#1468 – ADO’20 : de Superezels

Les supers ânes. La culture du football amateur et semi-professionnel abrite souvent des histoires locales et authentiques. Au point, que les petits clubs des villes de province affichent des surnoms originaux qui sortent des sentiers battus. C’est le cas d’ADO’20, basé dans la commune de Heemskerk (Hollande-Septentrionale), qui se retrouve avec un surnom peu flatteur. Mais comment un club de football en vient-il à adopter l’emblème d’un animal souvent raillé pour son entêtement ?

Avant de s’intéresser à l’âne, il convient de se pencher sur le nom même du club. Fondé le 15 mai 1920, ADO ’20 est l’acronyme de Aanhouden Doet Overwinnen, que l’on peut traduire par « Persévérer fait vaincre » . Cette devise traduit une éthique de travail rigoureuse et une détermination inébranlable sur le terrain. Des qualités de résilience et d’opiniâtreté qui, paradoxalement, se rapprochent grandement de la robustesse de l’animal. Mais ce n’est pas la raison de ce surnom. Pour comprendre le sobriquet des joueurs, il faut s’éloigner des terrains de football car, en réalité, ezels (les ânes) est quasiment le gentilé des habitant de Heemskerk.

Historiquement, les habitants de la commune de Heemskerk ont été affublés de ce sobriquet par les résidents des bourgades voisines. Cette appellation trouve ses racines dans l’activité maraîchère de la région. Autrefois, les agriculteurs de Heemskerk cultivaient les fraises. Une fois récoltés, ces fruits périssables et délicats devaient être rapidement acheminés vers la ville adjacente de Beverwijk, où ils étaient vendus aux enchères lors de la criée. Pour assurer le transport quotidien de leurs précieuses marchandises, les paysans de Heemskerk utilisaient couramment des ânes. L’histoire court que les paysans de Heemskerk étaient trop pauvres pour acheter des chevaux et qu’ils recouraient ainsi à des ânes. Au fil du temps et des allers-retours incessants, cette pratique pittoresque a marqué les esprits.

Toutefois, la recherche historique et les archives régionales mettent en lumière une seconde version, bien plus truculente et politique. L’origine du sobriquet proviendrait du bourgmestre de Heemskerk. L’événement fondateur remonterait au 4 octobre 1873, lors d’une séance particulièrement houleuse du conseil municipal. Les débats s’éternisaient, bloqués par le caractère foncièrement inflexible des élus et des citoyens présents. Exaspéré, le bourgmestre Hermanus Zaalberg aurait fini par perdre son sang-froid. Avec une incroyable véhémence dans la voix, le maire reprocha au conseil municipal et aux citoyens de ne pas vouloir évoluer avec leur temps à cause de leur avarice et de leur leur entêtement légendaire. L’anecdote aurait pu rester confinée aux murs de la mairie, mais un journal local s’en fit l’écho, affichant en gros titre « Burgemeester noemt burgers ‘EZELS’«  (Le maire qualifie les citoyens d’ÂNES). Dès lors, le mot était lâché et l’étiquette collée.

#1467 – Independiente Santa Fe : los Leones

Les lions. L’animal n’est évidemment pas endémique de la région de Bogota mais le roi de la savanne s’imposa comme la mascotte du club il y a une cinquantaine d’année et lui donna son surnom. Remontons à la genèse de l’histoire. En 1975, suivant l’exemple de plusieurs clubs à travers le monde, la direction d’Independiente, et en particulier son président, Guillermo Cortés Castro, prit la décision de se doter d’une mascotte. Le premier choix se porta sur un pigeon voyageur mais l’oiseau ne collait pas avec l’image de force que la direction voulait que la mascotte véhicule. Le choix se porta alors sur le lion. Le félin représente parfaitement la férocité et la garra (la hargne), des valeurs chères à l’équipe. Mais, la mascotte ne devait pas rester une image graphique ou une poupée de mousse et la direction voulait un véritable lion à exhiber lors des matchs pour galvaniser les joueurs et les supporteurs.

