#1062 – US Créteil Lusitanos : les Béliers

Depuis de nombreuses années, le blason du club est orné d’une tête de bélier et cet emblème s’est imposé pour toutes les sections du club. Car l’US Créteil Lusitanos est un club omnisports. Fondé le 11 Mars 1936 par un certain Monsieur Hémont, le club posa ses fondations sur le football. Puis, en 1938, le cyclisme s’ajouta (et comptera dans ses rangs Maurice Moucheraud, Laurent Fignon, Daniel Morelon et Grégory Baugé). Au lendemain de la guerre, le Basket. En 1963, l’Athlétisme naquit (dont les grands noms furent Stéphane Caristan, Patricia Gérard et les soeurs Ewanje Epée), suivi en 1964 par la section de Handball qui devint une des grandes équipes nationales (1 titre de Champion de France et 2 Coupes de France). En 1966, l’US Créteil comptait déjà 8 disciplines puis 13 en 1974. Pour ses 50 ans, en 1986, le club proposait 24 activités sportives aux près de 5 000 membres. En 2000, 27 sports étaient représentés. En 2016, arrivait la dernière section, l’Aïkido, portant à 31 le nombre d’associations et à plus de 9 500 adhérents. L’US Créteil, c’est aussi 61 sélectionnés aux Jeux Olympiques et Paralympiques pour un total de 28 médailles olympiques (14 en Bronze, 4 en Argent et 10 en Or).

Cette croissance riche en succès aurait pu participer à la naissance du surnom. Un club qui va de l’avant, qui fonce comme un bélier. Mais, la véritable raison de ce surnom est bien plus simple. En effet, le club fut fondé au mois de Mars dont l’un des signes zodiacales est le bélier. Normalement, sa « naissance » ayant eu lieu le 11 Mars, son véritable signe zodiacale devrait être le poisson. Mais, le bélier sembla plus inspirant (le bélier apparaît comme audacieux, ambitieux, indépendant et courageux) et il s’agit du 1er signe dans le zodiaque, des valeurs et une place que les fondateurs prédestinaient à leur club.

#1061 – CD Antofagasta : el Puma

Le puma. Mascotte du club qui apparaît également sur son blason, l’animal dépasse simplement son rôle de surnom pour être un marqueur de l’identité du CD Antofagasta. Le club fut fondé le 14 mai 1966, fortement encouragé par l’Asociación Nacional de Fútbol Profesional, la ligue professionnelle chilienne. La ville du Nord du pays n’était pas représentée dans l’élite professionnelle et l’un de ses clubs, Unión Bellavista, s’adressa en 1965 à la fédération pour obtenir le statut professionnel. Mais sa demande fut rejetée. Son rival, Portuario Atacama, tenta la même démarche mais également en vain. L’ANFP poussa les deux clubs à s’unir pour créer une force capable de s’imposer face aux structures professionnelles existantes. Il fallut la médiation du Maire de la cité ainsi que toute la pression de l’ANFP pour enfin parvenir à la création du Club de Deportes Antofagasta Portuario.

En 1968, le nouveau club évoluait en seconde division (mais s’apprêtait à remporter ce championnat et enfin accéder à l’élite). La presse de la capitale publiait le classement de la première division chaque semaine sous le titre « Así van los Leones » (Ainsi vont les Lions). Lisant cela, le journal d’Antofagasta, « La Estrella del Norte », prit la même habitude pour présenter le classement de la seconde division. Toutefois, pour différencier les deux étages professionnels, le journal changea d’animal et l’intitulait « Así van los Pumas » (Ainsi vont les Pumas). Alors que la référence animalière s’appliquait à l’ensemble des équipes, les lecteurs de « La Estrella del Norte », qui supportaient Antofagasta Portuario, crurent qu’il s’agissait d’un surnom pour leur équipe favorite. Il faut dire que le nom Antofagasta Portuario était peu plébiscité (tout comme son abréviation AP) par les fans et donc le surnom puma se diffusa rapidement. Se rendant compte de son adoption par les supporteurs, « La Estrella del Norte » entretint le phénomène et en particulier son journaliste Hugo Rivera Quiroga qui accompagnait ses commentaires de caricatures avec un puma portant le maillot de l’équipe. Puis, les autres médias locaux reprirent également le surnom.

