubs comme les ligues se reformèrent avec l’aval des autorités alliées. Ainsi, le Werder fut dissous le 10 novembre 1945 mais grâce à la fusion des clubs TV Vorwärts et Freie Schwimmer 1910, interdits à l’époque nazie, le Werder réapparut en Novembre. La même année, les premières ligues régionales élites, celles du Sud et du Sud-Ouest, furent fondées, et deux ans plus tard, celles du Nord et de l’Ouest suivirent. De 1947 à 1963 (date de création de la Bundesliga), le Werder évolua donc dans la « Fußball-Oberliga Nord » au côté notamment de Hambourg SV, FC St. Pauli et Hanovre 96, avec la possibilité de se qualifier pour le tour final du championnat allemand.

Durant ces 16 années, l’Oberliga Nord fut dominé par Hambourg qui la remporta 15 fois. Le Werder ne parvint jamais à la première place de l’Oberliga mais disputa les 16 saisons et obtint la deuxième place au classement cumulé avec 466 matchs joués pour 246 victoires. Ainsi, le Werder était un des grands animateurs du championnat, terminant vice-champion lors des 5 dernières saisons, de 1959 à 1963. Lors des matches face aux cadors de Hambourg ou St. Pauli, l’équipe de Brême s’imposait souvent. En revanche, face à des équipes plus faibles, elle perdait tout aussi régulièrement. Avec ces performances imprévisibles, l’équipe gagna le surnom de Sphinx des Nordens.

Mais, pourquoi le sphinx ? En évoquant le sphinx, l’image de l’immense statue à la tête d’humain et le corps de lion se dressant devant les grandes pyramides du plateau de Gizeh revient. Cette créature légendaire, qui revêtit différentes formes mi-humaine, mi-animal, parfois ailé, s’imposa dans le monde antique. Le terme « sphinx » viendrait du grec ancien Σφίγξ qui signifie « étrangler », lui-même dérivant du sanskrit स्थग, signifiant « dissimulé ». Ce qui corrobore le sens que les égyptiens donnaient à la créature. Placé devant les temples, les sphinx empêchaient le peuple, les non-initiés, de pénétrer dans les sanctuaires et donc d’accéder aux Dieux. Ils perpétraient l’idée que la connaissance des Dieux était entouré de mystères, réservé à des sachants. Au fil des siècles, le sphinx conserva cette imaginaire de mystère. Et, par ces résultats aléatoires, l’équipe de Brême paraissait bien mystérieuse pour ses supporteurs. Quand, de nos jours, le club retombe dans ses travers, ce surnom, un peu poussiéreux, reprend vie.

#1306 – CD San Antonio Bulo Bulo : el Matagigantes

Le tueur de géants. Le club réside dans une petite agglomération d’à peine 22 000 habitants, au pied de la cordillère des Andes, dans le département de Cochabamba. Fondé le 31 Octobre 1962, il évoluait dans des ligues mineures et dans un relatif anonymat jusqu’au début des années 2020. Sous la conduite de l’entraineur Hugo Albarracín, l’équipe de San Antonio remporta, en étant invaincu, son premier titre en 2021, le championnat Primera A (qui représente le 3ème échelon au niveau du pays et le premier du département de Cochabamba). Avec ce titre, San Antonio accéda pour la première fois à la Copa Simon Bolivar, où s’opposent les champions et finalistes des différentes ligues départementales du pays. L’équipe remporta une nouvelle fois le championnat de Primera A en 2022 et atteignit la finale de la Copa Bolivar en 2023. Après ces bons résultats, le club accéda pour la première fois de son histoire à la Primera División 2024.

Cette première saison au sein de l’élite du football bolivien se révéla exceptionnelle. Le promu frappa un grand coup à domicile dès la 3ème journée en battant The Strongest 5 buts à 1. The Strongest est l’un des plus grands clubs boliviens (avec 16 titres de champion) et était le champion en titre. L’équipe termina la première phase de poule du championnat d’ouverture à la seconde place (4 victoires, 2 nuls et 2 défaites, avec 15 buts marqués pour seulement 7 buts encaissés). En quart du tournoi finale, Bulo Bulo se retrouva face à Bolívar, l’autre grand du football bolivien, champion en 2021 et 2022 et comptant 30 titres à cette date. Résultat : victoire de Bulo Bulo 1 but à zéro à l’aller. Suite au nul du match retour, Bulo Bulo éliminait Bolívar et accédait au demi-finale. Bulo Bulo ridiculisa Independiente Petrolero, champion de Bolivie en 2021, au match aller (6 buts à 1), ce qui assurait sa place en finale du tournoi d’ouverture. Et là, l’équipe réalisa l’exploit de remporter la finale et d’obtenir sa première qualification en Copa Libertadores.

