#1400 – Piast Gliwice : Piastunki

Le surnom Piastunki donné au club polonais du Piast Gliwice s’explique par le contexte de l’après Seconde Guerre mondiale et cela a donné lieu à un jeu de mots affectueux avec le temps. 19ème plus grande ville de Pologne, la cité de Gliwice épouse la destinée mouvementée de la Silésie, une région frontalière tiraillée pendant des siècles entre plusieurs grandes puissances européennes. La ville fut fondée au XIIIème siècle et obtint son statut de cité peu avant 1276 du duc Władysław Opolski de la dynastie Piast. Elle fit partie de différents duchés de Silésie, gouvernés par la dynastie des Piast jusqu’au XVème siècle. Puis, Gliwice tomba dans l’escarcelle du royaume de Bohême, s’éloignant de la sphère politique polonaise pour les six siècles à venir. Par le jeu des héritages royaux, la puissante maison d’Autriche, les Habsbourg, mit la main sur la Bohême et Gliwice. En 1742, lors des guerres de Silésie, le roi de Prusse Frédéric le Grand arracha la région à l’Autriche et Gliwice, désormais appelée Gleiwitz, devint prussienne. Après la Première Guerre mondiale, la Pologne renaquit et revendiqua la Haute-Silésie. Lors d’un référendum en 1921, la majorité des habitants de Gleiwitz votèrent pour demeurer en Allemagne. La ville resta donc allemande, mais située juste à la frontière de la nouvelle Pologne. Finalement, la cité réintégra la Pologne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’à la conférence de Potsdam, les Alliés redessinèrent la carte de l’Europe.

Dans ce contexte, la population allemande fut expulsée et remplacée par des Polonais, dont beaucoup venaient des territoires de l’Est annexés par l’URSS (aujourd’hui l’Ukraine et la Lituanie). Pour le gouvernement communiste polonais et pour ces nouveaux habitants, il était nécessaire de justifier les racines polonaise de ces territoires récupérées (désignées ainsi par le gouvernement – Ziemie Odzyskane) et repoloniser l’identité de la ville qui avait été pendant près de 600 ans de culture germanique. Le club fut fondé le 18 Juin 1945 par des personnes déplacées de la région de Lviv. En choisissant d’appeler leur nouveau club de football en référence à la maison royale des Piast, les fondateurs souhaitaient indiquer qu’ils n’étaient pas des étrangers mais ils revenaient sur les terres historiques de leurs ancêtres polonais, les Piast.

En effet, les Piast sont la toute première dynastie royale historique de la Pologne et sont donc considérés comme les fondateurs de la Pologne. Le règne de cette dynastie débuta en 960 avec le souverain Mieszko Ier qui, en adoptant le christianisme en 966, marqua la naissance officielle de l’État polonais. Son fils, Boleslas Ier le Vaillant, fut le tout premier roi de Pologne. En 1138, le royaume de Pologne fut divisé en 5 duchés indépendants, répartis entre les fils de Boleslas III Bouche-Torse. Ainsi, 5 lignées de Piast dirigèrent les nouveaux duchés, avec une qui avait une primauté sur les autres. Le règne des Piast en Pologne prit fin en 1370 avec la mort du roi Casimir III le Grand. Les autres branches de la dynastie Piast continuèrent de régner sur le duché de Mazovie (jusqu’en 1526) et sur les duchés de Silésie jusqu’à la mort du dernier Piast silésien mâle en 1675.

Malgré ce lien royale, le surnom du club revêt un caractère affectueux. Car le mot piastunka désigne aussi une nounou (provenant du vieux verbe piastować, qui signifie prendre soin de, ou bercer). Historiquement, un piastunka dans la Pologne du haut Moyen Âge était un haut fonctionnaire chargé de l’éducation des enfants royaux. Résultat, littéralement, l’équipe est donc surnommée Les Nounous.