#1259 – Presidente Hayes : los Yankees

Les yankees. Dans le précédent article (#1196), nous nous intéressions au club paraguayen du CS Colombia qui rendait hommage à la Colombie. Ce pays avait été un des rares à soutenir le Paraguay dans la Guerre de la Triple-Alliance (1864-1870), où il faillit disparaître. Opposé au Brésil, à l’Argentine et à l’Uruguay,  le Paraguay ne pesa pas et perdit la guerre en 1870. Les pertes furent terribles pour le pays. Même si les chiffres sont souvent contestés et peu fiables, le Paraguay aurait perdu une grande partie de sa population (jusqu’à 60%) et se retrouva presque sans hommes (jusqu’à 80% de sa population masculine serait décédé). Occupé jusqu’en 1876 par le Brésil et l’Argentine, le Paraguay fut également amputé de 140 000 km2 (soit 70% de son territoire). 

Fondé le 8 Novembre 1907, dans le quartier Tacumbú d’Asunción, ces jeunes membres décidèrent de rendre hommage à un autre défenseur des intérêts paraguayens, le Président des Etats-Unis, Rutherford B. Hayes, de 1877 à 1881. Aux Etats-Unis, ce président ne laissa pas une grande trace. D’autant plus que son élection fut controversée puisqu’il perdit le vote populaire en 1876, mais accéda à la présidence grâce à des manœuvres des grands électeurs. Mais, au Paraguay, sa réputation est grande. Après avoir perdu une grande partie de son territoire après la Guerre de la Triple-Alliance, l’Argentine tenta de tirer profit de la faiblesse du Paraguay, occupa et revendiqua le Chaco, la vaste région sauvage du nord du Paraguay. A l’époque, il n’y avait pas d’organisation supranationale en mesure de régler le différend (comme aujourd’hui les Nations Unies). Les deux parties demandèrent donc à la grande puissance du Nord du continent, les Etats-Unis, de trancher et le président Hayes, en 1878, se rangea du côté du Paraguay. Cette décision permit au Paraguay de sauvegarder 60% de son territoire actuel et donc garantit sa survie en tant que nation.

Au Paraguay, une ville fut renommée Villa Hayes et un département prit le nom Presidente Hayes. Quand au club, outre son nom, son écusson représente les étoiles blanches du drapeau américain sur un fond bleu. Le kit du club se compose d’un maillot à rayure rouge et blanche accompagné d’un short bleu … en clair, la bannière étoilée. Les joueurs étaient devenus des yankees.

Mais d’où vient le terme yankee ? L’hypothèse la plus plausible est qu’il dériverait du terme néerlandais Janke (Jeannot), diminutif de Jan (Jean). Parmi les premiers colons arrivés dans ce nouveau monde, certains venaient des Pays-Bas et le prénom Jan était répandu parmi eux. Sa version familière Janke devint, au fil du temps, le surnom pour désigner les habitants des Etats-Unis.

#1258 – RB Leipzig : Plastikklub

Le club en plastique. Depuis les années 2000, la géographie des capitaux des clubs de football d’Europe de l’Ouest a été bouleversée. Détenus initialement par les municipalités, des associations d’entrepreneurs locaux ou des mécènes régionaux, certains clubs ont vu déferlé une masse d’argent venus d’abord de l’Est (les oligarques russes comme Roman Abramovitch à Chelsea ou Alicher Ousmanov à Arsenal), d’Orient (Fulham, Leicester City) puis des Etats du Golfe (Qatar à Paris, Abu Dhabi à Manchester City, l’Arabie Saoudite à Newcastle). Enfin, les fonds d’investissements américains ont également pris leur part, avec parfois quelques faillites retentissante (King Street à Bordeaux, Eagle Group à Lyon, Liverpool, Manchester United).

