#1082 – UD Las Palmas : Pio-Pio

Piu-Piu, l’onomatopée qui imite le piaillement des oiseaux. Evidemment, l’équipe évoluant en jaune et le Serin des Canaries étant une espèce de passereau jaunâtre endémique des Îles Canaries, le terme Pio-Pio apparaît adapté. D’autant plus que la cité de Las Palmas de Grande Canarie se situe dans les Îles Canaries dont le nom suggère immédiatement l’oiseau. Pourtant, ce dernier point est faux puisque, s’il existe différentes versions sur l’étymologie des Îles Canaries, la plupart converge vers … le chien. En effet, Canaries pourraient faire référence, soit aux premiers peuples berbères habitant les Îles et dont le nom était canarii (Pline l’Ancien les nommait ainsi. Le mot dérivait du latin canis (chien) et soulignait le caractère sauvage de ce peuple), soit aux chiens de garenne des Canaries qui peuplent les Îles (Pline l’Ancien les décrivit suite au voyage du Roi berbère Juba II de Maurétanie dans les Îles), soit enfin en raison des phoques dénommés chiens de mer (canis marinus) que les explorateurs européens découvrirent en arrivant sur l’Île.

Dès sa création en 1949, le club opta pour les couleurs du drapeau de l’île de Grande Canarie (où se situe Las Palmas et qui constitue l’une des îles de l’archipel des Canaries) : jaune et bleu. Le choix de ces couleurs pour Grande Canarie n’est pas documenté mais aujourd’hui, on attribut à ses couleurs le fait de représenter la mer (bleu) et le paysage désertique des sommets de l’île (jaune). Pour le club, dans l’édition du 20 octobre 1949 du journal « Canarias Deportiva », les couleurs furent décrites comme « el oro de nuestras playas y el azul de nuestro mar » (l’or de nos plages et le bleu de notre mer).

La naissance du surnom intervint bien plus tard, dans les années 1980. Lors d’un derby face au CD Tenerife, les supporteurs de Las Palmas se déplacèrent au Stade Heliodoro Rodríguez López. Ils furent reçus avec des insultes et des jets d’œufs, accompagnés des cris « canarión » (petit canarie). Le célèbre supporteur de Las Palmas, Fernando El Bandera, leur répondit alors par « Pio-Pio« . Et à chaque nouveau cri ou insulte, Fernando scandait « Pio-Pio » . Le terme devint un encouragement, une chanson qui raisonnait dans les tribunes puis enfin le surnom du club et de ses joueurs. En Décembre 1994, la mascotte sous la forme d’un canari fit son apparition et prit le nom de Pio-Pio.

#1056 – RCD Espanyol Barcelone : los Blanquiazules

Les blanc et bleu. L’autre club de Barcelone partage une partie de ses couleurs, le bleu, avec son grand rival, dont il vit dans l’ombre, le FC Barcelone. Mais, il ne s’agit pas du même bleu et surtout il est associé à une autre couleur, qui n’est pas la même entre l’Espanyol (le blanc) et le FC Barcelone (le Rouge). Vous pouvez lire les origines des blaugrana à l’article #200 car ici, nous allons nous intéresser au maillot de l’Espanyol. En 1897, le club du Real Sociedad Gimnástica Española fut fondé avec la volonté d’exercer divers sports. A la charnière du XIXème et du XXème siècle, la pratique du football se diffusa à Barcelone et des premiers clubs éclosirent, notamment le FC Barcelone (1899), le Català FC (1899) et l’​​Hispània AC (1900). Attiré par ce nouveau sport, Ángel Rodríguez, membre fondateur de la Real Sociedad Gimnástica Española, et un groupe d’amis décidèrent de créer une équipe de football au sein de l’association de gymnastique. La date de fondation fut fixée au 28 Octobre 1900.

Oriol Junqueras, homme politique de la gauche catalane mais surtout historien de son état, fit l’erreur en 2015 d’expliquer que les couleurs bleu et blanc du maillot rayé de l’Espanyol provenait de sa distinction obtenue du roi Alphonso XIII en 1912. Selon lui, la majorité des équipes qui détiennent le titre de Real portent ces couleurs. Mais, c’est faux.

