#1450 – San Francisco FC : los Monjes

Les moines. Le football est bien souvent le reflet de l’identité d’une communauté. Au Panama, le San Francisco Fútbol Club, basé dans la ville de La Chorrera, en est l’une des illustrations. Ce club historique de la première division panaméenne ne tire pas son nom de la célèbre métropole californienne, mais d’un héritage religieux extrêmement profond.

Fondé en 1971, le club de La Chorrera a choisi de se baptiser « San Francisco FC » en hommage direct au saint patron de la ville : San Francisco de Paula (Saint François de Paule). Pour les dirigeants et les fondateurs du club, adopter ce nom n’était pas un choix par défaut. Il s’agissait d’une volonté d’unir l’équipe autour du symbole spirituel le plus respecté de la région.

La Chorrera est une ville reconnue pour sa ferveur religieuse, avec pour son saint patron, Saint François de Paule. La tradition rapporte que la dévotion au saint a été instaurée par les marins espagnols à l’époque de la colonisation. Il y a plus de 300 ans, ces derniers accostèrent sur la côte panaméenne, à Puerto Caimito, avec dans leur cale, une statue en bois de Saint François de Paule. Selon la légende, ils devaient la transporter à l’intérieur des terres mais, fatigués par son poids, ils s’arrêtèrent dans le village de la Chorrera. La population locale l’adopta au fil des siècles, priant pour son intercession lors de périodes de sécheresse ou de difficultés agricoles. Aujourd’hui, la statue surnommée « Panchito » (petit François) se trouve dans dans l’Eglise paroissiale de San Francisco de Paula et, le 4 mai, anniversaire de la canonisation de Saint François de Paule, elle accompagne la procession dans les rues de la ville où les habitants glissent des billets dans ses habits.

Saint François de Paule naquit en Calabre le 27 mars 1416. La vie de Saint François de Paule se caractérise par une quête constante de dépouillement et un rayonnement qui attirera l’attention des plus grands souverains d’Europe (en particulier le Roi de France). Après un pèlerinage à Assise et à Rome, à 15 ans, il décida de se retirer dans une grotte près de Paola mais fut rejoint par d’autres, attirés par sa réputation de sainteté. En 1436, ils construisirent une chapelle et des cellules, jetant ainsi les bases d’une nouvelle institution religieuse, qui sera l’héritage de Saint François de Paule (en plus des miracles). Congrégation reconnue par le pape Sixte IV en 1474, François choisit plus tard le nom de « Minimes » (les tout-petits) pour souligner l’humilité que doivent cultiver ses frères. L’Ordre des Minimes se distingue donc par des règles prônant la pénitence, l’ascèse et la charité, mot d’ailleurs inscrit sur le blason officiel de l’Ordre (Charitas). Aujourd’hui, la congrégation masculine compte environ 176 membres (dont plus de 120 prêtres) répartis dans près de 46 communautés. Si la majorité des couvents se trouvent en Italie, l’ordre est également présent en Amérique latine, en Afrique, aux États-Unis et en Europe.

#1446 – AOK Kerkyra : Φαίακες

Les Phéaciens. Fondé en 1969, le club représente la ville de Corfou, sur l’île éponyme. Le nom grec de l’île est Κέρκυρα (Kerkyra) qui dériverait du grec κέρκος (anse) en référence à la forme de l’île. Dans l’antiquité, l’île portait le nom de Corcyre (Κόρκυρα) pour la nymphe Corcyre. La légende raconte que Poséidon s’était épris de Corcyre, fille du dieu fleuve Asopos et de la naïade Métope, et l’enleva vers une île qu’il baptisa de son nom, Corcyre. De cette union, naquit un fils, Phéax, qui devint le roi de l’île et donnera son nom au peuple, les Phéaciens. Le raccourci serait donc facile à faire pour dire que les Phéaciens sont les habitants antiques de l’île de Corfou.

