#1445 – Scunthorpe United FC : the Iron

Le Fer. Après avoir remporté la troisième place de la Coupe du Monde 2026, l’Angleterre se réveille avec la gueule de bois en apprenant la mort de l’un des ses plus grands joueurs, Kevin Keegan. Double vainqueur du ballon d’Or, l’attaquant avait participé aux grandes heures de Liverpool durant les années 1970 avant d’apporter la gloire au club allemand d’Hambourg. Mais, ce magnifique parcours débuta hors des sentiers classiques au sein de Scunthorpe United, en 4ème division.

Située dans le Lincolnshire, la cité de Scunthorpe est indissociable de l’industrie sidérurgique. Surnommée Industrial Garden Town (la ville de l’acier), son histoire, son paysage et son économie ont été forgés par plus d’un siècle et demi d’extraction de minerai de fer et de production d’acier. Modeste village agricole pendant des siècles, la ville prit son essor avec la découverte d’importants gisements de minerai de fer par l’industriel Rowland Winn en 1859. 5 ans plus tard, la première coulée de fer fut réalisée aux usines de Trent Ironworks. En 1890, l’introduction des fours Siemens-Martin permit la transition vers la production d’acier. Puis, porté par la militarisation du pays et la Première Guerre mondiale, l’industrie se consolida autours de 3 pôles à comptes des années 1910 : Appleby-Frodingham Steel Company (production massive de plaques et de profilés), Redbourn Hill Iron and Coal Company (production de billettes d’acier) et Normanby Park au Nord de la ville. Avant la découverte du minerai de fer en 1859, la zone comptait environ 1 400 habitants. En seulement 60 ans, l’afflux massif de travailleurs fit bondir la population locale à 25 000 habitants. La production totale de fonte brute en 1917 s’élevait à près de 520 000 tonnes. Durant l’entre-deux-guerres, la production des 3 usines de Scunthorpe passait de 3% à 10% de la production totale d’acier du Royaume-Uni. En 1967, les 3 usines furent réunies sous l’égide de l’entreprise d’Etat, British Steel, formant alors un complexe intégré (ie comprenant des hauts-fournaux) de 800 hectares et le plus grand site sidérurgique du pays. À son apogée, l’usine employait directement plus de 20 000 salariés. Avec le développement du complexe, Scunthorpe s’étendait en une grande ville, à l’ouest, au nord et au sud du village d’origine. Sa population dépassait les 45 000 habitants en 1941 et atteignait plus de 66 000 au début des années 1980.

#1436 – Nottingham Forest : the Garibaldis

En référence au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi. Le club de l’Est des Midlands évolue dans des maillots rouges depuis sa fondation. S’il existe plusieurs versions pour expliquer ce choix de couleur, la plus connue fait référence aux troupes de volontaires de Garibaldi qui étaient dénommées les camicia rossa (chemise rouge) car elles portaient des chemises rouges (cf. #430). Pour comprendre cette filiation inattendue entre un club anglais et un révolutionnaire italien, il convient d’explorer l’Angleterre victorienne et l’admiration que celle-ci vouait à Giuseppe Garibaldi.

Après avoir connu l’exil et une première révolution en Uruguay, Garibaldi revint en Europe et en 1860, parvint à libérer son peuple de l’oppression des Espagnols et des Autrichiens. Pendant des siècles, la péninsule avait été une cohabitation de petits royaumes et de cités-États et Garibaldi fut un des artisans de l’unification. Homme militaire et politique, il devint alors en Europe un mythe équivalent au Che Guevara du XXème siècle et sa réputation traversa rapidement la Manche. En Grande-Bretagne, il séduisit l’establishment car il avait humilié les ennemis de la Grande-Bretagne. Tout comme les classes ouvrières dont il représentait le champion qui luttaient pour obtenir des droits fondamentaux aux opprimés. Cette admiration se transforma en une véritable « Garibaldimania » . Rendez vous compte qu’à l’époque des produits dérivés (tasses, assiettes, choppes, figurines en porcelaine) à son effigie inondaient le marché britannique. Pour l’honorer, son nom fut donné à des biscuits aux raisins secs, également à une sauce en Ecosse ainsi qu’à un cheval de course. L’Écosse produisit une sauce Garibaldi. L’apogée de ce phénomène fut sa visite à Londres en Avril 1864. Selon le quotidien « The Spectator », à son arrivée, la foule était si dense qu’il fallut 5 heures à sa calèche pour effectuer le trajet entre la gare de Nine Elms et son lieu de résidence, Stafford House.

