#1443 – IFK Göteborg : Änglarna

Les anges. Dans le paysage du football suédois, l’IFK Göteborg occupe une place à part. Seul club nordique à avoir remporté des compétitions majeures de l’UEFA (les Coupes de la UEFA en 1982 et 1987), l’institution de Göteborg se distingue également par son riche palmarès local, le plus important de Suède (18 fois champions du pays, 8 coupes nationales entre autres). Si les joueurs sont historiquement appelés les Kamraterna (les Camarades) ou les Blåvitt (les Bleu et Blanc, cf. #77), c’est sous le poétique surnom d’Änglarna qu’ils sont reconnus aujourd’hui. L’origine de ce pseudonyme fait l’objet de plusieurs théories populaires.

Quatre versions majeures dominent l’imaginaire collectif, situant la naissance du surnom entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. La première, popularisée par certains médias nationaux et Wikipedia, attribue la paternité du terme à un livreur de journaux nommé Bengt Nilsson. Dans les années 1950, suite à une éclatante victoire 5-3 de Göteborg face à l’AIK Solna (Göteborg a battu l’AIK 5-3 le 17 août 1952 et le 5 juin 1955), cet homme serait entré fou de joie dans un pub en s’exclamant « Det finns bara ett ord för dom – Änglarna! » (Il n’y a qu’un seul mot pour les décrire : Anges !). Des journalistes présents auraient repris l’expression. Dès le lendemain, le journal « Ny Tid » consacrait une double page au match, sous le titre « Les Anges », illustré d’un dessin du caricaturiste Gunnar Bongberg, représentant les joueurs de Göteborg avec des ailes d’anges.

La deuxième hypothèse renvoie à la scène européenne. Lors de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de 1959-1960, à l’aube d’une confrontation face à Linfield (match se déroulant le 9 Septembre 1959), la direction du club nord-irlandais demanda au club suédois de transmettre son surnom officiel afin d’alimenter le programme du match. Subjugué par le jeu de passes courtes de son équipe lors des entraînements, un fidèle supporter, Henry Ek, aurait hurlé dans les tribunes « Vecka änglar ! » (Quels anges !). Les dirigeants, séduits par la résonance de la traduction anglophone (The Angels of Gothenburg), auraient officiellement adopté ce nom, relayé ensuite à grande échelle par la presse britannique.

Une troisième théorie suppose que lorsque les supporteurs adoptèrent la chanson « When the Saints Go Marching In » au début des années 1960 pour encourager leur équipe, un esprit créatif aurait rapidement substituer le terme de « saints » par celui, jugé plus percutant, d’ « anges », donnant alors naissance au surnom.

Enfin, une quatrième légende met en scène le légendaire Anders « Rövarn » Bernmar, alors entraineur du club rival de Djurgården. À la suite d’un match particulièrement physique, les dirigeants de Göteborg se seraient plaints de la brutalité des joueurs de la capitale. Bernmar aurait alors rétorqué « ni spelade inte som några änglar ni heller » (Vous n’avez pas vraiment joué comme des anges non plus).

Bien que séduisantes, ces pistes semblent contredites par les archives écrites. Le terme Änglarna était déjà utilisé dans la presse pour désigner l’équipe de Göteborg à l’automne 1951 au sein du journal Arbetartidningen, qui précisait qu’il s’agissait du qualificatif employé par les supporteurs les plus inconditionnels. De même, lors de la saison printanière de 1948, la formation d’Elfsborg dominait le championnat suédois. Le 27 mai 1948, lors de l’avant-dernière journée, l’IFK Göteborg parvint à briser cette dynamique en s’imposant 2-0 grâce à une performance magistrale menée par son attaquant vedette, Gunnar Gren. Le lendemain, le quotidien « Göteborgs Handels- och Sjöfartstidning » publia une critique dithyrambique où le journaliste écrivit « Kamraterna hade sin vackra dag igår, alla elva spelade som änglar och demonstrerade ett så rätlinjigt och precist kortpassningsspel, att det var en fröjd att skåda » (les camarades ont vécu une journée magnifique hier. Les onze joueurs ont joué comme des anges, démontrant un jeu de passes courtes, simple et précis, un vrai régal pour les yeux).