Le choix des couleurs du premier maillot ne fit pas l’objet d’un grand débat lors de la fondation. En effet, possédant une usine de fabrication textile, un des fondateurs donna des maillots jaunes et des pantalons noires aux joueurs, et le club et ses joueurs, étant démunis comme habituellement à l’époque, ne refusèrent pas ce don. Seulement, ce membre cessa assez rapidement de participer aux matchs et ne fut donc plus en mesure d’approvisionner le club en tissu jaune notamment. Or, ce dernier étant plutôt rare (et donc chère à l’époque) et les premiers maillots jaunes s’usant, chaque joueur fut invité à se servir dans sa garde-robe personnelle pour s’équiper. Naturellement, les vêtements les plus courants étaient des chemises blanches et des pantalons noirs (et parfois bleus). Ainsi, la tenue du club évolua dès 1901 vers ces couleurs (principalement blanc et noir). Toutefois, par manque de joueurs, entre 1906 et 1909, les activités football furent suspendues. En 1909, le club renait de ses cendres et la question de la tenue se posa. Lors de l’assemblé du 20 Février 1910, les membres votèrent pour un maillot rayé bleu et blanc, en l’honneur de Roger de Lauria, un amiral dont les armoiries étaient des rayures bleues et blanches et ayant défendu la couronne aragonaise. Au XIIIème siècle, la Couronne d’Aragon était une confédération de royaumes, qui débuta par l’union du Royaume d’Aragon et du Comté de Catalogne en 1137. Avec la reconquista, la Couronne s’étendit sur les Baléares et le Royaume de Valence. En 1282, la Couronne prit possession du Royaume de Sicile, puis du Royaume de Sardaigne en 1295, devenant alors la puissance dominante de la Méditerranée. Originaire de Sicile, Roger de Lauria, suivit sa mère, dame de compagnie de la reine Constance de Sicile, épouse de Pierre III d’Aragon, à la cours à Barcelone. Son génie militaire permit de remporter de nombreuses batailles navales (dont les batailles de Malte en 1283 et de la Baie de Naples en 1284 contre le Royaume d’Anjou puis contre la France en 1285 lors des batailles des Formigues et du col de Panissars) et contribua à l’expansion et à la domination maritime de la Couronne.

# 1034 – Racing Santander : los Montañeses

Le terme se traduirait pas les montagnards. L’aire métropolitaine de Santander s’étend autour de la baie de Santander, considérée comme une des plus belles baies du monde. Le point culminant de la ville s’établit peiniblement à 139 mètres. En clair, c’est un environnement qui ne plaide pas vraiment pour le surnom de montagnards. Santander est aussi la capitale de la région autonome de Cantabrie, au nord du Pays, entre le Pays-Basque, la Castille-et-León et les Asturies. La province de Cantabrie a été constituée le 28 juillet 1978 mais elle existe historiquement depuis bien plus longtemps. Son nom provient du peuple celte des Cantabres.

Toutefois, à compter du XIIIème siècle, une région recouvrait un peu plus que la Cantrabrie et s’appelait La Montaña. Au XVIIIème siècle, le nom de Cantabrie fut revendiqué par les habitants de la région comme synonyme de La Montaña et depuis, les deux termes coexistent. En 1833, les régions espagnoles furent réorganisées et la Cantabrie fut confondue définitivement avec la région historique de La Montaña. Toutefois, la nouvelle région prit le nom de sa capitale, Santander. Si le nom de Cantabrie s’est définitivement imposé administrativement à compter de 1982, il n’est pas rare que dans les textes académiques, la région soit encore dénommée La Montaña-Cantabria. Le nom de La Montaña provient tout simplement de la présence sur une majeure partie du territoire de la chaîne montagneuse, la Cordillère Cantabrique. Plus de 40% de la surface du territoire se situe au-dessus de 700 mètres d’altitude et près d’un tiers est constitué de pentes à plus de 30%. Situé à 15-20 km de la côte, le massif des Picos de Europa, qui s’étend sur 3 régions dont la Cantabrie, se distingue parmi cette chaîne avec plusieurs sommets à plus de 2 500 mètres. Pour la partie cantabrique, le point culminant est le Peña Vieja à 2 617 mètres.

