#1057 – Parme Calcio : Crociati

Les croisés. Ces dernières saisons, le maillot de Parme s’est distingué par une grande croix noir qui barre le blanc immaculé habituel. Et ce design est une reproduction du maillot qui sévit entre les années 1920 jusque dans les années 1940. Ce style disparut jusqu’au début des années 1970, au moment où le club connut sa première liquidation. A la refondation, le club retrouva ses premiers amours et le maillot croisé fit son retour jusqu’en dans les années 1980. Afin de donner plus de lisibilité à son sponsor, Parme abandonna sa croix pour un maillot intégralement blanc lors de la saison 1983-1984. La prise de contrôle du club par l’agro-industriel Parmalat confirma dans un premier temps le maillot blanc puis au milieu des années 1990, la société promut un maillot rayé bleu et jaune. Mais, ces changements ne convainquirent jamais les supporteurs qui restaient attachés au maillot croisé historique. Et ainsi, à la fin des années 1990, la croix revint épisodiquement sur le kit de Parme. Si la faillite de Parmalat clôtura les plus belles pages du club, elle permit aux symboles historiques de définitivement s’imposer. Dans un premier temps (saison 2004-2005), la croix fut bleue marine et finalement à compter en 2006, le noir revint. Outre le maillot, la croix apparaît également sur le blason de l’équipe, quasiment depuis la fondation. Toujours une croix noire sur fond blanc (à l’exception de la saison 2000-2001 où la croix fut bleue sur fond jaune)

Cette croix n’est pas apparue par hasard sur le maillot et le blason, qui trouve son origine dans les armes et la bannière de la ville. Au XIIIème siècle, les premières armoiries de Parme représentaient un petit taureau blanc sur fond rouge, hommage au maire Torello da Strada, dont le nom signifiait « petit taureau » et dont l’animal était le symbole de sa famille. Un premier emblème avec une croix blanche sur fond rouge apparut en 1329 dans le Chronicon Parmense. Et cette croix fut tirée de la Societas Cruxatorum (Société des Croisés) qui exerça une grande influence sur la vie politique de la cité durant de nombreuses années. Au cours du XIIIème siècle, les Cités-Etats italiennes se déchirèrent entre les partisans du Pape, les guelfes, et ceux de l’Empereur du Saint Empire, les gibelins, et Parme n’échappa à ce mouvement. Le point culminant fut le massacre du jour de Noël 1264 au cours duquel il y eut de nombreuses victimes. En 1266, le tailleur Giovanni Barisello recruta 500 personnes du parti guelfe afin de rétablir la paix dans la ville. Son entreprise fut un succès. Sur proposition du Roi de Naples, Charles d’Anjou, soutien des guelfes, cette société prit le nom de Societas Cruxatorum, en référence certainement aux croisés. Le blason de cette société était un croix bleu sur fond jaune.

#1028 – Benevento Calcio : Giallorossi

Les jaune et rouge. Les couleurs traditionnelles de Bénévent sont le jaune et le rouge, disposés en bandes verticales sur le maillot des joueurs, accompagnées de shorts noirs ou rouges et de chaussettes noires ou rouges. Pourtant, le club dont l’histoire fut mouvementé avec 4 refondations (en 1938, 1962, 1990 et la dernière fois en 2005) connut également d’autres couleurs. A la fondation en 1929, le SS Littorio Benevento (son premier nom) évoluait en bleu. En 1938, suite à sa première renaissance, le club aurait opté pour les couleurs jaune et rouge. Au lendemain de la guerre, le 23 février 1947, Avellino affrontait Bénévent. La légende raconte que les deux équipes choisirent de se présenter avec un maillot au couleur de leurs liqueurs locales. Ainsi, Avellino opta pour le vert, couleur typique de l' »Anthémis », une liqueur provenant d’une petite fleur parfumée et réalisée par l’abbaye bénédictine de Loreto di Montevergine. Du côté, de Bénévent, le club prit la couleur jaune de la « Strega » . Cette liqueur amer fabriquée par l’entreprise Strega Alberti à Bénévent est confectionné à partir de 70 herbes et épices dont du safran qui lui donne sa coloration jaune. En 1953, l’AC Sanvito prit le relais de l’équipe première de Bénévent et mit alors en valeur ses couleurs rouge et noire. Finalement, en 1962, le Bénévent Calcio était refondé et reprit ses couleurs traditionnelles rouge et jaune, que le club porte jusqu’à présent. Toutefois, lors de la saison 1990-1991 et une partie de la saison 1991-1992, les joueurs évoluèrent avec un maillot rouge et gris argenté, couleurs héraldique des armoiries de la ville. Levée de boucliers des supporteurs qui réussirent au bout d’un an à faire reculer le club (aidé par la famille Cotroneo qui acquit en mars 1992 la propriété du club).

