#898 – RC Strasbourg : les Bleu et Blanc

Dans les travées du vieux mais bouillonnant Stade de la Meinau, retentissent souvent les champs des supporteurs du Racing dont l’un d’eux est « Allez les bleu et blanc ». Mais, alors que les couleurs traditionnelles de l’Alsace comme de Strasbourg (et de nombreuses villes alsaciennes comme Mulhouse et Selestat) sont le rouge et le blanc, pourquoi ces deux couleurs ont été choisis pour le club ? En 1906, dans le quartier du Neudorf, quelques jeunes soutenus par leur instituteur fondèrent le FC Neudorf. FC signifiait Fussball Club, soit Football Club en Allemand. Car, depuis la défaite française et le traité de Francfort du 10 mai 1871, l’Alsace-Moselle (et non Lorraine car Nancy par exemple demeura française. Ainsi les départements perdues correspondaient aux actuels du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle) intégra le territoire du tout nouveau Empire Allemand. Evidemment les autorités allemandes imposèrent la germanisation de la région alors dénommée Reichsland Elsaß-Lothringen (émigration de population allemande, utilisation et apprentissage de l’Allemand à l’école, organisations juridiques, administratives et économiques basées sur le modèle allemand qui perdurent encore aujourd’hui).

1918, la France avec ses alliés sortit victorieuse de la Première Guerre mondiale face aux allemands. Après 48 ans de séparation, les « provinces perdues » retrouvèrent le chemin de la France. Les deux tiers des 150 000 Allemands vivant dans la région retraversèrent le Rhin et l’administration française appliqua une politique de francisation systématique. Renaissant de ses cendres, le FC Neudorf s’inscrivit dans cet élan francophile. En janvier 1919, une nouvelle direction fut élue, où seuls les membres possédant un titre français (et non allemand) pouvaient postuler. La décision fut prise également de changer de nom et de s’appeler RC Strasbourg-Neudorf puis peu après simplement Racing Club de Strasbourg. Retenir un terme anglais « Racing » en pleine francisation, cela pourrait paraître incongru. En réalité, les membres s’inspirèrent du nom du prestigieux Racing Club de France. C’était à la fois un club reconnu, qui avait remporté le championnat de France USFSA en 1906 (année de création du FC Neudorf), et qui en outre s’appelait France. Le symbole était donc parfait pour les strasbourgeois. Outre le nom, la direction du RC Strasbourg décida d’adopter les couleurs du RCF, ie bleu et blanc. Sachant que le bleu du RCF est plutôt ciel, celui du RCS varia dans le temps, passant d’un bleu clair au bleu roi.

Toutefois, cette histoire pourrait être fausse pour ce qui concerne les couleurs. Car certains avancent que dès la saison 1916, les joueurs du FC Neudorf portaient des maillots blancs avec une rayure horizontale bleue.

#886 – AS Nancy Lorraine : les Chardons

Si on regarde le blason du club et que l’on connait les armoiries de la ville de Nancy, ce surnom est tout sauf une surprise. Le chardon lorrain (ou Onopordum acanthium ou Onopordon à feuilles d’acanthe ou chardon aux ânes) est une plante épineuse surmontée d’une fleur violette. Même si elle est répandue en Lorraine, elle n’était pas endémique à cette région initialement. Il fut importé au XVème siècle par René Ier d’Anjou, pair de France, aux nombreux titres dont ceux de Duc d’Anjou, Roi de Naples et Duc consort de Lorraine (1431-1453). Son petit-fils, René II, prit sa succession de Duc de Lorraine en 1473. A cette époque, le Duché se trouvait en friction avec son ambitieux et puissant voisin du Duché de Bourgogne. Charles le Téméraire, le Duc de Bourgogne, voulait mettre la main sur la Lorraine qui séparait ses possessions au Nord (Luxembourg, Flandres, Brabant …) et au Sud (Bourgogne). En 1475, Charles le Téméraire conquit la Lorraine, René II se réfugiant à Joinville en Champagne. Mais, les déboires de Charles sur un autre théâtre d’opération (face aux Confédérés Suisses) réveillèrent les lorrains qui se révoltèrent. Le 7 octobre 1476, René II, après un siège d’un mois et demi, reprit possession de Nancy, qui devait être la nouvelle capitale des bourguignons de Charles. Puis, René II repartit à la chasse de Charles. Mais, dès le 22 octobre, Charles le Téméraire débuta le siège de Nancy. Le 5 janvier 1477, après avoir reconstitué ses troupes, René II battit Charles le Téméraire près de Nancy, ce dernier étant tué au combat. Cette bataille sonna le glas du Duché de Bourgogne et réaffirma le pouvoir ducal de Lorraine. Pour se rappeler de cette victoire, René II imposa un certain nombre de symbole : instauration d’une fête nationale de la Lorraine (le 5 janvier) et édification sur le lieu de la bataille de l’église Notre-Dame-de-Bonsecours. En outre, René II donna le chardon aux armes de la ville de Nancy (la plante trône désormais sur les armoiries), accompagné de la devise « Non inultus premor » ou « Ne toquès mi, je poins » . Les traductions peuvent changer mais l’idée générale est « Qui s’y frotte, s’y pique ». Cette expression fait ainsi tout autant référence aux épines du chardon qu’aux épées des seigneurs lorrains. Il symbolise la fierté des Lorrains.

