#691 – FCBW Linz : Blau Weiss

Les bleu et blanc. Facile de comprendre qu’il s’agit des couleurs de l’équipe, qui s’imprègnent jusque dans le nom du club : BW sont les initiales de Blau Weiss. Ok vous vous dîtes que l’article va encore porter sur les couleurs de ce club. Mais, en l’espèce, elles apparaissent importantes. Le 26 Juillet 1946, le SV Eisen und Stahl 1946 Linz (SV Fer et Acier 1946 Linz) fut fondé avec le soutien de l’aciérie locale (l’une des principales d’Autriche) nommée VÖEST et adopta les couleurs noires et blanches de l’usine. En 1949, le nom du club fut rebaptisé SK Voest. En 1972, l’équipa modifia ses couleurs pour le bleu et blanc. La raison m’est encore inconnue. L’entreprise mécène changea-t-elle également de couleurs (son héritière arbore le bleu) ? La volonté de se distinguer de son rivale locale, le Linz ASK, qui évoluait également en noir et blanc ?

L’important est que les nouvelles couleurs s’imposèrent vite car le club remporta son premier et unique Championnat d’Autriche en 1974. Malheureusement, entreprise d’Etat, VÖEST fut privatisée au début des années 1990 et ne voulut plus continuer à financer le club (qui s’appelait désormais FC Linz). Sans ce soutien, en 1997, les difficultés sportives et financières apparurent et son président promut l’idée d’une fusion avec son rival du Linz ASK pour réunir leurs forces et poursuivre leur existence. Toutefois, au lieu d’une fusion, ce fut une absorption et disparition du SK Voest. En effet, le soi-disant nouveau club s’appela LASK et reprit les couleurs noires et blanches. Il était donc clair que pratiquement rien n’avait changé pour le Linz ASK alors que le champion de 1974 disparaissait de la scène du jour au lendemain, ses supporteurs des bleus et blancs étant désemparés.

Emmenés par un fan et entrepreneur local, Hermann Schellmann, les supporteurs convainquirent un autre club amateur de la ville, le SV Austria Tabak (lui-même soutenu par l’usine locale du cigarettier autrichien qui ne voulait également plus financer ces activités sportives), de devenir le 1er août 1997, le FCBW Linz. Pour établir la continuité avec l’ancien club, quoi de mieux que de reprendre les couleurs auxquels les fans s’identifier, qui n’étaient pas protégées par un quelconque droit de propriété intellectuel (contrairement au blason) et qui ne nécessitait pas d’accord de la fédération. Le sauvetage en urgence des bleu-blanc rencontra un franc succès : lors des matchs à domicile, le stade se remplissait de 1 000 à 2 000 spectateurs (alors que le club repartit en 4ème division) et plus de 400 abonnements furent vendus (plus qu’à l’époque du FC Linz). Seulement, à croire que l’Autriche souhaita imiter la confusion Roumaine (cf articles #687 et #371), en 2013, un nouveau club naquit avec la volonté d’être le successeur officiel du FC Linz. Il prît les couleurs bleus et blanches ainsi que le nom de FC Stahl Linz (Stahl signifiant acier en allemand).

