#1446 – AOK Kerkyra : Φαίακες

Les Phéaciens. Fondé en 1969, le club représente la ville de Corfou, sur l’île éponyme. Le nom grec de l’île est Κέρκυρα (Kerkyra) qui dériverait du grec κέρκος (anse) en référence à la forme de l’île. Dans l’antiquité, l’île portait le nom de Corcyre (Κόρκυρα) pour la nymphe Corcyre. La légende raconte que Poséidon s’était épris de Corcyre, fille du dieu fleuve Asopos et de la naïade Métope, et l’enleva vers une île qu’il baptisa de son nom, Corcyre. De cette union, naquit un fils, Phéax, qui devint le roi de l’île et donnera son nom au peuple, les Phéaciens. Le raccourci serait donc facile à faire pour dire que les Phéaciens sont les habitants antiques de l’île de Corfou.

Mais, ce peuple fut surtout décrit dans les chants V à VIII de l’Odyssée. Ils y sont présentés comme un peuple pacifique et hautement civilisé, protégé des dieux. Fidèles aux lois sacrées de l’hospitalité (Xenia), les Phéaciens offrirent à Ulysse écoute, fêtes et présents avant de le reconduire jusqu’à Ithaque. Surtout, Homère retrace les origines du peuple. Originaires d’Hypérie, ils fuyaient la menace constante des Cyclopes avant de s’installer sur l’île mythique que Homère nomme Schérie. Outre leur ascendance divine, les Phéaciens se distinguaient par leurs vaisseaux sans gouvernail ni pilote. Ces derniers devinaient la pensée des marins et fendaient les flots à une vitesse prodigieuse, immunisés contre les tempêtes. Vous comprenez alors que ce peuple et sa civilisation apparaissent alors comme une utopie.

Donc, est-ce que la Schérie d’Homère est la Corfou actuel ? Depuis l’Antiquité, historiens, géographes et érudits cherchent à localiser la fabuleuse île de Schérie. Si certains y voient une terre purement imaginaire, la tradition la plus ancrée l’associe directement à Corfou. Thucydide et Strabon, historiens majeurs de la Grèce antique, identifiaient déjà Corfou comme l’ancienne terre des Phéaciens. La position stratégique de Corfou au nord de la mer Ionnienne, carrefour maritime entre la Grèce et l’Italie, correspond parfaitement au rôle de relais maritime attribué à Schérie dans le récit homérique. Par ailleurs, l’un des symboles les plus célèbres de Corfou est l’îlot de la Souris, situé au large de la pointe de Kanoni. La légende locale raconte que ce rocher n’est autre que le navire phéacien qui ramena Ulysse à Ithaque. Courroucé par l’aide apportée au héros qu’il poursuivait de sa vengeance, Poséidon aurait changé le vaisseau et son équipage en pierre dès leur retour au port.

Aujourd’hui encore, Corfou revendique fièrement cet héritage mythologique. L’île est fréquemment surnommée la Cité des Phéaciens. Les armoiries officiels de la municipalité de Corfou représentent un navire phéacien traditionnel sans gouvernail et le club reprend également cet étandard.

#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1439 – Amazulu FC : Amaqhawe

Les héros, les guerriers. Amazulu incarne une identité culturelle profonde, celle du peuple zoulou. En effet, depuis sa fondation en 1932, le club l’a reçu comme héritage. Initialement nommée Zulu Royal Conquerors, l’équipe fut présentée au roi de la nation zouloue de l’époque, Solomon kaDinuzulu. Ce dernier accorda au club le droit d’arborer le bouclier traditionnel, symbole de défense et d’appartenance à la royauté. Puis, il fut renommé Amazulu , qui signifie le « peuple du ciel », expression dont est tiré le nom du peuple zoulou. Il est encore aujourd’hui le club des zoulous.

