#1181 – SVV Scheveningen : de Schollekoppen

Les têtes de plie. Evidemment, vous aurez compris que ce surnom n’est pas flatteur. Il n’est pas un juron qui compare la tête des habitants de Scheveningen à un mille-feuille. Ici, le sobriquet rappelle l’histoire et l’économie florissante que fut la pêche pour ce quartier de La Haye puisque la plie est le nom vernaculaire désignant généralement des poissons plats. Evidemment, les habitants de La Haye l’attribuèrent avec dédain à ceux de Scheveningen mais ces derniers se l’approprièrent avec fierté.

Les premières mentions de ce village apparaissent au XIIIème siècle et à cette époque, le hameau se développait en particulier sur de jeunes dunes, le long de la côte de la mer du Nord. Avec une mer à proximité et abondante en poissons, une demande importante liée au développement de la cour comtale dans l’ancien La Haye ainsi que des terres où l’élevage et l’agriculture étaient pratiquement impossibles, Scheveningen se tourna rapidement vers la pêche malgré l’absence de port. Ainsi, les bateaux pêchaient non loin de la côte, s’amarraient sur la plage et se concentraient sur la capture de poissons plats ou ronds (plie, limandre, sole, églefin, raie, morue …). Au XVIème siècle, la plie constituait la principale ressource et produit d’exportation de la ville.

À partir du milieu du XIXème siècle, suite à la levée de certaines restrictions de pêche, les pêcheurs de Scheveningen se tournèrent vers le hareng. En 1903, un port maritime fut ouvert et un second en 1931, ce qui permit un développement encore plus important de l’activité. Scheveningen demeura le lieu du hareng par excellence jusqu’à quelques décennies après la Seconde Guerre mondiale. L’activité de la pêche modela toute la ville et tout un environnement se développa dont les séchoirs à poisson, une criée aux poissons, des chantiers navals … . Au cours des années 1960, un tournant se produisit pour cette industrie si importante pour Scheveningen. En raison de la surpêche en mer du Nord, de la vétusté des navires de sa flotte et à l’évolution des techniques de pêche, il était nécessaire d’aller pêcher de plus en plus loin et avec des bateaux beaucoup plus modernes mais le manque de capitaux empêcha la transformation de l’activité à Scheveningen et le déclin s’enclencha. Aujourd’hui, la flotte de pêche de Scheveningen se compose d’une quinzaine de chalutiers et la ville est devenue une station balnéaire ainsi qu’un port de plaisance.

Pour la petite histoire, si le club bénéficie d’une petite notoriété car il navigue dans les plus hautes sphères amateurs des ligues hollandaises depuis des décennies, il fut surtout le club hollandais invité à participer à la première Coupe des Clubs Champions en 1955 par le journal l’Equipe. Mais, il déclina l’invitation et fut remplacé par le PSV.

#1169 – Bray Wanderers FC : the Seagulls

Les mouettes. La saga du club démarra dans les années 1920 lorsqu’un différent éclata au sein d’une équipe locale de football gaëlique et qui conduit certains membres à quitter cette association pour former une équipe de football connue sous le nom de Bray Wanderers. Mais, cette première tentative s’effondra dans les années 1930. Puis, en 1942, les Bray Wanderers ressurgirent après la fin de la célèbre équipe de Bray Unknowns.

L’oiseau côtier à plumage blanc et gris et au cri aigu caractéristique est devenu le symbole du club, sur son blason et comme surnom. Et c’est logique au vue de la position de la ville de Bray et de son histoire. Situé à environ 20 km au sud du centre-ville de Dublin, Bray est une ville côtière à l’Est de l’Irlande. Petit village médiéval dans les terres, Bray se développa avec l’arrivée du chemin de fer. Le premier train en Irlande relia Dublin à Kingstown en 1834, puis la ligne fut étendue jusqu’à Bray le 10 Juillet 1854. Avec cette voie de transport qui la reliait à la capitale et à sa population à la recherche de dépaysement et de divertissement, la ville devint une célèbre station balnéaire. Des entrepreneurs investissaient le front de mer : maisons, hôtels, bain turc, larges promenade gazonnées le long des plages. S’éloignant de l’urbanismes irlandais typique, Bray prit l’allure des stations balnéaires anglaises, au point d’être surnommé, à partir de 1860, the Brighton of Ireland (le Brighton d’Irlande). Durant l’été, les vagues de touristes venues de Dublin se succédaient et saturaient la ville. Cette activité touristique modela fortement la cité. À la fin du XIXème siècle, le nombre d’habitations de la ville avait augmenté, passant de 668 en 1851 à 1 614 en 1901 et, dans le même laps de temps, la population avait plus que doublé. La superficie bâtie avait triplé en étendue, principalement entre 1854 et 1870. Depuis le début du XXème siècle et les possibilités de voyager plus loin, Bray perdit de son attrait mais, avec de magnifiques longues étendues de plages de sable, des falaises escarpées et en toile de fond un front de mer victorien de plusieurs kilomètres de long, elle reste aujourd’hui encore une destination pour les habitants de la capitale.

