#1100 – Brisbane Roar FC : the Roar

Le rugissement. Surnom assez logique quand il s’agit du nom du club et que son écusson fait apparaître un lion. Les origines du club actuel remontent à 1957 et au club dénommé Hollandia-Inala Soccer Club fondé par des immigrants néerlandais. Durant 20 ans, ce dernier évolua sous ce nom, représentant la communauté hollandaise. Car, depuis le début de l’importation du football en Australie, il s’agit d’une pratique sportive des immigrants, les australiens d’origine anglo-saxonnes préférant se concentrer sur des sports australiens comme le football australien (un mélange de rugby et un peu de football). Les grecs, les italiens, les croates et les autres communautés créèrent ainsi leurs équipes de soccer. Mais, en dépassant leur simple rôle sportif (puisqu’ils étaient aussi un lieu d’entraide et de maintien de l’identité), ces derniers entretenaient la séparation entre les nouveaux arrivants et les australiens anglo-saxons et fournissaient des munitions aux politiciens pas favorables à l’immigration et « défenseurs de la culture australienne » . Ainsi, en 1970, un mouvement fut entrepris pour dé-ethniciser les clubs et cela passait par un changement de nom. Hollandia-Inala accéda à cette demande sans pour autant perdre totalement son identité. Ainsi, le club évoluait en orange et prit pour nom Brisbane Lions. Orange et Lion … deux des symboles des Pays-Bas. Puis, en 2004, les Lions obtinrent le droit de participer à la nouvelle A-League (la première ligue australienne) en opérant sous le nom de Queensland Roar (car Brisbane comptait un club de football australien dénommé Lions).

Le lion apparaît sur les armoiries du Royaume des Pays-Bas, un héritage de la Maison de Nassau et de la République des Provinces-Unies. Composées en 1815 et adaptées en 1907, elles représentent un lion d’or sur champ d’azur qui tient une épée et un faisceau de sept flèches. La Maison de Nassau, d’origine de la ville allemande de Nassau, remonte au XIème siècle et dès Dedo de Laurenbourg (1093-1117), l’un des premiers membres de la Maison, le blason était un lion sur fond azur. Du côté des Provinces-Unies (1579–1795), le lion était également son symbole. Constituée de 7 provinces (Hollande, Zélande, Overijssel, Frise, Groningue, Gueldre et Utrecht), la République se référa aux lions héraldiques de la Flandre (noir sur or), du Brabant (or sur noir) et le lion rouge sur or de la Hollande. Ces lions étaient répétés dans les armes de diverses maisons nobles des Pays-Bas.

#1089 – Brescia Calcio : Leonessa

La lionne. Le vocabulaire animalier sied bien au club lombard puisque le premier surnom expliqué était rondinelle (qui signifie les petites hirondelles – cf #325). Cette fois, nous changeons de dimension en passant à la femelle du roi des animaux. Pourtant, sur l’écusson du club, il s’agit bien d’un lion qui trône depuis le premier blason établi en 1965 (sa crinière est visible). D’où vient cette divergence de genre ?

Le blason du club s’inspire directement des armoiries de la cité qui se décrivent comme « d’argent au lion d’azur, armé, langue et queue de gueule ». Le lion rampant est le symbole de la commune de Brescia depuis au moins le XIIème siècle. Mais, la genèse des armoiries de Brescia est encore inconnue en raison de l’absence de sources et de témoignages fiables. Une chose est sure : même si la commune de Brescia fut durant près de 4 siècles (de 1404 à 1797) intégrée à la république de Venise, son lion rampant ne provient pas des armes de Venise (le fameux lion de St Marc). Sa plus vieille représentation connue apparaît dans une sculpture de la Porta Romana de Milan datant de 1171 (il s’agissait de la principale porte d’entrée de la ville détruite en 1793). La frise du chapiteau montre des soldats de plusieurs villes lombarde dont Brescia en route vers Milan pour reconstruire la ville détruite par l’empereur Frédéric Barberousse en 1167. Le capitaine représentant Brescia porte sur son écu le lion rampant. Une autre représentation se trouve également à Milan sur l’arche funéraire d’Azzone Visconti (Brescia était alors sous domination de la famille Visconti) datant de 1343. Des statues représentant les villes lombardes sous l’influence des Visconti et tenant un bouclier y sont sculptées. Celle de Brescia se présente avec un lion rampant.