Dans ce paysage, la Bundesliga fait un peu exception car ces nouveaux actionnaires n’ont pas investi en Allemagne (sauf parfois sous la forme de sponsoring), en raison de la règle « 50+1 ». Jusqu’en 1998, les clubs allemands étaient détenus par leurs membres et supporteurs. Lorsque la Fédération allemande permit aux clubs de devenir des sociétés anonymes, la contrepartie fut la mise en place de la règle « 50+1 » qui garantit que les membres du club détiennent toujours la majorité des droits de vote et empêche tout investisseur privé de posséder plus de 49% des parts d’un club. Pour les supporteurs allemands, c’est le gage d’une pureté de leur football. Mais, il y a évidemment des exceptions, qui meurtrissent les fans des clubs traditionnels. Le RB Leipzig représente le totem absolu en la matière.

Le club fut fondé en 2009 par la société de boisson énergisante Red Bull GmbH qui racheta les droits du SSV Markranstädt, association amateur de 5ème division. Les deux clubs historiques de la ville de Leipzig, Chemie et Lokomotiv, n’avaient pas cédé aux sirènes de Red Bull afin de ne pas perdre leurs identités. L’investissement de Red Bull dans le sport répondait à une stratégie marketing d’envergure, afin d’associer sa marque aux exploits sportifs, véhiculant des symboles de force, courage et détermination. En 2012, il était associée à environ 500 athlètes et 600 manifestations sportives et s’investit également dans plusieurs clubs de football (New York Red Bulls, Red Bull Salzbourg, Red Bull Brasil, Red Bull Bragantino, Red Bull Ghana et FC Liefering). La création de Leipzig répondait à cette stratégie, pour la région allemande. Et comme Red Bull le fit pour les autres clubs, il modela cette nouvelle association à son image (nom, couleurs, écusson …), faisant de Leipzig un objet publicitaire à l’effigie de sa boisson. C’était un premier affront pour les défenseurs du football d’antan. En plus, Red Bull contourna avec une certaine arrogance les règles. Tout d’abord, la firme autrichienne détient bien que 49% du capital, mais le solde appartient à des membres du conseil de surveillance de Red Bull à titre personnel. Ensuite, la loi interdit au club d’accoler à leur nom celui d’un sponsor. Or, Red Bull renommait l’ensemble de ses clubs avec sa marque. Résultat, le club fut nommé RB qui signifie … Rasenballsport (qui se traduit par sport de ballon sur gazon) mais le message n’est pas subliminale.

Après les millions investis par Dietrich Mateschitz et sa société, le RB Leipzig est vu comme un club en plastique par les fans des clubs historiques. Un club sans histoire et une menace pour la culture et l’identité du football. Ce n’est pas le seul puisque Volkswagen détient Wolfsburg, Audi avec Ingolstadt et surtout SAP avec Hoffenheim, une ville d’à peine 3 100 habitants mais dont l’équipe joue en Bundesliga dans un stade de 30 000 places. Seulement, Leipzig et Red Bull affichent un tel mépris pour les traditions et valeurs du football allemand qu’il est devenu certainement le club le plus haï outre-Rhin (à l’image de Paris en France).

#1257 – Independiente del Valle : los Matagigantes

Les tueurs de géants. Dans la vallée de los Chillos, se situe la ville de Sangolqui, connue comme le cœur de cette vallée. Au sein de cette cité populaire et dortoir, proche de la capitale Quito, un club de football fait la fierté des habitants. Tout d’abord, le club se distingue par l’accent mis sur la formation et le développement des jeunes talents, ce qui se reflète dans son académie considérée comme la meilleure du pays. Elle se concentre à fournir une formation sportive complète mais également les ressources nécessaires au développement personnel et professionnel de ses jeunes. Ensuite, fondée le 1er Mars 1958, l’équipe d’Independiente del Valle est passée, en un peu plus d’une décennie, des divisions mineures à l’élite du pays et aux finales continentales.