La magie ne se reproduisit pas en tournoi de clôture, terminant à une 13ème place (sur 16). En super finale, le club s’inclina face au vainqueur du tournoi de clôture, Bolívar, et termina vice-champion 2024. Malgré une deuxième partie de saison plus difficile, Bulo Bulo s’offrit le scalp d’autres grands du championnat bolivien, comme Jorge Wilstermann (3ème club le plus titré du pays) et Oriente Petrolero (4ème club). Cette surprenante performance pour un promu en battant et écartant des clubs importants du championnat bolivien lui valut le surnom de matagigantes.

#1291 – Fluminense : Time de Guerreiros

L’équipe des guerriers. La fin des années 2000 fut mouvementée pour le club de Rio. Tout démarra bien. En 2007 , Fluminense remporta la Copa do Brasil, signant ainsi son retour en Copa Libertadores après 23 ans d’absence. Puis, en 2008, le club attint la finale de la Copa Libertadores, perdue contre les équatoriens du LDU Quito. Mais, une première alerte apparut, Fluminense terminant à la quatorzième place du championnat brésilien cette saison là, à seulement un point du premier club reléguable.

En 2009, 27 joueurs furent recrutés, et bien que l’équipe comptait quelques bons joueurs (l’ancien attaquant lyonnais Fred, l’ailier Marquinho, le milieu Thiago Neves et l’argentin Dario Conca), la mécanique ne prit pas et l’équipe se trainait au classement. La direction usa 4 entraineurs (René Simões, Carlos Alberto Parreira, Vinícius Eutrópio et Renato Gaúcho) pour redresser les résultats. Seulement, à la 23ème journée, Fluminense stationnait à la dernière place du championnat brésilien, avec seulement 20 points, 4 victoires et à 5 points du premier non-relégable. Dans ce contexte, la direction rappela à la tête de l’équipe Cuca, qui officiait déjà en 2008, mais il fallut un peu de temps pour que la mayonnaise prît. Après 4 matchs, Fluminense demeurait toujours en queue de peloton et les statistiques donnaient 2% de chance de se maintenir. En clair, Fluminense était promis à la relégation malgré les dix matchs restant. Cuca décida de se débarrasser de certains des joueurs les plus expérimentés et donna sa chance aux jeunes. Fluminense alla gagner à Santo André, un autre relégable, à la 29ème journée puis enchaina 2 matchs nuls. Le 29 Octobre, à domicile, Flu remporta la rencontre face à l’Atlético Minero, lui permettant de remonter à la 17ème place et de se lancer dans une série de 7 victoires d’affilée. 66 884 supporters assistèrent au Maracanã à la victoire 1-0 contre Palmeiras le 8 novembre, 55 030 la semaine suivante, lors de la victoire 2-1 contre l’Atlético Paranaense et 55 083 lors de la victoire 4-0 contre l’EC Vitória le 29 novembre. A 3 journées de la fin, Fluminense sortait de la zone de relégation et terminait finalement à la 16ème place.

En même temps que l’incroyable remontada en championnat, Fluminense réussit un magnifique parcours en Copa Sudamericana, les conduisant en finale. La seconde finale continentale en deux ans et toujours face à LDU Quito. Ce fut toutefois une nouvelle défaite. Cette belle dynamique se poursuivit l’année suivante et en 2010, Flu remporta le championnat brésilien pour la troisième fois de son histoire, 26 ans après le second.

Pour réaliser ce sauvetage en si peu de matchs, il fallait adopter un certain état d’esprit, qui fut qualifié de guerrier par la presse. Ce qui donna le surnom. La brasserie Cervejaria Brahma rendit hommage à cette équipe en faisant fabriquer une cuirasse dorée, frappée de l’écusson de Fluminense et en 2016, le club remplaça son ancienne mascotte par une nouvelle, dénommée Guerreirinho, représentant un guerrier.