#959 – CDU César Vallejo : los Poetas

Les poètes. Le club est l’émanation sportive de l’Université César Vallejo. Cette dernière naquit le 12 Novembre 1991 dans la ville de Trujillo de la volonté de l’ingénieur César Acuña Peralta qui voulait améliorer l’offre éducative péruvienne. Elle comptait alors 58 élèves. 20 ans après, l’Université avait déjà des antennes dans 5 villes du pays et près de 100 000 étudiants. Aujourd’hui, elle fait parti des 10 meilleurs universités du pays avec plus de 150 000 étudiants et 12 campus. Cette progression rapide se transmit aussi aux résultats de l’équipe de football. Fondée en 1996, l’équipe de football atteignit la première division péruvienne, seulement 7 ans après sa création.

Le club prit le nom de l’Université qui porte celui du poète péruvien César Vallejo. César Abraham Vallejo, né à Santiago de Chuco, le 16 mars 1892, est considéré comme l’un des écrivains latino-américains les plus importants du XXème siècle et comme le plus grand représentant de la littérature péruvienne. Né dans une famille pauvre dans ce petit village des Andes péruviennes, il entra en 1913 à l’Universidad Nacional dans la ville de Trujillo, où il réalisa une thèse sur le romantisme dans la poésie castillane. Puis, il poursuivit ses études à Lima avant de voyager à partir de 1923 dans les capitales européennes, à Madrid, Moscou, Budapest, Bruxelles, Berlin et enfin Paris, où il mourut en 1938. S’exprimant pratiquement dans tous les genres littéraires (poésies, romans, nouvelles, pièces théâtrales et essais), il fit connaître son génie avec ses recueils de poèmes « Los heraldos negros » (1918) et « Trilce » (1922). Il est aussi communément admis que c’est dans sa poésie que son talent s’exprima le mieux et que son oeuvre atteint ses plus hauts sommets. C’est certainement sa grande réputation et son passage à Trujillo qui conduit César Acuña Peralta à prendre le nom du célèbre poète pour représenter son nouveau et innovant projet éducatif. Résultat, en portant le nom du poète, les joueurs héritèrent de ce surnom.

#958 – Exeter City FC : the Grecians

Les grecs. Je vous rassure tout de suite. Les îles britanniques n’ont pas dérivé pour atteindre les côtes hellènes. Ce surnom a toujours laissé perplexe de nombreux fans d’Exeter City, ce qui donne naturellement lieu à de nombreuses spéculations et débats.

Rappelons d’abord que le club fut fondé officiellement en 1901 sous le nom de Sidwell United, les joueurs venant notamment de l’Ecole de St Sidwell située sur Sidwell Street. Ensuite, ce surnom des Grecians n’est pas attaché uniquement aux joueurs mais aux habitants de la paroisse de St Sidwell et finalement à ceux de la ville d’Exeter. L’historienne locale Hazel Harvey dans son histoire de Sidwell Street retrouva des publications de 1737 où les résidents de Sidwell se désignaient eux-mêmes comme des Grecs. En 1835, Charles Dickens mentionnait aussi ce sobriquet dans le magazine « All Year Round ». Pour le club, après quelques tentatives comme United ou Saints qui ne prirent pas, le journaliste de l’Evening Post utilisa le terme grecians pour la première fois le 6 décembre 1901. Parlant de l’affrontement du lendemain contre St David’s dont l’enjeu était la première place du classement, il écrivit « if the Grecians should pull the match off they feel assured of obtaining the trophy » (si les Grecs réussissent le match, ils sont assurés d’obtenir le trophée).

Commençons par les légendes peu probables mais qui circulent. Certains disent que les supporteurs chantaient « We hate the Green Ones » (Nous détestons les verts) qui se serait transformé en « We are the Grecians » (Nous sommes les Grecs). D’autres fans préfèrent dire que le nom est né parce que les joueurs jouaient comme des dieux grecs. Un peu plus flatteur que des erreurs de prononciation. Une autre version propose que le surnom provient d’une bijouterie de Sidwell Street, située près du terrain du club, qui avait accroché à l’extérieur de sa vitrine une horloge affichant le nom grecians sur son cadran. Il est également suggéré que le surnom dérive d’un groupe d’enfants de St Sidwell qui étaient appelés les « Greasy Un’s » (les graisseux, du fait qu’ils étaient sales en raison de leur pauvreté). Greasy Un’s serait devenu Grecians. Une autre histoire avance que le nom gallois de la ville d’Exeter, Caerwysg, donna le gentilé de Caer Iscuns, qui éventuellement muta en grecians. Il y a aussi la possibilité que ce surnom provienne de la présence d’une forte communauté Grec orthodoxe qui s’installa au XIXème siècle dans le quartier où fut érigé en 1904 le stade du club, St James Park.

