#1431 – 1. FC Schweinfurt 05 : Schnüdel

Les joueurs et les supporters de Schweinfurt sont connus dans tout l’Allemagne sous l’appellation de Schnüdel. Ce terme, dont la signification échappe souvent même aux locaux, trouve son origine dans l’histoire matérielle du sport. Fondé le 5 mai 1905, le 1. FC Schweinfurt 05 est une institution historique du football bavarois, situé dans la région de la Basse-Franconie, à Schweinfurt, une ville industrielle mondialement réputée pour sa production de roulements à billes. Le club maintient une forte identité locale. Pourtant, contrairement à l’hypothèse fréquente selon laquelle leur surnom proviendrait d’une référence porcine (en faisant allusion au groin ou la vessie d’un porc), l’origine du mot schnüdel est intimement liée à l’évolution technologique du ballon de football.

Pour comprendre ce surnom, il faut se pencher sur la fabrication des équipements sportifs du début du XXème siècle. Avant l’invention de la valve moderne qui permet aujourd’hui de gonfler un ballon avec une simple aiguille, le système de rétention d’air était auparavant rudimentaire et contraignant. Le ballon était composé d’une enveloppe en cuir épais, laissée ouverte sur une fente. A l’intérieur, une vessie en caoutchouc était insérée et gonflée à la bouche ou à la pompe, puis son extrémité devait être tordue, pliée et solidement ficelée pour retenir l’air. Cette extrémité nouée était ensuite repoussée à l’intérieur de l’enveloppe en cuir, qui était enfin refermée à l’aide d’un lacet en cuir très rigide. Cette zone de fermeture, où se concentraient le cuir, les lacets et le nœud de la vessie, formait une protubérance particulièrement dure. En allemand, cette extrémité était appelée le zipfel. Dans le dialecte de Basse-Franconie, on la nommait le schnüdel.

Cette protubérance dure pouvait engendrer des blessures pour les footballeurs quand leurs pieds ou têtes rencontrait cette zone lors d’une frappe ou un coup. Mais, c’est dans un autre sport où le schnüdel fit le plus de dégât : le fistball. Très populaire durant les années 1920 dans les pays germanophones, le fistball est un sport d’équipe se jouant sur gazon, qui présente des similitudes avec le volley-ball. Deux équipes s’affrontent de part et d’autre d’un filet. Le but est de renvoyer la balle dans le camp adverse, le ballon ayant le droit de rebondir une fois au sol entre chaque touche. La particularité majeure réside dans la frappe : le ballon ne peut être touché qu’avec le poing fermé ou l’avant-bras. Frapper de toutes ses forces un ballon en cuir lourd avec le poing nu constituait déjà un défi physique. Mais lorsque le point d’impact correspondait au schnüdel, les conséquences étaient immédiates pour les sportifs (Mains écorchées et hématomes et bleus sur les avant-bras). En outre, en tapant sur cette zone, le ballon adoptait des trajectoires qui n’étaient pas celles souhaitées. Que des désavantages.

Ces blessures à répétition poussèrent un habitant de Schweinfurt à trouver une solution. En 1920, Fritz Stöcklein, un sportif accompli, cofondateur du club de ski de la ville, et membre actif du 1. FC Schweinfurt 05, où il pratiquait le football et le fistball, inventa le premier ballon sans lacet. Il fabriqua une valve anti-retour à base de laiton, qui pouvait être vissée dans la balle en caoutchouc située sous le cuir. Le laçage de la vessie comme du cuir extérieur devenait alors superflu. La disparition du schnüdel fut un soulagement pour les joueurs mais ne permit pas à son inventeur de faire fortune. S’il déposa un brevet dans plusieurs pays d’Europe, il revendit son invention à la fabrique d’articles de sport et de raquettes à neige « Gutkind & Einstein » de Nuremberg. Son gain fut malheureusement vite englouti dans l’inflation galopante de l’Allemagne de l’entre-deux guerre. Si le lacet a disparu, le terme a lui survécu pour devenir le surnom du club.