#1164 – Chernomorets Bourgas : Акулите

Les requins. Voici un club qui connut une histoire mouvementée. Fondé en 1919, il disparut au lendemain de la Seconde Guerre mondiale quand les nouvelles autorités communistes réorganisèrent les activités sportives en Bulgarie. Mais, un des nouveaux clubs créés après la guerre se renomma Chernomorets en 1968 afin de faire revivre l’histoire et les traditions de ce club qui avait sa renommée. En 2006, le club fit faillite et une première tentative de poursuivre cette aventure démarra dès 2005 avec le Chernomorets 919 qui devint plus tard le PSFK Chernomorets. Malheureusement, lui aussi croula sous les dettes en 2015. Ainsi, naquit le club actuel en 2015 sur les cendres de ses prédécesseurs, dont il reprit naturellement les couleurs (bleu et blanc) et le surnom.

Chernomorets signifie les hommes de la Mer Noire, ce qui confirme la localisation de la ville de Bourgas et le rôle primordiale que joua et joue encore la mer dans son développement. Et si le requin n’est pas un animal endémique de la région, le surnom rappelle le lien entre la ville, ses habitants et le milieu aquatique. Avec l’avantage que le squale est un poisson qui effraie et domine les eaux. Située à l’extrême ouest de la Mer Noire, Bourgas donne son nom à la baie qui la borde, cette dernière étant la plus grande et la plus profonde de la côte bulgare. La ville est en outre entourée de 3 lacs : Bourgas , Atanasovsko et Mandrensko. La cité abrite l’un des plus grands ports bulgares, qui demeure aussi le seul terminal portuaire pétrolier du pays (Bourgas accueillant la plus grande raffinerie du sud-est de l’Europe). Existant depuis l’antiquité et modernisé à partir de 1894 (l’ouverture officielle se réalisant en 1903), le port se décompose en trois : le port de commerce, le port de pêche et le port pétrolier. Dès 1865, Bourgas s’installait comme le second port de commerce de la Mer Noire. Dépassé depuis par le port de Varna, en 2011, le port de Bourgas traitait encore 3,5 millions de tonnes de marchandises par an et 6,7 millions de tonnes de marchandises en 2020. Sur le premier semestre 2023, les échanges commerciaux à Bourgas atteignaient près de 3 millions de tonnes, avec une hausse de 12% du volume des conteneurs. Abritant la flotte de pêche de la Mer Noire, Bourgas est le centre de l’industrie bulgare de la pêche et de la transformation du poisson. 80% de la pêche bulgare est réalisée par des entreprises de Bourgas. Les chantiers de construction navale demeure aussi un fleuron de l’activité économique de la ville. Enfin, la flotte de la Mer Noire de la marine militaire bulgare stationne dans la base navale de Bourgas.

#1159 – Degerfors IF : Bruket

Aujourd’hui, Bruket est le nom d’un quartier à l’Est de la ville de Degerfors, qui en fur le cœur économique, car Bruket désigne aussi une usine sidérurgique. Le Degerfors IF a été fondée le 13 Janvier 1907, principalement avec l’appuie des employés et ouvriers de l’usine sidérurgique de la ville. Parmi les initiateurs de ce projet figuraient l’étudiant de l’époque, puis le directeur de l’usine H. v. Kantzow ainsi que l’ingénieur BD Enlund. Dans les premières années, l’athlétisme et le ski de fond dominaient les activités sportives mais la pratique du football y était développée.