Si le rouge et le gris argenté (équivalent au blanc en héraldisme) se trouvent sur les armoiries de la ville, le jaune y est également associé comme sur la bannière de la ville. Cette dernière se compose à l’image du drapeau français avec les couleurs jaune, blanc et rouge. Les armes se décrivent comme écartelée de gueules (rouge) et d’argent (blanc), à la tête d’or (jaune) chargée d’un sanglier. La présence de ces 3 couleurs sur les armoiries n’est pas connue.

#980 – AS Roma : Giallorossi

Les jaune et rouge. A mon gout, la tunique romaine est l’une des plus belles alliances de couleurs dans le football : le pourpre et l’or. Elle a été réduit au rouge et au jaune car la teinte de ces deux couleurs a varié dans le temps. Mais, je trouve qu’elles soutiennent une idée de beauté et de noblesse, sensation pas si éloignée de la volonté originelle des influenceurs de ces deux couleurs. Petit voyage dans le temps. En 1927, l’AS Roma naquit de la fusion de trois clubs de football romain (Fortitudo Pro Roma, Alba Audace et Roman). Le projet était porté par deux personnalités politiques influentes de l’époque : Italo Foschi , président du Fortitudo, mais aussi secrétaire de la section de Rome du Parti Fasciste et membre du CONI, et Ulisse Igliori, président d’Alba Audace et membre du Conseil du Parti Fasciste. L’objectif était de créer un grand club portant haut les couleurs de la capitale afin de s’opposer aux clubs du nord du pays. Pour conserver la base de supporteurs des 3 clubs comme élargir l’audience à toute la ville, les fondateurs comprirent que la symbolique allait jouer un rôle crucial. Tout d’abord, le choix simple de retenir le nom de la ville comme nom du club. Puis, l’adoption de la louve du capitol qui renvoie au mythe fondateur de la Cité éternelle, Romulus et Remus (cf. #65).

Enfin, il ne pouvait en être autrement pour les couleurs. Les fondateurs reprirent les couleurs des bannières de l’Empire Romain et du Capitole (l’une des 7 collines de Rome, centre religieux de la ville sous l’antiquité et dont le nom Capitole provient de Caput Urbis, signifiant « l’endroit principal de la ville ») : le pourpre et l’or. Pour s’identifier à la ville, il n’y avait pas mieux que se référer aux grandes heures antiques et à la colline « centrale » de la ville. Ces deux couleurs avaient des significations particulières pour les romains. D’une part, le pourpre (ou rouge impérial) était associé à Mars, Dieu de la Guerre (qui renvoyait donc une image de puissance et de pouvoir) et père des jumeaux, Romulus et Rémus (les fondateurs de la cité romaine). Même si le rouge était une teinte facile à obtenir pour colorer les tissus, cette couleur était attachée à l’aristocratie. L’or ou l’ocre reflétait la puissance divine, la gloire, la richesse puisqu’il s’agissait de la couleur du soleil et des éclairs comme de l’or. Sa présence sur les bannières romaines annonçait aux barbares ce que la civilisation romaine allait leur apporter ie la puissance et la lumière divines qui perçaient les ténèbres. Autant dire que ces couleurs portaient une charge symbolique double et forte (le lien avec le monde antique et les valeurs qu’elles véhiculaient) qui convenaient aux fondateurs. L’expression que j’utilisais au début de l’article (créer un grand club portant haut les couleurs de la capitale) était donc plus qu’appropriée.

Même si les teintes ont variées du plus clair au plus foncé (avec parfois un rouge ou jaune qui ont viré vers l’orange), la tunique romaine s’est quasiment toujours résumée à un maillot rouge aux parements jaunes (col et bords de manche généralement).