#1420 – Kiffen 08 : Mustat Hurmurit

Les charmeurs noirs. Fondé le 27 septembre 1908 à Helsinki, dans le quartier de Kruununhaka, Kiffen est l’un des clubs les plus ancrés dans la tradition du football finlandais et l’un des quatre grands clubs de la capitale finlandaise. Il s’imposa rapidement comme un pilier du championnat de Finlande, remportant le titre en 1913, 1915 et 1916. En 1914, la quasi-totalité de l’équipe nationale finlandaise était composée de joueurs de Kiffen. A sa fondation, le club s’appelait Kronohagens Idrottsförbund (Association Sportive de Kronohagen) puis dès 1909 devint Kronohagens Idrottsförening (Société Sportive de Kronohagen). Kronohagen est le nom suédois de Kruununhaka. Il faut avoir en tête que, longtemps sous domination suédoise, la Finlande est bilingue, suédois et finnois. En outre, les fondateurs du club provenaient de la bourgeoisie suédophone. Mais, tous ces noms se sont finalement réduits à l’acronyme KIF qui a donné le surnom Kiffen dès 1909. Surnom qui est devenu le nom du club en 1976.

Mais, ce n’est pas ce surnom qui nous interesse. En 1908, l’athlétisme était le sport principal du club mais les membres pratiquaient également le football, le patinage de vitesse, la natation et le tir. En 1910, le hockey sur glace se greffa. Justement, le surnom de mustat hurmurit naquit avec l’équipe de hockey. Au début de l’année 1926, cette dernière effectua une série de matchs en Suède. Lors de cette tournée, un célèbre journaliste sportif suédois nommé Torsten Tegnér, écrivant pour le journal « Idrottsbladet », fut séduit par l’équipe finlandaise et les surnomma de svarta charmörerna (les charmeurs noirs en suédois). Le journaliste choisit ce surnom pour souligner deux éléments marquants : la couleur de leur tenue, qui était entièrement noire, mais surtout leur style de jeu extrêmement spectaculaire et élégant, qui avait littéralement charmé les spectateurs suédois. Au fil des années, la section football du FC Kiffen s’est appropriée cette identité flatteuse.

#1405 – Racing Club de France : les Pingouins

Pour les personnes de la génération, le Racing, c’est à la fois les nœuds papillons roses de l’équipe de rugby des Blanc, Mesnel, Lafond, Guillard ou Cabannes, champion de France 1990 et la parenthèse Matra de la section football qui réunissait les Fernandez, Francescoli et Littbarski. Justement, le surnom des Pingouins serait né des quolibets que les joueurs de Rugby pouvaient donné à ceux qui pratiquaient le football. Mais, l’histoire de ce club omnisport ne se résume pas aux années 1990 et s’enracine dans les dernières années de XIXème siècle.

Le Racing Club de France (fondé le 20 Avril 1882) était à l’origine une association vouée à l’athlétisme. En 1890, la section Rugby vit le jour, suivi 6 ans plus tard par le football. En 1932, avec la création du championnat de France, l’équipe de football devint professionnel et prit son indépendance. Du côté du Rugby, l’amateurisme était encore en vigueur. Et ces situations diamétralement opposées animèrent alors une rivalité joviale entre les deux sections. C’est alors que les rugbymen découvrirent une autre différence. D’un côté le rugby où le ballon vit par les bras : on le porte, on le passe à la main, on raffûte ses adversaires. De l’autre, le football avec une règle stricte : l’utilisation des membres supérieurs est formellement interdite pour les joueurs de champ. En observant les footballeurs s’entraîner à courir sur la pelouse sans jamais se servir de leurs bras, les gardant souvent collés le long du corps pour s’équilibrer ou éviter de commettre une faute de main, les rugbymen se seraient moqués des footballeurs en les comparant à des pingouins (Ces oiseaux marins dont les petites ailes, inadaptées au vol, pendent le long de leur corps de manière un peu pataude sur la terre ferme). Le surnom serait apparu vers 1934.

Les footballeurs auraient alors eu suffisamment d’auto-dérision pour prendre l’animal comme symbole. En 1939, en final de la Coupe de France, se déroula une scène insolite : Raoul Diagne, August Jordan et Oscar Heisserer promenèrent sur la pelouse un pingouin emprunté au zoo de Vincennes par le directeur sportif parisien Marcel Galay, pour porter bonheur au club. Et le Racing remporta sa deuxième Coupe de France.

#1326 – SA Spinalien : les Boutons d’Or

A Epinal, il semble que les jeux d’enfants aient la côte. Oui, rappelez vous vos jeunes années quand vous preniez dans un champ un bouton d’or (appelé également bassin d’or, pied de poule ou de son petit nom scientifique Ranunculus repens) et le tendiez sous le menton d’un camarade en lui disant « Tu aimes le beurre ? ». La réponse était indéniablement « oui » avec pour explication « scientifique » que le jaune de la fleur se reflétait sur sa peau. Cette fleur a donc donné sur le nuancier la couleur « Bouton d’or », un jaune vivace, tirant légèrement sur l’orangé. Et naturellement, vous comprenez que, les joueurs du club des Vosges portant des tenues intégralement jaune, cette teinte inspira le surnom.

