#1020 – Manchester United : Busby Babes

Les enfants de Busby. La Seconde Guerre Mondiale interrompit le championnat d’Angleterre pendant près de 7 ans. D’ailleurs, en 1941, le stade Old Trafford fut gravement endommagé lors d’un raid aérien allemand. Au lendemain de la guerre, pour relancer le club mancunien, la direction nomma à la tête de son équipe l’écossais Matt Busby. Ancien ailier droit de Manchester City pendant 8 ans, ce dernier se vit proposer un poste d’entraineur adjoint à Liverpool. Mais, souhaitant appliquer sa vision sans contrainte, il refusa Liverpool pour rejoindre Manchester United où il obtint les pleins pouvoirs (gestion des entrainements, transferts, compositions d’équipe). Outre un style de jeu offensif, Busby était convaincu qu’une politique de formation de jeunes talents était la clé du succès sur le long terme. Il créa ainsi un réseau de dépisteurs de jeunes joueurs et, secondé par Jimmy Murphy, les fit émerger au plus haut niveau. Après un premier cycle où Manchester cumula les places d’honneurs (vice-champion en 1947, 1948 et 1949, et victoire en FA Cup en 1948, le premier trophée majeur du club depuis 37 ans), Busby poursuivit sa politique avec une seconde vague de talents qui offrirent au club une période dorée (3 titres de champion en 1952, 1956 et 1957). Plusieurs exemples témoignent de la jeunesse de l’équipe fanion ou encore de la qualité de la formation. Le 28 novembre 1953, face à Portsmouth, en championnat, l’équipe de Manchester comptait 7 joueurs de moins de 22 ans. L’âge moyen des équipes de 1955-1956 et 1956-1957 qui furent sacrées championne n’était respectivement que de 21 et 22 ans. En 1952, la FA Youth Cup fut lancée et Manchester United écrasa la concurrence en remportant les cinq premières éditions. Malheureusement, en février 1958, l’accident aérien de Munich, où 8 joueurs perdirent la vie, mit un terme à cette époque. Matt Busby décida de relancer une nouvelle génération mais en modifiant de surnom, Busby Babes rappelant alors un évènement tragique.

Ainsi, nombres de joueurs sortirent des rangs de l’académie mancunienne : Geoff Bent (1948-1958), Johnny Berry (1951–1958), Jackie Blanchflower (1949-1958), Roger Byrne (1949-1958), Bobby Charlton (1953-1973), Eddie Colman (1952–1958), John Doherty (1952–1957), Duncan Edwards (1952–1958), Bill Foulkes (1950-1970), Mark Jones (1950–1958), Wilf McGuinness (1953–1959), Kenny Morgans (1956–1961), David Pegg (1952–1958), Albert Scanlon (1953–1960), Tommy Taylor (1953–1958), Dennis Viollet (1949–1962), Liam Whelan (1952–1958) et Ray Wood (1949–1958). L’expression apparut pour la première fois dans la presse écrite en 1951 sous la plume de Frank Nicklin, sous-rédacteur en chef du Manchester Evening News. Il inventa le surnom pour décrire deux jeunes joueurs (Jackie Blanchflower (18 ans) et Roger Byrne (22 ans)) qui débutèrent leur carrière lors d’un match face à Liverpool le 24 novembre 1951. Le terme se démocratisa avec la génération de joueurs qui remportèrent les titres de 1956 et 1957.

#984 – Instituto AC Córdoba : la Gloria

La gloire. Le club, qui a vu passé à leurs débuts Mario Kempes et Osvaldo Ardiles ou plus récemment Paulo Dybala, retrouve cette saison l’élite argentine, qu’il ne connut que 17 ans sur ces 104 ans d’existence. Son palmarès demeure limité, avec seulement des titres de seconde division nationale (1999, 2004). Mais, si l’Instituto possède ce surnom, c’est qu’il traversa au moins une période faste.

