#1022 – Carabobo FC : los Granates

Les grenats. Vous avez pu découvrir dans la presse sportive récemment (comme je l’ai moi même lu) la présence d’un joueur français dans le championnat vénézuélien : le gardien Jérémy Vachoux, ancien joueur de Lens et Dunkerque. Suffisamment exotique pour que je m’intéresse à son club, représentant de la ville de Valencia.

Le surnom fait évidemment référence à la couleur du maillot du club. Jusqu’en 1997, le football à Valencia était l’affaire du Valencia FC, qui avait connu son âge d’or dans les années 1970, avec notamment un titre de champion du pays. Mais, à la fin des années 1990, le club plongeait sportivement et financièrement. Le président du club prit l’initiative, avec le soutien des autorités régionales et de plusieurs entreprises, de refonder une nouvelle association. Ainsi naquit le 26 février 1997 le Carabobo FC, avec la haute ambition de participer sous un an à la Copa Libertadores et de devenir la meilleure académie de formation du pays. Représentant de la région et de ses instances de football, le club prit le nom de l’État, Carabobo. Pour les couleurs, le grenat (ou lie de vin) comme principale et le blanc en secondaire furent choisis car il s’agissait simplement des couleurs de l’État. La bannière de l’État se compose d’un fond lie de vin, avec une bande indigo, surmontée d’une fine bande verte. En outre, un soleil brillant dans lequel se trouve l’arc de Carabobo, un monument commémoratif de la bataille de Carabobo que l’on retrouve également sur l’écusson du club, décore le drapeau. Chaque élément a évidemment une signification. La bande indigo rappelle que cet État est bercé par la Mer des Caraïbes et l’Océan Atlantique, avec notamment la ville portuaire de Puerto Cabello. Quant à la verte, elle symbolise la production agricole de l’État. Le soleil brillant est le symbole de la lumière qui surmonte les ombres. Enfin, la fameuse couleur lie de vin représente le sang versé sur le champ de bataille de Carabobo. Cette dernière fut une victoire remportée par Simón Bolívar et son armée sur les troupes fidèles au Royaume d’Espagne, survenue le 24 juin 1821 et qui consacra l’indépendance du Venezuela.

#1019 – Orlando Pirates FC : Ezimnyama Ngenkani

Les noirs. Au sein de l’association sportive Orlando Boys Club, une bande de jeunes appréciaient la pratique du football depuis 1934. Andries Mkhwanazi, surnommé Pelé-Pelé, un entraineur de boxe du Boys Club reconnut le talent de ces jeunes et les encouragea à fonder une équipe officielle en 1937. Un an plus tard, cette équipe d’adolescents intégrait la ligue dénommée Johannesburg Bantu Football Association. En manque de moyen, les joueurs jouaient pieds nus et sans maillot commun. En 1940, alors la section football se séparait d’Orlando Boys Club pour donner naissance aux Pirates, le travailleur social, Bethuel Mokgosinyane, devint président du club et offrit aux joueurs leurs premiers kits, qu’il avait déniché auprès d’une autre équipe de Soweto, Phiri-Phiri. Ce maillot noir affichait un grand P sur le plastron.

Les raisons du noir ne sont pas connues. Est-ce le fruit d’un pur hasard ? Bethuel Mokgosinyane n’eut pas de choix et prit les maillots de Phiri-Phiri quelque soit la couleur de ces derniers. Ou est-ce un choix raisonné ? Bethuel Mokgosinyane aurait-il volontairement choisi un maillot noir pour adopter une certaine symbolique ? Ce pouvait être un choix politique pour affirmer la couleur de peau des joueurs qui composaient l’équipe, à une époque où la ségrégation raciale apparaissait et l’ANC était fondé. Par ailleurs, les fondateurs d’Orlando Pirates comprenaient des enfants des travailleurs migrants qui avaient quitté les zones rurales pour travailler dans les mines d’or du Gauteng. Le noir pouvait être un rappel de ces racines ouvrières. Enfin, comme le nom de Pirates fut choisi au même moment, la couleur noir permettait de s’aligner avec celle communément connue des Pirates.

