#1371 – Celtic Glasgow : Fenians

Les féniens. Dans les travées des stades écossais, en particulier lors du Old Firm, les supporteurs des Rangers méprisent ceux du Celtic en chantant notamment « up to our knees in Fenian blood » (jusqu’aux genoux dans le sang des Fenians), les ramenant ainsi avec violence à leurs origines irlandaises. Car, en 1887, le Celtic puisa ses membres dans la communauté des immigrés irlandais et catholiques de Glasgow, ce que traduit la croix de son écusson et ses couleurs vertes et blanches. Dérivant du nom des guerriers de la mythologique gaélique, fianna, les féniens étaient les membres des confréries nationalistes recourant à la violence pour obtenir l’indépendance de l’Irlande au XIXème siècle.

En réponse à la rebellion avortée des United Irishmen en 1798, Londres scella le destin de l’Irlande à celui de la Grande-Bretagne au sein du Royaume-Uni par l’Acte d’Union en 1800. Mais, cette fusion ne fit que diffuser cet héritage nationaliste dans la population, amplifiée par la constitution au milieu du XIXème siècle de mouvements indépendantistes sœurs de part et d’autre de l’Atlantique. Les immigrés irlandais John O’Mahony et Michael Doheny fondèrent à New York la « Fenian Brotherhood » (Fraternité féniane) tandis qu’à Dublin, leur frère d’armes James Stephens créa l’ « Irish Revolutionary Brotherhood » (Fraternité révolutionnaire irlandaise). Ces deux associations furent rapidement désignées par le nom générique de Fenians.

Tandis que la branche américaine lançait des raids au Canada britannique peu suivis d’effets, les féniens irlandais tentèrent une insurrection en 1867 à Dublin mais elle fut facilement réprimée par l’armée britannique. Toutefois, ce dernier échec ne mit nullement un terme à l’influence des féniens. Soutenu par leurs cousins américains, ils versèrent dans le terrorisme en Irlande comme en Angleterre. Leur programme se limiter à revendiquer l’indépendance de l’Irlande sans autre projet politique. Au début du XXème siècle, ce mouvement se fondit petit à petit dans les nouvelles organisations indépendantistes tout en les influençant. Ainsi, les féniens synthétisèrent la volonté indépendantiste et consolidèrent la fierté nationale des irlandais tout au long du XIXème siècle.

#1361 – Gimnasia y Esgrima La Plata : Basurero

Désigne aussi bien le lieu où les ordures sont jetées et empilées (décharge) mais également la personne dont le travail consiste à ramasser les ordures (éboueur). Ce surnom aurait pu rester une insulte des fans adverses mais les supporteurs de Gimnasia l’ont repris avec fierté. Certes, il est moins populaire que triperos (cf. #621) et lobo (cf. #312) mais il demeure toujours synonyme du club argentin.

Le 2 avril 1968, Oscar Emir Venturino accéda à la présidence du club après la démission du Dr Pedro Osvaldo Enrique Soria. Sa présidence fut marquante pour l’institution bleue et blanche. Tout d’abord, 52ème président de l’association, il demeura à sa tête durant 11 années consécutives (jusqu’en 1979), la plus longue période d’exercice d’un président de Gimnasia. Ensuite, il débuta sa présidence en 1970 par un conflit. Alors que l’équipe (qui comptait Delio Onnis, Hugo Orlando Gatti, Ricardo Rezza, Roberto Zywica et Héctor Pignani) connue sous le surnom de La Barredora (le bulldozer) jouait le titre, il envoya des jeunes joueurs disputer la demi-finale contre Rosario Central (perdu 3 à 0) pour ne pas accéder aux exigences financières de l’équipe première. Enfin, il réalisa l’acquisition et la construction du centre d’entrainement de « Estancia Chica ».