Mais, ce peuple fut surtout décrit dans les chants V à VIII de l’Odyssée. Ils y sont présentés comme un peuple pacifique et hautement civilisé, protégé des dieux. Fidèles aux lois sacrées de l’hospitalité (Xenia), les Phéaciens offrirent à Ulysse écoute, fêtes et présents avant de le reconduire jusqu’à Ithaque. Surtout, Homère retrace les origines du peuple. Originaires d’Hypérie, ils fuyaient la menace constante des Cyclopes avant de s’installer sur l’île mythique que Homère nomme Schérie. Outre leur ascendance divine, les Phéaciens se distinguaient par leurs vaisseaux sans gouvernail ni pilote. Ces derniers devinaient la pensée des marins et fendaient les flots à une vitesse prodigieuse, immunisés contre les tempêtes. Vous comprenez alors que ce peuple et sa civilisation apparaissent alors comme une utopie.

Donc, est-ce que la Schérie d’Homère est la Corfou actuel ? Depuis l’Antiquité, historiens, géographes et érudits cherchent à localiser la fabuleuse île de Schérie. Si certains y voient une terre purement imaginaire, la tradition la plus ancrée l’associe directement à Corfou. Thucydide et Strabon, historiens majeurs de la Grèce antique, identifiaient déjà Corfou comme l’ancienne terre des Phéaciens. La position stratégique de Corfou au nord de la mer Ionnienne, carrefour maritime entre la Grèce et l’Italie, correspond parfaitement au rôle de relais maritime attribué à Schérie dans le récit homérique. Par ailleurs, l’un des symboles les plus célèbres de Corfou est l’îlot de la Souris, situé au large de la pointe de Kanoni. La légende locale raconte que ce rocher n’est autre que le navire phéacien qui ramena Ulysse à Ithaque. Courroucé par l’aide apportée au héros qu’il poursuivait de sa vengeance, Poséidon aurait changé le vaisseau et son équipage en pierre dès leur retour au port.

Aujourd’hui encore, Corfou revendique fièrement cet héritage mythologique. L’île est fréquemment surnommée la Cité des Phéaciens. Les armoiries officiels de la municipalité de Corfou représentent un navire phéacien traditionnel sans gouvernail et le club reprend également cet étandard.

#1443 – IFK Göteborg : Änglarna

Les anges. Dans le paysage du football suédois, l’IFK Göteborg occupe une place à part. Seul club nordique à avoir remporté des compétitions majeures de l’UEFA (les Coupes de la UEFA en 1982 et 1987), l’institution de Göteborg se distingue également par son riche palmarès local, le plus important de Suède (18 fois champions du pays, 8 coupes nationales entre autres). Si les joueurs sont historiquement appelés les Kamraterna (les Camarades) ou les Blåvitt (les Bleu et Blanc, cf. #77), c’est sous le poétique surnom d’Änglarna qu’ils sont reconnus aujourd’hui. L’origine de ce pseudonyme fait l’objet de plusieurs théories populaires.

Quatre versions majeures dominent l’imaginaire collectif, situant la naissance du surnom entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. La première, popularisée par certains médias nationaux et Wikipedia, attribue la paternité du terme à un livreur de journaux nommé Bengt Nilsson. Dans les années 1950, suite à une éclatante victoire 5-3 de Göteborg face à l’AIK Solna (Göteborg a battu l’AIK 5-3 le 17 août 1952 et le 5 juin 1955), cet homme serait entré fou de joie dans un pub en s’exclamant « Det finns bara ett ord för dom – Änglarna! » (Il n’y a qu’un seul mot pour les décrire : Anges !). Des journalistes présents auraient repris l’expression. Dès le lendemain, le journal « Ny Tid » consacrait une double page au match, sous le titre « Les Anges », illustré d’un dessin du caricaturiste Gunnar Bongberg, représentant les joueurs de Göteborg avec des ailes d’anges.