Formé au XVIème siècle, le peuple zoulou représente plus de 10 000 000 de personnes en Afrique du Sud et constitue le groupe ethnique le plus important du pays, vivant principalement dans la province du KwaZulu-Natal. Entre le XVIème et le début du XIXème siècle, la nation zoulou se composait d’une multitude de seigneurs locaux. Puis, en 1816, débuta le règne du roi Shaka qui rassembla les clans et forgea une identité zouloue commune. La croissance et la puissance de son royaume reposaient sur son organisation et ses compétences militaires qui en firent une marque de distinction de la culture zouloue. Elle était caractérisée par une armée permanente, la conscription (ukubuthwa), de nouvelles armes (l’iklwa, une lance courte d’estoc), une organisation en régiments (amabutho ou impi) logés dans des casernes militaires (ikhanda) et des tactiques basées sur les affrontements au corps à corps (formation en « cornes de buffle »). Cette puissance militaire permit, lors de la guerre anglo-zouloue, aux guerriers du roi Cetshwayo (neveu de Shaka) d’infliger à l’armée britannique l’une de ses pires défaites coloniales. Armés principalement de lances et de boucliers en peau de vache (même s’ils avaient également quelques vieux fusils), les zoulous triomphèrent d’une force certes inférieure en nombre (1 800 soldats britanniques face à 20 000 zoulous) mais nettement mieux équipée (les britanniques disposaient de fusils modernes et de 2 canons). Les zoulous remportèrent cette bataille grâce à leur discipline tactique et à leur bravoure et mirent ainsi fin à la première invasion du royaume par l’armée britannique. Même si le royaume zoulou perdit la guerre et se disloqua à la fin du XIXème siècle, ce moment précis de l’histoire cristallisa le mythe du guerrier zoulou invincible et héroïque.

#1425 – Tavria Simferopol : кримчани

Les criméens. Ce club de Simferopol, aujourd’hui disparu, épouse l’histoire tumultueuse de la Crimée, cette vaste péninsule bercée par la Mer Noire. Tout d’abord, son nom, Tavria, plonge dans les racines de la région. Tavria reprend le nom historique et géographique de la péninsule de Crimée et des terres continentales adjacentes du sud de l’Ukraine. Il fait référence aux Taures (ou Tauri), un peuple antique qui vivait dans les montagnes de Crimée au premier millénaire avant J.-C..

Mais, en raison de sa position stratégique en plein cœur de la mer Noire, cette péninsule a toujours été un carrefour d’empires, de routes commerciales et de civilisations et va donc connaître une histoire compliquée, où une multitude de peuples vont se succéder. Dès le VIème siècle avant J.-C., les Grecs y fondèrent des colonies prospères (comme Chersonèse, près de l’actuelle Sébastopol), tandis que les Scythes dominaient l’intérieur des terres. La péninsule passa ensuite sous le contrôle partiel ou total des Romains, des Goths, des Huns, puis de l’Empire Byzantin. Au Moyen Âge (XIIIème-XVème siècle), les Génois et les Vénitiens y installèrent de puissants comptoirs commerciaux fortifiés sur les côtes pour contrôler le commerce vers l’Asie. Puis, au XVème siècle, débuta l’ère des Tatars. Installées dès le XIIIème siècle dans la péninsule, des tribus mongoles et turciques (qui devint le peuple Tatar) fondèrent le Khanat de Crimée en 1441, un État puissant qui devient rapidement un vassal de l’Empire ottoman. Pendant plus de 3 siècles, il prospéra, notamment grâce à des raids en Europe de l’Est et à un commerce florissant (incluant le commerce d’esclaves). L’Empire russe, cherchant un accès aux mers chaudes, entra en conflit avec l’Empire ottoman et annexa en 1783 la Crimée, fondant alors la base navale de Sébastopol. Au XIXème siècle, l’Empire Russe mena une politique de russification de la Crimée, poussant de nombreux Tatars à l’exil. Enfin, en 1954, pour des raisons administratives, économiques et logistiques (la Crimée étant reliée géographiquement à l’Ukraine), le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev « offrit » la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Dans une Union Soviétique intégrée et dictatoriale, cette décision interne eut peu de conséquences pratiques. Mais, 60 ans plus tard, suite à la révolution pro-européenne de Maïdan à Kiev, la Russie prit illégalement le contrôle de la péninsule, la Crimée devenant sous contrôle russe de facto.

