#940 – RFC Seraing : les Métallos

S’il y a deux pays européens dont le football national a souffert ces 20 dernières années, ce sont la Roumanie et la Belgique. Nombre de clubs, notamment des historiques, s’évanouirent dans leurs gouffres financiers. Mais, leurs prestiges et une vie locale orpheline conduisirent à tenter de les ressusciter au travers de fusion, de rachat de licence et d’acquisition du nom/marque qui donna lieu à de nombreux imbroglios juridiques et à l’existence parallèle de club réclamant le même héritage. La ville de Seraing en est un exemple en Belgique. Le club historique naquit entre 1900 et 1904 et obtint le matricule 17 lorsque la fédération tint son registre officielle. Après une première faillite en 1984, le club fut abandonné par son président en 1996 qui le « céda » à son voisin du Standard de Liège. Un autre club, Royale Union Liégeoise (matricule 23), profita du vide pour s’installer à Seraing et endosser l’héritage du précédent club, avec la bénédiction de la municipalité. Toutefois, en 2014, le club de Seraing se fit une nouvelle fois absorbé par une union de 3 autres clubs de la région, entérinant une nouvelle fois la disparition du football à Seraing. Dans la ville de Boussu, le club local était en difficulté financière et se trouva en 2014 racheté par le propriétaire du FC Metz. Voyant le club de Seraing disparaître, le club de Boussu (matricule 167) s’exila alors à Seraing pour occuper la place vacante et bénéficier de l’aura des précédents clubs. Après quelques changements de nom et quelques débats avec la fédération, il récupéra le nom du RFC Seraing. Mais, même s’il s’appropria de nombreux attributs (nom, couleurs, surnom), les supporteurs historiques ne lui reconnaissent pas l’héritage de l’ancien RFC. Toujours club satellite du FC Metz, le RFC Seraing a retrouvé cette année le chemin de l’élite belge et peut-être retrouvé tous ses supporteurs.

Située sur la Meuse, en amont de Liège, la cité Seraing est synonyme en Belgique de fumée d’usines, de mines et de classes ouvrières. Au début du XIXème siècle, Seraing était une modeste bourgade de moins de deux mille habitants, principalement tournée vers l’Agriculture mais également l’extraction de houille. Or, cette ressource abondante, qui donnait l’énergie ainsi qu’un minerai appelé coke, essentielle dans la métallurgie, la présence de minerai de fer, couplée avec une voie de circulation, la Meuse, et une population connaissant le travail de la mine et de la métallurgie depuis des siècles, transformèrent le paysage et l’économie local. En 1809, la Fabrique de Fer d’Ougrée, une métallurgie, ouvrit et plusieurs mines, allant au delà de l’extraction en surface, débutèrent leur exploitation. Mais, ce fut surtout l’installation, en 1817, de deux frères britanniques, John et Charles-James Cockerill, qui révolutionna Seraing et ses alentours. Ils commencèrent par ouvrir, dans le le château de Seraing, l’ancienne résidence d’été des princes-évêques de Liège, un atelier où ils construisaient des machines à vapeur. Ayant un schéma industriel intégré, ils fabriquaient également leur propre fonte et fer. Puis, un haut-fourneau à coke, le premier du genre en Belgique, fut mis à feu en 1826. Cockerill y ajouta des fonderies, forges, laminoirs et ateliers de construction mécanique ainsi qu’une filature. Dans son sillon, d’autres s’établirent comme le Charbonnage de Marihaye (à Ougrée, Espérance et Six-Bonniers), des entreprises métallurgiques (l’Espérance, la Fonderie Quiriny-Goreux et la Fabrique de Fer d’Ougrée), ainsi que la cristallerie du Val-Saint-Lambert. La région croqua alors à pleine dent dans la Révolution Industrielle, faisant de la Belgique la deuxième puissance économique du monde, derrière le Royaume-Uni au milieu du XIXème siècle. Jusqu’à l’aube de la Première Guerre Mondiale, la région demeura un des cœurs industriels de l’Europe, grand producteur de fer, d’acier et de verre. Les 21 hauts-fourneaux produisaient près de 40 % de la production belge d’acier en 1914. Après avoir été démantelée durant le conflit par l’occupant allemand, l’outil industriel belge fut reconstruit et jusqu’à la crise énergétique des années 1970, développa encore sa production. Malgré un regain dans les années 1980, les mines et les usines métallurgiques licencièrent puis fermèrent face à la concurrence asiatique. Aujourd’hui, la production d’houille, de fer et d’acier est nulle. Néanmoins, pendant plus d’un siècle, la région viva au rythme de cette activité. Au fil des installations et du développement des usines, la ville de Seraing attira une population ouvrière nombreuse. En 1846, Seraing comptait 10 000 habitants, en 1868, le double et en 1883, le triple. En 1825, 800 ouvriers travaillaient pour Cockerill et dès l’année suivante son nombre d’employés doublait. En 1840, il était estimé que sept ou huit mille personnes dépendaient de ces ateliers. Puis, de 1842 à 1913, le nombre d’ouvriers travaillant pour Cockerill était quasiment multiplié par 5, pour atteindre 10 427 ouvriers. De 1850 à 1899, le nombre de mineurs passait de 3 000 à près de 5 000. Puis, l’immigration italienne, portugaise et polonaise fournit les bras manquant au développement de l’industrie. A la veille de la crise énergétique de 1973, le nombre de travailleurs étaient de 20 000. Autant dire que nombre de familles dépendaient des activités minières et métallurgiques. Naturellement, les luttes ouvrières furent aussi fortes dans le bassin. Enfin, au bord de la Meuse, les usines et les maisons des ouvriers s’installèrent côte à côte et encore aujourd’hui, les deux sont inextricables. Seraing était donc connu comme la ville du fer et ses habitants y étaient viscéralement attachés.