#956 – Bologne FC : Rossoblù

Les rouge et bleu. En Italie, prendre ses couleurs comme surnom est une tradition commune. Club plus que centenaire, Bologne ne pouvait échapper à cette pratique. Dans la brasserie Ronzani située dans l’ancienne rue Via Spaderie, un groupe de jeunes étudiants créèrent la section per le esercitazioni di sport in campo aperto (pour la pratique du sport en plein air) du Circolo Turistico Bolognese en 1909. Un an plus tôt, un autrichien prénommé Emilio Arnstein, qui venait d’arriver à Bologne, recherchait des amateurs pour pratiquer sa passion du football. Il rejoignit un groupe d’étudiants qui jouait dans la parc Prati di Caprara. Parmi eux, on retrouvait les frères Gradi, Martelli, Puntoni, Nanni, le suisse Rauch ainsi que des étudiants du Collège d’Espagne, Rivas et Antonio Bernabéu (ni plus ni moins que le frère du futur célèbre président du Real Madrid, Santiago Bernabéu). Lors de cette réunion dans la brasserie, Louis Rauch, dentiste de profession, fut nommé premier président du club. Le premier vice-président était Arrigo Gradi, qui était l’un des meilleurs joueurs sur le terrain. Or, quand il jouait dans le parc Prati di Caprara, il portait un maillot composé de 2 quartiers bleus et 2 rouges, couleurs d’un collège suisse qui se serait nommé Schönberg à Rossbach et où il étudia. J’utilise le conditionnel car s’il existe bien des communes de ce nom dans le monde, aucune ne se situe en Suisse. Le choix fut donc fait de retenir ces couleurs comme celles de l’équipe.

Si ces couleurs provenaient donc d’un collège suisse, elles présentaient aussi l’avantage d’être celles du blason de la ville. Le premier symbole de la ville qui compose son écusson est la croix rouge sur fond blanc. Cette croix fut documentée pour la première fois en 1259 et apparut en couleur en 1311. Les origines, comme souvent, sont confuses et plusieurs versions s’affrontent. Une prétend que cette croix est la bannière des croisées derrière laquelle les chevaliers de Bologne s’étaient ralliées et avaient par la suite adressée à la ville. Une autre rapporte que la croix rouge sur fond blanc était le symbole de la Ligue Lombarde, une alliance militaire de certaines villes du nord de l’Italie du XIIème siècle, qui combattit le Saint Empire Romain Germanique. L’autre composante du blason de Bologne est un oriflamme bleu sur lequel est écrit Libertas en couleur or. Ce serait un don de Florence lors d’une autre alliance militaire face aux Etats Pontificaux. Les deux éléments ont été réunis au XVème siècle.

Une entorse importante mais historique fut faîte aux couleurs traditionnelles de l’équipe bolognaise. En 1925, lorsque l’équipe remporta son premier scudetto, l’entraineur de l’époque, Enrico Sabattini, décida pour les derniers matchs de faire porter un uniforme vert à parement noir, à l’image de celui du Rapid de Vienne. Dans les années 1920 et 1930, le Rapid était considéré comme l’une des meilleures équipes du continent, à l’époque où l’Autriche était parmi les nations dominantes du football européen. Si Bologne revint par la suite aux couleurs traditionnelles, le vert réapparut à différentes époques, en maillot alternatif.

#924 – UC Sampdoria : Samp, Doria

Le nom du club se divise en deux syllabes et chacune donne lieu à un surnom. Finalement, assez logique quand on connaît comment se forma Sampdoria. Il était normal de mettre à l’honneur le club génois car malheureusement, les supporteurs de foot sont affectés par la perte des idoles de leurs jeunesses en cette fin d’année 2022 et début 2023. Les plus anciens ont perdu le Roi Pelé. Ceux qui sont de ma génération se souviendront des superbes coups francs de Siniša Mihajlović et de l’élégant attaquant Gianluca Vialli. Tous deux passèrent par la Sampdoria mais à des époques différentes. Pour Gianluca, ce fut même la grande période avec un titre de Champion en Série A (1991) et une finale de Ligue des Champions (1992) au côté de son frère d’arme Roberto Mancini.