Le club du Tavria fut fondé en 1958, sur la base de l’équipe de Burevisnik, pour représenter la Crimée en division B (la deuxième division de l’URSS). Puis, pendant plus de 40 ans, évoluant entre la seconde division et l’élite russe, Tavria demeurait le seul club de la Crimée à ce niveau et était sa fierté. Après l’indépendance de l’Ukraine, il remporta le tout premier Championnat d’Ukraine post-période soviétique en 1992 (et le seul club à le gagner, hors Dynamo et Chakhtar). Malheureusement, avec l’invasion russe de 2014, le club cessa toute activité. Une partie des joueurs et du staff relancèrent un club sous le nom TSK Simferopol et s’inscrivit dans les compétitions russes. En réaction, en juin 2015, la Fédération ukrainienne de football et le président de la Tavriya annoncèrent la renaissance du club et son installation à Kherson. Mais, en février 2022, suite à la nouvelle agression russe, qui prit possession des régions de l’Est du pays où se trouve Kherson, la Tavria ferma une nouvelle fois ses portes. Pour l’instant définitivement.

#1387 – KV Mechelen : Malinwa

Aucune signification à ce terme si ce n’est la prononciation locale de Malinois. Pour comprendre pourquoi des flamands appellent leur club de la manière francophone, il faudra replonger dans la création de l’Etat Belge, s’étonner de la répartition linguistique belge au XIXème siècle, sans ouvrir la fracture identitaire actuelle. Pas une mince affaire, surtout lorsqu’on est français et loin de cette histoire qui nous parait simple : d’un côté des flamands (pour beaucoup de français, des néerlandais) et de l’autre des wallons (de vague français pour les français).

En 1904, à Malines (le nom francophone de Mechelen), deux clubs de football virent le jour. D’un côté, le Racing Mechelen, né d’écoliers fréquentant un établissement d’enseignement néerlandophone, l’Athénée, représentait la classe moyenne de gauche, libérale dans le sens de l’émancipation de la religion catholique et de l’assimilation au français. De l’autre, des étudiants de 3 écoles catholiques différentes (l’internat Saint-Victor d’Alsemberg, l’Université de Louvain et le collège Saint-Rombout) se réunirent pour créer un club afin de pratiquer leur sport favori, le football. Mais, il s’agissait aussi d’une réaction à la fondation du Racing et, comme les trois établissements étaient francophones comme leurs élèves, le club s’appella le FC Malinois. D’où le surnom de Malinois à Malinwa.

Oui, les 3 établissements cités, dont la fameuse université de Louvain, étaient bien francophone et catholique, ce qui peut surprendre alors que nous sommes à Malines, dans une ville de la Région Flandres et qui l’a toujours été. Lors de la révolution de 1830, qui vit la création de la Belgique, par séparation avec les Pays-Bas, la majorité de la population belge avait comme langue maternelle son parler local (champenois, picard, lorrain ou wallon côté wallon et limbourgeois-carolingien, francique ripuaire, francique mosellan, flamand et brabançon côté flamand). Et ce parler s’adapter dans chaque ville par l’accent et le vocabulaire. Le français comme le néerlandais n’étaient que peu utilisés par les habitants. Pourtant, l’administration (Gouvernement, Justice, Armée …) comme le clergé catholique (la Belgique était alors principalement catholique), souhaitant se démarquer de l’ancienne domination protestante néerlandaise, adoptèrent le français comme langue du nouvel état (même si officiellement la constitution ne prévoyait pas de langue officielle). Comme le clergé organisait la vie scolaire et que le français, comme langue de la diplomatie et des « Lumières », jouissait d’un grand prestige, la langue de Voltaire s’imposa également aux étudiants. Elle séduit ainsi toutes les élites aussi bien du côté wallon que dans les villes de Flandres. La langue devenait un marqueur de classe sociale (plus qu’un marqueur géographique). C’est ainsi qu’à Malines, le peuple parlait le dialecte local (le Mechels), mais dans les classes sociales plus élevés, le français était de mise.

Au fur et à mesure du XIXème siècle, cette prédominance de fait du français aida au développement puis se heurta au mouvement flamand. À partir de 1840, une guerre linguistique débuta, en particulier dans les écoles, qui conduisit à un bilinguisme de droit en Flandres. Ce fut la première étape du retour en grâce du flamand au détriment du français jusqu’à son avènement dans la période d’Entre-deux guerre. C’est dans ce contexte que les deux club malinois naquirent avec le Racing pour les néerlandophones de la classe moyenne et le FC pour les francophones de l’élite.

