#1267 – PFC Botev Plovdiv : Канарите, Канарчетата

Les canaris. Evoluant avec un maillot jaune, le Botev a rejoint la longue liste des clubs de football portant du jaune et surnommé les canaris. Les canaris d’élevage qui sont les plus communs arborent habituellement des plumes jaunes, avec les extrémités blanches, donnant le nom à la couleur « jaune canari » . Cette ressemblance s’est exprimée dans tous les pays du monde dont les français du FC Nantes (#208), les turcs de Fenerbahçe (#373), les anglais de Norwich (#51), les belges de Saint-Trond VV (#473), les norvégiens de Lillestrøm SK (#699), les algériens du JS Kabylie (#323), les mexicains du CA Morelia (#462), les colombiens du CA Bucaramanga (#962) et les finlandais de KuPS (#365). Pour Plovdiv, ce surnom a déteint sur le nom du magazine du club (Канарче).

Le 11 mars 1912, les élèves du Collège de Saint Augustin et ceux du Premier Lycée d’Hommes à Plovdiv unirent leurs ressources pour fonder le club du Botev. Toutefois, l’époque était troublée par les guerres balkaniques (ainsi que la première guerre mondiale) et ceci perturba les premières années d’existence du club, qui fut parfois au bord de la disparition. Finalement, les membres décidèrent de renforcer le club et rédigèrent les premiers statuts le 22 Août 1917. Ils adoptèrent également les couleurs du club : le jaune et le noir. Le jaune reprenait la couleur du Collège catholique de Saint-Augustin, dont venait une partie des fondateurs. Elle symbolisait aussi « златните жита на Тракия » (les grains d’or de Thrace), ce qui signifiait les grands champs de céréales cultivés en Thrace. Plovdiv est située dans la région historique de la Thrace. L’autre couleur, le noir, était celle de l’orthodoxie, religion du Premier Lycée d’Hommes, provenance des autres membres du club. En outre, le noir rappelait le tchernoziom du sol fertile de la région. Le tchernoziom est le nom donné à cette terre épaisse et noire, contenant un fort pourcentage d’humus (3 à 15 %), riche en potasse, phosphore et oligo-éléments. Ainsi, religion et agriculture furent les inspirations des membres du club pour décider les couleurs du club.

#1266 – FC Porto : Azuis e brancos

Les bleu et blanc. Le football portugais est bien fait car il semblerait que les 3 grands du pays, Benfica, FC Porto et Sporting du Portugal, se soient réparties les couleurs de l’arc en ciel pour faciliter la vie de leurs supporteurs. Benfica joue en rouge, le Sporting en vert et blanc et le FC Porto en bleu et blanc. Et à Porto, à chaque exploit du club, les bannières bleus et blanches décorent les maisons au point d’avoir quasiment remplacées les couleurs officielles vertes et blanches de la ville.

Fondé le 28 septembre 1893, les premières années furent marquées par l’absence d’unité. Un dessin montre que la première équipe de football du club omnisport comprenait huit joueurs : 5 portaient des maillots blancs à col rouge (avec un short noir ou blanc), deux joueurs évoluaient avec des maillots à rayures bleues et blanches (avec un short noir ou blanc) et un joueur (certainement le gardien) était équipé d’un maillot rouge. Tous, en revanche, arboraient une casquette rouge. Peut-être était-ce dû à un manque de moyen financier du club ou de ses joueurs. En tout cas, en 1907, un débat sur les couleurs anima la direction. Certains voulaient que le club adopta les couleurs du club anglais d’Arsenal, rouge et blanc, qui connaissait une petite réputation (Arsenal avait accédé à l’élite en 1904 et avait atteint en 1906 et en 1907 la demi-finale de Coupe d’Angleterre). Porto avait longtemps accueilli une colonie britannique influente, qui favorisait les échanges commerciaux (le vin de Porto contre la morue péchée par les navires anglais). Mais, les membres du club refusèrent cette idée pour ne pas apparaître comme un vassal des anglais. Autre proposition : reprendre les couleurs de la ville, vert et blanc. Seulement, son président, José Monteiro da Costa, déclara « As suas cores devem ser as da bandeira da Pátria [azul e branco naquela altura], e não as cores da bandeira da cidade, que tenho esperança que o futuro clube há-de ser grande, não se limitando a defender o bom nome da cidade, mas também o de Portugal, em pugnas desportivas contra os estrangeiros » (Ses couleurs devraient être celles du drapeau national, et non celles du drapeau de la ville, car j’espère que le futur club sera grand, défendant non seulement le nom de la ville, mais aussi celui du Portugal, dans les batailles sportives contre les étrangers). Et donc, le club prit le bleu et blanc, couleurs du drapeau national, qui était celui de la monarchie. Et même si ce régime était de plus en plus contesté et que Monteiro da Costa était un républicain convaincu, il lui paraissait plus important de dépasser ces limites et que le club prône l’unité et soit le représentant de l’identité portugaise.