En effet, depuis 2016, l’équipe se distingue dans le championnat équatorien et surtout dans les compétitions continentales. En 2021, le club remportait son premier titre de champion du pays et la saison suivante la Coupe nationale. 5 ans auparavant, en 2016, Independiente del Valle réussissait l’exploit d’atteindre la finale de la Copa Libertadores (3ème club équatorien à parvenir à ce stade de la compétition). C’est justement dans les tournois d’Amérique du Sud que ce surnom s’est forgé. Lors de la campagne de 2016, Independiente del Valle prit plaisir à sortir les deux géants argentins, River Plate (en 8ème de finale) et Boca Junior (en demi-finale). Face à Boca, le club équatorien gagna le match aller à domicile 2 buts à 1 et terrassa les argentins dans leur mythique Bombonera sur le score de 3-2. Mais, la défaite en finale ne fit qu’ouvrir l’appétit de club de la vallée. En 2019, il participa à la Copa Sudamericana. Il s’offrit, en quart de finale, la tête d’un autre grand club argentin homonyme, l’Independiente, qui comptait 16 championnats argentins et 7 Copa Libertadores. Puis en demi-finale, Independiente del Valle devint le bourreau des Corinthians, les battant sur le score de 2-0 au Brésil. Et, à l’issu de la finale, Independiente remportait son premier titre continentale. 3 ans plus tard, nouveau sacre continentale. En finale de la Copa Sudamericana, le club s’offrait le scalp du São Paulo FC. Enfin, en 2023, un nouveau géant du Brésil, Flamengo, détenteur de la Copa Libertadores, tombait face au petit équatorien en Copa Recopa.

#1256 – CR do Flamengo : o Mais Querido do Brasil

Le préféré du Brésil, le plus aimé du Brésil. Tout en nuance et modestie pour l’un des clubs brésiliens les plus connus. Flamengo s’est constitué au fil des années un des plus beaux palmarès du Brésil, avec notamment 7 titres de Champion, 5 coupes nationales, une coupe intercontinentale, 3 Copa Libertadores, 1 Recopa Sudamericana et 1 Copa Sudamericana. Ces trophées, associés à un style de jeu offensif à certaines périodes et à des grandes stars brésiliennes (le pelé blanc, Zico, Bebeto, Júnior, Leonardo, Carlos Mozer, Zizinho et Leônidas), catalysèrent naturellement l’amour des fans.

Régulièrement des sondages sont effectués pour déterminer le club qui compte le plus de supporteurs dans le pays. Ni surprise, ni contestation, Flamengo ressort sondage après sondage à la première place. Le club carioca recueillait 20,1% des suffrages dans l’enquête réalisée par AtlasIntel en Août 2024, loin devant le second (Corinthians 14,5%). Ce résultat demeure en ligne avec tous les autres études réalisées (25% pour CNN Esportes/Itatiaia/Quaest, 21% pour Datafolha). En 2022, le journal « O Globo » et l’institut de sondage « Ipec » estimait que Flamengo comptait 46,5 millions de fans à travers le pays (contre 33,06 millions pour le second, Corinthians). A fin Août 2024, près de 60 millions de personnes suivaient Flamengo sur les grands réseaux sociaux (Facebook, X, Tik Tok, YouTube, Instagram) et le club glanait le titre de l’équipe brésilienne la plus suivie sur chacun des réseaux.

Mais, avant tout ce palmarès et toutes ces études, il y a une petite histoire qui conduit à ce surnom honorifique. Dans l’édition du 1er octobre 1927, le quotidien « Jornal do Brasil » annonçait l’organisation, en partenariat avec l’entreprise d’eau minérale « Salutaris », d’un concours pour déterminer le club le plus aimé du Brésil. Selon le règlement du concours, les supporters devaient voter en écrivant le nom de leur équipe préférée sur l’étiquette d’une bouteille d’eau Salutaris ou sur le coupon imprimé dans le journal, et l’envoyer au siège du quotidien. Les récompenses pour le vainqueur était la Taça Salutaris, un trophée en argent d’environ un mètre et demi de long, ainsi que le titre du club le plus aimé du Brésil. A la fin du premier tour, Flamengo et Vasco da Gama furent sélectionnés en finale et un nouveau vote fut organisé. Dans toute la ville, les deux clubs mobilisèrent leurs fans et leurs supporteurs organisèrent des collectes des bulletins de vote. À la fin du dépouillement, Flamengo obtint 254 850 voix et remporta le titre. Seulement, pour les supporteurs du Vasco, le résultat du concours aurait été faussé suite à des malversations des fans du Flamengo. En effet, des membres du Flamengo occupèrent la porte du siège du journal, déguisés en fans du Vasco. Confiants, les supporteurs des noir et blanc, qui se rendaient chez le quotidien pour y déposer les sacs remplis de bulletins de vote, les donnèrent aux faux sympathisants, qui s’empressaient d’aller les jeter aux toilettes. Pour les fans de Flamengo qui ne renient pas cette histoire, ces manoeuvres ne visaient qu’à compenser la puissance financière de Vasco et ses fans qui pouvaient acheter des milliers de journaux et de bouteilles.