Le journaliste Daniel Samper Pizano, alors membre du conseil d’administration du club, fut charger de trouver le félin. Ses recherches le menèrent au zoo de Pereira, où un jeune lionceau nouveau-né lui fut confié. L’animal reçut le nom de Monaguillo (enfant de chœur). Ce baptême n’était pas fortuit : il s’agissait du terme employé par l’institution de la capitale pour désigner les joueurs de ses catégories inférieures, lesquels arboraient des tenues blanches rappelant celles des jeunes assistants des prêtres lors des offices religieux.

Après un premier mois passé dans la ville de Cali, le jeune lion fut officiellement transféré au siège de l’Independiente Santa Fe, dans le quartier de Teusaquillo à Bogota. Installé dans un patio contigu à la salle de réunion, l’animal partageait indirectement le quotidien des dirigeants. Il avait notamment pris l’habitude de réagir à l’odeur des sandwichs au jambon et au fromage consommés par le comité : si sa part ne lui était pas offerte, Monaguillo manifestait son mécontentement en lâchant de puissants rugissements. D’après les témoignages de l’époque, le félin accompagnait les joueurs dans le bus de l’équipe. Il posait pour les photographes vêtu de l’uniforme du club.

Les supporters eurent l’occasion de découvrir leur nouvelle mascotte le 24 août 1975 au stade El Campín. Présenté par le défenseur Rafael Pacheco, le lionceau assista à la victoire de son équipe contre le Deportivo Cali (2-0), marquée par les buts de Ramiro Viáfara et Juan Carlos Sarnari. En grandissant, sa carrure imposa qu’il soit par la suite transporté dans une cage pour faire le tour du stade. La présence de Monaguillo s’est révélée être un véritable porte-bonheur : l’année de son arrivée, le club de Bogota remporta sa sixième étoile, sacrant ainsi le lion comme son symbole suprême.

Bien que son comportement fût calme, Monaguillo était un animal sauvage, aux instincts imprévisibles. Surtout, sa taille adulte finit par exiger son transfert vers le zoo Santacruz, situé en périphérie de la ville, où il passa le reste de son existence. La vie de Monaguillo s’acheva de manière tragique des suites d’une injection vétérinaire mal administrée par un étudiant. Selon les rumeurs de l’époque, ce dernier aurait été un supporter des Millonarios, le grand club rival. Malgré cette triste fin, l’héritage de Monaguillo demeure intact et, un demi-siècle plus tard, le rugissement du lion reste l’âme indéfectible de l’Independiente Santa Fe.

#1462 – Real Jaén : Lagarto

Le lézard. Ce surnom n’est pas l’apanage du club de football de la cité andalouse. En fait, pour comprendre l’origine de cette appellation singulière, il convient de s’éloigner des pelouses pour plonger dans le riche folklore de la ville de Jaén et en particulier dans l’un des mythes les plus célèbres de la région : la légende du Lagarto de la Magdalena (le lézard de Madeleine).

Selon la tradition orale, qui remonte à plusieurs siècles et dont la première mention écrite apparaît en 1628, un reptile gigantesque avait élu domicile dans une grotte près de la source de la Magdalena, au cœur de Jaén. Ce reptile serait un lézard dans la version la plus connue mais parfois il s’agit d’un dragon ou d’un grand serpent. Ce monstre terrorisait les habitants et dévorait les troupeaux et quiconque venait puiser de l’eau à la source. Evidemment, la légende va narrer le combat et la mort de ce lézard mais le folklore local propose plusieurs versions. Dans la première, un prisonnier, condamné à mort, proposa de tuer le lézard en échange de sa grâce. Ainsi, il aurait offert au monstre des pains fourrés de poudre à canon. Le lézard, après les avoir engloutis, aurait explosé. Dans une autre version, un berger, fatigué de perdre ses moutons, aurait utilisé une ruse similaire en piégeant la bête avec une carcasse de mouton remplie d’explosifs. Enfin, la dernière histoire met en avant un chevalier qui aurait revêtu une armure recouverte de miroirs, éblouissant le monstre avec le reflet du soleil avant de lui asséner le coup de grâce.