Ces antécédents chronologiques excluent donc de fait les matchs contre l’AIK, la campagne européenne de 1959 et l’arrivée du chant des Saints comme explication de ce surnom. En outre, bien que Bernmar ait dirigé Djurgården lors de rencontres antérieures à la parution de l’article de 1951, cette théorie apparaît discutable car l’expression « ne pas être un ange » était une tournure linguistique très courante qui ne devait pas être particulièrement remarquée par les lecteurs du journal. D’où, il semble probable que le style de jeu développé par Göteborg lors du match face à Elfsborg soit la véritable origine de ce surnom.

#1442 – CD Iquique : los Dragones Celestes

Les dragons célestes. L’institution phare du nord du Chili arbore un surnom poétique, qui rappelle que sa ville de résidence, Iquique, s’allonge entre d’un côté les dunes du désert d’Atacama et de l’autre la côte Pacifique. Le dragon s’affiche d’ailleurs sur son écusson et ce surnom fut popularisé par les commentateurs radiophoniques Raúl Duarte Rivera et Hernán Cortez Heredia dans les années 1980.

La première partie de ce surnom, le terme « Dragon », ne tire pas son origine d’une influence asiatique ou d’une créature héraldique européenne classique, mais d’un monument naturel majestueux qui surplombe la ville d’Iquique : le « Cerro Dragón » (la Colline du Dragon). Il s’agit d’une immense dune de sable, longue de 4 km et culminant à 320 mètres. l’une des plus grandes dunes urbaines au monde. Sa forme et sa crête sinueuse rappellent le dos d’un dragon géant endormi. La légende raconte qu’un énorme dragon s’est installé sur les côtes d’Iquique, dominant les peuples indigènes et kidnappant la fille du cacique, nommée Collaka. Face à cette menace, un jeune chasseur rusé nommé Lloko entreprit de sauver la jeune femme. Il réussit à endormir la bête à l’aide d’une nourriture empoisonnée. Le dragon, profondément endormi face à la mer, fut recouvert de sable par le vent au fil des siècles, formant la dune actuelle. Cependant, le mythe ne s’arrête pas là : la légende prévient qu’un jour, le dragon se réveillera pour se venger. En adoptant ce symbole, le club de football s’approprie la force, l’ancrage territorial et la menace latente de cette créature mythologique prête à s’éveiller lors de chaque rencontre sportive.

Si le dragon représente la géographie et les mythes de la région, l’adjectif « Céleste » (bleu ciel) renvoie directement à la couleur historique arborée par le club. Depuis les années 1940 (avant la création du club), les équipes sportives d’Iquique adoptèrent la couleur bleue ciel des armoiries de la cité. Ville côtière par excellence, nichée entre l’océan Pacifique et le ciel immaculé du désert, Iquique a naturellement fait du bleu clair son étendard. Outre la couleur, ses armoiries reprennent d’autres symboles maritimes (vagues, bouée de l’Esmeralda) et rappellent donc la nature intrinsèquement portuaire d’Iquique, son lien vital avec l’Océan Pacifique pour le commerce, ainsi que la pêche et ses plages. Par tradition, les fondateurs du CD Iquique reprirent cette couleur.

Mais d’autres avancent que le choix de ce maillot bleu ciel fut inspiré par la légendaire équipe nationale d’Uruguay, mondialement connue sous le nom de La Celeste. Les fondateurs et premiers dirigeants du football à Iquique souhaitaient insuffler à leur équipe la fameuse garra charrúa – cet esprit de combativité, de ténacité et de bravoure qui caractérise les joueurs uruguayens et que le CD Iquique répliqua sur le terrain.