Sur la rive orientale de la rivière Letälven, deux forges furent construites par l’entrepreneur Georg Camitz. Originaire de la Silésie autrichienne, Georg Camitz fut recruté en 1648 pour gérer des usines de fonte de Björkborn et Bofors. Puis, il quitta ses fonctions en 1659 pour lancer sa propre activité à Degerfors. Il reçut le privilège de construire une forge à Degerforsen (Nedre Degerfors), près de l’embouchure du Letälven dans le lac Möckeln. Puis, 6 ans plus tard, il reçut le privilège pour une autre forge au sud, appelée Övre Degerfors. Elles constituèrent deux usines sidérurgiques distinctes, exploitées séparément. La famille Camitz posséda Övre Degerfors jusqu’en 1809 et Nedre Degerfors jusqu’en 1855. Un haut fourneau fut mis en service en 1862 puis plusieurs laminoirs furent ajoutés par la suite. Les usines passèrent dans de nombreuses mains au fil des années pour être détenues par le groupe finlandais Outokumpu Oyj aujourd’hui. En Août 2023, les italiens de Cogne Acciai Speciali reprirent une partie des activités. Autour de ces deux usines, toute une ville se construisit au XIXème siècle avec des logements ouvriers, des écoles … qui donna la base de la nouvelle municipalité de Degerfors.

#1154 – CD Lota Schwager : Lamparita

Les ampoules. Le club réside dans la ville de Coronel, centre d’une région de gisements de charbon importants. La première exploitation minière débuta en 1852 avec l’entreprise Compañía Carbonífera de Lota. La production de charbon servait initialement à approvisionner les navires traversant le détroit de Magellan. Puis, l’arrivée du chemin de fer dans la région en 1888 ouvrit de nouveaux marchés vers l’intérieure du pays au XXème siècle. L’exploitation des gisements conduisirent au développement des villes de Lota et Coronel pour accueillir la main d’œuvre nécessaire pour l’extraction du charbon. Cette activité fut rendue possible par les investissements réalisés par des entrepreneurs tels que Matías Cousiño, Jorge Rojas, Guillermo Delano et Federico Schwager. Ce dernier, homme d’affaires anglo-allemand, démarra l’exploitation de mines de charbon en 1859 à Coronel. Vers 1890, il fonda la Compañía Carbonífera y de Fundición Schwager pour consolider ses différentes mines de la région de Lota et Coronel. De l’autre côté, Matías Cousiño et Tomás Garland fondèrent la Compañía Cousiño & Garland en 1852 pour exploiter la mine de Lota Alto. Au fil du temps, le nom de l’entreprise minière changea et devint la Compañía Explotadora de Lota y Coronel en 1870. En 1933, elle s’appela Compañía Carbonifera e Industrial de Lota. Après la Seconde Guerre mondiale, l’utilisation croissante du pétrole et de l’électricité dans les industries et les activités de transport provoqua une baisse continue de la demande qui aboutira à fermer les mines en 1997. Dans cette période, les différentes sociétés charbonnières furent réorganisées, fusionnées, nationalisées puis privatisées. Par exemple, en février 1964, la Compañía Carbonífera y de Fundición Schwager fusionna avec la Compañía Carbonifera e Industrial de Lota, donnant naissance à Carbonifera Lota-Schwager.

Le boom minier fit la fortune de certaines familles, qui financèrent de nombreuses œuvres caritatives et d’embellissement de villes. Assez naturellement, leurs entreprises offrirent des activités sportives et culturelles à leurs personnels. Ainsi, le club de football Federico Schwager était celui de l’entreprise Schwager tandis que la société Compañía Carbonifera e Industrial de Lota supportait le club de Minas Lota. En 1966, deux ans après la fusion des sociétés, les deux clubs prirent le même chemin et donnèrent naissance au CD Lota Schwager. Ce dernier était donc totalement ancré dans la culture minière. Or, les mineurs portaient des casques avec une ampoule dessus, pour les éclairer sous la terre. Dès ses débuts, l’institution reprit la lampe minière caractéristique du bassin houiller dans son écusson.

