#1414 – Shanghai Port FC : 中国曼联

Le Manchester United chinois. Quand on évoque le Shanghai Port FC aujourd’hui, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles des transferts mirobolants d’une ère révolue de la Chinese Super League (CSL). On pense aux frappes surpuissantes de Hulk et à la vista d’Oscar grace aux millions investis par le groupe portuaire SIPG, actionnaire de l’équipe. Pourtant, l’histoire de ce club est bien plus romantique qu’une simple injection de capitaux. Car, avant d’être un géant financier, le club est né d’une utopie : celle d’un homme qui voulait bâtir le 中国曼联 (Manchester United chinois).

Tout commence avec un footballeur chinois des années 1970 : Xu Genbao. Après sa carrière de joueur, il se lança comme entraineur dans des clubs de seconde et troisième division. Après des échecs dans ces clubs, en 1987, il prit en main l’équipe des moins de 20 ans de la Chine et son passage fut alors couronné de succès, au point que la fédération chinoise lui confia la sélection senior en 1992. Puis, Xu Genbao repartit s’occuper de clubs, dans un football chinois qui lançait sa première ligue professionnelle en 1994. Il réussit en 1997 et en 2001 à faire monter au sein de l’élite respectivement Guangzhou Songri et Shanghai COSCO. Toutefois, en 2000, dans un excès de colère après une échec en championnat, il démissionna de son poste d’entraîneur de Dalian Shide et se consacra à repenser toute la formation des joueurs chinois. Il investit toutes ses économies dans un centre de formation qu’il installa sur l’île de Chongming (une zone rurale située à l’embouchure du fleuve Yangtsé, loin des tentations et du tumulte du centre-ville de Shanghai) et travailla son programme de formation drastique (huis clos total, entrainement intensif pour créer des automatismes …). En 2005, voyant une génération émergée, Xu Genbao décida de fonder un club professionnel pour les faire jouer : le Shanghai East Asia FC (avec le soutien financier de Shanghai East Asia Company). L’équipe démarra au bas de l’échelle du football chinois, en 3ème division, avec un effectif dont la moyenne d’âge dépassait à peine les 15 ans. Il annonça la couleur en déclarant que Shanghai East Asia devait être le Manchester United chinois.

Du milieu des années 1990 jusqu’au début des années 2010, Manchester United devint une référence mondiale du football, sous l’impulsion d’Alex Ferguson. Certes, Manchester avait les moyens d’acheter des joueurs talentueux (Cantona, Keane, Stam …) mais son centre de formation fut une composante essentielle de sa réussite. En particulier la « Class of ’92« , des gamins du cru, formés ensemble, comme David Beckham, Ryan Giggs, Paul Scholes, Nicky Butt et les frères Neville. Avec cette équipe, Manchester réussit l’incroyable triplé en 1999 (Premier League, FA Cup et Ligue des Champions) et remporta 3 titres de champions d’affilée (1998-1999, 1999-2000 et 2000-2001). Référence mondiale, ce fut une source d’inspiration de Genbao. Non sans succès.

En 2007, son équipe d’à peine 18 ans de moyenne d’âge remporta le championnat de troisième division et accéda à l’élite chinoise en 2012. L’académie de Genbao produit ce qui est largement considéré comme la génération dorée du football chinois moderne. Parmi eux, nous pouvons citer Wu Lei (meilleur buteur de l’histoire du championnat chinois et qui s’imposa à l’Espanyol Barcelone), Zhag Linpeng (surnommé le « Sergio Ramos chinois »), le gardien Yan Junling, Wang Shenchao et Cai Huikang. En 2012, le Port de Shanghai (SIPG) apporta son important soutien financier ce qui propulsa le club dans une autre dimension (avec les recrutement de Hulk et OScar) mais le noyau dur de l’équipé était composé des jeunes du centre de Genbao, qui devinrent aussi des piliers de la sélection.

Etant donné cette affiliation, l’équipe est aussi surnommée 中國紅魔 (les diables rouges chinois).

