#1367 – Girone FC : Tossuts

Les têtus. Les fans comme les joueurs de Girone (et certains étendent même la caractéristique à tous les habitants de la ville) seraient têtus, déterminés et persévérants. Et ce surnom n’adopte pas un ton ironique. Les supporteurs affichent fièrement la phrase « som tossuts » (nous sommes têtus – en catalan) sur leurs maillots et banderoles.

Club modeste évoluant entre la 4ème (44 saisons en 95 ans d’existance) et 2ème division espagnole (24 saisons), Girona gagna un peu de notoriété lorsqu’il intégra le giron du City Football Group, le fameux fonds d’Abu Dhabi, chantre et symbole de la multi-proriétés (le fonds possède entre autre les clubs de Manchester City, Troyes, New York City, Montevideo City Torque …). Puis, l’année dernière, l’humble stade du club, Municipal de Montilivi, accueillit pour la première fois dans l’histoire du club des matchs de coupe d’Europe. Et pas n’importe laquelle puisque l’équipe avait obtenu son ticket pour la Ligue des Champions. Girona s’illumina à la lumière des fans curieux du football européen. Mais, pour arriver à cette consécration, il fallut beaucoup de patiente et de persévérance.

Fondé en 1930, l’histoire du Girona débuta lors de la saison 1935-1936 lorsque le club concourra pour la première fois en play-off de promotion pour la première division mais échoua. Il fallut attendre de nombreuses années pour que le club eut une nouvelle chance de rejoindre l’élite. Lors de la saison 2012-2013, ayant terminé 4ème au classement, Girona joua les play-off et atteignit la finale. Mais, Almería doucha les espoirs. Girona se classa 3ème deux an plus tard et obtint une nouvelle opportunité de monter. Mais, l’équipe perdit en demi-finale de play-off face à Saragosse. L’année suivante (2015-2016), Girona disputa encore les play-off de montée mais achoppa en finale contre Osasuna. En 2016-2017, le club gagna son accession direct et joua pendant deux saisons en première division avant de redescendre. En 2019-2020, lors de son retour dans l’antichambre, Girona parvint en play-off mais échoua en finale face à Elche. Nouvelle chance la saison suivante et nouvel échec contre le Rayo Vallecano (encore en finale). Et malgré tant de tentative, l’espoir ne faiblit pas et les joueurs comme les supporteurs se montrèrent persévérants et têtus. Cette obstination finit par payer en 2021-2022. Girona remporta enfin les play-off face à Tenerife et accéda à la première division pour connaître ses premiers émois européens.

#1340 – Sporting Gijón : la Mareona

La marée (d’une mer déchainée voire un raz-de-marée). Au Nord de l’Espagne, sur la côté Atlantique, se dresse la ville de Gijón, capitale des Asturies. Principale ville de la région, elle comptait moins de 30 000 habitants au début du XXème siècle mais son développement fut rapide, avec aujourd’hui une population de 300 000 habitants (et pas loin de 400 000 dans l’agglomération). Et cette population a rapidement constitué une communauté de fidèles, passionnés et ardents supporteurs. A chaque match, une marée de fans rouge et blanc envahit les stades, apportant leur soutien partout où le Sporting joue. Et cette ferveur ne tiédit pas même quand le club connut des heures difficiles dans les divisions inférieures. Chaque année, entre 20 000 et 25 000 personnes s’abonnent alors que le stade El Molinón où évolue le Sporting ne contient que 30 000 places. Cette ferveur donna le surnom la Mareona pour les fans de Gijón.

La première grande expression de cette passion pour le club remonte au 5 Avril 1944. Alors que la cité des Asturies comme le reste du pays fêtait la Semaine Sainte (où les Chrétiens célèbrent normalement la Passion du Christ), la population de Gijón descendit nombreuse dans la rue pour accueillir l’équipe qui remportait sa première promotion au sein de l’élite du football espagnol. Le 2 Avril 1944, Dimanche des Rameaux, à une journée de la fin, le Sporting assurait mathématiquement son accession après un match nul à l’extérieur face au Xerez CD. Après 3 jours de voyage retour, le Mercredi 5 Avril, l’équipe prit un bus à toit ouvert, décoré du grand écusson du club à l’avant et de drapeaux rouge et blanc sur les côtés, et descendit jusqu’à la place « Plaza de Los Mártires », aujourd’hui connu sous le nom « Plaza del Humedal », où les attendait le maire Mario de la Torre. Cette « procession » laïque fut accompagnée par une horde de supporteurs à pied ou à vélo et se termina vers 19h30, afin de ne pas perturber les célébrations religieuses.