Nottingham ne résista pas à cette vague. Une fanfare de la ville prit son nom en 1860 et un an plus tard, une conférence eut lieu pour relater ses aventures. Ce fut donc dans ce contexte qu’en 1865, un groupe de jeunes hommes fonda Nottingham Forest. Leur première décision aurait été d’acheter douze casquettes à gland de couleur rouge Garibaldi. Ce choix ne fut pas anodin car il influença d’autres clubs. Nottingham donna sa couleur rouge à Arsenal où joua deux de ses anciens joueurs. Arsenal inspira à son tour le club tchèque du Sparta Prague (cf. article #134). Nottingham détermina aussi la couleur du club argentin d’Independiente (cf. article #274).

#1412 – Coventry City FC : the Sky Blues

Les bleu ciel. Après un match nul 1-1 à Blackburn, la semaine dernière, Coventry City a validé son ticket pour la Premier League, 25 ans après sa dernière apparition. Pourtant, il y a moins de 10 ans, l’équipe du centre de l’Angleterre, végétait encore en 4ème division. Au sein de l’élite anglaise, Coventry sera donc la deuxième équipe a porter la couleur bleu ciel (l’autre étant Manchester City), qui demeure indissociable de son identité. Mais, le club n’a pas toujours cette teinte.

Avant les années 1960, l’identité visuelle de Coventry City était tout sauf fixe. Fondé par les employés d’une usine de bicyclettes, l’entreprise Singer, le 13 Août 1883, les joueurs portèrent différentes couleurs à leur début. Tout débuta avec un maillot probablement bleu marine jusqu’en 1887, qui laissa place, ensuite, pour seulement une saison, à une tenue rayée bleu marine et blanc. 1889 fut assez varié avec un maillot bleu ciel qui changea en cours de saison pour du rose et bleu marine. Pour la saison 1890-1891, une tenue intégralement noire marquée d’un « S » rouge fit son apparition. La saison suivante, le maillot bleu, accompagné d’un pantalon bleu marine, revint pour finalement, l’année d’après, se faire remplacer par une chemise partagée noire et rouge. Devenu officiellement Coventry City FC en 1898, le club connut de nombreuses expérimentations vestimentaires qui marièrent sous différente forme du blanc, du bleu ciel ou du bleu marine. De 1922 à 1924, pour tenter de raviver la flamme après des résultats catastrophiques, l’équipe adopta le rouge et le vert, les couleurs de la ville de Coventry. Enfin, pendant la majeure partie des années de 1924 à 1959, Coventry s’en tint à des maillots plus traditionnels à moitiés ou à rayures bleues rois et blanches. Juste au début des années 60, l’équipe jouait même dans un kit entièrement blanc.

Puis, en 1961, le changement définitif pour le bleu ciel a un nom : Jimmy Hill. Nommé manager de Coventry City en novembre 1961, Jimmy Hill (qui deviendra plus tard une figure légendaire de la télévision anglaise) trouva un club moribond, embourbé dans la 3ème division anglaise, en manque cruel d’ambition et qui venait de se faire éliminer de la FA Cup à domicile par Kings Lynn, une équipe amateure. Le génie de Hill fut de comprendre qu’il ne suffisait pas d’un simple changement tactique sur le terrain pour donner de nouvelles bases solides au club. Il fallait aussi transformer son image. Il lança alors ce qui restera dans l’histoire sous le nom de Sky Blue Revolution (la Révolution Bleu Ciel).