Fondé le 8 août 1918 par un groupe de cheminots des Ferrocarril Central Córdoba, le club s’affilia immédiatement à la Liga Cordobesa de Fútbol et débuta en seconde division. L’ascension du nouveau club fut rapide puisque en 1919 et en 1920, il remportait déjà l’antichambre de l’élite de Córdoba. Puis, l’équipe de l’Instituto mit la main sur le football local, en remportant le championnat de première division de la Liga Cordobesa de Fútbol, 4 année du suite (de 1925 à 1928). Après le premier titre de 1925, l’équipe le conserva la saison suivante en étant invaincue (11 victoires et 3 nuls). Lors de cette campagne, à l’avant dernière journée, l’Instituto restait à 5 points de Talleres mais comptait 3 matchs de retard. Il remporta ces 4 derniers matchs pour s’adjuger le titre. Le 3ème titre, en 1927, fut le plus difficile à gagner. A l’issue des 16 matchs de championnat, l’équipe comptait 10 victoires, 5 nuls et 1 défaite (avec 39 buts pour et 17 contre) mais se retrouvait pourtant à égalité avec Talleres à la tête du championnat. Le match pour les départager se joua le 6 novembre 1927 et l’Instituto écrasa Talleres 4 buts à 1. Enfin, la campagne de 1928 fut certainement la plus aboutie et facile. Le club termina avec 7 points d’avance sur le second, Talleres, remportant 14 matchs sur 16 (dont 7 d’affilée), soit 29 points sur 32 possible. Cette domination à Córdoba convainquit plusieurs des meilleurs clubs du pays à affronter l’Instituto. En 1927, Newell’s Old Boys réussit, ce qui semblait impossible, à vaincre l’Instituto 6-3 à Córdoba. Mais au match retour, l’Instituto prit sa revanche avec une victoire 4-2 à Rosario. En 1928, à Rosario, le club les battit à nouveau 5 buts à 2.

Ces quatre titres ont conduit Instituto à recevoir le surnom de Los Gloriosos, simplifier plus tard en La Gloria. De cette époque glorieuse, les noms de José María Lizondo, Pedro Saldaño, Manuel Zárate, Atilio Pedrotti, Rosendo Cepeda, Félix Pacheco, Roberto Devoto et Tomás Tapia ressortent.

#950 – Atlético Mineiro : Campeão do Gelo

Le champion de la glace. Le club est basé dans la ville de Belo Horizonte, dans l’Etat de Minas Gerais, qui bénéficie d’un climat tropical, avec des températures qui descendent rarement en dessous de 10°C. Donc, autant dire que la glace est une denrée rare si elle n’est pas industrielle. Le surnom remonte aux années 1950, à l’issue d’une tournée de l’équipe en Europe, principalement en Allemagne. En 1950, la fédération allemande (DFB) décida d’organiser des confrontations entre une équipe brésilienne et les principales équipes allemandes. Il faut se rappeler qu’à l’époque, les matchs internationaux entre clubs n’étaient pas légions en l’absence de coupes européennes ou intercontinentales. Ainsi, pour se jauger, les tournées constituaient une échelle. Les clubs de Rio de Janeiro et de São Paulo, qui dominaient le football brésilien, refusèrent l’invitation et le choix de la DFB se reporta sur le club du Minas Gerais qui avait également une belle équipe, qui venait de remporter deux fois de suite le championnat de Belo Horizonte. Cette dernière débarqua à Francfort le 27 octobre 1950 où elle fut accueillie chaleureusement par les médias allemands, puisqu’il s’agissait de la première tournée d’une équipe brésilienne sur le sol allemand. Le 1er novembre 1950, le premier match se déroula à Munich face à Munich 1860 et se solda par une première victoire 4 buts à 3 pour l’Atlético Mineiro. Elle enchaina avec une nouvelle victoire 4 buts à 0 face à Hambourg le 4 novembre. Le 5 novembre, l’Atlético se heurta au Werder Breme et s’inclina 3 buts à 1, la fatigue des déplacements et du match joué la veille ayant pénalisé les brésiliens. Après quelques jours de repos, le 12 novembre, Schalke 04 tomba face à l’Atlético (3 buts à 1). Ce match représentait les adieux de deux légendes du clubs allemands, Ernst Kuzorra et Fritz Szepan. Le 16 novembre, le club traversa la frontière pour affronter le Rapid Vienne devant 60 000 personnes. Composé d’une grande partie de l’équipe nationale autrichienne (dont Erich Probst et Ernst Happel), Vienne s’imposa 3 buts à 0. La tournée se poursuivit dans le protectorat de la Sarre où les brésiliens rencontrèrent le FC Saarbrücken. Le 20 novembre, l’Atlético gagna le match 2 buts à 0. 2 jours plus tard, les brésiliens affrontèrent les belges du RSC Anderlecht, double champion en titre du plat pays, et les vainquirent par 2 buts à 1. L’enchainement des matchs ainsi que les conditions climatiques hivernales commencèrent à épuiser les joueurs brésiliens. Le 26 novembre, retour en Allemagne, où l’Atlético fit match nul (3-3) face à l’Eintracht Braunschweig. Le 5 décembre, nouveau match nul sur le même score face aux luxembourgeois de l’Union Luxembourg. Enfin, la tournée européenne s’acheva au Parc des Princes face au Stade Français par une victoire 2 buts à 1. Deux autres matchs avaient été programmés face à Arsenal et à Lille mais, les brésiliens étant épuisés, ils durent être annulés.