Le terme La Montaña désignait directement le dessin escarpé et montagneux de la région. Comme indiquait quelques lignes plus haut, le mot Cantabrie dérive du peuple des Cantabres. Pour certains, le terme Cantabre pourrait venir de « cant-« , d’origine celte signifiant « frontière », et « -abr », utilisé dans beaucoup de régions celtes. Toutefois, une autre explication avance que Cantabre signifie « les gens qui vivent dans les rochers » ou « la montagne », créant alors un lien avec La Montaña. En tout cas, les habitants de la région se nomment eux-même montañeses depuis des siècles et le terme est souvent repris dans les journaux ou utilisé pour désigner des évenements culturels ou sportifs de la région.

#1002 – Real Saragosse : los Maños

L’erreur serait de traduire le terme maños par « mains » car ce n’est pas sa signification dans cette région de l’Espagne. Utilisé dans la vie courante et de affectueuse, le mot est devenu la manière de désigner les habitants de Saragosse et ceux du sud de l’Aragon. De ce terme est dérivé un surnom pour Saragosse, Mañolandia. Son origine est incertaine et plusieurs versions se racontent, chacun choisissant celle qui lui convient.

Une version assez répandue raconte que le mot provient du latin magnus ou magnum qui signifie grand. Par la suite, l’hispanisation du mot fit remplace le « gn » par « ñ ». Si l’histoire est répandue, cela peut s’expliquer par le fait que ce surnom peut rendre fier les habitants de Saragosse.

Une autre théorie, remontant à l’occupation arabe de l’Espagne, suggère que le terme maño vient du mot arabe mawla, qui signifie « ami » ou « protecteur ». D’un côté, ce terme aurait été utilisé par les mudéjars aragonais, les musulmans tolérés en Espagne après la reconquête. De conditions modestes et inférieures (du fait de leur religion), les mudéjars disaient maño pour appeler affectueusement un de ses compagnons, en tant que membres d’un peuple soumis, frères d’infortune. D’un autre côté, à l’inverse, il est avancé que pendant la domination musulmane de la péninsule ibérique, les habitants de Saragosse étaient connus pour leur loyauté et leur amitié avec les musulmans.

Mais ces deux explications sont souvent contestées car le lien entre le mot d’origine et maño n’est pas aussi évidente.

Il existe donc une troisième théorie beaucoup moins avancé. Le terme proviendrait du mot latin matianus, qui signifie « habitant de Matiena », une ville romaine qui se trouvait dans l’actuelle province de Huesca (au Nord de la ville de Saragosse). Au fur et à mesure que le latin évoluait vers l’espagnol, le mot se transforma en matiano puis finalement maño.

#972 – Rayo Vallecano de Madrid : Franja, Franjirrojos

La frange (la bande), la frange rouge. A Madrid, le football se résume aux deux grands clubs, le Real et l’Atlético. Mais s’agissant d’une terre de football, d’autres clubs vivent et survivent dans la capitale espagnole et sa proche banlieue (Getafe CF, CD Leganés, AD Alcorcón, Rayo Majahonda, Rayo Vallecano, Internacional de Madrid, CF Fuenlabrada …). Parmi ceux-ci, le Rayo Vallecano est l’un des plus anciens, ayant été fondé le 29 mai 1924. Situé dans le quartier de Vallecas, le club navigue entre la seconde et la première division. Il est notamment connu pour son maillot blanc arborant une diagonale rouge, qui donna son surnom au club.