Le club se créa le 12 août 1946 par la fusion de deux équipes, SGC Sampierdarenese et SG Andrea Doria. Mais, il convient de remonter en arrière pour comprendre les origines de ce mariage. Les deux clubs prennent leur racine à la fin du XIXème siècle. D’un côté, dans la commune de Sampierdarenese (qui deviendra en 1926 un quartier de la ville de Gênes), à l’initiative de l’Associazione Studentesca Gymnasium et de la Società Operaia di Mutuo Soccorso Universale, le club omnisport SGC Sampierdarenese vit le jour le 6 juin 1891. Orienté exclusivement vers la gymnastique et l’haltérophilie à ses débuts, le club ouvrit rapidement de nombreuses nouvelles sections sportives et culturelles (escrime, cyclisme, bowling, aviron, lutte gréco-romaine, natation, tambourin, basket-ball, athlétisme, tir au pigeon d’argile, randonnée, fanfare, théâtre). Le football rejoignit cette grande famille en 1899. De l’autre côté, en 1895, des gymnastes de la Società Ginnastica Ligure Cristoforo Colombo partirent pour fonder une nouvelle association de gymnastique appelée Andrea Doria, du nom du condottiere (chef-mercenaire) et amiral de Gênes. Provenant d’un club qui mettait à l’honneur un grand homme de la cité ligurienne, Christophe Colomb, les fondateurs reprirent cette idée pour leur association et leur choix se porta sur Andrea Doria. Au XVIème siècle, chef de guerre et marin qui combattit pour différents pays, il fut un ardent défenseur de Gênes, qui était occupé par la France. Restaurant l’indépendance de la ville, il organisa ses institutions politiques et devint son censeur à vie. A sa mort, la ville lui édifia une statue avec cette inscription, « Au père de la patrie » . Porté sur la seule gymnastique, le club étendit ses activités, notamment au football en 1900.

Jusqu’en 1946, les deux clubs allaient s’ignorer, se croiser et se confronter. Andrea Doria remporta 4 tournois de la fédération italienne (qui était alors l’ancêtre de la Série A) tandis que Sampierdarenese fut finaliste du championnat italien en 1922. Ils se marièrent également une première fois. Le 27 juillet 1927, à la demande du régime fasciste, les deux formations fusionnèrent, donnant vie à l’AC La Dominante, qui prend en 1930 le nom de FC Liguria. Mais, la mariage tourna court, suite à la relégation en 1931 en 3ème division. Chaque club reprit alors sa vie séparément. Après la Seconde Guerre mondiale, à l’issue de la saison 1945-1946, Andrea Doria termina à la 9ème place du groupe Nord, tandis que Sampierdarenese concluait la saison à la 14ème et dernière position de ce même groupe, condamnant le club à la relégation. Toutefois, la décision fut prise, pour la nouvelle saison, d’unifier le groupe Nord avec le groupe Sud et de créer une Série A à 20 clubs. Pour décider des 20 clubs, la fédération ne se basa pas sur le classement de la saison 1945-1946 mais sur les clubs ayant joué dans l’élite dans les années 1940 (ie juste avant l’arrêt du championnat en 1943 et 1944 en raison de la guerre). Sous le nom d’AC Liguria, la Sampierdarenese participait à cette époque à la Série A même si ses résultats n’étaient pas flamboyants. En revanche, Andrea Doria n’avait évolué qu’en Série C jusqu’à sa dissolution en 1941. Résultat, malgré sa relégation sportive, Sampierdarenese fut admis en Série A pour la nouvelle saison tandis qu’Andrea Doria s’en voyait exclu et relégué en Série B. Seulement, Sampierdarenese était dans une situation financière déplorable tandis que, sur la base de ses résultats sportifs et pensant poursuivre dans l’élite, Andrea Doria avait déjà engagé le jeune Adriano Bassetto de Vicence pour la somme considérable de 3 200 000 lires. Après une série de rencontres, les directions des deux clubs se mirent d’accord et unirent leurs forces. Aucun des clubs absorba l’autre. Il s’agissait d’une sorte de mariage d’égaux (dans la dot de Sampierdarenese, une place en Série A ; dans celle de Doria, de l’argent). Ainsi, le nouveau maillot reposait sur une combinaison des 4 couleurs des deux clubs (cf #287). De même, le nouveau nom était la simple union des anciens, Doria-Sampierdarenese (Doria-Samp) qui finalement fut inversé pour Sampierdarenese-Doria, puis Sampdoria.