#1012 – Once Caldas : el Tricolor

Le tricolor. Surnom qui peut paraître étonnant quand on a lu l’article #467, qui présente le surnom los Albos (les blancs) pour l’équipe de Manizales. Alors 3 couleurs ou une seule immaculée ? La réponse est finalement assez simple. Le maillot des joueurs est blanc tandis que l’écusson affiche 3 couleur, vert, blanc et rouge. Au moins, entre les deux, le blanc est commun. Le 23 avril 1961, en raison de la similitude entre les maillots de l’Atlético Nacional et du Once Caldas, ce dernier dut changer pour des maillot blanc qui est désormais sa couleur historique. Mais, avant cette date, le club arborait donc un maillot rayé vert, blanc et rouge (comme l’écusson qui arbore les 3 couleurs dans le sens du drapeau italien).

En 1947, le club de Deportes Caldas fut créé et remporta le championnat colombien en 1950. En 1948, un autre club naquit, le Once Deportivo de Manizales. En 1959, pour relancer les deux clubs, ces derniers fusionnèrent et donnèrent naissance au Once (Deportivo) Caldas. N’ayant pas les mêmes couleurs (Deportes Caldas en vert et jaune (les couleurs de la région de Caldas) et Once Deportivo en rouge et blanc), les deux clubs optèrent pour les couleurs de la ville de Manizales pour la nouvelle association. Manizales arbore un drapeau similaire à celui de la Bulgarie (3 bandes verticales de couleurs, de haut en bas, blanc, vert et rouge). Mais, aucun lien entre les deux. Chef-lieu du département de Caldas, l’économie de Manizales repose sur la culture et la production de café. Résultat, les couleurs de la bannière se rapportent au café. Le blanc rappelle les fleurs du caféier, le vert le feuillage des plantations de café et le rouge la couleur des grains de café mûrs.

Manizales est l’une des 3 principales villes de la région surnommée Eje Cafetero ou le Triangle du café. Sur ses hauts plateaux andins de l’ouest du pays se situent près de 10% de la production mondiale de café. Classée au patrimoine de l’Unesco depuis 2011, l’Eje Cafetero se compose de collines verdoyantes et de plantations de café. Le département de Caldas, où se trouve Manizales, se distingue avec ses 32 353 producteurs de café pour 40 398 exploitations et 59 058 hectares plantés (5 657 arbres par hectare). Ce département présente la meilleure productivité du pays avec une moyenne de 19,23 sacs par hectare et par an en 2022, dépassant la moyenne nationale de 17,3 sacs. Un sac représente 60 kg de café. Autours de Manizales, on compte près de 1 750 producteurs. Manizales organise également le concours international de café et veut se présenter comme capital mundial del café.

#1010 – HNK Rijeka : Riječki Bijeli

Les blancs de Rijeka. Les joueurs du club croate évoluent avec un maillot blanc, qui présente également quelques parements bleu ciel. Ces deux couleurs du club s’installèrent dès sa fondation en 1946 mais les raisons de ce choix ne sont pas formellement identifiées. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les autorités communistes yougoslaves banissèrent tous les anciennes formations sportives d’avant guerre qui n’avaient pas d’origine prolétariennes. Or, la ville de Rijeka, depuis 1926, était représentée par le club de football Unione Sportiva Fiumana, qui résultait de la fusion de deux associations historiques et rivales de la ville, Olympia et Gloria. Cette fusion avait été dictée par le dictateur italien Mussolini, qui après avoir annexé en 1924 la région de Rijeka, exigea que la ville créât une équipe de football forte qui la représenterait au niveau national. Avec un tel historique, l’US Fiumana (qui portait en outre le nom italien de la cité) ne pouvait pas survivre après la guerre à la lessiveuse communiste. Ainsi, sur les ruines de l’US Fiumana (8 de ses joueurs rejoindront notamment le nouveau club), le Sportsko društvo Kvarner naquit. Etant donné l’histoire italienne de Rijeka et du bilinguisme locale, le nom du club était également Socetà sportiva Quarnero.