Si, comme aujourd’hui, les armoiries du Portugal apparaissaient sur le drapeau national, à l’époque, le fond qui l’accompagnait, affichait une partition bleue et blanche (alors qu’aujourd’hui il s’agit du vert et du rouge). Le premier symbole connu du Portugal apparut vers 1095 et était les armoiries d’Henri de Bourgogne, comte du Portugal, ancêtre de la première famille royale portugaise. Henri portait un bouclier avec une simple croix bleue sur fond argenté (blanc) dans la lutte contre les Maures. Puis au XIIème siècle, la croix fut remplacée par cinq écus bleus comprenant chacun 5 points blancs et disposés en forme de croix. Les écus représentaient la victoire d’Afonso Henriques, fils de Henri de Bourgogne et futur premier Roi du Portugal, sur les cinq rois Maures lors de la bataille d’Ourique en 1139. Les 5 points blancs (qui sont 5 pieces, besant) symbolisaient les 5 plaies du Christ. Aujourd’hui, on retrouve encore ce symbole au cœur des armoiries du Portugal.

#1262 – RC Ferrol : los Diablos Verdes

Les diables verts. Ferrol, ville de Galice, se situe sur une péninsule vers l’estuaire du Ferrol. Son port, ses chantiers navals ainsi que son arsenal avec la présence des forces marines sont les moteurs de sa région depuis des siècles. Au XIXème siècle, ces activités attirèrent des ingénieurs et techniciens britanniques ainsi que des marins de la marine marchande britannique qui faisaient escale au port de Ferrol. Cette forte présence anglaise influença la ville et notamment permit l’importation et le développement rapide du football. Ainsi, au cours des premières années du XXème siècle, différentes équipes de football tournaient dans la ville : Arsenal, Giralda, Ferrol FC, Alfonso XIII, Unión Club de La Graña, Circulo Rojo et Jaime I. En 1919, des joueurs et supporters de plusieurs associations se réunirent pour créer un club puissant, capable de rivaliser avec les prestigieuses équipes régionales. Ainsi, Giralda FC et Jaime I FC s’unirent pour donner naissance au Racing Club de Ferrol.

Les succès du Racing de Ferrol ne tardèrent pas à venir et, en 1928, ils furent proclamés champions de Galice, battant le Deportivo La Corogne en finale. L’équipe fut alors admis en Coupe du Roi pour la première fois de son histoire. Au premier tour, Ferrol élimina les basques d’Alavés. Au tour suivant (huitième de finale), une nouvelle formation basque mais bien plus prestigieuse s’opposait à Ferrol, l’Athletic Bilbao. Au match aller, Ferrol tint le choc et obtint le nul, un but partout. Au match retour, à San Mamés, ce fut une défaite, sur un score excessif de 4 buts à 0. Malgré tout, la vaillance des joueurs galiciens comme Gorostiza, Gerardo Bilbao ou Manuel Rivera de Ferrol fut remarquée par la presse basque qui les qualifièrent de diablos verdes.

Mais que diable jouaient-ils en vert ? Tout au long de son histoire, le Racing Club de Ferrol a joué avec un maillot vert (accompagné d’une short blanc), l’intensité de sa teinte dépendant des années et des équipementiers. La raison réside dans la forte présence militaire dans la ville. Ferrol accueille une base navale, abritant aujourd’hui le 31ème Escadron d’escorte, un corps des marines et deux écoles spécialisées. A l’époque, elle était déjà une destination courante pour les recrues appelées au service militaire. Ces jeunes hommes portaient généralement des chemises vertes.

