#519 – Sivasspor : Yiğidolar

Les braves. Sivas est l’une des villes les plus anciennes et les plus importantes de la région de l’Anatolie centrale. Les fouilles et des recherches ont montré que le premier établissement de la région date du néolithique (8000-5500 avant JC). Puis, la ville se développa sous les différents empires qui se succédèrent (notamment Hittite, Perse, Macédoine, Romain, Byzantin, Seldjoukide et Ottoman). Sivas est une forme tronquée du nom de la ville en grec byzantin, Sivastei, lui même provenant de son nom en koinè (grec ancien) Σεβαστεία (Sébaste). Ce dernier terme dérive des mots grecs σεβαστός (qui signifie vénérable), σέβας (la crainte) et le verbe σέβομαι (éprouver de la crainte, du scrupule). Ainsi, les habitants et leur club de football se surnomment eux-mêmes Yiğido, ce qui provient du mot turc Yiğit qui signifie homme courageux. 

Il est vrai qu’ils se sont aussi montrés braves dans leurs actes. Une légende raconte d’abord qu’en 324, 40 légionnaires de la Legio XII Fulminata, furent condamnés pour leur foi chrétienne. Ils n’y renoncèrent pas malgré la sanction de dormir nus la nuit dans un lac gelé. Ils moururent en martyre et devinrent des saints chrétiens fêtés le 9 mars. Puis, tout au long de l’histoire, la ville fut envahie et parfois détruite. Elle fut secouée lors du génocide arménien de 1915-1916, par les premiers mouvements nationalistes kurdes de 1920 et par les massacres islamistes de 1993. Malgré ces épreuves, la ville et ses habitants se relevèrent à chaque fois.

#513 – Drogheda United FC : the Turks

Les turques. Evoluant en bleu et grenat, Drogheda United partage ces couleurs avec de nombreux clubs britanniques (Aston Villa et West Ham principalement). Elles sont également communes avec les turques de Trabzonspor, ce qui conduisit les deux clubs à se déclarer frères en 2010. Au delà des couleurs, l’écusson de Drogheda se compose d’un croissant de lune et d’une étoile, symboles partagés avec le drapeau national turque. Cette inspiration musulmane (croissant et étoile) est directement tirée des armes de la ville de Drogheda. Le lien avec la Turquie dépasse donc le club.

Pour expliquer ce lien, il faut remonter à un épisode qui se déroula lors de la Grande Famine. Entre 1845 et 1852, l’Irlande était sous domination britannique et le mildiou anéantit presque intégralement sa production de pommes de terre, qui constituaient la nourriture de base de ses habitants. La conséquence fut une grande famine qui causa la mort d’un million d’irlandais et l’émigration, notamment vers les Etats-Unis, d’un autre million de personnes. En 1847, à Istanbul, le sultan ottoman Abdulmejid I fut mis au courant de cette crise humanitaire par son dentiste, venu d’Irlande. Le sultan offrit 10 000 £ (environ 1 million d’euros actuel) aux irlandais affamés. Cependant, la reine Victoria avait déjà aidé l’Irlande avec 2 000 £ et elle prît ce don supérieur au sien comme un affront. Le sultan Abdulmejid dut alors réduit son offre à 1 000 £. Cependant, il ne souhaitait pas se limiter à cette aide financière contrainte. Il ordonna ainsi à trois navires de transporter de la nourriture, des médicaments et d’autres produits de première nécessité en Irlande. Comme la marine britannique surveillait les ports de Dublin et Cork et n’autorisait aucun navire étranger à accoster, les bateaux ottomans voyagèrent jusqu’au Nord et livrèrent la marchandise à Drogheda. Depuis lors, la population de Drogheda est éternellement reconnaissante envers cette générosité turque et entretient ce lien avec le pays.

A noter toutefois que ce n’est pas cette épisode qui mena la cité irlandaise et son club de football à adopter les symboles du croissant et de l’étoile. En réalité, des preuves remontant à 1210 démontrent que les armes de la ville arboraient déjà ces éléments. En effet, lorsque le Roi Jean Sans Terre accorda à la ville sa charte (ie reconnaissant ainsi à Drogheda son statut de cité), Drogheda reprît le croissant et la lune, symbolisant l’épopée du Roi lors des croisades. C’est la même raison qui fait que la ville anglaise de Portsmouth porte un croissant et une étoile dans ses armes (à la nuance que c’est en l’honneur du Roi Richard I dit Cœur de Lion). Faire référence aux croisades, c’est un lien aussi avec les ottomans.