#1060 – Defensor SC : la Farola

La lanterne. L’histoire du Defensor est liée au quartier de Punta Carretas de Montevideo, ayant été fondé le 15 mars 1913 près du Parque Urbano, au cœur de Punta Carretas. Ce quartier se situe à l’extrémité sud de la capitale uruguayenne, sur une pointe rocheuse qui lui a donné son nom. Enfin, ses deux noms car en effet le quartier est dénommé Punta Carretas ou Punta Brava, selon dans quel sens on regarde cette pointe rocheuse. Les marins l’appelaient Punta Brava car la pointe s’étend sous l’eau et provoqua plusieurs naufrages de navires. A l’inverse, d’autres marins voyaient une charrette dans cette amas de pierres, ce qui donna le nom Punta Carretas. Surtout, sur cette pointe rocheuse, un phare nommé Faro de Punta Brava se distingue depuis la fin du XIXème siècle. Construit par l’entreprise Faros de Costa y Compañía, la tour fut mis en service le 1er Octobre 1876. En 1907, le phare passa dans le giron de l’Etat qui en 1911 remplaça le système d’éclairage par un dispositif lenticulaire. Depuis 1948, un flash blanc et rouge fut intercalé toutes les 10 secondes pour le différencier des autres phares et bouées. Enfin, en 1962, le phare fut relié au réseau électrique. Haut de 19 mètres et ayant une porté lumineuse de 18,5 milles marins (environ 34 km), le phare joue encore aujourd’hui un rôle important pour diriger les bateaux de pêche.

Monument emblématique du quartier, le phare de Punta Brava est représenté de manière stylisée sur le blason du Defensor depuis des décenies. Le chanteur uruguayen Jaime Ross, fan de Defensor, dédia au club une chanson titrée « Cometa de la Farola » (le cerf-volant de la lanterne). Le cerf-volant qui monte en prenant le vent est une allégorie du Defensor s’élevant dans l’élite uruguayenne et talonnant les deux grands clubs, Peñarol et Nacional.

#1059 – Fortuna Sittard : Fortuna

A la charnière du XIXème et du XXème siècle, avec un football qui se répandait au sein de la jeunesse étudiante (donc plutôt érudit), la mode fut de nommer les nouvelles équipes avec un terme anglais (pour rappeler les origines du sport) ou latin/grec (souvent pour gagner l’aura de la mythologie de ces civilisations). Justement Fortuna est un mot latin qui désignait « Sort favorable, chance, succès » et qui s’accorda avec la déesse latine représentant la chance. Pour autant, le club néerlandais naquit en 1968 de la fusion du RKSV Sittardia et du Fortuna ’54, ce dernier ayant été fondé tardivement en 1954 (au regard de la mode des noms latins pour une association sportive). Son dirigeant, Egidius Gied Joosten, voulait certainement placer le nouveau club sous les bons auspices de la divinité romaine. Car le défi était immense en 1954 pour le Fortuna.

Au début des années 1950, le football néerlandais se maintenait dans l’esprit amateur, bien que la plupart des pays européens étaient rentrées depuis quelques décennies dans l’ère professionnelle. Les meilleurs joueurs bataves évoluaient alors à l’étranger pour gagner leur vie. Après assisté le 12 mars 1953 à un match caritatif entre la France et les Pays-Bas (représenté par les joueurs expatriés) remporté par les Oranje, Gied Joosten fut convaincu de la nécessité de moderniser le football de son pays par la professionnalisation de l’élite. Le 1er Juillet 1954, il fonda le Fortuna ’54, premier club batave à rémunérer ses joueurs. Avec ses importants moyens financiers provenant de sa société familiale de construction, Joosten recruta de nombreux grands noms comme Cor van der Hart (Lille), Frans de Munck (1. FC Köln), Bram Appel (Stade Reims) et Faas Wilkes (Levante). Il prît la tête de la première ligue professionnelle néerlandaise, la NBVB, qui regroupait 10 clubs professionnels dont le Fortuna ’54. Finalement à l’hiver 1954, la dissidente NBVB fusionna avec sa vieille rivale, la fédération hollandaise, la KNVB, et le professionnalisme devenait une réalité institutionnelle. Dans cette nouvelle ère, le Fortuna ’54 était un des prétendants au titre suprême mais, la multiplication des matchs amicaux pour remplir les caisses, fatigua les joueurs et le club ne glana que 2 Coupes nationales (1957 et 1964) et des places d’honneur en championnat (2ème en 1957, 3ème en 1959). A partir de la saison 1959-1960, le club fleurtait régulièrement avec la zone de relégation en même temps que la situation financière de la société de Joosten se détériorait. En 1966, cette dernière fait faillite définitivement et le Fortuna finit par terminer à l’avant dernière place en 1968. Au plus bas sportivement et financièrement, le conseil d’administration du Fortuna fut contraint le 11 juin 1968 de fusionner avec son voisin, le RKSV Sittardia, qui avait terminait cette saison à la dernière place de l’Eredivisie. Le 1er juillet 1968, le Fortuna Sittardia Combinatie vit le jour. Le nouveau club reprit le terme Fortuna, le jaune du Sittardia (qui évoluait en jaune et bleu) et le vert du Fortuna (qui était en vert et blanc).

