#1379 – Bibiani Gold Stars : the Miners

Les mineurs. Comme nombre de pays africains, le Ghana est riche en matières premières, notamment en minerais, et leur extraction représente des pans importants de l’économie locale. Ainsi, l’or occupe une place absolument centrale et vitale dans l’économie du Ghana. En 2024 et 2025, le pays a consolidé sa position de premier producteur d’or en Afrique, devant l’Afrique du Sud. Contribuant à hauteur de 10% du PIB du pays, le secteur minier aurifère a extrait 5,1 millions d’onces. Les exportations d’or représentent 61% des recettes du Ghana, loin devant le cacao (16 %) et le pétrole (10 %). Le Ghana compte une douzaine de grandes mines actives (opérées par les géants locaux du secteur, Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti), complétées par des centaines d’exploitations à petite échelle.

Les grandes mines d’or ont modelé le Ghana et ses villes et enrichi les sociétés minières. Comme les grandes sociétés européennes du début du XXème siècle, les compagnies minières ont réinvesti une partie des gains dans le sport, et en particulier dans le football. On retrouve ainsi le Ashanti Gold SC, soutenu par le groupe minier Ashanti Goldfields Corporation, et dont les joueurs portent le surnom de the miners. Même cause, même effet à Bibiani. Sa mine d’or constitue son poumon économique depuis la fin du XIXème siècle. En 2023, la production annuelle de la mine s’établissait à 77 koz (équivalent à 2,4 tonnes) d’or pour des réserves dépassant les 2,5 millions d’onces.

Le club de football de Bibiani fut fondé en 1998 sous le nom Complex Stars. Puis, la compagnie minière prit le contrôle de l’équipe et la renomma Bibiani Gold Stars. En 2021, Asante Gold Corporation racheta la concession de la mine et reprît également le club, qui demeure donc toujours lié à l’exploitation de la mine d’or.

#1374 – Antigua GFC : los Panzas Verdes

Les ventres verts. Le vert est omniprésent dans la tenue du club comme dans la bannière de la ville d’Antigua et du département de Sacatepéquez, dont Antigua est la capitale. Cela peut s’expliquer par le nom Sacatepéquez, qui provient de la langue Náhuat, où sacat signifie « herbe » et tepet « colline », signifiant ainsi « colline d’herbe ». Il est vrai que les collines verdoyantes de la région, à perte de vue , impressionnèrent les populations précolombiennes comme les conquistadores.

Mais les habitants d’Antigua gagnèrent ce surnom pour une toute autre raison. Ou du moins deux explications existent. La première remonte au XVIIIème siècle lorsque la ville était la capitale de la Capitainerie générale du Guatemala (qui regroupait les territoires actuels du Guatemala, du Belize, du Salvador, du Honduras, du Nicaragua et du Costa Rica, ainsi que l’État mexicain du Chiapas). La cité est entouré de volcans dont celui connu sous le nom de Fuego (Feu), considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus actifs au monde. Lors de l’époque coloniale, ses éruptions violentes entrainèrent des séismes importants qui endommagèrent la ville en 1717 et en 1751. En 1773, une série de tremblements de terre (entre fin Juillet et début Septembre) détruisirent intégralement la cité puis une épidémie de Typhus se propagea dans la ville. Son accès fut alors interdit et les populations ne pouvaient plus commercialiser de denrées. Résultats, les habitants s’alimentèrent principalement d’herbes (macuy, quilete, chipilín, bledo, berro, verdolaga) et d’autres espèces endémiques de la région. Ainsi, dans les croyances locales, on pensait que leur ventre étaient devenus verts avec ce régime particulier.

L’ors’autre explication se rapporte à la culture de l’avocat dont la région est riche. Les origines de ce fruit se situent au Mexique, en Colombie et au Venezuela ainsi que dans le nord du Guatemala. Un chercheur américain spécialiste des avocats, Wilson Popenoe, écrivait en 1916 que « Probablemente ningún otro país posea tal abundancia de aguacates finos como Guatemala […] Antigua… es el centro de una de las principales regiones de aguacate, quizás una de las más mayores del mundo » (Probablement aucun autre pays ne possède une telle abondance d’avocats de qualité que le Guatemala […] Antigua… est le centre de l’une des principales régions productrices d’avocats, peut-être l’une des plus importantes au monde). Même si le pays n’occupe plus que la 15ème place mondiale en termes de production (150 000 tonnes en 2022), la culture de l’avocat occupe près de 3 000 hectares au Guatemala et le département de Sacatepéquez demeure le deuxième producteur du pays (25% des surfaces et de la production). Evidemment, la population locale mange des avocats mais le surnom proviendrait du fait que la forme du fruit fait penser à un homme avec une bedaine (verte). Pourtant, le nom avocat dérive du mot nahuatl, ahuacatl, qui signifie « testicules de l’arbre ». Entre ces deux histoires, le club a fait son choix avec le fruit comme mascotte.