#903 – Cosenza Calcio : Lupi della Sila

Les loups de la Sila. L’équipe calabraise a pris pour symbole et donc surnom l’un des animaux emblématiques de ses environs. Sur les 40 ans dernières années, l’écusson du club a évidemment évolué mais une tête de loup, généralement gueule ouverte, est demeurée une constante. L’origine de sa présence n’est pas à cherchée du côté des armes de la ville mais plutôt vers le plateau de la Sila. Ce dernier est un vaste plateau des Apennins calabrais, qui s’étend sur 150 000 hectares à travers les provinces de Cosenza, Crotone et Catanzaro. Paysage caractéristique de la région connu dans toute l’Italie, ce plateau accueille des lacs et de grandes forets de conifères et de feuillus et son sommet s’élève à 1 928 mètres. En hiver, recouvert de neige, son apparence approche des grandes étendues scandinaves. Considérée comme l’un des plus sauvages d’Italie, le territoire silane abrite une riche flore et faune. La faune est constituée des animaux typiques des régions des Apennins (cerf, chevreuil, sanglier, buse, chouette, épervier …). Mais, l’un des animaux emblèmes de la Sila est le loup des Apennins, qui habitent la région depuis longtemps, malgré les persécutions, la disparition de son habitat et la raréfaction de ses proies. Au bord de l’asphyxie dans les années 1970, la population de loups est désormais protégée par la loi et renforcée par quelques réintroductions. Aujourd’hui, il y a 3 meutes de loups recensées, composées de 3 à 4 individus chacune, pour un total d’environ 15 à 20 spécimens dans tout la Sila. Ils constituent aujourd’hui le principal prédateur des forêts calabraises. En 1997, le parc national du Sila fut créé sur 73 000 hectares et prit comme symbole le loup.

Pour le club, le loup s’est immiscé dans tous ses symboles. Ainsi, l’hymne historique de Cosenza est Lupi alè (Les loups, Allez), une chanson écrite en 1988 et interprétée par le chanteur de musique populaire Tonino Lombardi. Evidemment, depuis 2009, la mascotte de Cosenza est Denis, un loup, qui porte l’uniforme classique rouge et bleu. En 2013, pendant une courte période, avant les matchs à domicile, un chien-loup tchécoslovaque, avec une écharpe rouge et bleue autour du cou, faisait une apparition dans le virage sud du stade San Vito, occupé par les groupes d’ultras. Sa présence était considérée comme de bon augure.

#879 – LR Vicence : Lane

Il s’agit du diminutif du nom de l’entreprise qui soutint durant de longues années le club de Vicence. Club formateur de Roberto Baggio et celui qui vit l’apogée de Paolo Rossi, Vicence est la doyenne des formations de football de la Vénétie et l’une des plus anciennes en Italie. Fondé en 1902, le club fit faillite en 2018 avant d’être relancé par l’entrepreneur Renzo Rosso, via son entreprise OTB Group (holding qui contrôle les marques de mode Diesel, Maison Margiela, Marni, Viktor & Rolf et Jil Sander). Mais, l’histoire du club fut marquée par une autre société, Lanerossi.

De 1902 à 1953, Vicence n’était pas un club anonyme mais comme toute équipe, il connut des hauts et des bas. L’apogée fut la finale du championnat d’Italie lors de la saison 1910-1911, malheureusement perdu contre Pro Vercelli. Dans les années 1930 et 1940, le club navigua entre la Serie A et Serie B et les premières années de 1950 s’établirent en seconde division, le club souffrant de la faiblesse de ses moyens financiers. Le 26 juin 1953, le géant de la laine basé à Schio, Lanificio Rossi (contracté en Lanerossi), changea l’histoire du club de football en le rachetant. Fondé en 1817 par Francesco Rossi, Lanerossi était cotée à la bourse de Milan dès 1873 et au début du XXème siècle, elle était la plus grande entreprise de laine italienne, avec de nombreuses usines dans la région de Vicence. L’implication de Lanerossi ne se limita pas seulement à du sponsoring puisque le club de football devenait une filiale de l’entreprise. Le club intégra le nom de l’entreprise dans le sien. Le « R », célèbre logo de la société textile, s’imposa également sur le maillot de l’équipe. Au delà des nouveaux moyens financiers, la confiance, le sérieux et la sérénité apportés par ce soutien permirent de bâtir une équipe en mesure de revenir dans l’élite italienne. Puis, pendant 20 ans, le club fut un pensionnaire de la Serie A, régulièrement présent dans la première partie du tableau mais sans jouer les premières places. En 1975, le club n’évita pas la rétrogradation et ce fut le début du déclin. Même si Lanerossi était toujours l’actionnaire du club, son soutien diminua au fil des années. Finalement, à l’été 1989, Lanerossi céda le club à Pieraldo Dalle Carbonare qui changea le nom en Vicence Calcio et fit disparaître le « R » du maillot.