Il commença par changer la tenue des joueurs pour un maillot, un short et des chaussettes d’une seule couleur (bleu ciel), une innovation pour l’époque. Hill ne choisit pas cette couleur par hasard : le bleu ciel fit souvent partie du maillot du club depuis sa création. On peut aussi supposer que son idée était de rappeler aux joueurs comme aux supporteurs que « The sky is the limit » (Le ciel est notre seule limite). En outre, avant que la ville ne devienne le centre de la construction automobile anglaise, Coventry fut un centre majeur de l’industrie textile au XVIème siècle, célèbre pour son tissu teintée bleu ciel appelée « Coventry Blue » (qui donna naissance à l’expression « As true as Coventry Blue« , signifiant loyal et inaltérable). Le nouveau maillot fut inauguré lors de la victoire 2-0 contre Notts County à Highfield Road, en 1962, devant 22 832 supporters. Le lendemain, le Coventry Evening Telegraph surnomma l’équipe les Sky Blues, ce qui ne déplut pas à Hill qui trouvait l’ancien surnom, the Bantams (cf. #660), peu inspirant.

Jimmy Hill imposa un relooking total et déclina la nouvelle couleur dans tous les aspects du club. Il réécrit personnellement les paroles du célèbre chant traditionnel « Eton Boating Song » pour créer l’hymne du club sous le nom « Sky Blue Song » (Play up Sky Blues). Il fit affréter spécialement des trains baptisés « Sky Blue Express » pour transporter les supporteurs lors des matchs à l’extérieur. Une radio du club fut lancée sous le nom Sky Blue Radio, la première du genre dans le pays, qui offrait aux supporters des informations et des divertissements avant et après les matchs. L’impact de la décision de Jimmy Hill fut instantané et retentissant. Porté par cette nouvelle énergie visuelle et cette ferveur incroyable, Coventry City enchaîna les succès sportifs, grimpant les échelons jusqu’à atteindre la prestigieuse Première Division en 1967.

Cette révolution identitaire s’inscrivit dans un mouvement plus large. En avance sur leur époque, quelques managers de clubs anglais comprirent l’importance de forger, d’ancrer l’identité de leurs clubs et les firent sombrer dans le marketing bien avant les clubs continentaux. La même année que Coventry, Leeds opta pour sa tenue intégralement blanche (cf. #248). Deux ans auparavant, Watford opéra un virage à 180 degrés pour se forger une nouvelle identité agressive, abandonnant le bleu et le blanc que l’équipe portait depuis plus de 60 ans au profit du noir et or (cf. #460).

#1393 – Doncaster Rovers FC : the Vikings

Les vikings. Il ne s’agit pas du surnom le plus utilisé pour désigner le club du Yorkshire mais pourtant il est bien ancré dans son ADN. En effet, le blason arbore les couleurs du club, rouge et blanc, et représente un Viking doré avec son casque ailé et l’épée posée sur l’épaule. Et contrairement à la tendance générale, ce n’est pas le surnom qui est venu s’inscrire dans le blason mais l’écusson qui a inspiré le surnom. Après avoir affiché les initiales du club sur leurs maillots durant les 40 premières années d’existence, les joueurs portèrent l’écusson du club à compter des années 1950. Le blason du club était alors une copie des armoiries de la ville de Doncaster (deux lions tenant des roses du Yorkshire dans leur gueule, ainsi qu’un écu rouge figurant l’ancien château médiéval de Doncaster). Mais, alors que les résultats sportifs étaient décevants, le conseil municipal de Doncaster refusa aux Rovers l’autorisation d’utiliser leurs armoiries. Résultat, la direction du club partit à la recherche d’un nouvel écusson. Deux versions s’opposent pour expliquer l’apparition du Viking au début des années 1970.