Le football s’installa à Epinal au début du XXème siècle lorsque Louis Lapicque, étudiant en Angleterre, donna le virus au jeunes spinaliens en 1906 en ramenant un ballon. Puis, le Club Sportif Spinalien vit le jour le 20 février 1909. Il changea deux fois de nom (Union sportive spinalienne en 1921 et Athlétic Club Spinalien en 1928). D’autres clubs émergèrent et notamment, dans le quartier de Saint-Michel, où en 1916 le Stade Saint-Michel fut fondé. Mais, en pleine Seconde Guerre mondiale, les deux clubs comprenaient la nécessité d’unir leurs forces pour gagner en puissance et bénéficier de meilleures infrastructures. Les mécènes respectifs des deux clubs, deux industriels du textile, le catholique Max Prud’homme pour Saint-Michel, et le protestant Georges Laederich pour l’AC Spinalien, parvinrent à la fusion le 15 Janvier 1941. Max Prud’homme imposa les couleurs du club de Tennis dont il était également le président, le jaune et le bleu.

#1278 – CA Lanús : los Globetrotters

Les globetrotteurs. Les années 1950 correspondirent à la première période dorée du club argentin. Pourtant la décennie avait mal débuté puisqu’à l’issue de la saison 1949, le club fut relégué de la première division suite à une série de matchs de barrage face à Huracán. Il fallut quatre matchs pour départager les deux équipes mais les décisions arbitrales et de la fédération firent polémiques et laissèrent, au delà de la sanction sportive, un gout amer et d’injustice aux supporters de Lanús. Finalement, il s’agissait peut-être d’un mal pour un bien puisque cette « injustice » permit de construire les bases d’une superbe équipe.

Lanús revint dans l’élite argentine le 16 septembre 1950. Sa première saison fut une réussite pour un promu et laissait présager de belles promesses pour les années suivantes. Après avoir terminé les matchs aller à la première place, Lanús obtint une belle 5ème place à l’issue de la saison. Seulement, pendant la saison, le club avait transféré l’attaquant José Florio pour 1 million et demi de pesos au Torino et l’équipe s’en trouva affaiblie. Il fallut 3 nouvelles saisons et l’émergence de plusieurs jeunes qui transfigurèrent le jeu de l’équipe et comptent aujourd’hui parmi les plus grandes idoles du club, pour retrouver un certain rang. Au milieu de terrain, la triplette constituée de Héctor Guidi, Nicolás Daponte et José Nazionale marqua l’équipe et imprima un style de jeu offensif et élégant, qualifiée par la presse de « galera y bastón » (une expression qui caractérise l’élégance, la beauté). Ce collectif comptait également le gardien de but Tito Álvarez Vega, l’ailier Osvaldo Gil et les attaquants Emilio Prato et Dante Lugo.

En 1954, l’aventure débuta par une prometteuse 5ème place en championnat. L’année suivante, la saison démarra par une victoire dans la nouvelle coupe Juan Domingo Perón, une compétition régionale mais relevée. Puis, l’équipe termina une nouvelle fois à la 5ème place en championnat, lui ouvrant les portes pour l’année suivante à une compétition continentale, la Coupe Atlantique. 1956 devait être l’apothéose de cette équipe. Pendant tout le championnat, Lanús fit jeu égal avec le grand River. Malheureusement, le 28 octobre 1956, à 6 journées de la fin du championnat, les espoirs de titre s’envolèrent, Lanús perdant 3 buts à 1 face à River alors qu’il menait 1 à 0 à l’issue de la première mi-temps. Le club termina vice-champion (à 2 points de River), sa meilleure performance à cette époque, ce qui constituait un exploit car la suprématie des grandes équipes paraissait alors un obstacle insurmontable pour des clubs comme Lanús. Cette année-là, l’équipe parvint également en demi-finale de la Coupe Atlantique.

