#1402 – CD Maldonado : Verdirrojo

Les vert et rouge. Aujourd’hui, direction l’Uruguay. Loin de l’hégémonie écrasante des géants de Montevideo (Peñarol et Nacional), nous partons sur la côte pour découvrir une institution fascinante : le Club Deportivo Maldonado. En 1928, les Jeux Olympiques se déroulaient à Amsterdam et le tournoi de football représentait, en l’absence de Coupe du Monde, le titre le plus important du ballon rond. Après avoir éliminé les Pays-Bas, pays organisateur, l’Allemagne et l’Italie, déjà deux mastodontes, l’Uruguay remportait la médaille d’or face aux Argentins. Dans l’euphorie de cette victoire, une bande d’amis passionnés décide de fonder une équipe dans la ville de Maldonado. Le 25 août 1928. le club du Batacazo FC vit le jour. Les fondateurs hésitèrent pour le nom avec “Honor y Patria” (Honneur et Patrie), “Nacional del Este”, “Jefatura » (Chef), « Peñarol del Este » (Peñarol de l’Est), “2do. Atlético”, “Casa García” et “Por si pega” (Au cas où). Finalement, la majorité vota pour Batacazo, un terme en espagnol que l’on pourrait traduire par « le coup d’éclat » ou « l’immense surprise ». Puis, en 1932, la direction décida de le rebaptiser Deportivo Maldonado afin de représenter la ville au championnat départemental.

Pour le choix des couleurs, une légende romantique a longtemps circulé, s’ancrant profondément dans la culture populaire locale. Le Rouge aurait été choisi pour représenter le sang, le courage inébranlable et la passion ardente des joueurs sur le terrain. Le Vert aurait été une référence à la nature environnante, et plus spécifiquement aux célèbres pins qui peuplent la région côtière de Maldonado et de Punta del Este. L’explication est belle et s’intègre à merveille dans le folklore mystique du football sud-américain. Mais la réalité historique serait tout autre. L’un des pères fondateurs du club, Juan Delfino, démentit ce beau mythe. Interrogé des années plus tard sur la signification de la tunique rayée vert et rouge, il expliqua que les fondateurs trouvaient tout simplement que le rouge et le vert s’associaient bien et que ces deux teintes leur plaisaient. Pas de grande symbolique cachée ou d’hommage à la flore locale : juste le choix purement esthétique d’une bande de jeunes qui voulaient avoir de l’allure sur le terrain.

#1401 – Aalborg BK : de Bolchestribede

Rayés comme les bonbons. L’équipe du Jutland se distingue dans le championnat danois par ses maillots rouges et blancs rayés verticalement. Il n’y a pas de source historique suffisamment précises qui permettent de dater le choix de ses maillots. Mais les plus anciennes photos du club (au moins de 1917) montrent que cet équipement était déjà présent. Les raisons qui ont amené ce choix sont encore moins connues mais je vais m’hasarder à quelques hypothèses, les plus probables au regard de la fondation du club. Car si la création du club est ancienne, elle n’en demeure pas moins courante pour l’époque. Le 13 mai 1885, des ingénieurs anglais travaillant à la construction du réseau ferroviaire du Jutland fondèrent un club qui était consacré au cricket les premières années. Initialement nommée Aalborg Cricketklub, il devint Aalborg Boldklub (club de balle d’Aalborg) en 1899. Le football y fut introduit en 1902 et est depuis devenu le sport principal. Les couleurs rouges et blanches pourraient être un rappel des fondateurs au drapeau anglais (la croix de Saint-Georges rouge sur fond blanc) tout comme une déclaration à leur nouvelle patrie, le Danemark dont le drapeau représente la Croix de Saint Olaf blanche sur fond rouge. Enfin, si le football donna naissance au maillot du club, alors il faut rappeler qu’au début du XXème siècle, Sunderland AFC était le club anglais dominant et ses joueurs portaient des maillots rayés verticalement rouges et blancs (qui inspirèrent par exemple ceux de l’Athletic Bilbao et du FC Séville).