#1020 – Manchester United : Busby Babes

Les enfants de Busby. La Seconde Guerre Mondiale interrompit le championnat d’Angleterre pendant près de 7 ans. D’ailleurs, en 1941, le stade Old Trafford fut gravement endommagé lors d’un raid aérien allemand. Au lendemain de la guerre, pour relancer le club mancunien, la direction nomma à la tête de son équipe l’écossais Matt Busby. Ancien ailier droit de Manchester City pendant 8 ans, ce dernier se vit proposer un poste d’entraineur adjoint à Liverpool. Mais, souhaitant appliquer sa vision sans contrainte, il refusa Liverpool pour rejoindre Manchester United où il obtint les pleins pouvoirs (gestion des entrainements, transferts, compositions d’équipe). Outre un style de jeu offensif, Busby était convaincu qu’une politique de formation de jeunes talents était la clé du succès sur le long terme. Il créa ainsi un réseau de dépisteurs de jeunes joueurs et, secondé par Jimmy Murphy, les fit émerger au plus haut niveau. Après un premier cycle où Manchester cumula les places d’honneurs (vice-champion en 1947, 1948 et 1949, et victoire en FA Cup en 1948, le premier trophée majeur du club depuis 37 ans), Busby poursuivit sa politique avec une seconde vague de talents qui offrirent au club une période dorée (3 titres de champion en 1952, 1956 et 1957). Plusieurs exemples témoignent de la jeunesse de l’équipe fanion ou encore de la qualité de la formation. Le 28 novembre 1953, face à Portsmouth, en championnat, l’équipe de Manchester comptait 7 joueurs de moins de 22 ans. L’âge moyen des équipes de 1955-1956 et 1956-1957 qui furent sacrées championne n’était respectivement que de 21 et 22 ans. En 1952, la FA Youth Cup fut lancée et Manchester United écrasa la concurrence en remportant les cinq premières éditions. Malheureusement, en février 1958, l’accident aérien de Munich, où 8 joueurs perdirent la vie, mit un terme à cette époque. Matt Busby décida de relancer une nouvelle génération mais en modifiant de surnom, Busby Babes rappelant alors un évènement tragique.

Ainsi, nombres de joueurs sortirent des rangs de l’académie mancunienne : Geoff Bent (1948-1958), Johnny Berry (1951–1958), Jackie Blanchflower (1949-1958), Roger Byrne (1949-1958), Bobby Charlton (1953-1973), Eddie Colman (1952–1958), John Doherty (1952–1957), Duncan Edwards (1952–1958), Bill Foulkes (1950-1970), Mark Jones (1950–1958), Wilf McGuinness (1953–1959), Kenny Morgans (1956–1961), David Pegg (1952–1958), Albert Scanlon (1953–1960), Tommy Taylor (1953–1958), Dennis Viollet (1949–1962), Liam Whelan (1952–1958) et Ray Wood (1949–1958). L’expression apparut pour la première fois dans la presse écrite en 1951 sous la plume de Frank Nicklin, sous-rédacteur en chef du Manchester Evening News. Il inventa le surnom pour décrire deux jeunes joueurs (Jackie Blanchflower (18 ans) et Roger Byrne (22 ans)) qui débutèrent leur carrière lors d’un match face à Liverpool le 24 novembre 1951. Le terme se démocratisa avec la génération de joueurs qui remportèrent les titres de 1956 et 1957.

#657 – Airdrieonians FC : the Diamonds

Les diamants. Il n’existe pas de centre diamantaire à Airdrie et le club ne connut pas de période dorée qui aurait consacré des joueurs comme des joyaux. L’origine de ce surnom est beaucoup plus simple. Tout d’abord, il faut savoir que le club d’Airdrieonians actuel fut fondé en 2002 afin de poursuivre l’oeuvre de la précédente association du même nom qui fit faillite le 1er mai 2002. Cette banqueroute survint après la construction et le déménagement de l’équipe vers le stade d’Excelsior en 1998. En effet, suite à la vente du stade de Broomfield par le club en 1994, le conseil d’administration du club géra mal le projet de la nouvelle enceinte, difficulté accentuée par les retards du conseil de la région de North Lanarkshire pour accorder le permis de construire. Ces retards et mauvaise gestion mirent à mal ses finances. La direction du club ne put alors investir dans une équipe compétitive ce qui eut un impact sur la qualité du jeu proposé et au final sur la fréquentation du stade. Les revenus fondèrent et en 2000 le club fut placé sous contrôle judiciaire jusqu’à sa liquidation officielle en 2002. Un comptable du nom de Ballantyne porta alors un projet de rachat du club de Clydebank, qui après approbation de la ligue écossaise, changea de nom pour Airdrie United et déménagea à Airdrie. Clydebank jouait avec un maillot blanc incluant une frange diagonale rouge. Les couleurs étaient donc les mêmes que l’ancien Airdrieonians mais le maillot de ce dernier avait une singularité connue. En effet, il affichait un scapulaire sur le devant et l’arrière du maillot, les deux se rejoignant au niveau des épaules. Cette figure ressemblait à un diamant, ce qui donna le surnom the diamonds au club. Afin de s’identifier au club disparut et permettre une continuité historique, Airdrie United reprit cette originalité sur son maillot et donc se vit également affublé du surnom de the diamonds. Mais d’où vient cette originalité ? Une chose est sure. Le premier maillot à intégrer ce diamant remonte à 1912. De 1878 (date de création du club) jusqu’en 1885, Airdrieonians évolua avec un maillot bleu et blanc rayé verticalement. Puis de 1885 à 1912, le maillot passa au rouge et blanc tout en étant toujours rayé (alternant au fil des années des bandes verticales ou horizontales). Le choix de ce double scapulaire est inconnu mais certains avancent que le club se serait inspiré de Manchester United qui porta des maillots similaires (dans la même répartition des couleurs) lors de la finale de la FA Cup anglaise en 1909 (remportée face à Bristol City). Toutefois, ce n’était pas le maillot habituel et Manchester l’abandonna pendant quelques années avant. Mais, de 1922 à 1927, Manchester reporta ce maillot comme tenue à domicile. Or, de 1921 à 1926, le manager de l’équipe était l’écossais John Chapman, qui fut auparavant le manager d’Airdrieonians pendant 11 ans. En effet, ce dernier convainquit Manchester de revenir au maillot de la finale de FA Cup de 1909, qui était aussi celui de son ancien club.