Ce titre contesté fut confirmé bien des années plus tard. En 1973, le magazine « Placar » organisa le même concours que Flamengo remporta une nouvelle fois, ainsi qu’une nouvelle coupe. Les deux trophées sont exposés au siège du club et les supporters de Flamengo aiment afficher dans leur stade des bannières portant les mots O Mais Querido.

#1255 – SK Sigma Olomouc : Hanáci

Les Haná. Au cœur de la Moravie Centrale se situe une région historique du pays, habitée par le peuple Haná. Il s’agit d’une plaine les plus fertiles de la République tchèque et se distingue par son climat favorable et ses riches terres boisées et fertiles. Elle est aussi connue pour ses spécialités régionales, son riche folklore ainsi que son dialecte très particulier. Oloumouc, sixième ville la plus peuplée de la République tchèque et la troisième en Moravie, a été pendant longtemps considéré comme le centre de la région des Haná.

Géographiquement, la rivière Haná constitue l’axe centrale de la région qui se répand dans l’aire d’Olomouc, l’aire de Zlín et l’aire de Moravie du Sud. Le terme Haná dérive naturellement du nom de la rivière et la première désignation de la population comme Haná provient de l’ouvrage daté de 1571 du grammairien tchèque Jan Blahoslav. Les Haná représentent le groupe ethnographique le plus ancien de la population morave, la région ayant été habitée de manière continue depuis la préhistoire. Elle se distingue tout d’abord par son dialecte particulier. Il fait partie des dialectes moraves de la langue tchèque et est généralement inclus dans le groupe dialectal dit de Moravie centrale ou hanakien. De par la richesse de la terre, les populations paysannes Haná étaient plutôt aisées et fières, vu comme de l’orgueil aux yeux des étrangers. Les opérettes et les opéras haná du XVIIIème siècle soulignaient que le confort, l’indécision et l’orgueil sont des caractéristiques typiques des Haná. Mais cette indécision serait le résultat d’un certain conservatisme et une envie de ne pas se précipiter. Cette partie pittoresque de la Moravie est particulièrement riche en histoire, folklore et culture. Outre les danses et la musique, la culture locale se distingue notamment par la cuisine qui inclut de nombreux plats à base de céréales, notamment en bouillie. Les pâtisseries, gâteaux et petits pains à base de pâte levée fourrés aux graines de pavot font partie des desserts typiques. Mardi-gras, mariage et fête de la Pentecôte constituent les 3 grands rendez-vous populaires. Enfin, les costumes traditionnelles représentent la manifestation la plus distinctive de la culture de cette région. Le costume des hommes se compose d’une longue chemise fine blanche décorée de broderies marrons et noires sur le col et de broderies crème à jaune sur l’épaule. Les pantalons, qui à l’origine n’atteignaient que les genoux, où ils étaient attachés avec des lanières décorées, sont de couleur rouge brique ou jaune. Pour les femmes, le costume se distingue par un chemisier blanc, avec des manches ballons (amples), auquel est rajoutée un corset richement décoré, le plus souvent noir, rouge, bleu ou vert. Les femmes portaient des jupes cousues avec un tablier multicolore décoré de broderies ou de motifs colorés imprimés.