#690 – Karlsruher SC : Eurofighters

Les combattant de l’Europe. Membre des 16 clubs fondateurs de la Bundesliga, le club du Bade-Wurtemberg n’était connu jusqu’en 1986 que pour faire le yoyo entre la Bundesliga et les divisions inférieures. Après une énième accession en 1985 en Bundesliga, la nouvelle désillusion lors de la saison au sein de l’élite, conclu par une rétrogradation, se traduisit, au Wildpark, l’enceinte du club, par la deuxième plus faible fréquentation moyenne depuis 1952. Lors de la saison 1986-1987, le club ouvrit une nouvelle ère avec la nomination de Winfried Schäfer en tant qu’entraîneur et de Carl-Heinz Rühl en tant que manager. Ayant travaillé comme dénicheur de talents pour Mönchengladbach l’année d’avant, Wilfried Schäfer puisa dans les équipes de jeunes du club pour accompagner les routards de l’équipe. Cette dernière remonta immédiatement en Bundesliga pour entamer une longue et riche décennie au sein de l’élite. Ne faisant qu’un avec leur entraineur et développant un jeu séduisant, la génération des Oliver Kahn (cédé en 1994 au Bayern), Jens Nowotny (cédé en 1996 au Bayer) et Mehmet Scholl (cédé en 1992 au Bayern) installa, à partir de 1991-1992, le club dans la première partie de tableau de Bundesliga pendant 6 ans d’affilé et parvenant à se qualifier 3 fois pour une Coupe d’Europe. La première qualification en Coupe de l’UEFA en 1992-1993 constitua d’ailleurs une épopée formidable qui fit apparaître le surnom d’Eurofighter dans les travées du stade. Après avoir éliminé au premier tour le PSV Eindhoven (2-1, 0-0), Karlsruher rencontra l’ogre espagnol de Valence CF (emmené par Predrag Mijatović et Juan Antonio Pizzi). Le match en Espagne se solda par une lourde défaite 3 buts à 1 qui semblait condamner les allemands. Toutefois, dans leur enceinte du WildPark, Karlsruher réalisa une prestation parfaite, qui fut dénommé Wunder vom Wildpark (le miracle du Wildpark) et écrasa Valence 7 buts à 0. Le buteur Edgar Schmitt, qui avait été baptisé « Looping » Schmitt par la presse la semaine précédente après son accident de voiture, marqua 4 buts et gagna le surnom de Euro-Eddy. 4 jours plus tard, l’équipe remit le couvert avec une victoire 5-0 en Championnat face à Duisbourg. En Coupe d’Europe, le club poursuivit son chemin jusqu’en demi-finale en battant les Girondins de Bordeaux (avec Zinédine Zidane, Christophe Dugarry et Bixente Lizarazu) et le Boavista Porto. Mais, il échoua face aux autrichiens de Salzbourg après deux matchs nuls et l’application de la règle des buts à l’extérieur. Une autre équipe allemande, qui réalisa une superbe campagne européenne dans les années 1990, fut également surnommé ainsi. Mais, c’est une autre histoire.

#689 – Lille OSC : la Machine de Guerre

Le club nordiste a réussi une superbe saison en 2021 en parvenant à devenir champion de France et en devançant des parisiens dépassés par l’état d’esprit et le jeu de Lille. Mais, cette performance ne donna pas lieu à ce surnom. Il faut remonter beaucoup plus loin, aux premières saisons.

Après la Seconde Guerre mondiale, le football français se devait de recréer un championnat digne de ce nom, après les années d’occupation qui scinda la France et ses clubs en deux et les championnats étaient régulièrement interrompus. Les clubs d’avant-guerre n’avaient évidemment plus la même aisance financière après ces années de privation. Plusieurs réunirent leurs forces et ce fut le cas pour l’Olympique Lillois et le SC Fives, qui donnèrent naissance au LOSC. L’équipe qui en résulta était l’assemblage du meilleur des deux clubs, des jeunes footballeurs de la région tels que Jean Baratte, François Bourbotte, Jean Lechantre, Jean-Marie Prévost, Joseph Jadrzejczak ou encore Roger Carré. Côté organisation, l’ancien président du SC Fives, Louis Henno, en prit la tête et imposa comme entraineur, celui de Fives également, l’anglais George Berry.

La première saison se termina par une première finale de Coupe de France mais la jeunesse lilloise se heurta à l’expérience du RC France et perdit. Néanmoins, dès la saison suivante, la machine se mit en marche et ce nouveau club, qui opta pour le professionnalisme, connut alors son premier âge d’or. Lors de la saison 1945-1946, la légende débuta par un doublé Championnat-Coupe de France. L’équipe enchaina par deux nouvelles victoires en Coupe en 1947 et 1948. Un autre championnat fut remporté en 1954 et le club collectionna les secondes places (1948, 1949, 1950, 1951). Malheureusement, cette période prit fin après le dernier titre de champion, le club s’empêtrant dans différents scandales et conflits internes. Néanmoins, la performance de la saison 1947 amena la presse à surnommer l’équipe (à juste titre), la machine de guerre (et certainement sans mauvais jeu de mot par rapport au conflit qui venait de s’achever).