#1377 – CA San Lorenzo : los Camboyanos

Les cambodgiens. Malgré des soutiens célèbres, comme l’acteur Viggo Mortensen et le pape François, l’aura du club argentin n’a pas pour autant atteint les rives du pays khmer. L’histoire de ce surnom trace son sillon dans les heures sombres de San Lorenzo, au cœur des années 1980. A cette époque, l’incurie de ses différentes directions et l’opposition de la municipalité à un club representant la classe moyenne, à la culture et aux traditions fortes, conduisirent à faire exploser la dette de San Lorenzo qui se retrouva dans l’incapacité de faire face à ses échéances.

Le premier coup dur survint en 1979, lorsque, croulant sous les dettes, San Lorenzo fut contraint par la dictature de vendre son stade historique du quartier de Boedo. A partir de 1980, l’équipe poursuivit une existence nomade et évolua dans les enceintes des autres clubs de la capitale, même celui du rival d’Huracán. En 1981, après avoir réussi à échapper à la relégation l’année précédente, le club descendit en seconde division pour la première fois de l’ère professionnelle. Durant ses années de crise institutionnelle, les contrats n’étaient pas respectés, les impayés de salaire réguliers, les terrains d’entrainement inexistants, l’eau chaude dans les douches absente ainsi que de nombreuses autres conditions déplorables.

Mais, dans le pire se forge aussi le caractère d’une équipe. Ainsi, sans moyens, le club construisit un groupe de combattants endurant toutes sortes d’épreuves et cet état d’esprit, fait d’abnégation et de pugnacité, séduisit les supporteurs. Dès l’année 1982, San Lorenzo réintégra l’élite argentine puis les années qui suivirent, l’équipe se battait avec héroïsme pour demeurer en première division. Tel un véritable cyclone (cf. #288), les joueurs développèrent un style de jeu offensif et combatif qui permit de livrer quelques matchs mémorables et de terrasser des clubs plus puissants. Parmi les onze gladiateurs, le gardien paraguayen José Luis Chilavert faisait ses premiers pas en Argentine, l’attaquant Wálter Perazzo émergait au côté de Dario Siviski, le latéral uruguayen Luis Malvárez portait le brassard de capitaine, Sergio Marchi dirigeait la défense et Blas Giunta bataillait au milieu. L’équipe attint son apogée en 1988 où elle finit deuxième du championnat et obtint le droit de disputer la Copa Libertadores. Et San Lorenzo réalisa ensuite sa meilleure campagne de son histoire en Copa Libertadores (jusqu’à son titre continental en 2014), éliminé en demi-finale.

Le surnom naquit lors de l’improbable victoire contre Independiente en championnat en Septembre 1986. 3 jours avant la rencontre, le contrat de l’entraineur Nito Osvaldo Veiga était arriver à son terme et, avant de le renouveler, il exigea que la direction versasse les primes impayées aux joueurs. Le président Enzo Zoppi refusa et San Lorenzo se retrouva sans entraîneur pour affronter Independiente, alors leader du championnat. Les joueurs ne s’entrainèrent pas lors de ces 3 journées. Le jour du match, le gardien remplaçant Rubén Cousillas assura le rôle d’entraineur. Dans le vestiaire, suite à l’absence d’une partie des équipements, Luis Malvarez déclara à Marchi « Turco ¿sabés qué? Nosotros parecemos guerreros, camboyanos, vivimos en el lodo, vivimos en los problemas, en los quilombos. Ese camboyano que se tira en la selva y que quiere pelear y va al frente siempre; creo que nosotros somos eso, Los Camboyanos » (Turc [le surnom de Marchi], tu sais quoi ? Nous ressemblons à des guerriers, des cambodgiens. On vit dans la boue, on vit dans la misère, dans le chaos. Ce Cambodgien qui se jette dans la jungle, qui veut se battre et qui est toujours en première ligne; je crois que c’est ce que nous sommes, des Cambodgiens) et à tous ses coéquipiers « Somos como los camboyanos, estamos solos y no damos nada por perdido » (Nous sommes comme les Cambodgiens, nous sommes seuls et nous n’abandonnons jamais).