Aujourd’hui, ce mythe est profondément ancré dans la culture et l’identité de la ville. Tout d’abord, il a donné naissance à une expression populaire espagnole « Así revientes como el lagarto de Jaén » (Puisse-tu exploser comme le lézard de Jaén), utilisée pour mettre en garde contre la gourmandise. Il s’inscrit également dans son architecture. Dans le quartier de Magdalena, une statue du lézard orne la fontaine près de l’endroit où il aurait vécu, œuvre de Damián Rodríguez Callejón. Chaque année, le 2 juillet, la ville célèbre el Día Oficial del Lagarto de la Magdalena (Journée officielle du Lézard de Magdalena). Cette journée commémore la reconnaissance de la légende locale comme l’un des trésors du patrimoine culturel immatériel de l’Espagne, déclarée le 2 juillet 2009. Outre la programmation culturelle, on y déguste une boisson dénommée sangre del lagarto (sang du lézard), préparée en faisant chauffer du vin rouge avec des clous de girofle, de la cannelle, du sucre, des zestes de citron ou d’orange et de l’anis. Il existe également un célèbre festival de rock, Lagarto Festival. Certains affirment même que la forme même de la ville, enroulée autour de la colline de Santa Catalina, évoque un lézard. Symbole non officiel de la ville, le lézard a également déteint sur le Real Jaén, devenant sa mascotte et son surnom.

#1456 – Racing Club Abidjan : les Lions

Reconnu pour la qualité de son centre de formation, ce jeune club de la capitale économique ivoirienne a su très rapidement s’imposer parmi l’élite. Ancien joueur et éducateur entre autres de l’AS Monaco et Evian Thonon Gaillard, Souleymane Cissé fonda en 2006 un centre de formation à Abidjan pour développer des jeunes talents. Sa vision était que le football peut être un outil puissant d’éducation et de transformation sociale. Quand les premières générations formées étaient devenus mures, Souleymane Cissé acheta un club de football, le FC Kokoumbo, en 2016. Ses protégés pouvaient ainsi accéder à la troisième division nationale et démarrer leur acension. Puis, en 2017, il changea de nom pour devenir le Racing Club d’Abidjan et dans la foulée remporter le championnat de seconde division. Sa première saison au sein de l’élite (2018-2019) se conclut par une superbe 4ème place. Puis, le club marqua un grand coup l’année suivante en remportant son premier titre nationale (après un exercice tronqué par le coronavirus).

Son écusson arbore fièrement une tête de lion qui est devenu également son surnom. Pourtant, le félin a disparu depuis longtemps de la forêt ivoirienne et sa présence à Abidjan se limite aux quelques spécimens présents au Zoo. Ce dernier ne se situe pas plus dans le quartier où est né l’académie et où réside le club (Yopougon). En réalité, adopter l’image du roi de la savane pour le club est un choix (classique) pour symboliser la force, la détermination et l’esprit de conquête sur le terrain. Des valeurs que Souleymane Cissé souhaite voir développer par ses jeunes pouces comme les joueurs professionnels. Pour la petite histoire, l’importance de ce symbole est telle que fin 2020, le club a modernisé son logo en remplaçant l’ancien lion de profil par un majestueux lion vu de face. Ce changement visait à imposer une image de « fauve » encore plus intimidant et prêt à affronter ses adversaires les yeux dans les yeux.