Le surnom de Globetrotteur surgit en 1956 sous la plume du journaliste Lorenzo Molas, qui avait un certain savoir faire pour trouver des surnoms aux équipes. Cette année-là, les basketteurs des Harlem Globetrotters faisaient leur tournée en Argentine et impressionnèrent par leur dextérité, leur collectif bien huilé et leur sens du spectacle. Dans le journal « Critiqua », Molas écrivit à propos de l’équipe de Lanus « Esos jugadores tienen manos en los pies, y se conocen tan bien que pueden jugar con los ojos bendados… Hacen lo que quieren con la pelota; ¡son los Globetrotters del fútbol! » (Ces joueurs ont les mains à la place des pieds et se connaissent si bien qu’ils peuvent jouer avec leurs yeux bandés…. Ils font ce qu’ils veulent avec le ballon, ce sont les Globetrotters du football !).

#1209 – Club Universidad Nacional UNAM : Auriazules

Les Or et Bleu. Ces couleurs ne sont pas celles d’origine de l’université UNAM mais elles se sont imposées suite au choix effectué par l’une de ses associations sportives. Le symbole du Puma qui s’affiche sur le blason des équipes sportives de l’université et qui leur a également donné leur surnom provient d’un entraineur de football américain de l’UNAM (#40) dans les années 1940. Pour les couleurs, ce fut également les joueurs de football américain de l’UNAM qui en furent à la source mais quelques années auparavant.

En 1927, un groupe d’étudiants emmenés par Alejandro et Leopoldo Noriega, qui avaient effectué des voyages aux Etats-Unis et avaient pu pratiquer le football américain, fondèrent une équipe de football américain. Ils optèrent pour les couleurs or et bleu foncé, en l’honneur de l’université américaine de Notre-Dame, dont l’équipe de football américain était l’une des meilleures des Etats-Unis à cette époque. En effet, sous la houlette du célèbre entraineur Knute Rockne, les Fighting Irish (nom de l’équipe universitaire de Notre-Dame) affichèrent un bilan de 105 victoires, 12 défaites, et 5 nuls entre 1918 et 1930. Pendant cette période, cette équipe remporta 3 titres de champion national (1924, 1929 et 1930), fut invaincu lors de 5 saisons et gagna le Rose Bowl de 1925. Au delà de ces titres, Notre Dame fut également nommée par la NCAA championne nationale pour les années 1919, 1920 et 1927. Encore aujourd’hui, son programme de football américain est l’un des plus prestigieux et profitables du système universitaire américain.

Les origines de l’université de Notre Dame remontent à 1842, lorsque le père Edward Sorin, un prêtre français, fonda l’institution dans l’Indiana. Dès le départ, les couleurs de l’école se portèrent sur le jaune et le bleu, le jaune symbolisant la lumière et le bleu représentant la vérité. Etant donné qu’il s’agissait d’une institution catholique, d’autres pensent que le jaune représentait le pouvoir spirituel du pape et le bleu la couleur traditionnelle de la Vierge Marie (cf. #399 et #497). En 1879, le bâtiment principal de l’Université fut édifié, comportant un dôme, s’élevant à 60 mètres, surmonté d’une statue de la Vierge Marie de 5,2 mètres de haut. En 1886, le dome et la statue furent dorées, donnant un éclat supplémentaire à ce bâtiment majestueux. Devenu icône architecturale de l’université, synonyme d’excellence et de prestige, l’administration décida de remplacer le jaune par l’or pour ses couleurs officielles.

L’équipe des frères Noriega était connue sous le nom des osos (ours) mais en 1931, elle reçut le soutien de l’UNAM et devint la Horda Dorada (la horde dorée). Ces couleurs se répandirent alors sur toutes les équipes de l’université et par la suite, pour l’UNAM de manière générale.

#1145 – Melbourne Victory FC : Big V

Le grand V. Au début des années 2000, la ligue professionnelle de football, la NSL, connaissait un fort déclin avec la baisse des revenus du sponsoring et la fuite des meilleurs joueurs à l’étranger. La fédération australienne chercha alors à réorganiser le football professionnel dans le pays, en créant une nouvelle ligue (mais cette fois fermée), la A-League. La capitale de l’Etat de Victoria, 2ème agglomération urbaine du pays, ne pouvait pas ne pas être représentée et ce fut le projet porté par le consortium de Geoff Lord qui fut choisi. La nouvelle franchise prit le nom de Victory en l’honneur de l’Etat, ce nom étant en plus évocateur pour un club de sport. L’Etat avait été nommée ainsi en l’honneur de la célèbre Reine de Grande-Bretagne Victoria, en 1856.