#939 – Club Independiente Petrolero : el Albirrojo

Les blanc et rouge. Le club de la capitale bolivienne fut fondé le 4 avril 1932 et a remporté son premier titre en 2021 (mais pas n’importe lequel puisqu’il gagna le titre de champion de Bolivie). L’histoire du club démarra dans un esprit de rebellion. Un groupe de jeune, exclu de l’équipe de football d’un autre club de la ville, San Francisco de La Recoleta, se réunirent dans la maison d’un des joueurs, Julio Cueto, et décidèrent de créer leur propre équipe. En fondant un nouveau club, le groupe devenait ainsi indépendant et dénomma son club ainsi, Independiente Sporting Club. Dans leur démarche, ils furent vivement soutenus par les prêtres franciscains Tomás Aspe et Francisco Aguinaco, ainsi que leur professeur Isidoro Arguedas. Pour choisir les couleurs, les fondateurs décidèrent de rendre hommage à l’Espagne et à ses représentants en Bolivie, les religieux, qui avaient particulièrement œuvré pour le développement du football dans le pays. Ainsi, le maillot fut rouge et jaune, comme le drapeau hispanique. En 1953, le club fut repris par Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos (YPFB), l’entreprise pétrolière d’Etat bolivienne. La nouvelle direction changea le nom pour Club Independiente Petrolero. Puis, de la même manière, il fut décidé de modifier les couleurs de l’équipe. La couleur jaune fut remplacée par du gris tandis que le rouge fut maintenu. Toutefois, au bout de quelques années, une nouvelle modification des couleurs fut réalisée. Le rouge se maintint une nouvelle fois afin de garder un lien avec le club originel et ses fondateurs. En revanche, le blanc se substitua au gris, en hommage à la ville de Sucre, berceau de l’indépendance bolivienne. Le nom officiel de la capital bolivienne est La Ilustre y Heroica Sucre et son surnom est la Ciudad Blanca (la ville blanche). En effet, elle tire son surnom de son architecture. Située à 2 780 mètres d’altitude et fondée par les conquérants espagnols le 29 septembre 1538, la cité est l’une des villes à l’architecture hispanique la mieux conservée d’Amérique, avec des rues pavées, des fontaines taillées dans le granit, des églises anciennes, des maisons couvertes de tuiles en terre cuite saupoudrées de chaux et des murs blancs, caractéristiques du design colonial. Ce sont tous ces immeubles blancs qui donnèrent ce surnom.