#1452 – CARA Brazzaville : les Aiglons

Avec 9 titres de champion et 3 coupes nationales, le CARA Brazzaville est une véritable institution au Congo. Surtout, le club acquit ses lettres de noblesses en remportant la Coupe des clubs champions africains en 1974, à la fin de sa période dorée. Le club naquit d’une frustration. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville, les missionnaires catholiques de l’École Saint-Vincent favorisèrent la création d’une équipe de football dénommée Renaissance. Rapidement, une seconde équipe se créa et les deux, qui portaient les mêmes couleurs, bleu et jaune, se différencièrent en s’appelant Renaissance A (équipe fanion) et Renaissance B (la réserve). Mais, le niveau de ces deux équipes se rapprochèrent (les deux évoluant alors en première division) et une rivalité apparut qui attint son apogée au début des années 1950. Lors de deux compétitions, les joueurs de Renaissance B eurent le sentiment d’avoir été volé par Renaissance A. En Coupe des Scouts, un pénalty généreusement accordé à Renaissance A donna la victoire face à Renaissance B. Puis, un nouveau duel fratricide se déroula en finale de la Coupe Mgr Augouard. Le gardien de Renaissance B, qui était prêté par la Renaissance A, réalisa une prestation pitoyable qui provoqua une lourde défaite. Ce fut vécu comme une trahison et le divorce était alors acté. En 1952, Renaissance B prit son indépendance et se nomma seulement « Renaissance ».

Mais, pour prendre définitivement son essor, il fallait lancer une nouvelle dynamique qui passait par l’adoption de nouveau symbole. En 1963 (ou 1962), le nom du club s’allongea pour devenir le Club Athlétique Renaissance Aiglon, formant ainsi l’acronyme CARA. À cette époque, Brazzaville vibrait au rythme de la « Kara Kara » , une danse extrêmement populaire. En adoptant l’acronyme CARA qui sonnait comme le phénomène culturel, les dirigeants s’assuraient un immense capital sympathie auprès de la jeunesse et des supporters brazzavillois. Pour le terme « aiglon » qui s’imposa dans le nom, les dirigeants cherchèrent simplement l’inspiration en Europe, et plus particulièrement dans le championnat de France. Ils jetèrent leur dévolu sur l’OGC Nice, l’un des clubs phares de l’époque. En effet, le club azuréen connaissait sa période la plus glorieuse avec 4 titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et 2 Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954). Le club rivalisait alors avec le grand Stade de Reims.

Le club congolais adopta donc le nom « aiglons » qui était le surnom historique des joueurs niçois (cf. #137). Pour que l’hommage soit total et que l’identité visuelle marque les esprits, le club congolais prit également la décision radicale de modifier la couleur de ses maillots. Le CARA abandonna ainsi ses historiques couleurs bleu et jaune pour endosser le rouge et noir du club français.

#1449 – Correcaminos UAT : los Correcaminos

Les Grands Géocoucous. Durant une vingtaine d’année (1959-1978), Cuerudos était considérée comme le club emblématique de la ville de Ciudad Victoria, la représentant en seconde division mexicaine sans discontinuer. Malgré quelques succès sportifs et un fort soutien populaire, des difficultés financières croissantes conduisirent à son retrait du football professionnel à l’issue de la saison 1977-1978. La nature ayant horreur du vide, un nouveau club reprit le flambeau du football professionnel dans la ville en 1980 : Correcaminos UAT. Il s’agit de l’équipe de l’université de la région de Tamaulipas, Universidad Autónoma de Tamaulipas (UAT), qui a l’image des célèbres universités UNAM (avec les Pumas) et UANL (avec les Tigres) créa sa section professionnelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’origine de ce surnom ne provient pas directement du football. En réalité, il trouve ses racines dans l’équipe de football américain de l’université. Fortement influencées par le modèle et la culture nord-américain, les sections de football américain des universités mexicaines cherchaient des mascottes fortes pour représenter leurs étudiants et dynamiser l’image de leurs équipes. Puis, le symbole retenu par le football américain déteignait vers toutes les autres disciplines de l’université. Par exemple, UANL choisit le Tigre (cf. #196) et UNAM opta pour les Pumas (cf. #40). Donc, en 1970, Francisco Díaz Navarro et ses entraîneurs proposèrent le Correcaminos comme mascotte de l’université UAT. D’une part, habitant les régions arides et semi-arides de faible altitude, l’oiseau est endémique et emblématique de la région de Tamaulipas. D’autre part, cet animal illustre à la perfection les qualités athlétiques recherchées sur un terrain. Il est réputé pour sa force, son agilité (il tue des scorpions et des crotales de 60 cm de long), sa rapidité (il peut courir à 30 km/h de vitesse sur des distances assez longues) et son intelligence. En outre, il est indéniable que son image a été magnifiée par la télévision. La popularité du correcaminos a explosé grâce au célèbre dessin animé « Bip Bip et Coyote » (Wile E. Coyote and the Road Runner). Dans l’imaginaire collectif, le dessin animé a figé l’image d’un oiseau malicieux, insaisissable, plus rapide et rusé que son adversaire. C’était bien les valeurs que Francisco Díaz Navarro voulait pour son équipe.

