#1155 – Celta Vigo : Olívicos

Il n’existe pas de traduction officielle mais cela pourrait se rapprocher de « ceux de l’olivier » . L’olivier évoque généralement des images de la Méditerranée et pourtant, Vigo, situé plus au Nord, au bord de l’Atlantique, était connu comme la Ciudad de la Oliva (Ville de l’olive) qui devint au fil des années la ciudad Olívica (Ville de l’olivier). D’ailleurs, dans ses armoiries, un olivier figure à droite d’un chateau. Jusqu’à la guerre d’indépendance (1808-1814), le bouclier de la ville présentait un chateau accompagné d’une coquille Saint-Jacques (pour indiquer que Vigo dépendait de la juridiction de l’Église de Compostelle). En 1813, la municipalité de Vigo demanda au roi de remplacer la coquille, signe de vassalité à l’Eglise par « un magnífico olivo con que de tiempo inmemorial se hallan enriquecidos sus naturales (…) cuia distinguida gracia servirá de eterno monumento a la posteridad y a sus conciudadanos de la más completa satisfacción » (un magnifique olivier dont ses habitants se sont enrichis depuis des temps immémoriaux (…) dont la grâce distinguée servira de monument éternel à la postérité et à ses concitoyens de la satisfaction la plus complète).

Quel est donc cet ancien olivier, symbole des habitants ? Entre le XIIème et le XIVème siècle, les moines de l’Ordre du Temple de Jérusalem, les Templiers, régnaient sur la Collégiale de Santa María et plantèrent dans l’atrium un olivier. En Galice, ainsi que dans d’autres régions atlantiques comme les Asturies, l’Irlande ou l’Angleterre, il était courant de planter un arbre à feuilles persistantes dans l’atrium des églises en signe de paix et de vie éternelle. En 1809, l’explosion d’une poudrière, située dans le château de Castro, provoqua une importante onde de choc qui endommagea gravement la collégiale, obligeant sa démolition et l’abatage de l’arbre. Le fils du maire Don Cayetano Parada y Pérez de Límia, Manuel Ángel Pereyra, enleva une bouture du vieil olivier et la planta dans son jardin. Puis, l’arbre fut transplanté au Paseo de Alfonso, en août 1932. Dans son nouvel emplacement, l’olivier était protégé par une clôture en fer et une plaque de bronze rappelait que « dentro de esta verja, ofrenda de los vigueses a su árbol simbólico, queda hoy depositada por ellos la promesa firme de su amor, de su lealtad y de su abnegación por la ciudad amada » (A l’intérieur de cette porte, l’offrande des habitants de Vigo à leur arbre symbolique, est aujourd’hui déposée par eux la ferme promesse de leur amour, de leur loyauté et de leur abnégation pour leur ville bien-aimée). L’arbre s’y trouve encore aujourd’hui. Selon des tests récents, l’arbre aurait 207 ans aujourd’hui. En octobre 2016, la Mairie de Vigo a de nouveau planté un olivier bicentenaire à côté de la collégiale de Santa María (reconstruite entre 1816 et 1834).

#1137 – Recreativo de Huelva : el Decano

Le doyen. Le sens de ce surnom s’explique assez simplement. Le Recreativo est le club le plus ancien du football espagnol, avec en outre une activité ininterrompue depuis sa fondation. Comme dans beaucoup de pays et comme avec de nombreux clubs, l’expansion économique britannique au XIXème siècle favorisa le développement du sport. Les industriels britanniques exportèrent leurs capitaux et savoir-faire et immigrèrent à travers le monde. Dans leurs bagages, ils emmenèrent leur mode de vie et naturellement pour se divertir, les nouveaux sports qui émergeaient dans leur île.

Le boom économique lié à la Révolution Industrielle nécessita l’accès à d’importantes et nouvelles sources de matières premières. La région de Huelva était connue dès l’antiquité pour ses gisements de minéraux, qui en faisait à cette époque, l’une des grandes zones minières du monde romain. En 1873, les finances de la République espagnole, qui vient à peine d’être fondée, n’était pas flamboyante et cette dernière céda à un consortium d’investisseurs (britanniques et allemands) les réserves de cuivre, de pyrites et de chalcopyrite de la région de Huelva. Le consortium fonda alors la société britannique Rio Tinto Company Limited pour exploiter les mines. Le développement des mines (et des infrastructures associées – chemin de fer, port) engendra l’implantation d’une communauté britannique dans la ville de Huelva, qui chercha des loisirs pour ses temps libres. Résultat, le 18 décembre 1889, à l’initiative du médecin écossais William Alexander Mackay et avec le soutien de l’anglais Charles Adams et de l’entrepreneur allemand Wilhelm Sundheim, Huelva Recreation Club naquit et regroupait les travailleurs de la Rio Tinto pour pratiquer le football ou le cricket. Comme il n’existe pas de document permettant d’identifier un club ayant une date de fondation antérieure, le Recreativo de Huelva apparaît comme le premier club de football espagnol.