#938 – Gateway United FC : Rock City Boys

Les garçons de la ville de pierre. Le club réside dans la ville d’Abeokuta, capitale de l’Etat d’Ogun au sud-ouest du Nigeria. Situé à 100 km de Lagos, Abeokuta est bordé par le Olumo Rock (Rocher d’Olumo), qui lui donna son nom. En effet, le peuple Egba se serait réfugié ici, dans les cavités naturelles du rocher, pour échapper à plusieurs guerres tribales au XIXème siècle. Résultat, Abeokuta, se traduit par « Sous un rocher » en langue yoruba (les Egba sont un sous-groupe du peuple Yoruba) et est surnommé Rock City (la ville de pierre). Le rocher offrait donc une protection mais, comme promontoire, il permettait aussi d’apercevoir au loin et anticiper les attaques ennemies. Il fut un élément essentiel pour les Egba dans la défense de leur territoire et représente encore aujourd’hui un totem nationaliste. Le monument naturel symbolise leur bravoure et leur indépendance et offre la paix et la liberté à tous les habitants d’Abeokuta. Le Rocher est devenu un esprit protecteur, vénéré dans la religion Yoruba en tant qu’orisha (des esprits envoyés par le créateur suprême, Olodumare , pour assister l’humanité et lui apprendre à réussir sur Ayé (Terre)).

Olumo Rock se dresse à une hauteur de 137 mètres. Son nom se compose du terme olu qui signifie dieu et mo qui signifie façonné et se traduit par « Dieu a mis fin à nos ennuis et à nos souffrances » . Au regard de son symbolisme, ce rocher constitue une destination touristique de premier plan au Nigéria, d’autant plus que son escalade est assez facile. Adapté en site touristique en 1976 et rénové en 2006, le rocher comprend des statuts d’anciens héros Egba comme Agaba – le grand chasseur, Okonkenu – le premier souverain suprême du pays Egba, et Jagun Jagun – le général tireur d’élite. Un nouveau musée, des restaurants, une fontaine d’eau, un marché d’artisanat et un ascenseur furent les dernières commodités installées en 2006. Pendant la saison des pluies, Olumo Rock produisait de l’eau qui avait des vertus médicales pour les homéopathes. Ce n’est plus le cas depuis une cinquantaine d’année. En outre, un arbre qui aurait plus de 200 ans et dont les feuilles ne tombent jamais s’élève sur le rocher.

#937 – Millonarios FC : el Ballet Azul

Le ballet bleu. Le club colombien s’est vu attribué ce surnom pour son équipe des années 1950. Rappelons le contexte du football sud-américain au début des années 1950. D’un côté, sans l’accord de la fédération nationale, les équipes colombiennes se professionnalisaient et, en ouvrant leur capital à leurs fans, remplirent leurs caisses. De l’autre côté, les autres championnats sud-américaines pouvaient connaître des périodes difficiles ou des manques de moyens. En Argentine, en 1948, les footballeurs argentins organisèrent une grève car ils estimaient que la répartition des bénéfices n’étaient pas équitables entre les clubs et les joueurs. Le résultat de cette situation fut que les clubs colombiens avec les fonds amassés, pillèrent les clubs des pays d’Amérique du Sud en recrutant leurs joueurs. D’autant plus que exclus par la fédération colombienne et par la FIFA, les clubs colombiens pouvaient recruter des joueurs sans verser de compensation à leur club d’origine. Le football colombien connut logiquement son age d’or.

Pour Millonarios, tout commença en 1949 avec l’embauche des argentins Carlos Aldabe, en tant qu’entraîneur-joueur, et Adolfo Pedernera. Ambassadeurs pour le club, les deux argentins convainquirent d’autres compatriotes dont Alfredo Di Stéfano et Néstor Raúl Rossi, qui firent leurs débuts le 13 août 1949. Plus tard, l’équipe se renforça avec les arrivées du gardien de but de l’équipe nationale argentine, Julio Cozzi, ainsi que ses compatriotes Hugo Reyes, Antonio Báez, Reinaldo Mourin, Adolfo Jorge Benegas, Felipe Stemberg, Roberto Martinez, Julio Avila et Oscar Contreras. D’autres nationalités vinrent compléter la formation : les uruguayens Raul Pini, Ramon Villaverde, Alcides Aguilera et Víctor Bruno Lattuada. Le paraguayen Julio César Ramírez et les péruviens, Alfredo Mosquera, Ismael Soria et Jacinto Villalba. Des européens s’expatrièrent également dans le club de Bogotá dont l’écossais Robert Flawell et de l’anglais Billy Higgins.