En revanche, si les origines du maillots d’Aalborg demeurent inconnues, son surnom s’explique plus facilement. Les joueurs portent des maillots rayés qui ressemblent à une friandise. Les bolsjer (ou bolcher, qui se prononcent un peu comme « bol-cheur ») sont de petits bonbons durs traditionnels, semblables à nos berlingots, qui sont une véritable institution au Danemark. La légende raconte qu’au XVIIème siècle, le roi Christian V souffrait de violents maux de gorge. Son médecin lui prescrivit de l’huile d’anis pour le soulager, mais le roi détestait ce goût et refusait de prendre son remède. Pour le piéger, le médecin eut l’idée de mélanger l’anis avec du sucre fondu et un peu de jus de betterave pour lui donner une belle couleur rouge. Le roi adora le bonbon, et le Kongen af Danmark, ce berlingot rouge, naquit et demeure encore aujourd’hui l’un des bolsjer les plus populaires du pays. Car, il existe plusieurs sortes de bolsjer. Celui qui a donné son surnom à Aalborg est le Bismarck Rød (le Bismarck rouge) avec ses fameuses rayures rouges et blanches et sa saveur inchangée depuis plus d’un siècle à la menthe poivrée. Pourquoi un bonbon danois porte-t-il le nom du célèbre chancelier allemand, Otto von Bismarck ? Les sources les plus classiques affirment que ce bonbon fut créé en 1876 et nommé en l’honneur du chancelier allemand, qui était alors l’une des figures politiques les plus incontournables d’Europe. Mais, une autre version plus savoureuse existe. A la fin du XIXème siècle, les bonbons n’avaient généralement que le goût de sucre pur. L’histoire raconte que vers 1891, un confiseur maladroit renversa accidentellement de l’huile essentielle de menthe poivrée sur sa table de préparation. En goûtant le résultat, quelqu’un s’exclama « Det har en bismag », ce qui se traduit par « Ça a un arrière-goût ». Sauf que dans la bourgeoisie danoise de l’époque, il était chic de parler avec un accent mêlant danois et allemand. La phrase prononcée devenait donc « Es harbe ein bismach ! ». Par le bouche-à-oreille et des déformations amusantes, le mot bismag (arrière-goût) se transforma en Bismarck.

#1381 – Club Always Ready : el Millonario

Le millionaire. La décennie 1950 représentent les plus belles années de l’histoire du club, qui ouvrait les premières lignes de son palmarès et s’imposa alors comme l’une des institutions les plus prestigieuses du pays. CAR remporta deux championnats professionnels de La Paz (1951 et 1957), qui, à l’époque, était considéré comme le championnat le plus difficile du pays et le championnat national non-officiel, ainsi que 3 titres de vice-champion (1952, 1953 et 1959). Le surnom apparût au début de cette décennie suite au choix du club de changer de maillot.

A la création du club, en 1933, l’uniforme de CAR se composait d’un maillot rouge barré d’une diagonale blanche et une autre bleue, d’un short blanc et de chaussettes grises. En 1950, pour une raison inconnue, la tunique devint blanche avec une diagonale rouge accompagné d’un short bleu électrique et de chaussettes grises. Or, cette tenue ressemblait à s’y méprendre au club argentin de River Plate dont les initiales étaient CARP, proche de celles du club bolivien. Dans les années 1950, River Plate rayonnait nationalement, remportant les titres de champion de 1952, 1953, 1955, 1956 et 1957, et sa renommée innondait le continent sud-américain. Il avait gagné le surnom de los millonarios (les millionaires) vingt ans auparavant (cf. #238). La ressemblance avec CAR était si forte que le club bolivien fut surnommé milionario.

Dans les années 1980, CAR poussa le mimétisme en adoptant un short noir comme le club argentin et aujourd’hui encore, il s’agit de sa tenue.

#1357 – MSV Duisbourg : die Zebras

Les zèbres. L’équidé apparaît de partout au siège comme au Schauinsland-Reisen-Arena, en passant par tous les produits dérivés. Associé à l’écusson du club, il est aussi accolé aux différents éléments de sa vie : les boutiques du club (Zebra Shop), l’hymne (« Zebratwist »), le magazine (« ZebraMagazin »), les supporteurs (« Die Zebras 74 »), l’association (« Zebra-Familie ») … Et bien entendu, la mascotte du club est un zèbre dénommé « Ennatz » (provenant du surnom d’un des joueurs légendaires du club, Bernard Dietz).