#488 – Konyaspor : Anadolu Kartalı

L’aigle d’Anatolie. L’écusson du club affiche un aigle bicéphale que l’on retrouve sur les armes de la ville de Konya. Cette dernière fut de 1097 à 1174 la capitale du Sultanat de Roum (ou Sultanat de Konya). La quatrième branche des seldjoukides, famille d’une tribu turque, qui migra du Turkestan vers le Proche-Orient, établit ce sultanat de 1077 à 1307 en Anatolie face à l’Empire Byzantin et les Croisées européens. Comme il avait envahi une partie de l’Empire Byzantin, successeur de l’Empire Romain, les seldjoukides s’ajoutèrent le nom de Rum ou Roum qui signifiait la ville de Rome. Leur emblème était un aigle bicéphale que l’on retrouvait à profusion, sous leur règne, sur des tissus, des pierres taillées, des carreaux muraux ou des porte-Coran. Sur le mausolée de Jalal ad-Din Muhammad Rumi (dit Mevlana, poète mystique persan), construit à Konya et aujourd’hui dénommé Musée de Mevlana, l’aigle bicéphale s’affiche encore et serait à l’origine de celui apparaissant sur les armes de la ville. L’origine du choix de cet aigle est méconnue. Il se pourrait que ce soit un emprunt à l’Empire Byzantin (Constantinople étant la Nouvelle Rome, elle reprit l’aigle de Rome comme symbole de puissance et de souveraineté. Avec les années, il se transforma en un aigle bicéphale) sur lequel les seldjoukides avaient donc établi leur sultanat. Toutefois, certains avancent que l’aigle romain de l’Empire Byzantin serait devenu bicéphale au contact de ses voisins orientaux dont les seldjoukides. Une histoire de poule et d’œuf pour un aigle. Enfin, pour d’autre, cet emblème serait une refondation d’un symbole des ancêtres des seldjoukides qui avait alors au Vème siècle un coq à deux têtes.

#405 – Göztepe SK : Tam 35

Exactement 35. Exactement 35 quoi ? 35 titres. Non. Même si le club fut la première équipe turc à atteindre la demi-finale d’une Coupe d’Europe en 1969, son palmarès stagne avec seulement 2 titres significatifs (2 Coupe de Turquie). 35 ans d’existence ? Non encore. Fondé en 1925, le club n’est pas le plus vieux de la ville d’Izmir où il réside mais il approche petit à petit de son centenaire. Ce surnom fait référence au numéro attribué à Izmir pour les plaques d’immatriculation, le 35. En 1962, de nouvelles plaques furent établies, composées de 2 chiffres, 2 lettres et enfin 2 à 4 chiffres. Les deux premiers chiffres se rattachaient à la province où le véhicule avait été immatriculé. Ainsi, un numéro fut attribué à chacune des 81 provinces. Izmir hérita du 35. Néanmoins, les habitants du quartier de Karşıyak prétendaient que leur quartier était une ville voire un district. Il s’attribuèrent alors un numéro fictif, le 35 et demi, pour leur plaque d’immatriculation. Or, ce quartier est représenté par le club de football de Karşıyaka SK, le rival de Göztepe. Pour agacer leurs supporteurs, ceux de Göztepe revendiquèrent leur appartenance à la ville voire même la confusion totale de leur club avec la ville. Ils étaient donc exactement le 35.

#373 – Fenerbahçe SK : Sarı Kanaryalar

Les canaris jaunes. Avec un tel surnom, on comprend immédiatement à quoi il fait référence. Le surnom de « canaris » est souvent utilisé par les équipes évoluant en jaune (Norwich cf article #51, FC Nantes cf article #208, JS Kabylie cf article #323 et KuPS cf article #365) mais, dans ce cas, le club turque a fait une belle tautologie. Pour sa défense, tous les canaris ne sont pas jaunes. Toutefois, la question ne se situe pas là et par ce surnom, il est surtout souligné la seule couleur qui demeura toujours sur le blason et les maillots du club : le jaune. En effet, en 1907, les fondateurs marièrent d’abord le blanc au jaune car ces couleurs rappelaient les camomilles qui fleurissaient dans les prés de Fenerbahçe. Peu de temps après, en raison d’un problème de « qualité » de ces maillots jaunes et blancs (cf article #131), le club dut en acheter des nouveaux. Sauf que ces derniers n’étant pas disponibles immédiatement, l’un des dirigeants décida de se rabattre sur des maillots jaunes et bleus que le fournisseur avait en réserve. Depuis lors, le jaune et le bleu sont les couleurs officielles.

