#373 – Fenerbahçe SK : Sarı Kanaryalar

Les canaris jaunes. Avec un tel surnom, on comprend immédiatement à quoi il fait référence. Le surnom de « canaris » est souvent utilisé par les équipes évoluant en jaune (Norwich cf article #51, FC Nantes cf article #208, JS Kabylie cf article #323 et KuPS cf article #365) mais, dans ce cas, le club turque a fait une belle tautologie. Pour sa défense, tous les canaris ne sont pas jaunes. Toutefois, la question ne se situe pas là et par ce surnom, il est surtout souligné la seule couleur qui demeura toujours sur le blason et les maillots du club : le jaune. En effet, en 1907, les fondateurs marièrent d’abord le blanc au jaune car ces couleurs rappelaient les camomilles qui fleurissaient dans les prés de Fenerbahçe. Peu de temps après, en raison d’un problème de « qualité » de ces maillots jaunes et blancs (cf article #131), le club dut en acheter des nouveaux. Sauf que ces derniers n’étant pas disponibles immédiatement, l’un des dirigeants décida de se rabattre sur des maillots jaunes et bleus que le fournisseur avait en réserve. Depuis lors, le jaune et le bleu sont les couleurs officielles.

Le surnom apparut avec un légendaire joueur du club, le gardien de but Cihat Arman, qui a joué pour Fenerbahçe entre 1939 et 1952. Ayant une certaine aisance dans ses sorties aériennes et multipliant les parades acrobatiques, il était connu comme « l’homme volant ». Puis, comme il portait généralement un pull jaune pendant les matchs, les fans finirent pas l’appeler le canari jaune. L’expression serait exactement apparue lors d’un match lorsqu’un spectateur scanda, suite à une nouvelle envolé du gardien dans sa cage, « Hey yavrum kanaryama bak, yine uçtu » (Hé, bébé, regarde mon canari, il a encore volé.). Après sa retraite, la jeune équipe de Fenerbahçe qui prit la relève fut également appelé les canaris jaunes.

#342 – PAS Giannina : Άγιαξ της Ηπείρου

L’Ajax d’Épire . Cela paraît naturel pour une équipe grec de faire appel à un héros de l’antiquité pour se constituer un mythe. Sauf que, pour ce club, il a fallu que des hollandais les inspirent. Fondé en 1966, à Ionnina, capital de la région d’Épire, le club se morfondait en seconde division, quand, au début des années 70, il connut son premier age d’or en recrutant un entraineur portugais, Gomez De Faria. Lorsqu’il tenta de faire venir des footballeurs grecs au club, il constata que leur valeur marchande était excessive, sans rapport avec leur qualité footballistique. Le problème, à l’époque, sous le régime dictatorial des colonels, les joueurs devaient être grecs ou d’origine grecque pour évoluer dans le championnat. Cette contrainte restreignait le marché des transferts et faisait prendre de la valeur à tous joueurs possédant un passeport grec. Gomez De Faria en conclut qu’avec l’argent demandé pour un footballeur grec, il pouvait acquérir une douzaine de joueurs argentins à potentiel. Il intégra donc plusieurs joueurs argentins dont les origines grecs était réelles ou phantasmées. Leurs noms étaient Edward Rigkani, Alfredo Gklasman, Jose Pasternak, Edward Lisa, Juan Montes et Oscar Alvarez. Les équipes grecques jouaient simplement : un grand ballon devant en espérant qu’il parvienne jusqu’à l’avant-centre. Les joueurs argentins modifièrent le jeu de l’équipe de Giannina, en apprenant à jouer dans les espaces, à temporiser pour trouver la faille. Certes, ce jeu n’était pas l’équivalent du football total de l’Ajax d’Amsterdam, mais comme les néerlandais au niveau européen, PAS révolutionna le jeu en Grèce et fut donc comparé au club hollandais. Les résultats ne furent pas également au niveau du triple champion d’Europe mais, tout de même, le club accéda à la première division pour la première fois en 1974 et atteignit plusieurs fois la 5ème place du championnat (1976 et 1978), son meilleur résultat.

#321 – FC Viitorul Constanța : Puștii lui Hagi

Les enfants d’Hagi. Hagi et le football roumain. Hagi est le football roumain. Né en 1965, Gheorghe Hagi est un ancien footballeur roumain, considéré comme le plus grand footballeur roumain de tous les temps. Formé au Farul Constanța, il passa bien entendu dans les rangs du Steaua (juste après sa victoire en Coupe des Clubs Champions), puis au Real Madrid, à Brescia, au FC Barcelone et enfin à Galatasaray. Sa carrière en Europe de l’Ouest au sein de clubs prestigieux ne fut pas à la hauteur de son talent mais, sous le maillot de l’équipe nationale, accompagné d’une belle génération dont Florin Rǎducioiu ou Dan Petrescu, Hagi fit des merveilles. Lors de la Coupe du Monde 1994, la Roumanie réussit sa meilleure performance, quart de finale après avoir terminé premier de son groupe. Surnommé le « Maradona des Carpates » ou le « Roi », Hagi est considéré comme un héros par les roumains. 7 fois nommés footballeur roumain de l’année, il fut sélectionné en 2003 par la fédération roumaine de football comme meilleur joueur de Roumanie au cours des 50 dernières années. 