Alors comme il était également le propriétaire de l’entreprise « Nueve de Julio », qui était chargée de la collecte et du traitement des déchets, le club gagna son surnom. D’ailleurs, Oscar Emir Venturino titra son autobiographie « Yo el basurero » (Moi l’éboueur). Il peut être entendue dans plusieurs des chants que les supporters de Gimnasia entonnent match après match comme dans le célèbre « Hola Basurero » (Bonjour Eboueur) ou dans le traditionnel « El Basurero provocó hasta terremotos » (La décharge provoque même des tremblements de terre), qui célèbre le but mémorable de José Perdomo lors du Clasico Platense qui eut lieu le 5 avril 1992 pour le Tournoi de Clausura.

#1345 – LDU Portoviejo : la Capira

Si vous cherchez ce terme dans le dictionnaire académique espagnol, vous serez déçu de ne trouver ni le mot capiro, ni sa forme féminine capira. Pourtant, en Amérique Latine, ce terme existe. En Equateur, il désigne un homme rustre et grossier, synonyme de montuvio, l’équivalent des cow-boy sur la côte équatorienne. Ainsi, désormais, les équatoriens l’utilisent pour dénommer un paysan de la côte.

Selon un chercheur uruguayen, il est possible que le mot capiro dérive du portugais brésilien caipira, qui caractérisait les paysans aux origines douteuses et étaient souvent attribués au peuple Guaraní. En Argentine, on trouve d’ailleurs le terme campiriño pour désigner quelqu’un d’origine paysanne ou avec peu de contacts sociaux. Le terme est donc plutôt utilisé dans le sens de « bouseux » plus que « paysan ». Mais, comme souvent, de la moquerie, il est devenu un symbole identitaire des populations visées.

La ville de Portoviejo est la capitale de la province de Manabí, située sur la côte pacifique. Et avec les régions de Guayas et de Los Ríos, elle constitue la principale zone d’habitation des Montuvios. Ces derniers sont donc la population paysanne de la côte équatorienne qui, par sa maîtrise des chevaux, apparaît comme des équivalents des cow-boy américains, des llaneros colombien et vénézuéliens et des gauchos argentins. Il ne s’agit pas d’un groupe ethnique mais cette population partage une culture forte et uniquement identifiée en Equateur.

La côte et ses plaines, arrosées par de grands fleuves côtiers et leurs affluents, propose un climat propice à l’agriculture et, dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, comptaient de nombreux propriétaires fonciers et des paysans indépendants pratiquant l’élevage laitier et une production agricole riche (cacao, café, hévéa, tagua (ivoire végétal), riz, tabac, coton, canne à sucre, bananes, ananas, oranges …). Contrairement aux populations andines, les paysans de la côte se distinguaient par un caractère indépendant et une grande mobilité ainsi que par sa machette et son chapeau de paille, dénommé toquilla. Leur culture particulière fut étudiée et mise en avant à partir des années 1920. Dans la musique et la danse, elle se distingue par l’Amorfino (chanson et danse d’amour) et le Pasillo (une adaptation locale et lente de la valse). Dans la cuisine équatorienne, les montuvios se distinguent par la diversité et la richesse de leurs plats qui allie fruits de mer et terroir, et s’articule autour du four Manabita (une boîte d’environ 1 mètre sur 1,5 mètre, rempli d’argile et alimenté au bois pour la cuisson). Les plats sont généralement présentés dans des feuilles de bananier et assaisonnés de sal prieta, une préparation à base d’arachides.

Selon le recensement équatorien de 2022, plus de 1 300 000 Équatoriens s’identifient comme montuvios (soit 7,7 % de la population équatorienne) et 33% des montuvios vivent dans la région de Manabí.

#1324 – Cove Rangers FC : the Toonsers

Comme si l’accent écossais n’avait pas suffit à dérouter plus d’un anglophone, plusieurs dialectes locaux viennent encore un peu plus écorcher la langue de Shakespeare. Au Nord-Est du pays, dans la région d’Aberdeen, le Doric se parle et, dans ce dialecte, Toonsers est un mot qui désigne un habitant de la ville (par opposition à Teuchter qui est un gars de la campagne). Et la compréhension de ce surnom peut se rechercher dans différentes sources.