On retrouve sur l’écusson actuel du club la déesse Fortuna, avec ses attributs classiques : la corne d’abondance et la roue.

#1058 – BK Fremad Amager : Øens Hold

L’équipe de l’île. L’équipe réside à Amager Vest, sur l’île éponyme. En effet, en observant un plan de la capitale danoise, Copenhague, on aperçoit au Sud-Est une île proche, quasiment collée à la côte et qui fait face à la ville suédoise de Malmö. Dans le détroit de l’Øresund, qui fait office de frontière entre le Danemark et la Suède, il s’agit de l’île la plus peuplée (plus de 210 000 habitants) pour une superficie totale de 96 km2. Au Nord de l’île, la ville d’Amager Øst, reliée par le Métro depuis 2000 et à 10 minutes en vélo du centre-ville, fut incorporée à Copenhague en 1902, tout comme sa voisine d’Amager Vest. Au Sud, l’île abrite de petites villes, telles que Dragør, Søvang et Kastrup. Même si elle accueille l’aéroport de la capitale danoise, l’île est un havre de paix, avec sa zone naturelle protégée du Naturpark Amager qui couvre plus d’un tiers de la superficie et ses plages de sable. A l’inverse, cet environnement calme a pesé sur son ambiance, le quartier apparaissant comme endormi pour les habitants de Copenhague. L’île accueille également des constructions architecturales renommées, telles que l’escargot en bois de Kastrup et le quartier vert d’Ørestad aux multiples bâtiment originaux dont l’ensemble résidentielle en forme de 8 (8Tallet). On trouve également le Den Blå Planet, l’aquarium national du Danemark, qui s’étend sur 12 000m², et qui comprend pas moins de 53 aquariums et 450 espèces de la faune maritime.

Lors de derby, les équipes rivales de l’île, même si elles ne boxent pas dans la même catégorie, font de ce surnom un titre à ravir au club de Fremar. Une victoire permettre de se couronner comme l’équipe de l’île. Mais, ce petit coup marketing ne remet pas en cause le fait que le représentant le plus connu de l’île d’Amager est le BK Fremar.

#1057 – Parme Calcio : Crociati

Les croisés. Ces dernières saisons, le maillot de Parme s’est distingué par une grande croix noir qui barre le blanc immaculé habituel. Et ce design est une reproduction du maillot qui sévit entre les années 1920 jusque dans les années 1940. Ce style disparut jusqu’au début des années 1970, au moment où le club connut sa première liquidation. A la refondation, le club retrouva ses premiers amours et le maillot croisé fit son retour jusqu’en dans les années 1980. Afin de donner plus de lisibilité à son sponsor, Parme abandonna sa croix pour un maillot intégralement blanc lors de la saison 1983-1984. La prise de contrôle du club par l’agro-industriel Parmalat confirma dans un premier temps le maillot blanc puis au milieu des années 1990, la société promut un maillot rayé bleu et jaune. Mais, ces changements ne convainquirent jamais les supporteurs qui restaient attachés au maillot croisé historique. Et ainsi, à la fin des années 1990, la croix revint épisodiquement sur le kit de Parme. Si la faillite de Parmalat clôtura les plus belles pages du club, elle permit aux symboles historiques de définitivement s’imposer. Dans un premier temps (saison 2004-2005), la croix fut bleue marine et finalement à compter en 2006, le noir revint. Outre le maillot, la croix apparaît également sur le blason de l’équipe, quasiment depuis la fondation. Toujours une croix noire sur fond blanc (à l’exception de la saison 2000-2001 où la croix fut bleue sur fond jaune)