Le Dimanche suivant, de nouvelles célébrations eurent lieues lors du dernier match face au Bétis Séville. Les joueurs et les supporteurs communièrent ensemble lors d’une série d’évènements où ils déposèrent un bouquet sur la tombe d’Anselmo López, le fondateur du club, rendirent, avant le match, hommage aux anciens joueurs, furent reçus à la mairie après le match et conclurent les célébrations par une nouvelle fête populaire sur la Plaza de José Antonio, aujourd’hui Plaza del Carmen.

#1313 – Real Murcia CF : los Pimentoneros

Ceux qui cultivent du piment, paprika. Dans le Sud-Est de l’Espagne, où les rayons du soleil s’étalent à longueur de journée, les joueurs de Murcia portent un maillot écarlate, qui aurait pu inspirer le surnom du club. Tout autant que la bannière de la ville, immaculée de rouge. Cette tenue apparut le 2 novembre 1920, lors d’un match contre l’AD Ferroviaria de Madrid, et était accompagnée d’un short bleu. Il succédait au maillot vert clair, pantalon blanc et chaussettes noires que le club affichait depuis sa fondation en Décembre 1919. Toutefois, le surnom s’étend au delà du stade Enrique Roca et caractérise les habitants de la ville. Avec une terre fertile (constituée par une plaine alluviale) et un doux climat méditerranéen, Murcie possède une longue tradition agricole et produit une large gamme d’aliments, des fruits (orange, citron, tomate) et légumes (laitue, chou, pois, aubergine, haricots verts, blettes et citrouilles) aux céréales (riz) et aux oliviers. La région devint dès la première moitié du XXème siècle l’un des principaux fournisseurs de produits agricoles d’Espagne (20% de la production agricole du pays : 2,5 millions de tonnes d’agrumes et de légumes primeurs) et d’Europe (au point d’être surnommée le « potager de l’Europe »). Et parmi toutes ces cultures, le poivron s’est fait une place de choix. En particulier, un petit piment rond de la taille d’une tomate cerise, qui séché et moulu, se transforme en un célèbre paprika (pimientos), qui a gagné une appellation d’origine.

Avec la conquête de l’Amérique, le royaume espagnol découvrit le poivron et les piments. A la fin du XVème siècle, sa culture s’importa du côté de Cáceres, avec les frères Jerónimos (ordre de St-Jérôme) du monastère de Guadalupe puis du monastère de Yuste. Son déménagement à Murcie permit le développement de la culture du poivron dans cette région au début du XVIème siècle. Les premiers poivrons cultivés par les frères hiéronymites en Murcie avaient initialement une saveur piquante, une pointe arrondie et une couleur verte, qui ensuite se transforma en rouge jaunâtre. Au fil du temps, il devint un légume rond, légèrement aplati, de couleur rouge foncé et de saveur douce. Dès le XVIIIème siècle, les premiers moulin à poivron furent construit dans la région. Tout au long du XIXème siècle et jusqu’au milieu du XXème siècle, la culture des poivrons pour le paprika se répandit dans toute la région de Murcie jusqu’à devenir la première activité économique, devant la soie et les agrumes. 80 % des paysans de Murcie pratiquaient ce type de culture à l’époque. En 1896, la première association de la corporation des producteurs de poivrons fut créée sous le nom de Centro de Exportadores de Pimiento (Centre des exportateurs de poivrons), dans le but d’organiser la vente du produit. En 1920, 1 200 tonnes étaient produites puis 8 000 tonnes en 1939.