Fondé en 1922, le club a longtemps évolué dans les ligues amateurs locales (jusqu’en 1985) puis pendant 33 ans dans la Highland Football League (5ème niveau nationale, regroupant les régions des Highlands ainsi que le Moray, les régions d’Aberdeen et de Dundee, l’Angus et certaines parties du Nord du Perthshire. Ce championnat accueille donc des équipes de petits villages du Nord de l’Ecosse. Or, Cove Rangers détonnait dans ce paysage car il représentait le petit village de Cove Bay, mais qui fut absorbé par la ville d’Aberdeen en 1975. Et Aberdeen est non seulement la 3ème plus grande ville d’Ecosse, avec ses 220 000 habitants, mais aussi une riche cité, avec son économie florissante (papier, textile, construction navale et maintenant l’extration pétrolière). D’où, Cove Rangers et ses joueurs étaient le symbole de la grande ville contre les petites équipes de la campagne.

Mais, la distinction pourrait aussi apparaît au sein même d’Aberdeen. En effet, Cove Bay est un quartier plutôt cossu d’Aberdeen, accueillant une petite bourgeoisie ayant réussi dans le commerce ou l’industrie. Cela opposait la ville et son équipe aux autres quartiers d’Aberdeen, plutôt représentant de la classe ouvrière qui œuvrait dans les usines textiles ou au port, dans la construction navale. Dire que ces derniers étaient des teuchters les dégradaient par opposition aux habitants de Cove Bay, qui apparaissaient comme de riches citadins.

#1294 – CD Castellón : los Orelluts

Les grandes oreilles, en valencien. Déambulez dans le stade de Castàlia, antre du CD Castellón, et vous entendrez un célèbre chant s’élever des tribunes, « Pam-pam, orellut« , qui constitue une grande partie de l’identité du club de la communauté valencienne. Ce cri de guerre a des origines qui remontent aux années 1920. A cette époque, José Alanga défendait les cages du CD Castellón et ses prouesses effrayaient les équipes adverses. Son frère, qui avait participé à la guerre du Rif (un conflit armé des années 1920 qui opposa les troupes coloniales espagnoles, françaises et marocaines aux tribus berbères de la région du Rif dans le Nord du Maroc), lui avait ramené de son séjour africain un souvenir : un petit éléphant en ébène. José le plaçait en guise d’amulette derrière son but et cet éléphant participa à sa légende. En effet, quand Alanga réalisait un arrêt spectaculaire, les supporters s’exclamaient « Olé, Orellut » ou « Molt bé Orellut ! » (Très bien grandes oreilles !), orellut faisait référence à son animal totem.

L’éléphant d’Afrique n’était pas le seul à avoir des grandes oreilles. Le long de la ligne de touche, un supporteur de Castellón, dénommé Jaime Varella, encourageait avec beaucoup d’enthousiasme son équipe. Il était connu pour deux choses. D’une part, il avait de grandes oreilles. D’autre part, pour exhorter les joueurs, il claquait sèchement dans ses mains deux fois de suite (ce qui faisait un bruit du type « pam pam »). Des fans taquins répondaient en écho à ses claquements « orellut« . Mais, pour ne pas le vexer, ils prétextaient que ces cris s’adressaient à Alanga ou qu’il s’agissait d’une chanson à l’encontre de leur rival, en rajoutant la phrase « el Valencia ha perdut » (Valence a perdu).

En 1939, après la guerre civile, la direction du club fit créer un hymne officiel au compositeur Eduardo Bosch et au parolier de Vicente Andres, avec comme titre « Pam-pam, orellut« . Mais, le titre tomba dans l’oubli jusqu’au début des années 1970. En 1971-1972, le club accéda à la première division et le journaliste sportif Crescencio López del Pozo alias Chencho souhaitait redonner vie au viel hymne. Vicente Andres, seul membre vivant du duo original, participa à la réécriture de la chanson et, le 29 mai 1972, la chanson fut enregistrée. Aujourd’hui, il s’agit d’un hymne emblématique du football espagnol.

