#190 – US Lecce : Giallorossi

Les jaunes et rouges. Ceci fait référence au maillot rayé jaune et rouge du club. Ce dernier résulta de la fusion de 3 clubs de la ville de Lecce (FBC Juventus , Sporting Club Lecce et Gladiator) en 1928, sous l’impulsion de l’Etat fasciste. Les couleurs adoptées par la nouvelle institution étaient le blanc et le noir mais dès la saison suivante, avec la première accession du club en Série B, ces dernières laissèrent place aux couleurs actuels, le jaune et le rouge.

Ces couleurs sont celles de l’ancienne région de Terre d’Otrante (Terra d’Otranto) où se situe Lecce et dont les armes font apparaître un dauphin tenant un croissant sur un fond de lignes verticales jaunes et rouges. Ce fond n’est pas là par hasard évidemment car il s’agit en fait des Barras de Aragon (les barres ou pals en héraldiques d’Aragon), qui se composent de quatre franges verticales rouges sur fond or.

Les origines de ces armes ne sont pas clairement définies. La légende veut que Guifred le Velu, considéré comme le premier comte de Catalogne, aurait repoussé une invasion normande au IXème siècle mais aurait été blessé au combat. Le roi de France, Charles le Chauve, lui demanda alors avant son trépas ce qu’il désirait, et Guifred lui répondit qu’il souhaitait un signe d’unification pour son peuple. Le Roi plongea alors quatre doigts dans sa blessure et traça sur son bouclier d’or quatre marques de sang, lui offrant ainsi ses armoiries. Cette histoire semble inventée puisque Guifred le Velu mourut lors d’une bataille mais face au Sarrasin. En outre, les Barras d’Aragon apparurent bien plus tardivement. Il semblerait en fait que les couleurs proviennent de la Rome antique. En tout cas, ces armes furent utilisées par la Couronne d’Aragon, qui les rependît sur un grand nombre de territoires lors de son expansion du XIIème jusqu’au XVIème siècle. Ainsi, on les retrouve dans les armes de la Catalogne, la Communauté de Valence, les Baléares, la ville de Barcelone, la ville de Valence mais également dans les possessions tels que la Sicile, la ville de Palerme, la Provence …. Ce fut aussi le cas de la Terre d’Otrante, qui, sous domination du Royaume d’Aragon, connût un fort développement commercial. Le maillot jaune et rouge fut souvent associé à un short bleu. L’association de ces trois couleurs permet de faire référence à une vielle maxime qui caractérise la région des Pouilles, « lu sule, lu mare, lu ientu » (le soleil, la mer, le vent). Le jaune et le rouge rappelle le soleil, le bleu, la mer. Enfin, le second maillot, souvent blanc, s’associe au vent.

#189 – Deportivo Independiente Medellín : El Poderoso de la Montaña

Le puissant de la montagne. L’origine du surnom n’est pas connue avec exactitude mais il remonte certainement aux années où l’équipe dominait le football colombien amateur. Fondé en 1913, le club est l’un des plus vieux du pays. Avant 1948 et la création de la première division professionnelle, le football colombien était amateur et composé de championnats régionaux puis nationaux. Dès son match inaugural, l’équipe impressionna le public en battant par 11 buts à 0 l’équipe du Sporting (également appelé Los Extranjeros – les étrangers), une équipe de Paisa fondée en 1913 par un groupe de locaux et d’Européens, notamment belges et suisses. Dès sa première année d’existence, l’équipe était respectée par ses rivaux (Antioquia, Unión et Sporting) qui étaient des équipes reconnues et qu’elle avait battu aisément. Le club de Medellín remporta 8 championnats nationaux (1918, 1920, 1922, 1923, 1930, 1936, 1937, 1938) ainsi que 8 championnats régionaux de la Liga Antioqueña (1937, 1938, 1939 1941, 1942, 1943, 1944 et 1945). En 1941, elle sortit même invaincu du championnat régional. En 1924, dans des jeux inter-régionaux, les joueurs de l’Independiente Medellín représentait la quasi-totalité de l’équipe du département d’Antioquia. En 1930, le club fut invitée à un tournoi à Bogota car son équipe était considéré comme étant la meilleure d’Antioquia.