La deuxième hypothèse renvoie à la scène européenne. Lors de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de 1959-1960, à l’aube d’une confrontation face à Linfield (match se déroulant le 9 Septembre 1959), la direction du club nord-irlandais demanda au club suédois de transmettre son surnom officiel afin d’alimenter le programme du match. Subjugué par le jeu de passes courtes de son équipe lors des entraînements, un fidèle supporter, Henry Ek, aurait hurlé dans les tribunes « Vecka änglar ! » (Quels anges !). Les dirigeants, séduits par la résonance de la traduction anglophone (The Angels of Gothenburg), auraient officiellement adopté ce nom, relayé ensuite à grande échelle par la presse britannique.

Une troisième théorie suppose que lorsque les supporteurs adoptèrent la chanson « When the Saints Go Marching In » au début des années 1960 pour encourager leur équipe, un esprit créatif aurait rapidement substituer le terme de « saints » par celui, jugé plus percutant, d’ « anges », donnant alors naissance au surnom.

Enfin, une quatrième légende met en scène le légendaire Anders « Rövarn » Bernmar, alors entraineur du club rival de Djurgården. À la suite d’un match particulièrement physique, les dirigeants de Göteborg se seraient plaints de la brutalité des joueurs de la capitale. Bernmar aurait alors rétorqué « ni spelade inte som några änglar ni heller » (Vous n’avez pas vraiment joué comme des anges non plus).

Bien que séduisantes, ces pistes semblent contredites par les archives écrites. Le terme Änglarna était déjà utilisé dans la presse pour désigner l’équipe de Göteborg à l’automne 1951 au sein du journal Arbetartidningen, qui précisait qu’il s’agissait du qualificatif employé par les supporteurs les plus inconditionnels. De même, lors de la saison printanière de 1948, la formation d’Elfsborg dominait le championnat suédois. Le 27 mai 1948, lors de l’avant-dernière journée, l’IFK Göteborg parvint à briser cette dynamique en s’imposant 2-0 grâce à une performance magistrale menée par son attaquant vedette, Gunnar Gren. Le lendemain, le quotidien « Göteborgs Handels- och Sjöfartstidning » publia une critique dithyrambique où le journaliste écrivit « Kamraterna hade sin vackra dag igår, alla elva spelade som änglar och demonstrerade ett så rätlinjigt och precist kortpassningsspel, att det var en fröjd att skåda » (les camarades ont vécu une journée magnifique hier. Les onze joueurs ont joué comme des anges, démontrant un jeu de passes courtes, simple et précis, un vrai régal pour les yeux).

Ces antécédents chronologiques excluent donc de fait les matchs contre l’AIK, la campagne européenne de 1959 et l’arrivée du chant des Saints comme explication de ce surnom. En outre, bien que Bernmar ait dirigé Djurgården lors de rencontres antérieures à la parution de l’article de 1951, cette théorie apparaît discutable car l’expression « ne pas être un ange » était une tournure linguistique très courante qui ne devait pas être particulièrement remarquée par les lecteurs du journal. D’où, il semble probable que le style de jeu développé par Göteborg lors du match face à Elfsborg soit la véritable origine de ce surnom.

#1440 – US Orléans : les Guêpes

Contrairement à de nombreux clubs dont le pseudonyme s’inspirant des insectes découle simplement de la ressemblance de leur maillot avec le corps des abeilles et des guêpes (maillot rayé noir et jaune, cf #1210, #876, #460), l’origine de ce qualificatif pour Orléans est infiniment plus riche et puise dans différentes histoires, antérieures à la création du club de football comme des autres institutions sportives de la cité. D’autant plus qu’Orléans évolue dans des équipements jaunes et rouges.

