#1377 – CA San Lorenzo : los Camboyanos

Les cambodgiens. Malgré des soutiens célèbres, comme l’acteur Viggo Mortensen et le pape François, l’aura du club argentin n’a pas pour autant atteint les rives du pays khmer. L’histoire de ce surnom trace son sillon dans les heures sombres de San Lorenzo, au cœur des années 1980. A cette époque, l’incurie de ses différentes directions et l’opposition de la municipalité à un club representant la classe moyenne, à la culture et aux traditions fortes, conduisirent à faire exploser la dette de San Lorenzo qui se retrouva dans l’incapacité de faire face à ses échéances.

Le premier coup dur survint en 1979, lorsque, croulant sous les dettes, San Lorenzo fut contraint par la dictature de vendre son stade historique du quartier de Boedo. A partir de 1980, l’équipe poursuivit une existence nomade et évolua dans les enceintes des autres clubs de la capitale, même celui du rival d’Huracán. En 1981, après avoir réussi à échapper à la relégation l’année précédente, le club descendit en seconde division pour la première fois de l’ère professionnelle. Durant ses années de crise institutionnelle, les contrats n’étaient pas respectés, les impayés de salaire réguliers, les terrains d’entrainement inexistants, l’eau chaude dans les douches absente ainsi que de nombreuses autres conditions déplorables.

Mais, dans le pire se forge aussi le caractère d’une équipe. Ainsi, sans moyens, le club construisit un groupe de combattants endurant toutes sortes d’épreuves et cet état d’esprit, fait d’abnégation et de pugnacité, séduisit les supporteurs. Dès l’année 1982, San Lorenzo réintégra l’élite argentine puis les années qui suivirent, l’équipe se battait avec héroïsme pour demeurer en première division. Tel un véritable cyclone (cf. #288), les joueurs développèrent un style de jeu offensif et combatif qui permit de livrer quelques matchs mémorables et de terrasser des clubs plus puissants. Parmi les onze gladiateurs, le gardien paraguayen José Luis Chilavert faisait ses premiers pas en Argentine, l’attaquant Wálter Perazzo émergait au côté de Dario Siviski, le latéral uruguayen Luis Malvárez portait le brassard de capitaine, Sergio Marchi dirigeait la défense et Blas Giunta bataillait au milieu. L’équipe attint son apogée en 1988 où elle finit deuxième du championnat et obtint le droit de disputer la Copa Libertadores. Et San Lorenzo réalisa ensuite sa meilleure campagne de son histoire en Copa Libertadores (jusqu’à son titre continental en 2014), éliminé en demi-finale.

Le surnom naquit lors de l’improbable victoire contre Independiente en championnat en Septembre 1986. 3 jours avant la rencontre, le contrat de l’entraineur Nito Osvaldo Veiga était arriver à son terme et, avant de le renouveler, il exigea que la direction versasse les primes impayées aux joueurs. Le président Enzo Zoppi refusa et San Lorenzo se retrouva sans entraîneur pour affronter Independiente, alors leader du championnat. Les joueurs ne s’entrainèrent pas lors de ces 3 journées. Le jour du match, le gardien remplaçant Rubén Cousillas assura le rôle d’entraineur. Dans le vestiaire, suite à l’absence d’une partie des équipements, Luis Malvarez déclara à Marchi « Turco ¿sabés qué? Nosotros parecemos guerreros, camboyanos, vivimos en el lodo, vivimos en los problemas, en los quilombos. Ese camboyano que se tira en la selva y que quiere pelear y va al frente siempre; creo que nosotros somos eso, Los Camboyanos » (Turc [le surnom de Marchi], tu sais quoi ? Nous ressemblons à des guerriers, des cambodgiens. On vit dans la boue, on vit dans la misère, dans le chaos. Ce Cambodgien qui se jette dans la jungle, qui veut se battre et qui est toujours en première ligne; je crois que c’est ce que nous sommes, des Cambodgiens) et à tous ses coéquipiers « Somos como los camboyanos, estamos solos y no damos nada por perdido » (Nous sommes comme les Cambodgiens, nous sommes seuls et nous n’abandonnons jamais).