#1294 – CD Castellón : los Orelluts

Les grandes oreilles, en valencien. Déambulez dans le stade de Castàlia, antre du CD Castellón, et vous entendrez un célèbre chant s’élever des tribunes, « Pam-pam, orellut« , qui constitue une grande partie de l’identité du club de la communauté valencienne. Ce cri de guerre a des origines qui remontent aux années 1920. A cette époque, José Alanga défendait les cages du CD Castellón et ses prouesses effrayaient les équipes adverses. Son frère, qui avait participé à la guerre du Rif (un conflit armé des années 1920 qui opposa les troupes coloniales espagnoles, françaises et marocaines aux tribus berbères de la région du Rif dans le Nord du Maroc), lui avait ramené de son séjour africain un souvenir : un petit éléphant en ébène. José le plaçait en guise d’amulette derrière son but et cet éléphant participa à sa légende. En effet, quand Alanga réalisait un arrêt spectaculaire, les supporters s’exclamaient « Olé, Orellut » ou « Molt bé Orellut ! » (Très bien grandes oreilles !), orellut faisait référence à son animal totem.

L’éléphant d’Afrique n’était pas le seul à avoir des grandes oreilles. Le long de la ligne de touche, un supporteur de Castellón, dénommé Jaime Varella, encourageait avec beaucoup d’enthousiasme son équipe. Il était connu pour deux choses. D’une part, il avait de grandes oreilles. D’autre part, pour exhorter les joueurs, il claquait sèchement dans ses mains deux fois de suite (ce qui faisait un bruit du type « pam pam »). Des fans taquins répondaient en écho à ses claquements « orellut« . Mais, pour ne pas le vexer, ils prétextaient que ces cris s’adressaient à Alanga ou qu’il s’agissait d’une chanson à l’encontre de leur rival, en rajoutant la phrase « el Valencia ha perdut » (Valence a perdu).

En 1939, après la guerre civile, la direction du club fit créer un hymne officiel au compositeur Eduardo Bosch et au parolier de Vicente Andres, avec comme titre « Pam-pam, orellut« . Mais, le titre tomba dans l’oubli jusqu’au début des années 1970. En 1971-1972, le club accéda à la première division et le journaliste sportif Crescencio López del Pozo alias Chencho souhaitait redonner vie au viel hymne. Vicente Andres, seul membre vivant du duo original, participa à la réécriture de la chanson et, le 29 mai 1972, la chanson fut enregistrée. Aujourd’hui, il s’agit d’un hymne emblématique du football espagnol.

#1262 – RC Ferrol : los Diablos Verdes

Les diables verts. Ferrol, ville de Galice, se situe sur une péninsule vers l’estuaire du Ferrol. Son port, ses chantiers navals ainsi que son arsenal avec la présence des forces marines sont les moteurs de sa région depuis des siècles. Au XIXème siècle, ces activités attirèrent des ingénieurs et techniciens britanniques ainsi que des marins de la marine marchande britannique qui faisaient escale au port de Ferrol. Cette forte présence anglaise influença la ville et notamment permit l’importation et le développement rapide du football. Ainsi, au cours des premières années du XXème siècle, différentes équipes de football tournaient dans la ville : Arsenal, Giralda, Ferrol FC, Alfonso XIII, Unión Club de La Graña, Circulo Rojo et Jaime I. En 1919, des joueurs et supporters de plusieurs associations se réunirent pour créer un club puissant, capable de rivaliser avec les prestigieuses équipes régionales. Ainsi, Giralda FC et Jaime I FC s’unirent pour donner naissance au Racing Club de Ferrol.

Les succès du Racing de Ferrol ne tardèrent pas à venir et, en 1928, ils furent proclamés champions de Galice, battant le Deportivo La Corogne en finale. L’équipe fut alors admis en Coupe du Roi pour la première fois de son histoire. Au premier tour, Ferrol élimina les basques d’Alavés. Au tour suivant (huitième de finale), une nouvelle formation basque mais bien plus prestigieuse s’opposait à Ferrol, l’Athletic Bilbao. Au match aller, Ferrol tint le choc et obtint le nul, un but partout. Au match retour, à San Mamés, ce fut une défaite, sur un score excessif de 4 buts à 0. Malgré tout, la vaillance des joueurs galiciens comme Gorostiza, Gerardo Bilbao ou Manuel Rivera de Ferrol fut remarquée par la presse basque qui les qualifièrent de diablos verdes.