Ceci donne également lieu à un autre surnom, el abuelo (le grand-père), qui a été retenu pour le nom de la mascotte.

#1112 – UD Almería : los Rojiblancos

Les blanc et rouge. Si, par des choix erronés et contestables, l’arbitre a désavantagé Almería en offrant au Real une victoire imméritée ce week-end à Bernabéu, le choix de porter des maillots rayés rouge et blanc, similaires à ceux du rival madrilène de l’Atlético Madrid, n’en est pas la raison. Les couleurs d’Almería ne s’inspirèrent pas des clubs anglais comme pour l’Atlético et Bilbao (cf #43 et #9) et remontent à une époque plus ancienne que l’invention du football.

En effet, le club a tout simplement repris les deux couleurs de la bannière de la ville et de la province (la dernière étant une copie de la première) et qui se retrouvent également dans les armoiries. Il s’agit d’une croix de Saint Georges (donc rouge sur fond blanc), qui n’est autre que le drapeau de l’Angleterre. Mais, une fois de plus, pas de lien avec le pays de Charles III. En 1147, les musulmans Almoravides occupaient la région d’Almería depuis des siècles. Outre les croisades vers Jérusalem et la Palestine, les Chrétiens s’étaient également donnés pour mission de chasser les musulmans d’Espagne. Le Roi de León et Castille, puis à compter de 1135, Imperator totius Hispaniæ (empereur de toutes les Espagnes), Alphonse VII décida de reprendre Almería et monta une expédition avec l’aide du Roi de Pampelune García V de Navarre, du Prince d’Aragon et Comte de Barcelone Raimond-Bérenger IV, du seigneur de Montpellier Guillaume VI, des chevaliers du Temple de Castille et d’Aragon ainsi qu’avec le soutien naval décisif des républiques de Pise et de Gênes. Les troupes génoises, composées de près de 200 navires, débarquèrent sur une des plages de Cabo de Gata et y campèrent dans cette baie pendant au moins deux mois jusqu’à l’attaque de la ville. La plage prit le nom de Playa de los Genoveses (Plage des Génois) et le drapeau de Gênes flotte désormais comme bannière de la ville et de la province.

La Croix de Saint Georges est un dérivé de l’étendard papale, le Vexillum Sancti Petri. Cette croix fut cousu sur les vêtements des chevaliers partant en croisade (pour certain en rouge, car cette couleur représentait la passion du Christ). Certains des Etats européens participant aux croisades adoptèrent alors la croix. Ce fut le cas de la République des Gênes qui prit la croix de Saint-Georges comme drapeau. Qui inspira donc à son tour, un territoire d’une autre croisade.

#1082 – UD Las Palmas : Pio-Pio

Piu-Piu, l’onomatopée qui imite le piaillement des oiseaux. Evidemment, l’équipe évoluant en jaune et le Serin des Canaries étant une espèce de passereau jaunâtre endémique des Îles Canaries, le terme Pio-Pio apparaît adapté. D’autant plus que la cité de Las Palmas de Grande Canarie se situe dans les Îles Canaries dont le nom suggère immédiatement l’oiseau. Pourtant, ce dernier point est faux puisque, s’il existe différentes versions sur l’étymologie des Îles Canaries, la plupart converge vers … le chien. En effet, Canaries pourraient faire référence, soit aux premiers peuples berbères habitant les Îles et dont le nom était canarii (Pline l’Ancien les nommait ainsi. Le mot dérivait du latin canis (chien) et soulignait le caractère sauvage de ce peuple), soit aux chiens de garenne des Canaries qui peuplent les Îles (Pline l’Ancien les décrivit suite au voyage du Roi berbère Juba II de Maurétanie dans les Îles), soit enfin en raison des phoques dénommés chiens de mer (canis marinus) que les explorateurs européens découvrirent en arrivant sur l’Île.