#1148 – US Concarneau : les Thoniers

Un thonier est un navire spécialement armé pour la pêche au thon. Existant sous différente taille et ayant évolué au fil du temps, ces bateaux utilisent des fusils à harpon, des lignes de pêche ou des sennes. Ils intègrent également des chambres froides de grande capacité pour permettre d’effectuer des longues distances et conserver des pêches fraiches. Pour en revenir à Concarneau, ce surnom n’est pas étonnant pour un club d’une ville côtière, puisque la pêche et les activités portuaires ont souvent constitué leur ressource principale.

Au XIXème siècle, comme d’autres ports de pêche de Bretagne, Concarneau était synonyme de pêche à la sardine depuis des générations. Le poisson était abondant au plus près des côtes et offrait une pêche facile, nécessitant peu d’investissement et qui permettait de retrouver son doux foyer chaque soir. Plus de 600 chaloupes dépendaient de cette activité et la ville comptait également une trentaine de conserveries, employant 700 ouvriers ferblantiers et quelque 2 000 ouvrières en 1900. A partir de l’année 1902, sur toute la côte bretonne, la sardine se raréfia dans les filets déstabilisant ainsi toute la filière pêche et obligeant les marins à revoir leur activité. Or, depuis 1879, les conserveries locales commençaient à mettre du thon en boîte, pêchés par des marins de La Rochelle, d’Etel ou de Groix. Ainsi, dès 1901, Concarneau devint le premier port de la côte Atlantique pour la vente du thon germon, avec 1 300 tonnes débarqués. Mais, il fallut attendre 1906 pour qu’un premier navire de Concarneau, « l’Avenir » , prisse le large pour aller pêcher du thon germon. Le développement se fit alors rapidement. En 1910, le port concarnois comptait 4 thoniers. 2 ans plus tard, ils atteignaient le nombre de 12, et en 1922, il y en avait 56. En 1934 plus de 160.

Les années 1950 marquèrent un tournant pour la pêche concarnoise. La pêche au germon sur les côtes étant saisonnière, avec l’amélioration des bateaux (motorisation, congélateur) et des techniques de pêches (canne avec appâts, senne), les marins poussèrent leur campagne jusque sur les côtes africaines (Golf de Guinée) pour attraper des thons tropicaux. Au début de 1972, la flotte de thoniers congélateurs du port de Concarneau comprenait 30 navires et le port enregistrait une production annuelle de 25 à 30 000 tonnes de thon congelé. A partir des années 1980, la pêche se poursuivit également dans l’Océan Indien. Si les conserveries disparurent dans les années 1970 avec la concurrence internationale, Concarneau continua à fournir une flottille et une main d’oeuvre importantes. Aujourd’hui, Concarneau est le premier port de pêche de Cornouaille, le 3ème port de pêche français et surtout premier port thonier d’Europe. Le premier armement de pêche au thon tropical européen est la société CFTO, avec 15 thoniers, dont le siège est à Concarneau.

#1144 – Motor Lublin : Motorowcy

Les hommes des moteurs. Je vous accorde que le nom du club est assez explicite pour comprendre le surnom de l’équipe. Tout a commencé en 1950 quand plusieurs ouvriers employés à la construction de l’usine de construction automobile de Lublin, Fabryka Samochodów Ciężarowych (FSC), fondèrent le club en remplacement d’un ancien club dénommé Metalowca Lublin. Au départ, le club prit le nom Stal Lublin (Stal signifiant Acier, en référence au prédécesseur Metalowca, qui était lié à l’usine métallurgique de la ville). En 1952, la société FSC intégra le club dans son giron et le nom du club devint Stal FSC. Enfin, le Stal FSC changea de nom pour Robotniczy Klub Sportowy Motor Lublin en 1957.

