#889 – Qarabağ FK : Qaçqın Klub

Les club des réfugiés. Si le club évolue à Bakou, il représente avant tout la région montagneuse du Haut-Karabagh, située à près de 350 km de la capitale azéri. Se plonger dans l’histoire du club s’est mettre le doigt sur un conflit non résolu, qui empoisonne la vie des azéris et des arméniens. Le club est fondé en 1951 dans la ville d’Aghdam dans le Haut-Karabagh. Puis, après l’effondrement du régime soviétique, il émigra, comme ses supporteurs vers Bakou. Il est donc le représentant des réfugiés de la ville et de cette région. Mais que s’est-il passé à l’époque ?

Quasiment depuis le fin fonds de l’histoire, la région fut déchirée entre les arméniens chrétiens d’un côté et des peuples arabes ou perses musulmans de l’autre. N’allons pas aussi loin et démarrons l’histoire au XXème siècle. Sous domination de l’Empire russe au début de ce siècle, la république démocratique d’Arménie et la république démocratique d’Azerbaïdjan, qui se déclarèrent indépendantes le même jour, le 28 mai 1918, profitèrent de l’instabilité liée à la révolution communiste pour s’opposer sur le Haut-Karabagh. Forcément, la guerre éclata. Mais, les deux perdirent puisque l’URSS mit fin au conflit en réintégrant l’Arménie et l’Azerbaïdjan en son sein en 1920. Peuplait alors à 95% par des arméniens, Staline décida en 1921 de rattacher le Haut-Karabagh à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan. Deux ans plus tard, le Haut-Karabagh devint un oblast autonome, enclavée au sein de l’Azerbaïdjan, donc en réalité dépendante de ce dernier. Sous le joug de Moscou, qui contrôlait ses républiques unifiées d’une main de fer, les velléités nationalistes des deux parties se réveillèrent seulement au moment de la pérestroïka (1988). Avec l’effondrement de l’URSS en 1991 et la nouvelle indépendance de l’Azerbaïdjan et l’Arménie, le confit militaire non-résolu du début du siècle refit surface. Les habitants du Haut-Karabagh déclarèrent leur indépendance avec la volonté de faire sécession de l’Azerbaïdjan et s’unir avec l’Arménie. L’Azerbaïdjan imposa un blocus au Haut-Karabagh, qui reçut le soutien de l’Arménie. Après 3 ans de conflit, il fallut tout le poids de la France, des Etats-Unis et de la Russie pour imposer un cessez-le-feu sans pour autant trouver une solution durable. La première guerre du Haut-Karabagh était donc officiellement terminée mais entraina le déplacement de milliers de personnes. En particulier à Agdam, ville du club de Qarabağ, qui était située près de la ligne de front. Composée de près de 30 000 habitants, la cité se vida littéralement à l’issue de ce conflit de ces citoyens azéris. Territoire non reconnu par l’ONU et non soumis à l’Arménie ou à l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh survit ainsi pendant quasiment une trentaine d’année. En septembre 2020, soutenu par la Turquie, l’Azerbaïdjan attaqua le Haut-Karabagh. L’Arménie répliqua en déclarant la guerre. Un accord de cessez-le-feu fut signé le 10 novembre 2020. La ville d’Agdam retomba sous l’emprise azérie, poussant ses habitants arméniens à partir. Les réfugiés azéris à Bakou comme leur club de Qarabağ ne retournèrent pas à Agdam, cette dernière devenant une ville fantôme.

L’histoire du club s’inscrivit totalement dans l’Histoire mouvementée et sanglante de la région. Pendant le conflit 1991-1994, selon la légende, les joueurs auraient voulu prendre les armes. Mais, l’armée refusa en répondant qu’il était plus difficile de recruter onze footballeurs que onze soldats. Néanmoins, le joueur, puis entraîneur Allahverdi Bagirov troqua son survêtement pour le trellis. Il mourut le 12 juin 1992 dans l’explosion de sa voiture sur une mine antichar, devenant alors un héros national. En 1993, alors que les troupes arméniennes prenaient la ville d’Agdam et pilonnèrent le stade, Qarabağ devenait champion d’Azerbaïdjan. Au début des années 2000, le club était au bord de la faillite. L’autocrate azéri, Ilham Aliyev, vint au secours du club, en favorisant sa reprise par le richissime conglomérat Azersun. L’objectif du pouvoir était de faire du club l’étendard des revendications des azéris sur le Haut-Karabagh et une cause nationale. Pendant longtemps, des cars viendront chercher les supporteurs dans les camps de réfugiés pour les emmener à Bakou voir les matchs. Aujourd’hui, les ultras du groupe Imarat revendiquent le slogan « Aujourd’hui ultras, demain soldats », affirmant ainsi leur volonté de prendre à tout moment les armes pour reprendre « leur » terreLe club a dépassé le statut d’association sportive pour être le symbole des 600 000 natifs du Haut-Karabagh réfugiés à Bakou et en Azerbaïdjan. Ses parcours dans les compétitions européennes sont un moyen de mettre sous la lumière des projecteurs l’histoire de cette partie du monde et leur cause.