D’un côté, certains avancent qu’un concours fut organisé pour trouver l’inspiration. Les vainqueurs furent un groupe d’étudiant qui proposèrent le viking. Mais d’où venait cette idée d’attribuer au club du Yorkshire l’image du guerrier scandinave ? Il se pourrait que le nom du club, Rovers, en soit à l’origine. En effet, Rover signifie un vagabond, dans le sens d’un voyageur sans but précis (wanderer, roamer), mais aussi un navigateur (seafarer). Et particulièrement le terme rover associé à sea (sea-rover) exprime un pirate. Or, les vikings étaient vus comme des audacieux vagabonds nordiques car, pendant des siècles, ils sillonnèrent les mers et pillèrent les riches terres du sud lors de raids. Autre explication possible : le Château de Conisbrough. Cette imposante fortification fut édifiée au XIème siècle par Guillaume de Warenne, beau-fils de Guillaume le Conquérant. Ces derniers, normands, avaient conquis l’Angleterre en 1066 et firent de Doncaster une place forte normande importante. Or, les normands étaient des vikings autorisés par le Roi Charles le Simple à s’installer en Normandie.

De l’autre côté, la légende raconte que l’entraîneur de l’équipe, Maurice Setters, cherchait un nouveau logo pour le club lorsqu’une publicité pour les voitures Rover attira son attention. Or, à compter de 1922, un guerrier scandinave ornait les bouchons de radiateur des modèles de la marque automobile britannique. Ainsi, Setters aurait conclu un accord avec le concessionnaire Rover local : en échange de voitures pour certains membres de l’équipe, l’emblème de Rover déteignait sur l’écusson du club.

Quoiqu’il en soit, le viking, apparu en 1972, ne demeura pas longtemps sur le maillot des joueurs. Dès 1979, il disparut au profit d’un écusson plus sobre. Mais, en 1982, le viking emblématique fit son retour pour le plus grand bonheur des supporteurs et ne déserta plus le blason du club depuis.

#1369 – Newcastle United : Geordies

C’est à la fois le gentilé et le dialecte des habitants de Newcastle et, plus généralement, de la région de Tyneside dans le nord-est de l’Angleterre. Le dialecte se compose d’un accent qui le rend rapidement reconnaissable ainsi que d’un vocabulaire riche et original, difficiles à comprendre pour des anglais d’autres régions et des étrangers. Il s’est retrouvé « à l’honneur » grâce à une téléréalité assez trash qui s’appelle Geordie Shore. Quelques stars l’ont conservé comme Cheryl Cole, Sting et les présentateurs Ant et Dec. Mais, que vous le parliez ou pas, si vous habitez la région, vous serez pour le reste de l’Angleterre un geordie. Plusieurs théories se font concurrence pour expliquer l’origine du terme Geordie mais toutes s’accordent pour penser que le terme provient d’un diminutif familier du prénom George.

L’une des plus connue fait référence à la rébellion jacobite. Lors de la Glorieuse Révolution de 1688, le Roi d’Angleterre, d’Irlande et d’Ecosse Jacques II Stuart, catholique, fut détrôné par les ligues protestantes. Jusqu’en 1746, les partisans de Jacques II (les jacobites) continuèrent à lutter pour tenter de rétablir sa dynastie face à la Maison d’Orange-Nassau puis celle d’Hanovre. En 1715, la couronne anglaise était portée par Georges Ier de la Maison d’Hanovre dont les habitants de Newcastle étaient de fervents partisans, selon les jacobites qui étaient majoritaires dans le reste du Northumberland rural. Ces derniers surnommèrent alors les habitants de Newcastle de Geordies, en référence à une chanson populaire « Cam Ye O’er Frae France » (Viens-tu de France) dans laquelle le Roi Georges était appelé Geordie Whelps (George le Guelfe).

