#1398 – Genoa CFC : I Rossoblù

Les rouge et bleu. Le maillot domicile du Genoa est l’un des rares à résister aux vandales du marketing qui, sur l’autel de l’argent, ont sacrifié les tradition de Barcelone ou de la Juve. Outre l’agréable mariage des couleurs, il se distingue en étant séparé en deux. Du côté droit, du rouge plus ou moins foncé. A gauche, du bleu marine. Et ce choix remonte au début du XXème siècle. Pourtant, le Genoa CFC fut fondé en 1893 et constitue le plus ancien club de football d’Italie encore en activité. Alors dans quelles couleurs évoluaient les premières équipes du club et pourquoi avoir opté pour ces teintes rouge et bleu.

L’histoire de la fondation du Genoa épouse l’essor du football à travers l’Europe comme en Amérique du Sud. À la fin du XIXème siècle, le port de Gênes demeurait l’un des carrefours commerciaux les plus importants d’Europe. Ainsi, la ville ligurienne accueillait alors de très nombreux diplomates, marchands, ingénieurs et marins du monde entier et en particulier de la Grande-Bretagne, la principale puissance. Ces nombreux britanniques importèrent leur mode de vie et en particulier les nouveaux sports qui naquirent en Grande-Bretagne sur les 50 dernières années. Ils fondèrent ainsi des associations où ils pouvaient se regrouper et les pratiquer. Le 7 septembre 1893, plusieurs de ces expatriés dont notamment Sir Charles Payton, le consul britannique ainsi que les hommes d’affaires Charles de Grave Sells, George Blake, George Fawcus et Henry De Thierry, se retrouvèrent au consulat britannique pour fonder le Genoa Cricket and Athletic Club. Comme son nom l’indique, le football n’était pas prioritaire. Les membres se réunissaient principalement pour faire du water polo et surtout jouer au cricket. Outre la pratique de sports anglo-saxons, l’adhesion au Genoa était exclusivement réservé aux citoyens britanniques. L’histoire bascule en 1896 avec l’arrivée à Gênes d’un médecin anglais passionné de sport, James Richardson Spensley. Non seulement, il ouvra le club aux sportifs italiens mais il structura aussi la section football.

L’histoire des couleurs du Genoa CFC est directement liée à ses origines britanniques. A sa création, ces membres britanniques évoluaient logiquement avec des maillots entièrement blancs, en hommage à la tenue de la sélection nationale anglaise. Le short et les chaussettes étaient noirs. Puis, en 1899, l’institution changea une première fois d’identité visuelle, en adoptant un maillot à rayures verticales blanches et bleues. Le choix du bleu symboliserait la mer, élément naturel important et historique de Gênes. Enfin, le 22 janvier 1901, la reine Victoria s’éteignait et son long règne marqua la montée en puissance et l’apogée de l’Empire Britannique. Un événement de cette ampleur ne pouvait laisser indifférents les membres du jeune club ligure attaché à ses racines britanniques. Les Génois Paolo Rossi et Giovanni Bocciardo et le Suisse Edoardo Pasteu proposèrent de retenir les couleurs de l’Union Jack, bleu foncé et rouge. La proposition fut approuvée par une majorité (5 voix contre 4) au détriment de la proposition du membre gallois Howard Passadoro qui avait proposé un kit bleu avec des bords blancs. Le maillot devenait rouge grenat et bleu foncé disposés en quatre quartiers, le blanc relégué uniquement aux revers. Depuis, il n’a jamais été modifié.