#1318 – CS Gloria Bistrița-Năsăud : Echipa lui Dracula

L’équipe de Dracula. Héritière de l’ACF Gloria Bistrița, le club actuel n’est plus qu’une pale copie de son prédécesseur. Ce dernier connaissait ses heures de gloire dans les années 1990 et au début des années 2000, avec une victoire en Coupe de Roumanie en 1994 et une coupe de la Ligue en 2000 ainsi qu’une 3ème place en championnat lors de la saison 2002-2003. Il était même parvenu à tenir tête à l’Atletico Madrid en finale de la Coupe Intertoto en 2007. Le nouveau club, qui démarra ses activités 3 ans après la fin de l’ACF, patauge en 3ème division. Son stade, qui avait accueilli les grands noms du championnat roumain, se délabre. En clair, l’équipe de Dracula ne fait plus peur.

Le célèbre personnage de l’auteur irlandais Bram Stoker marque de son empreinte le pays et en particulier la région de Bistrița. Rappelons que l’oeuvre, de style horreur gothique, publiée en 1897, relate les agissements criminels du vampire Dracula dans son chateau puis en Angleterre. Il sera poursuivi par le célèbre chasseur de vampire, Abraham Van Helsing. De nombreuses fois adaptés au cinéma, Dracula et Van Hesling sont devenus des personnages mythiques dans la culture populaire partout dans le monde.

Si Dracula comme son chateau retiré sont fictifs, ils s’inspirent de l’histoire Roumaine et de l’environnement de la Transylvanie, une région roumaine située à l’intérieur de l’arc des Carpates. Tout d’abord, Dracula ressemblent à deux princes de Valachie du XVème siècle : Vlad III Basarab, dit Țepeș (l’Empaleur) ou Drăculea (fils du Dragon), et son père Vlad II, dit Dracul (le Dragon). Les deux Vlad construisirent leurs légendes de tyrans sanguinaires en exerçant un pouvoir autoritaire et cruel. Puis, au début du XIXème siècle, la littérature s’empara de la Roumanie, et particulièrement de la Transylvanie, pour y narrer des histoires effrayantes ou de vampire (« L’Étranger des Carpathes » de Karl Adolf von Wachsmann, « Capitaine Vampire » de Marie Nizet et « le Château des Carpathes » de Jules Verne). Bram Stoker y situa donc aussi le chateau retiré de Dracula. Précisement non loin de Bistrița. La ville roumaine (citée sous son nom allemand Bistritz dans le roman) était également la dernière étape où séjourna un de ses personnages, le clerc de notaire britannique, Jonathan Harker, avant de rejoindre le chateau de Dracula. Evidemment, la ville exploite aujourd’hui cette imaginaire et nombreuses sont les attractions sur le thème de Dracula. Notamment, un hotel « Coroana de Aur » y a vu le jour il y a une cinquantaine d’années, du nom de l’hotel où résida Jonathan Harker dans le roman.

#1308 – SV Werder Brême : Sphinx des Nordens

Le Sphinx du nord. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les alliées occupants l’Allemagne firent dissoudre toutes les associations sportives que le régime Nazi avait toléré après leur nettoyage politique du sport allemand. De même, les fédérations et ligues disparurent. Mais, les allemands ne pouvaient rester sans loisirs sportifs et les clubs comme les ligues se reformèrent avec l’aval des autorités alliées. Ainsi, le Werder fut dissous le 10 novembre 1945 mais grâce à la fusion des clubs TV Vorwärts et Freie Schwimmer 1910, interdits à l’époque nazie, le Werder réapparut en Novembre. La même année, les premières ligues régionales élites, celles du Sud et du Sud-Ouest, furent fondées, et deux ans plus tard, celles du Nord et de l’Ouest suivirent. De 1947 à 1963 (date de création de la Bundesliga), le Werder évolua donc dans la « Fußball-Oberliga Nord » au côté notamment de Hambourg SV, FC St. Pauli et Hanovre 96, avec la possibilité de se qualifier pour le tour final du championnat allemand.