Dans cette région où le charbon fit la richesse et la pauvreté de nombres de personnes, naturellement, certaines théories rattachent geordie au monde des mineurs. Le prénom Georges aurait été tout d’abord porté par de nombreux mineurs. Ensuite, alors que les mineurs du reste de l’Angleterre utilisaient les lampes dénommées Davy, ceux du Comté de Tyne and Wear préféraient la lampe Geordie qui avaient été conçues par George Stephenson, surnommé « geordie the engine-wright » (geordie le mécanicien) en 1815 à Newcastle. Pourtant, le terme geordie serait antérieur puisque dès 1793, les chansons de la région désignaient sous ce terme les mineurs. Et tout au long du au XIXème siècle, le mineur resta une figure emblématique de la région appelée geordie. Le terme s’étendit ensuite à tous les habitants.

Une dernière version, moins répandue, avance que, du XIème au XVIIème siècle, le long de la frontière anglo-écossaise, de nombreuses familles importantes étaient établies de chaque côté et portaient des nom pittoresques. Parmi ces familles, le nom Geordie était répandu comme les Geordie Kang Irvine, Ill-Drowned Geordie Nixon et Jingling Geordie.

#1366 – Seoul E-Land FC : 표범

Les léopards. En 2014, la capitale coréenne voyait la naissance d’une nouvelle franchise de football, sous le patronage de l’entreprise E-Land, le Seoul E-Land FC. Le nom du club avait fait l’objet d’un vote auprès des fans et, sur les 3 400 participants, Seoul E-Land FC l’avait emporté face à Eastern Seoul FC et Seoul Gangnam FC. Le blason avait fait aussi l’objet d’un concours où plus de 100 designs furent reçus. 8 furent assemblés et retravaillés pour donner l’écusson actuel chargé de nombreuses symboliques.

L’emblème du club est composé de 5 étoiles représentant les 5 valeurs commençant par un « E » et poursuivies par le club et par le groupe E-Land (Excellence, Entertainment (divertissement), Economie, Exchange (communication) et Example (modèle)). Il intègre aussi le mont Namsan et le fleuve Han, éléments emblématiques de la ville de Séoul. Puis, 3 léopards coréens (appelées aussi Léopard de l’Amour) s’incrivent sur la gauche de l’écusson. Elles représentent les caractéristiques (qui commencent par un « S » comme Seoul) du style de football que Seoul E-Land souhaite incarner : la vitesse (Speed), l’endurance (Stamina) et la technique (Skill). Enfin, une couronne chapeaute l’écusson et s’inspire du design de la couronne de la famille royale britannique, pays berceau du football. D’ailleurs, les léopards peuvent également être un rappel de l’Angleterre car ils ressemblent aux 3 lions apparaissant sur les armoiries de l’Angleterre, qui sont de profil sur trois pattes, la tête de face, ce qui correspond au « léopard » héraldique.

Cette inspiration britannique trouve ses origines dans l’histoire de la société E-Land. Ce chaebol (conglomérat coréen), qui opère dans la mode, la distribution, les loisirs, la restauration et la construction, démarra ses activités en 1980 avec une boutique de vêtements appelée « England ». Si le groupe fut rebaptisé en E-Land en 1986, son logo reprenait les codes des armoiries de la famille royale anglaise.

#1342 – Stamford AFC : the Daniels

On va descendre dans les bas-fonds du football britannique, en Southern Football League, équivalent de la 7ème et 8ème division, où évolue le club de Stamford. Mais, son surnom, the daniels, que le club porte fièrement sur son écusson, mérite que l’on s’y attarde. Dès 1870, un club de football existait à Stamford. Vers 1894, les deux clubs les plus importants de la ville, Stamford Town et Rutland Ironworks, fusionnèrent. Initialement, la nouvelle association prit le nom de Rutland Ironworks, considéré comme le plus fort des deux fondateurs. Puis deux ans plus tard, pour augmenter sa notoriété dans la ville, le club adopta le nom de Stamford Town. Quelques années plus tard, il gagna son surnom de the daniels, pour rendre hommage à Daniel Lambert, qui était plutôt une icone de la cité de Leicester.