De 1949 à 1954, avec une telle équipe, le club devint une formidable machine à gagner. Surtout, elle produisait un jeu flamboyant, que l’on pouvait comparer à un ballet. Ainsi, lors du championnat 1949, Millonarios réussit le record national d’enchainer 17 victoires consécutives. Son buteur, Pedro Cabillon, finit meilleur buteur avec 42 buts, un record en cours à ce jour. Un peu plus tard, l’équipe compta sur une fameuse et magnifique triplette d’attaquants, formée par Adolfo Pedernera, Alfredo Di Stéfano et Antonio Báez, qui marqua 74 buts en 34 matchs. En outre, l’équipe évoluait dans un maillot bleu, qui demeure aujourd’hui encore la couleur du club. Le bleu ne s’imposa pour le club qu’en 1939, la direction s’inspirant alors du maillot de l’équipe argentine Tigre, dont le sélectionneur colombien Fernando Paternoster était fan. Ce terme fut utilisé pour la première fois par le commentateur radio costaricien Carlos Arturo Rueda. C’était une des spécialités de Rueda, avec son langage fleuri, de donner des surnoms à tout le monde. L’équipe fut distinguée par le magazine allemand « Kicker » comme l’une des 40 équipes les plus légendaires de l’histoire du football.

#936 – Ajax Amsterdam : de Ajacieden

Les ajacides, dérivé directement du nom du club. Le club de la capitale néerlandaise, inventeur du football total, emblème d’une certaine idée romantique du football, se nomme d’après le héros grec, Ajax. Toutefois, il existe deux héros grecs qui s’appelaient Ajax : Ajax le Grand (ou Ajax fils de Télamon) et Ajax le petit (ou Ajax fils d’Oïlée). Les deux firent la guerre de Troie mais le premier a connu à travers les siècles une renommée plus grande. Pour le club d’Amsterdam, les fondateurs voulurent s’inspirer certainement du premier. 3 amis, Han Dade, Carl Bruno Reeser et Floris Stempel fondèrent un premier club de football le 15 octobre 1893 dénommé Union. Mais, après quelques mois d’existence, le nom fut changé pour Footh-Ball Club Ajax. Le club disparut en raison de problèmes de terrain et administratifs. Mais les 3 amis refondèrent un club dénommé Ajax le 18 mars 1900.

A l’époque, la mode pour les fondateurs de ces toutes nouvelles associations sportives était de prendre un nom anglicisé, pour rendre hommage au pays où a été inventé le football (tel que Standard, Racing), ou un nom latin ou étranger (comme la Juventus de Turin, le Velocitas Breda ou le Vitesse Arnhem – cf article #111). Les références mythologiques eurent aussi le vent en poupe, les dieux étant porteurs de certaines valeurs. Ainsi, aux Pays-Bas, naquirent en 1882 le Hercule Utrecht, en 1888 le Sparta Rotterdam, en 1894 Achille Assen, RFC Xerxes en 1904, KSV Achilles ’12 en 1912, Achille ’29 en 1929 et Fortuna’54 en 1954. Cette mode n’était pas propre aux Pays-Bas. Evidemment les clubs grecs et chypriotes y souscrivirent (Apollon Smyrnis, Apollon Kalamaria, Aris Salonique, Iraklis Salonique, Apollon Limassol) mais également dans le reste de l’Europe (Hercules Alicante en Espagne, Atalanta Bergame en Italie, Fortuna Düsseldorf en Allemagne, Sparta Prague en Tchéquie, Spartans en Ecosse).

Les 3 fondateurs de l’Ajax, encore de jeunes étudiants d’un Hogereburgerschool (école d’enseignement secondaire) du centre d’Amsterdam, prirent en référence ce héros grec qu’ils avaient dû apprendre dans une leçon de mythologie. Ajax symbolisait le courage et l’audace, valeurs que les fondateurs souhaitèrent probablement défendre et infuser dans leur équipe. Toutefois, quand ils décidèrent de prendre ce nom, il existait déjà aux Pays-Bas un club dénommé Ajax, Ajax Sportman Combinatie, fondé le 1 juin 1892 à Oegstgeest, près de Leiden. Les fondateurs de l’Ajax Amsterdam demandèrent l’accord d’utiliser le nom du héros grec au club d’Oegstgeest. La direction de ce dernier accepta sous réserve de revoir le point au bout de 99 ans. Cet accord fut formalisé et déposé à la fédération néerlandaise. Mais, quand l’échéance se rapprocha, l’Ajax Sportman Combinatie se renseigna auprès de la fédération qui répondit que l’acte original de cette accord avait été perdu. Fin heureuse pour le club de la capitale dont le nom ne pourra pas être remis en cause.