Pour les couleurs, le club ne reprit pas celles du drapeau de la ville, rouge-jaune-bleu, car ce fut celles de l’Unione Sportiva Fiumana. En outre, les patriotes socialistes croates s’opposèrent à ce symbole tricolore qu’ils considéraient comme anti-croate et impopulaire. Ces couleurs avaient été choisies lorsque la cité possédait une certaine autonomie au sein de l’Empire Austro-Hongrois. Or, pour ces socialistes, Rijeka et sa région étaient croates et non autonomes. Néanmoins, en 1945, avec la défaite de l’Italie, la propriété de Rijeka redevenait un enjeu international. Comptant dans sa population des croates, des italiens, des slovènes et des allemands, la cité fut déchirée, au fil des siècles, entre différents Empires et Nations. Le 4 mai 1945, la ville fut prise par les troupes yougoslaves de Tito qui réussit l’annexion définitive à la Yougoslavie suite au traité de Paris le 10 février 1947. Durant ces deux ans, alors que l’incertitude régnait, le choix du blanc, couleur neutre, pouvait signifier la neutralité du club dans ces débats, la paix après des années de guerre et un symbole d’espoir et de nouveau départ pour le club nouvellement créé.

D’autres pensent qu’il faut chercher du côté du CS Olimpia, l’un des clubs prédécesseurs. A ses débuts, Olimpia évoluait en noir et blanc et après 10 ans d’existence, opta pour un maillot intégralement blanc. Mais, ce lien est fragile et pourquoi les couleurs d’Olimpia et pas de Gloria (jaune, noir et rouge) ? En 2021, l’équipementier du club, Joma, proposa un maillot qui reprenait les couleurs des différents clubs prédécesseurs ainsi que l’année 1906 dans le dos (supposant donc que la création du club remontait au début du XXème siècle et non à 1946). Cette initiative fut très mal reçue par les supporteurs du club.

#1008 – Peñarol Montevideo : los Mirasoles

Les tournesols. La grande plante, qui suit la courbe du soleil, présente une fleur (qui n’en est pas une en réalité) aux pétales jaunes et aux graines noires. Or, ces deux couleurs sont celles du club de Montevideo depuis sa création. Le club naquit le 28 septembre 1891 sous le nom de Central Uruguay Railway Cricket Club, sous l’impulsion de 118 salariés de la compagnie ferroviaire anglaise, Central Uruguay Railway Company. Cette dernière, fondée en 1872 à Londres, était l’une des 4 sociétés de chemin de fer de l’Uruguay. Naturellement, les fondateurs du club puisèrent dans leur quotidien les symboles du nouveau club. Ainsi, le premier maillot du club était composé d’un damier (de quatre cases) jaune et noir. Ces deux couleurs rendaient hommage à l’une des premières locomotives à vapeur, the Rocket (la fusée). Construite en 1829, elle fut conçue par l’ingénieur anglais George Stephenson, considéré comme l’un des « pères fondateurs » du chemin de fer à vapeur. Elle combinait plusieurs innovations de précédentes locomotives pour donner la machine la plus avancée de son époque et qui demeura la base de la plupart des moteurs à vapeur au cours des 150 années suivantes. Remportant le concours du Rainhill Trials, cette locomotive traînait treize tonnes à presque 25 km/h et pouvait atteindre la vitesse record de 56 km/h (sans charge). Elle fut exploitée sur la nouvelle ligne Liverpool-Manchester et sa fiabilité et ses performances aidèrent à l’expansion du chemin de fer. Stephenson choisit de peindre sa locomotive en jaune et noir. Il se serait inspiré des diligences les plus rapides de l’époque qui affichaient ces couleurs et ainsi il pensait suggérer vitesse et fiabilité.

#998 – Alemannia Aix-la-Chapelle : Kartoffelkäfer

Les doryphores. Oui, ce petite insecte, ennemi bien connu des cultivateurs de pomme de terre, à l’aspect peu séduisant, est le surnom d’une équipe de football. Or, son aspect est à l’origine direct du surnom des joueurs d’Aix la Chapelle. Ses œufs sont de couleurs jaune vif. À l’état de larve qui mesure environ 1 cm de long, l’insecte est rouge orangé avec des stigmates noirs sur les côtés. Puis, à ,l’âge adulte, il arbore une carapace jaune rayée de bande noire dans le sens de la longueur. Or, les couleurs du club sont le noir et le jaune. Et pendant de nombreux années, le maillot d’Alemannia était rayé de bandes noires et jaunes. De quoi rappeler ce coléoptère que les allemands venaient de découvrir. En effet, l’aire d’origine du doryphore se situait au Mexique central. Puis, au XIXème siècle, il se propagea aux Etats-Unis à partir du Sud-Ouest et attint l’Europe, par la région de Bordeaux, dans les années 1920. A l’aube de la Second Guerre Mondiale, le Doryphore s’installa en Allemagne.

