#80 – Urawa Red Diamonds : Reds

Facile de deviner d’où vient ce surnom. Le club évolue en rouge et cette couleur est inscrite dans sa raison sociale, Red Diamond signifiant les diamants rouges. L’origine de cette appellation est à chercher auprès du propriétaire du club, l’entreprise Mitsubishi, et de son logo qui représente 3 losanges, ie 3 diamants. Le nom Mitsubishi est la combinaison des mots mitsu et hishi, qui signifie respectivement 3 et châtaigne d’eau, une plante aquatique. Les Japonais utilisent depuis longtemps le mot hishi pour désigner un losange. En japonais, le son « h » est souvent prononcé comme un « b » lorsqu’il se produit au milieu d’un mot. Yataro Iwasaki, le fondateur de la société, a choisi l’emblème aux trois diamants car cela évoquait les armes à trois feuilles du clan Tosa, le premier employeur de Yataro, ainsi que les trois losanges empilés des armes de la famille Iwasaki. A l’origine, la société était une compagnie maritime qui démarra son activité avec 3 bateaux.

#79 – Fluminense : o Pó de Arroz

Poudre de riz. C’est un surnom original pour une équipe de football, sachant que la culture du riz est plutôt faible à Rio de Janeiro. Tout remonte à 1914. Pour le compte du championnat carioca, Fluminense rencontrait America le 13 mai 1914. Le match se solda par un 1-1. Sur le terrain, du côté de Fluminense évoluait Carlos Alberto, un joueur métis âgé de 17 ans qui venait de quitter l’America. Avant le match, il s’était mis de la poudre de riz sur son visage, blanchissant une partie de sa tête. Mais, avec la sueur, ce masque commença à disparaître. Les fans de l’America, mécontents du transfert du joueur, le reconnurent et scandèrent à l’encontre des joueurs de Flu « Pó de Arroz ! Pó de Arroz ! » (Poudre de riz ! Poudre de riz !). Mais pourquoi les supporteurs de Fluminense le prirent très mal au départ ?

Selon la légende, l’affaite ressurgit plus de 30 ans plus tard lorsque, dans une chronique publiée dans le « Jornal dos Sports », le journaliste Mário Filho affirmait que Carlos Alberto utilisa de la poudre de riz pour dissimuler sa peau noire car Fluminense était un équipe élitiste où seul les joueurs blancs étaient appréciés. Il est vrai qu’à sa création, si les fondateurs étaient d’origine ou de nationalité anglaise, suisse ou allemande, ils venaient tous des classes huppées de la ville et étaient tous blancs. Très vite, le club fut supporté par la bourgeoisie et les classes moyennes qui n’étaient pas, à cette époque, ouvertes aux populations noires et métisses. Même le club aujourd’hui reconnaît qu’il existait un racisme institutionnel au sein de sa structure au début du XXème siècle. Cette histoire se renforça par le fait que Carlos Alberto était le seul joueur de couleur du côté de Fluminense lors de ce match. Enfin, la rencontre se déroula un 13 mai, date de commémoration de la loi d’or (en portugais : Lei Áurea), signée le 13 mai 1888 et qui abolit l’esclavage au Brésil (renforçant le symbolisme, la portée de l’insulte de l’America).

Pourtant, aujourd’hui, les supporteurs de Fluminense se sont appropriés le surnom. Certainement car sa connotation ne serait pas raciste. Quand Carlos Alberto évoluait à l’America, il avait déjà cette habitude de se mettre de la poudre de riz. Selon un de ses coéquipiers à Fluminense, également ancien joueur de l’America, Marcos Carneiro de Mendonça, cette poudre de riz n’avait pas pour objectif de cacher sa couleur de peau mais servait à apaiser sa peau après s’être rasé. Et il est vrai qu’à l’époque la poudre de riz était appliquée sur la peau pour cacher les boutons, les tâches et les crevasses ainsi que la soulager après le rasage. D’ailleurs, Carlos Alberto avait seulement 17 ans et certainement un peu d’acné encore.

Coquetterie, honteuse ou curative, cette poudre de riz a laissé une trace indélébile sur la peau de Fluminense. En particulier, à l’entrée des joueurs dans le stade, les supporteurs de Fluminense accueillent leurs joueurs en jetant de la poudre de riz et du talc.