Pour une des premières équipes brésiliennes à concourir sur le continent européen, le bilan du parcours de l’Atlético Mineiro ressortit plus que positif. L’Atlético disputa dix matches et en gagna 6, en perdit 2 et fit 2 matchs nuls, marquant 24 buts et en concédant 18. Après le drame de la finale perdue de la Coupe du Monde de 1950 (où le Brésil perdit face à l’Uruguay au Maracanã – évènement connu sous le nom de Maracanaço), ce magnifique parcours de l’Atlético Mineiro face à des équipes européennes redonna de la fierté aux fans brésiliens. Disputer dix matchs dans des pays et des villes différents, dans un calendrier restreint et par un temps défavorable, avec un résultat de six victoires constitua un exploit glorieux qui donna naissance à ce surnom de Campeão do Gelo. A son retour au Brésil, le club fut honoré par la fédération brésilienne au Maracanã, avant un match du championnat carioca.

#947 – VfL Bochum : die Graue Maus

La souris grise. En allemand, l’expression graue maus caractérise une personne discrète, pudique, même un peu triste, généralement utilisée pour une femme. Dans le football, elle qualifie une équipe qui joue un football peu flamboyant (pour ne pas dire ennuyeux, sans ambition) et dont les résultats conduisent à évoluer dans le ventre mou du championnat. S’il s’agit d’une expression commune et utilisable pour toutes les équipes, elle est également aujourd’hui très attachée au club de football de Bochum, qui l’illustra dans les années 1970 et 1980.

Ville de la région industrielle de la Ruhr, qui compte près de 5 200 000 d’habitants concentrés sur plusieurs cités, le club de football de Bochum est coincé footballistiquement entre Dortmund, avec son Borussia, et Gelsenkirchen, et son Schalke 04. Difficile alors d’exister entre ces deux géants historiques du football allemand. Pourtant, entre 1971 et 1993, Bochum fut un membre sans discontinuité de l’élite allemande. Mais, cette présence ne se caractérisa pas des résultats étincelants. En effet, plus que d’évoluer dans le ventre mou du championnat, Bochum fleurta plusieurs fois avec la relégation. Le meilleur classement durant cette période fut une 8ème place en 1978-1979. Sur ces 22 saisons d’affilée en Bundesliga, Bochum conclut 15 fois son exercice dans la seconde partie du classement dont 10 fois au-delà de la 14ème place. A partir de la saison 1986-1987, le club ne connut que le bas du classement. En 1990, le VfL termina la saison à la 16ème place et fut donc contraint de joueur une confrontation de barrage face au 1.FC Sarrebruck. Bochum remporta le match aller à Sarrebruck grace à un penalty (victoire 1-0). Au retour, à domicile, Bochum fit seulement match nul (1-1). A force d’évoluer sur le fil du rasoir, Bochum chuta finalement lors de l’exercice 1992-1993, après avoir fréquenté la zone de relégation depuis la 9ème journée (et même la dernière place lors de 12 journées en cumulé).

Durant ces 22 saisons, l’équilibre financier du club était également fragile et pour boucler son budget, le club se séparait de ses meilleurs éléments à l’intersaison. Sur le plan de jeu, son style n’était pas flamboyant mais il semble un peu sévère de le juger comme ennuyeux. En tout cas, ce débat anime les supporteurs du club et les journalistes. Certains avancent qu’à défaut de génie, les joueurs étaient tenaces sur le terrain et qu’ils pouvaient parfois titiller les « gros chats » du championnat. Pour d’autres, il était assommant de fréquenter les travées du Vonovia-Ruhrstadion.

#946 – CA Aldosivi : el Tiburón

Le requin, qui, dans un style simplifié, trône fièrement sur la gauche du blason. Ce club argentin de Mar el Plata a une connexion particulière avec la France. Le gouvernement argentin lança le 12 décembre 1909 un appel d’offres pour la construction d’un port à Mar del Plata et, le 26 novembre 1910, ce fut la solution des ingénieurs entrepreneurs français Allard, Dolfus, Sillard et Wirriot qui remporta ce concours. Leurs ouvriers décidèrent de créer un club de football pour s’adonner à leur nouveau loisir. Pour le nom de leur association, ils prirent les premières lettres de leur employeur ALlard, DOlfus, SIllard et WIrriot.