Il s’agit donc bien d’un lion sur les armes de la ville et pourtant la commune de Brescia est connue dans toute l’Italie comme la Leonessa d’Italia (lionne d’Italie), tous les italiens ayant appris dans leur jeunesse les vers d’un poème qui désignèrent la ville ainsi. Ces vers concluent la pièce poétique « Alla Vittoria » (A la victoire) de Giosuè Carducci, chantre du Risorgimento (période de l’unité italienne au XIXème siècle), composée en 1877 et partie intégrante de sa grande oeuvre « Odi barbare » (Odes barbares) :

Lieta del fato Brescia raccolsemi, / Heureuse du destin, Brescia me rassemble,
Brescia la forte, Brescia la ferrea, / Brescia la forte, Brescia le fer,
Brescia leonessa d’Italia / Brescia la lionne de l’Italie
beverata nel sangue nemico / ivre du sang de l’ennemi

Ces vers soulignaient le soulèvement et la résistance de la ville durant la période connue sous le nom des Dieci giornate di Brescia (Dix jours de Brescia). Dans le contexte des affrontements entre l’armée piémontaise et les troupes autrichiennes, du 23 mars au 1er avril 1849, les citoyens de Brescia se révoltèrent contre l’oppression autrichienne en résistant vaillamment aux bombardements et aux attaques des forces des Habsbourg. La révolte fut finalement violement réprimée (plus d’un millier de victimes). Malgré la défaite, la fierté manifestée par les insurgés dans les combats valut à la ville de Brescia la médaille d’or en 1899. Un autre poète, 20 ans avant Carducci, avait attribué ce surnom à Brescia suite à cette évènement : Aleardo Aleardi dans son poème « Canti patrii » publié en 1857.

D’un de’ tuoi monti fertili di spade, / De l’une de vos montagnes fertiles en épées,
Niobe guerriera de le mie contrade, / Niobé guerrière de mes terres,
Leonessa d’Italia, / Lionne d’Italie
Brescia grande e infelice / Brescia grande et malheureuse

L’héroïsme et le sacrifice de la population de Brescia, porté au nue par ces vers, contribuèrent à construire une identité italienne qui en était à ses balbutiement dans la seconde moitié du XIXème siècle.

#1085 – Cowdenbeath FC : the Blue Brazil

Le Brésil bleu. Dans le Nord des Îles Britanniques, avec ses terres arables arrosées par une pluie fine et grevées par les anciennes veines des mines de Charbon, Cowdenbeath ne présente guère le paysage brésilien verdoyant et chaleureux de l’imaginaire populaire. Pourtant, l’équipe locale, dont le palmarès demeure famélique malgré 142 ans d’existence, a gagné ce surnom. L’origine exacte est méconnue et donc plusieurs légendes existent autour du surnom.

La plus simple se rattache à la couleur des maillots de Cowdenbeath. Fondé en 1882 par la fusion de deux clubs, Cowdenbeath Rangers et Raith Rovers, le première kit enregistré du club se composaient de maillots rayés rouges, blancs et bleus, de shorts bleus et de chaussettes rouges ou bleues. Les couleurs originelles de l’équipe furent abandonnées en 1911 pour des maillots bleus et shorts blancs, couleurs que le club porte encore aujourd’hui. Ces dernières semblent éloignées du maillot traditionnelle de la Seleção, jaune et vert. Mais, avant qu’elle ne soit identifiée à ses couleurs, la Seleção évoluait principalement en blanc jusqu’en 1950. Toutefois, le 5 Juin 1938, le Brésil affrontait la Pologne au premier tour de la Coupe du Monde. Les deux équipes évoluant en blanc, un tirage au sort eut lieu et le perdant, le Brésil dut changer d’uniforme. L’équipe trouva en urgence qu’un kit intégralement bleu. Juste après la rencontre, le Brésil réadopta son maillot blanc jusqu’à la finale perdue de la Coupe du Monde 1950. Ce drame national conduisit à changer de maillot et après un appel à candidature, le maillot jaune à parement vert avec un short bleu et rayure blanche apparut. Temporairement utilisé entre 1950 et 1954 comme kit principal, le maillot bleu s’imposa par la suite comme version alternative à la tunique jaune. Avec des couleurs similaires à certaines époques entre Cowdenbeath et l’équipe nationale brésilienne, cela pourrait constituer l’origine du surnom.