#78 – Cruzeiro EC : Raposa

Le renard. Le club fut caricaturé sous la forme d’un renard par Fernando Pieruccetti (mieux connu sous le pseudonyme de Mangabeira) en 1945. Álvares da Silva, secrétaire du quotidien Folha de Minas, qui délivrait l’une des pages sportives les plus importantes et dynamiques de la presse du Minas Gerais à cette époque, décida d’imiter son confrère de Rio de Janeiro, Jornal dos Sports, qui avait décidé quelques années auparavant de personnaliser les équipes cariocas au travers de personnages de bande dessiné. Flamengo était Popeye, Fluminense était Pó-de-arroz, Vasco était Almirante, Botafogo était Donald Duck et America était le Diable. Álvares da Silva confia à Fernando Pierucetti, professeur de dessin et illustrateur du supplément littéraire et de la page pour enfants du journal, la réalisation de ces mascottes qui devaient puiser leur source dans l’univers des fables d’Ésope et de La Fontaine, mais en utilisant des animaux de la faune brésilienne. Pierucetti dessina alors la mascotte des 3 grands clubs de la ville : Atlético, Cruzeiro et América.

L’inspiration pour trouver les animaux représentatifs des clubs vint d’éléments qui faisaient déjà partie de l’imagerie populaire. Club de la communauté italienne de la ville, Cruzeiro s’était appuyé sur ces dirigeants italiens au sens des affaires aiguisé pour se développer. A l’image de l’ascension laborieuse et astucieuse des habitants d’origine italienne vers les plus hautes couches sociales de Belo Horizente, le club véhiculait l’image d’une trajectoire croissante linéaire, marquée par la simplicité, le gout du travail constant et répété et la ruse et dont l’accumulation des efforts, au fil du temps, avait forgé la grandeur du club. Ces qualités étaient d’autant plus en vrai en 1945 que le club était alors présidé par Mário Grosso. D’origine italienne, directeur sportif, trésorier et entraineur par intérim à compter de 1935, il accéda à la présidence de Cruzeiro le 17 décembre 1942. Connu pour son intelligence, il usa de ruse et de persévérance dans la direction des affaires du club. Grâce à ses méthodes, il parvint à chiper plusieurs jeunes talents au nez et à la barbe de l’Atlético. L’ingéniosité de Grosso furent mises en avant par Pieruccetti pour justifier le choix du renard. En outre, cette manière se retrouvait dans l’équipe de Cruzeiro de 1945, triple championne d’État, qui comptait des joueurs expérimentés et connaissant les ficelles du football.

Les supporteurs de Cruzeiro s’approprièrent vite cette image, tout comme le club qui créa par la suite une mascotte officielle de renard. Il faut dire que Pieruccetti avait choisi pour le rival de l’Atlético le coq. Or, le renard est l’animal qui attaque les poulaillers. On raconte que Zé do Monte, l’idole de l’Atlético dans les années 1940 et 1950, entrait sur le terrain avec un coq sous le bras. En réponse, les fans de Cruzeiro promettaient de lâcher un renard sur le terrain, pour chasser l’animal de Zé do Monte.

#77 – IFK Göteborg : Blåvitt

Les bleus et blancs. L’IFK Göteborg joue en bleu et blanc et ce n’est pas un hasard. A la fin du XIXème siècle, il existait un magazine pour la jeunesse appelé « Kamraten » (Camarade) qui était publié dans tout le pays. En 1895, deux étudiants, Louis Zettergren et Per Ehnemark, lancèrent un appel pour créer un mouvement sportif dans toute la Suède et publièrent une annonce en ce sens le 1er février dans le magazine « Kamraten ». Au mois de Mars, la première réunion de l’association se tint et la décision fut prise de la dénommer Idrottsföreningen Kamraterna (IFK – Camaraderie d’associations sportives, en français). A une époque où il n’existait pas d’organisation sportive nationale, cette association visait à développer le sport en Suède en créant un club à Stockholm et en essaimant des « filiales » dans les autres villes. Un nouvel appel à la jeunesse fut publié dans le journal « Kamraten » et les invitait à fonder des clubs sous la devise ihärdighet, färdighet, kraft och kamratskap (Persévérance, Compétence, Pouvoir et Camaraderie). Très vite, de nombreux clubs naquirent un peu partout. En 1904, une 39ème structure apparut, l’IFK Göteborg.