Ce sobriquet est en réalité celui des habitants de la ville. En effet, l’historien Denis Lottin dans son ouvrage « Recherches historiques sur la ville d’Orléans » (1856) soulignait que les Orléanais se distinguaient historiquement par un trait de caractère bien particulier. L’auteur y décrit une population faisant preuve d’un esprit « satirique, spirituel et mordant ». La guêpe, connue pour sa vivacité et sa piqûre prompte, est ainsi devenu le surnom et la métaphore parfaite de la verve orléanaise au fil des siècles. Daniel Polluche, dans l’édition de Mai 1732 du « Mercure de France » confirmait déjà que le mot « Guespin » (comme synonyme de Guêpe) était utilisé dès le XVIème siècle pour les habitants d’Orléans, de manière peu élogieuse la plupart du temps car l’insecte pouvait représenter un esprit querelleur, l’impolitesse ou la médisance. Toutefois, le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771) mettait en avant que ce sobriquet attribuait aux orléanais symbolisait, de manière plus favorable, la ruse et la finesse.

Au-delà de ce trait de caractère, des légendes expliquent cette association et plongeons d’abord dans l’hagiographie catholique. En l’an 451, Orléans subit le terrible siège d’Attila et de ses hordes de Huns. Face à la menace, l’évêque de la ville, Saint Aignan, organisa la résistance spirituelle et matérielle en attendant les secours du général romain Aetius. Selon la légende catholique, Saint Aignan, armé de ses prières, se rendit sur les bords de la Loire. Il y ramassa des poignées de sable du fleuve et les jeta en direction des assaillants. Par intervention divine, chaque grain de sable se métamorphosa instantanément en une guêpe agressive. Ces nuées d’insectes harcelèrent et piquèrent sans relâche les guerriers d’Attila, contribuant à les repousser et à sauver Orléans du pillage. Cet épisode légendaire a durablement scellé le destin de la ville à la figure protectrice et combative de la guêpe.

La légende historique s’est parfois mêlée à des récits extraordinaires pour ancrer plus profondément encore ce symbole. L’ouvrage « Histoire des animaux » (publié à Hambourg en 1799) consigne un événement naturel hors du commun survenu à l’automne 1755. Durant cette année-là, les habitants d’Orléans furent les témoins d’une migration impressionnante : des milliers de guêpes traversèrent la Loire par centaines d’essaims. Ce phénomène biologique rare et spectaculaire frappa durablement les esprits de l’époque, réactivant dans la mémoire populaire la vieille légende de Saint Aignan et les récits de nuées d’insectes protecteurs de la cité.

Mais, ce n’est pas la seule explication possible. Dans l’article de 1732, Daniel Polluche notait aussi que le terme « guespin » désignait uniquement les étudiants d’Orléans en 1539 (lors de l’entrée de Charles V dans la ville). Or, cela pourrait corroborer une autre version qui fut expliquée dans un autre article du Mercure de France d’Octobre 1732. L’auteur y explique qu’Orléans est une des plus anciennes villes de France, fondée par une colonie grecque provenant d’Épire et était la plus savante ville de Gaule. Ses habitants étaient réputés pour leur sagesse et leur connaissance. Ils reçurent alors le surnom de goespos, signifiant « pierre brillante » en grec, une pierre qui ornait les temples grecs. Cela n’avait donc aucun rapport avec l’insecte mais, avec le temps et par corruption de langage, il a été changé en celui de « guespin » ou « guêpin ».

Quelque soit l’origine de ce surnom, lorsque le sport moderne se structura à Orléans, l’adoption du surnom de « Guêpes » apparut comme une évidence identitaire. Les fondateurs d’un des premiers cercles sportifs de la ville baptisèrent en 1883 leur société de gymnastique « la guêpe ». L’Arago Sport d’Orléans, l’un des clubs ayant fusionné au sein de l’USO, prit pour emblème également la guêpe. L’USO l’adopta dans son écusson en 1979 et sa mascotte est une guêpe baptisée Arago.