#1392 – Treaty United FC : Super Blues

Les super bleus. Etonnamment le surnom fait référence à la couleur bleu alors que l’écusson du club est rouge et blanc. En outre, l’équipe porte un drole de nom puisqu’il n’y a pas de ville qui s’appelle Treaty en Irlande. Tout ceci s’explique dans la naissance de l’association en 2020. Remontons tout d’abord aux années 1930. Alors que les habitants de Limerick découvrait le football, le club du Limerick FC vit le jour en 1937. Au fil des années, il s’imposa dans le paysage sportif irlandais, remportant 2 championnats d’Irlande (1959-1960 et 1979-190), 2 coupes d’Irlande (1970-1971 et 1981-1982) et 3 coupes de la ligue (1975–1976, 1992–1993 et 2001–2002). Durant ces premières saisons, Limerick évoluait avec les couleurs de la ville, soit un maillot rayé rouge et blanc accompagné d’un short blanc. Mais, en 1941, lorsque l’équipe de Waterford se retira du championnat, Limerick racheta leurs maillots bleus. Puis quarante ans après, avec son changement de nom en Limerick City, le club modifia ses couleurs de bleu à jaune et vert. Enfin, en 1989, le club reprit son nom d’origine, Limerick FC, ainsi que ses couleurs bleu et blanc

Malheureusement, l’arrivée dans le nouveau millénaire marqua le début de la fin. En 2006, Limerick FC échoua à obtenir la licence nécessaire à son maintien dans la ligue irlandaise. Un consortium d’entreprenuers locaux reprit le flambeau en créant l’association sportive Limerick 37. Néanmoins, deux ans plus tard, après s’être réapproprié le nom historique, le nouveau club fit face à de graves difficultés financières. Un homme d’affaires de Limerick, Pat O’Sullivan, sauva le club de la faillite en 2009 mais 10 ans plus tard, après des successions de descente et de montée entre la première et la seconde division, il souhaita vendre ses parts. Le club connut encore des problèmes financiers et fut placée en redressement judiciaire. En Décembre 2019, la procédure était un échec, le club affichant des dettes d’environ 490 000 €, et début 2020, il disparut définitivement.

Le football étant bien ancré dans la région, dès 2020, un nouveau projet émergea pour maintenir la ville dans la ligue irlandaise. Le nouveau club devait s’appelait Limerick United, mais la direction de Limerick FC menaça de poursuites judiciaires car ce dernier avait déjà utilisé ce nom par le passé. Le choix se porta alors sur Treaty United car la cité de Limerick est surnommé le Treaty County (Comté du Traité). En effet, le 13 Octobre 1691, un traité entre le nouveau roi d’Angleterre Guillaume III d’Orange et son prédécesseur Jacques II fut signé à Limerick et garantissait au Catholique une certaine liberté de culte. Pour ses couleurs, le club choisit de reprendre les teintes de la première équipe senior du comté, le rouge et le blanc. Finalement, en 2024, après un accord, le club annonça qu’il abandonnait les rayures rouges et blanches au profit du bleu et blanc, couleurs associées au football du comté depuis les années 1940. Avec ce changement de couleurs, il reprit également le surnom du Limerick FC, Super Blues.

#1389 – Club América : los Cremas, los Azulcremas

Les crèmes, les bleus et crèmes. Les joueurs du club mexicain évoluent avec un maillot principalement jaune et bleu. Mais, par le passé, si le bleu était déjà présent sur la tenue, la couleur crème remplaçait le jaune. Ce choix original et reconnaissable est aussi ancien que la fondation du club. Au début de l’année 1916, le football se répandit dans les écoles jésuites et maristes de Mexico et, dans l’école Mascarones, un groupe de garçons d’à peine treize ans, mené par Rafael Garza Gutiérrez et Germán Núñez Cortina, décida de former une équipe avec les meilleurs joueurs de l’établissement. A la première réunion de l’équipe, Rafael Garza Gutiérrez se pointa équipé d’une chemise crème, un short bleu marine et des chaussettes bleues. Il avait prit quelques vêtements dans l’armoire de son père et confectionna cette tenue. Le short était un pantalon bleu marine qu’il avait raccourci à hauteur des genoux. La chemise était celle du collège Mascarones. Elle était à la base jaune pâle mais avec les lavages avait altéré sa teinte qui avait tourné couleur crème. Ce kit plut aux autres membres qui trouvaient également qu’il les distinguait des autres équipes. En outre, il rappelait leur lien avec le collège Mascarones et présentait enfin l’avantage de reposer sur des tissus peu onéreux pour l’époque. Les joueurs firent leurs premières rencontres avec cette tenue et, même lors de la fusion ultérieure avec le collège mariste de La Perpetua, les nouveaux membres acceptèrent de conserver ces couleurs.