Fondé le 2 juin 1902 sous le nom de Meidericher Spiel-Verein, le club arborait déjà ses couleurs désormais traditionnelles, bleu et blanche. Donc pas les couleurs du pelage du zèbre, animal qui a souvent inspiré le surnom des équipes évoluant en maillot rayé noir et blanc (Royal Charleroi #268, Miramar Misiones #1298 et surtout la Juventus #36). Toutefois, Duisbourg adopta rapidement un maillot à rayures horizontales bleues et blanches (au moins à compter de la saison 1909-1910 comme le montre une photo de l’époque). Ce motif rayé devint une identité visuelle emblématique du club et rappelait pour les supporteurs la robe d’un zèbre. Ainsi, dans les années 1920, le surnom die zebras apparut pour désigner l’équipe. Il s’agissait d’une des premières périodes d’apogée de Duisbourg qui dominait ses championnats régionaux et participa pour la première fois au championnat d’Allemagne de l’Ouest, puis au championnat allemand. Ses bons résultats firent affluer des invitations pour des matchs amicaux de toute l’Allemagne (notamment de Berlin) mais également de l’étranger (Ajax d’Amsterdam en 1920). Ce fut aussi en 1920 qu’une petite entorse fut réalisée puisque l’équipe porta une nouvelle tenue composée d’un maillot blanc et d’un short noir.

Le club exploite désormais à fond ce surnom. Le maillot du club a d’ailleurs parfois adopté des rayures toujours horizontales mais peu rectilignes pour imiter les rayures spécifiques de la robe du zèbre.

#1327 – CS San Lorenzo : el Rayadito

Le rayé. Son écusson comme son maillot laisse peu de place au doute. Ils sont tous deux barrés de verticales rouges et blanches, qui ont donné l’identité et le surnom du club de la 3ème ville du pays. Dans cette dernière, le football s’imposa rapidement et plusieurs clubs virent le jour au début du XXème siècle (Club Juvenil Sudamérica en 1902, FC ​10 de Agosto en 1907, 13 de Junio ​​​​de Reducto le 10 juin 1910 et le Club Cerro Corá en 1916). Mais, l’histoire du CS San Lorenzo débuta plus tardivement. Le 17 avril 1930, le club de Tacuary Sport fut créé au domicile de M. Félix Rolón. Mais, tout ce mouvement sportif fut interrompu par la Guerre du Chaco, qui déstabilisa une nouvelle fois le Paraguay. Lorsque le conflit prit fin, un groupe d’athlètes de San Lorenzo décida de recréer un club sur les cendres du Tacuary Sport, le 16 août 1936, en le nommant Sportivo San Lorenzo.

Si le nouveau club s’inscrivait dans la continuité du Tacuary, les membres choisirent toutefois de nouveaux symboles dont les couleurs du maillot. Mais, deux versions s’affrontent. L’une des histoires raconte que M. Cecilio González proposa le bleu et le rouge, similaires au maillot du Club Cerro Porteño, qui avait été champion du Paraguay l’année précédente. La motion fut acceptée et une personne fut désigné pour se rendre à Asunción et acquérir ces tenues auprès du magasin d’articles de sport, Casa Ferro. Malheureusement, ce dernier ne disposait pas de suffisamment de maillots correspondant à la demande et proposa des chemises à rayures rouges et blanches, en lui indiquant qu’elles étaient en solde. A l’époque les alternatives étant limitées et les voyages difficiles et couteux, le représentant du club acheta ces vêtements et retourna à San Lorenzo. Cette tenue ravit les membres du club car, d’une part, le mariage des deux couleurs la rendait éclatante et originale. D’autre part, le rouge et le blanc étaient les teintes de la bannière de la cité.

L’autre version indique que les couleurs furent choisies pour rendre honneur à celui qui donna son nom à la cité, Saint Laurent. Ce dernier, diacre du pape Sixte II, fut brulé vif à Rome en l’an 258. Il est généralement représenté avec un costume de diacre, composé d’une aube blanche et d’une dalmatique rouge. En outre, le rouge rappelle le sang versé ainsi que la couleur du feu qui a consumé Saint Laurent. Les rayures du maillot représenteraient même le gril de fer rougi au feu sur lequel il brula vif.