Les esprits taquins avancent une autre théorie remontant aux débuts des années 1980. Survivant dans les eaux troubles de la 3ème et 4ème division écossaise, le club connaissait une situation financière fragile et la vente régulière de ses meilleurs joueurs constituait la seule stratégie pour équilibrer ses comptes. A la même période, la situation des finances publiques brésilienne n’était pas plus florissante. En 1982, la défaillance du Mexique entraina une hausse des taux d’intérêt et plongea les autres pays en développement, dont le Brésil, dans la crise de la dette. En manque de financement extérieur, le Brésil fut forcé de restreindre ses dépenses publiques et de déprécier fortement sa monnaie. Résultat, les finances de l’Etat Brésilien, lourdement endetté auprès de créanciers étrangers, se dégradèrent fortement et l’hyperinflation fit son apparition. S’en suivit une décennie perdue pour l’économie.

Enfin, la dernière version, même si elle est une fable, mérite d’être racontée. Elle rapporte qu’un trio de joueurs brésiliens jouèrent (ou plutôt se perdirent) du côté de Cowdenbeath. A la fin du XIXème siècle, la région de Fife, et en particulier la cité de Cowdenbeath, était toute tournée vers l’exploitation de mines de charbon. Les mineurs percevaient une rémunération en fonction de leur production quotidienne. Poussés à augmenter les rendements pour gagner un salaire décent, certains mineurs creusèrent si loin leur veine qu’ils atteignirent la surface. Etonnés par les vêtements des personnes rencontrées, les mineurs s’imaginèrent avoir atteint Édimbourg. Mais, ne comprenant par la langue des habitants, ils découvrirent qu’ils avaient creusé jusqu’au Brésil. De cette expédition, les mineurs, dont certains évoluaient dans les rangs de Cowdenbeath, ramenèrent trois jeunes brésiliens amateurs de football. Ces 3 joueurs furent intégrés dans l’équipe lors d’un match contre les rivaux de Dunfermline. Surpris par la couleur de peau plutôt mat de ces 3 joueurs, l’arbitre interrogea le capitaine de Cowdenbeath qui lui répondit qu’il s’agissait de 3 mineurs qui venaient à peine de sortir de la mine et n’avaient pas eu le temps de prendre une douche. Cowdenbeath écrasa Dumfermline 11 buts à 1 et les 3 joueurs, qui préfèrent, vu le climat, retourner dans leur pays, laissèrent un souvenir impérissable et un joli surnom.

#1082 – UD Las Palmas : Pio-Pio

Piu-Piu, l’onomatopée qui imite le piaillement des oiseaux. Evidemment, l’équipe évoluant en jaune et le Serin des Canaries étant une espèce de passereau jaunâtre endémique des Îles Canaries, le terme Pio-Pio apparaît adapté. D’autant plus que la cité de Las Palmas de Grande Canarie se situe dans les Îles Canaries dont le nom suggère immédiatement l’oiseau. Pourtant, ce dernier point est faux puisque, s’il existe différentes versions sur l’étymologie des Îles Canaries, la plupart converge vers … le chien. En effet, Canaries pourraient faire référence, soit aux premiers peuples berbères habitant les Îles et dont le nom était canarii (Pline l’Ancien les nommait ainsi. Le mot dérivait du latin canis (chien) et soulignait le caractère sauvage de ce peuple), soit aux chiens de garenne des Canaries qui peuplent les Îles (Pline l’Ancien les décrivit suite au voyage du Roi berbère Juba II de Maurétanie dans les Îles), soit enfin en raison des phoques dénommés chiens de mer (canis marinus) que les explorateurs européens découvrirent en arrivant sur l’Île.

Dès sa création en 1949, le club opta pour les couleurs du drapeau de l’île de Grande Canarie (où se situe Las Palmas et qui constitue l’une des îles de l’archipel des Canaries) : jaune et bleu. Le choix de ces couleurs pour Grande Canarie n’est pas documenté mais aujourd’hui, on attribut à ses couleurs le fait de représenter la mer (bleu) et le paysage désertique des sommets de l’île (jaune). Pour le club, dans l’édition du 20 octobre 1949 du journal « Canarias Deportiva », les couleurs furent décrites comme « el oro de nuestras playas y el azul de nuestro mar » (l’or de nos plages et le bleu de notre mer).