#1261 – NK Hrvatski Dragovoljac Zagreb : Crni

Les noirs. Avant 1994, ce club croate représentait paisiblement un quartier de Zagreb. Fondé en 1975, en tant que NK Trnsko 75 (Trnsko étant un des quartiers de Novi Zagreb), il demeura sous ce nom pendant un an avant d’être rebaptisé ONK Novi Zagreb, et en 1990 uniquement NK Novi Zagreb. L’équipe évoluait en bleu ciel dans les ligues inférieures. Puis, en 1991, la dislocation du régime communiste yougoslave, qui avait maîtrisé les nationalismes, exacerba les idées indépendantistes. Serbes, Croates, Slovènes, Bosniaques se livrèrent une guerre ethnique qui dura 10 ans, de 1991 à 2001. Pour la Croatie, cette guerre d’indépendance démarra en 1991 pour se conclure en 1995 et fit ressurgir la nationalisme d’extrême droite, symbolisée par les Oustachis.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Oustachis, (Ustaše en croate qui signifie les insurgés), étaient un mouvement indépendantiste et fasciste. Ils s’associèrent aux Nazis en 1941 pour prendre le pouvoir en Croatie et mirent en place une dictature particulièrement arbitraire et meurtrière (sous le nom d’Etat indépendant de Croatie). Ils disparurent en 1945 avec la défaite allemande mais leur idées racistes perdurèrent. Juste avant la guerre de l’ex-Yougoslavie, le HSP (Parti croate du droit), mouvement politique nationaliste dont émanèrent les Oustachis, réapparut. Puis, durant la guerre, sa branche militaire, le HOP (Forces de défense croates), participa activement aux combats au côté de l’armée croate.

La guerre fut donc un épisode très marquant pour les croates et en même temps fédérateurs. En 1994, Stjepan Spajić, un entrepreneur, reprit le club. Il était, à cette époque, avant tout un patriote qui avait participait à la guerre et sa volonté fut d’honorer la Croatie et ses combattants. Il prit donc la décision de renommer le club Hrvatski Dragovoljac qui signifie les volontaires croates. Connu pour sa franchise et ses bons mots, il déclarait « Promjena imena je znak potpore svim dragovoljcima Domovinskog rata, koji su svojom žrtvom i učešćem stvorili Lijepu našu domovinu Hrvatsku! » (Le changement de nom est un signe de soutien à tous les volontaires de la guerre intérieure, qui ont créé notre belle patrie, la Croatie, grâce à leur sacrifice et leur participation !). Mais, il alla plus loin dans ses idées et fit dessiner un nouvel écusson qui reprenait les codes des Oustachis. Le blason du club affiche un U, comme celui qu’arborait les Oustachis, et son damier rouge et blanc, symbole de la Croatie, n’est pas équivalent à celui que d’autres clubs croates comme le Dinamo et l’Hadjuk avaient intégré dans leurs écussons. En effet, le premier carré, dans le bord supérieur gauche, est blanc pour le club de Zagreb. Or, le même carré pour le damier du drapeau et des armes de la Croatie est rouge. Cette disposition rappelle directement le damier utilisait par les Oustachis. Au cours de leurs campagnes aux côtés des puissances de l’Axe pendant la Seconde Guerre mondiale, ces derniers portaient sur leurs casques et leurs uniformes des damiers avec le premier carré blanc, à l’intérieur duquel était écrite la lettre « U ». Enfin, pour parachever le tout, Spajić fit adopter le noir pour le maillot et le short, couleur de ralliement des différents mouvements fascistes et d’extrêmes droites, et notamment de la milice des Oustachis, Crna legija (La légion noire).

Outre reprendre ces symboles, Spajić ne faisait pas mystère de ses convictions : « Mi ćemo uvijek biti etnički čist klub. Dok sam ja predsjednik, Srbi neće igrati! » (Nous serons toujours un club ethniquement pur. Tant que je serai président, les Serbes ne joueront pas !) ou encore « U mom klubu neće igrati ni Srbi ni p*deri, a crnci mogu jedino ako su katolici » (Ni les Serbes ni les pédés ne joueront dans mon club, et les Noirs ne peuvent jouer que s’ils sont catholiques). Aujourd’hui, le club se serait détaché de ses idées même si les symboles sont restés.