#1254 – IF Elfsborg : Eleganterna

Les élégants. Le site du club avance deux explications à ce surnom. Tout d’abord, les équipes du club développeraient un beau jeu sur le terrain et ce style de jeu se perpétueraient d’année en année. Même s’il n’y a pas de traces écrites, il est probable que lors de son âge d’or, les joueurs d’Elfsborg proposèrent un jeu attrayant. Dans les années 1930 et 1940, IF Elfsborg constituait l’une des attractions majeures du championnat de Suède. L’équipe remporta le titre en 1936, en 1939, en 1940, et termina à la seconde place en 1943, en 1944 et en 1945. Une finale de la coupe de Suède en 1942 se rajouta à ce palmarès. Elle était emmenée par le superbe attaquant Sven Jonasson, qui ayant fait toute sa carrière à Elfsborg, disputa un total de 411 matchs en Allsvenskan et marqua 252 buts (record en titre). Une autre performance fut réalisée au début des années 1960. Lors de la saison 1960, IF Elfsborg évoluait en seconde division et obtint son ticket dans l’élite. La saison suivante, l’équipe réussit l’exploit de remporter le titre de champion, première fois qu’une équipe suédoise parvint à ce coup d’éclat.

L’autre raison donnée par le club est son état d’esprit, la bonne conduite habituelle qui caractérise ses membres et joueurs. Selon le club, il s’agirait de son identité et sa culture, institutionnalisés depuis 2009 par un programme dénommé Elfsborgskultur (culture Elfsborg). Ce dernier vise à faire du club un modèle pour les jeunes générations, à s’impliquer dans le milieu local et prendre sa part de responsabilité sociale et sociétale. Est-ce que le club est vraiment plus RSE que les autres ou est-ce une tentative de communication de récupérer le surnom du club ? Je ne le sais pas.

Mais, une autre motivation à ce surnom peut également être apportée. La ville de Borås est connue depuis longtemps pour ses activités de confection textile. Même si une grande partie des vêtements est désormais importée en Suède, Borås accueille encore une importante industrie textile. Avant le XIXème siècle, la production était essentiellement artisanale, les tissus étant réalisés directement chez l’habitant et vendus par des colporteurs (dénommés knalle) dans le sud du pays. Puis, l’ère industrielle apporta les métiers à tisser mécanique. En 1834, Sven Erikson ouvrit la première usine de tissage mécanique de coton de Suède près de Borås suivie par Drufvefors (en 1871), Viskastrand (en 1876) et surtout la société Borås Wäfveri (en 1870) qui fut l’étendard de la production textile à Borås. Des usines de filature et de teinture se développèrent également le long du Viskan. Au début des années 1900, les premières entreprises de confection s’édifièrent dont Oscar Jacobson AB et Algots. En 60 ans (1860-1920), la population de Borås décupla, passant de 3 000 à 30 000 habitants. Aucune autre ville suédoise n’avait connu un développement aussi fort. Jusque dans les années 1960, le textile et l’habillement employaient les deux tiers des ouvriers de Borås. Dans les années 1920, Algots employait environ 1 500 couturières et en 1929, avec la mise en exploitation de sa première usine, l’entreprise se transforma véritablement en industrie de prêt-à-porter et devint le phare de l’ensemble de l’industrie de la mode suédoise. Dans les années 1970, en raison de la forte hausse des coûts salariaux suédois et de la baisse des prix douaniers sur les vêtements importés à bas prix d’Asie, la crise frappa de plein fouet l’industrie de la ville. Les licenciements massifs et les fermetures pures et simples conduisirent à la perte de 25 000 emplois. En 1977, la faillite d’Algots fit la une des journaux et un an plus tard, l’usine de Sven Erikson ferma ses portes. Aujourd’hui, l’industrie textile se concentre sur le design de vêtements, leur fabrication ayant été délocalisée, et sur les textile du futur. Les entreprises Gina Tricot, Svea et Oscar Jacobson ont leur siège à Borås.