Pour en connaître plus sur le conflit et de manière générale sur la géopolitique dans le football, rendez-vous sur FC Géopolitics.

#881 – MC Oran : المولودية

Le mouloudia. Au début du XXème siècle, les clubs sportifs musulmans furent l’un des premiers moyens de rassembler la communauté arabe et d’expression des nationalistes au Maghreb. Après la Seconde Guerre Mondiale, un certain nombre de clubs avait disparu mais l’indépendantisme algérien connut un nouvel élan, suite aux évènements de Sétif le 8 mai 1945. Ainsi, sous l’impulsion des oulémas représentés par Cheïkh Saïd Zemmouchi, cinq nationalistes, Ali Bentouati, Mohamed Bessoul, Boumefraa, Omar Rouane Serrik et Mahmoud Sayah Miloud Bendraou, se réunirent chez le coiffeur Si Ahmed Al Mahaji, dans le quartier El Hamri (à l’époque quartier Lamur), pour fonder le nouveau club de football d’Oran. Le choix du nom était un marqueur identitaire important pour un club nationaliste. Cette réunion de fondation se tint dans la nuit du 14 mai 1946, la veille de l’anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, fête connu sous le nom de ليلة أل مولد (laylat al mawlid, veille du mouloud). Le mouloud (المولد – en arabe dialectal mûlûdiyya) est le jour de l’anniversaire de Mahomet, le 12 Rabi-el-aouel (dans le calendrier hégirien). En Algérie, cela constitue une fête centrale de l’année qui dure 7 nuits. Durant ces sept nuits, les écoles sont décorées et des poèmes en l’honneur du prophète (appelés مولدي Mawlidiyya) sont déclamés. En l’appelant Mouloudia, les fondateurs rappelaient le lien du club avec la culture algérienne dont l’Islam était estimé être le socle. Cela attestait d’un geste de déférence envers le prophète mais également une revendication identitaire vis-à-vis des européens de religion chrétienne.

Il est souvent raconté que le MC Oran avait un prédécesseur du nom de Mouloudia Club Musulman Oranais, fondé le 1er janvier 1917. Si cette dernière association a bien existée, l’affiliation entre les deux clubs est contestée. Certains avancent que le MCM Oranais n’avait pas de section sportive et son activité se réduisait à une fanfare. D’autres estiment que ce dernier club n’exista que deux ans et qu’il ne participa jamais à une compétition officielle. Le club présente généralement sa fondation en 1946 même si la tentation d’afficher une filiation avec un club plus ancien est forte.

#830 – Real Republicans FC : Osagyefo’s Own Club

Le club de Osagyefo (chef victorieux). Ce club ghanéen connut une brève existence de 1961 à 1966 mais, pourtant, il fut le fer de lance du football ghanéen et l’icone de la vision politique du président du pays, Kwame Nkrumah. Remontons en 1957, année où la Gold Coast, nom colonial du Ghana, obtint son indépendance de l’emprise britannique. L’un des leaders qui permit ce résultat était Kwame Nkrumah qui devint logiquement président du pays en 1960. Mais, l’indépendance du Ghana, premier Etat subsaharien à l’obtenir, n’était qu’une étape dans l’ambition de Kwame Nkrumah. En effet, conscient de la faiblesse du nouvel état, morcelé entre différentes ethnies, face aux grandes puissances, Kwame Nkrumah milita pour une vision transfrontalière de l’ensemble du continent africain (panafricanisme). Son Ghana se devait à la fois de s’élever au-delà de ses différents peuples mais également devenir l’élément fédérateur d’une Afrique unie et solidaire. Le sport apparaissait comme un catalyseur pour promouvoir cet objectif. En particulier, Nkrumah considérait le football africain indépendant comme un symbole de la libération du continent de la domination coloniale et la démonstration de l’unité africaine. Kwame Nkrumah fit donc de l’équipe nationale du Ghana le porte-voix du continent africain.