#1252 – CD Jorge Wilstermann : la Casaca Sangre

La veste sang. Les joueurs du club bolivien de la ville de Cochabamba porte un maillot rouge accompagné d’un short bleu. Au départ, en 1949, des employés de la compagnie nationale aérienne de la Bolivie, Lloyd Aéreo Boliviano (LAB), fondèrent une association sportive et culturelle, ouverte aux personnels de la LAB. Naturellement et afin de s’assurer le soutien de la LAB, cette association adopta les couleurs de la société, blanc et bleu ciel. Son premier uniforme se composait ainsi d’une chemise à rayures blanche et bleu clair et un short bleu. En 1952, la tenue avait évolué avec un maillot blanc barré d’une bande croisée bleu clair et un short bleu. Néanmoins, afin de marquer une différence nette avec l’équipement principal, le kit extérieur affichait du rouge avec une chemise blanche à rayures rouges, un short rouge et des chaussettes rouges

En 1953, le club quitta définitivement l’univers fermée corporatiste pour intégrer les championnats locaux. Pour marquer cette nouvelle étape, un nouveau nom fut adopté, CD Jorge Wilstermann, en hommage au premier pilote professionnel de Bolivie. Mais, également de nouvelles couleurs furent choisies. L’un de ses imminents membres, Dr Jorge Rojas Tardío, qui fut nommé plus tard président à vie, suggéra les couleurs actuelles. Il déclara « Escogí esos colores porque significan fuerza, garra y entrega total en el campo de juego, además era el único equipo en el país que entonces comenzó a usar esos colores » (J’ai choisi ces couleurs parce qu’elles signifient force, détermination et dévouement total sur le terrain de jeu, et c’était aussi la seule équipe du pays qui commença à utiliser ces couleurs).

#1251 – Austria Vienne : die Veilchen

La violette. Malgré les évolutions du football autrichien avec l’émergence régulière de clubs comme le SK Sturm Graz ou le nouveau riche de Red Bull Salzbourg, le pays se divise avant tout en vert (Rapid Vienne) ou en violet (Austria Vienne). D’ailleurs, de manière surprenante, deux couleurs qui ne sont pas les plus populaires dans le football. Donc, le mythique club de l’Austria de Vienne joue en violet mais malheureusement personne ne sait pourquoi (tout comme pour ses rivaux historiques cf. #546).

Le football débuta en Autriche en 1892 lorsque 11 Anglais vivant à Vienne fondèrent le Vienna Cricket Club. Ils choisirent le noir et bleu comme couleurs (pour une raison qui est inconnue). Ce club était omnisports (cricket et athlétisme entre autre). Deux ans plus tard, la section football apparut et le club changea de nom pour First Vienna Cricket and Football Club le 23 août 1894. Mais, un différent entre la direction du club et les membres éclata au début du XXème siècle. Une partie de la direction et la quasi-totalité de l’équipe première décidèrent de quitter le First Vienna Cricket and Football Club et créèrent le 29 octobre 1910 un nouveau club, sous le nom de Vienna Cricketers, présidé par le journaliste sportif Erwin Müller. Le First Vienna Cricket and Football Club interdit à ses membres de rejoindre cette nouvelle association et sa direction fut outrée par le choix du nom. En effet, le surnom des membres du First Vienna étaient cricketers et un recours fut donc déposé auprès de la Fédération de football. La réconciliation avec le First Vienna était une obligation pour Erwin Müller pour assurer la reconnaissance et l’admission dans la future première division de son club. Le 15 mars 1911, le Vienna Cricketers disparut pour s’enregistrer de nouveau auprès de la fédération sous le nom de Wiener Amateur Sportverein. Lors de sa première apparition en public, la nouvelle équipe affichait déjà des maillots violets. Selon le site internet du club, il se pourrait qu’un ou plusieurs membres du club appréciaient cette couleur.