A l’ère du football professionnel, même s’il fut moins dominateur, le club remporta 6 championnats de Colombie (1955 , 1957 , 2002-Clôture , 2004-Ouverture , 2009-Clôture et 2016-Ouverture) et 3 Coupes nationales (1981, 2019, 2020).

Enfin, Medellín est la capital d’Antioquia, un des départements de la Colombie et occupe la vallée encaissée de l’Aburrá. La cité repose sur un sol incliné, entre 1 800 et 1 500 mètres d’altitude et la hauteur officielle est de 1 479 m d’altitude. Un tiers de la région est occupé par des chaînes de montagnes, constituant la partie centrale et occidentale des Andes. Plus 200 sommets importants se détachent dans la région, culminant à des altitudes comprises entre 1 000 et 4 080 m d’altitude. Quand à la cité de Medellín, elle est entourée de plateaux et montagnes qui dépassent les 2 000 m d’altitude. Les principales hauteurs du territoire de Medellín sont l’Alto Padre Amaya (3 100 m d’altitude), l’Alto Patio Bonito (2 750 m d’altitude), l’Alto Boquerón (2 600 m d’altitude), l’Alto Venteadero (2 500 m d’altitude) et l’Alto Las Cruces (2 400 m d’altitude), entre autres.

#188 – Audax Club Sportivo Italiano : Audinos

Ce surnom est évidemment dérivé du nom du club (Audax) et ne veut rien dire. En revanche, Audax a une signification. Le 12 Juin 1897, une douzaine de cycliste italien se lancèrent le défi de partir de Rome au levée du Soleil pour rallier Naples au coucher du Soleil, soit 230 km. Neuf réussirent. Leur tentative fut qualifié d’audacieuse dont la traduction latine est Audax. Aujourd’hui, l’Audax désigne une épreuve de cyclo-tourisme (ou pédestre) de régularité et d’endurance où un parcours doit être réalisé en équipe sur un rythme imposé. Ce type de course connut un certain succès au début du XXème siècle. Henri Desgrange, le fondateur du Tour de France, en fut un promoteur.

En 1910, 3 membres de la communauté italienne résidant au Chili décidèrent de créer une institution presque exclusivement axée sur le cyclisme d’où la référence à Audax dans le nom. Mais au fil des années et de l’augmentation considérable du nombre de membres, elle s’ouvrit à d’autres activités sportives dont le football en 1921. La section football est la dernière survivante aujourd’hui et remporta 4 championnats du Chili. L’écusson du club fait apparaître en son centre une roue de vélo blanche, honorant les origines de l’équipe en tant que club de cyclisme.

#187 – AGF Århus : de Hviie

Les blancs. Le club danois évolue dans un maillot blanc. La section football de ce club omnisports fut créé en 1902 mais n’obtint son premier jeu de maillots qu’en 1904. Ces derniers étaient rayés bleus et blancs, accompagnés de shorts noirs, qui provenaient de la patrie du football, l’Angleterre. Jusqu’en 1911-1912, le club utilisa ce jeu de maillot qui fut finalement remplacé par un maillot rayé vert et blanc avec un short blanc. Dans la période 1918-21, le club revint au bleu avec des maillots intégralement en bleu ainsi que des shorts blancs. Finalement, ce fut qu’en 1921 que l’équipe obtint la combinaison encore utilisée aujourd’hui : un maillot blanc avec un short et des chaussettes bleu marine. Ce jeu de maillots fut offert par des bienfaiteurs d’AGF. La raison du choix de cette couleur est méconnue mais elle aurait été inspirée par le club de football anglais de Tottenham Hotspur.

#186 – FC Universitatea Cluj : Șepcile roșii

Les casquettes rouges. Le surnom paraîtrait logique si le club jouait en rouge. Mais ce n’est pas le cas puisque les couleurs sont noirs et blancs. Parfois, le club arbora des maillots rouges mais ce fut exceptionnel et ce n’est clairement pas la raison de ce surnom. Le FC Universitatea Cluj fut fondé en 1919 par la Société sportive des étudiants universitaires (Societatea Sportivă a Studenților Universitari). En effet, avec l’indépendance de la Roumanie, de nombreux étudiants émigrèrent vers les universités renommées de Cluj et l’émergence du football dans la jeune nation conduisit à la fondation du club comme débouché sportive pour les étudiants. Or, ces derniers portaient des casquettes rouges.