#1373 – SCO Angers : les SCOistes, le SCO

Ni plus, ni moins que le dérivé de l’acronyme SCO, qui signifie Sporting Club de l’Ouest. Capitale historique et place forte de l’Anjou, berceau de la dynastie des Plantagenêts, Angers se situe à l’Ouest (même si elle ne baigne pas sur la côte Atlantique) et cela explique bien le surnom. Mais, il faut aussi remonter aux origines du club pour comprendre la dénomination.

A la sortie de la Première Guerre Mondiale, encouragé par Valentin Cailleau, le secrétaire du CS Jean Bouin, le seul club d’envergure à Angers à l’époque, les frères Georges et Paul Fortin créèrent le Sporting Club du Crédit de l’Ouest (SCCO) le vendredi 10 octobre 1919. Le nom provenait directement de l’établissement Crédit de l’Ouest, une banque 100 % angevine, que les deux frères dirigeaient (Georges en tant que président et Paul comme vice-président). Cette banque prenait ses racines en Novembre 1850 au sein du Comptoir commercial d’Angers, E. Bigot, Bougère & Cie qui devint en 1909 la banque familiale Veuve Fortin & ses fils. En 1913, comme d’autres banques familiales régionales à la même époque, la banque Fortin fusionna avec une autre, Veuve Delhumeau, et se transforma en une société anonyme, dénommée Crédit de l’Ouest.

Si le CS Jean Bouin était associé aux Établissements Bessonneau (la grande manufacture de chanvre de la cité dont le président Jules Bessonneau fut également administrateur du Crédit de l’Ouest) et ouvert qu’à ses employés, le SCCO accepta des membres qui n’étaient pas collaborateurs de la banque. Ainsi, pour traduire cet esprit, le club changea rapidement de nom pour devenir le Sporting Club de l’Ouest. En outre, la banque rencontra des difficultés dès le début des années 1920, ce qui favorisa la séparation entre le club sportif et elle. Si l’entreprise Bessonneau poussa le Crédit de l’Ouest à fonder le SCO, il fut également à l’origine de la chute de l’établissement financier. En 1921, la gestion hasardeuse de la famille Bessonneau entraina des pertes importantes pour le Crédit de l’Ouest ainsi qu’une vague de retrait de fonds. A peine remis, la faillite d’une banque à Nantes ébranla de nouveau la confiance au début de 1924. La banque enregistrait 12,7 millions de francs de pertes, dont 10 étaient imputables au groupe Bessonneau, représentant 41 % de ses fonds propres. Elle appela à la rescousse le CIC et signa la fin de son indépendance. Par la suite, elle disparaitra dans les différentes fusions qui amenèrent à la création du CIC Ouest.

#1370 – NK Lokomotiva Zagreb : Lokosi, Loksa

Il s’agit des diminutifs du nom du club, Lokomotiva. Et en connaissant l’histoire du football (et même sans diplôme de culture sportive, la simple vue de l’écusson), le fan sait que les racines de ce club se mêlent au monde des chemins de fer. Il sait aussi que les cheminots constituèrent dans de nombreux pays les forces vives des premiers clubs de football. En effet, ce secteur en pleine croissance employait de nombreuses personnes (tant dans la construction des lignes que leurs exploitations) dont le football représentait un échappatoire facile et physique. La Croatie ne fut pas exclu de ce mouvement.