Cette reconnaissance d’un pays pour l’un de ses plus grands sportifs lui est bien rendu par Hagi. Attaché à son pays et à son football, Hagi prit la décision en 2009 de fonder une académie de football visant à former de jeunes joueurs et leur fournir une plate-forme pour leur progression vers le football professionnel et, finalement, l’équipe nationale. 250 jeunes joueurs y sont aujourd’hui présents, répartis en 13 catégories d’âge, de 6 à 19 ans. Outre cette académie, Hagi poursuivit ce projet en créant la même année une nouvelle équipe professionnelle qui offrait un débouché naturel pour les meilleurs éléments de l’académie. Cette équipe est le FC Viitorul Constanța, Viitorul signifiant en roumain, l’avenir. L’aventure démarra en 2009 en 3ème division et l’équipe atteignit l’élite du football roumain 2 ans après. En 2015, soit 6 ans après la création, l’académie avait déjà fourni près de cinquante joueurs à l’équipe nationale roumaine (des équipes de jeunes aux seniors). Tous ces jeunes talentueux ne sont pas encore les héritiers de Hagi, aucun n’ayant encore sa magie et son palmarès, mais ils sont bien ses enfants, Hagi ayant couvé leur éclosion.

#298 – Olympique de Marseille : les Minots

Il s’agit d’un terme utilisé en Provence et qui signifie les enfants. Ce surnom demeure souvent attaché à l’équipe de jeunes joueurs de l’Olympique de Marseille. Mais il rappelle aussi les heures sombres du club et les belles heures de son centre de formation. Les années 70, pour le club marseillais, se composèrent de hauts et de bas, mais avec les signatures des brésiliens champions du monde, Paulo César et Jairzinho, le duo d’attaquants, Josip Skoblar et Roger Magnusson, et le premier doublé coupe-championnat de 1972, les supporteurs marseillais en gardent de bons souvenirs. A partir de 1986, le rachat du club par Bernard Tapie va donner encore une autre dimension avec l’OM, avec comme apothéose, le titre européen de 1993.

Entre ces deux périodes, le trou noir. A l’issue de la saison 1979-1980, malgré la présence de joueurs confirmés comme Marius Trésor et Didier Six, l’OM descendit en seconde division. La nouvelle saison se déroula mal : les finances était dans le rouge et le club flirtait avec la relégation. L’OM risquait de disparaître. Au vu de la situation, le président, Christian Carlini, n’eut pas d’autres choix que de mettre au chômage technique la plupart de ses joueurs professionnels, et l’entraîneur, Roland Gransart, puisât alors dans le centre de formation des jeunes, tels que José Anigo, Éric di Meco, Marcel de Falco ou Jean-Charles de Bono, pour compléter son effectifs. Il restait alors 6 matchs pour sauver le club.

Malgré l’inexpérience des joueurs, leur fougue suffit à ne perdre aucun des six derniers matchs et terminer 6ème du championnat de Division 2A (1-0 contre Grenoble pour le premier match, match nul contre la difficile équipe de Toulouse et victoire 3-1 contre le futur champion de D2, Montpellier). Au fil des matchs, le Vélodrome vit son bouillonnant public revenir (respectivement 7 000 pour le premier, puis 12 000 et enfin 20 000) et se prit de passion pour ces jeunes joueurs venant de la région (Anigo et de Falco sont de Marseille, di Meco d’Avignon). Certes, le club continua encore deux saisons dans l’anti-chambre mais, sans ces minots, l’OM aurait-il été champion d’Europe en 1993 ?

#283 – Bursaspor : Yeşil Timsahlar

Les crocodiles verts. 2 août 1995, le club de Bursa affrontait le Karlsruher SC en quart de finale de la toute nouvelle Coupe Intertoto. Bursaspor avait réalisait un beau parcours pour y arriver, notamment en terminant premier de son groupe (composé d’équipes telles que Wimbledon). Le club fut éliminé par les allemands au tir au but, après un match nul 3 partout. Durant cette épopée, la nouvelle recrue du club, l’attaquant ougandais, Majid Musisi, marqua 4 buts. Pour célébrer ses réalisations, il embarqua ses coéquipiers dans une chenille à quatre pattes, qui fut décrite comme la marche du crocodile, les joueurs évoluant dans leur maillot vert. Ainsi, naquit le surnom du club qui remplaça le précédent Yeşil İnci (la perle verte).