L’apparition de ce surnom s’est en outre effectuée à une période charnière pour l’institution. Deux ans auparavant, l’Université Autonome de Tamaulipas s’était dotée d’un blason officiel (représentant un jeune homme émergeant d’un livre ouvert et tenant une torche dans sa main droite et un atome dans sa main gauche) ainsi que de couleurs institutionnelles (l’orange, le blanc et le bleu).

#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1440 – US Orléans : les Guêpes

Contrairement à de nombreux clubs dont le pseudonyme s’inspirant des insectes découle simplement de la ressemblance de leur maillot avec le corps des abeilles et des guêpes (maillot rayé noir et jaune, cf #1210, #876, #460), l’origine de ce qualificatif pour Orléans est infiniment plus riche et puise dans différentes histoires, antérieures à la création du club de football comme des autres institutions sportives de la cité. D’autant plus qu’Orléans évolue dans des équipements jaunes et rouges.

Ce sobriquet est en réalité celui des habitants de la ville. En effet, l’historien Denis Lottin dans son ouvrage « Recherches historiques sur la ville d’Orléans » (1856) soulignait que les Orléanais se distinguaient historiquement par un trait de caractère bien particulier. L’auteur y décrit une population faisant preuve d’un esprit « satirique, spirituel et mordant ». La guêpe, connue pour sa vivacité et sa piqûre prompte, est ainsi devenu le surnom et la métaphore parfaite de la verve orléanaise au fil des siècles. Daniel Polluche, dans l’édition de Mai 1732 du « Mercure de France » confirmait déjà que le mot « Guespin » (comme synonyme de Guêpe) était utilisé dès le XVIème siècle pour les habitants d’Orléans, de manière peu élogieuse la plupart du temps car l’insecte pouvait représenter un esprit querelleur, l’impolitesse ou la médisance. Toutefois, le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771) mettait en avant que ce sobriquet attribuait aux orléanais symbolisait, de manière plus favorable, la ruse et la finesse.

Au-delà de ce trait de caractère, des légendes expliquent cette association et plongeons d’abord dans l’hagiographie catholique. En l’an 451, Orléans subit le terrible siège d’Attila et de ses hordes de Huns. Face à la menace, l’évêque de la ville, Saint Aignan, organisa la résistance spirituelle et matérielle en attendant les secours du général romain Aetius. Selon la légende catholique, Saint Aignan, armé de ses prières, se rendit sur les bords de la Loire. Il y ramassa des poignées de sable du fleuve et les jeta en direction des assaillants. Par intervention divine, chaque grain de sable se métamorphosa instantanément en une guêpe agressive. Ces nuées d’insectes harcelèrent et piquèrent sans relâche les guerriers d’Attila, contribuant à les repousser et à sauver Orléans du pillage. Cet épisode légendaire a durablement scellé le destin de la ville à la figure protectrice et combative de la guêpe.