Mais qui était donc Daniel Lambert ? Né en 1770, il fut gardien de prison et un éleveur d’animaux réputé, notamment de chiens de chasse, de chevaux et de coqs de combat. Mais, sa renommée, il la gagna en raison de sa corpulence. Car bien qu’il fut un sportif émérite (il aurait combattu un ours), à partir de ses vingt ans, il commença à prendre du poids. 200 kg en 1793, 250 kg en 1801, cinq ans plus tard 320 kg et à la fin de sa vie 350 kg. L’origine de son obésité provenait certainement d’un dérèglement hormonal car il semblerait qu’il ne mangeait pas de quantités importantes de nourriture et ne consommait pas d’alcool. Devenu impotent, il abandonna ses activités sportives mais également professionnelles, ce qui le fit plonger dans la pauvreté. Il dut alors se résigner à s’exposer comme une bête de foire et tourna à Londres comme dans le reste de l’Angleterre. En 1809, il arriva dans la ville de Stamford où il décéda subitement le 21 juin. Il fut enterré dans le cimetière Saint-Martin de la municipalité. Sa mort ne mit pas fin à sa notoriété, bien que d’autres personnes atteignirent ou dépassèrent son poids. Partout en Angleterre, de nombreux pubs et auberges furent rebaptisés en l’honneur de Daniel Lambert, notamment à Leicester et Stamford. Puis, le terme « Daniel Lambert » entra dans le langage courant anglais pour désigner tout d’abord un homme obèse et au fil du temps, tout ce qui est exceptionnellement grand, imposant. Lambert est toujours aujourd’hui un personnage populaire à Leicester, décrit en 2009 par le « Leicester Mercury » comme « one of the city’s most cherished icons » (l’une des icônes les plus chères de la ville).

#1315 – AFC Wimbledon : the Crazy Gang

Le gang fou. Avant de devenir le championnat des milliardaires (propriétaires comme joueurs) où règne un football d’esthète pour des spectateurs nantis, l’élite anglaise accueillait des joueurs au caractère marqué et des fans criards. Le tout dans un excès de violence qui s’exprimait sur et en dehors du terrain. Le paroxysme de ce football enfumé et alcoolisé fut atteint avec l’équipe londonienne de Wimbledon dans les années 1980 et début des années 1990, juste avant de basculer dans le nouveau monde de la Premier League. Comme un dernier pied de nez d’une certain idée du football …

Fondé en 1889, ce modeste club survivait au côté de l’hégemonique tournoi de tennis et dut attendre 1977 pour enfin atteindre les rangs du football professionnel anglais (la 4ème division). Le propriétaire Sam Hammam et l’entraineur Dave Bassett compensèrent les faibles moyens financiers du club en créant un état d’esprit soudant ses jeunes joueurs. Avant et après les matchs, l’équipe se comparait à une bande d’attardés, pas avares de blagues potaches et de bizutage hard. Ainsi, certains pouvaient se soulager dans les chaussures des nouveaux. Une autre fois, le kiné finit attaché par les chevilles à un bateau de pêche et traîné la tête dans l’eau. Les vestiaires visiteurs du stade de Wimbledon étaient quand à eux régulièrement saccagés. Pendant les matchs, de grands ballons dégagés devant et une pression extreme sur les défenses. Et les Dennis Wise, Vinnie Jones, Mick Harford, John Fashanu, Dave Beasant, Lawrie Sanchez et Wally Downes n’hésitaient pas à donner des coups et intimider leur adversaire avec quelques insultes. Mais, les coups pouvaient également être dirigés à l’encontre des coéquipiers. Evidemment ce style de jeu rude et physique déplut comme le décrivit Gary Lineker « the best way to watch Wimbledon is on Ceefax rather than on TV » (la meilleure façon de regarder Wimbledon est sur Ceefax [le système de télétexte de la BBC] plutôt qu’à la TV).

