#1432 – Club Bruges KV : Boeren

Les paysans. Il s’agit d’un surnom que l’on retrouve régulièrement dans le monde néerlandophone (SV Zulte Waregem #1011, BV De Graafschap #536 et PSV Eindhoven #297) mais dont la connotation est plutôt péjorative puisqu’il peut être entendu comme bouseux ou péquenaud. Pourtant, si la région de la Flandre-Occidentale compte de nombreuses fermes, la charmante ville de Bruges n’évoque pas spontanément l’agriculture. Ce surnom remonte en 1908 et à un match qui dégénéra entre Anvers et Bruges.

Bien que le football belge était encore à faire ses premiers pas, une rivalité apparut rapidement entre deux clubs « anciens » : le Royal Antwerp, fondé vers 1880, et le FC Bruges, dont les origines remontaient à 1891. En 1907, les deux équipes s’affrontèrent. Comme il n’y avait pas d’arbitre, le FC Bruges désigna un de ses membres, son secrétaire Fernand Hanssens, pour officier. À dix minutes de la fin, alors qu’Anvers menait, il permit par ses décisions à son équipe d’égaliser. La légende raconte qu’il le fit sous la pression d’un de ses joueurs, le défenseur Arthur Cambier, qui l’aurait menacé de le frapper s’il ne sifflait pas en faveur de Bruges. Ceci amena une réaction violente des supporters d’Anvers qui jouèrent donc du poing contre Cambier et ses coéquipiers à la fin du match. Il n’existe aucun document aujourd’hui qui retrace ces évènements. Pourtant, ces derniers seraient à l’origine des troubles qui eurent lieu en 1908 et qui donnèrent naissance au surnom.

Le 9 février 1908, après-midi, Bruges recevait Anvers et remporta le match 2 buts à 1. Après la rencontre, alors que les supporteurs brugeois auraient pu verser dans l’allégresse de la victoire, ils choisirent de se venger des incidents de l’année précédente et agressèrent les joueurs anversois. 3 reçurent de violents coups au point que le milieu de terrain Jules Suetens fut retrouvé inconscient dans un fossé. Une partie de l’équipe réussit à se soustraire à cette bagarre avec l’aide du président du FC Bruges, Alfons De Meulemeester, qui les emmena dans sa voiture, cible de jets de pierres, jusqu’à une gare située entre Bruges et Gand. Le club d’Anvers remercia le chauffeur de De Meulemeester en lui offrant un pourboire de 5 francs. 3 jours après les évènements, le quotidien « Gazet van Antwerpen » relata que « honderden Brugse fans samentroepten aan de ingang en de spelers van Antwerp bekogelden met stenen, slijk en grasklompen » (des centaines de supporters brugeois se sont rassemblés à l’entrée et ont bombardé les joueurs d’Anvers de pierres, de boue et de touffes d’herbe). Ces premiers actes d’hooliganisme furent sanctionnés rapidement. Le FC Bruges perdit le match sur tapis vert (5-0) et la ville de Bruges ne put plus organiser de matchs pendant 2 mois, pénalisant ainsi également l’autre club de la cité, le Cercle qui s’expatria dans le stade de la Gantoise. Face à ces agressions violentes et primaires, les fans d’Anvers comparèrent alors les supporteurs de Bruges à des boeren.

Comme souvent avec les moqueries et les insultes, les destinataires les retournent à leur profit et les supporteurs de Bruges n’hésitent pas aujourd’hui à scander qu’ils sont des boeren. Le club aussi décida d’associer ce surnom à une connotation positive. En effet, comme l’agriculture est synonyme de travail, de persévérance, le FC Bruges mit en avant ces valeurs partagés avec le slogan « no sweat, no glory » (Pas de sueur, pas de gloire). En 2022, alors que l’agriculture belge souffrait des conséquences de la guerre en Ukraine, le club se mobilisa pour soutenir les agriculteurs en difficulté avec le programme « boeren voor boeren » (des paysans pour les paysans) qui consistait en la vente de produits locaux (provenant de fermes situées à moins de 5 km du stade).