Avant la Seconde Guerre mondiale, des investissements furent réalisés dans le quartier Tatary de Lublin pour établir une usine de la société Lilpop, Rau i Loewenstein afin produire des composants pour voitures et camions sous licence de l’américain Chevrolet. Mais, la guerre mit un terme à ce projet. En 1945, la reprise de l’activité fut envisagée par les nouvelles autorités communistes et en 1950, la construction de l’usine fut entreprise, avec l’aide du grand frère soviétique. Le constructeur soviétique GAZ forma d’ailleurs les premiers employés de l’usine. Le 7 novembre 1951, le premier GAZ 51 (dénommé pour la Pologne, Lublin 51) sortit des chaînes de montage. L’installation de l’usine eut un impact fort dans la ville de Lublin, qui était en reconstruction. Le développement des quartiers résidentiels voisins de Tatary et Bronowice étaient directement liés à la croissance de l’usine. De nouvelles voies routières furent également établies pour faciliter la circulation vers le site industriel. En quelques années, ce dernier devint le plus grand établissement de la région de Lublin et, dans les années 1970, le FSC représentait l’un des plus grands centres automobiles de Pologne. L’usine produisait des camions, voitures et véhicules blindés de transport de troupes. A la fin des années 1970, la société employait environ 11 à 12 000 personnes et le pic fut atteint en 1981 avec 14 000 collaborateurs. Le produit star de FSC à Lublin fut la camionette Zuk. En 1972, 110 000 Żuks avaient été produits, dont 40 000 étaient exportés vers 16 pays. L’apogée de la production fut atteint en 1977, avec 250 000 camionettes, dont 85 000 étaient exportées. En 1976, le département des véhicules utilitaires représentait 50 % de la production de l’usine. Avec la fin du communisme, la production déclina et en 1995, le coréen Daewoo racheta l’usine. Il fit faillite en 2001 et le repreneur revendit par morceau l’usine. Aujourd’hui, après plusieurs changements de propriétaire, l’usine ne fabrique plus que les tracteurs Ursus et les utilitaires Honker.

Le bouquetin qui apparaissait sur le logo de FSC se retrouve sur le blason du club.

#1129 – FC Universitario : Manzanero

Manzanero est un terme qui désigne les animaux qui cherchent les pommiers pour manger leurs fruits. Le club de la ville de Vinto se démarque par sa jeunesse dans le football bolivien. Fondé le 23 Mars 2005, il lui aura fallu moins de 20 ans pour accéder à l’élite du pays. Mais son surnom se puise dans la longue histoire agricole du pays de Vinto.

Aujourd’hui, la ville de Vinto se présente comme « la Gran Manzana de Bolivia » (la grande pomme de Bolivie). Evidemment cette municipalité ne se compare pas avec New York. Plus simplement, la production de pommes demeure un des vieux piliers de l’économie de Vinto. Cette dernière s’est spécialisée dans la variété camuesa. De couleur verte avec des nuances de rouge à maturité, cette pomme présente d’indéniables qualités nutritionnelles et médicinales (elle aiderait à la cicatrisation). Importée par les espagnols lors de la conquête, la culture de la pomme arriva à Vinto avec les propriétaires terriens Martín Lanza Saravia et Darío Montaño qui possédaient dans leurs vergers plus de deux mille pommiers. Mais, après avoir été un des fleurons de l’agriculture locale, la production de pomme baissa dans la région, en raison de la croissance de la zone urbaine, qui a entraîné la disparition des vergers. Au début des années 2010, la culture traditionnelle de la pomme paraissait même menacée. En 2013, la surface agricole consacrée à la pomme s’élevait à un peu plus 1,2 hectares pour une production atteignant près de 8 quintaux. Elle était devancée par la culture de la pêche et du raisin. Toutefois, la ville garde une relation particulière avec la pomme. Un monument, se résumant à une énorme pomme verte surmontée d’un chapeau de paille blanc, trône fièrement dans la ville. En outre, depuis 1989, chaque année, le deuxième week-end du mois d’avril, une fête consacrée à la pomme se déroule dans la cité. La Foire de la Pomme est devenue l’un des emblèmes les plus marquants de cette région où l’on peut admirer et déguster toute la production dérivant de la pomme (patisserie, confitures, liqueurs).

#1085 – Cowdenbeath FC : the Blue Brazil

Le Brésil bleu. Dans le Nord des Îles Britanniques, avec ses terres arables arrosées par une pluie fine et grevées par les anciennes veines des mines de Charbon, Cowdenbeath ne présente guère le paysage brésilien verdoyant et chaleureux de l’imaginaire populaire. Pourtant, l’équipe locale, dont le palmarès demeure famélique malgré 142 ans d’existence, a gagné ce surnom. L’origine exacte est méconnue et donc plusieurs légendes existent autour du surnom.