#688 – CF Atlas : los Amigos del Balón

Les amis du ballon. L’article #130 présentait l’un des surnoms les plus connus du club mexicain, Zorro, qui était venu de la façon dont le club jouait dans les années 1960. Atlas possède plein d’autres surnoms et la grande majorité provient de son style de jeu. Car, finalement, le club de l’Atlas se caractérise au cours de ses 105 ans d’histoire par sa capacité à produire du beau jeu et son engagement à former des jeunes joueurs. Dans les années 1970, cette essence fut particulièrement vrai. Tout d’abord, le club misa sur des jeunes joueurs mexicains sous la direction de l’entraineur Alfredo « Pistache » Torres. Ainsi, émergea une génération de joueurs, dont l’attaquant Ricardo « Astroboy » Chavarín, le gardien de but Héctor Brambila ainsi que Bernardino « Berna » García et José Luis « Pillo » Herrera furent les principaux éléments. Lors de la saison 1970-1971, le club connut la pire saison de son histoire, avec seulement 5 victoires sur 34 matchs, dont 17 matchs sans gagner d’affilé. Evidemment, le club descendit en seconde division mais remonta l’année d’après avec au commande Alfredo Torres. La jeune génération de joueurs parvint alors à réaliser une superbe saison en atteignant les demi-finales du championnat en 1973 et en développant un jeu rapide et tourné vers l’attaque.

Ce football offensif et chatoyant s’étala aussi dans les années 1990, lorsque l’entraîneur Marcelo Bielsa fut nommé entraineur. Bielsa testa plus de 11 000 jeunes footballeurs dont sortit des joueurs tels que Rafael Márquez, Juan Pablo Rodríguez, Jared Borgetti et Pável Pardo entre autres. Cette génération atteint son apogée à l’été 1999 lorsque l’équipe dirigée alors par Ricardo La Volpe captiva les fans avec une recherche permanente du but adverse. Lors de cette saison, pour le tournoi d’été, l’équipe termina à la seconde place du classement général en étant invaincu à domicile, ne concédant que 3 défaites, remportant des victoires prestigieuse contre Monterrey, León (par 4-0), Necaxa, América et contre Pachuca et finissant deuxième meilleure attaque et aussi deuxième meilleure défense du tournoi. Atlas parvint jusqu’en finale lors des play-off. Pour le tournoi de l’hiver de la même année, Atlas commença le tournoi par une série de 10 matchs sans défaite et vécut ce qui était probablement son meilleur tournoi de l’histoire en finissant à la première place, réalisant 11 victoires pour seulement 1 défaite, enregistrant aucune défaite à l’extérieur et en étant la meilleure attaque et la meilleure défense. Malheureusement, lors des play-off, le club échoua en demi-finale.

#687 – CS Universitatea Craiova : Leii din Bănie

Les lions de Bănie. Suite à l’article #371, vous connaissez les péripéties qui chamboulèrent la vie du plus grand club roumain du Steaua Bucarest. Malheureusement, ce n’est pas le seul et la situation du club de Craiova est encore plus ubuesque. Fondée en 1948, le club représentait la section football de l’université de Craiova et appartenait à l’État roumain, à travers l’Union nationale des étudiants roumains. Jusqu’en 1991, le club rencontra de beaux succès sur le plan national (4 Championnats, 7 Coupes) et international (demi-finale de la Coupe de l’UEFA en 1982-1983). Puis patatras. La section football se sépara du club sportif de l’université mais en perdant les droits sur l’histoire du club (record, logo et couleurs). Après plusieurs histoires, le club fut repris par un homme d’affaires, Adrian Mititelu, en 2005. En 2011, face à des difficultés financières liées à sa mauvaise gestion, Adrian Mititelu tenta de faire déménager le club dans une nouvelle ville, ce qui entraina un conflit avec la fédération roumaine et la mairie de Craiova. Résultat, cette dernière décida de rétablir l’ancienne équipe historique de l’Université de Craiova (celle d’avant 1991) et créa le club du CS Universitatea Craiova en 2013. La fédération accepta que ce club reprenne officiellement l’historique du club de 1948. Néanmoins, après sa faillite en 2016, le club d’Adrian Mititelu fut redémarré en 2017 avec le nom de FCU Craiova 1948, en se réclamant de l’héritage du club qui dura de 1991 à 2016 mais également avec le club initial de 1948. En conséquence, la première division roumaine se retrouve aujourd’hui avec deux clubs qui se réclament du club historique du CS Université de Craiova (1948-1991). Les deux partagent le même stade et arborent le même logo : un lion encerclé par 5 U en parallèle. Cet article s’intéresse à celui qui officiellement poursuit l’activité du club historique puisque il a aussi son surnom.