#1419 – Aberdeen FC : the Sheeps

Les moutons. Encore une fois, une moquerie, voire une insulte, a été renversée pour devenir le surnom d’une équipe de football. Avec une vision simplifiée, l’Ecosse est coupé en deux. D’un côté, il existe la Central Belt, la zone très peuplée de l’Écosse du Sud qui inclut plusieurs grandes agglomérations écossaises telles qu’Ayr, Paisley, Glasgow, East Kilbride, Livingston, Kilmarnock et Édimbourg. Outre la densité de cette région, elle couvre aussi la majeure partie des zones industrielles écossaises. Et puis, il y a d’autres régions mais qui se ressemblent car la densité est plus faible et elles apparaissent plus agricoles.

Si Aberdeen est une grande ville dont l’activité pétrolière en Mer du Nord tire son économie, elle est aussi le centre névralgique d’une région rurale aux vastes prairies bien arrosées. Et l’agriculture constitue une part importante de l’économie du Nord-Est et de l’Écosse en général. En effet, la région du Nord-Est représente moins de 12 % de la superficie agricole de l’Écosse (et 14% des exploitations agricoles), mais produit plus de 20 % de sa production agricole. Le nombre d’employés dans le secteur primaire en Écosse est de 1,66% de la population active tandis que la proportion monte à près de 4,5% dans l’Aberdeenshire. Par exemple, le Nord-Est pèse pour 60 % de l’orge brassicole écossaise, 33 % des céréales, 29 % des bovins, 57% des porcs et 32 % du colza. À l’échelle nationale, l’Écosse compte environ 6,5 millions de moutons tandis que le cheptel de l’Aberdeenshire oscille historiquement autour de 500 000 moutons, qui représente 8% de la production agricole de la région en 2014. Mais, on élève aussi des vaches et des cochons en quantité importante.

Cette tradition agricole et la forte concentration de la population ovine a fourni les munitions parfaites pour le folklore sportif. En effet, la moquerie méchante et ultime des citadins (généralement les fans des clubs de Glasgow, Edinburgh et Dundee) envers les habitants des campagnes est de les traiter de ploucs (pour signifier qu’ils sont rustres voire ignares). Le terme argotique écossais équivalent de teuchters aurait pu suffire mais, le supporteur, ne faisant pas dans la poésie, a préféré rappeler aux fans d’Aberdeen que les campagnards étaient trop proches de leurs bêtes en les affublant du surnom très injurieux de Sheep shaggers (littéralement, les baiseurs de moutons).

Face à cette insulte systématique dans tous les stades du pays, les fans d’Aberdeen se sont appropriés avec humour le surnom pour en désamorcer la méchanceté. Ils ont amputé le surnom de sa partie vulgaire pour ne garder que the sheep (Les Moutons) ou the sheep army (l’armée de mouton). Ils ont alors commencé à brandir des moutons gonflables dans les tribunes et ont inventé des chants d’autodérision, dont le plus célèbre est « The Sheep are on fire » (le mouton est en feu). Selon la culture populaire locale relayée par les médias, ce fameux chant est né à la suite d’un incident burlesque lors d’un déplacement en train, où un supporter d’Aberdeen habillé dans un costume de mouton fait maison aurait accidentellement pris feu.

#1415 – General Caballero SC : el Matarife

Le boucher. Fondé le 6 septembre 1918, le club prit initialement le nom de Deportivo Meilicke, du nom de la famille des propriétaires d’une tannerie et fondateurs du club. Après avoir remporté le championnat de deuxième division en 1923 et pour sa première participation à l’élite en 1924, le club changea de nom pour General Caballero Sport Club. Cette nouvelle appellation rendait hommage à Bernardino Caballero, ancien président du Paraguay et l’un des principaux commandants de la guerre contre la Triple-Alliance (1865-1870). Dans un Paraguay qui se remettait difficilement de la guerre de la Triple-Alliance (où il perdit un tiers de son territoire et 50% de sa population) et confrontait à une forte instabilité politique, les clubs de sport se révélèrent souvent un catalyseur du patriotisme et une mode naquit de donner des noms en conséquence (Presidente Hayes #1259, 12 de Octubre FC …). Cette tradition n’était pas propre aux clubs paraguayens et se retrouve dans la plupart des pays sud-américains.