#1345 – LDU Portoviejo : la Capira

Si vous cherchez ce terme dans le dictionnaire académique espagnol, vous serez déçu de ne trouver ni le mot capiro, ni sa forme féminine capira. Pourtant, en Amérique Latine, ce terme existe. En Equateur, il désigne un homme rustre et grossier, synonyme de montuvio, l’équivalent des cow-boy sur la côte équatorienne. Ainsi, désormais, les équatoriens l’utilisent pour dénommer un paysan de la côte.

Selon un chercheur uruguayen, il est possible que le mot capiro dérive du portugais brésilien caipira, qui caractérisait les paysans aux origines douteuses et étaient souvent attribués au peuple Guaraní. En Argentine, on trouve d’ailleurs le terme campiriño pour désigner quelqu’un d’origine paysanne ou avec peu de contacts sociaux. Le terme est donc plutôt utilisé dans le sens de « bouseux » plus que « paysan ». Mais, comme souvent, de la moquerie, il est devenu un symbole identitaire des populations visées.

La ville de Portoviejo est la capitale de la province de Manabí, située sur la côte pacifique. Et avec les régions de Guayas et de Los Ríos, elle constitue la principale zone d’habitation des Montuvios. Ces derniers sont donc la population paysanne de la côte équatorienne qui, par sa maîtrise des chevaux, apparaît comme des équivalents des cow-boy américains, des llaneros colombien et vénézuéliens et des gauchos argentins. Il ne s’agit pas d’un groupe ethnique mais cette population partage une culture forte et uniquement identifiée en Equateur.

La côte et ses plaines, arrosées par de grands fleuves côtiers et leurs affluents, propose un climat propice à l’agriculture et, dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, comptaient de nombreux propriétaires fonciers et des paysans indépendants pratiquant l’élevage laitier et une production agricole riche (cacao, café, hévéa, tagua (ivoire végétal), riz, tabac, coton, canne à sucre, bananes, ananas, oranges …). Contrairement aux populations andines, les paysans de la côte se distinguaient par un caractère indépendant et une grande mobilité ainsi que par sa machette et son chapeau de paille, dénommé toquilla. Leur culture particulière fut étudiée et mise en avant à partir des années 1920. Dans la musique et la danse, elle se distingue par l’Amorfino (chanson et danse d’amour) et le Pasillo (une adaptation locale et lente de la valse). Dans la cuisine équatorienne, les montuvios se distinguent par la diversité et la richesse de leurs plats qui allie fruits de mer et terroir, et s’articule autour du four Manabita (une boîte d’environ 1 mètre sur 1,5 mètre, rempli d’argile et alimenté au bois pour la cuisson). Les plats sont généralement présentés dans des feuilles de bananier et assaisonnés de sal prieta, une préparation à base d’arachides.

Selon le recensement équatorien de 2022, plus de 1 300 000 Équatoriens s’identifient comme montuvios (soit 7,7 % de la population équatorienne) et 33% des montuvios vivent dans la région de Manabí.

#1335 – CS Italiano : Tano

Tano est un terme de l’espagnol rioplatense, un dialecte typique de la région du Rio de la Plata (Argentine et Uruguay) qui désigne les immigrés italiens et leurs descendants dans ces deux pays sud-américains. Pour peupler un jeune pays et soutenir sa croissance, l’Argentine fit de l’immigration l’un de ses piliers, au point de l’inscrire dès 1853 dans sa première Constitution (article 25). Le gouvernement argentin promut sa politique en Europe et subventionnait le voyage en bateau des immigrants. Résultat, plus de trois millions d’Italiens émigrèrent vers l’Argentine en près d’un siècle (entre 1857 et 1940) et en 2011, plus de 25 millions des Argentins (soit 62,5 % de la population) avaient des origines italiennes.

