#1249 – Central Coast Mariners : the Mariners

Les marins. La saison 2023-2024 marqua définitivement la main mise de l’équipe de Central Coast sur le football australien. En finale de la A-League, Central Coast surprit Melbourne Victory 3 buts à un (égalisation dans le temps additionnel et victoire en prolongation) quand la saison précédente, au même stade de la compétition, Central Coast détruisit l’autre club de Melbourne, City, par 6 buts à un. Magnifique exploit pour un club qui avait terminé à la dernière place du championnat par 4 fois entre 2016 et 2020. En outre, coincé entre deux grands villes, Sydney et Newcastle (qui ont des clubs en A-League), et ne comptant que sur une population (ou zone de chalandise) limitée (un peu plus de 300 000 personnes), la pérennité d’un tel club n’est jamais garantie. Mais, finalement, son modèle basé sur le développement de jeunes talents et son fort lien avec sa communauté, fait merveille en A-League.

Il s’agit également d’un club historique puisque il compte parmi les 8 clubs fondateurs de la A-League en 2004. Seul club à représenter une région et non une ville. Basé à Gosford, en Nouvelle-Galles du Sud, il est l’ambassadeur de Central Coast. Région bordant l’Océan Pacifique sur près de 80 km, elle englobe les principales voies navigables côtières telles que les estuaires de Brisbane Water et de Broken Bay, les lacs Tuggerah (un ensemble de trois lacs côtiers reliées entre eux), le lac Macquarie (plus grande lagune d’Australie) ainsi que le fleuve Hawkesbury. Avec plus de 173 kilomètres de voies navigables, la navigation de plaisance est un passe-temps populaire pour de nombreux habitants de la Côte Centrale et de nombreuses installations (quais, jetées publics, rampes de mise à l’eau …) ont été aménagées. Elle est également réputée pour abriter certains des meilleurs sites de pêche d’Australie. Enfin, cette région est bordée par 41 plages qui attirent des millions de visiteurs chaque année. Enfin, dernier lien avec l’eau qui explique le surnom de mariners, le premier colon européen. Les habitants aborigènes traditionnels de ces terres étaient le peuple Guringai de la nation Eora et le peuple Darkingung. Mais, en 1811, le gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, Lachlan Macquarie, accorda la première concession de terre de la région à William Nash, un ancien marin de la « First Fleet ». La « First Fleet » correspondait à la flotte de 11 navires britanniques qui emmenèrent les premiers colons et condamnés britanniques peuplés l’Australie.

Pour l’anecdote, quand entre 2016 et 2020, le club descendait profondément et durablement dans le bas du classement, certains commentateurs de renom réclamaient l’exclusion des Mariners de la ligue en raison de leurs performances. Pire, la chute en disgrâce avait été si importante que le terme mariners étaient devenus un sujet de blagues sur les réseaux sociaux et était utilisé comme surnom pour décrire la pire équipe d’autres sports.

#1248 – Los Angeles FC : the Black and Gold

Les noir et or, couleurs de la franchise californienne établie en 2014. En 2004, le récent propriétaire de l’équipe mexicaine Chivas de Guadalajara, Jorge Vergara, souhaitait étendre sa marque parmi la communauté hispanique de la cité des anges et lança ainsi les Chivas USA en 2005. La mégalopole de Los Angeles comptait alors deux franchises de football : Los Angeles Galaxy et Chivas USA. Malheureusement, après des premières années plutôt satisfaisantes, les résultats sportifs se dégradèrent (pas de qualification aux play-off de 2010 à 2014) en même temps que l’organisation se désagrégeait (démission du PDG et du vice-président des opérations de football, 4 entraineurs en un an …). Résultat, en 2014, la MLS racheta le club pour confier un nouveau projet à des investisseurs qui avaient la volonté et les moyens de développer la deuxième franchise de LA. Ainsi naquit en 2014 le Los Angeles FC qui intégra le championnat américain en 2018.