Au même moment du changement de nom, le 1er septembre 1923, l’une des plus grandes industries de transformation de viande au monde ouvrait officiellement ses portes à Zeballos Cué, la ville de résidence du club. Elle était la propriété de la multinationale Liebig’s Extract of Meat Company. En 1853, le chimiste allemand Justus von Liebig sauva la vie de la fille d’un de ses amis, avec un bouillon concentrant les principaux actifs nutritifs de la viande (l’extrait de viande). Après l’avoir développé pour les hôpitaux de Munich, von Liebig passa en mode industriel et créa en 1865 à Londres la société Liebig’s Extract of Meat Company. Cette dernière implanta sa première usine à Fray Bentos en Uruguay pour bénéficier des grands élevages bovins de la région. En 1898, Liebig’s étendit ses activités en Argentine et au Paraguay, en acquérant des terres pour l’élevage bovin. Au Paraguay, elle racheta l’Estancia Yacaré à Ñeembucú et Duarte Cué, à la frontière brésilienne. Enfin, en 1922, Liebig’s acquit l’usine de la Compagnie paraguayenne de viande et de réfrigération à Zeballos-Cué, et investit dans des agrandissements. Il s’agissait de la plus grande usine de transformation de viande des Amériques et le plus grand exportateur d’extrait de viande du Paraguay. Ses produits, comme le célèbre bœuf salé « va ka ‘io », constituèrent longtemps des aliments de base dans de nombreux foyers du pays. Ils étaient également exportés dans le monde entier, reconstruisant et stimulant ainsi développement économique du Paraguay. En 1927, les exportations de produits carnés dépassaient les exportations de produits agricoles. Vu son importance, l’usine participa aussi au développement de l’équipe de General Caballero en tant que sponsor (notamment en lui faisant don d’un terrain) et ses ouvriers constituaient une grand partie des fans du club.

#1404 – Municipal Liberia : los Pamperos

Dans le monde du football, les surnoms des clubs sont rarement choisis au hasard. Ils racontent une histoire, un patrimoine industriel ou, très souvent, une identité géographique forte. Au Costa Rica, le championnat regorge d’équipes aux identités très marquées, mais peu sont aussi fusionnelles avec leur territoire que le Municipal Liberia. Quand les supporters jaune et noir donnent de la voix dans les travées de l’Estadio Edgardo Baltodano Briceño, ils encouragent ceux qu’ils appellent fièrement los Pamperos. Mais que cache réellement ce surnom aux accents de western sud-américain ? Pour le comprendre, il faut quitter les plages pour s’enfoncer dans les terres de la province du Guanacaste où se trouve la cité de Liberia.

Le Costa Rica évoque généralement des images de jungles impénétrables, arrosés par des pluies tropicales. Pourtant, le nord-ouest du pays, où se situe la ville de Liberia, offre un décor radicalement différent. C’est ici que s’étend la fameuse pampa guanacasteca. Ce paysage unique du Costa-Rica possède des spécificités uniques qui forgent le caractère de la région et, par extension, de son équipe de football. Le Guanacaste est connu pour sa longue saison sèche (le verano). La terre y craquelle sous un soleil de plomb et la végétation s’adapte à l’aridité. C’est un environnement exigeant qui forge des tempéraments résilients. Cette pampa se caractérise par de vastes plaines et savanes, idéales pour l’élevage bovin, qui constitue l’une des principales activités économiques et culturelles de la région. La région accueille de grandes haciendas (vastes domaines agricoles) d’élevage bovin, royaume du sabanero, le cow-boy costaricien emblématique, reconnu pour son éthique de travail acharné, son courage et son lien profond avec la terre. Le sabanero, avec sa selle, ses chapeaux (larges et en cuir ou tressé) et son mode de vie rural, est un symbole de la province, devenu populaire dans la culture costa-ricaine. Le terme vient directement du mot sabana (la savane).

Le terme pampero désigne littéralement « celui qui vient de la pampa ». Porter le maillot du Municipal Liberia, ce n’est pas seulement représenter une ville, c’est incarner l’âme de toute cette région rurale et fière.

#1395 – Hapoël Kfar Saba : הירוקים מהשרון

Les verts de Sharon. Sharon ne fait pas référence à l’ancien militaire et premier ministre israélien (2001-2006) mais à la région du centre de la côte israélienne dont la capitale est Netanya. Habité par plus de 100 000 personnes, Kfar Saba se situe dans le sud de cette région et son club de l’Hapoël joue en vert. Cela pourrait paraître anodin mais ce choix de couleur est révolutionnaire pour un club appartenant au mouvement Hapoël.

