#370 – Belenenses SAD : Torres de Belém

Les tours de Belém. Pour tout amateur de football portugais, Belenenses n’est pas un club inconnu. Club fondateur de la ligue portugaise et vainqueur du championnat en 1946, le club lisboète a tout de même sa petite renommée. Jusqu’en 1982, il faisait même parti du quatuor des Grandes, avec Porto, Benfica et le Sporting, car jusqu’à cette date, ces quatre clubs n’avaient jamais quitté la première division. Malheureusement, cette année-là, Belenenses fut rétrogradé. En 1999, comme beaucoup d’autres associations, le club créa sa Sociedade Anónima Desportiva (Société Anonyme Sportive) pour gérer l’équipe professionnelle, le reste des activités amateures demeurant en son sein. En 2012, aux prises avec des difficultés financières, le club amateur vendit 51% des parts de la SAD à un investisseur, Codecity, dirigé par Rui Pedro Soares. En parallèle de cette vente, un pacte d’actionnaires fut également signé dans lequel le club fondateur conservait certains droits (droit de veto sur certaines résolutions et droit de racheter, unilatéralement, les actions de la SAD à un prix et une échéance convenue). Toutefois, les relations entre le club, Codecity et les supporteurs se dégradèrent et cette situation conduisit Codecity à rompre le pacte d’actionnaires, acte validé par le Tribunal Arbitral du Sport en 2017. La SAD conserva ainsi le statut professionnel et changea de nom pour Belenenses SAD. Le nom, le palmarès comme le stade demeurèrent, suite à une nouvelle décision judiciaire, la propriété de l’équipe amateure, CF Os Belenenses (mais cette dernière redémarra au 6ème échelon nationale). Dénué de toute histoire et palmarès, le club professionnel se devait de créer un nouveau symbolisme pour enraciner le club et ne pas perdre ses fans. Comme Os Belenenses était un club de Belém, un quartier de Lisbonne, Belenenses SAD garda la référence à ce quartier en reprenant dans son nouveau blason un B majuscule, couronné d’un mâchicoulis, rappelant la Tour de Belém, monument emblème du quartier. En effet, sur les bords du Tage, se dresse depuis le XVIème siècle, cette tour de style manuélin qui avait pour vocation de défendre l’entrée maritime de la ville mais également servait de port pour les expéditions portugaises vers les nouveaux mondes. Symbole majestueux qui servait le destin du nouveau club.

#337 – SSC Naples : i Ciucciarelli

Les petits ânes dans le dialecte napolitain. Après Boca Junior, autre hommage à Diego Maradona avec son second club de cœur, le SSC Napoli, et l’un de ses surnoms que le club n’aurait pas hérité si l’équipe napolitaine des années 1920 avait compté Diego dans ses rangs. Dans les premières années du club, le cheval en était son symbole et s’affichait sur son écusson. L’attachement de la ville avec le cheval remontait aux premières heures de son existence. Les premiers colons grecs, fondateur de la cité, aurait découvert des chevaux dont les sabots résistants leur permettaient de se balader sur les pentes abruptes et recouvertes de blocs de lave du Vésuve. Ils firent du cheval l’emblème de leur nouvelle cité et, au moins, à partir IIIème siècle, un culte équin était célébrait dans la cité. Les habitants se réunissaient auprès d’une statue monumentale de cheval en bronze, attribuée à Virgile, pour prier et obtenir la guérison de leur équidé. Au XIVème siècle, le cheval était toujours vénéré puisque l’évêque de Naples fit abattre une statue de cheval en 1322 pour faire cesser cette tradition païenne. Au XIXème siècle, un cheval cabré orna les armes de la province. Une race de cheval est même issue de la région et est dénommée encore aujourd’hui Napolitain.

Pourtant, lors de la saison 1926-1927, la première du club, le symbole passa du cheval vers l’âne et cette transformation n’avait pas pour objectif de rendre hommage aux joueurs. Le club concourrait dans l’un des groupes de la Série A et la saison se révéla catastrophique. L’équipe termina dernière de son groupe de 10 avec seulement un point obtenu, 61 buts encaissés et 7 marqués. En 18 matchs, les joueurs parvinrent seulement à obtenir un résultat positif : un match nul face à Brescia à domicile. Le reste des confrontations se résuma uniquement à des défaites, dont certaines particulièrement sévères (9-2 face à l’Inter ou 8-0 face à la Juventus).

Les supporteurs napolitains, avec l’ironie qui les caractérisent, affublèrent les joueurs du surnom de ciucciarelli. Selon une légende, la scène se déroula dans un bar brésilien, lieu de rencontre de fervents supporteurs. Un des fans, exaspéré par les résultats, déclara : « sta squadra nosta me pare o ciuccio ‘e fichelle: trentatrè piaghe e ‘a coda frucida » (cette équipe me paraît être un âne se plaignant de ses trente-trois plaies et de sa queue pelucheuse). L’anecdote fut rapportée au journal local, qui reprit dans son édition un âne plein de tâches et une petite queue pour caricaturer le club. Depuis, l’animal, prénommé O Ciuccio, a supplanté le cheval qui disparaît du blason en 1928.