Le premier changement important intervint lors de la saison 1953-1954 avec l’installation définitive des chaussettes crèmes. Lors de la saison 1967-1968, la couleur jaune fut utilisée officiellement sur le maillot pour la première fois de l’histoire. Puis, le jaune déteignit sur les chaussettes lors de l’exercice 1970-1971. A la fin de la décennie, le rouge fit quelques apparitions au niveau du col. Enfin, en 1982-1983, un dernier changement intervint qui allait rendre le maillot encore plus distinctif : un scapulaire bleu marine avec des rappels de rouge. Le scapulaire évolua pour parfois représenter les plumes d’un aigle.

#1360 – Paphos FC : γαλάζιους

Les Bleus. Le club du richissime anglo-russe Roman Dubov a arraché son ticket pour la Ligue des Champions 2025-2026, devenant le 3ème club chypriote à réaliser cet exploit. En remportant la coupe nationale en 2024 puis le titre de champion de Chypre en 2025, Paphos FC a donc atteint l’objectif fixer par ses fondateurs … il y a seulement 11 ans. Une décennie en arrière, la petite ville côtière comptait deux clubs professionnels : l’AE Paphos et l’AEK Kouklia. Mais, ces derniers se débattaient avec des problèmes financiers et ne parvenaient pas à se maintenir au haut niveau. D’où l’idée de fusionner les deux clubs pour se renforcer le 9 Juin 2014. L’AEK, le club des expatriés grecs d’Asie Mineure, évoluait logiquement en noir et jaune (cf. #234) et absorbait formellement l’AE. Mais, le nouveau club opta pour les couleurs de l’AE, le bleu et le blanc (même si le jaune apparait sur l’écusson).

L’AE résultait déjà d’une fusion opérée au début du XXIème siècle avec la même finalité. En 2000, afin de devenir la place forte du football de Pharos, les clubs de APOP (fondé en 1953) et Evagoras (fondé en 1961), qui oscillaient entre la seconde et la première division du pays, unirent leur force. Les deux clubs évoluaient en bleu et blanc (Evagoras jouait en vert et blanc de sa fondation jusqu’en 1962 puis en bleu et blanc), ce qui facilita donc le choix pour la nouvelle association de l’AE.

Ces couleurs bleus et le blanches, qui se sont transmises de club en club, pourraient symboliser l’héritage maritime de la ville côtière et le ciel clair de Chypre. Situé sur la côté ouest de l’île, Pharos constituait à partir du Moyen Âge, le port occidental de Chypre. Mais, l’émergence de Nicosie et du port de Larnaca lui fit perdre son importance. Après l’invasion turque de Chypre en 1974, l’activité économique a connu une forte croissance dans tous les secteurs, notamment le tourisme. La municipalité, 4ème ville du pays, est devenue aujourd’hui une station balnéaire prisée des touristes et son port de pêche connait un regain d’activité.

Mais, l’origine du bleu et du blanc pourrait provenir de l’histoire récente de la ville. Outre la couleur, un autre élément se transmit au fil des fusions : le visage sur le blason du club. Il s’agit d’Evagoras Pallikarides, un militant grec-chypriote. Il apparut d’abord sur l’écusson de l’Evagoras (qui portait le nom du martyr) et fut conservé par l’AE puis le Pharos FC. Né à quelques kilomètres de Pharos, il était membre du mouvement indépendantiste EOKA. Il fut arrêté le 18 décembre 1956 alors qu’il transportait des armes et pendu le 27 février 1957, devenant le plus jeune combattant à être exécuté à Chypre. Son mouvement, EOKA, au-delà de l’indépendance, souhaitait comme beaucoup de grecs-chypriotes l’union avec la Grèce et donc reprit sur son drapeau les couleurs bleues et blanches (une croix blanche sur fond bleu). Le club Evagoras s’inspira de ces couleurs. Tout comme l’APOP dont plusieurs de ses fondateurs et sportifs étaient membres de l’EOKA (d’ailleurs Evagoras Pallikaridis était un athlète de l’APOP).