Le lion du blason donna ce surnom et provient du logo de l’université qui inclut un lion rampant. Ce dernier est un héritage direct des armes de la région historique de Roumanie, l’Olténie. Egalement appelée Petite Valachie, cette région se situe dans l’ouest de la Roumanie, avec pour principale ville Craiova. Le symbole héraldique traditionnel de l’Olténie est, sur un champs de gueule (rouge), un lion rampant, faisant face à dextre (gauche), avec une étoile entre ses pattes. Il est intégré dans les armes de la Roumanie (quart inférieur à gauche).

#686 – Ruch Chorzów : Niebiescy

Les bleus. Deuxième club le plus titré de Pologne, avec 14 titres de champion à son actif entre 1933 et 1989, Ruch constitue, depuis un siècle, une véritable vitrine de la ville de Chorzów mais également de la Haute-Silésie et évolue dans un kit bleu et blanc. Il n’existe pas d’explication officielle justifiant ce choix de couleurs. Plusieurs histoires circulent même si une apparaît dominante et remonte à la création du club.

Au début du XXème siècle, la Haute-Silésie, et donc Chorzów, se situait au sein de l’Empire Allemand bien que sa population était majoritairement polonaise (60% vs 40% de germanophone). Forcément, il existait des tensions entre les deux communautés, sur des bases ethniques, religieuses et sociales, et dès la fin du XIXème siècle, les habitants polonais de Chorzów s’animèrent d’un sentiment nationaliste. Le traité de Versailles de 1919 offrit l’opportunité à cette population polonaise de rallier la République de Pologne, de nouveau indépendante depuis 1918. En effet, un référendum connu sous le nom de Plébiscite de Haute-Silésie fut organisé sous l’égide des alliés pour connaître à quel pays souhaitaient être incorporés les habitants de cette région : la République Allemande de Weimar ou la République de Pologne, de nouveau indépendante en 1918. Ce processus conduisit à la division de la Silésie, une partie étant rattachée au territoire polonais en 1922. Durant cette période, les silésiens d’origine polonaises menèrent de nombreux mouvements et soulèvements pour emporter la décision. Ainsi, le Commissariat du Plébiscite polonais (organisme nationaliste pro-Pologne) s’inquiéta de la germanisation de la jeunesse silésienne au travers des associations sportives allemandes et lança un appel le 27 janvier 1920 à la création de nouveaux clubs sportifs polonais en Haute-Silésie (ceci afin d’éveiller la jeunesse à la cause nationaliste). L’appel fut entendu avec, à l’été 1920,112 clubs déjà fondés, rassemblant plus de 15 000 adhérents. Dans ce contexte, le représentant du Commissariat à Chorzów créa le club le 20 avril 1920. Le nom Ruch, qui signifie mouvement en polonais, était censé faire référence aux mouvements insurrectionnels silésiens (mais les autres clubs créés lors de l’appel affichèrent des références plus explicites tels que Polonia (Pologne en Latin), Powstaniec (Insurgés), …). La couleur devait donc être un choix politique également et les membres auraient opté pour le bleu et blanc, couleurs des armes de la Haute-Silésie. Ces dernières se composent d’un aigle jaune sur fond bleu et proviennent directement des armoiries de la Maison Piast. Les Piast étaient la première dynastie régnante historique de la Pologne à compter du Xème siècle. Si le règne royal des Piast en Pologne prit fin en 1370 avec la mort du roi Casimir III le Grand, d’autres branches de la famille dominèrent encore des duchés, en particulier ceux de Mazovie et de Silésie (basse et haute). Toutes ces branches avaient pour armoirie un aigle, seuls les couleurs changées. En Basse-Silésie, l’aigle était noir sur fond jaune et donc en Haute-Silésie, jaune sur fond bleu. Pour la Haute-Silésie, ces armes sont affirmés dès 1222. Quand aux teintes, la plus ancienne représentation en couleur des armoiries est conservée dans le château de Lauf près de Nuremberg, où 114 armoiries des principautés, des évêchés et des villes d’Europe furent sculptées dans la pierre en 1353. Celles du duché d’Opole, dépendant de la Haute-Silésie, présentent encore aujourd’hui des traces de jaune sur l’aigle et de bleu sur l’écu. Cette palette de couleurs est confirmée dans l’Armorial de Gueldre (établi entre 1370 à 1395). Seulement, vous aurez noté une différence de taille : les armes sont de couleurs jaune et bleu tandis que le club évolue en blanc et bleu. Comment expliquer cette différence alors que le jaune figure sur les armoiries des Piasts de Haute-Silésie depuis au moins le XIVème siècle ? Certains prétendent que la couleur jaune ne fut pas permanente sur les armes et qu’il arriva qu’elle fusse remplacée par du blanc. Cela aurait été le cas dans l’entre-deux guerres. Ce qui vient corroboré cette hypothèse est l’Etoile de Haute-Silésie. Il s’agit d’une distinction militaire polonaise établie en 1925 pour décorer les insurgés de Silésie. Elle se composait notamment d’un aigle en argent (ici la matière mais en héraldisme l’argent correspond au blanc) sur une croix bleue et blanche. D’autres avancent que le club aurait remplacé le jaune par du blanc car le mariage du bleu et jaune aurait pu faire référence aux couleurs de l’Ukraine voisine, avec qui les relations n’étaient pas au beau fixe. Dans la même veine, la Basse-Silésie était la région voisine (mais très majoritairement germanophone) dont les armes étaient un aigle noir sur fond jaune. Les populations polonaises de Haute-Silésie n’auraient donc pas souhaité partager une couleur commune avec leur voisin « honni » . Enfin, l’explication la plus simple serait qu’à l’époque, les gardes-robes des joueurs, qui constituaient la « réserve » vestimentaire du club, étaient simples et ne comptait pas de jaune mais plutôt du blanc.