#894 – CA San Lorenzo : los Matadores

Les tueurs. Pour un club né sous le patronage d’un prêtre salaisien, ce surnom n’apparaît pas digne des préceptes du Christ. Mais, évidemment, ici point de mort réel, ni de joueurs sanguinaires. Il met en valeur l’exploit de l’équipe de 1968, qui proposa en outre un style élégant et efficace. Cette année-là (et jusqu’en 1985), le championnat argentin se jouait lors de deux tournois. D’un côté, le championnat dénommé Metropolitano qui représentait véritablement la première division argentine, avec des clubs directement affiliés à la fédération nationale (AFA). De l’autre, un tournoi supplémentaire, appelé le Nacional, auquel participaient également des équipes de certains championnats régionaux. En 1968, le Metropolitano se composait de deux poules de 11 équipes, avec un système de play-off pour déterminer le champion. CA San Lorenzo se présentait pour cette saison avec une équipe de joueurs talentueux (le gardien Carlos « Batman » Buttice, le défenseur uruguayen Sergio Villar recruté pour 10 millions de pesos, les défenseurs Antonio Rosl, Oscar Calics et Rafael Albrecht, les milieux Alberto Rendo, Victorio Cocco et Carlos Toti Veglio), renforcés par des jeunes loups formés au club (Roberto Telch, Pedro González, Rodolfo Fisher, Narciso Doval). L’entraineur brésilien Elba de Padua Lima fut le chef d’orchestre qui réussit à polir ces pièces pour réaliser la future performance parfaite.

Pendant la phase de poule, San Lorenzo réalisa une campagne exceptionnelle. Sur 22 matchs, l’équipe en remporta 14 pour 8 nuls, marqua 45 buts et n’en encaissa que 10 (réussissant à conserver sa cage inviolée pendant 13 matchs). Avec un tel parcours, San Lorenzo termina logiquement à la première place avec 12 points d’avance sur le second, Estudiantes. En demi-finale, le club affronta River et la remporta 3 buts à 1 devant plus de 50 000 spectateurs. La finale se joua contre Estudiantes le 4 août au stade Monumental. Le match fut âpre et démarra de la meilleure des manières pour Estudiantes qui marqua deux minutes après le début de la seconde mi-temps, grâce à un but de Verón. Toti Veglio égalisa pour San Lorenzo une vingtaine de minutes plus tard. Il fallait jouer des prolongations pendant lesquelles Fischer réussit le but de la victoire définitive de San Lorenzo. C’était le 8ème titre de champion d’Argentine du club. Surtout, depuis la création du professionnalisme, en 1931, aucun champion n’avait été couronné en étant invaincu. Cette équipe de San Lorenzo fut donc la première à devenir championne sans défaite, en produisant un jeu élégant, démoralisant les équipes adverses. Un véritable rouleau compresseur qui apparaissait comme un tueur.

Dans la foulée, avec cette équipe, San Lorenzo connut une période dorée en remportant 3 nouveaux championnats. Elle fut même la première à réaliser le doublé MetropolitanoNacional en 1972.

#288 – CA San Lorenzo : los Cuervos

Les corbeaux. Au début de 1907, un groupe de jeunes garçons enthousiastes dirigé par Federico Monti et Antonio Scaramusso passait des heures à jouer au football à l’intersection des rues México et Treinta y Tres Orientales, dans le quartier de Almagro à Buenos Aires. Lors d’un match, un tramway faillit renverser un des enfants. Jouer au football devenait alors de plus en plus dangereux avec l’augmentation du trafic. L’arrivée du père Salésien Lorenzo Bartolomé Massa dans le quartier fut décisive pour la fondation du CA San Lorenzo de Almagro. En 1908, il fut nommé directeur de l’Oratoire de San Antonio qui se situait rue México et avait un objectif de sortir les enfants des dangers de la rue. Il proposa alors aux enfants de venir jouer dans le jardin de l’Oratoire en échange de leur présence à la messe du Dimanche.