#54 – Manchester United : Red Devils

Les diables rouges. Le surnom mythique de cette équipe de légende est apparu tardivement, pour un club anglais créé en 1878, et résulte d’un « vol ». En effet, en face du stade de Old Trafford, de l’autre côté de l’Irwell, existait le stade du club de rugby à XIII, le Salford Rugby League Club, dont la couleur était le rouge. En 1934, le club de rugby réalisa une tournée en France où il laissa une forte impression. A tel point que les journalistes français les surnommèrent les Diables Rouges. Fier de cette comparaison, le club de rugby l’intégra dans son nom : Salford Red Devils Rugby League Club. Il fallut 20 ans pour que ce surnom traverse l’Irwell et que Matt Busby, le célèbre entraîneur mancunien, se l’accapare pour faire surnommer ses troupes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’entraineur écossais avait repris en main l’équipe de Manchester United et la mena sur la voie du succès. Sa jeune équipe (22 ans de moyenne d’age) qui l’avait complétement formatée fut surnommée Busby Babes (les enfants de Busby – cf #1020) par la presse. Mais, en 1958, Manchester United fut marqué par la catastrophe aérienne de Munich, où 23 personnes dont 8 joueurs du club perdirent la vie. Busby dut reconstruire l’équipe et chercha donc une nouvelle identité, le surnom de Busby Babes étant devenu un souvenir douloureux.

Ce surnom se maria bien à Manchester United qui évoluait en rouge. Or, cette couleur qui nous est traditionnelle aujourd’hui n’est pas la couleur originelle du club mancunien. Le prédécesseur de Manchester United était Newton Heath LYR, fondé en 1878 et renommé Newton Heath en 1892. Le premier maillot était blanc accompagné d’un cordon bleu et d’un short bleu marine. En 1881, les couleurs furent changées pour le vert et or. En 1887, nouvelle modification pour le rouge et blanc, avec un short bleu marine. 1893 retour de l’or et du vert, toujours avec un bas bleu marine. 1896 le club revint au premier maillot blanc. Enfin, lorsque le club se renomma Manchester United en 1902, il adopta le maillot rouge et le short blanc qui a perduré jusqu’à aujourd’hui. Il y eut tout de même quelques exceptions. Entre 1922 et 1927, Manchester garda les mêmes couleurs mais la tenue était intégralement blanche avec un scapulaire rouge. Durant quelques mois en 1934, le maillot était cerclé de bandes cerise et blanche.

Avec ce nouveau surnom de Red Devils, le club connut une période faste (5 championnats, 1 coupe nationale et surtout la coupe des clubs champions en 1968). Le diable tenant un trident s’imposa alors dans l’écusson du club en 1972. Le 27 Octobre 1975, le College of Arms, en charge au nom de la couronne britannique de toutes les questions d’héraldique, accorda à 5 clubs de la Premier League un insigne. Pour Manchester, le College décrivit ainsi ce nouvel insigne « A devil facing the sinister guardant supporting with both hands a trident gules » (Un diable tourné vers le sinistre gardien, soutenu des deux mains par un trident de gueules).