La référence ne s’arrêta pas là et le symbolisme du club se reposa également sur d’autres images de l’Etat. La couleur bleu rappelait celle du blason de Victoria. Les armes, octroyées par le Roi de Grande-Bretagne Georges V en 1910, montrent sur un champ bleu, cinq étoiles d’argent (blanche) disposées pour représenter le Croix du Sud. Les armoiries dérivent directement du drapeau de l’Etat qui flotta pour la première fois en 1870. Ce dernier est une adaptation du Blue Ensign (pavillon bleu), un drapeau bleu avec, dans le coin supérieur gauche, l’Union Jack. Il est utilisé par la marine britannique, qui fut modifiée et adoptée par certaines organisations ou certains territoires liés du Commonweatlth. 

Le club de football s’inspira également d’une autre référence sportive de l’Etat, l’équipe de football australien (un sport autochtone proche du rugby, avec un peu plus de violence et de jeu au pied). Cette équipe représentait l’Etat de Victoria jusqu’en 1999 dans les compétitions interétatiques australiennes qu’elle domina pendant près de 100 ans. De 1899 à 1979, l’équipe de Victoria remporta 74 matchs sur 98 contre l’Australie du Sud et 50 sur 62 contre l’Australie de l’Ouest. L’équipe de l’Etat porta dès ses débuts vers 1870 régulièrement un maillot bleu marine et en 1908, un grand « V » blanc, initiale du nom de l’Etat, apparut pour la première fois sur la poitrine. Ce grand « V » blanc constitua l’identité et le synonyme de l’équipe et lui donna son surnom, big V. Pendant quelques saisons dans les années 1920, le V fut remplacé par un scapulaire blanc. A compter de la saison 2007, Melbourne Victory adopta le scapulaire blanc sur son maillot et son blason, renforçant son identité. Naturellement, le surnom big V s’imposa pour l’équipe de football, espérant récupérer le prestige de sa grande cousine.

#911 – Glasgow Rangers : the Gers

Il s’agit clairement du diminutif de Rangers. Le nom exact du club est Rangers FC, la ville de Glasgow n’apparaissant pas dans son intitulé. Revenons à la fondation du club. Enthousiasmés après avoir vu une équipe locale de Glasgow, Queen’s Park, jouer une nouvelle forme de football, cinq jeunes sportifs (pratiquant essentiellement l’aviron) fondèrent les Rangers en mars 1872 : les frères Moses et Peter McNeil, et les amis Peter Campbell, David Hill et William McBeath. A l’époque, les clubs retenaient des noms comme Rovers, Wanderers, Daring … qui qualifiaient soit le style de jeu, soit une partie de l’histoire du club. Même si le terme Rangers n’est pas commun, il s’inscrit dans cette tendance.

Moses McNeil, qui est considéré comme la force motrice dans la formation du club, aurait vu le nom de « Rangers » dans un magazine intitulé « English Football Annual » rédigé par Charles Alcock (membre fondateur et plus tard secrétaire de la Football Association, et également créateur de la FA Cup). Dans ce livre, publié chaque année depuis 1868, Moses McNeil découvrit une équipe de rugby anglaise dénommée les Swindon Rangers qui jouaient en chaussette blanche, short blanc et maillot blanc avec une étoile bleue sur la poitrine. Le nom aurait tellement plu à Moses qui l’aurait proposé et fait adopté au reste de la troupe. Les fondateurs des Rangers copièrent non seulement le nom des rugbymen de Swindon, mais auraient également copié leur kit. Selon certain, Moses avait aimé ce nom car Rangers rimait avec strangers (étrangers), ce qui symbolisait le rassemblement sous la houlette du club d’hommes différents (mais tout de même protestants) provenant de toute la ville.

Un Swindon Rangers existe encore aujourd’hui mais il s’agit d’une équipe de football de la North Wilts League créée il y a une vingtaine d’année. Le club de Rugby qui inspira les jeunes protestants de Glasgow disparut en 1895 par manque de soutien. Il semble que personne ne sait quand les Swindon Rangers se formèrent, mais ce fut sous l’impulsion de John Armstrong, fils de l’ingénieur ferroviaire Joseph Armstrong, l’un des acteurs du rôle clé tenu par Swindon dans les chemins de fer anglais. Ce club de Rugby émergea semble-t-il d’une association de cricket nommée Swindon Rangers Cricket Club. Le club disparut donc en 1895 mais quelques mois plus tard, un nouveau club de Rugby se forma, le Swindon Rugby Football Club, avec à peu près par le même groupe de personnes qui animait les Rangers. Aujourd’hui, ce dernier existe toujours.