A la création du club, l’uniforme choisi était une chemise et un short blancs, avec des chaussettes noires. Les fondateurs s’inspirèrent-ils du Real Madrid ? L’histoire ne le raconte pas. Petit club, il traversait régulièrement des crises économique et en 1948, les dirigeants recherchèrent des soutiens. Le voisin de l’Atlético Madrid répondit positivement et un pacte fut scellé, l’Atlético cédant quelques joueurs au Rayo Vallecano. Mais il n’était pas acceptable pour les colchoneros (cf. #43) que le partenaire pût afficher un kit similaire à celui de son rival. Ils exigèrent alors que le Rayo afficha des éléments rouges sur son maillot, ce qu’il fut fait en intégrant à ses vêtements une bande rouge. La direction du Rayo s’inspira de l’un des clubs phares de l’après-guerre, le CA River Plate (cf. #900). Durant les années 1940, le club argentin connut une période faste (comme le football argentin) avec une équipe qui était surnommée la maquina tant elle dominait. Elle remporta 4 championnats (1941, 1942, 1945 et 1947) et fut vice-champion en 1943, 1944 et 1948, avec des joueurs emblématiques tels que José Manuel Moreno, Adolfo Pedernera, Amadeo Carrizo et Alfredo Di Stéfano. Cette équipe termina deuxième au premier tournoi continental sud-américain de clubs en 1948 (Campeonato Sudamericano de Campeones).

Après un an de collaboration, l’alliance prit fin mais Vallecano décida de conserver leur bande rouge sur le maillot. En 1953, River Plate se rendit en Espagne pour jouer un match amical face au Real Madrid. Le club de Vallecas adressa au club argentin une photo de son équipe en signe d’admiration. En retour, le club argentin fit livrer au Rayo un jeu complet de maillots, shorts et chaussettes pour ses joueurs. Les deux clubs se rencontrèrent sur le terrain une seule fois, en 1978 lors d’un tournoi amical (Trofeo Villa de Madrid). Les argentins remportèrent la partie par le plus petit des scores (1-0).

#951 – Elche CF : los Ilicitanos

Ce terme identifie tout ce qui concerne ou se rattache à la ville d’Elche. Il est même devenu le gentilé des habitants. Au cœur de la province d’Alicante, Elche se situe dans la communauté de langue valencienne, un dialecte dérivé du catalan. Les origines d’Elche remontent à 5 000 ans avant J.-C. à l’ époque néolithique, lorsque des premières communautés peuplèrent un site connu sous le nom de La Alcudia, au sud de l’emplacement actuel d’Elche. Au Vème siècle avant J.-C., le peuple ibère forma à cette emplacement une cité du nom d’Ilici, dénommée Helíkē par les grecs Claude Ptolémée et Diodore de Sicile. Il est probable que ces ibères aient assimilés des populations grecques illyriennes. Lors des guerres puniques, la région fut envahie par les troupes carthaginoises qui détruisirent la cité mais reconquise par la suite par les romains qui fondèrent alors une colonie vers 26 avant J.-C.. Cette dernière s’appela Colonia Iulia Ilici Augusta, reprenant alors la dénomination ibère. On retrouve cette dénomination dans le blason actuel de la ville. Sous la domination wisigoth, le nom d’Ilici commença à prendre diverses formes (Elici, Elice ou Elece), avec le remplacement du « i » par le « e ». Ce fut finalement à la fin du XIIIème siècle, sous la domination castillane du royaume de Murcie, que le nom actuel de la ville apparaît. Il fut institutionnalisée dans la documentation officielle en 1707. En valencien, le nom de la ville évolua entre Elch , Eltx, Elig ou Elx dès 1305 pour finalement se fixer sur Elx par décision du conseil municipal au XXème siècle. Le gentilé d’ilicitanos dérive donc du nom ibère puis latin de la cité.

Ce gentilé s’installa dans le langage commun au XIXème siècle dans un cas rare dans le pays valencien de connexion entre l’intelligentsia locale et le peuple. A cette époque, le valencien n’était pas encore codifié tout comme le nom de la ville qui hésitait entre plusieurs orthographes. Résultat, il n’était pas évident d’en déduire un gentilé. De l’autre côté, il n’était pas admissible pour l’intelligentsia pro-catalane de la ville comme pour la population locale d’avoir un gentilé à résonnance castillane. Le nom de la ville ibère et romaine semblait donc une solution intéressante pour fixer le gentilé en créant un lien historique fort. Cela donna donc ilicitano en castillan et il.licità en valencien.