#1253 – ASC Daco-Getica Bucarest : Bătrâna Doamnă din Colentina

La vieille dame de Colentina. Pour les connaisseurs de notre site, mentionner le terme « vieille dame » pour un surnom fait souvent allusion à un club historique, doyen du football local. Toutefois, le Daco-Getica Bucarest naquit en … 1992, soit à peine il y a 32 ans. Même si le football roumain a connu de nombreux soubresauts avec de nombreuses faillites de clubs, il reste encore des associations avec une histoire bien plus longue que 3 décennies. « Vielle dame » fait également penser au célèbre club turinois (cf. #499). Et là, on met dans le mille.

En 1992, l’homme d’affaires, Ilie Ciuclea, surnommé Regele gunoaielor (le Roi des Ordures) car il détient une entreprise de recyclage et de traitement des déchets, Supercom SA, fonda une école de football dont l’objectif était de servir de rampe de lancement pour de jeunes talents. Son association reprit la licence du club du Calculatorul Bucuresti qui était l’équipe mascotte du quartier de Bucarest dénommé Colentina. En outre, Ilie Ciuclea, fan de l’équipe turinoise, eut l’idée de faire revivre la légende d’un ancien club de la capitale, la Juventus Bucarest. En 1924, les deux équipes Triumf et Romcomit (lié à la banque Italo-roumaine éponyme) fusionnèrent pour donner naissance à un club à la tradition latine, la Juventus Bucarest. Jusqu’à la fin des années 1940, la Juventus marqua le football roumain, devenant champion national à l’issu de la saison 1929-1930. Puis, sous la pression des autorités communistes, le club déménagea dans la ville de Ploiești, changeant de nom au passage. 68 ans plus tard, Calculatorul Bucuresti devint ainsi la Juventus Bucarest et le blason de l’équipe s’inspira fortement de celui de son homologue italien.

Seulement, tant que le club se morfondait dans les divisons inférieures roumaines, la Juventus de Turin ignorait ces très fortes similitudes. Mais, à la fin des années 2010, le club roumain passa de l’ombre à la lumière (de la 3ème division à l’élite) et ce coup de projecteur attira l’attention de la Juventus de Turin. En Décembre 2017, alors que la Juventus Bucarest occupait la dernière place de la première division, elle reçut une missive des italiens lui intimant de changer de nom. Ilie Ciuclea déclara « Am primit o notificare, apoi ne-am pomenit cu avocaţii lui Juventus Torino la Bucureşti. Am avut o discuţe civilizată bazată doar pe acte. Ni s-au prezentat documentele oficiale care atestă că italienii au licenţă oficială de la UEFA pentru numele de Juventus pe tot teritoriul Europei. Ei deschis școli de fotbal în toată Europa și vor ca numele Juventus să-l poarte doar respectivele entități » (Nous avons reçu une notification, puis nous avons rencontré les avocats de la Juventus de Turin à Bucarest. Nous avons eu une discussion civilisée basée uniquement sur des actes. On nous a présenté les documents officiels certifiant que les Italiens disposent d’une licence officielle de l’UEFA pour le nom Juventus dans toute l’Europe. Ils ont ouvert des écoles de football dans toute l’Europe et veulent que le nom de la Juventus soit utilisé uniquement par ces entités). L’année d’après, la Juventus Bucarest devint Daco-Getica Bucarest.

#1252 – CD Jorge Wilstermann : la Casaca Sangre

La veste sang. Les joueurs du club bolivien de la ville de Cochabamba porte un maillot rouge accompagné d’un short bleu. Au départ, en 1949, des employés de la compagnie nationale aérienne de la Bolivie, Lloyd Aéreo Boliviano (LAB), fondèrent une association sportive et culturelle, ouverte aux personnels de la LAB. Naturellement et afin de s’assurer le soutien de la LAB, cette association adopta les couleurs de la société, blanc et bleu ciel. Son premier uniforme se composait ainsi d’une chemise à rayures blanche et bleu clair et un short bleu. En 1952, la tenue avait évolué avec un maillot blanc barré d’une bande croisée bleu clair et un short bleu. Néanmoins, afin de marquer une différence nette avec l’équipement principal, le kit extérieur affichait du rouge avec une chemise blanche à rayures rouges, un short rouge et des chaussettes rouges