La naissance du surnom intervint bien plus tard, dans les années 1980. Lors d’un derby face au CD Tenerife, les supporteurs de Las Palmas se déplacèrent au Stade Heliodoro Rodríguez López. Ils furent reçus avec des insultes et des jets d’œufs, accompagnés des cris « canarión » (petit canarie). Le célèbre supporteur de Las Palmas, Fernando El Bandera, leur répondit alors par « Pio-Pio« . Et à chaque nouveau cri ou insulte, Fernando scandait « Pio-Pio » . Le terme devint un encouragement, une chanson qui raisonnait dans les tribunes puis enfin le surnom du club et de ses joueurs. En Décembre 1994, la mascotte sous la forme d’un canari fit son apparition et prit le nom de Pio-Pio.

#1081 – FC Rouen : les Diables Rouges

Fin du XIXème, le football normand se concentrait dans la ville du Havre, avec notamment la présence du doyen, le Havre Athletic Club, et les autres villes ne pouvaient pas laisser perdurer cette hégémonie. Après l’introduction du football vers 1896 à Rouen par un commerçant du nom de Willing, 3 clubs apparurent : US Sottevillaise, US Rouennaise et le FC Rouannais. Mais, pour concurrencer les autres équipes de la région, ces 3 clubs unirent leurs forces et le 10 juillet 1899, le FC Rouennais naquit officiellement. Il semble que le club évolua en rouge dès sa fondation et vers 1909, à l’initiative d’un journaliste local, Charles Hangard, l’équipe gagna alors le surnom de « diables rouges ». A cette époque, le club rouannais commençait à émerger sur la scène régionale. En 1910, l’équipe parvint même à obtenir son premier titre de Champion de Haute-Normandie aux dépends du redouté HAC.

La couleur rouge du maillot s’inspire vraisemblablement des armoiries de la ville de Rouen. Elles se décrivent ainsi : De gueules (rouge) à l’agneau pascal d’argent (blanc), la tête nimbée et contournée, portant une bannerette du même chargée d’une croisette d’or, au chef cousu d’azur (bleu) semé de trois fleurs de lys d’or. La partie principale se compose donc d’un agneau pascal sur fond rouge. L’agneau est le symbole du Christ (dès le XIIème siècle, Rouen fut un centre religieux important. A la fin du Moyen Âge, elle comptait près de trente églises paroissiales et quinze communautés religieuses. Elle accueillait un archevêché et un chapitre cathédrale qui étaient parmi les plus riches de France, le diocèse s’étendant sur 1 300 paroisses. La ville gagna le surnom « ville aux cent clochers ») et représente aussi la puissante corporation des drapiers (de par sa position géographique et son ancienne appartenance à la couronne d’Angleterre, Rouen fut un centre économique important faisant le lien entre l’Angleterre et l’Europe du Sud. Au Moyen Âge, les drapiers comme les autres métiers liés (laneurs, teinturiers) firent la richesse de la ville pendant 7 siècles à compter du XIIIème, en achetant la laine en Angleterre et en vendant dans les foires de Champagne et à Paris leur production renommée de tissus et draps. Leur confrérie était la plus puissante et riche de la ville).

Ces armoiries s’installèrent comme celles de la cité de Rouen à compter du XIVème siècle de façon certaine. Le rouge pourrait venir des armoiries de l’important Duché de Normandie (De gueules à deux léopards d’or) car avant l’apparition du blason décrit précédemment, il semble que Rouen adopta les armes de la Normandie. Si au départ, les léopards (ou des lions) sur fond bleu puis rouge étaient attachées à la personne du Duc de Normandie Geoffroy Plantagenêt qu’il transmit à sa descendance (Henri II Plantagenêt, Richard Cœur de Lion), elles s’ancrèrent comme celles de la Normandie vraisemblablement au cours du XIIIème siècle. Puis donc à Rouen.