D’autres explications que je me permets d’avancer sans aucune certitude. Avant la découverture d’une teinture chimique au milieu du XIXème siècle, la couleur violette pour des vêtements était assez rare, ainsi souvent seule l’aristocratie pouvait se permettre d’acheter des tissus de cette couleur. La noblesse attachée dans la symbolique à cette couleur aurait pu plaire aux fondateurs du club (noblesse du futur club ou noblesse de leurs origines ?). Autre possibilité : pendant longtemps, le violet fut confondu avec le noir. D’ailleurs, au Moyen-Âge, le violet était dénommé sous-noir ou demi-noir. Puis, elle fut identifiée à l’extrémité du spectre solaire après le bleu. Le violet était alors coincé entre le bleu et le noir, les deux teintes du précédent club des fondateurs, le First Vienna. Enfin, pourquoi pas une influence éventuelle du club hongrois d’Ujpest ? Depuis sa fondation en 1885, Ujpest évolue en violet et depuis 1867, la Hongrie et l’Autriche étaient réunis dans une fédération monarchique, l’Empire Austro-Hongrois. Si, en termes de sport, les championnats d’Autriche et de Hongrie étaient bien séparés, le club hongrois évoluait en première division depuis 1904 (à l’exception de la saison 1911-1912, où il a terminé champion de 2ème division après une relégation d’un an) et les échanges culturels et sportifs avec Vienne pouvaient donc exister.

#1250 – Linfield FC : the Blues

Les bleus. Linfield constitue l’un des plus célèbres et plus forts clubs de l’Irlande du Nord. Fondé en Mars 1886, le club de Belfast fut l’un des huit membres fondateurs de la Ligue nord-irlandaise en 1890, remporta le titre de champion inaugural et est l’un des trois seuls clubs à n’avoir jamais quitté l’élite nord-irlandaise. Son palmarès demeure incroyable, avec, à fin 2024, 56 titres de champion (soit plus du double que tout autre club nord-irlandais), 44 Coupes d’Irlande du Nord et 12 Coupes de la Ligue. Traditionnellement, les joueurs de Linfield porte un maillot bleu, un short blanc et des chaussettes rouges, mais il ne semble pas qu’il reste de documents qui permettent d’expliquer ce choix. Toutefois, je suppose que ce n’est peut-être pas un hasard que ces teintes soient celles de l’Union Jack. En effet, en parlant de l’Irlande du Nord et du football, on ne s’éloigne évidemment pas de la politique.

Le club fut donc fondé en Mars 1886 par les ouvriers de l’usine Ulster Spinning Company’s Linfield Mill, située dans le quartier sud de la capitale nord-irlandaise, Sandy Row. Il s’agit d’une zone résolument loyaliste (ie fidèle à la couronne britannique), habitée par une classe ouvrière profondément protestante. Dans ce quartier, nombres de groupes paramilitaires loyalistes se formèrent dont les plus célèbres, l’Ulster Defence Association et l’Orange Order. Les bâtiments et les maisons s’habillent de drapeaux britanniques, de banderoles et de bannières aux messages loyalistes. D’ailleurs, les couleurs rouge, blanc et bleu de l’Union Jack sont largement peintes sur les bordures de trottoir, les lampadaires … . Une des fresques emblématiques placée dans ce quartier commémore la victoire du roi Guillaume III d’Angleterre le 12 Juillet 1690 contre le roi catholique Jacques II à la bataille de la Boyne (la tradition veut qu’une partie de l’armée de Guillaume ait campé dans ce quartier) et fut peinte en 2012 pour recouvrir un message de l’Ulster Freedom Fighters, un groupe para-militaire, qui avertissait que vous entriez dans une zone loyaliste.

Le club n’échappe pas à cette histoire. Pendant de nombreuses années, une règle non écrite du club consistait à recruter exclusivement des joueurs protestants. Le blason du club affiche le chateau de Windsor car l’équipe évolue sur un terrain nommé Windsor Park mais il s’agit surtout de l’une des principales résidences de la famille royale britannique. Pendant de nombreuses années, Linfield partageait une rivalité féroce avec le Belfast Celtic, le club des irlandais nationalistes et catholiques. Et les travées de Windsor Park virent de nombreux affrontements avec les supporteurs nationalistes et catholiques adverses. Donc, le choix de ces 3 couleurs, qui sont celles de l’Union Jack et également celles des loyalistes nord-irlandais (avec l’Orange), n’est certainement pas le fruit du hasard.