En 1953, le club quitta définitivement l’univers fermée corporatiste pour intégrer les championnats locaux. Pour marquer cette nouvelle étape, un nouveau nom fut adopté, CD Jorge Wilstermann, en hommage au premier pilote professionnel de Bolivie. Mais, également de nouvelles couleurs furent choisies. L’un de ses imminents membres, Dr Jorge Rojas Tardío, qui fut nommé plus tard président à vie, suggéra les couleurs actuelles. Il déclara « Escogí esos colores porque significan fuerza, garra y entrega total en el campo de juego, además era el único equipo en el país que entonces comenzó a usar esos colores » (J’ai choisi ces couleurs parce qu’elles signifient force, détermination et dévouement total sur le terrain de jeu, et c’était aussi la seule équipe du pays qui commença à utiliser ces couleurs).

#1251 – Austria Vienne : die Veilchen

La violette. Malgré les évolutions du football autrichien avec l’émergence régulière de clubs comme le SK Sturm Graz ou le nouveau riche de Red Bull Salzbourg, le pays se divise avant tout en vert (Rapid Vienne) ou en violet (Austria Vienne). D’ailleurs, de manière surprenante, deux couleurs qui ne sont pas les plus populaires dans le football. Donc, le mythique club de l’Austria de Vienne joue en violet mais malheureusement personne ne sait pourquoi (tout comme pour ses rivaux historiques cf. #546).

Le football débuta en Autriche en 1892 lorsque 11 Anglais vivant à Vienne fondèrent le Vienna Cricket Club. Ils choisirent le noir et bleu comme couleurs (pour une raison qui est inconnue). Ce club était omnisports (cricket et athlétisme entre autre). Deux ans plus tard, la section football apparut et le club changea de nom pour First Vienna Cricket and Football Club le 23 août 1894. Mais, un différent entre la direction du club et les membres éclata au début du XXème siècle. Une partie de la direction et la quasi-totalité de l’équipe première décidèrent de quitter le First Vienna Cricket and Football Club et créèrent le 29 octobre 1910 un nouveau club, sous le nom de Vienna Cricketers, présidé par le journaliste sportif Erwin Müller. Le First Vienna Cricket and Football Club interdit à ses membres de rejoindre cette nouvelle association et sa direction fut outrée par le choix du nom. En effet, le surnom des membres du First Vienna étaient cricketers et un recours fut donc déposé auprès de la Fédération de football. La réconciliation avec le First Vienna était une obligation pour Erwin Müller pour assurer la reconnaissance et l’admission dans la future première division de son club. Le 15 mars 1911, le Vienna Cricketers disparut pour s’enregistrer de nouveau auprès de la fédération sous le nom de Wiener Amateur Sportverein. Lors de sa première apparition en public, la nouvelle équipe affichait déjà des maillots violets. Selon le site internet du club, il se pourrait qu’un ou plusieurs membres du club appréciaient cette couleur.

D’autres explications que je me permets d’avancer sans aucune certitude. Avant la découverture d’une teinture chimique au milieu du XIXème siècle, la couleur violette pour des vêtements était assez rare, ainsi souvent seule l’aristocratie pouvait se permettre d’acheter des tissus de cette couleur. La noblesse attachée dans la symbolique à cette couleur aurait pu plaire aux fondateurs du club (noblesse du futur club ou noblesse de leurs origines ?). Autre possibilité : pendant longtemps, le violet fut confondu avec le noir. D’ailleurs, au Moyen-Âge, le violet était dénommé sous-noir ou demi-noir. Puis, elle fut identifiée à l’extrémité du spectre solaire après le bleu. Le violet était alors coincé entre le bleu et le noir, les deux teintes du précédent club des fondateurs, le First Vienna. Enfin, pourquoi pas une influence éventuelle du club hongrois d’Ujpest ? Depuis sa fondation en 1885, Ujpest évolue en violet et depuis 1867, la Hongrie et l’Autriche étaient réunis dans une fédération monarchique, l’Empire Austro-Hongrois. Si, en termes de sport, les championnats d’Autriche et de Hongrie étaient bien séparés, le club hongrois évoluait en première division depuis 1904 (à l’exception de la saison 1911-1912, où il a terminé champion de 2ème division après une relégation d’un an) et les échanges culturels et sportifs avec Vienne pouvaient donc exister.