#931 – Deportivo Alavés : los Babazorros

Les porteurs de fèves mais souvent aussi traduit par les mangeurs de fèves. Parler d’Alavès, c’est se plonger 20 ans en arrière et se remémorer cette fabuleuse finale de la Coupe de l’UEFA 2001 où le petit poucet basque, emmené par Jordi Cruyff, s’arrachait les tripes pour défier l’ogre Liverpool. Certes, les basques s’étaient à la fin inclinés mais quelle fraicheur. Outre cette performance, le club est aussi connu en Espagne pour ce surnom original et unique. Il est utilisé pour la formation d’Alavés mais aussi pour tous les habitants de la province d’Alava. Pour le club, il apparut dès les années 1930, 9 ans après sa fondation. Le quotidien « La Libertad » annonçait en novembre 1930 que « el Athletic vendrá a medir sus fuerzas con los babazorros » (l’Athlétic [Bilbao] viendra mesurer ses forces avec les babazorros). L’ « Heraldo Alavés » qualifiait le match Real Sociedad-Alavès de décembre 1931 de « encuentro del domingo entre donostiarras y babazorros » (rencontre dominicale entre Saint-Sébastien et babazorros).

Son origine et sa signification sont un peu mystérieuses. La version la plus répandue, comme l’indique le Dictionnaire général basque de Koldo Mitxelena, est que le mot babazorro vient du basque et résulte du mariage du terme baba qui signifie haricot et zorro qui signifie sac. La raison est que la culture de ce légumineux était importante dans cette région. En 1745, l’écrivain prête, Manuel Larramendi, promoteur de la langue et de la culture basques, écrivait « Llamamos jocosamente a los alabeses babazorros, por la mucha haba que ahí se coge, y come » (Nous appelons en plaisantant les Alabeses babazorros, à cause des nombreux haricots qui y sont cultivés et mangés). Certains avancent une légende où un jeune homme dénommé Juan Gaztea de Arbulo se maria à une jeune demoiselle. La famille de la mariée le surnomma babacorro parce qu’il était de la province d’Alava et que sa nourriture principale était les fèves. Au-delà de ce conte, des ordonnances de la ville d’Espejo au XVIIIème siècle mentionnaient cette légumineuse à plusieurs reprises mais parmi d’autres éléments culinaires. Car, la place des fèves dans l’agriculture et dans la cuisine traditionnelle d’Alava n’est pas aussi importante que le prétend ce surnom. Le terme prit aussi une tournure négative puisqu’au sens figuré, il fut utilisé comme un synonyme de idiot. Ainsi, le Diccionario de la Real Academia Española (Dictionnaire de l’Académie Royale Espagnole) le définit comme un synonyme péjoratif d’Alavés et souligne qu’il dérive peut-être du catalan varvassor (vassal).

Toutefois, comme souvent, les personnes offensées s’approprièrent le terme désobligeant qui devint un signe d’identité, de fierté de la province d’Álava. En 1892, Alfredo Laffitte dans la revue « Euskal-Erria » imagina un dialogue comique entre un homme de Vitoria, un homme de Bilbao et un homme de Saint-Sébastien qu’il intitula « Babazorros, chimbos y choriburus » . Au XXème siècle, des articles d’Eulogio Serdán ou de Venancio del Val, entre autres, parurent dans des revues locales avec des titres significatifs tels que « Del buen humor babazorro » (De la bonne humeur babazorro) ou « Soy babazorro, soy vitoriano, como mi pueblo no hay otro igual » (Je suis babazorro, je suis de Vitoria, il n’y a aucune autre ville comme ça). Aujourd’hui, les supporteurs du club n’hésitent pas à porter des maillots où il est écrit « Dejaré de ser uno de Babazorros cuando deje de respirar » (j’arrêterai d’être l’un des babazorros quand j’arrêterai de respirer). Enfin, en 1997, le club organisa un concours pour créer la mascotte de l’équipe. Parmi plus d’une centaine de propositions, l’artiste Iñaki González-Oribe remporta les suffrages du jury avec son renard, qui représentait l’agilité, la rapidité et la ruse, qualités que les footballeurs d’Alavés devaient posséder. Mais, l’artiste joua aussi avec la ressemblance phonétique entre le terme renard en espagnol, zorro, et le surnom de l’équipe babazorro.