#1288 – Royal Antwerp FC : Rood-Witte Honden

Les chiens rouge et blanc. Dans la plus grande ville flamande de Belgique, deux équipes se disputent depuis le début du XXème siècle, dans des derbys bouillonnants, le titre honorifique de « Ploeg van ‘t Stad » (équipe de la ville). La population anversoise se divise donc entre les rouge et blanc du Royal Antwerp et les blanc et mauve du Beerschot. Tandis que le Royal Antwerp évolue au Nord de la ville et représente plutôt les classes laborieuses, Beerschot occupe le terrain du Kiel au Sud de la ville et a toujours eu la réputation d’être supportée par l’aristocratie. Même lorsque les deux clubs connurent des difficultés financières à la fin des années 1990, la rivalité demeura forte et son expression entre supporteurs donna souvent lieu à de nombreux excès. Entre autres, des surnoms « d’oiseaux ».

Ainsi, les supporteurs de Beerschot comparèrent les fans d’Antwerp à des chiens car ils avaient des « grandes gueules » et aboyaient comme l’animal. A cette comparaison animalière, les couleurs du club d’Anvers furent rajoutées : le rouge et le blanc. Les fans d’Antwerp repondèrent en donnant un autre surnom peu reluisant à ceux de Beerschot que nous analyserons dans un futur article.

A la fondation du club, les joueurs du Royal évoluèrent d’abord en jaune et noir. Puis, les maillots virèrent vers le rose saumoné avant de s’établir en rouge et blanc, pour devenir les teintes traditionnelles du club anversois. Les dates comme les raisons de ces changements sont inconnues. Mais, le rouge et le blanc font indéniablement penser aux couleurs de la ville. Les armoiries de la ville représentent un chateau blanc sur un fond rouge et la bannière de la ville affichent deux bandes verticales rouges séparées au centre par une bande plus large blanche. Les armoiries datent de l’époque médiévale, le chateau étant représenté sur le sceau de la ville dès 1239. Les couleurs sont attestées depuis 1459, notamment dans l’Armorial de Gorrevod, et n’ont pas changé depuis. Cette ressemblance fait dire aux supporteurs que le Royal est l’équipe de la ville car il porte le nom de la ville et ses couleurs.

#1285 – Inter Milan : Baüscia

Terme du dialecte milanais qui désigne des fanfarons. Le football s’est retrouvé rapidement être le reflet de la société, avec ses contradictions et ses oppositions. Au départ, le jeu se répandit au travers des étudiants des universités anglaises qui venaient tous des classes bourgeoises de la société. Mais, la facilité de sa pratique séduisit rapidement les couches populaires qui y voyaient un loisir simple et plaisant. Comme au XIXème et au début du XXème siècle, ces deux strates de la société ne pouvaient cohabiter ensemble, chacune se développa au sein de ses propres structures. Parfois, ces clubs ne s’ouvraient pas statutairement aux autres classes. Et lorsqu’il n’y avait pas d’interdiction, c’était tout simplement la géographie de la ville qui empêchait des joueurs de rejoindre un club d’une autre couche sociale (Les clubs étaient attachés à un quartier de la ville où était concentrée une classe). Résultat, dans les grandes villes, il existait le club de la bourgeoisie et le club des couches populaires, ouvrières.

Milan n’échappa pas à cette rivalité. Le Milan AC vit le jour en 1899 et en 1908, suite à la dissidence de certains membres, l’Inter Milan fut fondé. Chaque classe sociale supporta son club : les ouvriers étaient plutôt derrière le Milan AC tandis que la petite bourgeoisie et les classes moyennes appréciaient plutôt l’Inter Milan. On ne sait pas pourquoi la population de Milan se répartit ainsi. Les supporteurs de l’Inter Milan commencèrent à surnommer les fans du Milan AC Casciavìt qui signifie les tournevis, afin de rappeler leur origine ouvrière (#209). En réponse, les fans du Milan AC appelèrent ceux de l’Inter Baüscia pour se moquer qu’ils venaient de manière hautaine et vantarde au stade, en automobile et endimanché. Terme du dialecte lombard, Baüscia désigne en effet une personne qui prend des airs, un vantard. Il existe des variantes comme bascia et basia, qui dérive tous de mots signifiant la salive, la bave ou le crachat.