Durant ces 16 années, l’Oberliga Nord fut dominé par Hambourg qui la remporta 15 fois. Le Werder ne parvint jamais à la première place de l’Oberliga mais disputa les 16 saisons et obtint la deuxième place au classement cumulé avec 466 matchs joués pour 246 victoires. Ainsi, le Werder était un des grands animateurs du championnat, terminant vice-champion lors des 5 dernières saisons, de 1959 à 1963. Lors des matches face aux cadors de Hambourg ou St. Pauli, l’équipe de Brême s’imposait souvent. En revanche, face à des équipes plus faibles, elle perdait tout aussi régulièrement. Avec ces performances imprévisibles, l’équipe gagna le surnom de Sphinx des Nordens.

Mais, pourquoi le sphinx ? En évoquant le sphinx, l’image de l’immense statue à la tête d’humain et le corps de lion se dressant devant les grandes pyramides du plateau de Gizeh revient. Cette créature légendaire, qui revêtit différentes formes mi-humaine, mi-animal, parfois ailé, s’imposa dans le monde antique. Le terme « sphinx » viendrait du grec ancien Σφίγξ qui signifie « étrangler », lui-même dérivant du sanskrit स्थग, signifiant « dissimulé ». Ce qui corrobore le sens que les égyptiens donnaient à la créature. Placé devant les temples, les sphinx empêchaient le peuple, les non-initiés, de pénétrer dans les sanctuaires et donc d’accéder aux Dieux. Ils perpétraient l’idée que la connaissance des Dieux était entouré de mystères, réservé à des sachants. Au fil des siècles, le sphinx conserva cette imaginaire de mystère. Et, par ces résultats aléatoires, l’équipe de Brême paraissait bien mystérieuse pour ses supporteurs. Quand, de nos jours, le club retombe dans ses travers, ce surnom, un peu poussiéreux, reprend vie.

#1296 – Wellington Phoenix FC : the Nix

Diminutif du nom de la franchise. Après 26 ans d’existence, le championnat australien de football (NSL) s’essoufflait avec le départ croissant des meilleurs joueurs australiens vers des ligues étrangères, un accord de télévision désastreux, le manque d’affluence et la baisse de sponsoring qui en a résulté. Un nouveau championnat fermé, A-League, fut donc lancé en 2004 avec 10 franchises, dont 9 basées dans les principales villes australiennes. Mais, comme la NSL l’avait fait en 1999 en favorisant la fondation des Auckland Kingz, la fédération australienne invita à la création d’une franchise en Nouvelle-Zélande, New Zealand Knights à Auckland. Mais, après deux saisons, cette dernière fut dissoute car les résultats étaient catastrophiques (2 fois derniers, 6 victoires en 42 matchs) et donc les affluences aussi. Toutefois, la A-League et la fédération néo-zélandaise souhaitaient conserver cette présence étrangère et une nouvelle franchise fut donc installée.

Après les échecs de quelques candidatures, Terry Serepisos, un promoteur immobilier de Wellington porta un nouveau projet et apporta les garanties financières nécessaires. Le nouveau club de Wellington fut confirmé le 19 mars 2007. Evidemment, il fallait trouver un nom au nouveau club, élément marketing important dans les franchises des nouveaux marchés. Le propriétaire organisa un concours et plus de 250 noms furent proposés par le public le 23 mars 2007. Le Phoenix ressortit devant les autres dont FC Wellington, Wellington United et Wellington City. La liste fut réduite à 6 et une nouvelle consultation fut lancée dans le journal « Dominion Post ». Parmi les lecteurs, le nom classique « FC Wellington » reçut le plus de soutien, mais parmi les autres cinq noms, plus illustrés, « Phoenix » devança les propositions « Wasps » et « Centurions », tandis que « Thunder » et « Crew » étaient les moins populaires. Les participants avaient une idée, tel que l’écrit l’un d’eux « Follow the lead of the best, stick with a traditional name and let a nickname come from the crowd » (Suivez l’exemple des meilleurs, restez avec un nom traditionnel et laissez un surnom venir de la foule). Seulement, ce n’était peut-être pas satisfaisant pour un propriétaire de franchise qui avait besoin de créer une identité plus rapidement avec le public.