Le surnom du club est tiré à la fois de la situation géographique de la ville de Mar el Plata ainsi qu’au tempérament prétendu ou réel de l’équipe. Située sur la côte Atlantique, au bord de la Mer d’Argentine, Mar el Plata est un important port et une station balnéaire renommée. L’objectif initial de ce port était d’exporter la production des riches plaines fertiles de l’intérieur du pays vers les pays consommateurs européens. Aujourd’hui, il est principalement tourné vers les activités de pêche (en 2007, 44 000 tonnes de poissons transitaient dans le port) tandis que le transport de céréales et l’importation de pétrole demeurent des activités secondaires. Le tourisme s’est également développé. Ainsi, le port accueille une réplique de la grotte de Lourdes. Surtout, une réserve d’otaries, située sur une plage de la côte intérieure de la digue sud, abrite une colonie de 800 spécimens mâles. Le conseil municipal déclara l’animal « monument historique » de Mar del Plata. Mais, pour représenter le lien de la ville, de son club de foot avec la mer, l’otarie apparaissait peut-être trop gentil. Ce fut donc un autre animal maritime et endémique qui inspira le surnom, le requin. En effet, en Mer d’Argentine, il existe une trentaines d’espèces de requins, présents à la fois sur les côtes, en pleine mer et dans les profondeurs. Beaucoup d’entre eux sont migrateurs. Les plus communs sont le requin épineux et la roussette, qui peut atteindre un mètre et demi. Les plus grands sont le requin cuivre, requin-taureau ou le requin plat-nez, avec environ 3 mètres de long.

Le surnom apparût en 1975 quand le club remporta 3 titres consécutifs dans la ligue régionale (1973, 1974 et 1975) et joua ces 3 mêmes saisons en première division. Lors de cette dernière saison, il remporta même un match face à Boca Junior, 2 buts à 1. Le surnom devait donc se rapporter au port mais surtout le requin est le roi des mers (comme le lion l’est sur terre). Or, l’équipe semblait dévorer ses adversaires comme le requin.

Aujourd’hui, si le requin apparaît sur l’écusson, le club possède également une réplique de requin de 20 mètres de long qui se ballade sur le terrain à chaque match à domicile. En outre, en 2015, l’équipementier du club sortit un maillot gris, avec pour motif, la peau d’un requin.

#941 – Arsenal : the Invincibles

Les invincibles. Vous ne rêvez pas depuis quelques mois. Arsenal est bien en tête de la Premier League et apparaît désormais comme un prétendant sérieux au titre suprême. Cela faisait bien des années que l’équipe du Nord de Londres n’avait pas lutté face aux cadors des Manchester, de Liverpool et de Chelsea. Il y a 20 ans en arrière, alors dirigé par le flegmatique Arsène Wenger, Arsenal constituait pourtant une des équipes majeures de l’élite anglaise et remportait son dernier titre de champion en 2004, au terme d’une saison incroyable et dont la formation demeure connu sous le surnom des Invincibles.