Sur le plan local, Kwame Nkrumah et son ministre des sports, Ohene Djan, œuvrèrent pour fonder un nouveau « super » club pour renforcer le sentiment nationaliste. Pour cela, ce club, qui fut nommé Real Republicans (inspiré par le grand Real Madrid), se devait de représenter l’ensemble du Ghana et donc ne pas être rattaché à une ethnie particulière (comme les autres associations sportives du pays). Pour faciliter l’identification de tous les ghanéens, quelque soit leur région d’origine, avec le nouveau club, la direction avait la bénédiction du gouvernement pour piller les autres équipes (choix de deux joueurs dans chacune des autres équipes du championnat) pour constituer la sienne et naturellement elle ne se priva pas de prendre les meilleurs (d’autant plus que ces recrutés ne pouvaient pas refuser l’offre sous peine de représailles par le gouvernement). Ainsi favorisé par Kwame Nkrumah qui se faisait appeler Osagyefo, le Real Republicans se vit affublé de ce surnom qui devint même le second nom du club.

Les résultats ne se firent pas attendre avec un titre de champion en 1963 et 4 coupes du pays d’affilée (de 1962 à 1965). Les athlètes du club étaient traités comme des rois et avaient un accès illimité au président. Mais, ces privilèges accordés au Real Republicans traduisaient aussi la dérive autoritaire de Kwame Nkrumah dans l’exercice du pouvoir (arrestation des opposants, censure de la presse, contrôle de la justice, culte de la personnalité). Tant au niveau politique que sportif la colère monta contre Kwame Nkrumah (les clubs historiques dépouillés chaque année de leurs meilleurs éléments menacèrent régulièrement de boycotter le championnat). Résultat, le 24 février 1966, alors en voyage en Chine, Kwame Nkrumah fut renversé par un coup d’état militaire qui ne rencontra aucune résistance. Totalement identifié à son créateur et supporteur, le Real Republicans fut immédiatement dissout après le renversement de Kwame Nkrumah.

#828 – Omonia Nicosie : το ο Τριφύλλι

Le trèfle. Aujourd’hui, l’île de Chypre est toujours partagée entre la partie grecque et celle au nord, avec la communauté turque. La division fait partie de la culture de l’île, qui a été en outre, tout au long de son histoire, sous la tutelle d’une autre puissance (hellénique, romaine, byzantine, arabe, franque, vénitienne, ottomane et britannique). En 1948, année de fondation du club d’Omonia, les tensions sur l’île étaient plus que vives.

En premier lieu, Chypre constituait une colonie britannique et avant la Seconde Guerre Mondiale, les tensions entre l’administration coloniale et la population se multipliaient. Les Chypriotes grecs considéraient l’île comme historiquement grecque et croyaient que l’union avec la Grèce était un droit naturel (« Énosis » ). Ces revendications furent violemment réprimées par les autorités britanniques mais restaient parmi la population grecque.

Ensuite, au-delà de la présence coloniale britannique, l’île se divisait profondément entre deux communautés, grecques et turques. Cette opposition s’accentua lorsque, apeurée par la possibilité que Chypre s’unisse avec la Grèce, la communauté turque apporta son soutien aux colons.

Enfin, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce bascula dans la guerre civile, déchiré entre les communistes et les nationalistes. Le conflit s’importa à Chypre où le climat nationaliste s’imprima dans la communauté grecque qui chercha à étouffer les mouvements de gauche.

Ces antagonismes s’exprimèrent aussi au travers des organisations sportives et culturelles. Par exemple, l’APOEL naquit en 1928 avec la volonté d’être réservé aux chypriotes grecs tandis que le Çetinkaya Türk SK rassemblait à partir de 1930 les turques de la capitale. Au lendemain de la guerre, les athlètes de gauche furent exclus des clubs de l’époque, devenus le creuset du nationalisme grecque. En raison de ces restrictions, ces athlètes fondèrent de nouvelles associations sportives comme le Nea Salamina à Famagouste, le 7 mars 1948 et Alkí à Larnaca, le 10 avril 1948.