Pas d’embarras avec les Etats-Unis. Le sport est un divertissement et donc un business. Créer un club de football revient à fonder une entreprise. Sa symbolique, une stratégie marketing pour vendre ce nouveau produit. Après des mois d’étude et d’échange avec les Milleniums sur les réseaux sociaux, le blason et les couleurs du LAFC furent présentés en Janvier 2016, avec l’objectif de s’ancrer dans l’histoire de Los Angeles. L’écusson reprend la forme du sceau de la ville et la police utilisée s’inspire de l’Art déco, le centre-ville regorgeant de bâtiments dans ce style (notamment l’influent architecte Richard Neutra, plus célèbre représentant de l’architecture moderniste, aux formes rectilignes et minimalistes, qui œuvra à LA à partir des années 1920). Au sein du blason, un monogramme « LA » qui comprend une aile symbolisant la puissance, la force et la vitesse. Cet aile se compose de 4 plumes, symbolisant les 4 piliers du club ainsi que la date de fondation de la ville, le 4 septembre 1781. Enfin, les couleurs retenues sont le noir et l’or, qui incarnent, selon le club, le succès, la texture urbaine et le glamour de Los Angeles. Pour résumer, reprenons les mots du Président Exécutif et actionnaire, Peter Guber : « We were influenced by the city’s energy and creativity when we worked to design the crest. It was a thoughtful process and I am passionate about our design and deep connection it has to Los Angeles and its people.” (Nous avons été influencés par l’énergie et la créativité de la ville lorsque nous avons travaillé à la conception de l’écusson. C’était un processus réfléchi et je suis passionné par notre conception et par le lien profond qu’elle entretient avec Los Angeles et ses habitants.)

#1247 – Deportivo Riestra : los Malevos de Pompeya

Dans l’argot argentin, un malevo désigne un habitant de la banlieue de Buenos Aires, souvent avec un accent péjoratif. Car ce banlieusard était vulgaire, querelleur au point que le terme pouvait même désigner un brigand, la racaille. Mais, avant de rechercher les origines de ce surnom pour un club qui depuis deux ans évolue en première division (après près de 100 ans d’existence), revenons à l’environnement footballistique de la capitale argentine. Buenos Aires, la mégalopole qui respire le football, le cœur et les poumons du football argentin. Quand on s’extasie en France, de la prochaine arrivée d’un 2ème club à Paris, Buenos Aires compte pas moins de 36 enceintes de plus de 10 000 places et la première division argentine abrite sur 28 participants 15 clubs de la capitale et sa banlieue. Les cinco grandes del fútbol argentino, les 5 principaux clubs du pays (Boca Juniors, Independiente, Racing Club, River Plate et San Lorenzo de Almagro), résident tous à Buenos Aires. Et au-delà de ces grands représentants, chaque quartier de la capitale (48 au total) constitue un village, avec sa culture, sa population et qui a ses propres équipes de football, supportés par des fans enflammés (parfois un peu trop).

Nueva Pompeya, au Sud de la ville, est un quartier populaire, prolétaire avec une longue tradition de tango. Au XIXème siècle, il était connu sous le nom de quartier Bañado, car ses terres étaient souvent inondées par le cours d’eau Riachuelo. Mais, il était connu également sous le nom de Ranas et le terme rana désignait un homme intelligent et rusé, attributs des habitants de ce quartier. A cette époque, cette zone comptait une faible population, qui travaillait dans l’abattoir de bétail situé dans le quartier voisin du Parque Patricios. Ces résidents avaient un tempérament querelleur et l’environnement était dangereux. Puis, au XXème siècle, le quartier s’industrialisa et une classe laborieuse et prolétaire s’installa. Dans ce contexte, un groupe de jeunes de ce quartier formait une équipe de football qui participait à des tournois de quartier et était connue sous le nom de « los de Riestra » (ceux de Riestra), qui était l’avenue où se trouvait la laiterie où les jeunes se réunissaient. Le 22 février 1931, le club fut officiellement fondé. Club d’un quartier populaire, banlieue de la capitale, dont les habitants avaient une réputation querelleuse, de voyous, le terme malevo s’imposa comme surnom.