#1076 – FC Volendam : het Andere Oranje

L’autre orange. Le club doit son surnom aux couleurs des uniformes dans lesquels il évolue : orange et noir. Lorsque l’ancêtre du club fut créé le 1er juin 1920, sous le nom de Victoria, les joueurs comme les fondateurs ne se préoccupèrent pas vraiment du choix des couleurs. Les premiers joueurs, qui venaient de différents horizons, portaient de tout. Ainsi, une chemise rayée bleu marine et noir ou rouge et noir avec un pantalon noir constituaient régulièrement la tenue de l’équipe. Puis, quelques saisons plus tard (pour certains lors de la saison 1928-1929, pour d’autres en 1923 au moment où le club changea de nom pour RKS Volendam), il fut décidé de jouer avec un maillot orange avec un poulain comme emblème et un bas noir, qui deviendront donc les couleurs traditionnelles du club. Les raisons de ce changement ne sont pas documentées et donc inconnues.

Mais, cette couleur particulière portée pas peu d’équipe n’est pas sans rappelée la célèbre tenue de l’équipe nationale néerlandaise, surnommé Oranjes (les oranges). Alors que le drapeau néerlandais arbore 3 bandes horizontales de couleur rouge, blanche et bleue, la couleur historique des Pays-Bas demeure l’orange, en l’honneur de la famille régnante, la Maison d’Orange-Nassau (Huis Oranje-Nassau). Cette Maison remonte au XVIème siècle avec Guillaume d’Orange-Nassau. Né en 1533 dans une famille noble allemande de Rhénanie (la Maison Nassau), il hérita par son cousin du titre de Prince d’Orange en 1544. Cette principauté, état vassal du Saint-Empire, se situait dans la partie nord de l’actuel département du Vaucluse et avait la ville d’Orange pour capitale. Après avoir servi Charles Quint et les Habsbourg, Guillaume se rebella contre son fils, Philippe II, Roi d’Espagne, et mena la révolte qui conduisit à l’indépendance des Pays-Bas. Il est donc souvent considéré comme l’un des personnages clefs de la fondation de la nation néerlandaise, le Vader des Vaderlands (Père de la Patrie). Toutefois, ce ne fut qu’en 1813 que la maison d’Orange-Nassau débuta son règne sur les Pays-Bas. A l’indépendance en 1581, Guillaume d’Orange-Nassau donna le prinsenvlag (Drapeau du prince qui était basé sur les couleurs héraldiques de la Maison du Prince, orange, blanc et bleu ciel) comme drapeau aux sept Provinces-Unies (Pays-Bas), qui utilisait aussi avant l’indépendance le drapeau traditionnel rouge-blanc-bleu ciel (le statenvlag, drapeau des États). Durant des années les deux drapeaux coexistèrent et le second était parfois agrémenté d’une oriflamme orange. Mais, en 1796, le rouge supplanta l’orange, sans que la raison ne soit vraiment établie. Néanmoins, en l’honneur de Guillaume d’Orange-Nassau et de la famille royale actuelle, les équipes sportives néerlandaises portent l’orange depuis le XXème siècle.

Une enquête réalisée à l’occasion du 110ème anniversaire de l’équipe nationale néerlandaise a démontré que Volendam était l’une des principales villes pourvoyeuses de talents pour la sélection nationale. Dans la ville de Hollande du Nord, 1,7 joueurs pour 10 000 habitants ont porté le maillot des Oranjes. Les internationaux étaient Pier Tol, Wim Jonk, Keje Molenaar, Arnold Mühren et Gerrie Mühren. L’autre surnom du même acabit est Het nieuwe oranje (les nouveaux oranges).

#1073 – Kerala Blasters FC : the Tuskers

Les éléphants. Né en 2014 avec la création de la nouvelle ligue de football indienne, ISL, le club de l’Etat du Kerala, qui réside dans la capitale Kochi, ne reçut pas pour surnom son nom (Blasters). A sa fondation, l’un des principaux actionnaires du club était Sachin Tendulkar, légende vivant du cricket indien et mondial. Considéré comme l’un des meilleurs batteurs de l’histoire du cricket, son surnom est « Master Blaster » (maître artificier) et lorsqu’il fallut choisir le nom de l’équipe, il déclara « People call me Master Blaster… One can say there is possible association » (Les gens m’appellent Master Blaster … Une association doit être possible).