D’autres versions ont fleuri parmi les fans. Tout d’abord, le bleu du club ferait référence aux bleus de travail portés par les joueurs et les supporteurs qui travaillaient majoritairement dans les usines, notamment l’aciérie Huta Bismarck. Sauf que beaucoup indiquent que les employés de Huta dans les années 1920 ne travaillaient pas en uniforme bleu, mais avec ce qu’ils avaient dans leur garde-robe.

Une autre légende se rapporte aux soulèvements de Silésie de l’entre-deux guerres, au cours desquels les insurgés auraient porté des brassards bleus sur leurs manches et les populations les appelaient niebiescy. Résultat, la couleurs et le surnom se seraient reportés vers le club et ses joueurs. Seulement il semble que les insurgés portaient des brassards de différentes couleurs : blanc, blanc et rouge, blanc et bleu.

Une autre histoire fait appel à la rivalité avec le club germanophone de l’AKS Królewska Huta (aujourd’hui AKS Chorzów) qui évoluait en vert. Par opposition, le Ruch aurait opté pour le bleu. Mais, dans ce cas pourquoi pas le rouge, le blanc ou toute autre couleur qui par définition s’oppose au vert ?

Certains estiment que le surnom est venu plus tard, dans les années 1930. A cette époque, le Ruch Chorzów posait la première pierre de sa légende, en remportant 5 Championnats de Pologne (dont 4 d’affilé, 1933 à 1936 et 1938). Au même moment, un autre club de football en Allemagne s’imposa comme l’équipe dominante, à la popularité immense en Allemagne et grandissante dans le reste de l’Europe, Schalke 04. Après un premier championnat d’Allemagne remporté en 1929, Schalke disputa 14 des 18 finales du championnat d’Allemagne entre 1933 et 1942. Pour décrire son écrasante domination, rappelons que de 1935 à 1939, Schalke ne perdit aucun match de championnat. Les supporteurs de Ruch établirent alors le parallèle avec le club allemand qui évoluait également en bleu et dont le surnom était die königsblauen (les bleus royaux). Par mimétisme, les fans de Ruch adoptèrent le surnom niebiescy et le scandèrent à leurs joueurs.

Enfin, l’histoire la moins crédible mais finalement la plus sympathique. Depuis les cieux, le diable (bies) et l’archange Gabriel (Gabryjel) regardait un match. L’équipe de Ruch jouait un superbe football et les joueurs paraissaient inspirés. Gabryjel déclara à l’attention des joueurs de Ruch « Wyście som Anielscy » (Vous êtes des anges). Ce à quoi Bies répondit « Nie ! » (Non !) et Gabriel dit alors « Biescy » (diabolique). Les supporteurs de Ruch entendirent les deux derniers mots Nie et Biescy et crièrent alors à leurs joueurs « niebiescy » (les bleus).