En Israël, le sport a historiquement été pensé comme un outil de construction de la nation et de la société. Ainsi, le mouvement sportif fut encadré au sein des organisations politiques, qui fit de ses clubs des vitrines sportives et politiques. Le premier qui apparut fut le Maccabi qui représentait les classes bourgeoises à tendance centre droit et dont les équipes sportives revêtaient des maillots bleu et jaune. Plus à droite, le Beitar était le mouvement des nationalistes qui enfanta historiquement des groupes paramilitaires comme l’Irgoun. Les joueurs des clubs Beitar portaient des maillots noir et jaune. Enfin, en 1926, le Histadrout, le puissant syndicat des travailleurs juifs, ancré à gauche, fonda le mouvement sportif Hapoël. Il fut créé en opposition directe au Maccabi, jugé trop bourgeois et élitiste. Le but était de proposer un sport pour le peuple, basé sur l’égalitarisme et la camaraderie plutôt que sur la compétition à outrance. Hapoël, qui signifie « le travailleur » en hébreu, portait donc des valeurs de gauche et son symbolisme s’y accrochait. Ainsi, son emblème originel (un athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau) et sa couleur rouge rappellent ses racines marxistes et socialistes. Aujourd’hui, tous les clubs du mouvement Hapoël reprend ces symboles (qui sont réglementaires) sauf 4 clubs : Hapoël Petah Tikva et Hapoël Ironi Kiryat Shmona en bleu et blanc, Hapoël Holon en violet et jaune et donc Hapoël Kfar Saba.

Le petit village de Kfar Saba fut fondée en 1898 mais, ses premières années furent difficiles et la culture des amendes demeurait l’activité principale. Il fallut attendre les années 1920 pour que le village et la population juive prissent son essor, s’appuyant sur le développement des vergers d’agrumes (en particulier le citron et l’orange) qui devinrent la richesse de la région. De nombreux ouvriers agricoles, pour certains syndiqué au sein de l’Histadrout, émigrèrent alors dans le village et en 1928, le club de l’Hapoël vit le jour comme une réponse de la population ouvrière au seul club de la ville, le Maccabi. Mais, l’économie de la ville dépendant grandement de ses vergers, les fondateurs de l’Hapoël favorisèrent le vert pour rappeler les arbres et l’agriculture plutôt que la couleur traditionnel du mouvement sportif de gauche. Le blason reprenait tout de même l’athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau.

#1374 – Antigua GFC : los Panzas Verdes

Les ventres verts. Le vert est omniprésent dans la tenue du club comme dans la bannière de la ville d’Antigua et du département de Sacatepéquez, dont Antigua est la capitale. Cela peut s’expliquer par le nom Sacatepéquez, qui provient de la langue Náhuat, où sacat signifie « herbe » et tepet « colline », signifiant ainsi « colline d’herbe ». Il est vrai que les collines verdoyantes de la région, à perte de vue , impressionnèrent les populations précolombiennes comme les conquistadores.

Mais les habitants d’Antigua gagnèrent ce surnom pour une toute autre raison. Ou du moins deux explications existent. La première remonte au XVIIIème siècle lorsque la ville était la capitale de la Capitainerie générale du Guatemala (qui regroupait les territoires actuels du Guatemala, du Belize, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua et du Costa Rica, ainsi que l’État mexicain du Chiapas). La cité est entouré de volcans dont celui connu sous le nom de Fuego (Feu), considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus actifs au monde. Lors de l’époque coloniale, ses éruptions violentes entrainèrent des séismes importants qui endommagèrent la ville en 1717 et en 1751. En 1773, une série de tremblements de terre (entre fin Juillet et début Septembre) détruisirent intégralement la cité puis une épidémie de Typhus se propagea dans la ville. Son accès fut alors interdit et les populations ne pouvaient plus commercialiser de denrées. Résultats, les habitants s’alimentèrent principalement d’herbes (macuy, quilete, chipilín, bledo, berro, verdolaga) et d’autres espèces endémiques de la région. Ainsi, dans les croyances locales, on pensait que leur ventre étaient devenus verts avec ce régime particulier.