Pour le blason du club, les discussions allèrent vite également. La volonté de Sachin Tendulkar et de son associé, l’entrepreneur Prasad Potluri, était de réunir sous leur bannière la ville de Kochi et tout l’Etat de Kerala. Ainsi, le choix du blason et des couleurs se portèrent sur des symboles forts de l’Etat. Avec un éléphant tenant dans sa trompe un ballon de football, l’écusson reflète l’héritage culturel de Kerala et son attachement profond au football. L’éléphant est l’animal symbole de l’Etat de Kerala. Tout d’abord, le pachyderme est une espèce spécifique et endémique de la région, dénommé éléphants indiens (Elephas maximus indicus). Outre une importante population d’éléphants sauvages (5 706 dénombrés en 2018 sur une population d’éléphant d’Asie en Inde de 30 000 individus environ), le Kerala compte plus de 700 éléphants captifs. Mais, son importance dans l’identité de l’Etat ne repose pas seulement sur sa présence. En effet, il tient un rôle particulier dans la culture de la province. Le temple hindou de Guruvayur abrite plus de 60 éléphants dans un temple annexe (le seul dédié à des éléphants) qui demeurent au cœur des rites du temple. De même, les églises catholiques de l’Etat sont richement décorés d’éléphants (portes et piliers). Des éléphants participent à quasiment toutes les processions et festivals de l’Etat, portant notamment les divinités. Les éléphants figurent aussi dans de nombreux poèmes et légendes du Kerala. Ainsi, dans l’ « Aitihyamala » de Kottarattil Sankunni, chacun des 8 tomes qui composent l’oeuvre se conclut par une histoire avec un éléphant. Le poème « Sahyante Makan » de Vyloppalli Sreedhara Menon appelle les éléphants, les « fils du Sahyadrī » (la chaîne montagneuse Ghats occidentaux). Enfin, l’Etat abrite le sanctuaire et centre de réhabilitation des éléphants de Kottur, dans le district de Thiruvananthapuram, le premier et le plus grand centre de soin des éléphants d’Inde.

Evidemment, en tant que symbole de l’Etat, l’éléphant figure sur les armoiries du gouvernement de l’État du Kerala. En cela, elles s’inspirent des armes des anciens royaumes de Travancore et de Cochin, qui couvraient une grande partie de l’Etat. Le pachyderme apparaît donc sur le blason du club de football. Il représente le lien fort avec l’Etat et son identité mais il permet également de véhiculer pour l’équipe un sentiment d’unité, de puissance et de fierté. Enraciné dans sa famille et sa communauté, l’humble éléphant, comme le dit le club, met en valeur l’aspiration et l’esprit des Kerala Blasters.

#1057 – Parme Calcio : Crociati

Les croisés. Ces dernières saisons, le maillot de Parme s’est distingué par une grande croix noir qui barre le blanc immaculé habituel. Et ce design est une reproduction du maillot qui sévit entre les années 1920 jusque dans les années 1940. Ce style disparut jusqu’au début des années 1970, au moment où le club connut sa première liquidation. A la refondation, le club retrouva ses premiers amours et le maillot croisé fit son retour jusqu’en dans les années 1980. Afin de donner plus de lisibilité à son sponsor, Parme abandonna sa croix pour un maillot intégralement blanc lors de la saison 1983-1984. La prise de contrôle du club par l’agro-industriel Parmalat confirma dans un premier temps le maillot blanc puis au milieu des années 1990, la société promut un maillot rayé bleu et jaune. Mais, ces changements ne convainquirent jamais les supporteurs qui restaient attachés au maillot croisé historique. Et ainsi, à la fin des années 1990, la croix revint épisodiquement sur le kit de Parme. Si la faillite de Parmalat clôtura les plus belles pages du club, elle permit aux symboles historiques de définitivement s’imposer. Dans un premier temps (saison 2004-2005), la croix fut bleue marine et finalement à compter en 2006, le noir revint. Outre le maillot, la croix apparaît également sur le blason de l’équipe, quasiment depuis la fondation. Toujours une croix noire sur fond blanc (à l’exception de la saison 2000-2001 où la croix fut bleue sur fond jaune)