Entre le 7 mai 2003 et le 16 octobre 2004, cette équipe enchaina 49 matchs sans défaite en championnat (avec 36 victoires et 13 matchs nuls). Cet exploit, Arsène Wenger, en avait déjà rêvé la saison précédente. A la recherche de la perfection, le manager français annonçait déjà la couleur dans la presse anglaise en Septembre 2002 « Arsenal can go unbeaten all season […] It’s not impossible as A.C. Milan once did it but I can’t see why it’s so shocking to say it. Do you think Manchester United, Liverpool or Chelsea don’t dream that as well? They’re exactly the same. They just don’t say it because they’re scared to look ridiculous, but nobody is ridiculous in this job as we know anything can happen. » (Arsenal peut être invaincu toute une saison […] Ce n’est pas impossible comme l’AC Milan l’a fait une fois (ndlr : saison 1991-1992, Milan remporta la Série A avec 0 défaites), mais je ne vois pas pourquoi c’est si choquant de le dire. Pensez-vous que Manchester United, Liverpool ou Chelsea n’en rêvent pas aussi ? Ils sont exactement les mêmes. Ils ne le disent pas parce qu’ils ont peur d’avoir l’air ridicule, mais personne n’est ridicule dans ce travail car nous savons que tout peut arriver). Néanmoins, pour l’exercice 2002-2003, Arsenal échoua dans la conquête du titre face à Manchester United et enregistrait 6 défaites. Les deux derniers matchs de la saison se soldèrent par deux victoires faciles (6-1 face à Southampton et 4-0 face à Sunderland) qui allaient en appeler d’autres. A l’aube du nouvel exercice, la concurrence se renforça. Le Chelsea, tout juste racheté par le milliardaire russe Abramovich, commença ses transferts records avec 120 millions d’euros investis sur Makelele, Verón, Duff, Crespo, Joe Cole et Mutu. A l’inverse, Manchester United misa sur une jeunesse dorée (Cristiano Ronaldo, Saha, Alan Smith, Djemba-Djemba, Bellion et Howard). Arsenal ajusta sa formation avec l’intégration de Lehmann, Reyes, Clichy, van Persie et Fàbregas tandis que Vieira et Pires prolongeaient leur aventure londonienne. Si l’inusable David Seaman qui approchait des 40 ans et avait joué 13 saisons pour le club, le quitta, l’équipe comptait encore dans ses rangs des piliers comme son capitaine Patrick Vieira, Martin Keown, Robert Pires, Freddie Ljungberg, Dennis Bergkamp, Ray Parlour, Sol Campbell et surtout la star de l’attaque, Thierry Henry.

Arsenal débuta la campagne avec style, enregistrant quatre victoires et un nul. Mais, dès le 21 Septembre 2003, la saison à peine commencée, Arsenal se déplaçait chez son rival de Manchester United. Ce fut le moment clé, peut-être le déclic que l’exploit était possible. Dominé tout au long du match, diminué par l’expulsion de Vieira 10 minutes avant la fin du match, Arsenal connut la chance du futur champion puisque Ruud van Nistelrooy vit son pénalty s’écraser sur la barre transversale à la dernière minute de la rencontre. Arsenal repartit avec le point du match nul et enchaîna les victoires par la suite (battant au passage Liverpool et Chelsea). Cette équipe était faite d’acier et rien ne semblait les empêcher d’être champion, réussissant des matchs accomplis et des victoires mémorables. Le 9 avril 2004, alors mené à domicile 2 buts à 1 par Liverpool, Henry et Pires renversèrent la vapeur en seconde période pour l’emporter 4 buts à 2. Arsenal conquit mathématiquement le titre lors du derby face à Tottenham. Certes, il se conclut par le score de 2 buts partout mais pour les fans d’Arsenal, ce nul eut une saveur particulière puisque l’équipe était sacrée sur le terrain de leur ennemie de Tottenham. Après ce gain, la formation ne se relâcha pas et finit le travail en restant invaincue sur les 4 derniers matchs de la saison. Pourtant, elle faillit gâcher la fête lors de la dernière échéance. Alors que les joueurs londoniens affrontaient Leicester City, déjà relégué en Championship, ce dernier était devant à la mi-temps. Néanmoins, Arsenal se réveilla lors de la seconde période et finit par l’emporter grâce à ses français Henry et Vieira. Arsenal parvenait alors à égaliser l’exploit réalisé en 1888-1889 par Preston North End d’être invaincu lors d’une saison complète de championnat (seulement Preston n’avait disputé que 22 matchs contre 38 pour Arsenal). Les gunners finirent meilleure attaque (73 buts) et meilleure défense (26 buts encaissés). Thierry Henry fut consacré meilleur buteur avec 30 goals, premier joueur d’Arsenal à atteindre ce chiffre depuis les 33 buts de Ronnie Rooke lors de l’exercice 1947-1948. Les reconnaissances individuels tombèrent également. Arsène Wenger reçut les titres de Manager de l’année par l’association des managers et par la ligue. Thierry Henry récupéra les 3 titres de meilleurs joueurs de la Premier League décernés respectivement par les journalistes, les fans et les joueurs. 6 joueurs d’Arsenal (Lauren, Ashley Cole, Sol Campbell, Patrick Vieira, Robert Pires, Thierry Henry) finirent dans l’équipe type. Enfin, le titre d’équipe la plus fair-play comme le titre des meilleurs fans échurent également à l’équipe londonienne.