Si le palmarès resta vierge sous le contrôle de Lanerossi, le club connut de belles années et permit à son actionnaire d’accroître sa notoriété. Pour démontrer ce lien particulier avec cette époque, lors de la célébration du centenaire en 2002, la direction du club opta pour le retour du « R » sur le maillot, avec l’accord du nouveau propriétaire de Lanerossi, le groupe Marzotto. Après le renouvellement de l’accord de Marzotto, à partir de la saison 2006-2007, le « R » devint une partie intégrante des maillots de Vicenza, étant alors un blason secondaire. En 2018, lors de la refondation du club et alors qu’il y eut quelques batailles sur l’héritage culturel du club, Renzo Rosso reprît le célèbre « R » et dénomma le club LR Vicence Virtus (LR étant les initiales de Lanificio Rossi).

#849 – Torino FC : Toro

Le taureau. A l’exception des années entre 1979 et 1990, le grand rival de la Juventus avait un écusson qui comportait un taureau (malheureusement, la Juve s’est depuis soumise aux sirènes trompeuses du marketing en adoptant un logo, certes moderne, mais totalement fade et irrespectueux de son histoire). Le Torino a également toujours adopté un taureau en position rampante dans son blason. Cette présence du bovin dans les armes des deux clubs de la ville s’explique par l’importance de l’animal dans l’histoire et le symbolisme de la cité de Turin.

Le taureau est apparu dans les armoiries de la cité au Moyen-Age. Le premier exemple de l’utilisation du taureau dans les armoiries remonte à 1360 dans le Codice della Catena, un code qui contenait les statuts de la ville de Turin. Dans ce document, sur deux pages d’enluminures figuraient les saints patrons de la ville et en dessous les insignes d’Amédée VI de Savoie (la croix blanche sur un champ rouge) et celles de la ville (qui se composait d’un taureau rouge passant (ie en train de marcher) dans un champ blanc). En 1433, dans le Libri consiliorum, les cornes du taureau blanchirent pour la première fois. Vers 1455-1460, le taureau passa de la marche à une position debout, dressé sur ses pattes arrières, ie rampante. Enfin, en 1613, les armoiries de la ville prirent leur forme actuel avec un taureau doré rampant, aux cornes blanches, sur un fond bleu. Rampant ou passant, le taureau rendait avant tout les armes de la cité « parlante » (les figures présentes sur le blason symbolisent le nom du possesseur desdites armes).

Comme de nombreuses villes italiennes, le nom de la ville provient de sa dénomination lors de l’époque romaine, Augusta Taurinorum. Camp militaire au départ, il se développa en cité à compter de 28 avant J.-C.. Mais, cette colonie romaine s’était édifiée sur l’ancienne cité d’un peuple nommé les taurins. D’origine Celte ou Ligure, ce peuple demeure assez méconnu, notamment car les sources latines ne sont pas nombreuses. Etabli dans les alpes, il progressa par la suite jusqu’aux rives du Pô. Leur capital était alors Taurasia (qui fut transformé en Augusta Taurinorum puis Turin). Le nom de ce peuple trouve son origine dans le thème indo-européen tauros (taureau) et constituerait une variante du gaulois taruos. Cela signifierait alors « ceux du taureau ». Les auteurs latins auraient ainsi pu les nommer car ce peuple semblait vouer un culte à un dieu thérianthrope à tête de taureau. Mais, cela pourrait faire référence plus tardive au culte de Mithra, une divinité indo-iranienne qui s’installa également dans l’Empire romain aux IIème et IIIème siècles. Dans sa légende, Mithra capture un taureau qu’il tue et dont le sang et le sperme viennent régénérer la terre et de rétablir l’ordre cosmique.