Le club évolue en vert et en blanc depuis sa fondation. Issu de la fusion de 5 clubs, les fondateurs ne reprirent pas les couleurs de ces 5 clubs et leur choix se porta sur l’image véhiculée par la cité. Tout d’abord, Bursa est surnommé Yeşil Bursa (Bursa la verte), en référence aux nombreux parcs et espaces verts qui jalonnent l’agglomération ainsi qu’aux forêts environnantes. Ainsi, le vert fut retenu. En outre, Bursa se situe au Nord de la montagne Uludağ, dont le sommet enneigé culmine à 2 543 mètres d’altitude, et fait de la ville l’une des stations de ski préféré de la bourgeoisie stambouliote. Le blanc fut donc associé au vert.

#269 – Atlético de Madrid : los Indios

Les indiens. Ce n’est pas la couleur rouge de leur tenue qui les a fait identifié aux peaux rouges. Le surnom a en fait plusieurs explications possibles. Il se pourrait que ce soit les supporteurs du club ennemi du Real Madrid qui donna ce surnom. En effet, l’ancien stade du club, le Vicente Calderón, était situé au bord du Manzanares (un cours d’eau qui longe Madrid sur son côté ouest avant d’aller se jeter dans le Jarama, l’un des affluents du Tage) comme le campement des indiens qui se trouvaient généralement au bord des rivières. En outre, dans l’imaginaire collectifs, les indiens détestaient l’homme blanc (le blanc couleur du rival, le Real Madrid).

Mais une autre histoire fait référence aux signatures par le club de joueurs sud-américains dans les années 1970. Tout commença en 1973 avec le recrutement de 3 internationaux argentins : les défenseurs Ramón Heredia et Rubén Osvaldo Díaz ainsi que l’attaquant Rubén Ayala. Cette communauté argentine fut renforcée par l’arrivée de l’attaquant Rubén Cano en 1976. Puis, 3 brésiliens complétèrent ou remplacèrent ces joueurs (Leivinha en 1975, Dirceu en 1979 et Luís Edmundo Pereira en 1975). Outre venir des Amériques, ces joueurs portaient des cheveux longs (au coeur des années hippies) et/ou avaient le teint mat, ce qui amena des supporteurs de clubs rivaux à appeler les joueurs et supporteurs de l’Atlético Madrid avec mépris, les Indiens. C’était peut-être aussi de la jalousie car pendant les années 1970, l’Atlético enchaina quelques beaux succès (2 championnats, 2 coupes d’Espagne, une finale des Coupes des Clubs Champions et un titre intercontinental). Il faut lire également ce surnom en mirroir de celui gagné à la même époque par les rivaux du Real Madrid, les Vikings (cf #42).

#192 – Racing Club : la Academia

L’Académie. Le surnom du club de Avellaneda, dans la banlieue de Buenos Aires, a plus de 100 ans, en remontant à 1915. Si le club semble aujourd’hui en retrait parmi le big five argentin (avec River Plate, Boca Junior, Independiente et San Lorenzo), il demeure l’un des plus anciens de ce club fermé et surtout affiche le plus beau palmarès de l’ère amateur du football argentin. Tout débuta par l’accession en première division en 2010 et, en 1912, par le gain de la Copa de Honor MCBA qui faisait office de coupe d’Argentine. Le 8 décembre 1913, l’équipe remporta la première coupe internationale officielle organisée par la fédération Argentine et celle d’Uruguay, la Copa de Honor Cusenier, après avoir battu le Nacional. Vingt jours plus tard, elle gagna le premier championnat du club. Cette victoire marqua le début d’une ère d’or pour le club. En effet, de 1913 à 1919, le Racing domina la championnat d’Argentine, en remportant 7 titres consécutifs. Sur le plan national, le club devint également le plus grand vainqueur de la Coupe d’Honneur MCBA (1913 , 1915 et 1917 ) et de la Coupe Ibarguren (1913 , 1914, 1916, 1917 et 1918). Au niveau international, il remporta la Coupe Aldao à deux reprises (1917 et 1918).