Puis, le 22 août 2004, lors de la saison suivante, le record de Nottingham Forest de 42 matchs sans défaite qui durait depuis 26 ans, tomba après une victoire difficile contre Middlesbrough, à Highbury. En effet, l’équipe combla un déficit de 3-1 en marquant 3 buts en 10 minutes puis le dernier but à la dernière minute (score finale de 5-3). L’exploit ne s’arrêta pas là puisque les gunners remportèrent 6 nouveaux matchs et enregistrèrent un match nul. Toute belle histoire a une fin et celle d’Arsenal s’arrêta face à son eternal rival de United. Le 24 octobre 2004, Manchester battait Arsenal 2 buts à 0 dans son antre d’Old Trafford. La barre s’arrêta donc ce mythique chiffre de 49 matchs sans défaite.

Lors de cette magnifique saison 2003-2004, Arsenal ne snoba pas les autres compétitions. Certes, il ne les remporta pas mais son parcours fut plus qu’honorable. Ces campagnes permirent aussi de rassurer ses rivaux anglais qui purent enfin les battre. En FA Cup, Arsenal fut éliminé en demi-finale par Manchester United. En Ligue des Champions, ce fut au tour de Chelsea de mettre fin aux espoirs d’Arsenal en quart de finale. En Coupe de la Ligue, le parcours s’arrêta en demi-finale face à Middlesbrough.

Dans le livre d’Amy Lawrence, « Invicible », Arsène Wenger déclarait « C’est douloureux pour moi de regarder en arrière, car je suis toujours énormément focalisé sur le fait d’aller vers l’avant. C’était l’un de mes rêves, finir champion en étant invaincu. Et je veux encore le faire. ».

#923 – FC Lausanne-Sport : les Seigneurs de la Nuit

Ce surnom rappelle pour tous les supporteurs lausannois les grandes heures du club dans les années 1960. A l’orée de la saison 1960, le club vaudois comptait parmi les cadors du championnat et avait déjà connu une première période dorée, 30 ans auparavant. En effet, dans les années 1930, Lausanne-Sport remportait 3 championnats (1932, 1935, 1936) et deux coupes de Suisse (1935, 1939, plus une finale en 1937).

A la fin des années 1950, l’équipe possédait déjà quelques joueurs renommés tels que le latéral droit André Grobéty et l’attaquant Robert Hosp. D’ailleurs, en 1958, après être sorti premier de son groupe de la Coupe des Villes de Foire (l’ancêtre de la Ligue Europa) face à deux équipes allemandes, elle atteignit la demi-finale, perdue contre une sélectionne londonienne (le règlement de la compétition imposait la participation d’une seule équipe par ville et pour celle qui possédaient plusieurs équipes, des sélections furent constituées).

Puis, les défenseurs Ely Tacchella et Heinz Schneiter, le milieu international Norbert Eschmann ainsi que Kurt Armbruster et l’attaquant Richard Dürr renforcèrent l’équipe. Au bord de la relégation lors de la saison 1959-1960 (12ème place), puis seulement 9ème en 1961, Lausanne se métamorphosa pour terminer vice-champion lors des 2 années suivantes (1961-1962 et 1962-1963). En 1962, Lausanne gagna en outre une Coupe de Suisse face à Bellinzone. Lors de la saison 1963-1964, l’entraineur autrichien Karl Rappan reprit la direction de l’équipe, qui fut également consolidée par l’arrivée de l’attaquant international néerlandais Pierre Kerkhoffs. Si l’équipe termina à la 5ème place en championnat lors de cette saison, elle remporta une nouvelle Coupe de Suisse, empêchant alors La Chaux-de-Fonds de réaliser le doublé. La saison suivante, Lausanne toucha enfin le Graal. En tête de la première à la dernière journée, les vaudois remportèrent le 7ème titre de champion de Suisse de leur histoire (et également le dernier). Le club termina meilleure attaque (61 buts), avec Kerkhoffs finissant meilleur buteur (19 buts). Cette même année, en Coupe des Coupes, l’équipe fut stoppée en quart de finale par les anglais de West Ham United, emmenés par son légendaire capitaine Bobby Moore (champion du monde en 1966), après avoir éliminé le Budapest Honvéd, puis le Slavia Sofia. D’ailleurs, pendant ces années, le club se qualifia régulièrement en Coupe d’Europe. Or, cette équipe conquérante connut une révolution. A cette époque, le stade de Lausanne se vit doter d’un éclairage qui permit de jouer le soir. L’équipe fit ainsi vivre de grandes soirées au peuple vaudois. Dans le cadre de ces premières joutes nocturnes et victorieuses, l’équipe, avec ses maillots blancs immaculés par la lumière artificielle, gagna son surnom des seigneurs de la nuit. Peu utilisé aujourd’hui, le surnom sert à nommer actuellement l’espace VIP dans le stade.