Au départ, les immigrants italiens provenaient principalement du Nord de l’Italie (Ligurie, Piémont, Lombardie et Frioul) et étaient surnommés bachicha (qui dérivait d’un nom typique de Gênes). Toutefois, au début du XXème siècle, l’immigration en provenance du Mezzogiorno (midi et tiers sud de l’Italie) devint plus importante. Lorsque les agents des services de l’immigration interrogeaient les immigrants sur leur provenance, ils répondaient donc régulièrement napulitano (signifiant qu’ils avaient embarqué dans le port de Naples). A force, les employés de l’administration réduisirent le terme à ces deux dernières syllabes, tano, qui présentait aussi l’avantage de rimer avec le gentilé italiano.

Le surnom parait évident pour un club dont toute la symbolique tourne autour de la péninsule italienne : dénommé Italiano, jouant dans le stade « República de Italia », avec un écusson se résumant au drapeau italien et des joueurs évoluant en bleu. Evidemment, même si la forte immigration italienne influença la culture argentine, de nombreuses associations se créèrent pour conserver un lien entre les immigrants et avec leur origine commune. Ce fut le cas du CS Italiano qui fut fondé le 7 mai 1955 par des membres de la communauté italienne de Buenos Aires afin de participer à un championnat réservé à cette communauté.

#1330 – Maccabi Jaffa : הבולגרים

Les bulgares. Durant la Seconde Guerre mondial, bien qu’ils ne fussent pas déportés vers les camps de la mort, les Juifs de Bulgarie furent sévèrement persécutés et au lendemain de la victoire, le régime communiste ne leur laissa guère d’espoir. Le Premier ministre, Georgi Dimitrov, dénonça l’Holocauste mais il exhorta les Juifs à s’assimiler. En 1947, les organisations sionistes furent ainsi démantelées, tandis que les écoles juives furent contraintes de remplacer l’hébreu par le bulgare et de retirer les portraits d’Herzl (le fondateur du sionisme) et les cartes d’Israël. Car, si avant la guerre, les Juifs étaient bien établis dans la société bulgare, le mouvement sioniste émergea parmi eux immédiatement après le premier congrès sioniste de Bâle (1897), avec la création des premières associations Maccabi. Son développement fut rapide dans tout le pays et en 1926, le Maccabi Bulgarie comptait 2 100 membres répartis dans 21 branches. Par ailleurs, plusieurs organisations dont une banque furent créées dans les années 1930 pour faciliter l’Alya.

Dans ce contexte, l’émmigration vers la Palestine au lendemain de la guerre fut naturelle pour les Juifs bulgare. Dans les 2 ans qui suivirent la création d’Israël en 1948, 45 000 des 50 000 Juifs de Bulgarie quittèrent volontairement la Bulgarie pour rejoindre le nouvel État et s’installèrent principalement à Jaffa, qui leur rappelaient certainement leur ville natale de Sofia (la moitié des Juifs bulgares résidaient à Sofia). A Jaffa, le bulgare devint la langue des rues et des enseignes. Des restaurants servant des spécialités bulgares et des cafés ouvrirent leurs portes. Une université bulgare fonctionna dans les années 1950 et 1960. Le quartier autour du boulevard de Jérusalem fut surnommé la « Petite Sofia ». Ce regroupement favorisa l’entraide et la création d’associations culturelles et sportives bulgares, dont l’objectif était de donner un cadre qui faciliterait leur acclimatation dans le pays.

Ainsi, en 1948, les vétérans du Maccabi Bulgarie, dont Albert Chiuso, qui avait été président son président jusqu’à son immigration en Israël en 1943, ainsi que d’anciens athlètes du Maccabi Sofia, Avigdor Perciado, Moshe Almozelino et Moshe Miranda, fondèrent le Maccabi Jaffa presque immédiatement après leur arrivée. Dans ce petit quartier de Jaffa où se déroulait toute la vie de la communauté bulgare, tout le monde se connaissait et les liens étaient forts. Résultat, les supporters, membres de la communauté bulgare, s’identifièrent complètement à cette équipe, dont la plupart des joueurs étaient bulgares et vivaient à Jaffa (dans la première équipe de football du club, 9 des onze joueurs étaient bulgares). Même si la base de ses joueurs et supporteurs s’ouvrit au fil des années, l’attachement du club avec la communauté bulgare de Jaffa demeura forte. En mai 1953, le Maccabi Jaffa célébra son cinquième anniversaire et en même temps le jubilé du Maccabi Bulgarie tout comme en 1959 avec respectivement le dixième anniversaire et les 60 ans et où des milliers de personnes, vêtues d’uniformes du Maccabi Bulgarie, défilèrent dans un cortège mené par Aharon Manoah, l’un des fondateurs du Maccabi Bulgarie.