Dans la culture nancéenne, le chardon est particulièrement présent. Par exemple, il existe depuis le XIXème siècle une gourmandise ayant une forme de boule épineuse mélangeant le chocolat blanc à de l’alcool (liqueur, l’eau de vie ou Schnaps). Tout d’abord produit par des confiseurs de Nancy, le savoir-faire se propagea dans toute région pour devenir une spécialité typiquement lorraine. Dans la chanson « l’hymne lorrain » composée en 1932 par Félix Chevrier et Georges Lauweryns, le refrain se termine par « Son blason dit aux importuns/Voyez-vous, qui s’y frotte s’y pique/Aux chardons de Verdun » . Il sert également d’emblème au Parc Naturel Régional de Lorraine. En 1967, lorsque un groupe de passionnés, emmené par Claude Cuny, relança le football professionnel à Nancy, les fondateurs comprirent qu’il fallait s’appuyer sur les symboles de la ville. Ainsi, le logo de l’AS Nancy Lorraine reprit le chardon comme image centrale. Et depuis 1967, le chardon ne quitta jamais le blason.

#857 – Stade Briochin : les Griffons

Fondé en 1904, le club costarmoricain connut une belle période au début des années 1990, en grimpant rapidement les échelons de la DH en 1990 à la 6ème place de D2 en 1994. Malheureusement, le déficit se creusa et en 1997, le dépôt de bilan fut inévitable. Depuis, petit à petit, il a reconquit le terrain perdu et se retrouve désormais en National.

Dès sa création, les fondateurs identifièrent leur club avec la ville. Ainsi, le blason et les maillots s’inspirèrent directement des armoiries de Saint-Brieuc. D’une part, l’équipement se basa sur les couleurs jaune et bleu des armes municipales. D’autre part, le blason de l’association reprit intégralement celui de la ville, « d’azur au griffon d’or, armé, becqué et lampassé de gueules » (ie un griffon jaune, avec griffes et bec rouges, sur un fond bleu). Naturellement, l’animal légendaire, avec le corps d’un aigle (tête, ailes et serres) greffé sur l’arrière d’un lion (abdomen, pattes et queue), donna son surnom au club. Apparu au IVème millénaire avant notre ère dans les mythologies en Mésopotamie, Egypte et Grèce, le griffon s’imposa dans l’héraldisme européen au moyen-âge. Comment atterrit-il sur les armoiries de Saint-Brieuc ?