#917 – Leixões SC : os Bébés do Mar

Les bébés de la mer. Résidant dans la ville de Matosinhos, Leixões est un club omnisports fondé le 28 novembre 1907, l’un des plus vieux du Portugal. Son surnom se compose de deux aspects : les bébés d’un côté et la mer de l’autre. Commençons par la mer. Située face à l’Océan Atlantique et au nord de Porto, Matosinhos offrait un terrain favorable aux activités maritimes. En effet, sur une côte souvent tourmentée par les tempêtes et le brouillard, la crique de Leixões constituait un refuge idéal pour les marins, dès l’antiquité romaine. En 1812, le marin et homme politique portugais, Marino Miguel Franzini écrivait alors à propos de Leixões « talvez seja este o único ponto desta costa que oferece algum abrigo às embarcações acossadas pela travessia » (c’est peut-être le seul point de cette côte qui offre quelque abri aux navires harcelés par la traversée). Ainsi, les activités portuaires se développèrent rapidement et à la fin du XIXème siècle, un port moderne émergea à l’embouchure de la rivière Leça (Les travaux de construction commencèrent le 13 juillet 1884, furent dirigés par l’ingénieur français Wiriot et se terminèrent en février 1895). Plus grand port artificiel du Portugal, il est le débouché maritime naturel pour la production industrielle du grand Porto. Dénommé Porto de Leixões, 25% du commerce international portugais transitent par ses 5 kilomètres de quai, pour environ deux mille cinq cent navires, plus de 400 000 containers et 16 millions de tonnes de marchandises par an. Leixões est l’un des ports les plus compétitifs et polyvalents du pays. Egalement port de croisière, avant le Covid, il accueillait près de 100 000 voyageurs pour une centaine de navires. Naturellement portée vers la mer, l’économie de Matosinhos repose également sur les activités de pêche.

Les bébés rappellent une formidable épopée d’une bande de « gamins » qui représentèrent brillamment Leixões et ramenèrent le seul trophée de la section football. Club à faible moyen, Leixões s’attacha à former des jeunes pour renforcer l’équipe première. Au début des années 1960, des jeunes nés à Matosinhos et formés à Leixões comme Raul Machado et Jacinto Santos intégrèrent l’équipe première. A l’issue de la saison 1959-1960, Leixões monta en première division portugaise. En 1961, l’équipe réalisa un formidable parcours en Coupe du Portugal. Après avoir éliminé en demi-finale, le tenant du titre, Belenenses, Leixões devait affronter en finale ses voisins et rivaux du FC Porto. Match totalement contrasté entre le puissant Porto (déjà vainqueur de 5 championnats et 2 coupes nationals) et le petit club de banlieue, ce déséquilibre était accentué par le lieu de la finale. Comme usuellement, elle devait se dérouler à l’Estádio Nacional, à Lisbonne mais le FC Porto, arguant que les deux clubs étaient de la région de Porto, la fit délocaliser dans son antre, l’Estádio das Antas. La légende raconte qu’à la veille du match, les joueurs du FC Porto portaient un toast en l’honneur de la conquête d’un futur trophée et que les moins prévoyants s’endettaient en prévision du probable pari remporté. Pire, le périodique « Norte Desportivo » lançait en avance le tirage du journal en titrant sur la victoire du FC Porto. Mais, à la surprise générale, Leixões tint tête au FC Porto et, en seconde période, en l’espace de deux minutes, marqua deux buts par l’intermédiaire de Silva et Oliveirinha. Leixões remportait son premier et unique trophée. L’année suivante, le club atteignit les quart-de-finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Les joueurs de Leixões furent alors surnommés par le journaliste Alfredo Farinha, os bébés do mar. Cette génération marqua le début de la politique de Leixões qui en fit l’un des bastions de la formation des joueurs au Portugal. De ses rangs sortirent des joueurs tels que Chico Faria, Jacinto, Folha, Fonseca, Tibi, Tozé.