Intégré dans l’Empire Austro-Hongrois, le chemin de fer croate se développa sous la houlette de MÁV la compagnie hongroise avec pour objectif de donner à Budapest un accès à la mer (via Rijeka). La ligne Zagreb-Rijeka fut ainsi mise en service en 1873. Puis, au début du XXème siècle, Zagreb s’affirma comme le cœur du réseau, avec sa gare centrale, Glavni Kolodvor, inaugurée en 1892. Ce pan de l’économie créa une nouvelle classe sociale, les cheminots, qui était très organisée et disposait de ses propres institutions sociales. Ainsi, des ouvriers et des employés des chemins de fer de Zabreg souhaitèrent créer une structure sportive pour les travailleurs de la compagnie et le Željezničarski športski klub Viktorija (Club Sportif des Cheminots Victoire) naquit en 1914. Le club aménagea un terrain de football derrière les ateliers ferroviaires. Il retira Viktorija de son nom en 1919 pour ne pas être confondu avec un autre s’appelant ainsi. Outre le football, le club proposait des activités sportives telles que l’athlétisme, le cyclisme, le hockey sur gazon, le bowling, la boxe, les sports d’hiver, le tennis de table, ainsi que des activités éducatives et de loisirs.

En 1945, après la désintégration des institutions sportives croate d’avant guerre par les nouvelles autorités communistes, le club renaquit sous le nom de Fizkulturno društvo Lokomotiva (Société de culture physique Lokomotiva), dans la tradition soviétique de rattacher les clubs sportifs aux grandes administrations centrales.

#1356 – Rijnsburgse Boys : de Uien

Les oignons. Sur la côte hollandaise, 66 000 âmes résident paisiblement dans la ville de Katwijk. Ville moyenne des Pays-Bas, elle compte tout de même 3 clubs évoluant en troisième division (VV Katwijk, Quick Boys et Rijnsburgse Boys) et deux (FC Rijnvogels, Valken ’68) dans la division inférieure. Rijnsburgse Boys vit un peu dans l’ombre de la féroce rivalité que se vouent VV Katwijk et Quick Boys. Il représente le village de Rijnsburg, qui a été absorbé par Katwijk. La réputation de Rijnsburg provient de ses cultures de bulbes à fleurs et la présence d’une plateforme de Royal FloraHolland, la coopérative de producteurs de fleurs et la plus importante des maisons de vente de fleurs aux enchères au monde. La culture et le commerce des fleurs remontent à Charlemagne (vers 800), époque à laquelle fut introduit le lys de la Madone. Vers 1400, on cultivait déjà des roses à l’abbaye de Rijnsburg. 

La fondation de l’abbaye de Rijnsburg, vers 1125, encouragea justement le développement de l’horticulture mais également l’agriculture. Parmi les cultures les plus répandues, l’oignon constitua un des produits les plus exportés de Rijnsburg au XVIème et XVIIème siècle. Très réputés à l’étranger et bons, les oignons devinrent le surnom des habitants de Rijnsburg. L’oignon de Rijnsburg est aujourd’hui encore une variété, rond et jaune pâle.

Cela n’apparaît pas comme un surnom flatteur. Pourtant, le club se l’est approprié car l’oignon est une plante robuste, saine et qui fleurit magnifiquement. En dégageant un gaz irritant lorsqu’il est coupé, l’oignon apparaît résistant. Finalement, pour le club, ces valeurs collaient bien à son équipe.

#1351 – USL Dunkerque : les Maritimes

Bordé par la Mer du Nord, Dunkerque entretien une relation plus qu’étroite avec la mer. La 5ème ville du Nord bénéficie d’une longue facade maritime de 35 km qui en fait une cité maritime et portuaire ainsi qu’une station balnéaire. Tout débuta en l’an 800 avec la fondation d’un petit village de pêcheurs dans une crique naturelle. Puis, comme dans toute la Mer du Nord et de la Baltique, le développement de la pêche au hareng supporta la croissance de la ville. Au milieu du XVIème siècle, à la croisée de l’Angleterre, la France et les Provinces-Unies, le port de la ville profita des échanges commerciaux entre les 3 pays mais ses bateaux et son territoire agitaient également la convoitise des ces 3 nations et de leurs corsaires. Définitivement acquise par la France le 27 octobre 1662, Louis XIV fit aménager par Vauban la ville et son port, qui devient le plus grand port de guerre du royaume.