L’ors’autre explication se rapporte à la culture de l’avocat dont la région est riche. Les origines de ce fruit se situent au Mexique, en Colombie et au Venezuela ainsi que dans le nord du Guatemala. Un chercheur américain spécialiste des avocats, Wilson Popenoe, écrivait en 1916 que « Probablemente ningún otro país posea tal abundancia de aguacates finos como Guatemala […] Antigua… es el centro de una de las principales regiones de aguacate, quizás una de las más mayores del mundo » (Probablement aucun autre pays ne possède une telle abondance d’avocats de qualité que le Guatemala […] Antigua… est le centre de l’une des principales régions productrices d’avocats, peut-être l’une des plus importantes au monde). Même si le pays n’occupe plus que la 15ème place mondiale en termes de production (150 000 tonnes en 2022), la culture de l’avocat occupe près de 3 000 hectares au Guatemala et le département de Sacatepéquez demeure le deuxième producteur du pays (25% des surfaces et de la production). Evidemment, la population locale mange des avocats mais le surnom proviendrait du fait que la forme du fruit fait penser à un homme avec une bedaine (verte). Pourtant, le nom avocat dérive du mot nahuatl, ahuacatl, qui signifie « testicules de l’arbre ». Entre ces deux histoires, le club a fait son choix avec le fruit comme mascotte.

#1356 – Rijnsburgse Boys : de Uien

Les oignons. Sur la côte hollandaise, 66 000 âmes résident paisiblement dans la ville de Katwijk. Ville moyenne des Pays-Bas, elle compte tout de même 3 clubs évoluant en troisième division (VV Katwijk, Quick Boys et Rijnsburgse Boys) et deux (FC Rijnvogels, Valken ’68) dans la division inférieure. Rijnsburgse Boys vit un peu dans l’ombre de la féroce rivalité que se vouent VV Katwijk et Quick Boys. Il représente le village de Rijnsburg, qui a été absorbé par Katwijk. La réputation de Rijnsburg provient de ses cultures de bulbes à fleurs et la présence d’une plateforme de Royal FloraHolland, la coopérative de producteurs de fleurs et la plus importante des maisons de vente de fleurs aux enchères au monde. La culture et le commerce des fleurs remontent à Charlemagne (vers 800), époque à laquelle fut introduit le lys de la Madone. Vers 1400, on cultivait déjà des roses à l’abbaye de Rijnsburg. 

La fondation de l’abbaye de Rijnsburg, vers 1125, encouragea justement le développement de l’horticulture mais également l’agriculture. Parmi les cultures les plus répandues, l’oignon constitua un des produits les plus exportés de Rijnsburg au XVIème et XVIIème siècle. Très réputés à l’étranger et bons, les oignons devinrent le surnom des habitants de Rijnsburg. L’oignon de Rijnsburg est aujourd’hui encore une variété, rond et jaune pâle.

Cela n’apparaît pas comme un surnom flatteur. Pourtant, le club se l’est approprié car l’oignon est une plante robuste, saine et qui fleurit magnifiquement. En dégageant un gaz irritant lorsqu’il est coupé, l’oignon apparaît résistant. Finalement, pour le club, ces valeurs collaient bien à son équipe.

#1345 – LDU Portoviejo : la Capira

Si vous cherchez ce terme dans le dictionnaire académique espagnol, vous serez déçu de ne trouver ni le mot capiro, ni sa forme féminine capira. Pourtant, en Amérique Latine, ce terme existe. En Equateur, il désigne un homme rustre et grossier, synonyme de montuvio, l’équivalent des cow-boy sur la côte équatorienne. Ainsi, désormais, les équatoriens l’utilisent pour dénommer un paysan de la côte.

Selon un chercheur uruguayen, il est possible que le mot capiro dérive du portugais brésilien caipira, qui caractérisait les paysans aux origines douteuses et étaient souvent attribués au peuple Guaraní. En Argentine, on trouve d’ailleurs le terme campiriño pour désigner quelqu’un d’origine paysanne ou avec peu de contacts sociaux. Le terme est donc plutôt utilisé dans le sens de « bouseux » plus que « paysan ». Mais, comme souvent, de la moquerie, il est devenu un symbole identitaire des populations visées.

La ville de Portoviejo est la capitale de la province de Manabí, située sur la côte pacifique. Et avec les régions de Guayas et de Los Ríos, elle constitue la principale zone d’habitation des Montuvios. Ces derniers sont donc la population paysanne de la côte équatorienne qui, par sa maîtrise des chevaux, apparaît comme des équivalents des cow-boy américains, des llaneros colombien et vénézuéliens et des gauchos argentins. Il ne s’agit pas d’un groupe ethnique mais cette population partage une culture forte et uniquement identifiée en Equateur.