Mais, les choses changent puisqu’en 2020, Umbro proposa à Linfield un maillot extérieur violet barré d’une diagonale orange. Or, ce modèle suscita de vives réactions et des critiques car il présentait une similitude frappante avec les couleurs du mouvement loyaliste de l’Ulster Volunteer Force, responsable de la mort de plus de 500 personnes pendant les années de guerre civile (1960-1990). Umbro s’excusa et ne fit plus la promotion de ce maillot.

#1248 – Los Angeles FC : the Black and Gold

Les noir et or, couleurs de la franchise californienne établie en 2014. En 2004, le récent propriétaire de l’équipe mexicaine Chivas de Guadalajara, Jorge Vergara, souhaitait étendre sa marque parmi la communauté hispanique de la cité des anges et lança ainsi les Chivas USA en 2005. La mégalopole de Los Angeles comptait alors deux franchises de football : Los Angeles Galaxy et Chivas USA. Malheureusement, après des premières années plutôt satisfaisantes, les résultats sportifs se dégradèrent (pas de qualification aux play-off de 2010 à 2014) en même temps que l’organisation se désagrégeait (démission du PDG et du vice-président des opérations de football, 4 entraineurs en un an …). Résultat, en 2014, la MLS racheta le club pour confier un nouveau projet à des investisseurs qui avaient la volonté et les moyens de développer la deuxième franchise de LA. Ainsi naquit en 2014 le Los Angeles FC qui intégra le championnat américain en 2018.

Pas d’embarras avec les Etats-Unis. Le sport est un divertissement et donc un business. Créer un club de football revient à fonder une entreprise. Sa symbolique, une stratégie marketing pour vendre ce nouveau produit. Après des mois d’étude et d’échange avec les Milleniums sur les réseaux sociaux, le blason et les couleurs du LAFC furent présentés en Janvier 2016, avec l’objectif de s’ancrer dans l’histoire de Los Angeles. L’écusson reprend la forme du sceau de la ville et la police utilisée s’inspire de l’Art déco, le centre-ville regorgeant de bâtiments dans ce style (notamment l’influent architecte Richard Neutra, plus célèbre représentant de l’architecture moderniste, aux formes rectilignes et minimalistes, qui œuvra à LA à partir des années 1920). Au sein du blason, un monogramme « LA » qui comprend une aile symbolisant la puissance, la force et la vitesse. Cet aile se compose de 4 plumes, symbolisant les 4 piliers du club ainsi que la date de fondation de la ville, le 4 septembre 1781. Enfin, les couleurs retenues sont le noir et l’or, qui incarnent, selon le club, le succès, la texture urbaine et le glamour de Los Angeles. Pour résumer, reprenons les mots du Président Exécutif et actionnaire, Peter Guber : « We were influenced by the city’s energy and creativity when we worked to design the crest. It was a thoughtful process and I am passionate about our design and deep connection it has to Los Angeles and its people.” (Nous avons été influencés par l’énergie et la créativité de la ville lorsque nous avons travaillé à la conception de l’écusson. C’était un processus réfléchi et je suis passionné par notre conception et par le lien profond qu’elle entretient avec Los Angeles et ses habitants.)

#1245 – Royal Francs-Borains : les Verts

Voila un club qui résume assez bien les déboires et turpitudes du football belge. L’histoire commença en 1922 lorsque fut établi le club du Sporting Club Boussu-Bois, qui obtint le matricule 167 en 1926. Le club connut des hauts et des bas entre les séries provinciales et quelques rares apparitions dans les championnats nationaux. Résultats, le 1er juillet 1982, le club fusionnait avec son voisin du FC Élouge, fondé en 1934, pour donner naissance au Royal Francs Borains Boussu-Élouges (qui en 1985 devint le Royal Francs Borains). Démarrage en trombe puisque le club remontait en division 3 puis dans les années 2000 s’établissait en seconde division. Mais, miné par des problèmes financiers, le Royal Francs Borains fut vendu à Dominique D’Onofrio, alors directeur sportif du FC Metz, associé à des investisseurs. La nouvelle direction déménagea le club à Seraing (à 130 km de Boussu), changea le nom en Seraing United et reprit les couleurs noires et rouges, afin d’être l’héritier du RFC Seraing. Suite au déracinement de leur club en province liégeoise, les supporters du Royal Francs Borains se retrouvaient sans aucun repère et cherchaient donc à recréer un club leader dans leur région du Borinage. Ils trouvèrent alors une association en perdition en région carolo, le Royal Charleroi-Fleurus, le reprirent et l’installèrent à Boussu, sous le nom de … Royal Francs-Borains.