La légende historique s’est parfois mêlée à des récits extraordinaires pour ancrer plus profondément encore ce symbole. L’ouvrage « Histoire des animaux » (publié à Hambourg en 1799) consigne un événement naturel hors du commun survenu à l’automne 1755. Durant cette année-là, les habitants d’Orléans furent les témoins d’une migration impressionnante : des milliers de guêpes traversèrent la Loire par centaines d’essaims. Ce phénomène biologique rare et spectaculaire frappa durablement les esprits de l’époque, réactivant dans la mémoire populaire la vieille légende de Saint Aignan et les récits de nuées d’insectes protecteurs de la cité.

Mais, ce n’est pas la seule explication possible. Dans l’article de 1732, Daniel Polluche notait aussi que le terme « guespin » désignait uniquement les étudiants d’Orléans en 1539 (lors de l’entrée de Charles V dans la ville). Or, cela pourrait corroborer une autre version qui fut expliquée dans un autre article du Mercure de France d’Octobre 1732. L’auteur y explique qu’Orléans est une des plus anciennes villes de France, fondée par une colonie grecque provenant d’Épire et était la plus savante ville de Gaule. Ses habitants étaient réputés pour leur sagesse et leur connaissance. Ils reçurent alors le surnom de goespos, signifiant « pierre brillante » en grec, une pierre qui ornait les temples grecs. Cela n’avait donc aucun rapport avec l’insecte mais, avec le temps et par corruption de langage, il a été changé en celui de « guespin » ou « guêpin ».

Quelque soit l’origine de ce surnom, lorsque le sport moderne se structura à Orléans, l’adoption du surnom de « Guêpes » apparut comme une évidence identitaire. Les fondateurs d’un des premiers cercles sportifs de la ville baptisèrent en 1883 leur société de gymnastique « la guêpe ». L’Arago Sport d’Orléans, l’un des clubs ayant fusionné au sein de l’USO, prit pour emblème également la guêpe. L’USO l’adopta dans son écusson en 1979 et sa mascotte est une guêpe baptisée Arago.

#1433 – OFC Nessebar : Делфините

Les dauphins. Loin des appellations guerrières ou industrielles que l’on retrouve si souvent dans les championnats d’Europe de l’Est, le choix de ce surnom relève d’un ancrage géographique, historique et culturel profond. Pour comprendre le lien intime qui unit ce club de football au cétacé, il convient de plonger dans l’héritage millénaire d’une ville intrinsèquement liée aux flots.

Nessebar n’est pas une simple bourgade côtière ; c’est un véritable musée à ciel ouvert, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Érigée sur une presqu’île rocheuse s’avançant de manière spectaculaire dans la Mer Noire, l’ancienne cité thrace, autrefois nommée Mesembria, s’est développée comme une colonie grecque incontournable, puis comme un carrefour maritime byzantin de premier plan. Depuis plus de trois millénaires, la mer est nourricière, protectrice et source de rayonnement commercial pour la région. Les navigateurs, les pêcheurs et les marchands ont forgé l’identité de la cité que l’on surnomme la Perle de la Mer Noire. Aujourd’hui, la côte est devenue renommée pour ses plages et sa station balnéaire de Slantchev Briag (la côte du soleil). En adoptant un emblème marin, le club de l’OFC Nessebar s’inscrit donc dans la continuité directe de cette tradition maritime séculaire.

Les eaux qui baignent la presqu’île de Nessebar abritent des espèces spécifiques de dauphins. On y observe principalement le grand dauphin de la mer Noire (Tursiops truncatus ponticus) ainsi que le dauphin commun à bec court (Delphinus delphis ponticus), une sous-espèce endémique particulièrement menacée et protégée. Ces mammifères marins escortent les navires au large des côtes bulgares depuis l’Antiquité. Mais, si le cétacé peut apparaître sympathique, il présente des qualités qui peuvent inspirer des footballeurs. Ils symbolisent l’intelligence et la cohésion (les dauphins évoluent, communiquent et chassent en groupe, à l’image d’une équipe parfaitement soudée autour d’un plan de jeu) et sont agile et rapide (capables d’accélérations soudaines et de changements de direction fulgurants, ils rappellent la fluidité technique des meilleurs attaquants). Enfin, puissants et gracieux, les dauphins symbolisent un football tourné vers le mouvement et l’élégance.