Dès sa création en 1949, le club opta pour les couleurs du drapeau de l’île de Grande Canarie (où se situe Las Palmas et qui constitue l’une des îles de l’archipel des Canaries) : jaune et bleu. Le choix de ces couleurs pour Grande Canarie n’est pas documenté mais aujourd’hui, on attribut à ses couleurs le fait de représenter la mer (bleu) et le paysage désertique des sommets de l’île (jaune). Pour le club, dans l’édition du 20 octobre 1949 du journal « Canarias Deportiva », les couleurs furent décrites comme « el oro de nuestras playas y el azul de nuestro mar » (l’or de nos plages et le bleu de notre mer).

La naissance du surnom intervint bien plus tard, dans les années 1980. Lors d’un derby face au CD Tenerife, les supporteurs de Las Palmas se déplacèrent au Stade Heliodoro Rodríguez López. Ils furent reçus avec des insultes et des jets d’œufs, accompagnés des cris « canarión » (petit canarie). Le célèbre supporteur de Las Palmas, Fernando El Bandera, leur répondit alors par « Pio-Pio« . Et à chaque nouveau cri ou insulte, Fernando scandait « Pio-Pio » . Le terme devint un encouragement, une chanson qui raisonnait dans les tribunes puis enfin le surnom du club et de ses joueurs. En Décembre 1994, la mascotte sous la forme d’un canari fit son apparition et prit le nom de Pio-Pio.

#1056 – RCD Espanyol Barcelone : los Blanquiazules

Les blanc et bleu. L’autre club de Barcelone partage une partie de ses couleurs, le bleu, avec son grand rival, dont il vit dans l’ombre, le FC Barcelone. Mais, il ne s’agit pas du même bleu et surtout il est associé à une autre couleur, qui n’est pas la même entre l’Espanyol (le blanc) et le FC Barcelone (le Rouge). Vous pouvez lire les origines des blaugrana à l’article #200 car ici, nous allons nous intéresser au maillot de l’Espanyol. En 1897, le club du Real Sociedad Gimnástica Española fut fondé avec la volonté d’exercer divers sports. A la charnière du XIXème et du XXème siècle, la pratique du football se diffusa à Barcelone et des premiers clubs éclosirent, notamment le FC Barcelone (1899), le Català FC (1899) et l’​​Hispània AC (1900). Attiré par ce nouveau sport, Ángel Rodríguez, membre fondateur de la Real Sociedad Gimnástica Española, et un groupe d’amis décidèrent de créer une équipe de football au sein de l’association de gymnastique. La date de fondation fut fixée au 28 Octobre 1900.

Oriol Junqueras, homme politique de la gauche catalane mais surtout historien de son état, fit l’erreur en 2015 d’expliquer que les couleurs bleu et blanc du maillot rayé de l’Espanyol provenait de sa distinction obtenue du roi Alphonso XIII en 1912. Selon lui, la majorité des équipes qui détiennent le titre de Real portent ces couleurs. Mais, c’est faux.

Le choix des couleurs du premier maillot ne fit pas l’objet d’un grand débat lors de la fondation. En effet, possédant une usine de fabrication textile, un des fondateurs donna des maillots jaunes et des pantalons noires aux joueurs, et le club et ses joueurs, étant démunis comme habituellement à l’époque, ne refusèrent pas ce don. Seulement, ce membre cessa assez rapidement de participer aux matchs et ne fut donc plus en mesure d’approvisionner le club en tissu jaune notamment. Or, ce dernier étant plutôt rare (et donc chère à l’époque) et les premiers maillots jaunes s’usant, chaque joueur fut invité à se servir dans sa garde-robe personnelle pour s’équiper. Naturellement, les vêtements les plus courants étaient des chemises blanches et des pantalons noirs (et parfois bleus). Ainsi, la tenue du club évolua dès 1901 vers ces couleurs (principalement blanc et noir). Toutefois, par manque de joueurs, entre 1906 et 1909, les activités football furent suspendues. En 1909, le club renait de ses cendres et la question de la tenue se posa. Lors de l’assemblé du 20 Février 1910, les membres votèrent pour un maillot rayé bleu et blanc, en l’honneur de Roger de Lauria, un amiral dont les armoiries étaient des rayures bleues et blanches et ayant défendu la couronne aragonaise. Au XIIIème siècle, la Couronne d’Aragon était une confédération de royaumes, qui débuta par l’union du Royaume d’Aragon et du Comté de Catalogne en 1137. Avec la reconquista, la Couronne s’étendit sur les Baléares et le Royaume de Valence. En 1282, la Couronne prit possession du Royaume de Sicile, puis du Royaume de Sardaigne en 1295, devenant alors la puissance dominante de la Méditerranée. Originaire de Sicile, Roger de Lauria, suivit sa mère, dame de compagnie de la reine Constance de Sicile, épouse de Pierre III d’Aragon, à la cours à Barcelone. Son génie militaire permit de remporter de nombreuses batailles navales (dont les batailles de Malte en 1283 et de la Baie de Naples en 1284 contre le Royaume d’Anjou puis contre la France en 1285 lors des batailles des Formigues et du col de Panissars) et contribua à l’expansion et à la domination maritime de la Couronne.