#1284 – SV Waldhof Mannheim : der Barackler

Terme familier, même péjoratif, attesté au XXème siècle, il désigne quelqu’un qui vit dans une caserne (baracke), un bidonville. Vous l’aurez compris, ce surnom constituait une moquerie des supporteurs adverses à l’encontre des fans du Waldhof Mannheim. Evidemment, ces derniers l’ont apprivoisé, approprié et aujourd’hui, aucun fan du Waldhof Mannheim ne sentirait insulté par l’utilisation de ce surnom. Au contraire.

Au XIXème siècle, la ville de Mannheim avait perdu son prestige politique, n’étant plus la résidence du Grand-Électeur palantin, mais, dans le triptyque constitué avec Francfort et Stuttgart, Manheim devint un important centre industriel. En 1883, Carl Benz fonda sa société Benz & Cie à Mannheim. Porté par le développement de l’automobile et par une activité de construction de moteur toujours importante, son usine de Mannheim s’étendait alors sur 30 000 m2. Au début du XXème siècle, Benz & Cie. était alors le plus grand constructeur automobile au monde. Un nouveau site plus grand en dehors de la ville était nécessaire et en 1908, cette usine fut ouverte sur un terrain de 311 000 m2 dans le quartier de Waldhof, en banlieue de Mannheim. À cette époque, Benz produisait annuellement en moyenne 520 moteurs et 400 automobiles, et le nombre d’ouvriers était d’environ 1 000.

Pour faire face à la grande crise du logement après la Première Guerre mondiale, huit baraques d’habitation en bois furent construites au milieu des années 1920 par la municipalité, à proximité directe de l’usine Benz, au 65 de la rue Sandgewann. Cette proximité leur valut rapidement le nom de Benz baracke (les baraques Benz). En 1930, 5 nouvelles baraques en pierre furent édifiées, portant le nombre de logements total à 166. Ces baraquements sommaires étaient destinés aux sans-abris et assistés sociaux. Le lotissement était construit de telle sorte que deux blocs d’habitation se faisaient toujours face et partageaient une voie centrale en bois qui servait de salle de bain et toilettes communes. Le nombre d’habitants étaient inconnus mais la cité était sans aucun doute massivement surpeuplée. Après la Seconde Guerre mondiale, les baraques, parfois détruites, furent rénovées ou reconstruites en pierre et abritèrent les victimes de la guerre. Puis, à compter des années 1950, de nouveaux immeubles furent édifiés, remplaçant petit à petit les anciens baraquements. En 1972, environ 4 000 personnes vivaient dans cette zone. Aujourd’hui, le quartier, qui ne compte plus aucune baraque de l’entre-deux guerre, accueille toujours des populations pauvres et fit l’objet de 3 saisons de l’émission TV-documentaire, « Hartz und herzlich » , qui narre la vie quotidienne des personnes qui vivent dans des zones dites socialement défavorisées.

#1242 – FC Nitra : Trogári

Les « canailles ». Le surnom s’est imposé comme celui des habitants de Nitra mais le mot trogár possède plusieurs significations. Dans le jargon de Nitra, il désignait un gars de la ville ou une canaille. Lorsque les mères grondaient leurs fils, elles leur disaient souvent « Ty si taký trogár, alebo trogárisko » (vous êtes vraiment des canailles). Mais, pour les villes et villages environnants, le terme avait une connotation plus péjorative : un bandit, un mendiant ou un ivrogne.