A noter qu’une autre résolution du conseil d’administration indiqua que ce maillot devait être accompagné d’un shot bleu. La tenue du club ressemble alors à celle de l’équipe nationale et arbore les 3 couleurs du drapeau. Peut-être une petite piqure nationaliste après la victoire dans la Guerre du Chaco.

#1283 – Club Puebla : Franja, Franjiazules

La bande, la bande bleue. Le maillot de l’équipe de la ville de Puebla (de Zaragoza) se distingue des autres équipes mexicaines par cette bande qui le scinde diagonalement, de l’épaule droite vers la hanche gauche. Cette particularité se retrouve sur d’autres tenues d’équipe sud-américaines comme les fameux argentins de River Plate (#900), les péruviens de Municipal (#480) et les uruguayens de Danubio (#109). Et si je cite cette similitude avec ces équipes, ce n’est pas par hasard.

Le 7 mai 1944, un groupe d’hommes d’affaires d’origine espagnole dirigé par Joaquín Díaz Laredo et Alfonso Sobero Nevares, fondait l’équipe de Puebla. Initialement, le maillot de l’équipe devait avoir deux bandes verticales, une placée sur chaque épaule. Mais, finalement, les fondateurs préférèrent placer l’équipe sous de meilleures auspices en choisissant un design qui rendait hommage à River Plate. L’équipe argentine comptait déjà un beau palmarès (6 championnats d’Argentine) mais surtout éblouissait par son jeu offensif et sa quintette d’attaquants (surnommée La Máquina).

Le maillot était donc blanc mais contrairement à River Plate, la bande était bleue. Les couleurs bleu et blanche rendaient hommage à l’artisanal traditionnel local, les Talavera. Ces céramiques principalement de couleur bleu et blanche sont des faïences émaillées de type majolique, représentant des ustensiles courants tels que des assiettes, des plats, des vases, des bols, des vases et des articles religieux. La qualité de l’argile se trouvant dans la région de Puebla favorisa le développement de cet artisanat, importé d’Espagne, à compter du XVIème siècle, au moment de la fondation de la ville.

Certains avancent également que le bleu et le blanc plaisaient au fondateur Joaquín Díaz Laredo, un homme pieux, qui vénérait la Vierge de l’Immaculée Conception. En effet, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue. Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus. Plus prosaïquement, à compter du XIIIème siècle, le bleu est la couleur des princes et nobles car le pigment bleu (dit de lapis-lazuli) était l’un des plus chers. Les tissus bleus démontraient donc la richesse et la noblesse de son porteur. L’Eglise se serait servie de cette riche symbolique pour désigner le caractère sacré de la Sainte Vierge.

Ce maillot fait donc l’identité du club et la fierté de ses supporteurs, au point, qu’il donna naissance à une expression rentrée dans le langage populaire mexicain, « Ponte la del Puebla« . Comme la bande qui divise le maillot, cette expression familière signifie le partage, dans le sens « s’il te plaît, partage avec moi ». Malgré cela, par deux fois, des tentatives furent faites d’abandonner cette histoire. En 1996, la famille Abed racheta l’équipe de Puebla et, dans le cadre d’une stratégie visant à établir une nouvelle identité, le bleu fut remplacé par l’orange. Après un an et de nombreuses protestations des supporters, le bleu revint. En 2012, sous la direction de Ricardo Henaine, Puebla changea le bleu par du rouge dans le cadre d’un conflit politique avec le gouvernement de l’État. Là aussi, le retour à la tradition fut fait rapidement.