#1246 – Kabuscorp SCP : os Palanquinos

Les petits Palancas. Dans le district de Cazenga de la capitale angolaise, les week-end, les enfants des quartiers de Palanca, Rangel et Cazenga s’affrontaient dans des tournois de football. L’ancien militaire et businessman, Bento Kangamba, qui dirigeait le conglomérat Kabuscorp, décida d’unir les jeunes de Palanca et Cazenga sous la bannière d’un nouveau club qui fut fondé en Décembre 1994. Habitant le quartier, il plaça le siège du club à Palanca. 14 ans après sa création, Kabuscorp SCP intégra l’élite du football angolais et à peine 5 ans plus tard, il remporta le titre national, avec dans son effectif, le ballon d’or brésilien, Rivaldo.

Le P de SCP correspond à Palanca et donc au nom du district où réside le client. Mais, il ne faut pas réduire le surnom du club à son quartier de résidence. Car le Palanca représente surtout le symbole du pays. Il s’agit d’un animal endémique de l’Angola qui est une sous-espèce de l’antilope noire (ou antilope charbonnière ou zibeline) et qui n’est présente que dans deux endroits du pays, le parc national de Cangandala et la réserve naturelle de Luando. Elle se distingue par sa force, sa grande taille, notamment avec des cornes, recourbées vers l’arrière, pouvant mesurer jusqu’à 1m60 pour les males et sa capacité à sauter des barrières d’une hauteur de 2 mètres.

L’antilope occupe une place importante dans la culture africaine, en symbolisant la vivacité, la force et la beauté. Son apparence majestueuse l’élève, dans certaines tribus, au rang d’animal totem. D’ailleurs, il a gagné le statut d’idole national de l’Angola. Source de fierté pour les angolais, l’antilope est représentée sur de nombreux timbres, billets de banque et même sur le passeport du pays. On peut également le voir sur le fuselage de tous les avions de la compagnie aérienne nationale TAAG Angola Airlines. Dans le domaine du football, l’équipe nationale est surnommée palanca negras. Donc, pas étonnant pour Kabuscorp de jouer sur le nom du quartier et de ce symbole nationale, en l’affichant un temps sur son blason.

#1245 – Royal Francs-Borains : les Verts

Voila un club qui résume assez bien les déboires et turpitudes du football belge. L’histoire commença en 1922 lorsque fut établi le club du Sporting Club Boussu-Bois, qui obtint le matricule 167 en 1926. Le club connut des hauts et des bas entre les séries provinciales et quelques rares apparitions dans les championnats nationaux. Résultats, le 1er juillet 1982, le club fusionnait avec son voisin du FC Élouge, fondé en 1934, pour donner naissance au Royal Francs Borains Boussu-Élouges (qui en 1985 devint le Royal Francs Borains). Démarrage en trombe puisque le club remontait en division 3 puis dans les années 2000 s’établissait en seconde division. Mais, miné par des problèmes financiers, le Royal Francs Borains fut vendu à Dominique D’Onofrio, alors directeur sportif du FC Metz, associé à des investisseurs. La nouvelle direction déménagea le club à Seraing (à 130 km de Boussu), changea le nom en Seraing United et reprit les couleurs noires et rouges, afin d’être l’héritier du RFC Seraing. Suite au déracinement de leur club en province liégeoise, les supporters du Royal Francs Borains se retrouvaient sans aucun repère et cherchaient donc à recréer un club leader dans leur région du Borinage. Ils trouvèrent alors une association en perdition en région carolo, le Royal Charleroi-Fleurus, le reprirent et l’installèrent à Boussu, sous le nom de … Royal Francs-Borains.