#935 – Hibernian FC : Hibs, Hibbies

Diminutif du nom du club. Dans le quartier surpeuplé de Cowgate, dans le vieux centre ville, en 1875, le club de Hibernian naquit, par la volonté de la communauté irlandaise. En effet, l’Ecosse connut au XIXème siècle une forte immigration irlandaise. Une série de mauvaises récoltes de pomme de terre engendra une période de famine et de maladie en Irlande de 1845 à 1852 qui bouleversa la société irlandaise et son histoire. Cette époque tragique se solda par le décès d’un million d’irlandais mais entraina également une exode massive des habitants, principalement vers les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Les études estiment que plus d’un million de personnes ont fui le pays, provoquant une chute de la population du pays de 20 à 25 % (dans certaines villes, jusqu’à 67 %) entre 1841 et 1871.

En Ecosse, la plupart des migrants s’installèrent à Glasgow, mais une petite partie fit son chemin jusqu’à Édimbourg. Les irlandais se regroupèrent dans le quartier de Cowgate qui devint alors connu sous le nom de Little Ireland (petite Irlande). D’ailleurs, construite pour le rite anglican, l’Eglise St Patrick, située dans le Cowgate et qui avait l’avantage de porter le nom du Saint Patron de l’Irlande, fut rachetée par les catholiques en 1856 et devint un des repères de la communauté irlandaise. Cette paroisse fonda en 1865 la Catholic Young Men’s Society (CYMS), dont l’objectif était de favoriser la formation spirituelle, culturelle et sportive des jeunes hommes irlandais en accord avec la foi catholique. Mais, ces initiatives communautaires ne facilitaient pas l’intégration de la population irlandaise, renforcée par les préjugés anti-irlandais qui demeuraient forts chez les écossais.

Michael Whelahan et ses amis s’intéressaient au football mais avaient conscience qu’il était pratiquement impossible pour eux de jouer pour l’un des clubs écossais établis. Whelahan suggéra alors au père Edward Joseph Hannan de l’Eglise Saint Patrick que le CYMS formât son propre club de football. Après avoir réalisé son enquête sur ce nouveau jeu, le père se montra favorable à cette requête, pensant en outre qu’elle aiderait à rapprocher les irlandais des écossais. Lors d’une réunion du CYMS le 6 août 1875, le Hibernian FC fut fondé. Le choix de la date n’était pas le fruit du hasard et marquait déjà l’orientation du club. En effet, le 6 aout 1875 correspondait au centenaire de la naissance de Daniel O’Connell, chef politique des catholiques d’Irlande et promoteur d’un nationalisme irlandais dans la première moitié du XIXème siècle. Le club était donc celui des irlandais d’Édimbourg. La harpe celtique, symbole de l’Irlande, s’étala sur le blason du club. Le vert, couleur de l’Irlande, fut retenu pour les uniformes des joueurs. La devise était « Erin Go Bragh » (L’Irlande pour toujours). Enfin, le nom du club ne pouvait échapper à cette tendance même s’il y eut quelques débats parmi les fondateurs. Plusieurs idées furent avancées, mais en fin de compte, Michael Whelahan rappela que le CYMS avait absorbé quelques années auparavant la société catholique Ancient order of the Hibernians (L’ordre ancien des Hiberniens). Or, Hibernian était l’ancien nom latin de l’Irlande. Il fut donc décidé que le nom serait Hibernian Football Club. Comme tous les joueurs-fondateurs étaient catholiques et irlandais (à l’exception d’un, Danny Browne, qui était d’ascendance irlandaise), il fut édicté que tous nouveaux membres devaient également être catholique et d’origine irlandaise.

Toutefois, ce communautarisme s’analysa comme du sectarisme par les organisations écossaises. Ainsi, quand le nouveau club voulut s’affilier à l’association écossaise de football, ils reçurent la réponse laconique « We are catering for Scotsmen, not Irishmen » (Nous servons des Écossais, pas des Irlandais). L’accueil fut aussi froid auprès de la fédération d’Édimbourg, qui interdit en plus à tous ses clubs-membres de jouer ou avoir des contacts avec les Hibernians. Ainsi, privé de matchs amicaux ou officiels, les rencontres des Hibernians se limitaient à des entrainements. Finalement, un club brisa cet isolement à Noël 1875, Heart of Midlothian, donnant ainsi naissance au grand derby d’Édimbourg, encore d’actualité. Finalement, à force de persévérance, les Hibernians s’imposèrent dans le paysage footballistique écossais et devint une référence. Malheureusement, sa mauvaise gestion conduisit à sa disparition en 1891. En 1892, le club fut reconstitué, avec un changement significatif puisqu’il n’y avait plus d’obligation fait à ses joueurs d’être membres de la CYMS (donc plus nécessaire d’être irlandais et catholique). En tout cas, ce choix des premières années de représenter la communauté irlandaise d’Édimbourg fit des émules puisque des clubs irlandais naquirent à Dundee et Glasgow (Dundee Harp, Dundee Hibernian et Celtic Glasgow).