#1332 – PAS Lamia 1964 : κυανόλευκων

Les bleu et blanc. A la fin des années 1950 et au début des années 1960, le football professionnel grec connut une mutation importante. En 1959, le premier championnat nationale à poule unique vit le jour. Puis, la fédération remodela la seconde division et en 1962, 60 clubs réparties en 4 groupes la composèrent, chaque premier des poules s’affrontant en play-off pour déterminer les équipes promues dans l’élite. Ce mouvement incita les petites cités où de nombreux clubs existaient à unir leurs forces pour créer des champions locaux en mesure de rivaliser au niveau national. Ce fut le cas dans la ville de Lamia, au centre de la Grèce.

Lamia découvrit le football en 1912 avec le gymnaste Nikolas Papadimitriou. Puis, à la fin des années 1920, deux clubs furent fondés : l’Union Pallas et Olympiacos Lamia. Le 17 Juin 1962, ce dernier, qui évoluait déjà dans l’antichambre de l’élite, proposa à Pallas de fusionner. Malgré un accord initial, Pallas revint sur sa décision et repoussa la proposition. Le 24 Juillet 1962, l’Olimpiacos se tourna vers un autre club, Pamfthiotiko, et la nouvelle entité prit le nom de Lamiakos, ainsi que les couleurs de l’Olimpiacos (évidemment rouge et blanc) et celles de Pamfthiotiko (vert et blanc).

Finalement, au lieu d’un champion, Lamia en compta deux puisqu’en 1963, l’Union Pallas rejoignit Lamiakos en seconde division. D’où, l’année d’après, le maire de Lamia, Ioannis Papasiopoulos, chercha à réunir les différentes entités mais, nouvel échec, avec la création de deux nouveaux clubs : AS Lamia (Lamiakos) et AS Thermopylae (Union Pallas). Toutefois, une semaine plus tard, les deux associations finirent par fusionner sous la bannière PAS Lamia. La nouvelle direction opta pour le bleu et blanc, couleurs neutres par rapport à ses deux géniteurs. Lamiakos évoluait en rouge, vert et blanc tandis que Union Pallas jouait en noir et jaune.

#1329 – Uruguay Montevideo FC : la Celestina

La petite céleste. Voici un club dont il est aisé de savoir son origine : Montevideo, capitale de l’Uruguay. Il fut fondé le 5 janvier 1921, dans le quartier de Pueblo Victoria à Montevideo, dans un contexte national favorable. De 1903 à 1920, sous la présidence de José Batlle y Ordóñez, l’Etat se modernisait et initiait de nombreuses réformes sociales en parallèle d’une économie qui prospérait. En outre, l’Uruguay connaissait une longue période de paix et se rapprochait du centenaire de son indépendance (25 août 1825) après avoir connu des guerres (notamment civiles), qui attestaient de la tutelle de ses puissants voisins argentins et brésiliens. Dans cet environnement, un certain élan patriotique s’exprima au sein des associations sportives.

Ainsi, fières de leur pays et son armée, les fondateurs donnèrent à leur club le nom de deux navires de guerre de la marine uruguayenne : le torpilleur/croiseur « Uruguay » (mis en service en 1910) et la frégate « Montevideo » (mis en service en 1908). Pour la tenue, ils retinrent celle de l’équipe nationale : maillot bleu ciel et short noir. Car, l’équipe de football d’Uruguay était l’honneur et la joie du peuple. Ses résultats étaient remarquables. En 1921, 4 éditions de Copa América avaient été disputés et les uruguayens l’avaient remporté 3 fois dont la dernière en 1920 (durant cette dernière compétition, l’Uruguay avait infligé un cinglant 6-0 au Brésil). Et dans ses rencontres annuelles face à l’Argentine (au travers des Copa Lipton et Copa Newton), l’Uruguay avait gagné 11 fois (sur 27 rencontres).