Cette croix n’est pas apparue par hasard sur le maillot et le blason, qui trouve son origine dans les armes et la bannière de la ville. Au XIIIème siècle, les premières armoiries de Parme représentaient un petit taureau blanc sur fond rouge, hommage au maire Torello da Strada, dont le nom signifiait « petit taureau » et dont l’animal était le symbole de sa famille. Un premier emblème avec une croix blanche sur fond rouge apparut en 1329 dans le Chronicon Parmense. Et cette croix fut tirée de la Societas Cruxatorum (Société des Croisés) qui exerça une grande influence sur la vie politique de la cité durant de nombreuses années. Au cours du XIIIème siècle, les Cités-Etats italiennes se déchirèrent entre les partisans du Pape, les guelfes, et ceux de l’Empereur du Saint Empire, les gibelins, et Parme n’échappa à ce mouvement. Le point culminant fut le massacre du jour de Noël 1264 au cours duquel il y eut de nombreuses victimes. En 1266, le tailleur Giovanni Barisello recruta 500 personnes du parti guelfe afin de rétablir la paix dans la ville. Son entreprise fut un succès. Sur proposition du Roi de Naples, Charles d’Anjou, soutien des guelfes, cette société prit le nom de Societas Cruxatorum, en référence certainement aux croisés. Le blason de cette société était un croix bleu sur fond jaune.

#1056 – RCD Espanyol Barcelone : los Blanquiazules

Les blanc et bleu. L’autre club de Barcelone partage une partie de ses couleurs, le bleu, avec son grand rival, dont il vit dans l’ombre, le FC Barcelone. Mais, il ne s’agit pas du même bleu et surtout il est associé à une autre couleur, qui n’est pas la même entre l’Espanyol (le blanc) et le FC Barcelone (le Rouge). Vous pouvez lire les origines des blaugrana à l’article #200 car ici, nous allons nous intéresser au maillot de l’Espanyol. En 1897, le club du Real Sociedad Gimnástica Española fut fondé avec la volonté d’exercer divers sports. A la charnière du XIXème et du XXème siècle, la pratique du football se diffusa à Barcelone et des premiers clubs éclosirent, notamment le FC Barcelone (1899), le Català FC (1899) et l’​​Hispània AC (1900). Attiré par ce nouveau sport, Ángel Rodríguez, membre fondateur de la Real Sociedad Gimnástica Española, et un groupe d’amis décidèrent de créer une équipe de football au sein de l’association de gymnastique. La date de fondation fut fixée au 28 Octobre 1900.

Oriol Junqueras, homme politique de la gauche catalane mais surtout historien de son état, fit l’erreur en 2015 d’expliquer que les couleurs bleu et blanc du maillot rayé de l’Espanyol provenait de sa distinction obtenue du roi Alphonso XIII en 1912. Selon lui, la majorité des équipes qui détiennent le titre de Real portent ces couleurs. Mais, c’est faux.

Le choix des couleurs du premier maillot ne fit pas l’objet d’un grand débat lors de la fondation. En effet, possédant une usine de fabrication textile, un des fondateurs donna des maillots jaunes et des pantalons noires aux joueurs, et le club et ses joueurs, étant démunis comme habituellement à l’époque, ne refusèrent pas ce don. Seulement, ce membre cessa assez rapidement de participer aux matchs et ne fut donc plus en mesure d’approvisionner le club en tissu jaune notamment. Or, ce dernier étant plutôt rare (et donc chère à l’époque) et les premiers maillots jaunes s’usant, chaque joueur fut invité à se servir dans sa garde-robe personnelle pour s’équiper. Naturellement, les vêtements les plus courants étaient des chemises blanches et des pantalons noirs (et parfois bleus). Ainsi, la tenue du club évolua dès 1901 vers ces couleurs (principalement blanc et noir). Toutefois, par manque de joueurs, entre 1906 et 1909, les activités football furent suspendues. En 1909, le club renait de ses cendres et la question de la tenue se posa. Lors de l’assemblé du 20 Février 1910, les membres votèrent pour un maillot rayé bleu et blanc, en l’honneur de Roger de Lauria, un amiral dont les armoiries étaient des rayures bleues et blanches et ayant défendu la couronne aragonaise. Au XIIIème siècle, la Couronne d’Aragon était une confédération de royaumes, qui débuta par l’union du Royaume d’Aragon et du Comté de Catalogne en 1137. Avec la reconquista, la Couronne s’étendit sur les Baléares et le Royaume de Valence. En 1282, la Couronne prit possession du Royaume de Sicile, puis du Royaume de Sardaigne en 1295, devenant alors la puissance dominante de la Méditerranée. Originaire de Sicile, Roger de Lauria, suivit sa mère, dame de compagnie de la reine Constance de Sicile, épouse de Pierre III d’Aragon, à la cours à Barcelone. Son génie militaire permit de remporter de nombreuses batailles navales (dont les batailles de Malte en 1283 et de la Baie de Naples en 1284 contre le Royaume d’Anjou puis contre la France en 1285 lors des batailles des Formigues et du col de Panissars) et contribua à l’expansion et à la domination maritime de la Couronne.