Dans ce contexte, l’APOEL Nicosie se divisa suite à une initiative prise par la direction qui apportait son soutien aux nationalistes. De nombreux sportifs de gauche de l’APOEL quittèrent le club et se rassemblèrent pour la création d’une nouvelle association sportive à Nicosie. Cette nouvelle association avait pour ambition de maintenir le sport chypriote au haut niveau, loin des sentiments partisans. Résultat, il se devait de porter de forts symboles pour défendre ces valeurs. Le nom Omonia (Ομόνοια) fut choisi après mûre réflexion car son sens (unité, concorde) démontrait l’opposition du club à la division et à la désunion. En outre, la direction avait également besoin d’un emblème qui incarnerait ses idéaux. Le choix se porta sur le trèfle car sa couleur est verte, couleur de l’espoir. Les fondateurs avaient de l’espoir quand aux succès futurs du club et que la nouvelle association traduirait leur force de conviction, leur militantisme et leur persévérance.

#814 – Slavia Prague : Červenobílí

Les rouge et blanc. Couleurs du maillot de l’équipe depuis sa création en 1895 (bien qu’il y ait eu quelques dérives en bleue, blanche ou en jaune pendant les années 1953-1955 en raison de l’interdiction du maillot traditionnel par les autorités communistes). Lors de la réunion de fondation le 31 mai 1895, les deux couleurs furent choisies pour souligner un peu plus l’identité slave du club.

Il faut rappeler que le club naquit à un moment où le nationalisme tchèque était exacerbé alors que la région faisait parti de l’Empire Austro-Hongrois. Avec la diminution de l’influence de l’Autriche dans sa zone traditionnelle (l’Italie et l’Allemagne), son Empereur, François-Joseph Ier, souhaita renforcer son pouvoir en Europe Centrale. Pour conserver la couronne hongroise en 1867, il garantit à la noblesse locale ses privilèges ancestraux en créant un royaume hongrois quasi-indépendant. Toutefois, cet accord avec la noblesse hongroise se fit au dépend de la constellation des autres peuples slaves qui vivaient dans les territoires de la double monarchie (Tchèques, Slovaques, Polonais, Ukrainiens, Slovènes, Croates, Serbes). Les aspirations nationalistes montèrent donc au sein de ses populations. Les mouvements sportifs étaient un moyen de développer les qualités physiques de la jeunesse mais également de diffuser les idées politiques, notamment celle de l’indépendance. Le Slavia se voulut le successeur d’un premier club qui avait été porté par les étudiants de l’association patriotique universitaire Literární a čnický spolek Slavia (Société littéraire et oratoire de Slavia).

Tout d’abord, le nom du nouveau club reprenait déjà un premier symbole puisque Slavia provient du latin et désigne dans la littérature médiévale le territoire habité par les Slaves. Ensuite, le drapeau du club copiait celui du Royaume de Bohême : une bande blanche au dessus du bande rouge. Le Royaume de Bohême constituait depuis 1085 le territoire principale des Tchèques. D’ailleurs, aujourd’hui, ces derniers dénomment cet Etat monarchique, Royaume Tchèque. Le rouge et le blanc dérivaient des armes initiales du Roi de Bohême, Vladislav II, qui représentaient un aigle argenté (blanc) sur un champ de gueule (rouge). Il était le deuxième souverain à obtenir le titre de Roi de Bohême en 1158. Outre ce symbolisme nationaliste, la direction donna un sens à chaque couleur. Ainsi, la couleur blanche symbolise la pureté des pensées et l’intention de gagner dans un combat loyal, où l’adversaire n’est pas un ennemi, mais un adversaire reconnu. La couleur rouge est un symbole du cœur que les joueurs mettaient à l’ouvrage à chaque match.

#810 – São Paulo FC : o Mais Querido

Le plus aimé. Le club de São Paulo porte ce surnom flatteur, certainement parce qu’il est largement soutenu dans la ville pauliste mais aussi dans tout le pays. Certain sondage estime entre 15 et 20 millions de supporteurs au Brésil. Néanmoins, l’enquête publiée par l’Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística (l’institut public de statistiques, équivalent brésilien de l’INSEE) en juillet 2021 montre depuis plusieurs années que Flamengo demeure le club le plus populaire du pays avec plus de 42 millions de supporteurs. Les Corinthians occupent la seconde place avec près de 30 millions de fans et São Paulo arrive seulement en 3ème position (17 065 411 fans). D’autre part, São Paulo n’est pas le seul club à s’attitrer ce surnom de « plus aimé » à travers le pays. Il faut dire qu’un club peut toujours trouver un périmètre géographique ou temporel qui lui permet d’affirmer cela.