Alors attention si le drapeau uruguayen se compose de bandes horizontales bleues et blanches, le bleu du maillot de l’équipe est ciel et ne trouve pas ses origines dans la bannière du pays. Dans les premières années, la couleur du maillot de la sélection uruguayenne changea à de nombreuses reprises, en reprenant notamment les couleurs des grands clubs du pays. Le maillot bleu ciel et short noir fut adopté au lendemain de la première victoire des Uruguayens face à l’Argentine, à Montevideo, le 15 août 1910, en Copa Lipton. Lors de cette rencontre, l’équipe nationale portait pour la première fois un maillot bleu clair, s’inspirant de la chemise du River Plate FC, un des principaux clubs uruguayen de l’époque, et qui avait battu les argentins d’Alumni quelques jours plus tôt.

Le surnom de la sélection est devenu la Celeste et donc l’Uruguay Montevideo FC reçut celui de Celestina. Parfois, l’équipe est aussi créditée du surnom de Celeste de Pueblo Victoria (la celeste de Pueblo Victoria, le quartier dont est originaire l’équipe).

#1325 – Alianza Universidad : los Azulgranas

Les bleu et grenat. Dans la ville de Huánuco, le football se divise principalement entre Alianza Universidad et León de Huánuco. Mais, depuis quelques années et son retour dans l’élite péruvienne, Alianza semble dominer le football huanuqueño. De toute évidence, la résurgence de cette équipe traditionnelle s’explique par le soutien de l’Université privée de Huánuco, qui fournit à l’équipe des infrastructures et un soutien logistique (comme des bourses aux joueurs et à l’équipe technique) et dont l’Université veut en faire son représentant. Mais, l’histoire de l’Alianza ne démarra pas avec l’Université.

En 1938, l’équipe dénommée Jorge Chávez, provenant du quartier d’Izcuchaca Dulce, et celle nommée Miguel Grau, du quartier de Tingo, décidèrent de former une équipe commune qui effectua une tournée dans la ville de Huancayo, à 300 km de Huánuco. Mais, cette initiative ne plut guère à la Ligue qui n’avait pas été consultée et donc encore moins donnée son autorisation. Résultat, l’instance sportive décida de punir les deux clubs en déliant leurs joueurs de leurs obligations contractuelles. Ils étaient donc libres de s’engager où ils voulaient. Pour répondre à cette injustice, les deux clubs, qui entretenaient des liens fraternels étant donné que certains joueurs ou familles se partageaient entre les deux associations, choisirent de fusionner pour donner naissance le 1er Janvier 1939 au Club Social Deportivo Alianza Huánuco. Pour le maillot, le choix fut consensuel en combinant le bleu (la teinte de Miguel Grau) et le rouge (la couleur de Jorge Chávez) dans une chemise de type Blackburn. Rapidement, un nouveau maillot rayé verticalement bleu et grenat s’imposa pour devenir l’uniforme désormais traditionnel du club.

#1321 – FC Astana : Сары-көктер

Les jaune et bleu. Il y a 15 ans en arrière, le club le plus titré du pays depuis l’indépendance (7 fois champions et 3 coupes nationales) et le plus connu (seul club Kazakh à atteindre le stade des poules de la ligue des champions) n’existait pas. Mais, sa fondation allait se réaliser par la volonté et sous la protection de l’Etat. Dans sa volonté de se détacher de son passé soviétique et les poches pleines de pétrodollars, la jeune dictature souhaitait moderniser et prit la décision de déplacer la capitale d’Almaty à Astana en 1998. La modeste citée dédiée à l’agriculture est, en 20 ans, devenue une capitale moderne au design futuriste. Pour accompagner ce changement d’image, les dirigeants kazakhs avaient besoin d’un étendard et, comme pour le Qatar avec le club parisien, comprirent que les exploits sportifs étaient un superbe vecteur de communication et un outil de soft power.