#1322 – Llaneros FC : los Caballos

Les chevaux. Fondé il y a seulement 13 ans, le club prenait la suite des Centauros Villavicencio, dont la vie n’avait duré que 9 ans mais qui était la première tentative de doter le département de Meta d’une équipe en mesure d’évoluer dans l’élite colombienne. La première équipe faisait référence à l’animal mi-homme, mi-cheval, le Centaure, donc il paraissait logique que le nouveau club reprenne le cheval dans son écusson et comme surnom. Et si l’équidé occupe une place centrale dans la symbolique des deux équipes de football, c’est en raison de son rôle important dans cette région.

Le département de Meta fait partie de la région du Llanos, qui occupe l’ouest du Venezuela et l’est de la Colombie et où s’étire de vastes plaines herbeuses, bases de son économie. Car son climat humide et chaud offrent de beaux pâturages, favorables à l’élevage (bovins, porcs et chèvres). Les pâturages dans le Llanos représentent entre 7 et 9 millions d’hectares et pour certaines parties de la région, environ 85% des terres sont même consacrées à l’élevage. Près de 9 millions de bovin (le tiers du pays) se trouve dans cette région, répartis dans près de 32 000 fermes. Ces ranchs exploitent de grands troupeaux sur de vastes terres, qu’ils rassemblent deux fois par an, la première fois au début de la saison des pluies pour les emmener vers les terres plus sèches et, inversement à la fin de l’année. Et pour surveiller ces bêtes et réaliser ces longs voyages, les ranchs comptent sur les cow-boys locaux, les llaneros.

Leur culture démarra avec l’introduction de l’élevage par les colons espagnols au XVIème siècle. Semi-nomade, ils guidaient les troupeaux et étaient reconnus comme des cavaliers habiles qui géraient toutes les tâches liées au bétail. Elevés dès leur plus jeune âge sur le dos d’un cheval, avec une façon particulière de le monter, les llanaros ne considéraient que l’équidé comme animal, créant un lien qui allait au-delà de celui d’un animal de compagnie. Il était le prolongement de son corps et de son esprit. Et, dans les plaines, pour tous il était clair que sans chevaux, il n’y eut pas eu de développement. Il y avait quatres types de llaneros : le cabrestero qui conduit le bétail, le baquiano qui connaît les chemins, la langue et les coutumes d’une région afin de les parcourir sans encombres, le cuatrero, le voleur de bétail et le músico, qui est un cavalier musicien et chanteur. Ils étaient reconnaissables à leur tenue qui se composait d’un pantalon double (un à l’intérieur pour se salir et l’autre à l’extérieur, qui se nommait garrasí) qui avait des griffres au bout pour l’attacher, une chemise à col large et ouvert se portant par dessus le pantalon, un chapeau de type andalou et un grand foulard. Etant de bons cavaliers, ils furent recrutés pendant les guerres (en particulier les guerres d’indépendance où ils servirent dans les deux camps) pour former le gros des troupes de cavalerie. Les llaneros jouèrent un rôle important dans l’émancipation du pays et les historiens estiment que plus de 13 000 llaneros perdirent la vie durant la guerre d’indépendance.

Etant donné qu’ils ne quittaient jamais leurs montures et qu’ils servirent dans l’armée, ils ressemblaient au centaure, cet animal mythique qui rassemble l’homme et le cheval sous un même être et combattait en première ligne en raison de sa force et son audace. D’ailleurs, le chanteur colombien Cholo Valderrama aime à dire « El suelo del llanero son los estribos » (le sol du llanero, ce sont les étriers). Et cette comparaison s’installa dans l’imaginaire collectif colombien. Ainsi, pour évoquer la fin de la guerre d’indépendance menée par Bolívar, avec le soutien des llaneros, le 6ième couplet de l’hymne national colombien dit « Centauros indomables Descienden a los llanos » (Des centaures indomptés descendent dans les plaines). Deux centaures se distinguent également sur les armoiries du département de Meta.