Le nom d’Hibernia fut donc attribué par les Romains dans l’Antiquité à l’île de l’Irlande. L’origine du terme n’est pas certaine et plusieurs versions se confrontent. Tout d’abord, Hibernia proviendrait du bas latin hibernum (Hiver) en raison du climat froid et pluvieux de l’Irlande. Ensuite, Hibernia pourrait venir de Ivernia dérivant du latin Ierne qui était le nom donné à l’Irlande par Pythéas, un marchand et explorateur grec du IVème siècle avant J.-C.. Ierne puiserait ses sources dans Erin le nom mythologique de l’Irlande. La dernière hypothèse repose sur le celte. En effet, Hibernia pourrait provenir de l’irlandais primitif Iweriu ou Ériu qui lui-même descend de la racine indo-européenne PiHwerjoHn (qui signifie le pays fertile).

#934 – NK Radomlje : Mlinarji

Les meuniers. Radomlje est une petite ville slovène de 1 500 habitants, située à proximité de Domžale, banlieue de la capitale Ljubljana. Autant dire que généralement, dans une si petite commune, les associations sportives sont limitées et évoluent dans les ligues régionales au mieux. Pourtant, la première ligue slovène accueille le NK Radomlje, le club de cette petite ville. Depuis 50 ans (le club fut fondé en 1972), le club de football est pratiquement la seule association sportive de Radomlje avec une si longue histoire et surtout il fait la fierté de la cité.

Le surnom du club provient de ses supporteurs. Ce n’est pas les supporteurs qui attribuèrent ce surnom au club mais le club qui s’appropria le nom de son association de supporteurs. Connu sous le nom de FC Mlinar (FC Meunier), l’association de supporteurs, la première du nom, naquit le 24 avril 2009, lors d’un match à l’extérieur contre Dob, considéré comme le plus grand derby de la région. Selon son leader, Matic Gorza, le nom du groupe de fans est étroitement lié à l’histoire économique de la ville « Sprva je bil Radomelje, šest ali sedem mlinov je bilo včasih v kraju. Zato je kar logično, da smo Mlinarji, pa še izvirno je, in hitro gre v uho » (Au début, à Radomelje, il y avait six ou sept moulins dans la ville. Il est donc logique que nous soyons les meuniers, et c’est original, et ça accroche vite l’oreille). Radomelje fut un lieu connu pour ses tavernes et surtout pour ses nombreux moulins à eau. La ville fut mentionnée pour la première fois en 1353 et, pour certains, son nom proviendrait de la présence de moulins. Le nom serait tiré de l’expression rado melje, signifiant « il aime moudre ». Néanmoins, la présence de moulins à cette époque demeure peu probable (elle est attestée seulement au XVème siècle). Le nom du lieu dériverait alors du nom de personne slave Rado(m). Toutefois, la minoterie fut une activité importante de la région. La cité est traversée par l’affluent Kamniška Bistrica et le ruisseau artificiel Mlinščica mais d’autres cours d’eau furent également aménagés pour les moulins. A son apogée, on compta près d’une trentaine de moulins le long du Kamniška Bistrica et plus d’une dizaine autour de Radomlje spécifiquement. Les meuniers, en particulier au tournant des XIXème et XXème siècles, étaient des villageois très influents et respectés. Après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des minoterie furent nationalisées. Aujourd’hui, il est possible d’apercevoir les vestiges de deux moulins, les moulins de Kovačko et de Jašoč, Un seul moulin du nom de Kraljevega mlina (Moulin royal) demeure en activité, qui démarra en 1872.

#933 – IA Sud América : los Buzones

Les boîtes aux lettres. Si vous lisez régulièrement les articles de ce blog, voire même si vous avez été passionné par la taxonomie présentée, vous savez qu’il existe quelques règles en matière de surnom. Notamment si ce dernier se rattache à un métier, cela signifie que le club ou sa ville/région résidente possède un lien avec cette activité économique. D’où vous penserez que le club uruguayen de l’IA Sud América fut fondé par la corporation des postiers. J’étais moi-même arrivé à cette conclusion. Sauf que toute règle à ses exceptions et los buzones en est une.