#1410 – FC Flora Tallinn : Rohevalged

Les vert et blanc. L’équipe phare du football estonien est née dans un contexte particulier, à la fin de l’ère soviétique. Jusqu’au milieu des années 1980, les sentiments nationalistes du pays balte semblaient diffus. Puis, de 1986 à 1989, les revendications progressèrent dans la population (qui se manifestèrent « bruyamment » avec la célèbre chaine humaine de la Baltic Way) et conduisirent à l’indépendance du pays vis-à-vis de Moscou en 1991. Durant l’époque soviétique, le sport épousa la politique et marqua la distinction entre les estoniens et les russes. Le basket et le hockey sur glace pour les premiers, le football pour les seconds. En 1990, un professeur et écrivain, Aivar Pohlak, décida de créer une équipe qui se devait d’être le porte étendard de la cause estonienne face à la domination morale et sportive des russes dans le football du pays. Il reprit en premier lieu la structure d’un club qui dépendait de l’usine Flora, fleuron de l’industrie chimique estonienne. Puis, il enrôla la génération dorée des Tallinna Lõvid (Les Lions de Tallinn).

De 1979 à 1989, les jeunes du 49ème lycée de Tallinn pratiquait le football au sein des Tallinna Lõvid. Ce dernier devint alors le club à l’identité estonienne qui défiaient les associations russes aussi bien dans le championnat nationale que dans des compétitions à Moscou ou Leningrad dont les enjeux dépassaient le cadre sportif. Leurs succès dépassèrent les frontières du petit état lors de match internationaux contre le Brésil ou lors des victoires à la Helsinki Cup en 1987 et 1988. Dans ses dernières années d’existence, une génération dorée qui formera plus tard l’ossature de la sélection nationale, émergea avec dans ses rangs Mart Poom, Toomas Kallaste, Martin Reim, Marko Kristal ou Risto Kallaste. Mais, une mauvaise gestion et des divergences de vue conclurent à la fin de l’équipe en 1989. Une aubaine pour Aivar Pohlak et son nouveau club, qui pouvait récupérer des jeunes talentueux et une identité estonienne forte.

S’appuyant sur l’équipe de l’usine Flora, le nom de l’équipe semblait évident. D’autant plus que Flora était la déesse gréco-romaine du printemps, des fleurs et de la nature et que ce nouveau club devait permettre aux jeunes pousses des Tallinna Lõvid d’éclore. Ainsi, le club prit le nom de FC Flora et la déesse s’afficha sur son écusson. D’où les couleurs vertes et le blanches s’imposèrent d’elles-mêmes. Le vert rappelait la nature, le renouveau et la vitalité tandis que le blanc symbolisait la pureté et l’honnêteté de la jeunesse.

#1283 – Club Puebla : Franja, Franjiazules

La bande, la bande bleue. Le maillot de l’équipe de la ville de Puebla (de Zaragoza) se distingue des autres équipes mexicaines par cette bande qui le scinde diagonalement, de l’épaule droite vers la hanche gauche. Cette particularité se retrouve sur d’autres tenues d’équipe sud-américaines comme les fameux argentins de River Plate (#900), les péruviens de Municipal (#480) et les uruguayens de Danubio (#109). Et si je cite cette similitude avec ces équipes, ce n’est pas par hasard.

Le 7 mai 1944, un groupe d’hommes d’affaires d’origine espagnole dirigé par Joaquín Díaz Laredo et Alfonso Sobero Nevares, fondait l’équipe de Puebla. Initialement, le maillot de l’équipe devait avoir deux bandes verticales, une placée sur chaque épaule. Mais, finalement, les fondateurs préférèrent placer l’équipe sous de meilleures auspices en choisissant un design qui rendait hommage à River Plate. L’équipe argentine comptait déjà un beau palmarès (6 championnats d’Argentine) mais surtout éblouissait par son jeu offensif et sa quintette d’attaquants (surnommée La Máquina).

Le maillot était donc blanc mais contrairement à River Plate, la bande était bleue. Les couleurs bleu et blanche rendaient hommage à l’artisanal traditionnel local, les Talavera. Ces céramiques principalement de couleur bleu et blanche sont des faïences émaillées de type majolique, représentant des ustensiles courants tels que des assiettes, des plats, des vases, des bols, des vases et des articles religieux. La qualité de l’argile se trouvant dans la région de Puebla favorisa le développement de cet artisanat, importé d’Espagne, à compter du XVIème siècle, au moment de la fondation de la ville.