La plus simple se rattache à la couleur des maillots de Cowdenbeath. Fondé en 1882 par la fusion de deux clubs, Cowdenbeath Rangers et Raith Rovers, le première kit enregistré du club se composaient de maillots rayés rouges, blancs et bleus, de shorts bleus et de chaussettes rouges ou bleues. Les couleurs originelles de l’équipe furent abandonnées en 1911 pour des maillots bleus et shorts blancs, couleurs que le club porte encore aujourd’hui. Ces dernières semblent éloignées du maillot traditionnelle de la Seleção, jaune et vert. Mais, avant qu’elle ne soit identifiée à ses couleurs, la Seleção évoluait principalement en blanc jusqu’en 1950. Toutefois, le 5 Juin 1938, le Brésil affrontait la Pologne au premier tour de la Coupe du Monde. Les deux équipes évoluant en blanc, un tirage au sort eut lieu et le perdant, le Brésil dut changer d’uniforme. L’équipe trouva en urgence qu’un kit intégralement bleu. Juste après la rencontre, le Brésil réadopta son maillot blanc jusqu’à la finale perdue de la Coupe du Monde 1950. Ce drame national conduisit à changer de maillot et après un appel à candidature, le maillot jaune à parement vert avec un short bleu et rayure blanche apparut. Temporairement utilisé entre 1950 et 1954 comme kit principal, le maillot bleu s’imposa par la suite comme version alternative à la tunique jaune. Avec des couleurs similaires à certaines époques entre Cowdenbeath et l’équipe nationale brésilienne, cela pourrait constituer l’origine du surnom.

Les esprits taquins avancent une autre théorie remontant aux débuts des années 1980. Survivant dans les eaux troubles de la 3ème et 4ème division écossaise, le club connaissait une situation financière fragile et la vente régulière de ses meilleurs joueurs constituait la seule stratégie pour équilibrer ses comptes. A la même période, la situation des finances publiques brésilienne n’était pas plus florissante. En 1982, la défaillance du Mexique entraina une hausse des taux d’intérêt et plongea les autres pays en développement, dont le Brésil, dans la crise de la dette. En manque de financement extérieur, le Brésil fut forcé de restreindre ses dépenses publiques et de déprécier fortement sa monnaie. Résultat, les finances de l’Etat Brésilien, lourdement endetté auprès de créanciers étrangers, se dégradèrent fortement et l’hyperinflation fit son apparition. S’en suivit une décennie perdue pour l’économie.

Enfin, la dernière version, même si elle est une fable, mérite d’être racontée. Elle rapporte qu’un trio de joueurs brésiliens jouèrent (ou plutôt se perdirent) du côté de Cowdenbeath. A la fin du XIXème siècle, la région de Fife, et en particulier la cité de Cowdenbeath, était toute tournée vers l’exploitation de mines de charbon. Les mineurs percevaient une rémunération en fonction de leur production quotidienne. Poussés à augmenter les rendements pour gagner un salaire décent, certains mineurs creusèrent si loin leur veine qu’ils atteignirent la surface. Etonnés par les vêtements des personnes rencontrées, les mineurs s’imaginèrent avoir atteint Édimbourg. Mais, ne comprenant par la langue des habitants, ils découvrirent qu’ils avaient creusé jusqu’au Brésil. De cette expédition, les mineurs, dont certains évoluaient dans les rangs de Cowdenbeath, ramenèrent trois jeunes brésiliens amateurs de football. Ces 3 joueurs furent intégrés dans l’équipe lors d’un match contre les rivaux de Dunfermline. Surpris par la couleur de peau plutôt mat de ces 3 joueurs, l’arbitre interrogea le capitaine de Cowdenbeath qui lui répondit qu’il s’agissait de 3 mineurs qui venaient à peine de sortir de la mine et n’avaient pas eu le temps de prendre une douche. Cowdenbeath écrasa Dumfermline 11 buts à 1 et les 3 joueurs, qui préfèrent, vu le climat, retourner dans leur pays, laissèrent un souvenir impérissable et un joli surnom.