Des employés d’un magasin de quincaillerie et de peinture du centre-ville de Montevideo, dans le quartier Villa Muñoz, se réunissaient pour jouer au football au début du XXème siècle. Sous l’impulsion d’un géomètre, Fermín Linera, qui habitait dans la rue où ses employés pratiquaient le football, ils fondèrent le 15 juillet 1914 le club de FC Sud América (qui deviendra Institución Atlética Sud América en 1922). Fermín Linera suggéra le nom de Sud América pour rendre hommage au continent qui accueillait de nombreux immigrants à cette époque. Puis, les fondateurs optèrent pour un maillot rouge. Néanmoins, quand ils se rendirent dans un magasin pour se fournir en chemise rouge, ils s’aperçurent que la seule couleur disponible était l’orange. En conséquence, l’équipe évolua définitivement dans des maillots orange (avec une poche noire qui deviendra des rayures puis des parements). Seulement, au début du siècle, les boîtes aux lettres de Montevideo se peignaient en orange, comme les maillots de la formation. Ainsi, les joueurs héritèrent du titre de boîte aux lettres. Si ces dernières sont désormais jaunes, le club en a conserve une de couleur orange dans son enceinte sportive.

#932 – Club Universidad de Chile : el Romántico Viajero

Le voyageur romantique. Ce surnom du club chilien invite au voyage et au lyrisme, à la poésie mais certainement au football. Il faut expliquer que ce surnom est tiré directement du titre de l’hymne officiel du club. En 1933, un groupe d’étudiants en architecture, appartenant à la Casa de Bello, réalisa un voyage en bateau, à bord du Reina del Pacífico, en direction de la ville d’Antofagasta. Pendant ce voyage, les étudiants se laissèrent aller à clamer leur amour pour leur Universidad de Chile et petit à petit, leurs inspirations se marièrent pour se transformer en une chanson. Cette chanson ne parlait pas de football mais de leur adoration pour leur école, de leurs rêves. En outre, leur chanson se terminait par un mot qui est devenu un célèbre cri au Chili : Ceacheí. Dans ce groupe, figurait Julio Cordero Vallejos qui composa les accords de la chanson et la nomma « Romántico Viajero« . Il enregistra les paroles et la musique de l’hymne à la Bibliothèque nationale, raison pour laquelle il est reconnu officiellement comme son auteur. Toutefois, il a toujours été soucieux de reconnaître qu’il s’agissait d’une oeuvre collective avec ses compagnons de voyage. Pendant quelques années, ce groupe d’étudiants oublièrent la chanson jusqu’au moment où on leur rapporta que la chanson était entonné dans les travées du stade universitaire. En effet, en 1940, elle devint l’hymne officiel du club. Dans les années 1950, Jaime Aranda Farías, chanteur lyrique de l’Académie de chant Lucía del Campo et qui travaillait à Radio Minería, fut choisit pour l’interpréter.

Ser un romántico viajero y el sendero continuar, (Soyez un voyageur romantique et le chemin continue)
ir más allá del horizonte, do remonta la verdad (pour aller au-delà de l’horizon, là où la vérité s’élève
)
y en desnudo de mujer contemplar la realidad
(et dans la nudité de la femme contempler la réalité)

Brindemos, camaradas, por la Universidad (Portons un toast, camarades, à l’Université)
en ánforas azules de cálida emoción. (dans des amphores bleues d’émotion chaleureuse.)
Brindemos por la vida fecunda de ideal (Portons un toast à la vie fructueuse de l’idéal)
sonriendo con el alma prendida en el amor. (souriant avec une âme prise dans l’amour.)

Ser un romántico bohemio, cuyo ensueño es el querer (Être un bohémien romantique, dont la rêverie est de)
ver las amadas ya olvidadas y dejadas al pasar
(voir les êtres chers déjà oubliés et laissés pour compte.)
y en desnudo de mujer contemplar la realidad
(et dans le nu d’une femme contempler la réalité)

Brindemos, camaradas, por la Universidad (Portons un toast, camarades, à l’Université)
en ánforas azules de cálida emoción.
(dans des amphores bleues d’émotion chaleureuse.)
Brindemos por la vida fecunda de ideal
(Portons un toast à la vie fructueuse de l’idéal)
sonriendo con el alma prendida en el amor.
(souriant avec une âme prise dans l’amour.)