#1035 – CA Juventud Las Priedas : los Canarios

Les canaries/canariens. Encore un club surnommé ainsi. Mais cette fois, nul référence à l’oiseau car le club n’évolue pas dans la couleur jaune. En effet, le CA Juventud naquit d’une frustration à la veille de Noël. Les fondateurs étaient des écoliers de l’école San Isidro et comme à leur habitude, ils se rendèrent dans la cours de leur école pour pratiquer leur sport favori. Seulement, en Décembre 1935, les frêres de l’école les en empêchèrent car une crèche était en train d’être montée dans cette cour. Les jeunes se retrouvèrent sur une place de la ville de Las Priedas et décidèrent le 24 Décembre 1935 de fonder un nouveau club de football. L’un des fondateurs, Carlos Cabrera, proposa à son père, qui avait un magasin à l’angle de la place, de sponsoriser l’équipe en offrant des maillots. Les premières chemises furent donc données par l’entreprise textile ILDU et étaient bleues et blanches. Pour cette raison, le club prit le nom dans ses premières années de Club Atlético Ildu.

Las Priedas se situe dans le département de Canelones, dont le gentilé de la cité comme de la région est Canarios. L’oiseau n’est pas la raison de ce surnom. Il provient des liens forts qui unissent l’Uruguay (et en particulier Canelones) avec les Îles Canaries. La région fut colonisée par le Royaume d’Espagne afin de barrer la route aux colonies portugaises qui commencaient à s’étendre en face de Buenos Aires. Ainsi, en 1726, Montevideo et la ville de Canelones (qui donna son nom au département) furent fondés et Las Priedas vit le jour en 1744. 50 familles, soit environ 250 personnes, originaires des îles Canaries, furent les premiers habitants de Montevideo et appelées par les locaux guanches (nom originel des aborigènes canariens) ou canarios. Ce fut la même chose à Canelones et à Las Priedas où plusieurs familles des îles Canaries colonisèrent et modernisèrent cette région depuis le milieu du XVIIIème siècle. Cette présence fut renforcée avec les vagues migratoires du XIXème siècle (notamment au moment de la crise qui survint lors de la Guerre d’indépendance espagnole). Aujourd’hui, on estime que plus de 65% de la population de la région de Canelones a des racines canariennes. Les coutumes locales qui trouvent leur racines dans les Îles Canaries sont nombreuses. Le Gofio, un mets culinaire d’origine guanche qui constitue l’un des symboles de l’identité canarienne, est consommé à Canelones où près de 70 usines le cuisinent. Un Centro Canario (Centre Canarien) financé par la communauté des Îles Canaries et établit à Canelones entretient ce lien. C’est pour cette raison que les habitants de la région sont surnommés les canarios.

# 1034 – Racing Santander : los Montañeses

Le terme se traduirait pas les montagnards. L’aire métropolitaine de Santander s’étend autour de la baie de Santander, considérée comme une des plus belles baies du monde. Le point culminant de la ville s’établit peiniblement à 139 mètres. En clair, c’est un environnement qui ne plaide pas vraiment pour le surnom de montagnards. Santander est aussi la capitale de la région autonome de Cantabrie, au nord du Pays, entre le Pays-Basque, la Castille-et-León et les Asturies. La province de Cantabrie a été constituée le 28 juillet 1978 mais elle existe historiquement depuis bien plus longtemps. Son nom provient du peuple celte des Cantabres.