Voila donc résumé un certain nombre de légendes qui entourent ce surnom. Mais, elles paraissent toutes pour des raisons différentes improbables. En fait, les versions plausibles tournent autour d’un point commun : la position du quartier de Sidwell par rapport au centre ville d’Exeter. Situé en dehors des murs du centre ville cossu, Sidwell regroupait des classes laborieuses et pauvres qui se sentaient un peu exclu. Historiquement, les personnes qui habitaient dans l’enceinte d’Exeter étaient souvent appelées les Romains. La raison est qu’ils vivaient à l’emplacement de la ville romaine (Isca Dumnoniorum) mais aussi parce que ces citoyens étaient considérées comme l’élite riche et dirigeante de la région. Les habitants de St Sidwell voulaient se distinguer des « Romains » et considèrent le surnom de Grecs. Ils trouvèrent intéressants de se comparer aux héros grecs rusés qui eurent raison des Troyens qui se pensaient en sécurité, protégés par leurs murs (comme les « Romains » d’Exeter). Cela donnait aussi une meilleure image à ses habitants pauvres de la ville. Une autre version se rapproche de celle-ci avec un peu plus de précisions. En effet, en 1726, lors d’une foire à Southernhay, un autre district près du centre-ville, pour une raison obscure, le siège de Troie fut reconstitué. Lors de la distribution des rôles, les habitants du centre-ville (à l’intérieur de l’enceinte d’Exeter) jouèrent les Troyens assiégés, tandis que ceux de Sidwell (à l’extérieur des murs) furent les assaillants Grecs. De ce spectacle, les habitants de St Sidwell en tirèrent leur surnom. Si les mythes grecs, et en particulier l’Iliade, étaient si connus à Exeter et Sidwell, c’est que des pièces du théâtre grec étaient régulièrement jouées sur le parvis de la Cathedral tout au long du XVIIIème siècle et surtout, Joseph d’Exeter écrivit une Iliade en Latin en 1183 dont le titre est Phrygii Daretis Yliadis libri sex (L’Iliade de Darès le Phrygien en six livres) et qui relate la guerre de Troie.

Pas étonnant alors que le premier stade du club fut orné d’une porte grecque.

#957 – Fatih Karagümrük SK : Fatih’in Torunları

Les descendants de Fatih. Au printemps 1926, deux clubs du quartier de Fatih à Istanbul (Acıçeşme Gençleri et Karagümrük Gençleri) fusionnèrent pour donner naissance au Karagümrük İdman Yurdu. C’est en 1985 que la direction décida d’adjoindre le nom de Fatih à celui du club. Mais, plus que le nom d’un district, Fatih, qui signifie le conquérant, se réfère à Mehmed II, dit le conquérant, septième sultan de l’Empire ottoman. Il fut le Sultan qui étendit l’Empire Ottoman jusqu’en Europe et asservit la Grèce pour des siècles. Mais, pour Mehmed II, cette expansion ne pouvait se faire qu’en possédant Istanbul, qui s’appelait Constantinople et demeurait la capitale de l’Empire Romain d’Orient. Mehmed II entreprit en Avril 1453 le siège de la ville. Il fallut à peine un mois aux armées de Mehmed II pour faire tomber la ville et l’Empire Byzantin. Le Sultan pénétra dans la ville dans l’après-midi du 29 mai 1453 par le quartier de Karagümrük, situé dans le district de Fatih. Istanbul devint alors capitale de l’Empire Ottoman et le quartier de Fatih un haut lieu. Environ 10 ans après la conquête, Mehmed II ordonna la construction d’une mosquée et de son complexe en lieu et place de l’Église des Saints-Apôtres de Constantinople qui avait été démolie. L’ensemble se nomma d’après le nom du Sultan. Erigée entre 1462 et 1469, cette mosquée fut le premier projet monumental de Mehmed II et qui allait établir le style architectural ottoman. La mosquée accueille aussi les tombes de nombreux dignitaires de l’histoire ottomane, dont celle de Mehmed II. Autour de la mosquée, un ensemble de bâtiments (le complexe) fut également construit qui incluait 16 écoles coraniques, une bibliothèque, un hôpital, un hammam, un caravansérail, un marché, une école et des soupes populaires. Mehmed II fit également immigré des personnes d’Anatolie pour s’installer dans ce quartier. Ainsi, ce dernier devint le premier quartier musulman et turc de la nouvelle capitale, qui se nomme en l’honneur du conquérant. Représentant désormais l’ensemble du quartier et revendiquant cette affiliation historique (symbole à la fois nationaliste et attaché à une idée de conquête), les joueurs sont devenus les descendants de Mehmed II.