Ce dernier adopta alors comme tous les autres clubs de l’IFK, les couleurs bleus et blancs. Ces dernières sont censées symboliser l’innocence (blanc) et la loyauté (bleu). Elles furent inscrites dans les statuts de l’association générale dès 1899 et tous les IFK respectent cette charte. Ou alors, il faut obtenir une dérogation pour afficher d’autres couleurs. C’est le cas de l’IFK Malmö qui utilise le jaune et le blanc ou le bleu et rouge de l’IFK Stockholm.

Le club de Göteborg s’inscrivit donc dans la tradition bleue et blanche de l’IFK certainement aussi car ces deux couleurs correspondent à celles de la ville. D’ailleurs, l’écusson du club repose sur les armes de la cité. Göteborg se situe dans la région du Götaland, cœur historique de la Suède, dont les armoiries étaient celles de la Maison de Bjelbo, également connue sous le nom de Maison de Folkung. Cette dernière fut l’une des plus puissantes et riches familles nobles de Suède à partir du XIIème siècle. Elle donna au royaume de Suède plusieurs évêques et souverains ainsi que 3 rois de Norvège et un roi de Danemark au XIVème siècle. La description la plus ancienne des armoiries du Götaland apparaît dans une lettre de privilège de 1607.

#76 – Galatasaray : Sarı-Kırmızılılar

Les jaune et rouge, référence aux couleurs du club. Le club n’a pas toujours évolué dans ces couleurs. Mais, à compter du 8 décembre 1908, soit 3 ans après la fondation du club, Galatasaray opta définitivement pour ces couleurs. Alors que le club allait affronter une équipe composée de marins britanniques du navire HMS Barham de la Royal Navy, les dirigeants cherchaient de nouvelles couleurs qui les amèneraient à la victoire. Ali Sami Yen, fondateur du club, raconta l’histoire: « Après avoir été dans plusieurs magasins, nous avons vu deux tissus d’apparence élégantes dans le magasin de Fatty Yanko à Bahçekapısı (entre Eminönü et Sirkeci à Istanbul, maintenant appelé Bahçekapı). L’un d’eux était assez rouge foncé, ressemblant à la couleur cerise, et l’autre un jaune riche avec une touche d’orange. Lorsque le vendeur a fait voler les deux tissus d’un tour de main, ils sont devenus si brillants que cela nous a rappelé la beauté d’un chardonneret. […] Nous imaginions les flammes jaune-rouge qui brillaient sur notre équipe et rêvions que cela nous mènerait à des victoires. En effet, ce fut le cas. ».

Mais, le choix de ces couleurs n’est peut-être pas dû au hasard, simplement au détour d’une échoppe de tissus. Le club fut fondé par des étudiants de l’École impériale Mekteb-i Sultani, précédemment appelé Galata Sarayı Enderun-u Hümayunu (aujourd’hui Lycée de Galatasaray). Même si le club n’était pas rattaché à l’école, tout l’y ramenait. Ainsi, les membres cherchaient un nom au club mais finalement ils retinrent le nom de l’école car à l’issu d’un de leur premier match, les spectateurs se questionnèrent sur l’origine de ces joueurs et d’autres répondirent « Ce sont des messieurs du Palais de Galata » (Palais se dit Saray en turc). Résultat, le club se dénomma Galatasaray Terbiye-i Bedeniye. De même, les couleurs de l’école étaient (et sont toujours) le jaune et le rouge. En effet, selon la légende, au XVème siècle, le sultan Bajazet II était parti chasser sur les collines de Galata. Il aperçut alors une cabane vétuste au milieu d’un grand jardin parfaitement entretenu. Le propriétaire de cette bicoque, du nom de Gül Baba, fit visiter son jardin et offrit au sultan deux roses : l’une jaune, l’autre rouge. Pour le récompenser de son jardin, le sultan fit édifier à cet endroit une école et un hospice.

Aujourd’hui, si l’établissement scolaire et le club sportif sont toujours séparés, ils se confondent tout de même car le blason de l’école est celui du club …….