Stratégiquement situé à l’entrée du Détroit du Pas-de-Calais, qui constitue un piège naturel, de par les bancs de sables, pour les bateaux de commerce, Dunkerque poursuivit son développement avec les courses, dont le corsaire Jean Bart en fut le plus célèbre représentant, puis en devenant une des plaques tournantes du smogglage (contrebande). Au XIXème siècle, le port se modernisa, étant alors dédié aussi bien à la pêche qu’au trafic de marchandises. Les pêcheurs dunkerquois se détournèrent du hareng, suite au blocage hollandais en Mer du Nord, pour aller en Atlantique Nord (vers l’Islande) pêcher la morue, lors de grandes campagnes qui duraient 6 mois (Mars à Septembre) et dans des conditions difficiles et dangereuses. A cette même période, les longues plages de sable bordées de dunes permirent le développement de la station balnéaire de Malo-les-Bains. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’armée allemande détruisît les infrastructures portuaires mais le port fut remis à flot le 7 août 1946. Dès 1951, il retrouvait son trafic d’avant-guerre. A la fin des années 60, le port ouvrit une deuxième voie à l’Ouest, à 20 km de la ville.

Aujourd’hui, il s’impose comme un acteur clé de la façade maritime européenne (7ème port du Range nord européen qui s’étend du Havre à Hambourg et 3ème port français). S’étendant sur 17 km et 7 000 hectares, il comprend 2 entrées : l’une à l’Est, la plus ancienne, limitée aux navires de 14,2 mètres de tirant d’eau (le Port Est), l’autre à l’Ouest qui permet d’accueillir des navires jusqu’à 22 mètres de tirant d’eau (le Port Ouest). Dunkerque est le premier port français pour l’importation de fruits et légumes en conteneurs, avec un produit vedette, la banane. Il est aussi le 1er port français d’importation des minerais et de charbon et 2ème port français pour les échanges avec la Grande-Bretagne.

Avec une telle influence, le club reprît les codes marins comme la devise « contre vents et marées » ou ses couleurs bleues et blanches (comme la ville). Le dauphin sur l’écusson du club provient des armes de la ville. Mais, la présence du cétacé ne rappelle pas le lien de la cité avec la mer mais honore le Dauphin, le fils du Roi Louis XIV, qui était né un an avant l’acquisition par le Roi de France de Dunkerque.

#1338 – Patro Eisden Maasmechelen : Koempels

Mineurs en dialecte limbourgeois. Inquiet de voir les jeunes de la paroisse partir vers d’autres villes pour assouvir leurs passions sportives, l’aumônier Maurice Vanschoenbeek (vicaire dans la cité d’Eisden) fonda le club du VV Patro Eisden, Patro indiquant que ce club était un patronage. En 1942, le club était admis à l’Association royale belge de football, avec pour président d’honneur et président, les directeurs de la mine d’Eisden. Car, la vie de la commune d’Eisden tournait autour de la mine de charbon dont l’exploitation avait débuté une vingtaine d’année auparavant.

En Belgique, au XIXème siècle, les bassins houillers se situaient en Wallonie (Liège, Charleroi, Borinage) mais, l’industrialisation de plus en plus importante de l’économie européenne entraina une demande croissante de charbon et favorisa la recherche de nouveaux bassins en Flandre. Bien qu’exploité depuis le Moyen-Âge, l’importance des réserves de charbon dans le quart sud-est de la région du Limbourg fut mise en évidence vers 1870. Ce bassin, qui prolongeait celui d’Aix-la-Chapelle, s’étendait de Landgraaft (Pays-Bas) à Berlingen (Belgique). La partie néerlandaise se dénomma Bassin du Limbourg et compta jusqu’à 12 mines tandis que celle belge s’appella Bassin de Campine. Ce dernier filon fut découvert en 1901 mais, en raison de problèmes techniques et politiques, l’exploitation ne démarra que dans les années 20 pour atteindre sa vitesse de croisière après la Seconde Guerre mondiale et s’organisa autour de 7 mines, chacune ayant deux puits.

La mine de charbon de Limburg-Maas à Eisden (village depuis absorbé par Maasmechelen) fut la deuxième mise en service en 1923. Elle descendait jusqu’à 900 mètres. La production totale de cette mine atteignit 73 191 000 tonnes avec un record annuel en 1957 à 1 883 420 tonnes. A son apogée, en 1955, 7 340 mineurs travaillaient dans la mine. Toutefois, dans cette zone frontalière relativement peu peuplée, les sociétés exploitant la mine durent attirer une main d’oeuvre importante. Après l’installation d’une ligne de train, l’entreprise minière se lança rapidement dans la construction d’habitations et de toutes les commodités d’une ville au sein du concept de « Cité-Jardin« . Du directeur aux mineurs, en passant par les ingénieurs et les employés, toutes les collaborateurs de la mine habitèrent dans cette Cité-Jardin, organisée autour de deux larges avenues. Outre des restaurants et des maisons closes, 3 cinémas, un monastère, des écoles, un casino, et un hôpital y étaient également implantés.