La côte et ses plaines, arrosées par de grands fleuves côtiers et leurs affluents, propose un climat propice à l’agriculture et, dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, comptaient de nombreux propriétaires fonciers et des paysans indépendants pratiquant l’élevage laitier et une production agricole riche (cacao, café, hévéa, tagua (ivoire végétal), riz, tabac, coton, canne à sucre, bananes, ananas, oranges …). Contrairement aux populations andines, les paysans de la côte se distinguaient par un caractère indépendant et une grande mobilité ainsi que par sa machette et son chapeau de paille, dénommé toquilla. Leur culture particulière fut étudiée et mise en avant à partir des années 1920. Dans la musique et la danse, elle se distingue par l’Amorfino (chanson et danse d’amour) et le Pasillo (une adaptation locale et lente de la valse). Dans la cuisine équatorienne, les montuvios se distinguent par la diversité et la richesse de leurs plats qui allie fruits de mer et terroir, et s’articule autour du four Manabita (une boîte d’environ 1 mètre sur 1,5 mètre, rempli d’argile et alimenté au bois pour la cuisson). Les plats sont généralement présentés dans des feuilles de bananier et assaisonnés de sal prieta, une préparation à base d’arachides.

Selon le recensement équatorien de 2022, plus de 1 300 000 Équatoriens s’identifient comme montuvios (soit 7,7 % de la population équatorienne) et 33% des montuvios vivent dans la région de Manabí.

#1322 – Llaneros FC : los Caballos

Les chevaux. Fondé il y a seulement 13 ans, le club prenait la suite des Centauros Villavicencio, dont la vie n’avait duré que 9 ans mais qui était la première tentative de doter le département de Meta d’une équipe en mesure d’évoluer dans l’élite colombienne. La première équipe faisait référence à l’animal mi-homme, mi-cheval, le Centaure, donc il paraissait logique que le nouveau club reprenne le cheval dans son écusson et comme surnom. Et si l’équidé occupe une place centrale dans la symbolique des deux équipes de football, c’est en raison de son rôle important dans cette région.

Le département de Meta fait partie de la région du Llanos, qui occupe l’ouest du Venezuela et l’est de la Colombie et où s’étire de vastes plaines herbeuses, bases de son économie. Car son climat humide et chaud offrent de beaux pâturages, favorables à l’élevage (bovins, porcs et chèvres). Les pâturages dans le Llanos représentent entre 7 et 9 millions d’hectares et pour certaines parties de la région, environ 85% des terres sont même consacrées à l’élevage. Près de 9 millions de bovin (le tiers du pays) se trouve dans cette région, répartis dans près de 32 000 fermes. Ces ranchs exploitent de grands troupeaux sur de vastes terres, qu’ils rassemblent deux fois par an, la première fois au début de la saison des pluies pour les emmener vers les terres plus sèches et, inversement à la fin de l’année. Et pour surveiller ces bêtes et réaliser ces longs voyages, les ranchs comptent sur les cow-boys locaux, les llaneros.

Leur culture démarra avec l’introduction de l’élevage par les colons espagnols au XVIème siècle. Semi-nomade, ils guidaient les troupeaux et étaient reconnus comme des cavaliers habiles qui géraient toutes les tâches liées au bétail. Elevés dès leur plus jeune âge sur le dos d’un cheval, avec une façon particulière de le monter, les llanaros ne considéraient que l’équidé comme animal, créant un lien qui allait au-delà de celui d’un animal de compagnie. Il était le prolongement de son corps et de son esprit. Et, dans les plaines, pour tous il était clair que sans chevaux, il n’y eut pas eu de développement. Il y avait quatres types de llaneros : le cabrestero qui conduit le bétail, le baquiano qui connaît les chemins, la langue et les coutumes d’une région afin de les parcourir sans encombres, le cuatrero, le voleur de bétail et le músico, qui est un cavalier musicien et chanteur. Ils étaient reconnaissables à leur tenue qui se composait d’un pantalon double (un à l’intérieur pour se salir et l’autre à l’extérieur, qui se nommait garrasí) qui avait des griffres au bout pour l’attacher, une chemise à col large et ouvert se portant par dessus le pantalon, un chapeau de type andalou et un grand foulard. Etant de bons cavaliers, ils furent recrutés pendant les guerres (en particulier les guerres d’indépendance où ils servirent dans les deux camps) pour former le gros des troupes de cavalerie. Les llaneros jouèrent un rôle important dans l’émancipation du pays et les historiens estiment que plus de 13 000 llaneros perdirent la vie durant la guerre d’indépendance.