Avec de tels phénomènes sur le terrain, le club grimpa rapidement les échelons pour atteindre la première division pour la première fois de son histoire en 1986. Et alors que tout les journalistes s’attendaient à un retour direct en seconde division, le club décrocha une incroyable 6ème place, en battant au passage 2 fois Chelsea (4-0 et 2-1), Manchester United et Liverpool à Anfield. L’apothéose fut atteint en 1988. Après avoir éliminé Newcastle, Watford, puis Luton Town, Wimbledon affronta Liverpool en finale de la FA Cup. La veille du match, fidèles à leur tradition, les joueurs finirent dans un pub et rentrèrent éméchés dans leur hotel. Mais, le lendemain, Sanchez marqua le seul but du match, offrant la coupe à Wimbledon, premier trophée significatif du club.

Mais, les nuages commencèrent à s’amonceler au-dessus du club. Ayant besoin de rentrer des fonds, certains joueurs quittèrent le club et la direction partit en recherche d’un nouveau stade. Il n’en fallait pas plus pour perdre cet état d’esprit. D’autant plus que la Premier League arrivant, le style combatif et limite des joueurs ne correspondaient plus aux nouvelles attentes. En 2000, le club fut relégué en seconde division et la direction donna le coup de grace en 2001, en annonçant son intention de déménager à Milton Keynes, à 80 km des bases historiques du club. Le Wimbledon FC disparut au profit de Milton Keynes Dons FC tandis que les fans mécontents fondèrent le club d’AFC Wimbledon.

#1299 – Tottenham Hotspur FC : the Lilywhites

Blanc comme neige, blanc comme le lys. Cette expression anglaise colorée rend hommage au maillot blanc immaculé du club londonien. Pourtant, l’histoire ne démarra pas dans les draps blancs. Le club fut fondé le 5 septembre 1882 par un groupe d’écoliers, joueurs de cricket, qui cherchaient une activité sportive pendant les mois d’hiver. La première année d’existence, l’équipe joua peu et il ne reste pas de trace de la couleur de leur tenue. Lors de la première assemblée générale du club en août 1883, les membres adoptèrent officiellement un maillot bleu foncé, frappé d’un H sur la poitrine gauche, une culotte blanche, des bas bleu foncé et une casquette.

La légende raconte qu’en 1884 (ou 1885), les joueurs préférèrent annuler un match pour aller assister à la finale de la FA Cup, remportée par les Blackburn Rovers, qui dominaient cette compétition durant 3 saisons de suite (1884, 1885 et 1886). Impressionnés, les joueurs de Tottenham empruntèrent alors le maillot de Blackburn, découpé verticalement, une partie blanche et l’autre bleu ciel, jusqu’en 1888. A cette date, le maillot blanc, accompagné d’un short bleu foncé, fit sa première apparition mais pour une seule saison. S’en suivit 6 années où un maillot intégralement rouge remplaça la chemise blanche. En 1896, pour marquer leur passage au niveau professionnel, les Spurs portèrent un maillot rayé décrit avantageusement comme « chocolat et or », en hommage au Wolverhampton Wanderers (vainqueur de la coupe en 1893 et finaliste en 1896). Finalement, en 1898, le club opta pour son célèbre maillot blanc avec le short bleu foncé, en s’inspirant, encore une fois, d’une autre puissance du football britannique : Preston North End (champion d’Angleterre en 1889 et 1890, vice-champion de 1891 à 1893 et vainqueur de la FA Cup en 1889). Autre avantage, Tottenham se distinguait en Southern League (elle était la seule équipe à évoluer dans ces teintes).