Certains avancent également que le bleu et le blanc plaisaient au fondateur Joaquín Díaz Laredo, un homme pieux, qui vénérait la Vierge de l’Immaculée Conception. En effet, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue. Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus. Plus prosaïquement, à compter du XIIIème siècle, le bleu est la couleur des princes et nobles car le pigment bleu (dit de lapis-lazuli) était l’un des plus chers. Les tissus bleus démontraient donc la richesse et la noblesse de son porteur. L’Eglise se serait servie de cette riche symbolique pour désigner le caractère sacré de la Sainte Vierge.

Ce maillot fait donc l’identité du club et la fierté de ses supporteurs, au point, qu’il donna naissance à une expression rentrée dans le langage populaire mexicain, « Ponte la del Puebla« . Comme la bande qui divise le maillot, cette expression familière signifie le partage, dans le sens « s’il te plaît, partage avec moi ». Malgré cela, par deux fois, des tentatives furent faites d’abandonner cette histoire. En 1996, la famille Abed racheta l’équipe de Puebla et, dans le cadre d’une stratégie visant à établir une nouvelle identité, le bleu fut remplacé par l’orange. Après un an et de nombreuses protestations des supporters, le bleu revint. En 2012, sous la direction de Ricardo Henaine, Puebla changea le bleu par du rouge dans le cadre d’un conflit politique avec le gouvernement de l’État. Là aussi, le retour à la tradition fut fait rapidement.

#1280 – St Patrick’s Athletic : the Saints

Les surnoms du club dérivent naturellement de son nom et incluent donc the Saints (les Saints) mais également St Pat’s, Pats. Contrairement à Paris qui peine à disposer de deux clubs dans l’élite (sachant que les deux actuels résultent déjà d’une carence à l’époque de leur fondation), Dublin bénéficie d’une forte identité football dont le résultat est la présence de 4 grands clubs, Shamrock Rovers, Bohemian FC, St. Patrick’s Athletic, et Shelbourne FC, qui représentent avant tout un quartier de la capitale irlandaise. St. Patrick’s Athletic s’ancre dans le quartier populaire de Inchicore, à l’Ouest du centre-ville. Avec l’implantation d’une caserne de l’armée britannique et surtout d’Inchicore railway works, le principal centre d’ingénierie et de maintenance des chemins de fer en Irlande, le petit village se métamorphosa au XIXème siècle en une importante banlieue industrielle et résidentielle pour devenir un quartier de Dublin au XXème siècle.

Dans ce contexte ouvrier, le football s’installa naturellement. Si le club actuel fut fondé en 1929, des premières associations au nom de St Patrick existaient dès la fin du XIXème siècle dans ce quartier. Formé en 1886, une première équipe de football s’appellant St Patrick’s évoluait à Inchicore mais elle pratiquait le football gaélique. En 1898, un autre club appelé St Patrick’s débarqua à Inchicore mais cette fois-ci pour jouer au football (celui que nous connaissons). Une compétition pour U19 devait être organisée et Dick Neville, un apprenti de l’usine de maintenance ferroviaire, était convaincu qu’une équipe de jeunes de l’usine pourrait s’y distinguer. Ils nommèrent leur formation, St Patrick’s, car leur capitaine, Jack Mangan, vivait à St Patrick’s Terrace à Inchicore. La trace de cette équipe disparut après 1902.

Le St Patrick’s Athletic se réclama un temps de son héritage. Dans un des programmes de 1947, un article retraçant l’histoire du St Patrick’s Athletic commençait par celle des St Patrick’s de 1898. Il y était écrit « St Patrick’s Athletic are the modern and grown-up successors » (les St Patrick’s Athletic sont les successeurs modernes et adultes). Est-ce la raison d’avoir le même nom ? Personne ne le sait.