Mais que diable jouaient-ils en vert ? Tout au long de son histoire, le Racing Club de Ferrol a joué avec un maillot vert (accompagné d’une short blanc), l’intensité de sa teinte dépendant des années et des équipementiers. La raison réside dans la forte présence militaire dans la ville. Ferrol accueille une base navale, abritant aujourd’hui le 31ème Escadron d’escorte, un corps des marines et deux écoles spécialisées. A l’époque, elle était déjà une destination courante pour les recrues appelées au service militaire. Ces jeunes hommes portaient généralement des chemises vertes.

#1235 – Cordoue FC : los Califas

Les califes. 3ème ville de la région de l’Andalousie avec ces plus de 320 000 habitants, après Séville et Malaga, la cité de Cordoue possède une longue et riche histoire. En 169 avant J.-C. ou en 152 avant J.-C., le proconsul Claudius Marcellus fonda une colonie sous le nom de Colonia Patricia Corduba. De par sa position stratégique face à des peuples Ibères peuplant la vallée du Guadalquivir et sa forte activité économique grace aux mines de la Sierra Morena, à l’élevage de moutons et à l’exportation d’huile d’olive, Cordoue devint la capitale de la province romaine d’Hispanie. Après la chute de l’Empire Romain au Vème siècle, les Wisigoths occupèrent la ville puis au début du VIIIème siècle (711), les musulmans envahirent la cité et tout le Sud de l’Espagne.

Dans la lignée de l’époque romaine, les maures en firent un de leur principal centre politique et économique d’Al-Andalus. En 756, Abd al-Rahman Ier, prince omeyyade, conquit la cité et se proclama émir (commandant en chef). Cet émirat, dont Cordoue était la capitale, gagna son indépendance du califat Abbasside de Bagdad en 773. Puis, en 929, l’émir Abd al-Rahman III s’octroya le titre de calife (successeur de Mahomet), rompant alors avec les Abbassides et fit de Cordoue la capitale de son califat. Sous le règne des califes de 929 à 1031, Cordoue connut sa période la plus faste. La ville compta entre 250 000 et 350 000 habitants, plus de six cents mosquées et sept cents bains publics. Elle possédait une célèbre université et une bibliothèque publique contenant quelque 400 000 livres ainsi que 27 écoles gratuites destinés aux populations pauvres. La grande mosquée de Cordoue, qui avec une superficie de plus de 23 000 m2 était la deuxième plus grande du monde musulman, comme les nombreux somptueux palais, dont celui d’Al-Zahra dont la construction dura 25 ans et sollicita 10 000 ouvriers, magnifiaient la ville. Elle rivalisait par sa puissance alors avec Constantinople, capitale de l’Empire Romain d’Orient. Après la mort d’Almanzor, le déclin Cordoue débuta, la reléguant dans la hiérarchie en ville secondaire.

#1185 – Levante UD : los Granotas

Ce terme pourrait laisser penser qu’il dérive de la couleur grenat, que le maillot du club associe avec du bleu, à l’image du FC Barcelone. Mais, il n’en est rien, le surnom provenant du règne animal. En valencien, le mot granota désigne les grenouilles. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir dans l’enceinte de « Ciutat de Valencia » des Kermits la grenouille accompagnés les fans de Levante.

Pratiqué dès 1903 dans la ville de Valence, le football s’organisa dans la région en 1909, lors de la création de la Fédération valencienne de football. Lors de cette même année, deux clubs virent également le jour : Levante FC et le Gimnástica FC. Ces deux associations représentaient deux quartiers différents et ne s’adressaient pas aux mêmes classes sociales. Levante FC s’établissait à Cabañal-Cañamelar, le quartier de pêcheurs, au bord des plages. Il jouait ses matchs sur un terrain en face de la plage de « Las Arenas ». Le terme Levante faisait allusion au vent venant de l’est (du levant) qui entre dans la ville de Valence par cette plage. Gimnástica était une émanation du Patronato de la Juventud Obrera, un établissement d’enseignement catholique créé en 1883 et qui cherchaient à contrecarrer les mouvements socialistes et libéraux émergents en attirant les classes populaires vers des associations catholiques sportives et culturelles.