#685 – K Beerschot VA : Purple White Army

L’armée violette et blanche. Ce club anversois, grand rival du Royal Antwerp, a connu plus d’une vie. Fondé en 1899, il disparaît une première fois en 1999, après 99 ans et 9 mois d’existence, en raison d’une gestion financière et sportive désastreuse (malgré 7 Championnats et 2 Coupes nationales). Suite à cette disparition, un autre club anversois, le FC Germinal Ekeren, déménagea du Nord d’Anvers vers le Sud, dans le fief du Beerschot, le stade olympique dit du « Kiel ». Sans reprendre officiellement la suite du Beerschot, le Germinal intégra dans son nom Beerschot et son conseil d’administration accepta également des anciens du Beerschot. Mais, au fil des années, le Germinal « historique » s’effaça petit à petit derrière l’aura et l’influence de l’ancien Beerschot. Malgré cette annexion, ce club aussi déposa le bilan en 2013. Toutefois, les supporteurs parvinrent à sauver le nom grâce au club du KFC Wilrijk qui reprit en 2013 le nom Beerschot et en 2018 fut autorisé par la fédération à s’approprier le matricule de l’illustre club (et donc aussi son palmarès). Le nouveau club réussit à grimper les différents échelons et enfin, depuis la saison 2020-2021, Anvers a retrouvé son bouillonnant derby Royal vs Beerschot au sein de l’élite belge. Une constante dans cette histoire : tous les clubs repreneurs officiels (Wilrijk) ou non (Germinal) de la renommée du Beerschot s’approprièrent ses couleurs distinctives, le violet et blanc. Comme indiqué dans l’article #578, le violet n’est pas une couleur commune dans le football, notamment car la teinture fut longtemps difficile à produire. Néanmoins, en Belgique, elle connut un certain succès en étant porté par deux illustres clubs : Anderlecht et Beerschot. Le choix d’Anderlecht pour cette couleur s’explique plutôt pour des raisons joyeuses (le défilé du Longchamp fleuri, cf article #236). A l’inverse, le club de Beerschot se porta sur cette couleur à sa fondation en raison d’un deuil. En novembre 1899, le Beerschot Athletic Club fut fondé par Alfred Grisar qui venait d’aménager un terrain du quartier de Kiel, qui appartenait à son père Ernest, en un complexe sportif multifonctionnel (construction de terrains de hockey, cricket, rugby, polo et tennis en plus de l’hippodrome et des écuries existants). Malheureusement, son père décéda le 20 novembre. La famille Grisart porta au début comme signe de deuil des vêtements noirs. Puis, comme cela se pratiquait au XIXème siècle, elle troqua ses vêtements noirs pour des violets, symboles également de deuil mais atténué, soit par la distance de la parenté, soit par le temps. Par respect pour la famille de son fondateur, les équipes du club optèrent elles-aussi pour le violet pour porter le deuil (étant donné le non-lien de parenté avec le défunt).

#684 – Dukla Prague : Dukla

Ce club de la capitale tchèque végète depuis de nombreuses années dans les divisions inférieures après avoir failli disparaître (suite à un déménagement) à la fin des années 1990. Pourtant, il s’agit d’un des plus grands clubs tchécoslovaques (11 Championnats et 9 Coupes nationales ainsi que deux demi-finales de Coupe d’Europe) qui a vu évoluer le plus grand joueur tchèque du XXème siècle, Josef Masopust (finaliste de la Coupe du Monde 1962 et Ballon d’Or la même année). Pour son surnom, rien de plus simple que de reprendre son nom, qui demeure particulier. En effet, Dukla est un col de montage, situé à la frontière entre la Pologne et la Slovaquie et également près de la frontière occidentale de l’Ukraine. Ce col est donc à plus de 710 km (et 8 heures de route) de Prague et pourtant il lui a donné son nom.

En 1946, composée de soldats de métiers, une équipe de l’armée tchécoslovaque parvint en finale du championnat des armées alliées sous le nom d’Armádní XI (Armée 11). Puis, plusieurs équipes de militaires se montèrent. En 1948, l’armée populaire du pays souhaita unifier ses différentes équipes (11 équipes de football) au sein d’une structure. Ainsi naquit le club sous le nom de ATK Prague (Club sportif de l’armée). En 1953, le club fut rebaptisé ÚDA Praha (Maison Centrale de l’Armée) en raison d’une réorganisation de la politique sportive du pays mais il demeura toujours dans le giron de l’armée. Puis, en 1956, l’armée décida de renommer le club Dukla en l’honneur des combats de la Seconde Guerre Mondiale qui se déroulèrent dans ce col.