#660 – Coventry City FC : the Bantams

Les poids coqs, relatifs à la catégorie de boxe. Lorsque le club fut fondé en 1883 par les employés d’une fabrique de vélos, les fondateurs reprirent le nom de l’usine, Singers Cycle Company, comme nom du club, Singers FC. Dix ans plus tard, le club devint professionnel après des saisons réussies, au cours desquelles le club remporta deux fois de suite la Birmingham Junior Cup (en 1891 et 1892). En 1898, le club fut rebaptisé en Coventry City FC, un an avant d’emménager dans leur enceinte de Highfield Road, qui demeurera leur antre jusqu’en 2005. Avec le recrutement de plusieurs nouveaux joueurs, la saison 1907-1908 fut un grand succès et la meilleure de Coventry depuis sa création. Ils atteignirent pour la première fois le premier tour de la FA Cup et à l’issue de la saison, le club déposa sa demande pour intégrer la Southern League, qui à l’époque était considérée comme la troisième meilleure division du pays avec des clubs aux capacités équivalentes à ceux de la deuxième division de la Ligue nationale. Un journal local remarqua que le club de Coventry étaient l’un des rares à ne pas avoir de surnom. Comme sa candidature fut accepté le 27 mai 1908, le club ne put recruter des joueurs ayant les qualités pour évoluer à ce niveau. En outre, il perdit son atout capital, l’ailier Albert Lewis. Résultat, le club vécut une saison compliquée et apparaissait comme un petit poucet. Ce statut de poids léger de la Southern League donna naissance au surnom de bantam. A la fin de la saison, le club échappa à la relégation uniquement car le nombre de club de la Southern League passait de 20 à 22 pour l’année suivante.

Coventry adopta ce surnom seulement un mois après que Bradford City le retint aussi. C’était la mode pour les clubs d’adopter des surnoms en rapport avec les animaux, notamment des oiseaux. Bradford City prit ce surnom de bantam, qui fait référence dans ce cas à la poule naine, en raison des qualités de combat de cet oiseau (cf. #996). Pour Coventry, ce n’est donc pas le cas mais plutôt par rapport au fait que l’équipe n’évoluait pas dans la même catégorie que les autres de la Southern League. Par ailleurs, il semble que le club avait déjà des surnoms avant 1908 : au départ the vocalists (en raison du nom du club, Singers) puis the little blackbirds (les petits merles, car le club porta pendant la saison 1890-1891 un kit intégralement noir). Toutefois, ces surnom n’auraient pas survécu, ni même vraiment imprégnés les fans ou la presse.

#555 – CA Nueva Chicago : Torito de Mataderos

Le petit taureau de Mataderos. Situé à Buenos Aires, le CA Nueva Chicago est le club du quartier de Mataderos, où naquit et vécut Justo Suárez, l’une des premières idoles populaires du sport argentin. Ce boxeur gagna son importante popularité grace à ses victoires mais également de par sa vie. En pleine crise des années 1930, le peuple argentin s’identifia à ce destin tragique. Sorti de la misère grace à la boxe, il connut la gloire et l’argent avant de mourir de la tuberculose à seulement 29 ans. Quinzième enfant d’une famille qui en comptait 25, Justo travailla aux abattoirs dès l’age de 9 ans. A 10 ans, il était déjà un boxeur amateur, qui gagnait quelques pesos dans certains galas. Féroce, rapide et puissant mais désordonné, il démolissait ses rivaux et remporta 48 combats en tant qu’amateur (dont les titres de champion argentin et sud-américain des poids plumes). Avec son style et son allure, il gagna le surnom de Torito de Mataderos. Puis, il tenta sa chance avec succès aux Etats-Unis, la Mecque de la boxe. Malheureusement, il n’eut jamais la chance de concourir pour le titre mondial. Atteint de la tuberculose dès 1932, sa carrière commença par décliner. Il se retira à Cordoue en 1935 et vécut ses 3 dernières années dans la misère. Depuis sa mort, Suárez fait parti de la culture populaire argentine. Il existe des tangos, des histoires, des bandes dessinées, des chansons et même des films qui racontent sa vie. Enfin, le nom de la rue où se trouve l’accès principal du stade de Nueva Chicago porte le nom de Suárez. Le club hérita ainsi du surnom de Suárez.