Toutefois, à compter du XIIIème siècle, une région recouvrait un peu plus que la Cantrabrie et s’appelait La Montaña. Au XVIIIème siècle, le nom de Cantabrie fut revendiqué par les habitants de la région comme synonyme de La Montaña et depuis, les deux termes coexistent. En 1833, les régions espagnoles furent réorganisées et la Cantabrie fut confondue définitivement avec la région historique de La Montaña. Toutefois, la nouvelle région prit le nom de sa capitale, Santander. Si le nom de Cantabrie s’est définitivement imposé administrativement à compter de 1982, il n’est pas rare que dans les textes académiques, la région soit encore dénommée La Montaña-Cantabria. Le nom de La Montaña provient tout simplement de la présence sur une majeure partie du territoire de la chaîne montagneuse, la Cordillère Cantabrique. Plus de 40% de la surface du territoire se situe au-dessus de 700 mètres d’altitude et près d’un tiers est constitué de pentes à plus de 30%. Situé à 15-20 km de la côte, le massif des Picos de Europa, qui s’étend sur 3 régions dont la Cantabrie, se distingue parmi cette chaîne avec plusieurs sommets à plus de 2 500 mètres. Pour la partie cantabrique, le point culminant est le Peña Vieja à 2 617 mètres.

Le terme La Montaña désignait directement le dessin escarpé et montagneux de la région. Comme indiquait quelques lignes plus haut, le mot Cantabrie dérive du peuple des Cantabres. Pour certains, le terme Cantabre pourrait venir de « cant-« , d’origine celte signifiant « frontière », et « -abr », utilisé dans beaucoup de régions celtes. Toutefois, une autre explication avance que Cantabre signifie « les gens qui vivent dans les rochers » ou « la montagne », créant alors un lien avec La Montaña. En tout cas, les habitants de la région se nomment eux-même montañeses depuis des siècles et le terme est souvent repris dans les journaux ou utilisé pour désigner des évenements culturels ou sportifs de la région.

#1002 – Real Saragosse : los Maños

L’erreur serait de traduire le terme maños par « mains » car ce n’est pas sa signification dans cette région de l’Espagne. Utilisé dans la vie courante et de affectueuse, le mot est devenu la manière de désigner les habitants de Saragosse et ceux du sud de l’Aragon. De ce terme est dérivé un surnom pour Saragosse, Mañolandia. Son origine est incertaine et plusieurs versions se racontent, chacun choisissant celle qui lui convient.

Une version assez répandue raconte que le mot provient du latin magnus ou magnum qui signifie grand. Par la suite, l’hispanisation du mot fit remplace le « gn » par « ñ ». Si l’histoire est répandue, cela peut s’expliquer par le fait que ce surnom peut rendre fier les habitants de Saragosse.

Une autre théorie, remontant à l’occupation arabe de l’Espagne, suggère que le terme maño vient du mot arabe mawla, qui signifie « ami » ou « protecteur ». D’un côté, ce terme aurait été utilisé par les mudéjars aragonais, les musulmans tolérés en Espagne après la reconquête. De conditions modestes et inférieures (du fait de leur religion), les mudéjars disaient maño pour appeler affectueusement un de ses compagnons, en tant que membres d’un peuple soumis, frères d’infortune. D’un autre côté, à l’inverse, il est avancé que pendant la domination musulmane de la péninsule ibérique, les habitants de Saragosse étaient connus pour leur loyauté et leur amitié avec les musulmans.

Mais ces deux explications sont souvent contestées car le lien entre le mot d’origine et maño n’est pas aussi évidente.

Il existe donc une troisième théorie beaucoup moins avancé. Le terme proviendrait du mot latin matianus, qui signifie « habitant de Matiena », une ville romaine qui se trouvait dans l’actuelle province de Huesca (au Nord de la ville de Saragosse). Au fur et à mesure que le latin évoluait vers l’espagnol, le mot se transforma en matiano puis finalement maño.

#972 – Rayo Vallecano de Madrid : Franja, Franjirrojos

La frange (la bande), la frange rouge. A Madrid, le football se résume aux deux grands clubs, le Real et l’Atlético. Mais s’agissant d’une terre de football, d’autres clubs vivent et survivent dans la capitale espagnole et sa proche banlieue (Getafe CF, CD Leganés, AD Alcorcón, Rayo Majahonda, Rayo Vallecano, Internacional de Madrid, CF Fuenlabrada …). Parmi ceux-ci, le Rayo Vallecano est l’un des plus anciens, ayant été fondé le 29 mai 1924. Situé dans le quartier de Vallecas, le club navigue entre la seconde et la première division. Il est notamment connu pour son maillot blanc arborant une diagonale rouge, qui donna son surnom au club.