Terry Serepisos retint donc « Phoenix » car « Phoenix took my eye and has stayed with me. It symbolises the fresh start, the rising from the ashes and the incredible Wellington support that has come out » (Phoenix a attiré mon attention et est resté avec moi. Il symbolise le nouveau départ, la renaissance des cendres et l’incroyable soutien de Wellington qui s’est manifesté). Le nom faisait appel à la mythologie, ce qui créait un symbole, une identité connue de tous, et faisait référence à la renaissance du football néozélandais après l’échec de la première franchise. Et comme le dira ultérieurement l’un des membres du groupe de supporteurs, Yellow Fever, « There’s always a feeling of hope around the Phoenix » (il y a toujours le sentiment d’un espoir avec le Phoenix).

#1287 – Wrexham AFC : the Red Dragons

Les dragons rouges. Fondé en 1864, le plus vieux club gallois et l’un des plus anciens professionnels au monde, qui évolue dans les ligues anglaises, cultive sa « gallitude » . A regarder de près son écusson, on y retrouve de nombreux symboles du Pays de Galles, dont les trois plumes blanches émergeant d’une couronne d’or accompagnées de la devise en allemand « Ich dien » (je sers). Surtout, les 3 couleurs du drapeau du Pays de Galles (vert, blanc et rouge) ressortent, avec la créature fantastique qui l’illustre, le dragon rouge. L’écusson du club en affiche deux tenant un ballon de football alors que la bannière nationale n’en comporte un mais qui occupe la place centrale. Le nom du drapeau gallois est Y Ddraig Goch, qui signifie le dragon rouge.

Dans le recueil « Historia Brittonum », rédigé entre le IXème siècle et le XIème siècle, la légende raconte que Gwrtheyrn, chef du petit royaume gallois de Powys, s’enfuyait de ses terres face à l’envahisseur anglo-saxons. Il essaya de construire un château à Dinas Emrys pour consolider sa retraite. Mais, les murs ne cessaient de s’effondrer. On lui révéla que cela était dû à la présence dans la terre de deux dragons : un dragon rouge représentant les gallois-celtes et un dragon blanc représentant les anglo-saxons. Merlin prophétisa alors que les gallois reprendront l’île et repousseront les anglo-saxons vers la mer. Plusieurs autres écrits reprirent plus ou moins cette histoire du dragon rouge : le « Mabinogion » confirmait la couleur rouge du dragon et l’ « Historia regum Britanniae » racontait la légende du Roi Cadwaladr, qui avait un dragon rouge comme étendard et renonça à son trône en 688 en raison d’une prophétie selon laquelle son sacrifice entraînerait une future victoire des gallois sur les anglo-saxons.

L’animal fantastique libérateur devint alors un symbole d’indépendance et ancra le mythe d’un messie qui délivrera la Grande-Bretagne de la domination des saxons. Un certains nombres de chefs gallois reprirent à leur compte ce symbole pour renforcer leur pouvoir et d’ailleurs le terme gallois draig (dragon) fut parfois utilisé pour désigner le chef des gallois. En 1400, Owain Glyndŵr hissa l’étendard du dragon lors de ses révoltes contre l’occupation du Pays de Galles par la couronne anglaise. Pendant la guerre des Deux-Roses qui opposa les maisons d’York et de Lancastre pour le trône d’Angleterre (1455-1487), le mythe du dragon rouge servit la propagande de certains acteurs en se prétendant le messie qui allait restaurer l’authentique lignée antique de Cadwalader et bouter les saxons hors de l’Angleterre. Après la victoire de son fils à Bosworth Field (1485), Henri VII utilisa une bannière avec un dragon rouge sur un fond blanc et vert en entrant dans la Cathédrale de St Paul. Il fonda alors la dynastie des Tudor dont le dragon s’imposa dans son blason. En 1807, le dragon rouge sur une monture verte fut adopté comme insigne royal du Pays de Galles. Puis, le drapeau actuelle fut officiellement reconnu en 1959.