#1055 – Bursaspor : Yeşil Beyazlılar

Les vert et blanc. A la fin des années 1960, le football turc se structura en créant une première division (1959) et une seconde division (1963) professionnelles. Afin de se donner la chance de participer à cette nouvelle élite, dans de nombreuses villes, les différentes équipes, parfois rivales, unirent leurs forces pour créer une nouvelle puissance. Ainsi, le 1er juin 1963, les clubs de Acar İdman Yurdu, Akınspor, İstiklal, Pınarspor et Çelikspor s’unirent pour donner naissance à Bursaspor, avec cette volonté de porter haut les couleurs de la ville. Pour les symboles de cette nouvelle entité, le choix aurait pu soit de privilégier l’héritage d’un des prédécesseurs, soit de combiner un peu de chacun des 5 anciens clubs. La première option aurait léser les autres clubs et la deuxième aurait donné lieu à un maillot harlequin (Acar İdman Yurdu jouait en noir, Akınspor en rouge, İstiklal en jaune, Pınarspor en vert et Çelikspor en bleu marine). Ainsi, les fondateurs décidèrent de faire table rase du passé et puisèrent plutôt dans l’imagerie de Bursa.

Lorsque le choix des couleurs fut débattu, Şükrü Akmansoy, avocat de formation et président de Pınarspor, questionna les autres membres « Qu’est-ce qui vous vient à l’esprit en premier lorsque on vous parle de Bursa ? ». Les participants de la réunion proposèrent en premier le vert des parcs et des forêts. En effet, la cité est surnommée Yeşil Bursa (Bursa la verte), en référence aux nombreux parcs et espaces verts qui jalonnent l’agglomération ainsi qu’aux forêts environnantes. A cela, Akmansoy répondit « La neige blanche de notre célèbre Uludağ ne peut-elle pas être utilisée avec du vert ? ». Le vert et le blanc remportèrent alors l’adhésion enthousiaste de l’assemblée. Il faut rappeler que, outre les forêts avoisinantes, Bursa se situe aussi au Nord de la montagne Uludağ, qui culmine à 2 543 mètres d’altitude. En Hiver, Uludağ devient un des plus beau domaine skiable de Turquie, apprécié de la bourgeoisie stambouliote, qui séjournent alors à Bursa et se rend sur le site grâce à 2 téléphériques partant de Bursa.

#1054 – CA La Paz : la Palomilla

Littéralement, le mot se traduit par papillon de nuit mais ce n’est pas son sens ici. Le CA La Paz est un club récent qui a été fondé le 22 avril 2022. Tout commença le 21 avril 2022 quand le propriétaire du Tampico Madero FC céda sa franchise à l’homme d’affaires Arturo Lomelí, actionnaire du Mazorqueros FC. Dans la foulée de l’acquisition, la nouvelle équipe déménagea dans le département de la Basse-Californie du Sud, à La Paz et fut renommée CA La Paz. Ce nouveau club ne reprit pas les symboles de son prédécesseur et créa sa propre identité. Ainsi, son surnom puisa dans le jargon local.

Le mot palomilla est populaire dans les régions côtières du Mexique, mais aussi dans d’autres pays comme le Chili, le Pérou et le Honduras. Il était souvent utilisé pour désigner des bandes de jeunes espiègles, provenant des classes modestes. Le terme s’est popularisé dans l’ensemble du Mexique dans les années 1950, lorsque le comédien et chanteur emblématique du cinéma populaire mexicain Germán Valdés, connu sous le nom de Tin Tan, s’amusait dans ses films avec sa bande d’autres acteurs, qui était surnommé palomilla. En Basse-Californie du Sud, ce mot est assez courant, même si au début des années 2000, il semblait avoir disparu de la circulation. Il désigne maintenant un groupe de personnes qui se réunissent fréquemment pour s’amuser. Avec le temps, ce terme qui était attribué à des jeunes qui venaient des milieux populaires se déporta vers des personnes à la mode. Il est même devenu par la suite un synonyme de amigos (amis).