En définitive, le surnom des Делфините est l’affirmation d’un ADN. Lorsque les joueurs de l’OFC Nessebar foulent la pelouse, ils représentent le souffle de la mer Noire, le dynamisme d’un écosystème marin fascinant et l’immense fierté d’une cité historique.

#1419 – Aberdeen FC : the Sheeps

Les moutons. Encore une fois, une moquerie, voire une insulte, a été renversée pour devenir le surnom d’une équipe de football. Avec une vision simplifiée, l’Ecosse est coupé en deux. D’un côté, il existe la Central Belt, la zone très peuplée de l’Écosse du Sud qui inclut plusieurs grandes agglomérations écossaises telles qu’Ayr, Paisley, Glasgow, East Kilbride, Livingston, Kilmarnock et Édimbourg. Outre la densité de cette région, elle couvre aussi la majeure partie des zones industrielles écossaises. Et puis, il y a d’autres régions mais qui se ressemblent car la densité est plus faible et elles apparaissent plus agricoles.

Si Aberdeen est une grande ville dont l’activité pétrolière en Mer du Nord tire son économie, elle est aussi le centre névralgique d’une région rurale aux vastes prairies bien arrosées. Et l’agriculture constitue une part importante de l’économie du Nord-Est et de l’Écosse en général. En effet, la région du Nord-Est représente moins de 12 % de la superficie agricole de l’Écosse (et 14% des exploitations agricoles), mais produit plus de 20 % de sa production agricole. Le nombre d’employés dans le secteur primaire en Écosse est de 1,66% de la population active tandis que la proportion monte à près de 4,5% dans l’Aberdeenshire. Par exemple, le Nord-Est pèse pour 60 % de l’orge brassicole écossaise, 33 % des céréales, 29 % des bovins, 57% des porcs et 32 % du colza. À l’échelle nationale, l’Écosse compte environ 6,5 millions de moutons tandis que le cheptel de l’Aberdeenshire oscille historiquement autour de 500 000 moutons, qui représente 8% de la production agricole de la région en 2014. Mais, on élève aussi des vaches et des cochons en quantité importante.

Cette tradition agricole et la forte concentration de la population ovine a fourni les munitions parfaites pour le folklore sportif. En effet, la moquerie méchante et ultime des citadins (généralement les fans des clubs de Glasgow, Edinburgh et Dundee) envers les habitants des campagnes est de les traiter de ploucs (pour signifier qu’ils sont rustres voire ignares). Le terme argotique écossais équivalent de teuchters aurait pu suffire mais, le supporteur, ne faisant pas dans la poésie, a préféré rappeler aux fans d’Aberdeen que les campagnards étaient trop proches de leurs bêtes en les affublant du surnom très injurieux de Sheep shaggers (littéralement, les baiseurs de moutons).

Face à cette insulte systématique dans tous les stades du pays, les fans d’Aberdeen se sont appropriés avec humour le surnom pour en désamorcer la méchanceté. Ils ont amputé le surnom de sa partie vulgaire pour ne garder que the sheep (Les Moutons) ou the sheep army (l’armée de mouton). Ils ont alors commencé à brandir des moutons gonflables dans les tribunes et ont inventé des chants d’autodérision, dont le plus célèbre est « The Sheep are on fire » (le mouton est en feu). Selon la culture populaire locale relayée par les médias, ce fameux chant est né à la suite d’un incident burlesque lors d’un déplacement en train, où un supporter d’Aberdeen habillé dans un costume de mouton fait maison aurait accidentellement pris feu.