Pour que le surnom s’impose, fallait-il encore que les joueurs de Wrexham évoluent en rouge, ce qui est le cas de manière continue depuis 1939. De sa fondation jusqu’en 1873, l’équipe ne portait pas de maillot uniforme, au grand dam de la presse qui trouvait ces équipements pas soignés. Pour remonter leur côte, le club prit la décision de porter des maillots blancs. En 1876, Wrexham adopta les couleurs écarlate et noire. Après le retour du blanc pendant une saison, à partir de 1886, le bleu et le blanc s’imposa (parfois avec du jaune). En 1904 et pour 21 ans, les joueurs portèrent des chemises intégralement vertes. De 1921 à 1925, un maillot totalement rouge fut utilisé. Au début de la saison 1925-1926, les maillots bleu et blanc revinrent. Et enfin, en 1939, le rouge s’imposa définitivement. En 1967, le blason du club, inspiré vaguement des armoiries de Wrexham (donc sans dragon), fut ajouté aux maillots de l’équipe. Puis, cet écusson fut remplacé en 1975 par un nouveau, s’inspirant cette fois largement de l’iconographie galloise (donc avec le dragon rouge) et qui perdure aujourd’hui.

#1275 – Altınordu FK : Kırmızı Şeytanlar

Les diables rouges. A l’issue de la Première Guerre mondiale, étant dans le camp des vaincus, l’Empire Ottoman s’effondra et le traité de Sèvres répartît le territoire entre les alliés anglais, français, italiens et grecs ainsi qu’à certaines minorités opprimées comme les kurdes et les arméniens. Mustafa Kemal, héros militaire de la guerre malgré la défaite, vit l’occupation étrangère comme une humiliation et organisa la résistance. Il chassa les troupes françaises, grecques et arméniennes des régions occupées, détrôna le Sultan Mehmed VI, le considérant comme un traite à la solde des forces étrangères, et institua la République de Turquie le 29 octobre 1923.

A Izmir, avec l’avènement du nouvel Etat, Karşıyaka (fondé en 1912) et à Altay (fondé en 1914) reprirent leurs activités alors que d’autres profitèrent de cette effervescence pour créer de nouvelles structures comme Altınay (le 25 Juillet 1923) qui devint plus tard İzmirspor après une fusion avec Sakarya (fondé également en 1923). Ainsi, chaque quartier de la ville comptait son club de football à l’exception de celui de Basmane-Tilkilik-Namazgâh. 3 jeunes de cette région, Mustafa Balöz, Hüseyin Yurdakul et Mehmet Hancıoğlu, avec le soutien du Dr Hacı Hasanzade Ethem, convainquirent d’autres de les rejoindre pour créer un club le 26 décembre 1923.

Cette guerre d’indépendance avait exalté le patriotisme des turcs et les membres de ce nouveau club étaient gagnés par ce goût nationaliste. Ainsi, il fallait trouver un nom à la hauteur. Zafer (Victoire), Hilal (Croissant) et Kurtuluş (Libération) vinrent dans les premières propositions sans gagner l’adhésion de tous. Puis, les références historiques s’imposèrent pour fédérer cette nouvelle identité autour de racines communes et une grandeur passée. Ainsi, l’enseignant Mehmet Rıza insista pour Göktürk (un royaume turc s’étendant sur la Mongolie et l’Asie centrale au VIème et VIIème siècle après J.-C.) quand d’autres proposaient Sakatürk (Iakoutes ou Sakha, un peuple turcophone de Sibérie). Finalement, Süleyman Ferit remporta les suffrages avec Altınordu (la Horde d’Or), un empire turco-mongole qui domina une grande partie de l’actuelle Russie, de l’Ukraine, de la Bulgarie danubienne et de l’Asie centrale. Cette tendance nationaliste s’étendit aux couleurs. Le club opta pour le rouge, couleur du sang des martyrs et vétérans, héros de la guerre d’indépendance, et le bleu marine, couleur de l’acier, qui représente la force et la puissance.

