#1397 – Alianza Atlético Sullana : los Churres

Les enfants. Dans le langage courant du nord du Pérou, un churre désigne tout simplement un enfant, un petit garçon ou un gamin. Il est utilisé de manière très familière et souvent affectueuse comme on peut dire un minot du côté de Marseille (cf. #298) ou un gone à Lyon (#2). Ce terme d’argot s’appelle au Pérou un piuranismo, c’est-à-dire une expression typique et exclusive de la région de Piura, où se trouve la ville de Sullana. Il s’applique à la plupart des habitants de Sullana. Au départ, sa connotation était plutôt péjorative mais les habitants de la région de Piura en ont fait un élément identitaire et donc un motif de fierté.

L’étymologie exacte de churre fait débat chez les linguistes péruviens, et deux grandes théories coexistent. D’un côté, des origines indigènes sont mises en avant. Beaucoup estiment que le mot provient de la langue Tallán parlée par le peuple indigène du même nom vivant dans la région de Piura bien avant l’arrivée des Incas et des Espagnols. La raison est que cette langue disparue regorgeait de sonorités en « ch » et « rr ». De nombreux mots régionaux actuels contenant les sonorités « ch » et « rr » sont des héritages directs de ce dialecte. Cependant, comme les Tallanes n’ont laissé aucune trace écrite ni dictionnaire derrière eux, il est impossible pour les scientifiques de prouver l’existence de ce mot churre dans leur dialecte. Une autre hypothèse serait que churre dérive du mot de la langue quechua (langue de l’Empire Inca) churi qui signifie « fils » ou « enfant mâle ». Le passage de la voyelle finale « i » à « e » (de churi à chure) est un phénomène d’hispanisation extrêmement courant dans les Andes lorsqu’un mot indigène est intégré à l’espagnol du quotidien. En outre, les habitants de la région de Piura avaient une forte tendance phonétique à accentuer et doubler les « r » pour en faire des « rr » très sonores.

De l’autre côté, la célèbre linguiste péruvienne Martha Hildebrandt (qui a écrit une thèse sur l’espagnol de Piura en 1949) et d’autres académiciens penchent pour une évolution d’un mot espagnol. En espagnol classique, le mot churre ou churrete désigne une tache de graisse ou de la crasse. Selon cette théorie, le terme servait à l’origine à désigner « un enfant sale » (qui s’est sali en jouant dehors). Le journaliste Carlos Robles Rázuri partageait également cette opinion en indiquant dans un article de 1982 que le terme s’attachait à « un niño de entre dos y quizás doce años cuya higiene personal no sea muy cuidada y que no vista bien » (un enfant entre deux et peut-être douze ans dont l’hygiène personnelle n’est pas très soignée et qui ne s’habille pas bien). L’aspect péjoratif aurait disparu avec le temps pour finalement ne plus que désigner un enfant.


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