De manière générale, les conditions difficiles de travail (282 mineurs moururent dans des accidents dans la mine Limburg-Maas) créa une grande solidarité et camaraderie entre les ouvriers. Ce sentiment était renforcé dans les villes construites autour de la mine où les familles des ouvriers se côtoyaient quotidiennement et vivaient les mêmes difficultés. Ainsi, le mot Koempels fut utilisé en limbourgeois pour désigner les mineurs. Ce nom vient de l’allemand Kumpel, qui signifiait à l’origine ami ou compagnon. Et parmi les dirigeants, joueurs et supporteurs du club, on retrouvait de nombreux koempels.

#1336 – FK Haugesund : Måkene

Les mouettes. Le football apparut dans les années 1910 dans la ville côtière du Sud-Ouest de la Norvège, Haugesund. Rapidement, deux clubs virent le jour : SK Vard en 1916 et SK Djerv en 1919. Puis, en 1939, un troisième larron fut fondé, le SK Haugar. Les 3 clubs se disputèrent la suprématie de la cité et cette rivalité déclencha une dynamique intéressante pour la région. Dès qu’un club avait fait sa part sur la scène nationale et entamait alors un déclin, un nouveau prenait le relais et portait fièrement l’étendard de Haugesund. Mais, les exigences du haut niveau devinrent de plus en plus difficile à suivre et, après plusieurs années d’errance en termes de résultat, ponctuées de difficultés financières, les trois fleurons de la ville envisagèrent d’unir leurs forces. Finalement, Vard abandonna le projet et le FK Haugesund naquit en 1993 de la fusion de deux autres clubs. Le club retint les couleurs de la ville (bleu et blanc) pour son maillot et une mouette orna son écusson, reprenant l’oiseau des armoiries.

Située sur la côte et protégée par les détroits de Smedasund et de Karmsundet, Haugesund reposa son développement sur les activités maritimes, en particulier la pêche. Dans les mers du Nord et Baltique, le hareng regorgeait car ces mers correspondaient à son aire de ponte. Le poisson était alors particulièrement gros et facile à pêcher et, salés ou fumés, il se conservait aisément. Sa pêche constitua donc une ressource importante pour toutes les villes et villages du Nord de l’Europe et devint même le produit de base des commerçants de La Ligue Hanséatique. Lorsque la ville se dota d’armoiries officielles le 29 décembre 1862, le conseil municipal adopta des éléments relatifs à ce pan important de la vie de la cité. Ainsi, trois barils de hareng sur lesquels reposait une ancre décoraient le centre des armes. En arrière-plan, le port maritime apparaissait, accompagné de trois mouettes blanches volant dans le ciel. A l’occasion du 75ème anniversaire de la ville, de nouvelles armes, plus simples, virent le jour en 1930. Les barils de hareng furent supprimés en raison du déclin de cette industrie et les nouvelles armoiries ne représentaient plus que 3 mouettes blanches sur un fond bleu. Le bleu et les mouettes rappelaient les liens historiques et forts de la cité avec la mer. Car si la pêche au hareng constitua l’activité historique et importante, au fil des années, d’autres secteurs se développèrent dont la pêche à la baleine, la construction navale et le transport maritime (la ville possédait autrefois la troisième plus grande flotte marchande de Norvège).

#1328 – FK Železiarne Podbrezová : Železiari

Les forgerons, les ferronniers, les hommes du fer. Avec ses 3 500 âmes, le petit village de Podbrezová, qui se compose en réalité de 6 hameaux réunis au XIXème siècle, compte un club de football au sein de l’élite slovaque depuis le début des années 2010. Et le développement de la ville comme celui de son équipe sportive ont été modelés par l’usine métallurgique, Železiarne Podbrezová.