Les deux clubs furent naturellement rivaux mais, après la guerre civile espagnole, en 1939 ils finirent par unir leurs forces, sous le nom de l’Union Sportive Levante-Gimnástica et, deux ans plus tard, pour l’actuel Levante UD. Le Levante FC légua son nom ainsi que nombre de ses joueurs. Gimnástica donna ses couleurs et son terrain de jeu. Ce dernier se situait sur le lit de la rivière Turia, qui abritait un grand nombre de grenouilles. Le pseudonyme ne tarda pas à apparaître (d’ailleurs, il est probable que le surnom fut déjà attribué à Gimnástica).

Le sobriquet fut vite détourné par le rival du Valence CF en sapos, ce qui signifie les crapauds. Pour autant, il est toujours un motif de fierté pour les supporteurs et un symbole identitaire du club. Outre la grenouille qui apparaît sur de nombreux produits dérivés, le vert habilla parfois la tenue de l’équipe.

#1155 – Celta Vigo : Olívicos

Il n’existe pas de traduction officielle mais cela pourrait se rapprocher de « ceux de l’olivier » . L’olivier évoque généralement des images de la Méditerranée et pourtant, Vigo, situé plus au Nord, au bord de l’Atlantique, était connu comme la Ciudad de la Oliva (Ville de l’olive) qui devint au fil des années la ciudad Olívica (Ville de l’olivier). D’ailleurs, dans ses armoiries, un olivier figure à droite d’un chateau. Jusqu’à la guerre d’indépendance (1808-1814), le bouclier de la ville présentait un chateau accompagné d’une coquille Saint-Jacques (pour indiquer que Vigo dépendait de la juridiction de l’Église de Compostelle). En 1813, la municipalité de Vigo demanda au roi de remplacer la coquille, signe de vassalité à l’Eglise par « un magnífico olivo con que de tiempo inmemorial se hallan enriquecidos sus naturales (…) cuia distinguida gracia servirá de eterno monumento a la posteridad y a sus conciudadanos de la más completa satisfacción » (un magnifique olivier dont ses habitants se sont enrichis depuis des temps immémoriaux (…) dont la grâce distinguée servira de monument éternel à la postérité et à ses concitoyens de la satisfaction la plus complète).

Quel est donc cet ancien olivier, symbole des habitants ? Entre le XIIème et le XIVème siècle, les moines de l’Ordre du Temple de Jérusalem, les Templiers, régnaient sur la Collégiale de Santa María et plantèrent dans l’atrium un olivier. En Galice, ainsi que dans d’autres régions atlantiques comme les Asturies, l’Irlande ou l’Angleterre, il était courant de planter un arbre à feuilles persistantes dans l’atrium des églises en signe de paix et de vie éternelle. En 1809, l’explosion d’une poudrière, située dans le château de Castro, provoqua une importante onde de choc qui endommagea gravement la collégiale, obligeant sa démolition et l’abatage de l’arbre. Le fils du maire Don Cayetano Parada y Pérez de Límia, Manuel Ángel Pereyra, enleva une bouture du vieil olivier et la planta dans son jardin. Puis, l’arbre fut transplanté au Paseo de Alfonso, en août 1932. Dans son nouvel emplacement, l’olivier était protégé par une clôture en fer et une plaque de bronze rappelait que « dentro de esta verja, ofrenda de los vigueses a su árbol simbólico, queda hoy depositada por ellos la promesa firme de su amor, de su lealtad y de su abnegación por la ciudad amada » (A l’intérieur de cette porte, l’offrande des habitants de Vigo à leur arbre symbolique, est aujourd’hui déposée par eux la ferme promesse de leur amour, de leur loyauté et de leur abnégation pour leur ville bien-aimée). L’arbre s’y trouve encore aujourd’hui. Selon des tests récents, l’arbre aurait 207 ans aujourd’hui. En octobre 2016, la Mairie de Vigo a de nouveau planté un olivier bicentenaire à côté de la collégiale de Santa María (reconstruite entre 1816 et 1834).

#1137 – Recreativo de Huelva : el Decano

Le doyen. Le sens de ce surnom s’explique assez simplement. Le Recreativo est le club le plus ancien du football espagnol, avec en outre une activité ininterrompue depuis sa fondation. Comme dans beaucoup de pays et comme avec de nombreux clubs, l’expansion économique britannique au XIXème siècle favorisa le développement du sport. Les industriels britanniques exportèrent leurs capitaux et savoir-faire et immigrèrent à travers le monde. Dans leurs bagages, ils emmenèrent leur mode de vie et naturellement pour se divertir, les nouveaux sports qui émergeaient dans leur île.