Pour São Paulo, ce surnom puise son origine dans les années 1940 et il est important de se remémorer le contexte. Avant 1930, l’Etat fédéral brésilien, qui était faible face aux Etats régionaux, était présidé par alternance par l’un des gouverneurs des deux grands états producteurs de café, São Paulo et Minas Gerais. Mais, alors que le représentant de Minas Gerais devait arriver au pouvoir, le président en place, un pauliste, Washington Luís, manœuvra pour favoriser l’élection du gouverneur de São Paulo, Júlio Prestes. Après plusieurs tentatives de conciliation, Getúlio Vargas, soutenu par l’Etat de Minas Gerais, arriva à la présidence brésilienne suite à un coup d’Etat, le 4 octobre 1930. A partir de 1937, Vargas imposa un régime autoritaire avec une volonté de réaffirmer la puissance de l’Etat centrale face aux pouvoirs régionaux. Ainsi, Vargas promut l’incinération sur la place publique de tous les drapeaux d’État et l’utilisation des symboles des États régionaux devint strictement interdite et criminalisée. Autant dire que Vargas n’était pas en odeur de sainteté dans l’Etat de São Paulo. En 1936, Vargas lança un programme national de soutien au sport. Comme souvent dans les dictatures, le sport était le principal vecteur de communication pour vanter les mérites du régime. Ainsi, la construction d’un nouveau stade fut démarrée à São Paulo avec l’idée de montrer la modernité et la puissance de l’Etat brésilien (dans la même logique de vitrine politique qui prévalut à la construction du stade olympique de Berlin en 1936 et le Foro Italico à Rome à la même époque).

Le 27 avril 1940, la nouvelle enceinte de São Paulo, du nom d’Estádio do Pacaembu, fut inaugurée devant un public de près de 70 000 personnes, en présence du président Vargas et du maire Prestes Maia. Outre le match inaugural entre Palmeiras et Coritiba, les festivités incluaient également un défilé des principales associations sportives de la ville. São Paulo FC réalisa son entrée dans le stade en dernier et, avec son nom et ses couleurs similaires à ceux de l’Etat de São Paulo (cf. #25), ce fut l’occasion d’une nouvelle manifestation politique par les spectateurs qui avaient déjà hué le président Vargas lors de son apparition. Ainsi, la presse rapporta que la foule se leva en applaudissant et en criant avec enthousiasme « São Paulo, São Paulo, São Paulo ! », en pointant vers la tribune d’honneur où se trouvait le président. Contrairement aux autres équipes qui avaient été applaudit par leurs seuls supporteurs présents, São Paulo FC reçut l’acclamation de l’ensemble du stade, ce qui fit dire qu’elle était l’équipe la plus aimé alors même que le club était récent dans le paysage pauliste (fondation en 1930) et était un nain (en termes de palmarès et de notoriété) face au Corinthians et à Palmeiras, les deux grands de la ville. Le président Vargas aurait déclaré aux personnes présentes après avoir remarqué la réaction du public à la réception de la délégation de São Paulo « Ao visto, este é o clube mais querido da cidade » (Il s’avère que c’est le club le plus aimé de la ville). Le lendemain, le journal « Folha da Manhã » écrivit « O público esportivo propriamente dito demonstrou quanto é querido o S. Paulo F.C., pois, ainda que apresentasse pequena turma, recebeu calorosas palmas, sendo o nome ovacionado deliberadamente » (Le public sportif lui-même a démontré combien le S. Paulo F.C. est aimé, car, bien qu’il avait une petite audience, il a reçu de chaleureux applaudissements, le nom étant ostensiblement acclamé). Le journal « Gazeta » titra « O Clube Mais Querido da Cidade » , accompagné d’une photo de la délégation avec un drapeau de São Paulo. Après les évenements, le Département d’État de la Presse et de la Propagande (en clair l’organe de censure officielle) organisa un sondage public pour savoir quel était le club le plus aimé de la ville. Evidemment, Corinthians et Palmeiras apparaissaient comme les favoris car ils comptaient un grand nombre de supporters à l’époque. Cependant, le résultat fut surprenant puisque sur 11 528 votes, Sao Paulo FC emporta nettement le sondage avec 5 523 votes en sa faveur, soit 47,90% des votants. Il reçut plus du double de votes par rapport au second, Corinthians, avec 2 671 votes, qui devançait de moins de 100 voix l’autre grand, Palmeiras.