A la fin du XIXème siècle, les étudiants de 3 lycées de la ville, Kaiser-Wilhelm-Gymnasium, Oberrealschule et Realgymnasium, se rencontraient régulièrement sur une aire de jeux de la rue Franzstraße. En mai 1900, ils décidèrent de fonder un nouveau club. Dans un Empire Allemand naissant (sa proclamation datait de 1871, soit à peine 30 ans avant), le sport était un catalyseur de la jeunesse et un moyen d’y affirmer l’identité d’une nation. Ainsi, de nombreuses nouvelles associations sportives firent le choix de s’approprier ou de se référer à des symboles forts d’une prétendue éternelle nation allemande. Dans le nom de clubs, ce choix fut flagrant : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin) et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre). Pour les étudiants-fondateurs d’Aix-la-Chapelle, le choix se porta sur un peuple germanique qui fut présent dans la région d’Aix-la-Chapelle, les Alamans.

Pour les couleurs, la décision fut plus facile puisque les couleurs de la cité du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont le noir et le jaune. Elles sont tirés directement des armes de la ville qui représentent, sur un fond jaune, un aigle noir, copie quasi-parfaite des armoiries du Saint-Empire romain germanique (d’or, à l’aigle déployé à bec de sable et membré de gueules). Cette tradition de l’aigle noir sur fond jaune comme armes d’une ville était largement diffusée au sein du Saint-Empire tels que pour les villes de Besançon (France – ville impériale en 1290), Dortmund (Allemagne – ville impériale en 1236), Essen (Allemagne – ville impériale en 1377), Lübeck (Allemagne – ville impériale en 1226), Nimègue (Pays-Bas – ville impériale en 1230), Nördlingen (Allemagne – ville impériale en 1215) ou Reutlingen (Allemagne – ville impériale vers 1240). En effet, la cité qui obtenait le statut de ville-libre ou ville impériale, n’était plus soumis à aucun souverain local mais dépendait directement de l’Empereur. Cette grande liberté se traduisait donc dans les armoiries en reprenant le bouclier du Saint-Empire. L’avantage pour les fondateurs étaient donc d’honorer les couleurs de la ville tout en revendiquant une identité allemande, en se référant au Saint-Empire.

#997 – Querétaro FC : los Gallos Blancos

Les coqs blancs. En 1949, la Fédération mexicaine de football invita l’Association de football de Querétaro à créer un club pour rejoindre la toute nouvelle deuxième division professionnelle. Après l’organisation d’un tournoi local, l’association décida que l’équipe vainqueur, Piratas, formerait la base du nouveau club de la région. Ainsi, le 8 juillet 1950, le club de Querétaro vit le jour. Pendant près de 20 ans, l’équipe de Querétaro erra entre les deuxième et troisième divisions du pays et finit enfin par atteindre l’élite mexicaine en 1980. Mais, les défaites s’enchainèrent et le club fut vendu et déménagea. Dès 1981, un nouveau club, du nom de Gallos Blancos, émergea au travers de l’Université locale (UAQ). Une autre équipe, Querétaro FC, fut créée en 1988 qui atteignit rapidement la première division. Mais, en 1994, ce dernier fut relégué et redescendit bas dans l’échelle, suite à une réorganisation des championnats nationaux. Ces remous provoquèrent, en 1996, la fusion des Gallos Blancos de l’UAQ et Querétaro FC, donnant naissance à l’entité actuelle.

De toutes ces aventures et rebondissements qui faillirent mettre à mal le football dans l’Etat de Querétaro, l’une des constantes fut l’attachement au surnom de Gallos Blancos. Il apparut au début de l’histoire. En 1954, le propriétaire de l’équipe, l’avocat Herrera Pozas, suggéra de prendre ce surnom car, admiratif de l’esprit combatif et du courage des coqs de combat, il souhaitait que son équipe de football ait les mêmes valeurs. En outre, comme les joueurs évoluaient avec un maillot blanc (marqué d’un Q comme écusson), il ajouta cette couleur à l’animal. De cette idée, l’entraineur de l’équipe, Felipe Castañeda, et le président, Ezequiel Rivera, décidèrent de faire une blague à leurs joueurs. Avant un match, ils remirent à chaque joueur un coq blanc. L’équipe fit ainsi une photo avec un coq blanc dans les bras de chaque joueur. Ezequiel Rivera remit également une truie à la peau claire (quasi-blanche) à Felipe Castañeda en raison de son sobriquet. Ancien gardien de but à la grande renommée au Mexique, Castañeda était surnommé La Marrana (le cochon combatant) car il avait pour habitude de cracher sur le ballon dès qu’il le récupérait dans ses gants.