Etant donné qu’ils ne quittaient jamais leurs montures et qu’ils servirent dans l’armée, ils ressemblaient au centaure, cet animal mythique qui rassemble l’homme et le cheval sous un même être et combattait en première ligne en raison de sa force et son audace. D’ailleurs, le chanteur colombien Cholo Valderrama aime à dire « El suelo del llanero son los estribos » (le sol du llanero, ce sont les étriers). Et cette comparaison s’installa dans l’imaginaire collectif colombien. Ainsi, pour évoquer la fin de la guerre d’indépendance menée par Bolívar, avec le soutien des llaneros, le 6ième couplet de l’hymne national colombien dit « Centauros indomables Descienden a los llanos » (Des centaures indomptés descendent dans les plaines). Deux centaures se distinguent également sur les armoiries du département de Meta.

#1313 – Real Murcia CF : los Pimentoneros

Ceux qui cultivent du piment, paprika. Dans le Sud-Est de l’Espagne, où les rayons du soleil s’étalent à longueur de journée, les joueurs de Murcia portent un maillot écarlate, qui aurait pu inspirer le surnom du club. Tout autant que la bannière de la ville, immaculée de rouge. Cette tenue apparut le 2 novembre 1920, lors d’un match contre l’AD Ferroviaria de Madrid, et était accompagnée d’un short bleu. Il succédait au maillot vert clair, pantalon blanc et chaussettes noires que le club affichait depuis sa fondation en Décembre 1919. Toutefois, le surnom s’étend au delà du stade Enrique Roca et caractérise les habitants de la ville. Avec une terre fertile (constituée par une plaine alluviale) et un doux climat méditerranéen, Murcie possède une longue tradition agricole et produit une large gamme d’aliments, des fruits (orange, citron, tomate) et légumes (laitue, chou, pois, aubergine, haricots verts, blettes et citrouilles) aux céréales (riz) et aux oliviers. La région devint dès la première moitié du XXème siècle l’un des principaux fournisseurs de produits agricoles d’Espagne (20% de la production agricole du pays : 2,5 millions de tonnes d’agrumes et de légumes primeurs) et d’Europe (au point d’être surnommée le « potager de l’Europe »). Et parmi toutes ces cultures, le poivron s’est fait une place de choix. En particulier, un petit piment rond de la taille d’une tomate cerise, qui séché et moulu, se transforme en un célèbre paprika (pimientos), qui a gagné une appellation d’origine.

Avec la conquête de l’Amérique, le royaume espagnol découvrit le poivron et les piments. A la fin du XVème siècle, sa culture s’importa du côté de Cáceres, avec les frères Jerónimos (ordre de St-Jérôme) du monastère de Guadalupe puis du monastère de Yuste. Son déménagement à Murcie permit le développement de la culture du poivron dans cette région au début du XVIème siècle. Les premiers poivrons cultivés par les frères hiéronymites en Murcie avaient initialement une saveur piquante, une pointe arrondie et une couleur verte, qui ensuite se transforma en rouge jaunâtre. Au fil du temps, il devint un légume rond, légèrement aplati, de couleur rouge foncé et de saveur douce. Dès le XVIIIème siècle, les premiers moulin à poivron furent construit dans la région. Tout au long du XIXème siècle et jusqu’au milieu du XXème siècle, la culture des poivrons pour le paprika se répandit dans toute la région de Murcie jusqu’à devenir la première activité économique, devant la soie et les agrumes. 80 % des paysans de Murcie pratiquaient ce type de culture à l’époque. En 1896, la première association de la corporation des producteurs de poivrons fut créée sous le nom de Centro de Exportadores de Pimiento (Centre des exportateurs de poivrons), dans le but d’organiser la vente du produit. En 1920, 1 200 tonnes étaient produites puis 8 000 tonnes en 1939.