#796 – Deportivo Binacional FC : el Bi

Diminutif du nom du club. Le club évolue dans la ville de Juliaca mais il a beaucoup déménagé dans les régions du sud du Pérou depuis sa création en 2010. Sa progression rapide jusqu’en première division du Pérou (et même jusqu’à son titre de champion en 2019) a nécessité de trouver des enceintes en mesure d’accompagner cette évolution. Ainsi, l’équipe joua dans la ville d’Arequipa puis Moquegua et se replia également parfois à Puno. Toutefois, les origines du club se situent à plus de 200 km de là dans la ville de Desaguadero. Située sur la rive orientale du début du fleuve Desaguadero, qui marque la frontière entre le Pérou et la Bolivie, cette cité est un important centre commercial grâce à cette localisation. De l’autre côté du fleuve, sur la rive bolivienne, se trouve également une autre ville dénommée Desaguadero. Les deux sont reliés par deux ponts. Voyant de nombreux boliviens traversaient la frontière pour assouvir leur passion pour le football au Pérou, le maire de Desaguadero (Pérou), Juan Carlos Aquino, décida de fonder en 2010 une équipe de football pour représenter sa commune et gagner en notoriété dans les provinces du sud du Pérou. Comme les supporteurs de ce nouveau club devaient se situer de chaque côté de la frontière, il décida de nommer le club Binacional (binational).

#784 – Arminia Bielefeld : die Arminen

Surnom directement tiré du nom du club. Le club fut fondé en 1905 et, pour comprendre son nom, il faut se replonger dans l’Allemagne de cette époque. Depuis le milieu du XIXème siècle, la marche vers l’unification de l’Allemagne était inéluctable. Le processus s’acheva avec la proclamation de l’Empire Allemand le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Guillaume Ier de Prusse à sa tête. Une trentaine d’année plus tard, cet Etat était encore jeune et son nationalisme encore fort, surtout que la construction de l’Empire se faisait par confrontation avec les deux grands empires de l’époque, la Grande-Bretagne et la France. Le sport était alors un moyen pour la jeunesse d’exprimer leur amour de la patrie. Résultat, les fondateurs attribuaient à leurs associations sportives un nom qui rappellait l’Allemagne, la Prusse (l’Etat qui dominait l’Empire Allemand) ou alors ses origines ancestrales. Ainsi naquit les clubs Borussia (Prusse en latin), Preussen, Alemania ou Germania (cf. article #648).

Avant la fondation de l’Arminia, Bielefied comptait déjà une association qui se nommait Teutonia (en référence au peuple barbare et germanique). La ville avait également un autre club, Cheruskia, qui mettait en avant la tribu germanique des Chérusques. Ceci inspira certainement donc les fondateurs d’Arminia. En effet, Emil Schröder, un des 3 fondateurs, était également président d’une association de danse qui partageait le bar local avec le club Cheruskia. Résultat, ils décidèrent de nommer leur club en référence au chef de guerre de la tribu des Chérusques, Arminius. Premier avantage : son ancrage local. Arminius infligea une défaite cuisante à l’Empire romain en 9 après J.-C. à la bataille de Teutobourg. Elle se tint dans la forêt de Teutberg, où se trouve en lisière la ville de Bielefield. Second avantage : son aura nationale. Arminius fut longtemps oublié par les allemands jusqu’au XVIIIème siècle où son histoire commença à trouver une raisonnance avec le mouvement romantique. Issu d’une famille chérusque puissante, il fut éduqué à Rome et revint dans son pays au sein des troupes romaines. Mais, il fut en quelque sorte un agent double car il commença à chercher à fédérer plusieurs tribus germaniques pour repousser les romains, ce qu’il parvint avec la victoire de Teutobourg. Cette dernière mit un terme à toute tentative d’expansion de l’Empire au-delà du Rhin. Au XIXème siècle, dans ce jeune Etat multiethnique se cherchant une identité commune, le chef tribal, fédérateur de différents peuples germaniques, devint un héro allemand, un stimulateur du sentiment national, en lui offrant des racines anciennes. En 1875, l’imposante statue d’Arminius (plus de 50 mètres de hauteur), le Hermannsdenkmal, fut érigé dans la célèbre forêt de Teutobourg. Elle faisait écho à la statue française de Vercingétorix à Alesia.