#75 – Manchester City : Sky Blues

Les bleus ciels, que les joueurs de Manchester City arborent sur leur maillot. La raison du choix de cette couleur n’est pas raisonnablement connue. Difficile de croire qu’elle fasse référence au ciel bleu. On est tout de même à Manchester ! En revanche, l’eau est bien plus présente dans la cité mancuniene et le blason du club pourrait aider à retenir cette hypothèse. Tout d’abord, il affiche un bateau qui rappelle le Manchester Ship Canal, une voie maritime qui relie la ville à la Mersey. En outre, trois bandes bleu ciel juste en-dessous représentent, quant à elles, les trois rivières qui traversent Manchester, l’Irwell, l’Irk et la Medlock. Voila suffisamment de raisons qui étayent cette théorie.

Ce bleu ciel a été une couleur plus ou moins constante dans le maillot du club anglais. Toutefois, les racines du club s’établisse en 1875 avec l’équipe de cricket de St. Mark’s (West Gorton). Comme dans la plupart des zones industrielles à forte croissance du nord et des Midlands, le quartier de West Gorton manquait de distraction et de lieu de réunion pour les jeunes résidents. Afin de les détourner de la délinquance et d’une consommation excessive de bière, la femme du vicaire de l’église Saint-Marc dans le quartier ouvrier de West Gorton, Anna Connell, décida de proposer des activités sportives en formant une association. En 1880, la section football fit son apparition. Son maillot était noire avec une croix maltaise. La présence de ce signe serait plus liée à un effet de mode qu’attaché à un symbolisme particulier. En 1887, suite à son expulsion de son terrain de jeu habituel, il trouva un nouveau refuge près d’un viaduc ferroviaire à Ardwick et prit alors le nom d’Ardwick FC. Avec ce changement de dénomination, le club opta pour un maillot bleu ciel et bleu marine, façon Blackburn Rovers, accompagné d’un short blanc. En 1890, en gardant la même configuration, les couleurs devinrent blanche et bleu ciel, avec un bas noir. 1892, nouveau changement avec un maillot intégralement blanc et un short bleu marine. En 1894, les difficultés financières d’Ardwick conduisirent à une réorganisation au sein du club et Ardwick se transforma en Manchester City. Le maillot devint alors bleu ciel définitivement, même si la teinte pouvait varier. A noter qu’après la Seconde Guerre mondiale, les couleurs de City étaient décrites comme « bleu clair » et, au début des années 1950, comme « bleu ciel ». Aucun document ou article permet de démontrer une évolution de la couleur entre ces deux périodes.

#74 – AEK Athènes : δικέφαλος αετός

L’aigle à deux têtes, surnom mais également symbole du club qui s’affiche sur son écusson. Pour connaître le choix de ce symbole, il faut remonter aux origines du club.

En 1919, portée par son nationalisme, la Grèce lança une expédition militaire pour occuper les régions d’Asie Mineure où habitaient des populations orthodoxes de langue grecque, héritières de l’époque hellénistique, qui étaient persécutaient par l’Empire Ottoman. Soutenu par les britanniques et les français ainsi que leurs victoires, la Grèce obtint des possessions en Anatolie suite au Traité de Sèvres (1920). Mais, ce traité ne fut pas ratifié par les deux parties, qui demeuraient insatisfaites, et la guerre reprit. Au final, les troupes de la jeune Turquie renversèrent le jeu des alliances et gagna des batailles qui conduisit pour les grecs à la Megalê katastrophê (la Grande Catastrophe) en 1922. La Grèce perdit tous les territoires conquis et surtout un grand échange de population eut lieu. 1 300 000 Grecs de Turquie émigrèrent vers la Grèce tandis que 385 000 Turcs quittèrent la Grèce pour la Turquie.

Arrivée en 1922, notamment à Athènes, ces immigrés se regroupèrent au sein de nouvelles structures proposant des activités sportives. Ainsi, en 1924, l’AEK fut fondé par la communauté grecque ayant fuit Constantinople (d’où le K de AEK qui signifie Konstantinoupóleos). Le club souhaitait alors se rappeler cette catastrophe et des origines des fondateurs du club et reprit de nombreux symboles de l’Empire Byzantin (l’âge d’or de Constantinople et de la religion Orthodoxe), dont le fameux aigle à deux têtes. Celui-ci était en outre le symbole du Patriarcat œcuménique de Constantinople.