Le boom économique lié à la Révolution Industrielle nécessita l’accès à d’importantes et nouvelles sources de matières premières. La région de Huelva était connue dès l’antiquité pour ses gisements de minéraux, qui en faisait à cette époque, l’une des grandes zones minières du monde romain. En 1873, les finances de la République espagnole, qui vient à peine d’être fondée, n’était pas flamboyante et cette dernière céda à un consortium d’investisseurs (britanniques et allemands) les réserves de cuivre, de pyrites et de chalcopyrite de la région de Huelva. Le consortium fonda alors la société britannique Rio Tinto Company Limited pour exploiter les mines. Le développement des mines (et des infrastructures associées – chemin de fer, port) engendra l’implantation d’une communauté britannique dans la ville de Huelva, qui chercha des loisirs pour ses temps libres. Résultat, le 18 décembre 1889, à l’initiative du médecin écossais William Alexander Mackay et avec le soutien de l’anglais Charles Adams et de l’entrepreneur allemand Wilhelm Sundheim, Huelva Recreation Club naquit et regroupait les travailleurs de la Rio Tinto pour pratiquer le football ou le cricket. Comme il n’existe pas de document permettant d’identifier un club ayant une date de fondation antérieure, le Recreativo de Huelva apparaît comme le premier club de football espagnol.

Ceci donne également lieu à un autre surnom, el abuelo (le grand-père), qui a été retenu pour le nom de la mascotte.

#1112 – UD Almería : los Rojiblancos

Les blanc et rouge. Si, par des choix erronés et contestables, l’arbitre a désavantagé Almería en offrant au Real une victoire imméritée ce week-end à Bernabéu, le choix de porter des maillots rayés rouge et blanc, similaires à ceux du rival madrilène de l’Atlético Madrid, n’en est pas la raison. Les couleurs d’Almería ne s’inspirèrent pas des clubs anglais comme pour l’Atlético et Bilbao (cf #43 et #9) et remontent à une époque plus ancienne que l’invention du football.

En effet, le club a tout simplement repris les deux couleurs de la bannière de la ville et de la province (la dernière étant une copie de la première) et qui se retrouvent également dans les armoiries. Il s’agit d’une croix de Saint Georges (donc rouge sur fond blanc), qui n’est autre que le drapeau de l’Angleterre. Mais, une fois de plus, pas de lien avec le pays de Charles III. En 1147, les musulmans Almoravides occupaient la région d’Almería depuis des siècles. Outre les croisades vers Jérusalem et la Palestine, les Chrétiens s’étaient également donnés pour mission de chasser les musulmans d’Espagne. Le Roi de León et Castille, puis à compter de 1135, Imperator totius Hispaniæ (empereur de toutes les Espagnes), Alphonse VII décida de reprendre Almería et monta une expédition avec l’aide du Roi de Pampelune García V de Navarre, du Prince d’Aragon et Comte de Barcelone Raimond-Bérenger IV, du seigneur de Montpellier Guillaume VI, des chevaliers du Temple de Castille et d’Aragon ainsi qu’avec le soutien naval décisif des républiques de Pise et de Gênes. Les troupes génoises, composées de près de 200 navires, débarquèrent sur une des plages de Cabo de Gata et y campèrent dans cette baie pendant au moins deux mois jusqu’à l’attaque de la ville. La plage prit le nom de Playa de los Genoveses (Plage des Génois) et le drapeau de Gênes flotte désormais comme bannière de la ville et de la province.

La Croix de Saint Georges est un dérivé de l’étendard papale, le Vexillum Sancti Petri. Cette croix fut cousu sur les vêtements des chevaliers partant en croisade (pour certain en rouge, car cette couleur représentait la passion du Christ). Certains des Etats européens participant aux croisades adoptèrent alors la croix. Ce fut le cas de la République des Gênes qui prit la croix de Saint-Georges comme drapeau. Qui inspira donc à son tour, un territoire d’une autre croisade.