Avec ce surnom, le choix évident pour leur mascotte était une représentation de l’animal et c’est ainsi qu’est né « Cocoyo », un coq avec le maillot du club. Depuis, l’apparence a changé, avec une mascotte plus proche du dessins des cartoons, dont le nom est « Gallo Gallardo », mais il demeure toujours un coq blanc portant le maillot de l’équipe.

#986 – FC Dieppois : les Harengs

La cité normande est surnommée « la ville aux quatre ports » car elle accueille un port de passagers (ferry transmanche), un port de commerce, un port de pêche et un port de plaisance. La présence de tant de ports témoigne du lien privilégié entre la cité et la mer. Même s’il existait un camp romain à proximité de la ville actuelle, ce sont surtout l’implantation de vikings vers 910 qui démarra l’histoire de Dieppe. L’emplacement présentait un environnement privilégié, au bord d’une rivière « profonde », la Tella, qui se jetait dans la Manche. Une digue naturelle de galets permettait aussi d’accéder au port à marée haute comme à marée basse. La ville fut officiellement fondée en 1015 par le duc de Normandie Richard II, avec l’objectif de s’offrir une débouchée marine. Comme souvent au Moyen-Âge, pour les villes de la Manche, de la Mer du Nord et de la Mer Baltique, la pêche et le commerce du hareng devinrent l’activité principale. En particulier, chaque année d’octobre à décembre, les harengs migrent de la Mer du Nord vers l’Atlantique et, au large et au proche des côtes Normandes, entre Fécamp et Dieppe, les harengs se reproduisent. Les pêcheries et salines s’installèrent donc rapidement dans la région et leur production s’expatria sur les étals parisiennes et rouennaises grâce aux chasse-marées. Au XVIIIème siècle, à Dieppe, la flotte consacrée à la pêche aux harengs fut la plus importante de la côte avec 60 bateaux. Le poisson, qui fut surnommé « poisson roi » fit la richesse de la ville jusqu’au XXème siècle. Aujourd’hui, le port de pêche se concentre avant tout sur la coquille Saint Jacques, avec 3 000 tonnes débarquées chaque année. La ville célèbre cette tradition ancestrale avec la Foire aux Harengs et à la Coquille Saint-Jacques, tous les troisièmes week-ends de novembre.

D’autres versions viennent expliquer ce choix ou plus exactement renforcent le surnom. Ainsi, au début du XXème siècle, les joueurs étaient connus pour leur agilité et leur vitesse sur le terrain. Les supporteurs comparèrent ce style de jeu aux mouvements des harengs dans l’eau. Une autre théorie suggère que le surnom fut inspiré par le traditionnel maillot du club. Ce dernier est rayé bleu et blanc (on retrouve les rayures sur le blason du club), qui ressemble au hareng (bleu sur le dos et blanc argenté sur le ventre).

#982 – SK Dinamo Tbilissi : ლურჯ-თეთრები

Les bleu et blanc. Ces deux couleurs sont celles traditionnelles du plus grand club géorgien. Il joua de 1936 à la fin de son existence dans l’élite soviétique, se constituant, en dehors des clubs moscovites et du Dynamo Kiev, l’un des plus beaux palmarès de l’ère soviétique avec deux titres de champion de l’Union soviétique, 5 fois vice-champion et treize fois 3ème auxquels s’ajoutèrent 2 Coupes de l’Union Soviétique ainsi que 6 finales. Le paroxysme fut la victoire en Coupe des Vainqueurs de Coupe en 1981. Avec la fin de l’URSS et l’indépendance de la Géorgie, le Dinamo intégra le championnat de première division nationale et le domine depuis (19 titres de champion).