La ville de Saint-Brieuc n’exista ni pendant la période celte, ni à l’époque gallo-romaine. L’immigration des bretons insulaires au Vème siècle (fuyant l’invasion saxonne) conduisit à la fondation de la ville. Parmi eux, un missionnaire (irlandais, gallois ou de cornouilles, ses origines étant floues) du nom de Brieuc édifia un monastère à l’emplacement actuel de la cité. Par la suite, la domination religieuse de la ville se confirma en devenant un évêché en 848 au temps de Nominoë, roi de Bretagne. L’évêché retint alors des armoiries à fort charge symbolique : une crosse d’évêque, en l’occurrence, celle de Saint Brieuc frappant un dragon. Cette image représentait la foi (la crosse) terrassant le diable (le dragon). Certains avancent que le choix du dragon est lié au fait que Saint Brieuc se fête le 1er mai. Or, cette date correspondait aussi à la fête celtique de Beltaine, qui marquait le début de l’été. Durant ces festivités, les druides allumaient des feux purificateurs par lesquels le bétail passait. La crosse terrassant le dragon pouvait donc signifier l’évangélisation réussit de terres païennes. Quoi qu’il en soit, le dragon n’est pas un griffon. Au Moyen-Âge, la ville se dota d’armoirie où figurait un aigle déployé. Selon la municipalité, les croisés auraient découvert la férocité du lion au cours de leurs périples et voulurent l’intégrer dans les armes de la cité pour rappeler leurs aventures en terre sainte. Ainsi, le lion aurait été incorporé à l’aigle, donnant naissance à un griffon. Une autre histoire raconte que ce griffon serait le mariage du lion de la maison des Montfort avec l’aigle de la maison de Penthièvre. Toutefois, je ne retrouve pas trace de ces animaux dans les blasons de ces deux célèbres familles. Finalement, le blason briochin fut remis officiellement à la ville en 1698 par le Garde des Sceaux. A la révolution, le pouvoir temporel se sépara du pouvoir spirituel ce qui conduisit à une véritable indépendance de conseil municipal par rapport à l’autorité religieuse. Les armoiries anciennes furent ainsi conservées mais en y retranchant la crosse pour bien marquer l’affranchissement de l’administration laïque.

#794 – FC Villefranche Beaujolais : les Tigres Caladois

Philippe Terrier, entrepreneur local et dont le père sponsorisait déjà le club de Villefranche, reprit sa présidence en 2010. A l’orée de la saison 2013-2014, il décida de doter son club du surnom de tigres caladois ainsi que d’une mascotte féline. Pourquoi avoir choisi cet animal qui n’est pas endémique à la région viticole du Beaujolais ? Pour des raisons de valeur et marketing. Pour le président, le tigre symbolisait bien les valeurs de combat de son équipe. Mais, il reconnut aussi que l’animal faisait écho à l’un des produits commercialisés par le sponsor principal qui s’étalait sur le maillot du club, le beaume du tigre. D’origine chinoise, ce beaume est censé soulager les douleurs d’origine musculo-squelettique. Son distributeur en France est une société située non loin de Villefranche. Encore aujourd’hui, il s’agit du sponsor principal du club.

Que signifie le terme caladois ? C’est simplement le gentilé des habitants de Villefranche-sur-saône et son origine hésite entre deux théories. La première version se focalise sur le relief de la ville qui comprend quelques rues pentues. Or, au Moyen-âge, le terme « calade », emprunté à l’italien calata (descendre), désignait une pente sur laquelle on faisait descendre plusieurs fois un cheval au petit galop pour lui apprendre à plier les hanches et à former son arrêt. La deuxième histoire avance aussi le terme « calade ». Mais cette fois, le mot se rapporte aux dalles du parvis de la Collégiale Notre-Dame-des-Marais. Dans le Beaujolais, le mot calade désignait les dalles, généralement en calcaire, utilisées pour paver. Cela faisait certainement appel à la méthode, employée depuis des siècles, pour construire des sols stabilisés à partir de galets, qui s’appelait calade.

Mais, ces deux versions ne sont pas forcément contradictoires puisque les rues pentues étaient généralement couvertes de galets ou de pierre calcaire provenant du Rhône.