#298 – Olympique de Marseille : les Minots

Il s’agit d’un terme utilisé en Provence et qui signifie les enfants. Ce surnom demeure souvent attaché à l’équipe de jeunes joueurs de l’Olympique de Marseille. Mais il rappelle aussi les heures sombres du club et les belles heures de son centre de formation. Les années 70, pour le club marseillais, se composèrent de hauts et de bas, mais avec les signatures des brésiliens champions du monde, Paulo César et Jairzinho, le duo d’attaquants, Josip Skoblar et Roger Magnusson, et le premier doublé coupe-championnat de 1972, les supporteurs marseillais en gardent de bons souvenirs. A partir de 1986, le rachat du club par Bernard Tapie va donner encore une autre dimension avec l’OM, avec comme apothéose, le titre européen de 1993.

Entre ces deux périodes, le trou noir. A l’issue de la saison 1979-1980, malgré la présence de joueurs confirmés comme Marius Trésor et Didier Six, l’OM descendit en seconde division. La nouvelle saison se déroula mal : les finances était dans le rouge et le club flirtait avec la relégation. L’OM risquait de disparaître. Au vu de la situation, le président, Christian Carlini, n’eut pas d’autres choix que de mettre au chômage technique la plupart de ses joueurs professionnels, et l’entraîneur, Roland Gransart, puisât alors dans le centre de formation des jeunes, tels que José Anigo, Éric di Meco, Marcel de Falco ou Jean-Charles de Bono, pour compléter son effectifs. Il restait alors 6 matchs pour sauver le club.

Malgré l’inexpérience des joueurs, leur fougue suffit à ne perdre aucun des six derniers matchs et terminer 6ème du championnat de Division 2A (1-0 contre Grenoble pour le premier match, match nul contre la difficile équipe de Toulouse et victoire 3-1 contre le futur champion de D2, Montpellier). Au fil des matchs, le Vélodrome vit son bouillonnant public revenir (respectivement 7 000 pour le premier, puis 12 000 et enfin 20 000) et se prit de passion pour ces jeunes joueurs venant de la région (Anigo et de Falco sont de Marseille, di Meco d’Avignon). Certes, le club continua encore deux saisons dans l’anti-chambre mais, sans ces minots, l’OM aurait-il été champion d’Europe en 1993 ?

#221 – Zénith Saint-Pétersbourg : бомжи

Les sans-abris. Il ne s’agit pas évidemment d’un surnom valorisant pour le club. Plusieurs versions existent et les deux les plus connues sont les suivantes. Durant les années 1980, les fans du Zénith se déplaçaient massivement à travers l’URSS pour suivre les matchs de leur club préféré et furent les premiers à prendre des sacs à dos importés de Suède et de Finlande. Avec ces sacs, les russes disaient qu’ils ressemblaient à des gens qui avaient quitté leurs maisons. En outre, une fois en ville, les fans passaient leur temps dans les gares et les bancs des parcs abandonnés, effrayant les habitants. Les fans des clubs moscovites le prononcent à l’égard des supporteurs du Zénith avec haine et mépris mais ces derniers l’acceptent car ce surnom démontre qu’ils sont à côté de leur équipe en dépit de l’environnement (en sous-entendant que ce n’est pas le cas des supporteurs moscovites). L’autre version mène à l’instabilité du club durant les années 80 puisque l’équipe faisait le yo-yo entre la première division et les championnat inférieur. Une autre hypothèse moins admise est parfois avancée. A Saint-Saint-Pétersbourg, selon les rumeurs, le nombre de sans-abris est plus élevé que dans d’autres villes du pays et qu’ils seraient plus menaçants, agressifs.

#182 – Hammarby IF : Bajen

Hammarby n’est pas le club le plus connu de Stockholm et de Suède (son palmarès est assez réduit) mais il bénéficie d’un fort soutien populaire (la moyenne de spectateurs est de 22 000 par saison, soit la plus haute de Scandinavie) et compte un grand nombre de joueurs dans ses différentes équipes (près de 3 000) ainsi que Zlatan Ibrahimović comme actionnaire (23,5%). Fondé par la section aviron, le club est aujourd’hui omnisports, avec notamment une section de Hockey sur Glace qui fut l’une des plus grandes équipes de Suède. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’économie suédoise était à plat. Le football ne faisait plus recette, au contraire du Hockey sur Glace qui demeurait le sport le plus populaire. En outre, à compter des années 20, pour Hammarby, la section de football fit le yo-yo entre première et seconde division, sans réaliser aucun exploit marquant. En revanche, la section Hockey enregistra ses plus belles performances, en remportant 7 fois le championnat de Suède entre 1932 et 1945. Résultat, les joueurs de football d’Hammarby émigraient vers d’autres équipes ou se tournaient vers le Hockey. Ainsi, le surnom du club provient du Hockey sur Glace. En 1946, lors de la tournée en Grande-Bretagne réalisée par l’équipe de Hockey, l’un des joueurs stars, Stig-Emanuel « Stickan » Andersson, détourna la pronunciation anglaise de Hammarby (qui se disait Hammerbay en Anglais) pour en faire le diminutif Bajen. Le surnom s’ancra au sein des supporters dans les années 60 et en 1981, l’un des principaux groupes de supporteurs (6 000 membres en 2012) se créa avec le nom de « Bajen Fans ».