#185 – Académica de Coimbra : a Briosa

Les vaillants, les fiers. L’association sportive de l’Académie de Coimbra est l’une des plus vieilles institutions du Portugal. Créée en 1887, cette association visait à offrir des loisirs sportifs aux étudiants de l’Université. La section football fut l’une des plus renommées, et jusqu’en 1974, l’équipe, qui était semi-professionnel, était composée notamment d’étudiants. Face aux autres équipes qui se professionnalisaient dans les années 1930, les étudiants n’avaient que leur panache à offrir pour lutter. Et cette force de caractère suffisait pour intégrer la première division, nouvellement créée en 1935, ainsi que remporter la première Coupe du Portugal le 26 juin 1939. Si le surnom serait apparu à ce moment là, il mit quelques décennies à s’installer comme un synonyme du club. Aujourd’hui, il fait partie intégrante des valeurs et symboles du club.

Mais, l’origine du surnom pourrait remonter beaucoup plus loin et se rattacher à l’Académie plus qu’au club de football. A la fin du XIXème siècle, l’Université regroupait deux types d’étudiants : les classes aisées et bourgeoises surnommées polainudos (les guêtres) et les étudiants provenant de classe plus populaire (sans être ouvrière pour autant). Evidemment, les deux castes ne se mélangeaient pas, voire s’ignoraient. En 1885, la rupture fut définitive, avec la mort de Fernando II de Portugal, prince consort du Portugal et veuf de la Reine Maria II. Un groupe de polainudos décida de se rendre à l’enterrement, en se présentant comme les représentants élus de l’Académie. Selon les autres étudiants, ce groupe n’avait aucune légitimité et déclara que cette action était une offense faite à l’honneur (Brio en portuguais) de l’Académie. En réponse, les polainudos traitèrent dédaigneusement les autres étudiants de briosa, surnom qui serait finalement resté.

#184 – Roda JC Kerkrade : de Koempels

Les mineurs. Comme beaucoup d’autres clubs (comme Schalke 04), ce surnom rappelle l’histoire minière de la région. En effet, la ville de Kerkrade accueillait la plus ancienne mine de charbon des Pays-Bas, la mine Domaniale, dont l’exploitation débuta en 1114. Après divers changement de propriétaire et de pays, en 1839, la Mine Domaniale passa sous domination néerlandaise et devint en 1925 la Domaniale Mijn Maatschappij NV. En 1958, 3 000 employés y travaillaient pour extraire 481 000 tonnes de charbon. Cette mine et Kerkrade faisait partie d’un plus grand bassin houiller, celui du Limbourg, qui s’étend de la frontière allemande jusqu’en Belgique. Ce bassin était l’unique des Pays-Bas. La région compta 12 mines dont 5 appartenant à l’Etat via la société DSM (Dutch State Mines), qui est devenue ultérieurement une importante multinationale de la chimie. A la fin des années 50, plus de 55 000 personnes travaillaient dans les mines de la région. Dans les années 1960, 70% de la population du Limbourg vivait directement ou indirectement des mines. Mais, en 1965, suite à la découverte du gisement de gaz naturel de Groningue, une énergie plus propre et moins chère, l’Etat Néerlandais décida la fermeture des exploitations minières. La dernière mine ferma en 1974 et au final, les 12 mines du Limbourg produisirent près de 600 millions de tonnes de charbon (12 millions de tonne par an dans les années 50). Pendant les années de développement de l’industrie minière, la région, qui était auparavant essentiellement agricole et comptait un peu plus de 22 000 habitants, connut un afflux important de population. Comme souvent, la création de clubs de football permit de divertir pour les mineurs. Ce fut donc le cas à Kerkrade.

#183 – SK Brann : Rødtrøyene

Les maillots rouges. Le 26 Septembre 1908, Christen K. Gran et Birger Gjestland, associés à 8 autres jeunes hommes, créèrent au Café Johnsens, le club, sous le nom de Ski- og Fodboldklubben Brann (Ski et Football Club Brann). Les fondateurs inscrivirent dans l’article 2A des statuts que les couleurs de base du club étaient le rouge et le blanc. Pourquoi ? Il faut en fait s’interroger sur le nom du club de la ville de Bergen. Brann signifie en norvégien, Feu. Ce nom fut suggéré par Birger Gjestland, mais à ce jour, les raisons de ce choix ne sont pas connus avec certitude. Certainement que les fondateurs voulaient un nom court et puissant pour identifier le club. Ils hésitèrent entre « Brann » (Feu) et « Fart » (Vitesse) et choisirent donc le Feu. Naturellement, la couleur rouge découla de ce choix. En outre, le rouge et le blanc sont les couleurs de la ville de Bergen.