#774 – En Avant de Guingamp : En Avant

Le nom du club, assez unique dans le paysage français, se prête bien à la fois à une organisation sportive (il caractérise bien l’esprit sportif d’aller de l’avant) qu’à devenir le surnom du club, le cri de ralliement de ses supporteurs. Pour comprendre son origine, il faut replonger à la fin du XIXème siècle, quelques années avant la fondation du club (1912). Avec l’avènement de la IIIème république en 1870, le conflit entre les républicains et les catholiques monta crescendo jusqu’à la victoire définitive des laïcs au moment de l’adoption de la loi de 1905. Les républicains et progressistes laïcs voulaient un Etat qui s’affirme en se détachant défintivement de la main mise des catholiques et de leurs alliés conservateurs. Cette guerre des deux France se concentra surtout dans le domaine clé de l’éducation, là où les pensées du future génération se formaient. Historiquement, l’Eglise assurait l’éducation pour les jeunes français. Les Répub,licains passèrent à l’attaque. En 1880, les congrégations et les religieux étaient exclus des instances organisant l’éducation. En 1882, Jules Ferry fit voter la loi portant sur l’obligation et la laïcité de l’enseignement, supprimant la morale religieuse, promouvant l’instruction morale et civique et excluant du contenu de l’enseignement primaire tout dogme religieux. Un pas supplémentaire fut franchi en 1886 avec l’adoption de la loi Goblet interdisant aux religieux d’enseigner dans les établissements publics. La loi du 5 juillet 1904 interdit défitivement aux congrégations religieuses le droit d’enseigner. L’apothéose fut donc la loi de 1905 qui instaura défitivement la laïcité de l’Etat.

A cette époque, la Bretagne était un condensée de ce contexte avec des urbains progressistes et laïcs (à Rennes, Brest, Nantes …) et des campagnards attachés à leurs traditions, notamment catholiques. A Guingamp, le combat de la formation des futurs citoyens s’exporta hors de l’école pour s’installer dans le monde sportif. En effet, pour les deux camps, les sports étaient un autre moyen pour éduquer les jeunes. L’Institution Notre-Dame fonda un patronnage sportif du nom du Stade Charles de Blois. En réaction, Henri Deschamps, directeur de l’école primaire supérieure des garçons et militant laïc et républicain, fonda un nouveau patronnage, cette fois laïc, où les jeunes pouvaient pratiquer la gymnastique, l’athlétisme, l’escrime ou encore le football. Il décida de l’appeler « Société d’Éducation Physique En Avant ». Même s’il existait à Paris un club omnisport du nom d’En Avant de Paris depuis 1881, c’était un nom assez peu utilisé dans le monde sportif. En revanche, dans les milieux et journaux socialistes où évoluait Henri Deschamps, la formule était plus courante. Car l’expression collait bien à l’avant-gardisme du combat et mobilisait les militants dans la lutte. On retrouvait ainsi en Europe les publications Vorwätsen Allemagne, Forward en Grande-Bretagne ou Avanti ! en Italie. La Bretagne n’échappa pas à la mode puisque les communiqués de la structure régionale qui représentait les Républicains laïques, « Les Bleus de Bretagne » , étaient souvent signés A-raok (à l’avant en breton).

#729 – CS Sedan : les Sangliers

Le 27 mai 1956, la 39e édition de la Coupe de France proposa en finale un affrontement entre deux équipes de la région Champagne-Ardennes : Sedan face à Troyes. Sedan s’imposa 3 buts à 1 et au côté des joueurs et de la Coupe, sur la photo, un sanglier, dénommé Dudule, prit la pose. Pour les finales de 1961 et 1965, la laie Dora remplaca Dudule et Césarine reprit le rôle pour les finales de 1999 et 2005. La mascotte sedannaise était donc un sanglier et pour tout connaisseur de la région, c’était tout sauf une surprise (même si au début des années 1950, le club était représentait par un bulldog nommé Whiski). Le sanglier apparût à la même période sur le blason du club pour ne plus le quitter. Le club et l’animal était devenu indiscociable et son intronisation ne résulta pas du hasard ou d’une rencontre dominicale lors d’une partie de chasse d’un des membres de la direction du club. Le sanglier était en réalité endémique de Sedan et de la région des Ardennes.