#790 – Genoa CFC : il Vecchio Balordo

Vieux fou. Le terme fait parfois débat car il semble désobligeant pour l’équipe ligurienne. Pourtant, ce surnom est largement répandu parmi les supporteurs génois et il s’agit du terme affectueux donné par le célèbre Gianni Brera à son bien-aimé club. Journaliste pour « La Gazzetta dello Sport » , « Il Guerin Sportivo » , « La Repubblica » et plusieurs autres publications, Brera couvrit le calcio pendant de nombreuses années et se distingua par son style épique. Surtout, il n’hésitait pas à créer de nouveaux mots qui marquèrent le vocabulaire footbalistique italien comme international (tels que libero, catenaccio, goleador …). Ses néologismes ont même fait l’objet d’un mémoire de fin d’études. Il est considéré comme le journaliste sportif italien le plus influent du XXème siècle.

Outre son amour des mots, il était également un fan du Genoa et déclarait « Quando il Genoa già praticava il football gli altri si accorgevano di avere i piedi solo quando gli dolevano » (Quand Genoa jouait déjà au football, les autres réalisaient qu’ils avaient des pieds que lorsqu’ils avaient mal). Brera était un brin nostalogique de l’âge héroïque du football italien quand le Génoa remporta 9 championnats entre 1898 et 1924. Il possédait notamment l’original de la charte de constitution du Genoa. Evidemment pour décrire son club de coeur, il ne pouvait le faire qu’avec une image riche et il le qualifia de vecchio balordo. Au travers de ces mots, qui ne se voulaient pas offensants ni pour le club, ni pour ses supporteurs, Brera faisait mouche et décrivait le club comme « strampalato, inaffidabile vecchio balordo » (vieux fou bizarre et peu fiable).

Gênes, dont l’étymologie changea au Moyen-Âge pour la lier au dieu romain Janus, protecteur des portes et ayant deux visages, présente également deux faces : l’une tournée vers la mer, l’autre vers les montagnes environnantes. Cette dychotomie donna une réputation à la cité d’être un peu étrange, incertaine. Ce vieux fou relevait donc cette caractéristique de la ville mais aussi l’imprévisibilité de son équipe de football. Car, tout au long de son histoire, le Genoa pouvait alterner football champagne et football moche. Une équipe capable d’exploits impossibles puis de s’effondrer incroyablement face à un club modeste. C’était notamment le cas dans les années 1970 quand le club fréquentait la Serie C.

#759 – US Cremonese : i Violini

Les violons. Cette instrument, si mélodieux et intense, est une invention finalement assez récente. Les premiers exemplaires apparurent au début du XVIème siècle dans la région de Milan, à Brescia ou à Crémone. Si le débat demeure ouvert entre les deux villes pour savoir où se situe le berceau du violon, l’instrument dans sa version moderne s’est affirmé à Crémone, faisant de la ville désormais la capitale mondiale du violon. Patrie d’illustres musiciens et compositeurs, tels que Claudio Monteverdi et Amilcare Ponchielli, la cité du nord de la Lombardie a une grande tradition dans l’art de la lutherie. Elle compta parmi ses habitant les plus importants luthiers du passé comme Amati Stradivari (dont les instruments sont appelés Stradivarius), Niccolò Amati et Andrea Guarneri del Gesù, qui se fournissaient en bois d’épicéa dans les forêts voisines des Alpes du sud de l’Italie. Evidemment, Monteverdi mit en avant l’instrument à corde dans ses oeuvres, dont son opéra le plus fameux « L’Orfeo » . Aujourd’hui, près de 150 ateliers de luthier perpétuent la tradition. La cité arbite également une école internationale de lutherie, un institut polytechnique du son, un laboratoire acoustique ainsi qu’un musée du violon, ouvert en 1893. Pour couronner le tout, le 5 décembre 2012 , l’UNESCO inscrit l’artisanat traditionnel du violon à Crémone parmi les patrimoines oraux et immatériels de l’humanité.