Naturellement, le nouveau Francs-Borains abandonna les couleurs orange et noir du club carolo pour revenir aux teintes traditionnelles des Francs-Borains : vert, blanc et noir. Le noir était l’héritage du FC Élouge, qui traduisait le passé minier de la région. Le vert et le blanc provenait du Sporting Club Boussu-Bois. Revenons après la Première Guerre mondiale. Les soldats britanniques stationnant dans la province de Boussu pratiquaient le football qui séduisaient les jeunes belges. Georges D’Haussy aida à organiser les matchs et entrainements de ces jeunes et en 1921, Rodolphe Lamy, ingénieur à la « Société des Charbonnages Unis de l’Ouest de Mons » , mit à disposition un terrain de jeu dans le quartier Saint-Joseph. Tout était prêt pour fonder le Sporting Club Boussu-Bois, avec Rodolphe Lamy comme premier président. Or, il était ingénieur mais avait également joué à l’Union Sportive de Liège. Ce dernier avait opté pour le vert et blanc qui influença certainement les membres fondateurs du Sporting Club Boussu-Bois. L’avantage est que dans les années 1970, alors que les stéphanois enchainaient des exploits en Europe, le vert devint à la mode. Dans l’enceinte de Boussu-Bois, la chanson « Allez les Verts » résonnait alors dans les haut-parleurs en début de match.



#1244 – Lokomotiv Kiev : залізничники

Les cheminots. Vu le nom du club, le lien avec le surnom est évident. Ce club de la capitale ukrainienne a toujours représenté le monde ferroviaire. En 1919, le club de Zheldor (Залдор, qui est un diminutif de Chemin de fer) vit le jour à Kiev, avec le soutien de la compagnie ferroviaire, Південно-Західна залізниця (chemin de fer du sud-ouest), et de ses cheminots de la gare centrale. Le premier chemin de fer en Ukraine (alors dans l’Empire Russe) fut édifié en 1843 (un train tiré par des chevaux d’une longueur d’un kilomètre). Puis, les premières grandes lignes apparurent vers 1860, partant notamment de la capital Kiev. La gare de Kiev s’éleva pour accueillir deux chemins de fer : Kiev-Baltique et Koursk-Kiev. Le 7 juin 1870, la compagnie ferroviaire « chemin de fer du sud-ouest » fut fondée pour gérer l’exploitation ferroviaire de la partie occidentale de l’Ukraine, en particulier de Kiev jusqu’à Odessa. Au 1er janvier 1904, elle employait près de 50 000 personnes et en 1913, son réseau s’étendait sur plus de 4 000 km et la compagnie exploitait 1 480 locomotives à vapeur, 31 809 wagons de marchandises et 1 650 wagons de voyageurs.

En 1936, Zheldor changea de nom pour Lokomotiv, et donc demeura dans le giron du monde ferroviaire. Cette modification du nom n’était pas le produit du hasard. Le 5 Décembre 1935, à Moscou, le Comité central des syndicats ferroviaires et le Commissariat du peuple aux chemins de fer décidèrent de fonder une nouvelle société sportive qui avait pour objectif d’améliorer la santé des cheminots et de leurs familles. Le premier club de cette nouvelle association fut le Lokomotiv Moscou le 12 janvier 1936 et dans la foulée, celui de Kiev se rallia.

#1243 – Etoile Carouge : les Stelliens

Le terme stellien dérive du mot latin Stella qui désigne une étoile. Tout paraît logique pour un club qui se dénomme Etoile. Le football prend ses racines dans la commune de Carouge à la fin du XIXème siècle. En 1889, des étudiants fondèrent le FBS Studium, avec en tête la célèbre citation latine Mens sana in corpore sano (un esprit sain dans un corps sain). En effet, cette nouvelle association était une société littéraire avec une section sportive pratiquant le football. En 1900, le mélange des genres prit fin, la société abandonnant sa vocation culturelle pour se concentrer sur le football. Au passage, elle changea de nom pour devenir le FC Victoria. En 1905, le FC Victoria devint le FC Carouge. En parallèle de ce club, un autre vit le jour au début du XXème siècle sous le nom de FC Etoile Sportive du Léman, par la volonté de quelques écoliers âgés de 10 à 14 ans. En 1922, pour gagner en « puissance », l’Etoile Sportive et le FC Carouge opéraient leur fusion pour devenir l’Etoile Carouge.