La, lará, lará, lará, lará
la ,lará, lará, lará, lalará
ceacheí, ceacheí, ceacheí
CEACHEÍÍÍÍ

#931 – Deportivo Alavés : los Babazorros

Les porteurs de fèves mais souvent aussi traduit par les mangeurs de fèves. Parler d’Alavès, c’est se plonger 20 ans en arrière et se remémorer cette fabuleuse finale de la Coupe de l’UEFA 2001 où le petit poucet basque, emmené par Jordi Cruyff, s’arrachait les tripes pour défier l’ogre Liverpool. Certes, les basques s’étaient à la fin inclinés mais quelle fraicheur. Outre cette performance, le club est aussi connu en Espagne pour ce surnom original et unique. Il est utilisé pour la formation d’Alavés mais aussi pour tous les habitants de la province d’Alava. Pour le club, il apparut dès les années 1930, 9 ans après sa fondation. Le quotidien « La Libertad » annonçait en novembre 1930 que « el Athletic vendrá a medir sus fuerzas con los babazorros » (l’Athlétic [Bilbao] viendra mesurer ses forces avec les babazorros). L’ « Heraldo Alavés » qualifiait le match Real Sociedad-Alavès de décembre 1931 de « encuentro del domingo entre donostiarras y babazorros » (rencontre dominicale entre Saint-Sébastien et babazorros).

Son origine et sa signification sont un peu mystérieuses. La version la plus répandue, comme l’indique le Dictionnaire général basque de Koldo Mitxelena, est que le mot babazorro vient du basque et résulte du mariage du terme baba qui signifie haricot et zorro qui signifie sac. La raison est que la culture de ce légumineux était importante dans cette région. En 1745, l’écrivain prête, Manuel Larramendi, promoteur de la langue et de la culture basques, écrivait « Llamamos jocosamente a los alabeses babazorros, por la mucha haba que ahí se coge, y come » (Nous appelons en plaisantant les Alabeses babazorros, à cause des nombreux haricots qui y sont cultivés et mangés). Certains avancent une légende où un jeune homme dénommé Juan Gaztea de Arbulo se maria à une jeune demoiselle. La famille de la mariée le surnomma babacorro parce qu’il était de la province d’Alava et que sa nourriture principale était les fèves. Au-delà de ce conte, des ordonnances de la ville d’Espejo au XVIIIème siècle mentionnaient cette légumineuse à plusieurs reprises mais parmi d’autres éléments culinaires. Car, la place des fèves dans l’agriculture et dans la cuisine traditionnelle d’Alava n’est pas aussi importante que le prétend ce surnom. Le terme prit aussi une tournure négative puisqu’au sens figuré, il fut utilisé comme un synonyme de idiot. Ainsi, le Diccionario de la Real Academia Española (Dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole) le définit comme un synonyme péjoratif d’Alavés et souligne qu’il dérive peut-être du catalan varvassor (vassal).

Toutefois, comme souvent, les personnes offensées s’approprièrent le terme désobligeant qui devint un signe d’identité, de fierté de la province d’Álava. En 1892, Alfredo Laffitte dans la revue « Euskal-Erria » imagina un dialogue comique entre un homme de Vitoria, un homme de Bilbao et un homme de Saint-Sébastien qu’il intitula « Babazorros, chimbos y choriburus » . Au XXème siècle, des articles d’Eulogio Serdán ou de Venancio del Val, entre autres, parurent dans des revues locales avec des titres significatifs tels que « Del buen humor babazorro » (De la bonne humeur babazorro) ou « Soy babazorro, soy vitoriano, como mi pueblo no hay otro igual » (Je suis babazorro, je suis de Vitoria, il n’y a aucune autre ville comme ça). Aujourd’hui, les supporteurs du club n’hésitent pas à porter des maillots où il est écrit « Dejaré de ser uno de Babazorros cuando deje de respirar » (j’arrêterai d’être l’un des babazorros quand j’arrêterai de respirer). Enfin, en 1997, le club organisa un concours pour créer la mascotte de l’équipe. Parmi plus d’une centaine de propositions, l’artiste Iñaki González-Oribe remporta les suffrages du jury avec son renard, qui représentait l’agilité, la rapidité et la ruse, qualités que les footballeurs d’Alavés devaient posséder. Mais, l’artiste joua aussi avec la ressemblance phonétique entre le terme renard en espagnol, zorro, et le surnom de l’équipe babazorro.