Avec ce soutien, le 1er Avril 1908, le club fut fondé. En l’honneur du prête, les membres souhaitèrent donner au club son nom mais l’ecclésiastique refusa. Après quelques débats, le prête et les membres validèrent le nom de San Lorenzo en hommage au saint San Lorenzo (Saint Laurent de Rome) et à la bataille éponyme (l’un des combats les plus importants pour l’indépendance de l’Argentine qui se déroula le 3 Février 1813 qui se déroula là où se tint désormais la ville de San Lorenzo, dans la province de Santa Fe, à 30 kilomètres de Rosario). San Lorenzo rendait également indirectement hommage au Père Lorenzo Massa mais mettait officiellement en valeur le Saint, qui était également le saint patron des charbonniers, métiers qu’exerçaient la plupart des parents des jeunes membres fondateurs du club.

Né sous le patronage d’un prête, les adversaires commencèrent à surnommer le club los Cuervos car les corbeaux avaient une robe noire, similaire à la soutane que portaient les prêtes. Evidemment ce terme était utilisé dans un sens péjoratif, l’oiseau véhiculant une image de nuisible. Mais les supporteurs de San Lorenzo se l’approprièrent et il est devenu depuis un des surnoms populaires du club.

#47 – CA San Lorenzo : el Ciclón

Le club est surnommé le cyclone. Il existe deux versions à ce surnom. La plus répandue veut qu’il fut créé par le journaliste Hugo Marini en 1932. Alors que les réseaux sociaux et télévision n’existaient pas et que la radio en était encore à ses premiers balbutiements, la presse écrite disposait d’un immense pouvoir pour accompagner l’explosion de la popularité du football en Argentine. Par ses chroniques drôles et hyperboliques, Hugo Marini, journaliste à « Crítica », en fut l’un des plus importants représentants et surtout inventa et immortalisa un grand nombre d’expressions populaires et surnoms pour le ballon rond. Il est à l’origine de « douzième homme » et des surnoms entre autre “Millonarios” pour River, “Los Gauchos de Boedo” pour San Lorenzo et “El Fortín” pour Velez. A l’origine de la création du championnat professionnel au début des années 1930, San Lorenzo en était l’un des principaux protagonistes et produisait un superbe football offensif, basé sur le mouvement et la vitesse. Pour souligner ce style de jeu et les nombreuses raclées affligées par San Lorenzo à ses adversaires, Marini utilisa le terme ciclón.

L’autre version s’attache au principal rival du CA San Lorenzo, le CA Huracán. Les deux clubs sont les représentants des quartiers sud du centre ville de Buenos Aires. Issu en 1908 de la réunion d’une association de jeunes du quartier voisin de Nueva Pompeya et d’étudiants du Colegio San Martín, du Parque Patricios, Huracán s’établit dans ce dernier quartier pour en devenir aujourd’hui le symbole sportif. Légèrement au Nord du Parque Patricio, la même année (1908), sous l’impulsion d’un prêtre, des jeunes des quartiers limitrophes de Caballito et Almagro fondèrent le CA San Lorenzo. Almagro accueillit leur stade El Gasómetro jusqu’en 1979 et aujourd’hui, de nombreuses installations et bureaux du club s’y situent toujours. Cette rivalité géographique donne lieu au célèbre derby du clásico porteño et les deux clubs et leurs supporteurs construisirent leurs identités aussi au travers de cet affrontement. Résultat, les supporteurs de San Lorenzo baptisèrent leur club « cyclone » pour embêter et surclasser leur rivaux d’Huracan, qui signifie ouragan. Dans leur imaginaire, un cyclone était plus violent qu’un ouragan. Pourtant, d’après les météorologues, un typhon, un cyclone et un ouragan correspondent à seule et même réalité météorologique : un phénomène tourbillonnaire des régions tropicales accompagné de vents violent. Simplement, en fonction de leur emplacement géographique, le phénomène prend un nom différent.