#908 – Valence CF : el Che

Terme intraduisible mais dont les valenciens raffolent. Cette interjection est l’une des caractéristiques les plus identitaires des habitants de Valence par rapport au reste de l’Espagne, au point que le mot est aujourd’hui synonyme des valenciens et s’utilise comme surnom du club de football. Le club avait une chaîne de télévision nommée « che » et même un magazine « che, che, che » . Dans les rues de la ville, il est courant de voir des endroits appelés « che » mais surtout on entend le terme dans les bouches valenciennes régulièrement. « ¿che, que fas? » (che que fais-tu ?), « che, bon dia » (che bonne journée) ou « che, qué mala suerte » (che quelle malchance). Les habitants le glisse pour souligner quelque chose, exprimer une colère ou simplement pour remplir un vide. Il est également synonyme de hombre comme dans « Que sí, che, que yo lo he visto » (mais oui, mec, je l’ai vu). Il est souvent associé au pronom « tu« , étant donné que le terme est tout de même un peu familier. On pourrait l’assimiler au « hey » ou « oyé ». Dans son roman « Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway réunit toutes ses connaissances de l’Espagne, ses coutumes, ses langues et ses modes de vie. Pour Valence, l’écrivain fut marqué par cette expression et faisait décrire la cité à l’un de ses personnages comme suit : « Les gens n’ont pas de manières ou quelque chose comme ça. Je n’ai pas compris ce qu’ils disaient. Tout ce qu’ils ont fait s’est se crier « che » l’un à l’autre » .

L’origine de cette expression est débattue car elle peut se retrouver dans d’autres langues et régions. En Catalogne, on entend ainsi « xe » , « xeic » dans le delta de l’Ebre et en Sardaigne «  » . Il se pourrait qu’il provienne de l’arabe à l’époque d’Al-Andalus. Sous l’occupation arabe de Valence, l’expression chouf qui signifie « regardez » était couramment utilisée par les habitants maures et juifs. Avec le temps, chouf serait devenu che. D’autres estiment qu’il dérive de l’arabe Cheikh et certains philologues italiens pensent qu’il provient d’un dialecte vénitiens, le cocoliche. L’expression a voyagé depuis et s’est intégré dans l’argot argentin, avec les populations espagnoles et italiennes qui immigrèrent à la fin du XIXème et au début du XXème siècle en Amérique du Sud. En Argentine « che » est devenu une sorte de pronom ou de nom interpersonnel, avec une utilisation assez proche de celle en valencien. Mais, elle s’est nettement popularisée à travers le monde comme surnom d’Ernesto Guevara.

#884 – Deportivo La Corogne : los Turcos

Les turcs. Apparu dans les années 1980, ce surnom était réservé au départ aux fans de l’équipe de football de la ville, le Deportivo, mais il s’est répandu de plus en plus en dehors des terrains de sport. Au milieu des années 1980, la rivalité entre les deux clubs galiciens du Deportivo et du Celta Vigo s’intensifia. En 1987, le Deportivo perdit le derby 2 buts à 0 dans le stade de Vigo. Les fans du Celta insultèrent ceux du Deportivo en les traitant de turcos. Ce qui devait être désobligeant finit par être une source de fierté pour les fans du Deportivo. Ainsi, dans les années 1990, les drapeaux rouges au croissant fleurirent dans les travées du Stade de Riazor. Qu’est-ce que la Turquie a à voir avec La Corogne ? Une question que beaucoup se posent mais dont la réponse n’est pas unique. En effet, de nombreuses histoires circulent mais nous allons essayer de résumer les plus répandues.

Il y a d’abord la version du bus. Le Deportivo se déplaçait à Vigo avec un bus de la société dénommée TourCoruña. Mais, avec le temps, le uña s’effaça et il ne restait plus comme inscription TourCo qui fut simplifiait en turco.