Signe distinctif, évocateur d’une aura, de la noblesse ou la splendeur, l’étoile demeura le symbole du nouveau club et s’inscrit aujourd’hui encore dans son nom et, en couleur or, sur l’écusson du club. D’autres associations suisses avaient déjà opté pour ce symbole comme l’Etoile Sporting La Chaux-de-Fonds (fondé en 1898) ou l’Etoile Sportive FC Gland et aurait donc pu inspirer les fondateurs de Carouge. Une autre hypothèse pourrait également être avancée. Le 17 avril 1867, trois élèves (Charles Dupan, Charles Girard et Alfred Prévost) du gymnase de Genève décidèrent de fonder une société dont le nom était Stella. Cette association étudiante visait à créer entre ses membres des liens de camaraderie et d’amitié.

Alors pourquoi cette hypothèse paraît plausible alors qu’aucun document ne vient l’attester (en tout cas, je n’en ai pas trouvé) ? En premier lieu, l’association étudiante naquit au milieu du XIXème siècle et au début du XXème siècle, lorsque le club sportif émergeait, elle était bien établie, au point qu’une structure nationale dénommée Stella Helvetica regroupait depuis 1870 les 5 sections cantonales de Vaud, Genève, Neuchâtel, Berne et Zürich. En second lieu, Carouge est la banlieue de Genève où l’aura de l’association Stella pouvait déteindre. En troisième lieu, les fondateurs de l’Etoile Sportive était des écoliers qui pouvaient être influencés par le courant des mouvements étudiants. En quatrième lieu, en Suisse francophone et romande, le mot stellien désigne avant-tout les membres comme tout ce qui se rapporte à l’association étudiante Stella. Enfin, le symbole du club sportif est une étoile dorée tout comme celle qui orne la faluche des membres du Stella estudiantin.

#1242 – FC Nitra : Trogári

Les « canailles ». Le surnom s’est imposé comme celui des habitants de Nitra mais le mot trogár possède plusieurs significations. Dans le jargon de Nitra, il désignait un gars de la ville ou une canaille. Lorsque les mères grondaient leurs fils, elles leur disaient souvent « Ty si taký trogár, alebo trogárisko » (vous êtes vraiment des canailles). Mais, pour les villes et villages environnants, le terme avait une connotation plus péjorative : un bandit, un mendiant ou un ivrogne.

La capitale Bratislava et la ville de Nitra détiennent une riche histoire, en étant certainement les deux plus anciennes ville de Slovaquie. Les plus anciennes découvertes archéologiques à Nitra remontent à environ 25 000 à 30 000 ans et depuis 6 000 ans, la présence humaine dans la région est continue. Centre important des Celtes puis plus tard des Germains, les premiers slaves de Slovaquie s’installèrent au V-VIème siècle autour de Nitra. Ce surnom prend ses origines dans un épisode malheureux de la ville.

Au XVIIIème siècle, comme l’Egypte de Pharaon, la région enchainait les fléaux. Inféodée aux Habsbourg, la ville était secouée par des soulèvements nationalistes, notamment entre 1703 et 1711, avec une armée menée par des hongrois, les Kuruc. Ces évènements aboutirent à l’incendie de la ville en 1708. Suivirent une invasion de sauterelles et un tremblement de terre. Mais, la pire tragédie était à venir. En 1710 et surtout en 1739 et 1740, la peste revint à Nitra et les décès s’accumulèrent. Un quart de la population périt lors de ces épidémies. Pour transporter les morts jusqu’aux fosses communes, des brouettes simples, composées d’une planche droite, une roue et deux poignées, faisaient le tour de la ville de Nitra. Ces chariots se nommaient tragač et les charretiers qui effectuaient ce travail étaient alors appelés trogár. L’épisode marqua la ville. Une colonne en l’honneur de la Vierge, Mariánsky stĺp, fut érigée en 1750 en remerciement pour la fin de l’épidémie de peste. Le mot trogár demeura attaché aux habitants de Nitra.