#1264 – Venise FC : i Leoni Alati

Les lion ailés. Quand vous voyez sur un monument un lion ailé sculpté en Italie ou dans une ville côtière du bassin méditerranéen orientale, il est fort probable que ce lieu appartenait à la Sérénissime. Car, de 697 à 1797, Venise fut une grande cité indépendante, régnant sur une partie du Nord de l’Italie et du pourtour méditerranéen, et une place incontournable du commerce, où transitaient les échanges depuis les îles britanniques jusqu’aux empires byzantins ou musulmans et les routes de la soie, grâce à sa marine marchande et militaire.

Il existe plusieurs légendes autours du lien entre la cité des Doges et l’évangéliste. Originaire de Judée, l’apôtre Saint Marc se serait rendu à Alexandrie en Égypte, pour en être son évêque, mais face aux nombreuses conversions, il aurait été capturé par des païens et serait mort en martyr un 25 avril vers l’an 68-75. La première histoire évoque Saint Marc, voyageant en bateau d’Aquilée (vers Udine) à Alexandrie en Égypte, et qui fit face à une tempête et dut accoster au Rialto. Le Saint aurait alors trouvé l’hospitalité dans une pauvre cabane de pêcheurs et, dans un rêve, un ange lui serait apparu qui lui aurait prédit : « Sur cet îlot, ô Marc, un jour surgira une grande ville merveilleuse et tu y trouveras ton dernier repos et tu auras la paix » . Une autre légende raconte qu’après son supplice et son décès, le corps de Saint Marc devait être brûlé par les païens mais des averses de grêle et des éclairs les en empêchèrent. Les chrétiens d’Alexandrie récupèrent le corps et l’enterrèrent dans une église. En 828, le cadavre fut volé avec ruse par deux marchands vénitiens, Buono da Malamocco et Rustico da Torcello, et transporté à Venise. La cité construisit alors la célèbre basilique pour accueillir ces reliques.

La représentation traditionnelle de Saint Marc est un lion ailé. En effet, depuis l’Antiquité chrétienne primitive, les quatre évangélistes prennent souvent la forme allégorique du tétramorphe (quatre vivants représentant les quatre évangélistes) : l’homme pour Matthieu, l’aigle pour Jean, le taureau ailé pour Luc et donc le lion ailé pour Marc. Ce symbolisme rappelle le commencement de leurs évangiles. Pour Saint Marc, les premières lignes de son évangile décrive la prédication de Jean le Baptiste dans le désert (« un cri surgit dans le désert »), équivalent à un lion. Ses ailes symbolisent l’élévation spirituelle et demeure également une allusion à la salutation d’un ange à Saint Marc.

Ainsi, Venise reprit cette représentation de son Saint Patron comme symbole de la cité. Outre le lion ailé que l’on peut trouver sur la colonne de la place éponyme, le drapeau de la Sérénissime affichait l’animal biblique, dans des couleurs rouge et or. L’apparition de cette bannière n’est pas connue avec certitude mais, au XIIIème siècle, son utilisation est déjà attestée. Aujourd’hui, il est également un symbole du club de football, qui apparait de manière stylisée sur son écusson.

#1227 – Al Ahly SC : الشياطين الحمر

Les diables rouges. L’histoire du club égyptien débuta en 1907 sur l’initiative de Omar Lotfy alors qu’il présidait le Club des lycéens. Ce dernier avait servi de catalyseur pour le leader nationaliste, Mustafa Kamil, afin d’enflammer les étudiants contre l’occupation britannique, l’Egypte étant sous domination du Royaume-Uni depuis les années 1880. Ainsi, si l’objectif premier de Lofty était d’occuper le temps libre des jeunes avec cette nouvelle association, l’approche politique n’était pas exclue puisque le club apparaissait aussi comme un moyen de réunir des jeunes, de promouvoir l’identité égyptienne et les idéaux nationalistes. Kamil allait donc également exploité ce nouveau club pour poursuivre l’élan nationaliste. Naturellement, les fondateurs dotèrent le club de nombreux attributs nationalistes, notamment ses couleurs. Ils optèrent pour le rouge et blanc, couleurs du drapeau de l’Egypte au début du XXème siècle.