Au bord de la rivière Hron, qui coule à Podbrezová, les ressources de minerais de cuivre et de fer furent exploitées dès l’Antiquité, en raison de leur facilité d’extraction (en surface). A partir du XVème siècle, la région devint un des principaux centres d’extraction de minerais du pays. Naturellement, une industrie s’implanta près des mines, notamment des usines sidérurgiques à la fin du XVIIème siècle (les premiers hauts-fourneaux furent construits en 1692 à Eubietova et en 1710 à Hnilec). Puis, au début du XVIIIème siècle, « Hrončiansky železářský », le plus important centre de production de fer de toute la Hongrie, vit le jour dans la ville voisine de Hronec. Enfin, en 1840, débutèrent les travaux d’un nouveau complexe industriel à Podbrezová qui allait devenir l’un des plus grands du royaume de Hongrie. La nouvelle usine qui incluait des laminoirs, se concentra sur la construction de rails pour l’Empire Austro-Hongrois (2 374 tonnes de rails produites en 1855). À la fin du XIXème siècle, les usines sidérurgiques de Podbrezová comptaient parmi les plus prospères de Hongrie et la production s’était diversifiée vers les armatures en acier pour la construction, la tôle, les tuyaux et la vaisselle émaillée qu’elle exportait dans tout le royaume et les pays voisins. Dans les années 1970, l’ensemble de l’administration des usines sidérurgiques de la Slovaquie (dont celles de Hronec) fut soumis à l’usine de Podbrezová. La nouvelle entité fut privatisée au début des années 1990 pour devenir Železiarne Podbrezová. Spécialisée dans la fabrication de tube en acier sans soudure, sa production annuelle s’élève aujourd’hui à 160 000 tonnes, ce qui en fait l’un des principaux fabricants de tubes en acier en Europe et l’un des plus gros employeurs de Slovaquie centrale, avec quelque 3 200 salariés. L’entreprise forme ses employés dans ses propres lycées (1 professionnel et 1 généraliste) et a toujours porté une attention particulière aux activités sociales, culturelles (l’entreprise a financé la construction de l’église catholique romaine du village en 1892) et sportives de ses employés.

Donc, naturellement, la vie du club a été intimement liée à l’usine sidérurgique. Dès les années 1940, grâce au soutien matériel et financier de l’entreprise, le club progressa dans les ligues slovaques. Dans les années 1950, la direction de l’usine sidérurgique décida la construction d’un nouveau stade de football (ainsi qu’une piscine d’été) qu’elle mit à disposition du club. En 2006, la société favorisa le rapprochement des clubs de Podbrezová et de Brezno pour former le ŽP Sport Football Club, qui changea de nom pour l’actuel en 2017. La société métallurgique était jusqu’en 2021 l’unique actionnaire du club et depuis possède encore 35% du capital.

#1324 – Cove Rangers FC : the Toonsers

Comme si l’accent écossais n’avait pas suffit à dérouter plus d’un anglophone, plusieurs dialectes locaux viennent encore un peu plus écorcher la langue de Shakespeare. Au Nord-Est du pays, dans la région d’Aberdeen, le Doric se parle et, dans ce dialecte, Toonsers est un mot qui désigne un habitant de la ville (par opposition à Teuchter qui est un gars de la campagne). Et la compréhension de ce surnom peut se rechercher dans différentes sources.

Fondé en 1922, le club a longtemps évolué dans les ligues amateurs locales (jusqu’en 1985) puis pendant 33 ans dans la Highland Football League (5ème niveau nationale, regroupant les régions des Highlands ainsi que le Moray, les régions d’Aberdeen et de Dundee, l’Angus et certaines parties du Nord du Perthshire. Ce championnat accueille donc des équipes de petits villages du Nord de l’Ecosse. Or, Cove Rangers détonnait dans ce paysage car il représentait le petit village de Cove Bay, mais qui fut absorbé par la ville d’Aberdeen en 1975. Et Aberdeen est non seulement la 3ème plus grande ville d’Ecosse, avec ses 220 000 habitants, mais aussi une riche cité, avec son économie florissante (papier, textile, construction navale et maintenant l’extration pétrolière). D’où, Cove Rangers et ses joueurs étaient le symbole de la grande ville contre les petites équipes de la campagne.

Mais, la distinction pourrait aussi apparaît au sein même d’Aberdeen. En effet, Cove Bay est un quartier plutôt cossu d’Aberdeen, accueillant une petite bourgeoisie ayant réussi dans le commerce ou l’industrie. Cela opposait la ville et son équipe aux autres quartiers d’Aberdeen, plutôt représentant de la classe ouvrière qui œuvrait dans les usines textiles ou au port, dans la construction navale. Dire que ces derniers étaient des teuchters les dégradaient par opposition aux habitants de Cove Bay, qui apparaissaient comme de riches citadins.