L’organisation sportive des forces de police de l’URSS, en particulier de la police politique, la GPU (prédécesseur du terrible KGB), naquit officiellement le 18 avril 1923, à l’initiative de Félix Dzerjinski. Après avoir fondé le club de Moscou, l’organisation essema dans toute l’Union Soviétique des structures « Dinamo » dont l’objectif était de développer l’activité sportive des agents. Ainsi, à l’automne 1925, la décision fut prise de fonder un club à Tbilissi. Naturellement, la nouvelle structure reprît les symboles de l’organisation mère dont les couleurs bleus et blanches. Selon, son créateur, Félix Dzerjinski, le bleu représentait l’électricité (que crée une dynamo) et le blanc, les pensées brillantes et pures des policiers. Mais, il se pourrait que ces teintes proviennent du club disparu avec la révolution russe mais dont les structures servirent de fondation à la création du Dynamo Moscou. L’Orekhovo Sports Club fut fondé au XIXème siècle par des anglais, fans de Blackburn Rovers, et qui fournirent donc l’équipe avec des maillots bleu et blanc.

#980 – AS Roma : Giallorossi

Les jaune et rouge. A mon gout, la tunique romaine est l’une des plus belles alliances de couleurs dans le football : le pourpre et l’or. Elle a été réduit au rouge et au jaune car la teinte de ces deux couleurs a varié dans le temps. Mais, je trouve qu’elles soutiennent une idée de beauté et de noblesse, sensation pas si éloignée de la volonté originelle des influenceurs de ces deux couleurs. Petit voyage dans le temps. En 1927, l’AS Roma naquit de la fusion de trois clubs de football romain (Fortitudo Pro Roma, Alba Audace et Roman). Le projet était porté par deux personnalités politiques influentes de l’époque : Italo Foschi , président du Fortitudo, mais aussi secrétaire de la section de Rome du Parti Fasciste et membre du CONI, et Ulisse Igliori, président d’Alba Audace et membre du Conseil du Parti Fasciste. L’objectif était de créer un grand club portant haut les couleurs de la capitale afin de s’opposer aux clubs du nord du pays. Pour conserver la base de supporteurs des 3 clubs comme élargir l’audience à toute la ville, les fondateurs comprirent que la symbolique allait jouer un rôle crucial. Tout d’abord, le choix simple de retenir le nom de la ville comme nom du club. Puis, l’adoption de la louve du capitol qui renvoie au mythe fondateur de la Cité éternelle, Romulus et Remus (cf. #65).

Enfin, il ne pouvait en être autrement pour les couleurs. Les fondateurs reprirent les couleurs des bannières de l’Empire Romain et du Capitole (l’une des 7 collines de Rome, centre religieux de la ville sous l’antiquité et dont le nom Capitole provient de Caput Urbis, signifiant « l’endroit principal de la ville ») : le pourpre et l’or. Pour s’identifier à la ville, il n’y avait pas mieux que se référer aux grandes heures antiques et à la colline « centrale » de la ville. Ces deux couleurs avaient des significations particulières pour les romains. D’une part, le pourpre (ou rouge impérial) était associé à Mars, Dieu de la Guerre (qui renvoyait donc une image de puissance et de pouvoir) et père des jumeaux, Romulus et Rémus (les fondateurs de la cité romaine). Même si le rouge était une teinte facile à obtenir pour colorer les tissus, cette couleur était attachée à l’aristocratie. L’or ou l’ocre reflétait la puissance divine, la gloire, la richesse puisqu’il s’agissait de la couleur du soleil et des éclairs comme de l’or. Sa présence sur les bannières romaines annonçait aux barbares ce que la civilisation romaine allait leur apporter ie la puissance et la lumière divines qui perçaient les ténèbres. Autant dire que ces couleurs portaient une charge symbolique double et forte (le lien avec le monde antique et les valeurs qu’elles véhiculaient) qui convenaient aux fondateurs. L’expression que j’utilisais au début de l’article (créer un grand club portant haut les couleurs de la capitale) était donc plus qu’appropriée.

Même si les teintes ont variées du plus clair au plus foncé (avec parfois un rouge ou jaune qui ont viré vers l’orange), la tunique romaine s’est quasiment toujours résumée à un maillot rouge aux parements jaunes (col et bords de manche généralement).