Evidemment, certains cherchèrent un parallèle historique. Au XVIIème siècle, des pirates, venant majoritairement de Turquie, harcelèrent les côtes et en particulier les villes de Vigo et Cangas. Les fans de Vigo, voulant traiter ceux du Deportivo de barbares, firent le parallèle avec ces pirates turcs. Mais, comme on disait « fort comme un turc », l’image plut aux citoyens de La Corogne. Il existe d’autres versions liées à l’histoire. A une époque, la marine turque aurait atteint les côtes espagnoles et reçu l’aide des habitants de La Corogne. Les gens de Vigo n’aurait jamais oublié cette trahison. Une autre histoire indique une autre infidélité. Lorsque le pape appela les chrétiens à la croisade en terre sainte, le peuple de la Corogne ne se serait pas levé pour aller combattre les turcs. Dans les deux cas, La Corogne s’était vendue à la Turquie.

La thèse « géopolitique » est défendue par d’autres. La Galice, comme la Catalogne et le Pays-Basque, est une terre à l’identité forte et dont la culture celte s’éloigne des symboles de l’Espagne. Les gens de Vigo sont particulièrement fiers de cette différence. En revanche, ils estiment que les habitants de La Corogne se sont éloignés de leur racine et veulent s’assimiler à des espagnols. Le parallèle est alors fait avec les turcs, dont le territoire est principalement situé sur le continent asiatique, mais qui souhaitent être vus comme des européens.

Dans la même veine, la musique fut une autre source. Ce surnom serait relié au groupe Os Resentidos qui, en 1988, sortit un titre particulièrement apprécié à Vigo. La chanson s’intitulait « Por alí, por alá » et, dans l’un de ses couplets, le chanteur déclarait « Non son galegos, son árabes, non son galegos, son turcos » (Ce ne sont pas des galiciens, ce sont des arabes. Ce ne sont pas des galiciens, ce sont des turcs). Comme les habitants de La Corogne avaient cette réputation de ne se sentir particulièrement galiciens, ils furent assimiler à des turcs.

La catastrophe écologique qui eut lieue en 1992 fut également une source de ce surnom pour certains. En décembre 1992, le navire grec “Aegeam Sea” (Mer Égée) était venu appareillé dans le port de La Corogne pour livrer plus de 79 000 tonnes de pétrole brut léger à la raffinerie. Mais, des conditions météorologiques défavorables firent échouer le pétrolier lors de son approche, déversant alors 67 000 litres dans la mer. Pour le surnom, c’est le nom du bateau qui est important. En effet, s’appelant Mer Egée, il fait référence à la mer dans laquelle mouille une grande partie des côtes turques. Ainsi, les gens Vigo aurait dit qu’on pouvait voir la Mer Egée depuis La Corogne tout comme en Turquie. L’histoire semble anachronique puisque si on admet que le surnom survint en 1987, la catastrophe est postérieure.

Mais, il existe encore plein de versions différentes. Les villes de Vigo et La Corogne sont situées en Galice mais à deux extrémités de la région. Ainsi, La Corogne est à 160 km de Vigo, ce qui parait à l’autre bout du monde lorsque vous êtes dans cette dernière cité. La Corogne serait apparue aussi éloignée de Vigo que la Turquie. Autre possibilité : les plaques d’immatriculation des voitures enregistrées à La Corogne intègrent un « C » suivi d’un point au niveau du milieu du C. Or, cette configuration aurait fait penser au croissant et à l’étoile figurant sur le drapeau turc. La sémantique n’est pas en reste. En effet, une expression familière dar un baño (donner un bain) signifiait « affliger une défaite humiliante à l’adversaire ». Dans la région, le bain était même un bain turc. Or, il y a plus de 50 ans, lorsque le Celta se déplaçait sur le terrain du Deportivo, il s’inclinait et les supporteurs de La Corogne n’hésitaient pas à dire qu’ils avaient donné un bain turc à Vigo. Enfin, lors du match face au Panathinaikos en Ligue des champions, les supporters du Deportivo firent un grand tifo (de plus de 20 mètres) représentant un drapeau turc pour titiller les Grecs. En effet, les Grecs et les Turcs ne s’apprécient pas (et c’est un euphémisme).