#1250 – Linfield FC : the Blues

Les bleus. Linfield constitue l’un des plus célèbres et plus forts clubs de l’Irlande du Nord. Fondé en Mars 1886, le club de Belfast fut l’un des huit membres fondateurs de la Ligue nord-irlandaise en 1890, remporta le titre de champion inaugural et est l’un des trois seuls clubs à n’avoir jamais quitté l’élite nord-irlandaise. Son palmarès demeure incroyable, avec, à fin 2024, 56 titres de champion (soit plus du double que tout autre club nord-irlandais), 44 Coupes d’Irlande du Nord et 12 Coupes de la Ligue. Traditionnellement, les joueurs de Linfield porte un maillot bleu, un short blanc et des chaussettes rouges, mais il ne semble pas qu’il reste de documents qui permettent d’expliquer ce choix. Toutefois, je suppose que ce n’est peut-être pas un hasard que ces teintes soient celles de l’Union Jack. En effet, en parlant de l’Irlande du Nord et du football, on ne s’éloigne évidemment pas de la politique.

Le club fut donc fondé en Mars 1886 par les ouvriers de l’usine Ulster Spinning Company’s Linfield Mill, située dans le quartier sud de la capitale nord-irlandaise, Sandy Row. Il s’agit d’une zone résolument loyaliste (ie fidèle à la couronne britannique), habitée par une classe ouvrière profondément protestante. Dans ce quartier, nombres de groupes paramilitaires loyalistes se formèrent dont les plus célèbres, l’Ulster Defence Association et l’Orange Order. Les bâtiments et les maisons s’habillent de drapeaux britanniques, de banderoles et de bannières aux messages loyalistes. D’ailleurs, les couleurs rouge, blanc et bleu de l’Union Jack sont largement peintes sur les bordures de trottoir, les lampadaires … . Une des fresques emblématiques placée dans ce quartier commémore la victoire du roi Guillaume III d’Angleterre le 12 Juillet 1690 contre le roi catholique Jacques II à la bataille de la Boyne (la tradition veut qu’une partie de l’armée de Guillaume ait campé dans ce quartier) et fut peinte en 2012 pour recouvrir un message de l’Ulster Freedom Fighters, un groupe para-militaire, qui avertissait que vous entriez dans une zone loyaliste.

Le club n’échappe pas à cette histoire. Pendant de nombreuses années, une règle non écrite du club consistait à recruter exclusivement des joueurs protestants. Le blason du club affiche le chateau de Windsor car l’équipe évolue sur un terrain nommé Windsor Park mais il s’agit surtout de l’une des principales résidences de la famille royale britannique. Pendant de nombreuses années, Linfield partageait une rivalité féroce avec le Belfast Celtic, le club des irlandais nationalistes et catholiques. Et les travées de Windsor Park virent de nombreux affrontements avec les supporteurs nationalistes et catholiques adverses. Donc, le choix de ces 3 couleurs, qui sont celles de l’Union Jack et également celles des loyalistes nord-irlandais (avec l’Orange), n’est certainement pas le fruit du hasard.

Mais, les choses changent puisqu’en 2020, Umbro proposa à Linfield un maillot extérieur violet barré d’une diagonale orange. Or, ce modèle suscita de vives réactions et des critiques car il présentait une similitude frappante avec les couleurs du mouvement loyaliste de l’Ulster Volunteer Force, responsable de la mort de plus de 500 personnes pendant les années de guerre civile (1960-1990). Umbro s’excusa et ne fit plus la promotion de ce maillot.