En 2009, deux clubs d’Almaty (Megasport et Alma-Ata) fusionnèrent et déménagèrent le nouveau club, dénommé Lokomotiv, dans la capitale, en manque d’écurie sportive. L’équipe jouait alors en bleu foncé et blanc. Puis, en 2012, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev regroupa plusieurs équipes sportives sous une bannière étatique, « Astana Presidential Sports Club », pour promouvoir le sport et son pays. Au sein de cette organisation, l’équipe cycliste Astana, qui compta dans ses rangs certains des meilleurs coureurs mondiaux, dont Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Fabio Aru, était sans conteste la plus renommée. Le Lokomotiv fut absorbé et changea de couleur pour le bleu foncé et le jaune. Puis, en 2015, il opta définitivement pour ses couleurs actuelles, le jaune et le bleu turquoise.

S’agissant d’un outil de propagande, le président kazakh ne laissa rien au hasard. Tout d’abord, les différentes équipes (football, hockey sur glace, basket, cyclisme, boxe …) se renommèrent Astana car, pour le président, la capitale était un phare du développement du Kazakhstan. En outre, la plupart des clubs arborait les couleurs bleu turquoise et jaune du drapeau kazakh. En 1992, suite à son indépendance, le pays prit pour drapeau national une bannière qui arbore un soleil doré à 32 rayons surplombant un aigle des steppes doré sur un fond turquoise. Le côté gauche affiche un motif ornemental en or. Le bleu, couleur sacrée pour les peuples turcs du pays, symbolise l’unité culturelle et ethnique et reflète la pureté et la noblesse des aspirations du peuple du Kazakhstan à un nouvel État. Le soleil doré, baigné de lumière, symbolise la paix et la richesse. L’aigle aux ailes déployées demeure un symbole de puissance comme de liberté et d’envol vers l’avenir.

#1292 – Club Nacional : Tricolor

Tricolore. Evidement, le maillot comme l’écusson du club affichent 3 couleurs : le bleu, le blanc et le rouge. Et si les couleurs sont similaires à celles du drapeau paraguayen, ce n’est peut-être pas un hasard, surtout quand on se dénomme Nacional. Au début du XXème siècle, l’instabilité politique sévissait au Paraguay, où les factions rivales, Liberals (identifié en bleu) et Colorados (identifié en rouge) s’affrontaient. Cette situation résultait de la guerre qui se déroula entre 1864 et 1870 et qui vit le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay écrasaient le Paraguay. Le pays aurait perdu une grande partie de sa population (jusqu’à 60%) et de son territoire (140 000 km2 soit 70%).

Dans ce contexte où le Paraguay venait de retrouver un peu de liberté et malgré les divisions, le besoin de renforcer l’identité paraguayenne notamment par la formation des futures élites était prioritaire. Ainsi, les programmes scolaires commençaient à intégrer le sport comme un des éléments du développement global des élèves. L’enseignant-athlète de nationalité hollandaise, William Paats, importa et chercha à éveiller l’intérêt de ses étudiants à de nouveaux sports venus d’Europe, dont le football. Plusieurs équipes de football se formèrent dans les lieux d’étude de la capitale tels que le « Colegio de los Salésiens » , « l’Escuela de Derecho » et « l’Escuela Normal de Maestros » .

Ainsi, le 5 Juin 1904, 17 jeunes collégiens du « Colegio Nacional » d’Asunción décidèrent de fonder une nouvelle association sportive. Ces jeunes avaient l’identité paraguayenne chevillée au corps et des sentiments qui dépassaient les luttes partisanes. Ils souhaitaient donc que leur club soit un étendard, un représentant national transpartisant. Ils choisirent les couleurs bleu, blanc et rouge tout d’abord pour rendre hommage au « Colegio Nacional » où ils avaient éduqué. Le collège avait été créée par la Loi du 4 janvier 1877 et était nommée « Général Bernardino Caballero« , nom d’un héros de la guerre contre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay et qui avait été président de la République pendant la période de reconstruction du pays. Donc, pas étonnant que le collège fusse un vivier nationaliste et eusse les mêmes couleurs que celles du drapeau uruguayen. Ce qui rejoignait les idées nationalistes et le symbolisme voulues par les fondateurs du clubs. En outre, cela présentait l’avantage d’associer les couleurs (bleu et rouge) des deux factions rivales qui agitaient la vie politique.