Le surnom apparut avec un légendaire joueur du club, le gardien de but Cihat Arman, qui a joué pour Fenerbahçe entre 1939 et 1952. Ayant une certaine aisance dans ses sorties aériennes et multipliant les parades acrobatiques, il était connu comme « l’homme volant ». Puis, comme il portait généralement un pull jaune pendant les matchs, les fans finirent pas l’appeler le canari jaune. L’expression serait exactement apparue lors d’un match lorsqu’un spectateur scanda, suite à une nouvelle envolé du gardien dans sa cage, « Hey yavrum kanaryama bak, yine uçtu » (Hé, bébé, regarde mon canari, il a encore volé.). Après sa retraite, la jeune équipe de Fenerbahçe qui prit la relève fut également appelé les canaris jaunes.

#358 – Eskişehirspor : Kırmızı Şimşekler

L’éclair rouge. En 1963, l’Académie des Sciences Commerciales d’Eskişehir bat l’Université Ege 6-0 en finale du championnat universitaire. Après le match, un observateur demanda à Nafiz Yazıcıoğlu, l’entraineur de l’équipe « Madem elinizde böyle bir kadro var niye 2. Lig’e katılmıyorsunuz ? » (Avec une telle équipe, pourquoi ne rejoignez-vous pas la seconde division ?). L’idée fit son chemin et 3 clubs de la ville, İdman Yurdu, Akademi Gençlik et Yıldıztepe, finirent par fusionner en 1965 pour donner naissance à Eskişehirspor. Pour rendre hommage au 3 clubs, Aziz Bolel, président-fondateur, ajouta 3 étoiles au blason du club. En revanche, pour choisir les couleurs du club, Nafiz Yazıcıoğlu, proposa de retenir le rouge et noire. Pour cela, il s’inspira de celles du Stade Rennais qui venait de remporter en 1965 la Coupe de France, son premier trophée national.

#303 – Beşiktaş JK : Siyah-Beyazlılar

Les noir et blanc. Pendant longtemps, la légende racontait que les couleurs originelles du Beşiktaş étaient rouge et blanche. Puis, elles auraient été changées en noir et blanc, le noir marquant le deuil pour les morts de la première guerre de Balkans (1912-1913) où certains joueurs du club périrent. Toutefois, lors du centenaire du club en 1903, une étude détaillée fut réalisé et démontra que le club ne porta jamais de rouge. En réalité, les couleurs du club furent toujours noir et blanc. A la création du club, aucun uniforme ne fut décidé et l’anarchie régnait en la matière. Mais, avec la croissance du nombre de membres, le port d’un maillot distinctif et l’identification à des symboles, tels que les couleurs, fit son chemin. Vers 1906, l’un des membres, Mehmet Şamil Bey, qui effectua ses études à l’école française, rassembla les fondateurs. Il présenta alors le badge de son école qu’il portait à son col et déclara : « Nous devrions avoir un badge, tout comme celui-ci, et nous devrions obliger chaque membre de notre club à porter ce badge ». Les participants à la réunion adhérèrent avec enthousiasme à cette proposition. Ainsi, lors de cette réunion, les membres décidèrent du blason et des couleurs du club. Ils choisirent le noir et le blanc, les deux couleurs principales de la nature, opposées l’une à l’autre.