En effet, dans la forêt des Ardennes, l’animal pullule et s’impose donc dans toute la culture de la région. Depuis, le 8 août 2008, un sanglier en méral de 8 mètres de haut et pesant 50 tonnes se dresse sur l’aire d’autoroute de Saulces-Monclin sur l’A34 (autoroute reliant Reims à Sedan). Il s’affiche, depuis la Première Guerre mondiale, sur les armoiries du département des Ardennes. Plusieurs régiments militaires de la région le prirent pour symbole (dont les résistants du maquis ardennais). Surtout il orne celles de Sedan depuis le XVIème siècle. Le seigneur souverain de Sedan, Henri-Robert de La Marck dota en 1568 la ville d’armoiries (où le sanglier y est représenté au pied d’un chêne) qui mettaient à l’honneur un de ses ancêtres surnommé le « Sanglier des Ardennes », Guillaume de La Marck. Ce liégois, acoquiné à Louis XI, gagna une réputation de barbare et d’assassin. Outre le fait, avec sa bande de ravager des villages en détruisant des récoltes et en violant des filles, Guillaume de La Marck ne cessa tout sa vie de susciter des troubles et d’ourdir des intrigues. Il écrivit sa légende noire en assassinant lachement lors d’une embuscade le prince-évêque de Liège, Louis de Bourbon, qui pourtant suppliait sa pitié. Pour se distinguer, il portait un habit rouge avec une hure de sanglier brodée sur la manche, ce qui lui valut le surnom de Sanglier des Ardennes. L’animal jouissait d’une certaine réputation depuis la nuit des temps dans les pays celtes en symbolisant la force et le courage.

En outre, pour les celtes, il était un lien vers l’au-delà en représentant une autorité spirituelle (contrairement à l’ours qui était une autorité temporelle). D’ailleurs, dans une chanson de geste au Moyen-Âge, une autre filiation se tisse entre les Ardennes et le sanglier. Par deux fois, dans « Chanson des quatre fils Aymon » (également intitulée « Chanson de Renaud de Montauban »), des vers présentent Renaud, chevalier d’Ardenne, sous les traits d’un sanglier le temps d’un songe (moment où l’esprit rejoint un monde mystérieux, parallèle). Pour certains, cette association résulte des terres d’origine de Renaud, l’Ardenne (qui correspond à la forêt et en partie au département français des Ardennes), dont les racines étymologiques puisent dans l’indo-européen commun u̯erdʰ qui signifie « pousser, poindre, se lever » et se partagent avec le grec ὀρθός et le latin orior qui signifient « se lever » (ce dernier donnant le terme arduus (se dresser)). Or, ce qui est à l’origine, au commencement et qui se dresse correspond à une autorité spirituelle (représenté donc par un sanglier). Les bois denses et mystérieux de la forêt Ardenne viendront renforcer ce côté sacré.

#714 – FC Sète : les Dauphins

Revenu au niveau du National, le club héraultais fait parti du patrimoine du football français, en étant l’un des tout meilleurs clubs français de l’entre-deux-guerres. Son écusson affiche un dauphin, surnom des joueurs. Les origines ne sont pas connues mais le dauphin ressemble à si méprendre à la baleine qui orne les armoiries de la ville. Et certainement qu’il faut se tourner vers la ville pour tenter de comprendre son origine. Jusqu’en 1927, le nom de la ville s’écrivait « cette » et si son étymologie n’est pas certaine, les explications possibles sont multiples et ramènent souvent au cétacé. A l’époque de l’Antiquité, la cité était connue sous différent nom (To Sition oros, Sêtion oros et Setius mons) et sa forme évolua au Moyen-Âge vers De CetaSeta, ou Cetia. Tous ces termes se référait au mont (ou montagne) car la ville se greffait au Mont Sain-Clair. Or, ce dernier ressemble à une baleine, ce qui aurait inspiré les armes de la ville. Néanmoins, pour d’autres, les mots Ceta ou Cetia proviendraient du latin cetus qui signifiait « gros poisson » et qui donna naissance au mot français cétacé. Or, cetus dérivait lui-même du grec kêtos (monstre marin) et le terme baleine découlait du grec phallaina qui désignait les monstres marins et également la baleine. Pour les tenants de cette version, ceci expliquerait la présence de la baleine sur le blason de la ville. En tout cas, ce n’est pas étonnant de voir un animal marin comme emblème pour une ville ancrée dans la Méditerranée, 2ème port français méditerranéen de pêche. Toutefois, si la baleine ornait le blason de la ville, pour le club, les joueurs furent affublés plutôt du gentil cétacé qu’est le dauphin. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des dauphins venir près de Sète voire malheureusement des cadavres échouer.

#689 – Lille OSC : la Machine de Guerre

Le club nordiste a réussi une superbe saison en 2021 en parvenant à devenir champion de France et en devançant des parisiens dépassés par l’état d’esprit et le jeu de Lille. Mais, cette performance ne donna pas lieu à ce surnom. Il faut remonter beaucoup plus loin, aux premières saisons.