A la création du club, l’uniforme choisi était une chemise et un short blancs, avec des chaussettes noires. Les fondateurs s’inspirèrent-ils du Real Madrid ? L’histoire ne le raconte pas. Petit club, il traversait régulièrement des crises économique et en 1948, les dirigeants recherchèrent des soutiens. Le voisin de l’Atlético Madrid répondit positivement et un pacte fut scellé, l’Atlético cédant quelques joueurs au Rayo Vallecano. Mais il n’était pas acceptable pour les colchoneros (cf. #43) que le partenaire pût afficher un kit similaire à celui de son rival. Ils exigèrent alors que le Rayo afficha des éléments rouges sur son maillot, ce qu’il fut fait en intégrant à ses vêtements une bande rouge. La direction du Rayo s’inspira de l’un des clubs phares de l’après-guerre, le CA River Plate (cf. #900). Durant les années 1940, le club argentin connut une période faste (comme le football argentin) avec une équipe qui était surnommée la maquina tant elle dominait. Elle remporta 4 championnats (1941, 1942, 1945 et 1947) et fut vice-champion en 1943, 1944 et 1948, avec des joueurs emblématiques tels que José Manuel Moreno, Adolfo Pedernera, Amadeo Carrizo et Alfredo Di Stéfano. Cette équipe termina deuxième au premier tournoi continental sud-américain de clubs en 1948 (Campeonato Sudamericano de Campeones).

Après un an de collaboration, l’alliance prit fin mais Vallecano décida de conserver leur bande rouge sur le maillot. En 1953, River Plate se rendit en Espagne pour jouer un match amical face au Real Madrid. Le club de Vallecas adressa au club argentin une photo de son équipe en signe d’admiration. En retour, le club argentin fit livrer au Rayo un jeu complet de maillots, shorts et chaussettes pour ses joueurs. Les deux clubs se rencontrèrent sur le terrain une seule fois, en 1978 lors d’un tournoi amical (Trofeo Villa de Madrid). Les argentins remportèrent la partie par le plus petit des scores (1-0).

#951 – Elche CF : los Ilicitanos

Ce terme identifie tout ce qui concerne ou se rattache à la ville d’Elche. Il est même devenu le gentilé des habitants. Au cœur de la province d’Alicante, Elche se situe dans la communauté de langue valencienne, un dialecte dérivé du catalan. Les origines d’Elche remontent à 5 000 ans avant J.-C. à l’ époque néolithique, lorsque des premières communautés peuplèrent un site connu sous le nom de La Alcudia, au sud de l’emplacement actuel d’Elche. Au Vème siècle avant J.-C., le peuple ibère forma à cette emplacement une cité du nom d’Ilici, dénommée Helíkē par les grecs Claude Ptolémée et Diodore de Sicile. Il est probable que ces ibères aient assimilés des populations grecques illyriennes. Lors des guerres puniques, la région fut envahie par les troupes carthaginoises qui détruisirent la cité mais reconquise par la suite par les romains qui fondèrent alors une colonie vers 26 avant J.-C.. Cette dernière s’appela Colonia Iulia Ilici Augusta, reprenant alors la dénomination ibère. On retrouve cette dénomination dans le blason actuel de la ville. Sous la domination wisigoth, le nom d’Ilici commença à prendre diverses formes (Elici, Elice ou Elece), avec le remplacement du « i » par le « e ». Ce fut finalement à la fin du XIIIème siècle, sous la domination castillane du royaume de Murcie, que le nom actuel de la ville apparaît. Il fut institutionnalisée dans la documentation officielle en 1707. En valencien, le nom de la ville évolua entre Elch , Eltx, Elig ou Elx dès 1305 pour finalement se fixer sur Elx par décision du conseil municipal au XXème siècle. Le gentilé d’ilicitanos dérive donc du nom ibère puis latin de la cité.

Ce gentilé s’installa dans le langage commun au XIXème siècle dans un cas rare dans le pays valencien de connexion entre l’intelligentsia locale et le peuple. A cette époque, le valencien n’était pas encore codifié tout comme le nom de la ville qui hésitait entre plusieurs orthographes. Résultat, il n’était pas évident d’en déduire un gentilé. De l’autre côté, il n’était pas admissible pour l’intelligentsia pro-catalane de la ville comme pour la population locale d’avoir un gentilé à résonnance castillane. Le nom de la ville ibère et romaine semblait donc une solution intéressante pour fixer le gentilé en créant un lien historique fort. Cela donna donc ilicitano en castillan et il.licità en valencien.