En 1914, le Racing termina le championnat en étant invaincu et renouvela cet exploit en 1915, avec 22 victoires et 2 nuls. Lors de cette dernière saison, il affligea également une défaite 3-0 à son ennemi de River Plate le 1er août 1915. L’équipe afficha une telle supériorité face à River que près de 10 000 supporters accompagnèrent les athlètes à la sortie du stade, de La Boca à Avellaneda, en scandant : « Academia, Academia, Academia » (Académie, Académie, Académie). Le club effectivement donnait des leçons à ses adversaires. Et cet enseignement se tirait de leur style de jeu. De 1891 à 1912, seuls les clubs créaient par des britanniques avaient remporté le titre de champion d’Argentine. En 1913, le Racing fut le premier club fondé par des argentins à être champion. Il parvint à ce succès en pratiquant un football à l’opposé de ceux des britanniques (jeu de passe au sol plutôt que du kick and rush).

Le 18 avril 2015, en commémoration du 100ème anniversaire de cet victoire sur River, le conseil municipal de Buenos Aires plaça une plaque commémorative à l’intersection de l’avenue Alicia Moreau de Justo et de la rue Rawson Dellepiane, dans le quartier de Puerto Madero.

#191 – Vålerenga IF : Bohemene

Les bohémiens. Beaucoup d’équipes anglo-saxonnes ont été nommées Wanderers ou Bohemians car au début de leurs existences, le club n’avait pas de terrain attitré et errait de stade en stade pour jouer au football. Ce n’est pas le cas du club Norvégien où il est plutôt fait référence à une équipe et à son style de jeu. Au début des années 60, le club d’Oslo intégra une bande de jeunes joueurs, originaire du coin, tels que Einar Bruno Larsen , Terje Hellerud et Leif Eriksen. Sous la houlette du directeur sportif, Helmuth Steffens, et de l’entraîneur autrichien, Anton Ploderer, l’équipe développa un jeu brillant, débridé, offensif. En outre, les joueurs gagnèrent en popularité grâce à leur nonchalance, leurs commentaires spirituels et leur humour. Avec cette équipe, le club connut sa première époque dorée, marquée par le premier titre de champion de Norvège en 1965. Avec la fin de cette génération, le club sombra, en étant d’abord relégué en seconde division en 1968, puis en troisième division en 1970. Cette attitude non-conventionnelle sur et en dehors du terrain, dans un contexte général de montée du « flower power« , donna le surnom de Bohémiens, qui perdure encore aujourd’hui.

#171 – ŁKS Łódź : Rycerze Wiosny

Les chevaliers du printemps. Le 7 avril 1957, le ŁKS Łódź rencontra, dans le cadre du championnat de Pologne, le club du Górnik Zabrze, qui était en chemin pour remporter son premier titre, et livra un match épique. Au bout de 30 minutes de jeu, mené 1-0, le ŁKS Łódź perdit son joueur Stanisław Wlazły sur blessure. A 10 contre 11, les joueurs pouvaient être abattus. Au lieu de cela, 4 tirs bien dirigés de Stanisław Baran et un de Władysław Soporek permirent au club de renverser la vapeur et remportait le match 5-1. Le lendemain, le journaliste Jerzy Zmarzlik faisait titrer « Messieurs, chapeau ! Vous êtes les chevaliers du printemps. » dans le journal « Revue Sport ». Cette année-là, si le Górnik Zabrze fut tout de même sacré champion, le ŁKS Łódź remporta sa première coupe de Pologne. L’année d’après, le club gagne son premier titre de champion de Pologne.

#170 – NAC Breda : de Ratten

Les rats. Le surnom du club néerlandais provient du surnom d’un joueur et dirigeant du club, Antonius « Rat » Verlegh, qui fut l’une des pierres angulaires du club pendant près de 40 ans. Né en 1896, Antonius fonda son premier club à l’age de 10 ans avec des amis. Ils fabriquèrent leur propre ballon et les but avec les moyens du bord et jouèrent les mercredi et samedi après-midi. Sa vitesse et son agilité avec le ballon conduisirent ses amis et adversaires à surnommer Antonius, le Rat. Deux ans plus tard, Rat Verlegh rejoignit le club de NOAD, prédécesseur du NAC. Puis, en 1912, quand le NAC fut créé suite à la fusion du NOAD avec ADVENDO, Rat Verlegh en devint un joueur et un membre influent. Sur le terrain, le joueur fut l’un des artisans du seul titre remarquable du club, le championnat des Pays-Bas en 1921 et arrêta sa carrière le 10 octobre 1931, après 19 ans au NAC. Dans les bureaux, il fut un dirigeant important pendant 40 ans. Le conseil d’administration lui offrit un siège déjà quand il était joueur. Puis, il cumula ses fonctions de dirigeants du NAC avec celles au sein de la fédération néerlandaise. Il fut aussi un entraîneur et le rédacteur en chef du journal du club. Il décéda en 1960. Aujourd’hui, il est impossible de parler du NAC sans évoquer Rat Verlegh. En 2006, le stade du club fut ainsi renommé Rat Verlegh.