Cette croix n’est pas apparue par hasard sur le maillot et le blason, qui trouve son origine dans les armes et la bannière de la ville. Au XIIIème siècle, les premières armoiries de Parme représentaient un petit taureau blanc sur fond rouge, hommage au maire Torello da Strada, dont le nom signifiait « petit taureau » et dont l’animal était le symbole de sa famille. Un premier emblème avec une croix blanche sur fond rouge apparut en 1329 dans le Chronicon Parmense. Et cette croix fut tirée de la Societas Cruxatorum (Société des Croisés) qui exerça une grande influence sur la vie politique de la cité durant de nombreuses années. Au cours du XIIIème siècle, les Cités-Etats italiennes se déchirèrent entre les partisans du Pape, les guelfes, et ceux de l’Empereur du Saint Empire, les gibelins, et Parme n’échappa à ce mouvement. Le point culminant fut le massacre du jour de Noël 1264 au cours duquel il y eut de nombreuses victimes. En 1266, le tailleur Giovanni Barisello recruta 500 personnes du parti guelfe afin de rétablir la paix dans la ville. Son entreprise fut un succès. Sur proposition du Roi de Naples, Charles d’Anjou, soutien des guelfes, cette société prit le nom de Societas Cruxatorum, en référence certainement aux croisés. Le blason de cette société était un croix bleu sur fond jaune.

#1056 – RCD Espanyol Barcelone : los Blanquiazules

Les blanc et bleu. L’autre club de Barcelone partage une partie de ses couleurs, le bleu, avec son grand rival, dont il vit dans l’ombre, le FC Barcelone. Mais, il ne s’agit pas du même bleu et surtout il est associé à une autre couleur, qui n’est pas la même entre l’Espanyol (le blanc) et le FC Barcelone (le Rouge). Vous pouvez lire les origines des blaugrana à l’article #200 car ici, nous allons nous intéresser au maillot de l’Espanyol. En 1897, le club du Real Sociedad Gimnástica Española fut fondé avec la volonté d’exercer divers sports. A la charnière du XIXème et du XXème siècle, la pratique du football se diffusa à Barcelone et des premiers clubs éclosirent, notamment le FC Barcelone (1899), le Català FC (1899) et l’​​Hispània AC (1900). Attiré par ce nouveau sport, Ángel Rodríguez, membre fondateur de la Real Sociedad Gimnástica Española, et un groupe d’amis décidèrent de créer une équipe de football au sein de l’association de gymnastique. La date de fondation fut fixée au 28 Octobre 1900.

Oriol Junqueras, homme politique de la gauche catalane mais surtout historien de son état, fit l’erreur en 2015 d’expliquer que les couleurs bleu et blanc du maillot rayé de l’Espanyol provenait de sa distinction obtenue du roi Alphonso XIII en 1912. Selon lui, la majorité des équipes qui détiennent le titre de Real portent ces couleurs. Mais, c’est faux.

Le choix des couleurs du premier maillot ne fit pas l’objet d’un grand débat lors de la fondation. En effet, possédant une usine de fabrication textile, un des fondateurs donna des maillots jaunes et des pantalons noires aux joueurs, et le club et ses joueurs, étant démunis comme habituellement à l’époque, ne refusèrent pas ce don. Seulement, ce membre cessa assez rapidement de participer aux matchs et ne fut donc plus en mesure d’approvisionner le club en tissu jaune notamment. Or, ce dernier étant plutôt rare (et donc chère à l’époque) et les premiers maillots jaunes s’usant, chaque joueur fut invité à se servir dans sa garde-robe personnelle pour s’équiper. Naturellement, les vêtements les plus courants étaient des chemises blanches et des pantalons noirs (et parfois bleus). Ainsi, la tenue du club évolua dès 1901 vers ces couleurs (principalement blanc et noir). Toutefois, par manque de joueurs, entre 1906 et 1909, les activités football furent suspendues. En 1909, le club renait de ses cendres et la question de la tenue se posa. Lors de l’assemblé du 20 Février 1910, les membres votèrent pour un maillot rayé bleu et blanc, en l’honneur de Roger de Lauria, un amiral dont les armoiries étaient des rayures bleues et blanches et ayant défendu la couronne aragonaise. Au XIIIème siècle, la Couronne d’Aragon était une confédération de royaumes, qui débuta par l’union du Royaume d’Aragon et du Comté de Catalogne en 1137. Avec la reconquista, la Couronne s’étendit sur les Baléares et le Royaume de Valence. En 1282, la Couronne prit possession du Royaume de Sicile, puis du Royaume de Sardaigne en 1295, devenant alors la puissance dominante de la Méditerranée. Originaire de Sicile, Roger de Lauria, suivit sa mère, dame de compagnie de la reine Constance de Sicile, épouse de Pierre III d’Aragon, à la cours à Barcelone. Son génie militaire permit de remporter de nombreuses batailles navales (dont les batailles de Malte en 1283 et de la Baie de Naples en 1284 contre le Royaume d’Anjou puis contre la France en 1285 lors des batailles des Formigues et du col de Panissars) et contribua à l’expansion et à la domination maritime de la Couronne.