Le drapeau actuel du Paraguay comporte 3 bandes horizontales, une rouge, une blanche et une bleue, et fut institué le 25 novembre 1842. Mais, sa première version remonte au 30 septembre 1813. Selon la légende, ces couleurs correspondaient aux couleurs des uniformes des soldats paraguayens qui défendirent Buenos Aires face aux armées britanniques entre 1806 et 1807. Mais, d’autres pensent qu’il s’inspire du drapeau tricolore français. Mais, il se pourrait aussi qu’il dérive du drapeau de l’ancien pays colonisateur, l’Espagne. D’ailleurs, avant que le rouge, le blanc et le bleu s’imposent, plusieurs autres drapeaux du Paraguay existèrent et leurs couleurs s’approchaient du drapeau espagnol.

#1283 – Club Puebla : Franja, Franjiazules

La bande, la bande bleue. Le maillot de l’équipe de la ville de Puebla (de Zaragoza) se distingue des autres équipes mexicaines par cette bande qui le scinde diagonalement, de l’épaule droite vers la hanche gauche. Cette particularité se retrouve sur d’autres tenues d’équipe sud-américaines comme les fameux argentins de River Plate (#900), les péruviens de Municipal (#480) et les uruguayens de Danubio (#109). Et si je cite cette similitude avec ces équipes, ce n’est pas par hasard.

Le 7 mai 1944, un groupe d’hommes d’affaires d’origine espagnole dirigé par Joaquín Díaz Laredo et Alfonso Sobero Nevares, fondait l’équipe de Puebla. Initialement, le maillot de l’équipe devait avoir deux bandes verticales, une placée sur chaque épaule. Mais, finalement, les fondateurs préférèrent placer l’équipe sous de meilleures auspices en choisissant un design qui rendait hommage à River Plate. L’équipe argentine comptait déjà un beau palmarès (6 championnats d’Argentine) mais surtout éblouissait par son jeu offensif et sa quintette d’attaquants (surnommée La Máquina).

Le maillot était donc blanc mais contrairement à River Plate, la bande était bleue. Les couleurs bleu et blanche rendaient hommage à l’artisanal traditionnel local, les Talavera. Ces céramiques principalement de couleur bleu et blanche sont des faïences émaillées de type majolique, représentant des ustensiles courants tels que des assiettes, des plats, des vases, des bols, des vases et des articles religieux. La qualité de l’argile se trouvant dans la région de Puebla favorisa le développement de cet artisanat, importé d’Espagne, à compter du XVIème siècle, au moment de la fondation de la ville.

Certains avancent également que le bleu et le blanc plaisaient au fondateur Joaquín Díaz Laredo, un homme pieux, qui vénérait la Vierge de l’Immaculée Conception. En effet, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue. Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus. Plus prosaïquement, à compter du XIIIème siècle, le bleu est la couleur des princes et nobles car le pigment bleu (dit de lapis-lazuli) était l’un des plus chers. Les tissus bleus démontraient donc la richesse et la noblesse de son porteur. L’Eglise se serait servie de cette riche symbolique pour désigner le caractère sacré de la Sainte Vierge.

Ce maillot fait donc l’identité du club et la fierté de ses supporteurs, au point, qu’il donna naissance à une expression rentrée dans le langage populaire mexicain, « Ponte la del Puebla« . Comme la bande qui divise le maillot, cette expression familière signifie le partage, dans le sens « s’il te plaît, partage avec moi ». Malgré cela, par deux fois, des tentatives furent faites d’abandonner cette histoire. En 1996, la famille Abed racheta l’équipe de Puebla et, dans le cadre d’une stratégie visant à établir une nouvelle identité, le bleu fut remplacé par l’orange. Après un an et de nombreuses protestations des supporters, le bleu revint. En 2012, sous la direction de Ricardo Henaine, Puebla changea le bleu par du rouge dans le cadre d’un conflit politique avec le gouvernement de l’État. Là aussi, le retour à la tradition fut fait rapidement.