Naturellement, le nouveau Francs-Borains abandonna les couleurs orange et noir du club carolo pour revenir aux teintes traditionnelles des Francs-Borains : vert, blanc et noir. Le noir était l’héritage du FC Élouge, qui traduisait le passé minier de la région. Le vert et le blanc provenait du Sporting Club Boussu-Bois. Revenons après la Première Guerre mondiale. Les soldats britanniques stationnant dans la province de Boussu pratiquaient le football qui séduisaient les jeunes belges. Georges D’Haussy aida à organiser les matchs et entrainements de ces jeunes et en 1921, Rodolphe Lamy, ingénieur à la « Société des Charbonnages Unis de l’Ouest de Mons » , mit à disposition un terrain de jeu dans le quartier Saint-Joseph. Tout était prêt pour fonder le Sporting Club Boussu-Bois, avec Rodolphe Lamy comme premier président. Or, il était ingénieur mais avait également joué à l’Union Sportive de Liège. Ce dernier avait opté pour le vert et blanc qui influença certainement les membres fondateurs du Sporting Club Boussu-Bois. L’avantage est que dans les années 1970, alors que les stéphanois enchainaient des exploits en Europe, le vert devint à la mode. Dans l’enceinte de Boussu-Bois, la chanson « Allez les Verts » résonnait alors dans les haut-parleurs en début de match.



#1236 – SC Bastia : i Turchini

Les bleus. Doyen du football insulaire, le Sporting naquit en 1905, par la volonté de Hans Ruesch, un suisse enseignant l’allemand au Lycée de Bastia et ayant jouant au FC Barcelone, auxquels se joignirent Emile Brandizi et Joachim Vincensini. Dès le départ, le choix des couleurs se porta sur le bleu et le blanc, tout simplement celles de la ville de Bastia et de la Vierge Marie.

Tout d’abord les armoiries de Bastia qui montrent principalement une tour blanche sur un fond bleu. Cette même tour que l’on retrouve sur le blason du club et qui fait référence au premier château, construit en 1383 par le génois Leonello Lomellini. Ce chateau se dénommait en italien Castello della Bastia, ce qui donna son nom à la ville, et aujourd’hui, Bastìa signifie en corse « poste fortifié ».

Ensuite, la Corse voue un culte respectueux à la Vierge Marie, depuis qu’elle l’aurait protégée de la peste au XVIIème siècle. Le 30 janvier 1735, en remerciement, la Consulta de Corte consacra officiellement Marie comme la reine de Corse. Chaque 8 septembre, d’un bout à l’autre de l’île, la naissance de la Vierge Marie est célébrée, tradition qui remonterait au Vème siècle. En outre, l’hymne National Corse « Dio vi Salve Régina » est une louange à la Vierge et on dénombre pas moins de 8 sanctuaires et 126 églises et oratoires dédiés à la gloire de la mère de Jésus. En particulier, deux apparitions maritales, reconnues par l’Eglise, se déroulèrent non-loin de Bastia. La première au XVIIIème siècle, dans le village de Pancheraccia, situé à 92 km de Bastia. La seconde, le 26 Juin 1899, à Campitello, commune située à 42Km de Bastia. Enfin, dans la Cathédrale de Bastia se trouve une imposante (une demi-tonne) et superbe statue processionnelle de la Vierge en argent massif.

Or, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue (cf. #399 et #497). Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus.

Ce choix fut judicieux selon Charles Bergassoli, premier secrétaire-trésorier du club. Il expliquait alors que la population était dubitative face à ce nouveau sport « il fallait faire accepter aux parents l’usure des chaussures etc… car le vrai équipement ne vint qu’après. Et c’est peut-être la couleur du maillot qui a calmé certains esprits ».