#1053 – Linz ASK : die Schwarz-Weißen

Les noir et blanc. Le 7 août 1899, à Linz, le Athletiksportklub Siegfried fut fondé mais cette association se concentrait sur l’haltérophilie et la musculation. La section football n’apparût qu’en février 1919, en intégrant les footballeurs du Linzer Sport-Klub (et certains du Germania) dont le club n’avait pas survécu à la Première guerre mondiale. Malgré la jeunesse de la section, le football était si populaire que cette activité prit une importance telle au sein du Athletiksportklub Siegfried, que le 14 Septembre 1919, la direction changea le nom du club pour Linzer Athletik-Sport-Klub. L’article 3 des statuts stipulait que les couleurs étaient le noir et le blanc, comme celles de ses deux « prédécesseurs ». En effet, aussi bien Siegfried que LSK évoluaient en noir et blanc.

Le LSK fut fondé le 25 juillet 1908 par la volonté de Ernst Wengraf, un passionné de football et autour des footballeurs Albert Siems et Otto Zwicker. Siems avait déjà joué pour le Vienna Cricket and Football-Club et Zwicker évoluait au Wiener Sportklub. Ce dernier club, fondé le 24 février 1883, possédait également le noir et blanc comme couleurs, qui étaient donc plutôt à la mode dans le football autrichien. J’émettrais une hypothèse concernant cette mode. A la fin du XIXème, même si l’Empire Austro-Hongrois était puissant, un autre Etat montait en puissance et portait haut la germanitude, sous la houlette de la redoutable Prusse : le Reich Allemand. Or, le Reich adopta un drapeau avec trois bandes horizontales de couleurs noir, blanche et rouge (qui reprenaient les couleurs de la Prusse, noir et blanc, et de la Ligue Hanséatique, rouge et blanc). Et justement dans cet Empire Austro-Hongrois qui regroupait une mosaïque de peuple (autrichien, hongrois, tchèque, slovaque, croate, serbe, slovène, italien, roumain, polonais, ukrainien), il y avait certainement un besoin d’affirmer sa germanitude et elle s’exprima dans le sport. Un nombre certain de clubs autrichiens prirent donc ces fameuses couleurs noire et blanche. A noter que si les couleurs principales du LASK sont le noir et le blanc, le rouge apparait sobrement mais régulièrement sur les tenues ou le blason du club (ce qui renforce mon hypothèse). Au delà de la couleur, d’autres s’inspirèrent de l’Allemagne pour leurs noms. Ainsi, on comptait un Germania Linz (Germanie étant le nom latin de l’Allemagne), Deutschen Jungmannschaft Währing à Vienne (Deutschen signifiant Allemand), Deutsche Fußball-Club Prag, Deutscher Sportverein Troppau … . Or, Germania Linz contribua à la création de la section football du LASK. De même, la section football du Wiener Sportklub qui aurait pu inspirer les fondateurs du LASK, était issue de la fusion du Fußball- und Athletik-Club Vorwärts et du Deutschen Jungmannschaft Währing qui prit le nom de Deutschen Sportverein.

Malheureusement, après avoir joué plus de 100 ans avec ces couleurs, le club succomba aux espèces sonnantes et trébuchantes d’un sponsor, BWT. Fabriquant de systèmes de traitement de l’eau autrichien, BWT imposa sa couleur rose au maillot du LASK. Par petite touche en 2019 puis le troisième maillot intégralement rose en 2020, puis lors des matchs importants ou de Coupe d’Europe le rose est privilégié et enfin, le premier maillot en 2022 devient finalement rose (sans rappel des couleurs historiques). Les supporteurs bataillèrent tout au long de ces années pour s’opposer à ce mouvement mais l’argent fut plus important que les traditions pour les dirigeants. Pour les amadouer, la direction modifia les statuts qui précisent que les armoiries restent exemptes de publicité et les couleurs du club sont le noir et le blanc. Mais ils indiquent aussi que la tenue vestimentaire du club est déterminée par le conseil d’administration. Et donc peuvent ne pas être noir et blanc.