#1021 – KS Cracovie : Pasy

Les rayures, les ceintures. Ce surnom se réfère au maillot rayé de l’équipe. Champion de Pologne à 5 reprises (ce qui lui confère le droit d’arborer une étoile sur son maillot) et supporté à son époque par le pape Jean-Paul II, le KS Cracovie est le plus ancien club sportif actif de Pologne, sa fondation datant de 1906. Au début du XXème siècle, plusieurs équipes de camarades commencèrent à émerger dans la seconde ville de Pologne. Le 4 juin 1906, un premier match opposa une équipe dénommée studenci (étudiants) ou przodownikami (précurseurs) à Czarni Lviv. Le même jour, une autre équipe montée à la hate, akademicy (académique), affronta le KGS IV Gimnazjum Lviv. Quelques jours plus tard, akademicy devint AKF Cracovia. A l’initiative de Tadeusz Konczyński, un promoteur du football à Cracovie, un tournoi fut organisé dans la ville en Octobre 1906. A cette occasion, Tadeusz Konczyński offrit un jeu de maillot aux deux clubs les plus anciens de la ville, AKF Cracovia et Studenci. Le premier décida d’opter pour un maillot bleu assorti d’une ceinture blanche, couleurs de la ville de Cracovie. Le second opta pour un maillot rayé aux couleurs nationales rouge et blanche et prit le nom Biało-Czerwoni (Blanc-Rouge). En 1907, les deux équipes décidèrent de fusionner. Le nouveau club conserva le nom Cracovia et opta pour les couleurs rouge et blanche. Le choix de garder ces couleurs dans une communauté polonaise privée de son propre État et sous domination de l’Empire Austro-Hongrois (pour Cracovie) était une forte affirmation de son identité patriotique et son soutien à la cause indépendantiste.

Le rouge et le blanc sont les couleurs nationales de la Pologne qui apparaissent sur son drapeau et sur ses armes (un aigle blanc sur fond rouge). La légende raconte que le fondateur de la Pologne, Lech, lors d’une escale près de Poznań, vit un grand nid sur un arbre. A l’intérieur se trouvait un aigle blanc avec trois poussins. Lorsque Lech le regarda, l’aigle déploya ses ailes dans un ciel rougit par le couché du soleil. Emerveillé par cette image, Lech décida de s’installer à cet endroit, mit l’aigle dans ses armoiries, et nomma l’endroit Gniezdno (aujourd’hui Gniezno), dérivant du mot nid. Pour prosaïquement, le peuple slave Polane qui résidait au IXème et Xème siècle sur une partie des régions de l’actuel Pologne prit l’aigle comme symbole, certainement après avoir côtoyé à ses frontières le Saint Empire Romain Germanique (dont le symbole de l’Aigle provenait de l’Empire Romain). Etabli à Giecz puis à Gniezno, la maison Piast unifia les différentes tribus polanes et donna naissance au premier État polonais vers le milieu du Xème siècle. Cette maison royale avait pour armoirie un aigle blanc sur fond rouge qui devint par la suite le symbole de la Pologne.

#976 – CD Universidad Católica : la Franja

La bande. Le maillot blanc de la Católica se distingue par une bande horizontale bleue au niveau de la poitrine. C’est devenu l’un des déterminants de l’identité du club. Mais, elle n’apparut pas aux origines du club. Les prémices de la section football de l’Université se trouvent dans la participation d’une équipe dénommée Universidad Católica FC à la première division de l’Asociación Nacional de Football (une des ligues chiliennes existant au début du XXème siècle) en 1908. Un an plus tard (1er novembre 1909), l’Universidad Católica disputa l’un des premiers Clásico Universitario face à l’Universidad de Chile avec, semble-t-il, un maillot vert.

En 1927, l’équipe devint membre de la fédération sportive de l’Universidad Católica, qui regroupait les différentes disciplines sportives pratiquées à l’université, qui fut fondée le 30 août de la même année. Il s’agissait d’une première officialisation administrative du club. Les symboles des différentes sections furent définis et institutionnalisés par la fédération le 19 novembre 1927, dont les couleurs évidemment. 3 teintes furent choisies : blanc, bleu et rouge. Le blanc symbolise la pureté immaculée, la vertu et la morale tandis que la croix de couleur bleue représente Jésus-Christ et son royaume céleste. Enfin, les initiales en rouge rappelle le sang divin qui rachète l’homme. Ces 3 couleurs étaient également celles du drapeau chilien et l’Université avait donc la volonté de rappeler son engagement religieux et nationale. A cette date, le maillot devint paré de rayures verticales blanches et bleues. Auparavant, il était plutôt uni et varié du bleu au gris en passant par le rouge ou le blanc.