Bref, quelque soit la véritable histoire, la multitude des légendes permet d’assoir ce surnom.

#851 – FC Carthagène : Efesé

Le terme n’a aucune signification et provient d’une moquerie journalistique. Dans les années 1920, la pratique du football se développa bien dans le Sud de l’Espagne et la rivalité entre les différentes équipes se construisit, en particulier entre le Real Murcie, Natación de Alicante, Valence FC et Carthagène FC. Plusieurs quotidiens sportifs relataient leur lutte et l’entretenaient. D’ailleurs, certains n’étaient pas neutres car liés aux clubs. Par exemple, « Murcia Deportiva » était le média « non officiel » du Real Murcie. La salle de rédaction de l’hebdomadaire était située au siège du club, tandis que la plupart des employés du magazine étaient d’anciens joueurs ou entraineurs du Real. Ce journal sportif intégrait, parmi ses pages qui avaient un ton sérieux, une rubrique dénommée En serio y en broma (sérieusement et en plaisantant) qui apportait un regard humoristique, satirique voire cinglant sur les nouvelles sportives. Elle fut le recueil naturel des allusions désobligeantes sur les rivaux du Real Murcia. En 1924, le Carthagène FC était devenu le principal opposant du Real Murcia et donc une cible privilégiée pour la section En serio y en broma. Dans ce contexte, un rédacteur en chef (très probablement Fernando Servet Spottorno) décida d’affubler les rivaux d’un sobriquet, évidemment ironique. Pour Carthagène, le terme Efe-se apparaît pour la première fois, le 18 septembre 1924, dans les pages de ce magazine, suite à une défaite du FC Carthagène face à Natación de Alicante, 6 buts à 2. Ce surnom soulignait de manière péjorative la prononciation par les supporteurs des initiales du club, FC. Leur prononciation était influencée par le seseo, une caractéristique linguistique de certaines régions hispanophones où le « z », le « c » et le « s » se prononcent avec le même son [s]. Le trait d’union de Efe-se permettait de bien distinguer les deux lettres « F » et « C » et montrait donc l’origine du terme.

Dès le 25 Septembre de la même année, le sobriquet fut réutilisé dans le journal et cette fois, sans le trait d’union. Enfin, l’accent apparaît sur la dernière lettre le 6 novembre 1924. Dès lors, les mentions du Carthagène FC dans « Murcia Deportiva » en tant qu’Efesé étaient de plus en plus courantes et s’imposa même dans les autres pages plus sérieuses du magazine. Désormais ancré auprès des rivaux de Murcie, il fallait alors qu’il fusse adopté également par les supporteurs de Carthagène, ce qui arriva le 21 décembre 1926. Deux jours auparavant, Carthagène réussit pour la première fois de son histoire à s’imposer face au Real Murcie lors d’un match officiel. Cette victoire incita un journaliste d’ « El Eco de Cartagena », connu sous le pseudonyme de Penalty, à écrire un article le 21 décembre dans lequel il interpellaient les journalistes de Murcie (dont ceux de Murcia Deportiva) qui avaient prédit un large triomphe des leurs. Dans celui-ci, Penalty reprit le terme péjoratif d’Efesé pour donner plus d’ampleur à la victoire et se venger du quolibet (l’équipe dont vous vous moquez, vous a battu sur votre terrain). En clair, c’était l’arroseur arrosé. Peu de temps après, les fans de Carthagène adoptèrent ce terme comme un surnom affectueux, un cri de guerre.

Le Carthagène FC disparut en 1952. Un autre club de la ville, Unión Deportiva Carthagène, reprit le nom Carthagène FC en 1974, refaisant alors survivre le surnom. Puis, en 1995, le club du FC Carthagène (celui de notre article), naquit et hérita également de ce surnom. Aujourd’hui, le débat existe entre les partisans de la « pureté » qui estiment que ce surnom n’appartient qu’au club historique, tandis que d’autres pensent qu’il est attaché à l’histoire footballistique de la ville et donc appartient à tous les clubs de la ville.