#1264 – Venise FC : i Leoni Alati

Les lion ailés. Quand vous voyez sur un monument un lion ailé sculpté en Italie ou dans une ville côtière du bassin méditerranéen orientale, il est fort probable que ce lieu appartenait à la Sérénissime. Car, de 697 à 1797, Venise fut une grande cité indépendante, régnant sur une partie du Nord de l’Italie et du pourtour méditerranéen, et une place incontournable du commerce, où transitaient les échanges depuis les îles britanniques jusqu’aux empires byzantins ou musulmans et les routes de la soie, grâce à sa marine marchande et militaire.

Il existe plusieurs légendes autours du lien entre la cité des Doges et l’évangéliste. Originaire de Judée, l’apôtre Saint Marc se serait rendu à Alexandrie en Égypte, pour en être son évêque, mais face aux nombreuses conversions, il aurait été capturé par des païens et serait mort en martyr un 25 avril vers l’an 68-75. La première histoire évoque Saint Marc, voyageant en bateau d’Aquilée (vers Udine) à Alexandrie en Égypte, et qui fit face à une tempête et dut accoster au Rialto. Le Saint aurait alors trouvé l’hospitalité dans une pauvre cabane de pêcheurs et, dans un rêve, un ange lui serait apparu qui lui aurait prédit : « Sur cet îlot, ô Marc, un jour surgira une grande ville merveilleuse et tu y trouveras ton dernier repos et tu auras la paix » . Une autre légende raconte qu’après son supplice et son décès, le corps de Saint Marc devait être brûlé par les païens mais des averses de grêle et des éclairs les en empêchèrent. Les chrétiens d’Alexandrie récupèrent le corps et l’enterrèrent dans une église. En 828, le cadavre fut volé avec ruse par deux marchands vénitiens, Buono da Malamocco et Rustico da Torcello, et transporté à Venise. La cité construisit alors la célèbre basilique pour accueillir ces reliques.

La représentation traditionnelle de Saint Marc est un lion ailé. En effet, depuis l’Antiquité chrétienne primitive, les quatre évangélistes prennent souvent la forme allégorique du tétramorphe (quatre vivants représentant les quatre évangélistes) : l’homme pour Matthieu, l’aigle pour Jean, le taureau ailé pour Luc et donc le lion ailé pour Marc. Ce symbolisme rappelle le commencement de leurs évangiles. Pour Saint Marc, les premières lignes de son évangile décrive la prédication de Jean le Baptiste dans le désert (« un cri surgit dans le désert »), équivalent à un lion. Ses ailes symbolisent l’élévation spirituelle et demeure également une allusion à la salutation d’un ange à Saint Marc.

Ainsi, Venise reprit cette représentation de son Saint Patron comme symbole de la cité. Outre le lion ailé que l’on peut trouver sur la colonne de la place éponyme, le drapeau de la Sérénissime affichait l’animal biblique, dans des couleurs rouge et or. L’apparition de cette bannière n’est pas connue avec certitude mais, au XIIIème siècle, son utilisation est déjà attestée. Aujourd’hui, il est également un symbole du club de football, qui apparait de manière stylisée sur son écusson.

#1236 – SC Bastia : i Turchini

Les bleus. Doyen du football insulaire, le Sporting naquit en 1905, par la volonté de Hans Ruesch, un suisse enseignant l’allemand au Lycée de Bastia et ayant jouant au FC Barcelone, auxquels se joignirent Emile Brandizi et Joachim Vincensini. Dès le départ, le choix des couleurs se porta sur le bleu et le blanc, tout simplement celles de la ville de Bastia et de la Vierge Marie.

Tout d’abord les armoiries de Bastia qui montrent principalement une tour blanche sur un fond bleu. Cette même tour que l’on retrouve sur le blason du club et qui fait référence au premier château, construit en 1383 par le génois Leonello Lomellini. Ce chateau se dénommait en italien Castello della Bastia, ce qui donna son nom à la ville, et aujourd’hui, Bastìa signifie en corse « poste fortifié ».