En 1930, la branche football, dirigée par l’ancien joueur Enrique Teuche, commencait à disputer des matchs amicaux contre des équipes semi-professionnelles et professionnelles de la Asociación de Fútbol de Santiago. Le club rejoint également la Club Universitario de Deportes et participa aux Jeux olympiques universitaires. Lors de cette compétition, l’Universidad Católica affronta l’Universidad de Chile et porta pour la première fois une tunique blanche avec une bande horizontale bleue. Ce fut le point de départ de la tradition.

#974 – CA Chacarita Juniors : Tricolor

Le tricolor. Surnom qui n’a rien d’étonnant étant donné que les joueurs du club arborent un maillot avec 3 couleurs, rouge, noir et blanc. Précisément, il s’agit d’une tunique rayée de ces 3 couleurs. Le dessinateur et écrivain argentin, Roberto Fontanarrosa, passionné de football et supporteur de Rosario Central, exprimait dans son livre référence sur le football argentin « No te vayas campeón » son amour pour le maillot de Chacarita « Qué linda es la camiseta de Chacarita. Es más, si algún día me hacen uno de esos tontos reportajes llamados “ping-pong”, cuando me pregunten por “una camiseta”, diré: “La de Chacarita”. Es la que más me gusta (…) la de Chacarita tiene, si se quiere, un toque de sofisticación, de ingenio. Y yo creo que ese toque reside en esa línea finita, blanca, que se ha colado entre las rojas y las negras, más anchas y prepotentes. Esa línea delgada y blanca aporta un trazo de distinción, brinda luz, relieve, cierto brillo. » (Qu’elle est belle la chemise de Chacarita. D’ailleurs, si un jour ils font un de ces interviews « ping-pong » à la con, quand ils me demanderont « une chemise », je dirai : « Celle de Chacarita ». C’est celle que j’aime le plus (…) Chacarita’s a, si vous voulez, une touche de sophistication, d’ingéniosité. Et je pense que cette touche réside dans cette fine ligne blanche, qui s’est glissée entre les lignes rouge et noire, plus larges et plus imposantes. Cette fine ligne blanche apporte une touche de distinction, de lumière, de relief, un certain éclat.).

La tradition raconte que ces couleurs faisaient référence à leurs origines. Le club fut fondé le jour de la fête du travail, le 1er mai 1906, par une bande d’amis, dans les bureaux de la section 17 du Parti Socialiste local. Dans ce quartier populaire, les membres étaient tous proches des idées socialistes d’où le choix du rouge. Le noir pourrait laisser penser à une autre tendance politique de gauche, l’anarchisme de la puissante Federación Obrera Regional Argentina (Fédération Ouvrière Régionale Argentine – FORA), rattachée à la Première Internationale. Mais, il est plus communément admis que le noir représenterait le cimetière qui rythme la vie du quartier de Chacarita depuis le XIXème siècle et demeure l’un des plus grands du monde (cf. #855). Enfin, le blanc signifierait la pureté qui caractérise la jeunesse, le lien avec le terme « junior » dans le nom du club.

Toutefois, initialement, le club n’évolua pas dans ces couleurs devenues traditionnelles. Tout débuta avec un maillot bleu ciel avec une bande blanche horizontale sur la poitrine. Mais, à partir de 1911, certains des joueurs désertèrent vers d’autres clubs voisins et la section football perdit de sa splendeur. En 1919, une nouvelle direction décida de donner une nouvelle impulsion avec une « refondation » . Cette renaissance serait passée par le nouveau maillot tricolore. Toutefois, aucun document ou témoignage permet de prouver les raisons de ce changement, ni de le dater. D’ailleurs, l’acte de refondation ne mentionnait ni les couleurs ni les maillots.