Après la Seconde Guerre mondiale, le football français se devait de recréer un championnat digne de ce nom, après les années d’occupation qui scinda la France et ses clubs en deux et les championnats étaient régulièrement interrompus. Les clubs d’avant-guerre n’avaient évidemment plus la même aisance financière après ces années de privation. Plusieurs réunirent leurs forces et ce fut le cas pour l’Olympique Lillois et le SC Fives, qui donnèrent naissance au LOSC. L’équipe qui en résulta était l’assemblage du meilleur des deux clubs, des jeunes footballeurs de la région tels que Jean Baratte, François Bourbotte, Jean Lechantre, Jean-Marie Prévost, Joseph Jadrzejczak ou encore Roger Carré. Côté organisation, l’ancien président du SC Fives, Louis Henno, en prit la tête et imposa comme entraineur, celui de Fives également, l’anglais George Berry.

La première saison se termina par une première finale de Coupe de France mais la jeunesse lilloise se heurta à l’expérience du RC France et perdit. Néanmoins, dès la saison suivante, la machine se mit en marche et ce nouveau club, qui opta pour le professionnalisme, connut alors son premier âge d’or. Lors de la saison 1945-1946, la légende débuta par un doublé Championnat-Coupe de France. L’équipe enchaina par deux nouvelles victoires en Coupe en 1947 et 1948. Un autre championnat fut remporté en 1954 et le club collectionna les secondes places (1948, 1949, 1950, 1951). Malheureusement, cette période prit fin après le dernier titre de champion, le club s’empêtrant dans différents scandales et conflits internes. Néanmoins, la performance de la saison 1947 amena la presse à surnommer l’équipe (à juste titre), la machine de guerre (et certainement sans mauvais jeu de mot par rapport au conflit qui venait de s’achever).

#650 – FC Gueugnon : les Forgerons

Fondé en 1940, le club tire son surnom de l’activité économique qui forgea la réputation et la vie de la ville de Gueugnon. En 1724, dans un méandre de l’Arroux, le marquis Jean Hector de Fay de La Tour-Maubourg créa la première usine métallurgique de la région, limitée à une dizaine d’ouvriers, d’un haut-fourneau, d’une forge et d’une fonderie. La présence du bassin houiller de Blanzy ainsi que les ressources en eau offraient à la Saône et Loire les deux principaux éléments nécessaires aux activités métallurgiques. En 1845, un nouveau souffle fut trouvé avec la reprise du site par la société Campionnet et Compagnie qui exploitait déjà une usine à Mornay, à une trentaine de kilomètres de Gueugnon. L’usine fut modernisée et se développa notamment dans le laminage à chaud (afin de produire de la tole noire jusque dans les années 1970). Les effectifs suivirent passant de 80 salariés en 1845 à plus de 600 salariés en 1888.

La vie de l’usine se confondait alors avec celle de la ville de Gueugnon. En 1888, près de 20% de la population travaillaient aux Forges. Ces dernières, dans l’esprit paternaliste du capitalisme français, façonnèrent l’urbanisme de la ville en construisant des maisons ouvrières. Enfin, les différents membres de la famille Campionnet dirigeaient les Forges et également le destin de la ville en étant Maire entre 1852 et 1919. Pendant la Première Guerre mondiale, la production de l’entreprise décupla pour répondre à l’effort de guerre. Néanmoins, l’âge d’or des forges survint entre les années 1950 et 1970 avec des investissements dans le laminage à froid qui permit aux forges de devenir numéro 1 mondial de l’acier inoxydable (inox). 3 750 salariés au début des années 1960 travaillaient dans l’usine. La crise sidérurgique, en 1973, n’épargnera pas Gueugnon et marqua le début du déclin de l’usine. Aujourd’hui, après avoir été racheté par le géant Arcelor Mittal, elle appartient à Aperam, produit près 400 000 tonnes par an avec moins de 800 salariés. Mais, le transfert de près du tiers de sa production vers une usine à Genk en 2022 menace de nouveau l’existence des Forges de Gueugnon.