En effet, entre le 8 septembre et le 6 octobre 1944, les armées Nazis, soutenues par des régiments Hongrois, affrontèrent les troupes soviétiques et des soldats tchécoslovaques qui venaient aider la rébellion slovaque. Cette bataille serait considérée comme parmi les plus sanglantes de tout le front oriental lors de la Seconde Guerre Mondiale et de l’histoire de la Slovaquie, avec près de 80 000 morts. Au cœur des combats entre le 10 et le 20 Septembre, le contrôle de la colline changea plus de 20 fois. Cette bataille marqua aussi le début de la libération de la Tchécoslovaquie de l’occupation allemande par le 1er corps d’armée tchécoslovaque.

Le footichiste a consacré un article au Dukla.

#683 – CD Tondela : Auriverdes

Les jaune et vert. Il s’agit des couleurs de cette équipe dont les dirigeants devaient être également le 1er décembre 2021 quand toute l’équipe fut isolée suite à un cas positif au Covid. Ce choix de colorie remonte à sa création. Dans les années 1930, la ville de Tondela comptait deux équipes de football : Tondela FC (fondé le 1er janvier 1925) et le Operário Atlético Clube (fondé à la fin 1931). Bien que rivaux, les deux clubs ne s’affrontèrent pas en compétition officielle et ne connurent pas de grande gloire. Le 6 juin 1933, afin de permettre à la ville de Tondela de briller dans les compétitions de football, les deux conseils d’administration décidèrent de fusionner en fondant une nouvelle entité, CD Tondela. Etant donné que ce nouveau club devait être le représentant unique de la ville, le choix des couleurs se porta sur celles affichées sur la bannière et les armes de la ville, jaune et vert. Pour être précis, ce sont les armoiries qui ont donné les couleurs jaune et vert du drapeau de la cité. Sur un fond argent, les armes de la ville présentent un oranger au tronc noir, aux feuilles vertes et aux fruits jaunes. L’arbre fruitier est entouré de deux arbalètes rouges. Cet oranger rappelle l’importance de l’agriculture, en particulier l’arboriculture fruitière, dans cette région du Portugal. Les fruits sont ors pour symboliser la fidélité, le pouvoir et la liberté. Comme l’oranger, identité cette région agricole, à un feuillage vert et des fruits ors, ces deux couleurs furent choisies pour dominer le drapeau.

#682 – Arbroath FC : the Red Lichties

Il s’agit d’un terme local à ne pas confondre avec le fruit rouge d’origine chinoise. La culture de ce dernier s’est développée en effet dans les régions au climat tropical (Brésil, Cambodge, Inde, Vietnam, Madagascar, Thaïlande, Hawaii …). Or, l’Ecosse et en particulier le nord du pays où se situe la ville d’Arbroath ne sont pas vraiment propice à la culture de cet arbre. Les joueurs du club évoluent dans un maillot bordeaux depuis 1882 (le club ayant été fondé en 1878). Durant les 4 premières années d’existence, les maillots se composaient horizontalement de larges bandes blanches et de rayures fines noires. Puis, en 1882, le club adopta ce maillot bordeaux mais ce dernier ne donna pas non plus le surnom. En effet, la couleur bordeaux fut certainement inspirée par le grès rouge qui domine dans la région et dans lequel fut construite la célèbre abbaye de la ville au XIIème siècle. Arbroath est avant tout une ville portuaire, située sur la côte de la Mer du Nord, proche de l’embouchure du Brothwick. Devenant un des principaux ports d’Ecosse au fil de son histoire, son économie tourna donc autours de la pêche et de la construction navale. Pour guider les bateaux jusqu’au port, une lumière rouge était utilisée comme phare. Cette lumière pouvait provenir d’un phare érigé par les autorités portuaires ou de la fameuse fenêtre ronde du transept sud de l’abbaye de la ville gérée par les bénédictins. Une version moins commune avance que des lumières rouges étaient suspendues aux mâts des bateaux de pêche qui rentraient au port afin d’avertir les femmes de leur arrivée imminente pour qu’elles préparent à vider et à fumer la prise. En tout cas, quelque soit la version, cette lumière caractéristique se nommait red litchie, red pour rouge et litchie étant un dérivé local du mot écossais licht qui signifie lumière. Depuis, les habitants d’Arbroath sont communément appelés Red Lichties et cela détint sur le club.