Les escargots, les baveux. On reste en Amérique du Sud, mais on quitte l’Uruguay pour franchir la frontière argentine. Mais, plutôt que rejoindre les différents clubs des quartiers bouillonnants de Buenos Aires, on se rend au pied de la cordillère des Andes, pour découvrir les fans enflammés de la ville de Mendoza. Fondé en 1908, le CA Gimnasia y Esgrima traîne deux sobriquets peu glorieux : Caracoles (les Escargots) et Babosos (les Baveux). Comment ce club centenaire a-t-il pu hériter de surnoms évoquant un gastéropode ? Oubliez la poésie et plongeons dans le quotidien du football argentin.
En Argentine, le chambrage entre supporters fait parti du folklore local, quand il ne s’agit pas d’affontement brutal entre barras bravas. Les fans argentins n’hésitent pas à trouver des surnoms imagés et moqueurs (fleurtant parfois avec l’insulte) pour désigner leurs adversaires comme Basurero pour Gimnasia y Esgrima La Plata (#1361), Quemeros pour CA Huracán (#798), Sabaleros pour le CA Colón (#692), Canallas pour Rosario Central (#681), Bosteros pour Boca Juniors (#336) ou Leprosos pour Newell’s Old Boys (#104). Pour le club de Mendoza, les fans de leur grand rival local, l’Independiente Rivadavia, sont à l’origine de la création de ces deux surnoms pour humilier les joueurs et les fans de Gimnasia.
Pourquoi avoir choisi l’escargot ? Pour trois raisons. Premièrement, les escargots se déplacent lentement et donc les fans adverses soulignaient le manque de vivacité des joueurs sur le terrain et l’apathie supposée des supporters de Gimnasia. Deuxièmement, l’escargot porte des cornes. Or, dans la culture latine, les cornes sont le symbole universel de l’homme trompé. C’est l’insulte suprême pour rabaisser l’honneur et la virilité de l’adversaire. Enfin, les fans et les joueurs de Gimnasa se traîneraient misérablement au sol, tant au classement que dans la vie, comme les escargot qui rampent.
Le surnom de Baboso n’est que la continuité logique de cette blague de mauvais goût. L’escargot étant par nature gluant, et laissant une traînée de bave (baba en espagnol) derrière lui, les rivaux ont poussé la métaphore jusqu’au bout. De plus, traiter quelqu’un de baboso en espagnol dépasse le stade de la métaphore animale : c’est un terme courant pour désigner un idiot, un prétentieux ou quelqu’un de pathétiquement collant.
Mais, la grande beauté des fans argentins réside dans leur capacité à renverser les stigmates et s’approprier une moquerie en un élément de leur identité. Les mots Caracoles et Babosos font aujourd’hui partie intégrante de l’histoire du Gimnasia y Esgrima de Mendoza et de ses supporteurs.