#894 – CA San Lorenzo : los Matadores

Les tueurs. Pour un club né sous le patronage d’un prêtre salaisien, ce surnom n’apparaît pas digne des préceptes du Christ. Mais, évidemment, ici point de mort réel, ni de joueurs sanguinaires. Il met en valeur l’exploit de l’équipe de 1968, qui proposa en outre un style élégant et efficace. Cette année-là (et jusqu’en 1985), le championnat argentin se jouait lors de deux tournois. D’un côté, le championnat dénommé Metropolitano qui représentait véritablement la première division argentine, avec des clubs directement affiliés à la fédération nationale (AFA). De l’autre, un tournoi supplémentaire, appelé le Nacional, auquel participaient également des équipes de certains championnats régionaux. En 1968, le Metropolitano se composait de deux poules de 11 équipes, avec un système de play-off pour déterminer le champion. CA San Lorenzo se présentait pour cette saison avec une équipe de joueurs talentueux (le gardien Carlos « Batman » Buttice, le défenseur uruguayen Sergio Villar recruté pour 10 millions de pesos, les défenseurs Antonio Rosl, Oscar Calics et Rafael Albrecht, les milieux Alberto Rendo, Victorio Cocco et Carlos Toti Veglio), renforcés par des jeunes loups formés au club (Roberto Telch, Pedro González, Rodolfo Fisher, Narciso Doval). L’entraineur brésilien Elba de Padua Lima fut le chef d’orchestre qui réussit à polir ces pièces pour réaliser la future performance parfaite.

Pendant la phase de poule, San Lorenzo réalisa une campagne exceptionnelle. Sur 22 matchs, l’équipe en remporta 14 pour 8 nuls, marqua 45 buts et n’en encaissa que 10 (réussissant à conserver sa cage inviolée pendant 13 matchs). Avec un tel parcours, San Lorenzo termina logiquement à la première place avec 12 points d’avance sur le second, Estudiantes. En demi-finale, le club affronta River et la remporta 3 buts à 1 devant plus de 50 000 spectateurs. La finale se joua contre Estudiantes le 4 août au stade Monumental. Le match fut âpre et démarra de la meilleure des manières pour Estudiantes qui marqua deux minutes après le début de la seconde mi-temps, grâce à un but de Verón. Toti Veglio égalisa pour San Lorenzo une vingtaine de minutes plus tard. Il fallait jouer des prolongations pendant lesquelles Fischer réussit le but de la victoire définitive de San Lorenzo. C’était le 8ème titre de champion d’Argentine du club. Surtout, depuis la création du professionnalisme, en 1931, aucun champion n’avait été couronné en étant invaincu. Cette équipe de San Lorenzo fut donc la première à devenir championne sans défaite, en produisant un jeu élégant, démoralisant les équipes adverses. Un véritable rouleau compresseur qui apparaissait comme un tueur.

Dans la foulée, avec cette équipe, San Lorenzo connut une période dorée en remportant 3 nouveaux championnats. Elle fut même la première à réaliser le doublé MetropolitanoNacional en 1972.

#880 – SV Ried : die Wikinger

Les vikings. Même s’il est de plus en plus rare de trouver des supporteurs du club se balader avec un casque de viking dans les travées du stade, le club entretient le lien avec ce peuple nordique. Tout d’abord, l’équipe réserve se nomme Junge Wikinger (les jeunes vikings). De plus, depuis la saison 2016-2017, la mascotte nommée Siegfried est un viking. Enfin, le camp d’entrainement réservé aux jeunes de 6 à 13 ans organisé par le club s’appelle Wikinger Kids Camps. Pourtant, l’origine de ce surnom s’est perdu même s’il est de création assez récente. Deux versions se sont répandues pour l’expliquer. Au début des années 1990, suite au Festival Viking organisé dans la ville voisine de Pram (à 10km de Ried im Innkreis), certains supporteurs seraient revenus dans le stade affublés d’un casque de viking. L’autre version se serait déroulée également dans les années 2010 avec deux des joueurs emblématiques du club. D’un côté, Michel Angerschmid qui n’a connu qu’un seul club pendant les 14 ans de sa carrière, le SV Ried. De l’autre côté, le meneur de jeu Herwig Drechsel qui joua pour Ried lors de deux passages (de 1995 à 1998 et surtout de 1999 à 2010). Lors du centenaire du club en 2012, Herwig Drechsel a même été élu « joueur du siècle ». Ces deux piliers du club fréquentaient également un pub de la ville, où ils avaient leur table. Cette dernière était appelée la table des vikings par les propriétaires et les habitués de ce bistrot et l’appellation aurait déteint sur les deux joueurs. Puis sur l’équipe entière.