Depuis cette date, les joueurs de Tottenham évoluent en maillot blanc accompagné d’un short bleu foncé … sauf dans les compétitions européennes, où le blanc gagne l’ensemble de leur tenue. Sortant d’un doublé Coupe-Championnat, Tottenham disputa sa première Coupe des Clubs champions en 1961 et inaugura la tradition du kit intégralement blanc lors de son premier match européen contre les polonais de Górnik Zabrze. L’histoire populaire raconte que le célèbre manager de l’équipe londonienne, Bill Nicholson, s’inspira de la tenue blanche du Real Madrid, qui écrasa l’Europe lors des 5 premières éditions de la Coupe d’Europe, afin d’encourager ses joueurs à ressembler aux madrilènes. Il semblerait que la raison soit plus pragmatique. A la fin des années 1950, l’éclairage des terrains apparût mais, étant donné leur qualité moyenne, la luminosité n’était pas optimale. Bill Nicholson chercha un moyen d’aider les joueurs à mieux se repérer sur le terrain lors de match nocturne. Ainsi, les joueurs de Tottenham commencèrent à porte un maillot et un short blanc, qui se distinguaient mieux sous les projecteurs, dès 1956. Toutefois, comme les matchs en soirée se déroulaient principalement en Coupe d’Europe, cette tenue immaculée était surtout portée lors de cette compétition, donnant lieu à cette tradition.

#1270 – Nottingham Forest : the Tricky Trees

Les arbres rusés. Si on vous parle de Nottingham, vous pensez bien souvent à son shérif, l’ennemi traditionnel de Robin des Bois et de ses Joyeux Compagnons. Or, le fameux brigand au grand cœur se cachait dans la forêt de Sherwood, aujourd’hui à une trentaine de kilomètres de Nottingham. Couvrant actuellement 424,75 hectares, elle était auparavant un grand espace boisé royale, qui s’étendait, au Moyen Âge, du Nord du comté de Nottingham jusqu’à la cité de Nottingham. Or, au XIXème siècle, cette espace méridional avait été déboisée pour notamment accueillir l’Hippodrome qui fut nommé « Forest », en référence à la fameuse forêt de Sherwood. Et lors de ses premières années d’existence, le club évolua à l’Hippodrome de Forest, ce qui aurait donc inspiré son nom.

Durant longtemps, l’écusson du club ne joua pas sur l’identité forestière et préféra reprendre une version adaptée des armes de la ville. En février 1973, le quotidien « Nottingham Post » lança un concours pour concevoir un nouveau blason. Plus de 800 propositions, certaines provenant d’Australie, affluèrent dans les locaux du journal. Un jeune designer, David Lewis, qui travaillait au Nottingham Polytechnic (aujourd’hui Nottingham Trent University) remporta le concours. Au cours des mois suivants, le design de David fut peaufiné avec le secrétaire du club, Ken Smales, pour parvenir à l’écusson qui trône fièrement sur le maillot de Forest jusqu’à aujourd’hui. Il se compose d’un arbre, qui rend hommage à la forêt de Sherwood, avec, au niveau de ses racines, 3 traits en forme de vague, qui rappelle le Trent, l’un des principaux fleuves du pays et qui traverse Nottingham.

Ce changement d’identité coïncida avec l’arrivée à la tête de l’équipe de Brian Clough le 6 Janvier 1975 et accompagna le changement de dimension du club. Alors qu’il luttait pour le maintien, 5 ans plus tard, Nottingham avait remporté la Premier League en 1978 (alors que le club était un promu) suivi d’une Coupe de la Ligue. Puis, Nottingham atteignit les sommets en gagnant 2 fois d’affilée la Coupe des Clubs Champions en 1979 et 1980. Opposé au kick and rush, qui était dominant dans les clubs britanniques de la fin des seventies, Brian Clough imposa un style de jeu plus construit avec la balle à terre. Donc, ce nouveau logo, avec un arbre, et ce style de jeu surprenant et donnant des résultats imposèrent le surnom Tricky Trees, qui était une expression qui caractérisait des choses difficile à gérer, compliqué. Il signifiait donc que les joueurs de Nottingham étaient des adversaires plus coriaces qu’il n’y paraît à première vue.