La capitale Bratislava et la ville de Nitra détiennent une riche histoire, en étant certainement les deux plus anciennes ville de Slovaquie. Les plus anciennes découvertes archéologiques à Nitra remontent à environ 25 000 à 30 000 ans et depuis 6 000 ans, la présence humaine dans la région est continue. Centre important des Celtes puis plus tard des Germains, les premiers slaves de Slovaquie s’installèrent au V-VIème siècle autour de Nitra. Ce surnom prend ses origines dans un épisode malheureux de la ville.

Au XVIIIème siècle, comme l’Egypte de Pharaon, la région enchainait les fléaux. Inféodée aux Habsbourg, la ville était secouée par des soulèvements nationalistes, notamment entre 1703 et 1711, avec une armée menée par des hongrois, les Kuruc. Ces évènements aboutirent à l’incendie de la ville en 1708. Suivirent une invasion de sauterelles et un tremblement de terre. Mais, la pire tragédie était à venir. En 1710 et surtout en 1739 et 1740, la peste revint à Nitra et les décès s’accumulèrent. Un quart de la population périt lors de ces épidémies. Pour transporter les morts jusqu’aux fosses communes, des brouettes simples, composées d’une planche droite, une roue et deux poignées, faisaient le tour de la ville de Nitra. Ces chariots se nommaient tragač et les charretiers qui effectuaient ce travail étaient alors appelés trogár. L’épisode marqua la ville. Une colonne en l’honneur de la Vierge, Mariánsky stĺp, fut érigée en 1750 en remerciement pour la fin de l’épidémie de peste. Le mot trogár demeura attaché aux habitants de Nitra.

#1232 – Djurgårdens IF : Apor

Les singes. Dans les années 1980, les supporteurs adverses, en particulier ceux des rivaux de l’AIK et de Hammarby IF, avaient pris l’habitude de jeter aux joueurs et aux fans de Djurgårdens des bananes, les comparant ainsi aux primates. Evidemment que ce geste était insultant mais se basait sur une réalité du quartier insulaire de Stockholm. En effet, l’île de Djurgården accueille depuis la fin du XIXème siècle le musée en plein air de Skansen, qui abrite également un parc zoologique. Alors que la Suède connaissait de profonds changements, Artur Hazelius, craignait que la culture populaire suédoise disparût et créa ainsi en 1891 un musée réunissant des pièces de la vie quotidienne. Plus de 140 bâtisses typiques furent ainsi reconstruites pierre par pierre dans ce parc. Dans les premières années, le musée hébergea également des espèces présentes en Suède comme des rennes, des chiens, des poules, des oies et des canards. Puis, il fut reconnu comme un zoo en 1924 lorsqu’il reçut les fonds nécessaires pour construire la maison des singes, appelée Djurhuset. A compter de cette date, le cheptel d’animaux comprenait ceux endémiques de la Suède ainsi que des exotiques comme des perroquets, tortues, poissons et donc aussi des babouins, gibbons et petits singes. Ainsi, depuis plus d’un siècle, le quartier de Djurgården est connu pour ce musée et sa montagne aux singes.

Comme souvent avec des surnoms ironiques, les fans moqués se l’approprient et le tournent alors en fierté. Et donc les supporteurs de Djurgården n’hésitent pas aujourd’hui à afficher des primates et les tiffos affichant un gorille (un gorille est plus impressionant et moins amusant qu’un singe) ne sont pas rares. Le club lui-même joue sur cet aspect en vendant des t-shirts où le logo de l’entreprise Chiquita, un des plus grands producteurs de bananes au monde, était confondu avec celui du club et le slogan « Ge oss bananer » (donnez nous des bananes) apparaissait en dessous. Résultat, beaucoup dans les tribunes pensaient que la tradition du lancer de bananes était innocente et était un élément folklorique de la rivalité historique entre les supporters des trois grands clubs de Stockholm.  Toutefois, elle trouva ses limites quand, au début des années 2000, le gardien de Djurgårdens IF était le gambien Pa Dembo Touray. Le folklore empruntait alors le chemin de manifestations racistes et finit donc par disparaitre. En revanche, le surnom résista à cette prise de conscience du public.