Cet aigle bicéphale s’imposa dans l’héraldisme byzantin avec la dynastie macédonienne des Paléologue. Le motif se trouvait déjà dans l’art à l’âge du bronze, mais également en Grèce mycénienne et dans le Proche-Orient ancien, en particulier dans l’iconographie mésopotamienne et hittite. L’aigle à deux têtes apparaît vers le Xème siècle dans l’art byzantin mais bien plus tard comme emblème impérial au cours du dernier siècle de la dynastie des Paléologues (XIIIème-XVème siècle). Cette famille utilisait un aigle à deux têtes de couleur or sur fond rouge (couleur de l’Empire romain) sur lequel, au niveau de la poitrine, se trouvait le sympilima, monogramme de la famille. Toutefois, une autre famille dynastique utilisait également l’aigle à deux têtes. Il s’agissait des Comnènes qui régnèrent de 1057 à 1185 sur l’Empire Byzantin. Originaire de la région de Paphlagonie, au Nord de la Turquie, cette famille s’inspira certainement de l’aigle à deux têtes des Hittites, qui était associé à la ville paphlagonienne de Gangra. En tout cas, cet aigle à deux têtes qui ne se regardent pas pouvait être interprété par la suite comme l’Empire Romain dans ses composantes occidentale et orientale.

#73 – SM Caen : Malherbe

Le surnom est simplement tiré du nom du club, Stade Malherbe de Caen. Mais pourquoi Malherbe ? Le club fut fondé le 15 octobre 1913 et résultait de la fusion de deux associations sportives : le Club Malherbe caennais et le Club Sportif caennais. Le compromis entre les deux clubs parvint à adopter le « Malherbe » dans le nom du club ainsi que les rayures verticales du CMC et le « S » du CSC ainsi que ses couleurs rouge et bleu. Le Club Malherbe caennais était une émanation de l’Union Athlétique du Lycée Malherbe. Les origines du club se trouvent donc au Lycée Malherbe de Caen, un des plus grand lycée de France, accueillant près de 2 000 élèves. Créé en 1804, il prend son nom définitif en 1892 et fait référence à François de Malherbe. Ce dernier était né à Caen et fut le poète officiel des rois Henri IV et Louis XIII. Il ouvrit la voie au classicisme en imposant à la langue et à la littérature française un idéal de rigueur, d’harmonie et de clarté. Pas sur pour autant que les joueurs du SM Caen soient rigoureux, classiques voire des poètes.

#72 – Real Betis Balompié : Verdiblancos

Les verts et blancs. Le surnom fait bien évidemment référence aux couleurs du maillot du Real Betis. Dans les premières années, le club jouait en maillot bleu et un short blanc. Fin 1911, le club commença à utiliser une chemise à rayures verticales de couleurs vertes et blanches. L’un des fondateurs, Manuel Ramos Asensio, avait étudié une année aux Maristes de Dumfries, près de Glasgow. Or, les Maristes de Glasgow représentaient le berceau du Celtic Glasgow qui évoluait avec un maillot à rayures blanches et vertes, couleurs traditionnelles de l’Irlande (cf. #249). Il influença donc pour que le club se fournit en Ecosse et que l’équipe portât cette nouvelle tenue blanche et verte.

Après la fusion entre le club et le Betis Football Club en 1914, le club abandonna le maillot vert et blanc pour se tourner vers d’autres couleurs. Parfois, les joueurs portaient un maillot avec des rayures jaunes et noires que le Betis Football Club utilisait par le passé. D’autres fois, un maillot vert intégralement vert était arboré. Cependant, la tenue dominante demeurait le maillot bleu et le pantalon blanc.