Ensuite, la Corse voue un culte respectueux à la Vierge Marie, depuis qu’elle l’aurait protégée de la peste au XVIIème siècle. Le 30 janvier 1735, en remerciement, la Consulta de Corte consacra officiellement Marie comme la reine de Corse. Chaque 8 septembre, d’un bout à l’autre de l’île, la naissance de la Vierge Marie est célébrée, tradition qui remonterait au Vème siècle. En outre, l’hymne National Corse « Dio vi Salve Régina » est une louange à la Vierge et on dénombre pas moins de 8 sanctuaires et 126 églises et oratoires dédiés à la gloire de la mère de Jésus. En particulier, deux apparitions maritales, reconnues par l’Eglise, se déroulèrent non-loin de Bastia. La première au XVIIIème siècle, dans le village de Pancheraccia, situé à 92 km de Bastia. La seconde, le 26 Juin 1899, à Campitello, commune située à 42Km de Bastia. Enfin, dans la Cathédrale de Bastia se trouve une imposante (une demi-tonne) et superbe statue processionnelle de la Vierge en argent massif.

Or, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue (cf. #399 et #497). Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus.

Ce choix fut judicieux selon Charles Bergassoli, premier secrétaire-trésorier du club. Il expliquait alors que la population était dubitative face à ce nouveau sport « il fallait faire accepter aux parents l’usure des chaussures etc… car le vrai équipement ne vint qu’après. Et c’est peut-être la couleur du maillot qui a calmé certains esprits ».

#1226 – Fortuna Düsseldorf : Fortunen

Dérivé du nom du club. Dans le quartier ouvrier de Flingern à Düsseldorf, le 5 mai 1895 un premier club de sport sous le nom de Turnverein Flingern 1895, où se pratiquait notamment la gymnastique mais pas encore le ballon rond, vit le jour. Un club de football du nom de Düsseldorfer Fußballklub Spielverein fut créé le 1er mai 1908. 3 ans plus tard, un autre club émergea sous le nom de Fußballklub Alemania 1911. Milieu 1913, le Spielverein fusionna avec l’Alemania. Enfin, le 15 novembre 1919, Turnverein Flingern rejoignit les deux précédents pour donner naissance au Fortuna actuel.

Ce nom particulier, Fortuna, apparût fin 1912 lorsque le Fußballklub Alemania 1911 fut rebaptisé Football Club Fortuna 1911. Puis, lors des différentes fusions, le nom Fortuna resta attaché aux différentes organisations et ainsi en 1919, le nom actuel, Düsseldorfer Turn- und Sportverein Fortuna 1895, fut définitivement adopté. Alors, pourquoi les membres de l’époque prirent ce nom, Fortune ? Certes, l’évidence serait que la direction souhaitait s’attirer la chance, Fortune ou Fortuna étant la déesse romaine de la chance (son nom provient du latin fors qui signifie « sort »). Toutefois, il semble que ce n’est pas la déesse qui fut choisie comme patronne du club, mais, simplement, les fondateurs furent séduits par une charrette tirée par des chevaux qui arborait le nom de son propriétaire, une fabrique de pain nommée Fortuna.

Est-ce que cet heureux hasard fut synonyme de bonne fortune pour le club ? Les plus grands succès du club ont été le championnat d’Allemagne de 1933, la finale de la Coupe des vainqueurs de coupe d’Europe en 1979 (perdu contre le FC Barcelone), et les deux victoires en Coupe d’Allemagne en 1979 et 1980. Pas si mal. Malheureusement, depuis les années 1980, le Fortuna passe plus de temps dans les divisions inférieures allemandes qu’au sein de l’élite. D’ailleurs, quand l’équipe parvint à monter en première division, elle redescendait assez rapidement dans les années qui suivaient.