#1241 – CSD Colo Colo : el Popular

Le populaire. Au Chili, le football se réduit souvent au match entre les 3 clubs de la capitale : Colo Colo, l’Universidad de Chile et l’Universidad Católica. Ces derniers trustent, en 2024, 67 championnats sur les 107 éditions de la première division chilienne ainsi que 23 Coupes nationales sur 43 éditions. Naturellement, avec une telle domination et une large zone de chalandise (Santiago, la capitale du pays avec 6,3 millions d’habitants), vous attirez des supporteurs. Et dans ce combat, il semble que Colo Colo a gagné le match.

Pour le mesurer, reportons nous à quelques enquêtes. Selon le média internet sudaméricain, BolaVip, en 2024, Colo Colo compte 58 500 socios actifs et 8 millions de sympathisants dans le pays, loin devant Universidad de Chile, qui dénombre 40 000 socios actifs et 4 à 5 millions sympathisants, et Universidad Católica, avec 11 567 socios et 2 à 3 millions sympathisants. Selon un sondage de l’organisme caritatif, Servicio Jesuita a Migrantes en Chile, Colo Colo est l’équipe préférée des immigrants au Chili, recueillant 46% des votes (seulement 27,6% pour Universidad de Chile). Enfin, la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL) a établi la liste des équipes les plus populaires du continent en 2016 et Colo Colo est ressorti premier club chilien du classement, à la 13ème place, avec 7 140 000 fans. Cette popularité se confirme dans les audiences télé. En 2023, sur TNT Sports, Colo Colo a été le programme le plus populaire en atteignant 185 941 foyers, soit une croissance de 28 % par rapport à la saison précédente.

Lorsque les fondateurs créèrent le club en 1925, ils le souhaitaient ouvert à tous et pour le signifier, choisirent d’inscrire les couleurs du pays dans le blason comme symbole. Dans les premières années, l’équipe se déplaça dans le pays (notamment au Sud) faire des tournées, ce qui favorisa le développement de son aura. Puis, en 1927, Colo-Colo fut la première équipe chilienne à parcourir le Vieux Continent, renforçant sa notoriété dans le pays. Surtout, Colo Colo se constitua un solide palmares, qui lui donna un grand prestige. Sans revenir sur les trophées nationaux (33 championnats, 14 coupes), l’un des grands exploits de Colo Colo fut de remporter la Copa Libertadores en 1991 (contre les paraguayens Club Olimpia), la seule gagnée par un club chilien. Cette finale a évidemment atteint le record d’audience de la télévision chilienne. On raconte même que les militaires lors du coup d’état de 1973 avaient conscience qu’ils ne pourraient pas le réaliser pendant une victoire de Colo Colo.

#1240 – CA Boston River : el Sastre

Le tailleur. Depuis 2016, Boston River est l’un des rares clubs à ne pas avoir quitté l’élite uruguayenne (à l’exception des grandes équipes que sont Peñarol et Nacional), et pourtant, malgré une longue histoire de 85 ans, 2016 marquait la première accession du club de Montevideo en première division. Son nom est original car il n’y a pas de rivière Boston en Uruguay et pour le comprendre, il faut remonter aux origines du club.

Au début de l’année 1939, fatigués de ne pas pouvoir jouer au football avec les équipes du quartier en raison de leur jeunesse, un groupe de garçons vivant dans le quartier Simón Bolívar de Montevideo décidèrent de fonder une équipe. Ce quartier du centre-ville de la capitale uruguayenne abritait depuis deux ans le Mercado Modelo, le plus grand marché de fruits et légumes d’Uruguay. Mais, l’inspiration pour le nom de l’équipe vint d’autres sources. D’abord, Juan Deri, le plus âgé des fondateurs, argentin et fanatique du CA River Plate, fut nommé premier président du nouveau club et en son honneur le nom de River fut incorporé à la nouvelle institution. Ensuite, une équipe de footballeurs séduisait les fondateurs de Boston River car elle se distinguait, dans les tournois de quartier, par son style de jeu collectif et offensif. Cette équipe représentait la « Sastrería Boston », l’échoppe d’un tailleur du quartier. Ainsi, le terme Boston fut accolé à River et le métier donna le surnom du club.