Avant même le maillot bleu ciel, selon l’un des fondateurs, José Manuel Lema, le premier équipement porté par l’équipe consistait en une veste blanche avec un petit bouclier en guise de poche et était un cadeau de la sœur d’un des membres, Alfredo Palacios. Le 18 avril 1907, le journal « La Argentina » publiait un article qui décrivait le maillot du club comme rouge et blanc accompagné d’un pantalon blanc. Le 2 mai 1908, le journal « El Mundo » rapportait un changement de tenue avec une chemise rayée verte et blanche ainsi qu’un short bleu marine. Le 9 août 1922, le journal « La República » mentionnait un match entre Chacarita Juniors et Vida y Acción où le club évoluait avec une tenue bleue. Finalement, le fameux tricolore serait apparu en 1924. Le 12 avril de cette année, une publication de « Última hora » annonçait que Chacarita changeait ses couleurs. Selon le journal, Chacarita Juniors s’était fourni auprès d’une entreprise européenne après que les dirigeants de l’institution décidèrent ce changement afin de se distinguer des nombreux clubs qui portaient du bleu. Ces 3 couleurs proviendraient d’un maillot porté par l’un des acteurs de la refondation, Nicodemo Perticone. Selon son fils, le tissu de ce maillot aurait été offert à la mère de Nicodemo par une autre immigrée d’origine arabe sur le bateau qui les emmenaient vers l’Argentine. Mais, le tissu étant trop coloré pour la mode de l’époque, la mère de Nicodemo aurait confectionné un maillot pour que son fils pût jouer au football. Nicolás Caputo, un autre pionner de la refondation, fut séduit par les couleurs originales du maillot de son compère et les proposa à la direction.

#972 – Rayo Vallecano de Madrid : Franja, Franjirrojos

La frange (la bande), la frange rouge. A Madrid, le football se résume aux deux grands clubs, le Real et l’Atlético. Mais s’agissant d’une terre de football, d’autres clubs vivent et survivent dans la capitale espagnole et sa proche banlieue (Getafe CF, CD Leganés, AD Alcorcón, Rayo Majahonda, Rayo Vallecano, Internacional de Madrid, CF Fuenlabrada …). Parmi ceux-ci, le Rayo Vallecano est l’un des plus anciens, ayant été fondé le 29 mai 1924. Situé dans le quartier de Vallecas, le club navigue entre la seconde et la première division. Il est notamment connu pour son maillot blanc arborant une diagonale rouge, qui donna son surnom au club.

A la création du club, l’uniforme choisi était une chemise et un short blancs, avec des chaussettes noires. Les fondateurs s’inspirèrent-ils du Real Madrid ? L’histoire ne le raconte pas. Petit club, il traversait régulièrement des crises économique et en 1948, les dirigeants recherchèrent des soutiens. Le voisin de l’Atlético Madrid répondit positivement et un pacte fut scellé, l’Atlético cédant quelques joueurs au Rayo Vallecano. Mais il n’était pas acceptable pour les colchoneros (cf. #43) que le partenaire pût afficher un kit similaire à celui de son rival. Ils exigèrent alors que le Rayo afficha des éléments rouges sur son maillot, ce qu’il fut fait en intégrant à ses vêtements une bande rouge. La direction du Rayo s’inspira de l’un des clubs phares de l’après-guerre, le CA River Plate (cf. #900). Durant les années 1940, le club argentin connut une période faste (comme le football argentin) avec une équipe qui était surnommée la maquina tant elle dominait. Elle remporta 4 championnats (1941, 1942, 1945 et 1947) et fut vice-champion en 1943, 1944 et 1948, avec des joueurs emblématiques tels que José Manuel Moreno, Adolfo Pedernera, Amadeo Carrizo et Alfredo Di Stéfano. Cette équipe termina deuxième au premier tournoi continental sud-américain de clubs en 1948 (Campeonato Sudamericano de Campeones).

Après un an de collaboration, l’alliance prit fin mais Vallecano décida de conserver leur bande rouge sur le maillot. En 1953, River Plate se rendit en Espagne pour jouer un match amical face au Real Madrid. Le club de Vallecas adressa au club argentin une photo de son équipe en signe d’admiration. En retour, le club argentin fit livrer au Rayo un jeu complet de maillots, shorts et chaussettes pour ses joueurs. Les deux clubs se rencontrèrent sur le terrain une seule fois, en 1978 lors d’un tournoi amical (Trofeo Villa de Madrid). Les argentins remportèrent la partie par le plus petit des scores (1-0).