#1079 – CD Irapuato : la Trinca Fresera, los Freseros

Le trio fraise, les fraises. Lorsqu’en 2021 les autorités du football mexicain fermèrent les portes de la Liga de Expansión MX au nez du club bien qu’il eut remporté la Serie A de l’Etat de Mexico, CD Irapuato faillit ne jamais s’en remettre. Mais, après deux ans sans terrain et équipe, il revit le jour en 2023 avec de nouveaux propriétaires. Il ne pouvait en être autrement pour un club historique malgré un faible palmarès. Même s’il fut fondé sous son nom en 1948, par la fusion de plusieurs entités sportives de la cité d’Irapuato, les origines du club remonte à 1911.

Evidemment que la couleur rouge des maillots amena au surnom lié au fruit rouge. Néanmoins, impossible de dire lequel à influencer l’autre. En effet, l’histoire de la fraise à Irapuato débuta au milieu du XIXème siècle quand Nicolás de Tejada, alors chef du district d’Irapuato, ramena de France la célèbre plante. En 1852, il acheta un terrain vers Carrizalito où furent enregistrées les premières plantations de fraises (avec seulement 24 plants au départ). Puis, l’Allemand Oscar Droege forma les agriculteurs aux techniques de production de la plante. Avec l’arrivée du chemin de fer, la production s’intensifia et en 1883, la fraise d’Irapuato s’exportait vers le Texas, le Nouveau-Mexique et à Laredo. En 1900, la première entreprise de confiture et de fraises confites, du nom de Fresva, vit le jour. Avec le temps, la fraise prit une place centrale dans l’économie de la ville et avec l’importance et la bonne qualité de sa production, Irapuato gagna le surnom de Capitale mondiale de la fraise au XXème siècle. Aujourd’hui, plus de 1 200 hectares sont dédiés à cette culture, donnant une production d’environ 80 000 tonnes à l’année. 60% est exporté. Ce pan de l’économie locale génère 22 000 emplois et plus de 8 000 emplois dans le secteur agro-alimentaire. Evidemment, la vie culturelle de la cité tourne autours de la fraise avec notamment un grand festival organisé en été (Festival de la Fresa) qui attire plus de 5 000 personnes. La gastronomie locale aussi s’inspire du fruit rouge avec les Fresas con crema (fraises à la crème) et les Fresas cristalizadas (fraises confites).

Le trio, lui, naquit en 1949. Malgré sa relative jeunesse (le club n’était pas encore professionnel), le club fut invité à un tournoi à Mexico qui regroupait les brésilien du Vasco da Gama, le FC Léon et les Reboceros de La Piedad. A cette époque, Vasco da Gama produisait un des plus beaux football du continent sud-américain avec une équipe connue sous le surnom de Expresso da Vitória (Express vers la victoire) et disposait d’une ligne d’attaque de feu, connue sous le nom de la trinca infernal (le trio infernal). A noter que si le Vasco avait effectivement une magnifique attaque, ce surnom de trinca infernal ne semble pas avoir été utilisé à l’époque. D’ailleurs, elle ne se limitait pas à 3 joueurs offensifs puisque la tactique reposait sur un 4-2-4. On comptait alors comme force offensive en 1949 Ademir de Menezes, Heleno de Freitas, Ipojucan, Maneca, Francisco Aramburu dit Chico et Friaça. Toutefois, la légende raconte que le commentateur Agustín González, connu sous le nom de Escopeta (fusil de chasse), assista à la rencontre entre Irapuata et La Piedad, qui fut un sublime match. Alors qu’il rédigeait la chronique du duel entre León et Vasco da Gama, il déclara « ¡Si el Vazco da Gama tiene una Trinca Infernal, el Irapuato es la Trinca fresera! » (Si Vasco da Gama a un trio infernal, Irapuata a un trinca fraise). Toutefois, comme vous l’avez noté, il semblerait que cette histoire repose sur un trinca qui n’aurait pas existé. D’où, une version marginale avance que si Agustín González serait toujours à son origine, il l’aurait en revanche donné suite à un affrontement contre Querétaro au stade de la Revolución en 1950. Il déclarait « hoy he visto nacer a La Trinca Fresera del Irapuato, que bonito Juegané » (aujourd’hui j’au vu naître la Trinca Fresea d’Irapuato, qu’ils jouent bien).