#1053 – Linz ASK : die Schwarz-Weißen

Les noir et blanc. Le 7 août 1899, à Linz, le Athletiksportklub Siegfried fut fondé mais cette association se concentrait sur l’haltérophilie et la musculation. La section football n’apparût qu’en février 1919, en intégrant les footballeurs du Linzer Sport-Klub (et certains du Germania) dont le club n’avait pas survécu à la Première guerre mondiale. Malgré la jeunesse de la section, le football était si populaire que cette activité prit une importance telle au sein du Athletiksportklub Siegfried, que le 14 Septembre 1919, la direction changea le nom du club pour Linzer Athletik-Sport-Klub. L’article 3 des statuts stipulait que les couleurs étaient le noir et le blanc, comme celles de ses deux « prédécesseurs ». En effet, aussi bien Siegfried que LSK évoluaient en noir et blanc.

Le LSK fut fondé le 25 juillet 1908 par la volonté de Ernst Wengraf, un passionné de football et autour des footballeurs Albert Siems et Otto Zwicker. Siems avait déjà joué pour le Vienna Cricket and Football-Club et Zwicker évoluait au Wiener Sportklub. Ce dernier club, fondé le 24 février 1883, possédait également le noir et blanc comme couleurs, qui étaient donc plutôt à la mode dans le football autrichien. J’émettrais une hypothèse concernant cette mode. A la fin du XIXème, même si l’Empire Austro-Hongrois était puissant, un autre Etat montait en puissance et portait haut la germanitude, sous la houlette de la redoutable Prusse : le Reich Allemand. Or, le Reich adopta un drapeau avec trois bandes horizontales de couleurs noir, blanche et rouge (qui reprenaient les couleurs de la Prusse, noir et blanc, et de la Ligue Hanséatique, rouge et blanc). Et justement dans cet Empire Austro-Hongrois qui regroupait une mosaïque de peuple (autrichien, hongrois, tchèque, slovaque, croate, serbe, slovène, italien, roumain, polonais, ukrainien), il y avait certainement un besoin d’affirmer sa germanitude et elle s’exprima dans le sport. Un nombre certain de clubs autrichiens prirent donc ces fameuses couleurs noire et blanche. A noter que si les couleurs principales du LASK sont le noir et le blanc, le rouge apparait sobrement mais régulièrement sur les tenues ou le blason du club (ce qui renforce mon hypothèse). Au delà de la couleur, d’autres s’inspirèrent de l’Allemagne pour leurs noms. Ainsi, on comptait un Germania Linz (Germanie étant le nom latin de l’Allemagne), Deutschen Jungmannschaft Währing à Vienne (Deutschen signifiant Allemand), Deutsche Fußball-Club Prag, Deutscher Sportverein Troppau … . Or, Germania Linz contribua à la création de la section football du LASK. De même, la section football du Wiener Sportklub qui aurait pu inspirer les fondateurs du LASK, était issue de la fusion du Fußball- und Athletik-Club Vorwärts et du Deutschen Jungmannschaft Währing qui prit le nom de Deutschen Sportverein.

Malheureusement, après avoir joué plus de 100 ans avec ces couleurs, le club succomba aux espèces sonnantes et trébuchantes d’un sponsor, BWT. Fabriquant de systèmes de traitement de l’eau autrichien, BWT imposa sa couleur rose au maillot du LASK. Par petite touche en 2019 puis le troisième maillot intégralement rose en 2020, puis lors des matchs importants ou de Coupe d’Europe le rose est privilégié et enfin, le premier maillot en 2022 devient finalement rose (sans rappel des couleurs historiques). Les supporteurs bataillèrent tout au long de ces années pour s’opposer à ce mouvement mais l’argent fut plus important que les traditions pour les dirigeants. Pour les amadouer, la direction modifia les statuts qui précisent que les armoiries restent exemptes de publicité et les couleurs du club sont le noir et le blanc. Mais ils indiquent aussi que la tenue vestimentaire du club est déterminée par le conseil d’administration. Et donc peuvent ne pas être noir et blanc.