Puis, en 1919 ou 1920, le maillot vert et blanc que Manuel Ramos avait proposé en 1911 redevint la tenue principale. Hasard ou pas (personne ne le sait), le retour à ces couleurs coïncida avec l’adoption officielle par l’Andalousie lors de l’Assemblée de Ronda en 1918 de sa bannière qui se composait de deux bandes horizontales vertes (une en haut et l’autre en bas) et d’une centrale blanche. Ce drapeau fut l’oeuvre de Blas Infante, homme politique nationaliste andalou. Dans un article intitulé Las insignias de Andalucía (les insignes de l’Andalousie) publié dans la revue Andalucía le 31 Décembre 1919, le drapeau était ainsi décrit « Verde es la vestidura de nuestras sierras y campiñas prendida por los broches de las habitaciones campesinas blancas (…), blancas son nuestras villas y antiguas ciudades de blancos caseríos con verdes rejerías orladas de jazmines. Pura y blanca como un niño, es la Andalucía renaciente que nuestro regazo calienta. Y es aquella esperanza siempre reverdecida y ya conscientemente sentida y definida por los nacionalistas andaluces (…). La bandera blanca y verde enseña de esa pureza y de esa esperanza. » (Le vert est le vêtement de nos sierras et de nos campagnes épinglées par les broches des chambres blanches des paysans (…), le blanc est celui de nos villages et de nos vieilles villes aux fermes blanches à treillis vertes bordées de jasmin. Pure et blanche comme un enfant, c’est l’Andalousie renaissante que notre giron réchauffe. Et c’est cet espoir qui est toujours vert et déjà consciemment ressenti et défini par les nationalistes andalous (…). Le drapeau blanc et vert est l’enseigne de cette pureté et de cette espérance). Mais ce drapeau eut du mal à se faire connaître des andalous et il fallut attendre les années 1930 pour que son aura investît la population andalouse. En 1932, pour l’imposer aux Andalous, la Commission de l’Assemblée régionale rappelait à la presse que l’interprétation symbolique la plus largement acceptée des bandes alternées vertes et blanches était qu’elles représentaient des maisons blanches sur un champ vert, les villages et les champs andalous.

Depuis le début des années 1920, le kit de l’équipe a été le maillot rayé vert et blanc et le short blanc.

#71 – Glasgow Rangers : Teddy Bears

Les tendres ours. Comme pour le surnom d’Hibernian (Cabbage – Article #49), il s’agit d’un jeu de mot en argot écossais (rhyming slang). La prononciation de Rangers avec l’accent écossais accentue la dernière syllabe et celle-ci rime avec Bears. Le jeu de mot consiste à remplacer un mot par une phrase, sans rapport avec le mot mais ayant la même sonorité que le mot. Puis, la phrase est réduite à son premier terme pour signifier le mot initial. Par exemple, si vous dîtes « I’m going up the apples » (je monte les pommes), cela signifie « I’m going up the stairs » (je monte les escaliers). En effet, stairs (escalier) rime avec apples and pears (pommes et poires) et, au final, dans le jargon, apples remplace stairs. Dans celui des Rangers, le jeu de mot est plus simple puisqu’il ne joue que sur la sonorité.

Pourquoi le club s’appelle-t-il Rangers ? Galvanisés après avoir vu une équipe locale de Glasgow, Queen’s Park, jouer une nouvelle forme de football, cinq jeunes sportifs enthousiastes (pratiquant essentiellement l’aviron) fondèrent les Rangers en mars 1872 : les frères Moses et Peter McNeil, et les amis Peter Campbell, David Hill et William McBeath. Moses McNeil, qui est considéré comme la force motrice dans la formation du club, aurait vu le nom de « Rangers » dans un magazine intitulé « English Football Annual » rédigé par Charles Alcock (membre fondateur et plus tard secrétaire de la Football Association, et également créateur de la FA Cup). Dans ce livre, publié chaque année depuis 1868, Moses McNeil découvrit une équipe de rugby anglaise dénommée les Swindon Rangers qui jouaient en chaussette blanche, short blanc et maillot blanc avec une étoile bleue sur la poitrine. Le nom aurait tellement plu à Moses qui l’aurait proposé et fait adopté au reste de la troupe. Les fondateurs des Rangers copièrent non seulement le nom des rugbymen de Swindon, mais également leur kit. Selon certain, Moses avait aimé ce nom car Rangers rimait avec strangers (étrangers), ce qui symbolisait le rassemblement sous la houlette du club d’hommes différents (mais tout de même protestants) provenant de toute la ville.