#625 – Red Star FC : l’Etoile Rouge

La traduction française de son nom est un symbole fort du club et de ses supporteurs. Même si le club évolue en vert et blanc (et que le rouge n’a jamais été une couleur marquante de ses équipements), l’étoile rouge orne fièrement depuis sa création son écusson. En outre, si le club changea de nombreuses fois de nom au gré des fusions avec d’autres associations, le terme Red Star y demeura toujours et sévèrement ancré (Red Star Club Français, Red Star Amical Club , Red Star Olympique, Red Star Olympique Audonien, Stade français-Red Star, Red Star FC, AS Red Star, AS Red Star 93, Red Star FC 93, Red Star FC). Installé à St Ouen, l’étoile rouge semblerait assez logique. En effet, la commune comme son département de Seine-Saint Denis se sont mariés à la cause rouge lorsque la banlieue Est parisienne accueillit des usines et sa cohorte d’ouvriers dès le XIXème siècle. A la fin de ce dernier, les partis de gauche ravirent la mairie de St Ouen, et de 1945 à 2020, la municipalité fut même dirigée par seulement 3 maires et mairesses, tous d’obédience communiste. St Ouen était alors au cœur de la Ceinture Rouge, ce cordon communiste entourant la bourgeoise capitale parisienne. Supporté par les ouvriers et les syndicalistes du coin, le club adopta également une conscience de gauche. On peut encore entendre aujourd’hui, dans son vieux stade, des chants politisés (« flic, arbitre ou militaire, qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour un salaire ? »). En Septembre 21, des rumeurs de cessions apparaissent et mettent le feu aux poudres entre la municipalité et la direction, le maire (PS) arguant que la vente pourrait se faire au profit d’un partenaire financier (gros mot dans la bouche de gens de gauche) qui ne serait pas en phase avec les valeurs de la ville et du club.

Pourtant, ce lien entre l’Etoile Rouge et les mouvements politiques de gauche résulte d’un malentendu. Tout d’abord, le club adopta l’étoile rouge dès sa fondation en 1897 avant que ce symbole soit accaparé par l’Internationale ouvrière ou les régimes communistes (elle apparût sur le drapeau de l’URSS en 1922). Ensuite, le club à sa naissance et pendant quelques années fut un repère bourgeois. En effet, il naquit et établit son siège dans un bar au croisement de la rue de Grenelle et de l’avenue de La Bourdonnais, au sein du chic et aristocrate 7ème arrondissement de Paris. Ses fondateurs, les frères Modeste et Jules Rimet (l’instigateur de la Coupe du Monde de Football), Jean de Piessac, Georges Delavenne, Ernest Weber et Charles de Saint-Cyr (un des éminents membres du Racing Club de France), étaient tous issus de famille bourgeoise. Même si leur volonté était, au travers des valeurs du sport, de créer un club qui rapprochent les classes sociales, leur association n’attira d’abord que les fils de bonne famille sur le Champs de Mars voisin. Dans un monde sportif dominé par les anglo-saxons (tous les nouveaux sports venaient d’Outre-Manche), les fondateurs cédèrent, comme beaucoup de club à l’époque, au snobisme britannique en dénommant le club Red Star. Rimet raconta plus tard que le choix de ce symbole provenait de sa gouvernante anglaise, Miss Jeny, qui avait proposé de reprendre le nom de la compagnie britannique Red Star Line qu’elle empruntait souvent pour retourner au pays. Au XIXème siècle, plusieurs compagnies de transport maritime apparurent et dont les navires se différenciaient en mer par leurs drapeaux et les couleurs de leurs cheminées. Un des symboles largement repris par ces compagnies (car facilement reconnaissable) étaient l’étoile et chacune choisit sa couleur. Ainsi, naviguaient la White Star Line (qui exploita le Titanic), la Blue Star Line et donc la Red Star Line.

Une autre légende était racontée par le capitaine emblématique du club, Lucien Gamblin (joueur du club de 1907 à 1923). Selon lui, l’Etoile Rouge aurait été inspirée par la présence d’un cirque américain sur le Champs de Mars. Par n’importe quel cirque, celui de William Cody, mieux connu sous le nom de Buffalo Bill. Son attraction connut un grand succès à Paris en 1889, lors de l’exposition universelle. Or, Buffalo Bill arborait une étoile rouge qui aurait alors inspiré Jules Rimet.

Consulter le site du footichiste pour son article dédié au Red Star