#283 – Bursaspor : Yeşil Timsahlar

Les crocodiles verts. 2 août 1995, le club de Bursa affrontait le Karlsruher SC en quart de finale de la toute nouvelle Coupe Intertoto. Bursaspor avait réalisait un beau parcours pour y arriver, notamment en terminant premier de son groupe (composé d’équipes telles que Wimbledon). Le club fut éliminé par les allemands au tir au but, après un match nul 3 partout. Durant cette épopée, la nouvelle recrue du club, l’attaquant ougandais, Majid Musisi, marqua 4 buts. Pour célébrer ses réalisations, il embarqua ses coéquipiers dans une chenille à quatre pattes, qui fut décrite comme la marche du crocodile, les joueurs évoluant dans leur maillot vert. Ainsi, naquit le surnom du club qui remplaça le précédent Yeşil İnci (la perle verte).

Le club évolue en vert et en blanc depuis sa fondation. Issu de la fusion de 5 clubs, les fondateurs ne reprirent pas les couleurs de ces 5 clubs et leur choix se porta sur l’image véhiculée par la cité. Tout d’abord, Bursa est surnommé Yeşil Bursa (Bursa la verte), en référence aux nombreux parcs et espaces verts qui jalonnent l’agglomération ainsi qu’aux forêts environnantes. Ainsi, le vert fut retenu. En outre, Bursa se situe au Nord de la montagne Uludağ, dont le sommet enneigé culmine à 2 543 mètres d’altitude, et fait de la ville l’une des stations de ski préféré de la bourgeoisie stambouliote. Le blanc fut donc associé au vert.

#244 – Gençlerbirliği SK : Alkaralar

Les rouge et noir. Deux versions s’affrontent pour expliquer le choix de ces couleurs. Les étudiants, qui souhaitaient créer un club de football car ils n’avaient pas été retenus par l’équipe de leur lycée, avaient du mal à trouver un mécène. Finalement, le père d’un des fondateurs, député de la province, accepta de soutenir l’équipe et sa première demande fut de trouver un jeu de maillots. Les jeunes se rendirent dans le seul magasin qui en vendaient et les seuls maillots disponibles étaient rouge et noire.

Pour d’autres, le choix de ces couleurs résulte des fleurs de pavot. Gençlerbirliği fusionna rapidement avec l’équipe du lycée, dont les fondateurs de Gençlerbirliği avaient été exclus et supporté par l’association des professeurs. Lors de la réunion organisée pour l’unification des clubs, en signe de bonne volonté, les lycéens de Gençlerbirliği offrirent un bouquet composé de fleurs de pavot, communes dans les steppes d’Ankara, au directeur du lycée et au président de l’Association des enseignants. Les couleurs rouge-noir de ces fleurs furent alors choisies comme celles du club.

#226 – Denizlispor : Horozlar

Les coqs. Denizlispor affiche un coq sur son blason et ce n’est pas parce que le club est francophile. Ce symbole fut choisi à la création du club en 1966 par Yakup Ünel, membre fondateur. Il n’a pas eu besoin de faire preuve d’une grande imagination car le coq apparaît sur les armes de la ville de Denizli et, surtout, demeure le symbole de la ville dans toute la Turquie. Des motifs de coq furent découverts en 2003 sur un bas-relief vieux de 900 ans lors de fouilles dans l’ancienne ville de Laodicée, à proximité du site de Denizli.

Le coq est devenu le symbole de cette ville de Turquie car une race de coq se dénomme Denizli. Il n’existe aucune information détaillée sur l’histoire passée de cette espèce. Cependant, il s’agit d’une race endémique locale qui a survécu grâce à l’intérêt porté par les habitants de cette région pour les coqs au long chant. Elle est reconnue parmi les 108 races de poule du British Poultry Standard. Cette race se décompose en plusieurs groupes selon la couleur, la forme de la crête et la structure du corps. Avec un plumage coloré et une posture fière, le coq pèse environ 3 à 3,5 kg et est surtout réputé pour son chant harmonieux et long (il peut atteindre 20 à 25 secondes). Les yeux du coq attirent l’attention par leur couleur noire et leur aspect khôlé. Les poules ont un poids moyen compris entre 2 et 2,5 kg, pour un rendement en œufs de 90 à 130 en moyenne

Aujourd’hui, il est possible de voir le symbole ou la statue du coq partout dans la ville. Le coq donne son nom également à une fameuse türkü (chanson populaire) nommée Denizli’nin Horozları (Les coqs de Denizli). Cet animal-totem a gagné une réputation nationale et internationale. Résultat, dans la culture turque, le coq représente le courage, la force et l’indépendance.