Avant l’occupation britannique, l’Egypte faisait parti de l’Empire Ottoman. Mais, à partir de l’arrivée de Méhémet Ali comme wali (gouverneur d’Égypte) en 1805, l’Egypte gagna de plus en plus d’indépendance vis-à-vis de la Sublime Porte. Mais, Méhémet Ali nourrissait de grandes ambitions et souhaitait déposer la dynastie ottomane afin de s’emparer du trône du sultan. Ainsi, pour se mettre au même niveau que le sultan dans la symbolique, il introduisit un nouveau drapeau, rappelant fortement celui des Ottomans, avec trois croissants et étoiles blancs sur fond rouge. Lors de la révolte de 1919, le drapeau de Méhémet Ali réapparût dans les rangs nationalistes.

Depuis la fondation d’Al Ahly, ces deux teintes ne quittèrent jamais le maillot et l’écusson du club. Le maillot évolua car au départ il comportait des rayures blanches et rouges. Puis, un scapulaire fit son apparition et dans les années 1930, le maillot ressembla à celui d’Arsenal ou de Blackburn. A la fin des années 1940, Al Ahly opta définitivement pour un maillot intégralement rouge, accompagné d’un short blanc. Le rouge (qui rappelle le sang – celui des crimes – et le feu – les flammes de l’enfer) est souvent associé au diable d’où le surnom. La couleur donna également d’autres surnoms comme القلعة الحمراء (château rouge) et المارد الأحمر (génie rouge).

#1211 – CA Fénix : el Ave

L’oiseau. A Montevideo, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, les échanges commerciaux du Royaume-Uni avec la capitale uruguayenne étaient nombreux, favorisant l’arrivée des nouvelles modes britanniques, notamment le sport. Le football se répandit ainsi à Montevideo et dans chaque quartier de la capitale émergèrent des clubs de football. Dans celui de Capurro, en 1909, un club vit le jour sous le nom de Guaraní mais il cessa ses activités dès 1913. Le 7 Juillet 1916, des jeunes qui avait connu l’aventure Guaraní décidèrent de fonder un nouveau club pour le quartier de Capurro. Ils le nommèrent Fénix (Phénix en Français) en référence à l’oiseau magique qui renaît de ses cendres, afin de signifier que l’ancien club de Guaraní renaissait au travers de la nouvelle association. L’oiseau apparaît sur le blason du club sous sa forme héraldique, ie de face, tête de profil, ailes étendues, sur son bûcher, appelé « immortalité » .

Cet oiseau mythique au plumage souvent rouge et doué d’une extraordinaire longévité (pas moins de 500 ans) a le pouvoir de renaître de son cadavre ou de ses cendres, après s’être consumé sur un bûcher. Il représente ainsi la mort et la renaissance, la survie de l’âme. Cette immortalité le dote d’un grand pouvoir et il est donc un oiseau respecté. Son apparition peut être annonciateur d’un évènement important. Certes, les flammes le brulent, le tuent mais il s’agit d’un feu de purification et de passion. Ainsi, le phénix est également appelé oiseau de feu. Au final, le phénix représente la cyclicité du monde : le cycle de la vie par sa faculté à naître, vivre et mourir, le cycle solaire en accompagnant le feu du soleil de l’aube au crépuscule et le cycle du temps, tout n’étant qu’un éternel recommencement. Mentionné sous le nom de phénix chez les grecs et les romains, il apparaît également dans de nombreuses autres cultures. Ainsi, dans la mythologie égyptienne, il est l’âme du Dieu soleil, Rê et se nomme Bénou. Dans les croyances kurdes et perses, il s’appelle Simurgh ou Rokh. Dans la culture chinoise, il s’apparente à Fenghuang et pour les japonais à Ho-ou. Chez les juifs, les oiseaux Khôl et Ziz présentent les mêmes caractéristiques. Dans le bouddhisme tibétain, on le retrouve sous le nom de Khyung. Enfin, chez les chrétiens, il est l’un des emblèmes du Christ, mort puis ressuscité.