#181 – FC Schalke 04 : die Knappen

Les mineurs. Schalke est un quartier de la ville de Gelsenkirchen, située dans le bassin de la Rurh, dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Sur 100 km de long, se concentrent plus de 5,2 millions d’habitants, au sein de grandes villes telles que Dortmund, Essen, Bochum, Duisbourg et donc Gelsenkirchen. Si le taux de chômage est deux fois supérieur à la moyenne allemande, la région demeure un important complexe industriel, qui s’est bâti sur les richesses de son sous-sol (le charbon).

Au début du XIXème siècle, les villes étaient des villages portées sur l’agriculture. Mais, à compter du milieu du XIXème siècle, la découverte des réserves de charbon, ressource indispensable à la révolution industrielle, bouleversa le paysage. En 1850, on dénombrait déjà près de 300 mines, et au fur et à mesure de nouveaux gisements furent découverts et exploités. Les ressources étaient considérables et estimées à 200 milliards de tonne, soit 10 fois celle de la France. Avec l’énergie produite par la consommation du charbon, l’industrie sidérurgique prit son envol et des empires se créèrent tels que Krupp, Thyssen et Stinnes. A son apogée dans les années 50, la mine Prosper-Haniel (situé à Gelsenkirchen) employait près de 500 000 personnes. Elle fut la dernière mine du bassin de la Rurh à fermer le 21 Décembre 2018, clôturant un processus de fermeture des mines enclenché au début des années 90 et une histoire économique débutée près de 150 ans auparavant.

L’importante main d’œuvre aussi bien allemande qu’étrangère (notamment polonaise) qui immigra dans la région pour travailler dans les mines chercha des loisirs qui pourraient la distraire et lui faire oublier les conditions de vie et de travail difficile. Le football fut l’un de ses exutoires. En 1904, 8 jeunes garçons de 14-15 ans, mineurs ou ouvriers dans les industries locales se rencontrèrent pour jouer au football, alors sport de la bourgeoisie. Le 4 mai, ils créèrent l’ancêtre du Schalke 04. Ensuite, le développement du club fut intimement lié à l’essor des mines, notamment au lendemain de la Seconde Guerre mondiale où les infrastructures et les moyens manquaient aux clubs de football.

#152 – Górnik Zabrze : Górnicy

Le surnom provient du nom du club puisque Górnik signifie Mineur et Górnicy est son pluriel. Après la Seconde Guerre mondiale, les installations étaient dévastées et les associations sportives disparues. Les polonais n’avaient donc plus de quoi se dépenser physiquement, ni se divertir. Certains se regroupèrent afin de recréer des structures à partir des ruines des anciennes et, dans cette Pologne communiste, ces nouvelles associations étaient nécessairement encadrées soit par les administrations régaliennes (Police, Armée), soit par les entreprises ou syndicat d’Etat (Chemin de fer). Zabrze se situe en Haute-Silesie, entre Katowice et Gliwice. Cette région concentrait alors une forte activité économique, avec de riches exploitation agricoles, d’abondants ressources minières (principalement le charbon) et une très grande concentration industrielle (sidérurgie, automobile). Au milieu des années 70, ce bassin houiller renfermait plus de 50 milliards de tonnes de charbons, fournissant alors plus de 140 Mt par an. La région était une agglomération à base minière comparable à celles de l’Europe occidentale, notamment la Ruhr, et de loin le premier bassin des pays de l’Europe socialiste (hors URSS). Sur 2 millions d’habitants, 10% était mineur. De nos jours, même si son âge d’or est derrière, la Haute-Silésie reste le premier centre d’extraction de charbon de l’Union Européenne. En 2014, 29 mines de charbon, dont la plupart de taille importante, sont encore en activité dans la région et emploient environ 65 000 mineurs. Le club du Górnik Zabrze vit donc le jour en 1948 sous le patronage des organisations syndicales de l’industrie minière et prit le nom de Górnik.

#62 – Peñarol Montevideo : Carboneros

Les charbonniers. Tout remonte aux origines du club. Le 28 septembre 1891, 118 employés de la compagnie Central Uruguay Railway créèrent le Central Uruguay Railway Cricket Club, un club de cricket et de rugby (puis de football dans les années qui suivirent). Parmi ces cheminots, 72 étaient de nationalité anglaise, 45 uruguayens et un allemand. La présence d’autant de cheminots n’était pas le fuit du hasard car le quartier de Peñarol était l’un des centres névralgique du secteur ferroviaire du pays. En 1891, la compagnie Central Uruguay Railway acquit 17 hectares dans le quartier de Peñarol et y installa ses ateliers ferroviaires ainsi qu’une gare. 52 logements furent également construits pour les cheminots, tant pour les ouvriers que pour les cadres supérieurs, ainsi que des installations culturelles (théâtre et cinéma) et sportives dont le Central Uruguay Railway Cricket Club profita. Cet enclave ferroviaire contribua nettement au développement de la région. Jusqu’à la suppression du service voyageurs en 1987, la vie du quartier fut modelé par l’activité ferroviaire. Le quartier se réveillait à 6 heures avec la sirène aigu des ateliers, qui se répétait avec un son plus grave 15 minutes plus tard. Puis, à 14 heures, une nouvelle sirène libérait les ouvriers. La Central Uruguay Railway était une société d’origine anglaise qui avait la charge de la gestion des chemins de fer en Uruguay depuis 1878, avec quatre autres compagnies ferroviaires. Elle était considérée comme la plus importante, car il disposait du plus grand réseau ferré (environ 1 560 kilomètres de voies).

La section football du Central Uruguay Railway Cricket Club devint indépendante en 1913 pour devenir Peñarol. Mais, pour rappeler le lien originel avec le monde ferroviaire, le surnom carboneros s’imposa. Car, les locomotives à vapeur avaient comme source d’énergie le charbon … d’où les charbonniers.