A Berlin, une histoire similaire se produisit quelques années auparavent (en 1891). Un club de gymnastique fut nommé Arminia car il y avait déjà un club dénommé Cheruscia dans le quartier de Charlottenburg.

#757 – Club Blooming : los Celestes

Les célestes, en référence au bleu ciel du maillot. En 1946, le club fut fondé par un groupe d’amis qui se rencontrèrent au collège Nacional Florida et dans la célèbre comparsa Chabacanos, une troupe composée de musiciens, de danseurs et de chanteurs qui officiaient lors du traditionnel carnaval de Santa Cruz de la Sierra. Le choix de la couleur de cette nouvelle association sportive et culturelle se porta sur le bleu ciel car, dans la 3ème strophe de l’hymne de Santa Cruz de la Sierra, la première phrase dit « Bajo el cielo más puro de América » (sous le ciel le plus pur d’Amérique). Ce chant, qui exalte la beauté de la nature de Santa Cruz (oiseaux, fleurs, arbres et donc le ciel), fut composé en 1920 en mémoire de la révolution libertaire du 24 septembre 1810. Il est également possible que ce choix de la couleur bleu ciel fut renforcé car certains des membres fondateurs auraient fait parti d’un club dénommé Blue Sky (bleu ciel).

#753 – Club Africain : الأفريقي

L’africain. Tiré de son nom, le sobriquet comme le nom demeure singulier pour un club qui représente avant tout la capitale tunisienne. Et même si son aura est grande, elle ne dépasse guère les frontières tunisiennes. Mais, avant de rentrer dans ce débat, repartons au début des années 1920, en évitant une autre discussion qui anime la Tunisie du football. En effet, sous protectorat français dont le représentant s’accaparait les différents pouvoirs, la Tunisie connaissait au début du XXème siècle un mouvement nationaliste qui devait naturellement s’exprimer dans le sport également. Les clubs sportifs en Tunisie personnifiaient les différentes communautés française (Racing Club de Tunis, Sporting Club de Tunis, Stade Gaulois), italienne (Italia de Tunis, Savoia de Sousse), maltaise (Mélita-Sports) et juive (Stade Tunisois, Maccabi) mais les indigènes musulmans ne se sentaient pas représenter. Toutefois, certains clubs intégraient des musulmans comme le Stade africain. En 1918, un match qui opposait le Stade Africain et le Stade tunisois tourna à l’émeute. Pour sanction, les autorités françaises dissolvaient les deux associations. Cette disparition d’un club, où elle pouvait jouer, encouragea la communauté musulmane, dans cette dynamique nationaliste, à essayer de fonder une association dédiée. L’une de ces initiatives s’inscrivait dans la tradition du Stade Africain, en reprenant notamment le nom. Toutefois, en 1919, le premier essai des fondateurs du club échoua car le nom choisit, Club islamique africain, ne passa pas la censure des autorités (ces dernières ne souhaitaient pas voir le sentiment nationaliste se crystaliser au sein d’une quelconque association). Quelques mois plus tard, les fondateurs essayèrent une nouvelle fois avec toujours la volonté d’affirmer leur racine indigène. Ainsi, le président du club était tunisien, le choix des couleurs se porta sur celles du drapeau tunisien (rouge et blanc) et l’écusson affichait les symboles musulmans, croissant et étoile. Enfin, le fait de nommer « africain » un projet sportif d’ordre national ne pouvait être le fruit du hasard ni dénué de sous-entendus. Comme le continent africain était sous domination coloniale, ce choix avait une valeur symbolique et politique, voire était une cri de ralliement pour l’ensemble des indigènes. Mais, cette référence au continent était aussi un rappel aux racines de la Tunisie. Au Moyen-Âge, la partie du territoire qui s’étendait du Nord-Est de l’Algérie au Nord-Ouest de la Libye, en passant par la totalité de la Tunisie, se dénommait Ifriqiya, qui donna plus tard le mot Afrique.