#182 – Hammarby IF : Bajen

Hammarby n’est pas le club le plus connu de Stockholm et de Suède (son palmarès est assez réduit) mais il bénéficie d’un fort soutien populaire (la moyenne de spectateurs est de 22 000 par saison, soit la plus haute de Scandinavie) et compte un grand nombre de joueurs dans ses différentes équipes (près de 3 000) ainsi que Zlatan Ibrahimović comme actionnaire (23,5%). Fondé par la section aviron, le club est aujourd’hui omnisports, avec notamment une section de Hockey sur Glace qui fut l’une des plus grandes équipes de Suède. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l’économie suédoise était à plat. Le football ne faisait plus recette, au contraire du Hockey sur Glace qui demeurait le sport le plus populaire. En outre, à compter des années 20, pour Hammarby, la section de football fit le yo-yo entre première et seconde division, sans réaliser aucun exploit marquant. En revanche, la section Hockey enregistra ses plus belles performances, en remportant 7 fois le championnat de Suède entre 1932 et 1945. Résultat, les joueurs de football d’Hammarby émigraient vers d’autres équipes ou se tournaient vers le Hockey. Ainsi, le surnom du club provient du Hockey sur Glace. En 1946, lors de la tournée en Grande-Bretagne réalisée par l’équipe de Hockey, l’un des joueurs stars, Stig-Emanuel « Stickan » Andersson, détourna la pronunciation anglaise de Hammarby (qui se disait Hammerbay en Anglais) pour en faire le diminutif Bajen. Le surnom s’ancra au sein des supporters dans les années 60 et en 1981, l’un des principaux groupes de supporteurs (6 000 membres en 2012) se créa avec le nom de « Bajen Fans ».

#181 – FC Schalke 04 : die Knappen

Les mineurs. Schalke est un quartier de la ville de Gelsenkirchen, située dans le bassin de la Rurh, dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Sur 100 km de long, se concentrent plus de 5,2 millions d’habitants, au sein de grandes villes telles que Dortmund, Essen, Bochum, Duisbourg et donc Gelsenkirchen. Si le taux de chômage est deux fois supérieur à la moyenne allemande, la région demeure un important complexe industriel, qui s’est bâti sur les richesses de son sous-sol (le charbon).

Au début du XIXème siècle, les villes étaient des villages portées sur l’agriculture. Mais, à compter du milieu du XIXème siècle, la découverte des réserves de charbon, ressource indispensable à la révolution industrielle, bouleversa le paysage. En 1850, on dénombrait déjà près de 300 mines, et au fur et à mesure de nouveaux gisements furent découverts et exploités. Les ressources étaient considérables et estimées à 200 milliards de tonne, soit 10 fois celle de la France. Avec l’énergie produite par la consommation du charbon, l’industrie sidérurgique prit son envol et des empires se créèrent tels que Krupp, Thyssen et Stinnes. A son apogée dans les années 50, la mine Prosper-Haniel (situé à Gelsenkirchen) employait près de 500 000 personnes. Elle fut la dernière mine du bassin de la Rurh à fermer le 21 Décembre 2018, clôturant un processus de fermeture des mines enclenché au début des années 90 et une histoire économique débutée près de 150 ans auparavant.

L’importante main d’œuvre aussi bien allemande qu’étrangère (notamment polonaise) qui immigra dans la région pour travailler dans les mines chercha des loisirs qui pourraient la distraire et lui faire oublier les conditions de vie et de travail difficile. Le football fut l’un de ses exutoires. En 1904, 8 jeunes garçons de 14-15 ans, mineurs ou ouvriers dans les industries locales se rencontrèrent pour jouer au football, alors sport de la bourgeoisie. Le 4 mai, ils créèrent l’ancêtre du Schalke 04. Ensuite, le développement du club fut intimement lié à l’essor des mines, notamment au lendemain de la Seconde Guerre mondiale où les infrastructures et les moyens manquaient aux clubs de football.