#750 – Brighton & Hove Albion FC : the Seagulls

Les mouettes. En matière de surnom, le football anglais demeure l’un des plus engagés, développés, et ce dès les premières années de son existence. Fondé en 1901, le pensionnaire actuel de Premier League n’a pas adhéré facilement à cette tradition. Lambs (agneaux) et Shrimps (crevettes) se succédèrent pendant les premières années mais se diffusèrent peu parmi les supporteurs. En 1950, le Brighton Standard, organe non officiel des fans, organisa un concours pour trouver un nouveau surnom mais celui plébiscité, Brovion, dérivé du nom du club, ne rencontra pas plus de succès. A l’été 1972, le club lança un vote pour trouver un surnom. Parmi les suggestions, les références à la situation maritime de la ville furent nombreuses (Coasters, Seasiders et Mariners). D’autres mettaient en avant l’âge d’or de Brighton sous le Prince Régent à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème (Regents, Sovereigns, Bucks, Royals). Enfin, les oiseaux furent une autre source d’inspiration (Bluebirds, Swifts, Seagulls et Martlets). Mais le choix le plus populaire se porta sur dolphins (dauphins). Un delphinarium avait ouvert ses portes à Brighton en 1968, ce qui avait certainement influencé le choix. Surtout, les armoires de la ville de Brighton affichaient deux dauphins. Ces derniers marquèrent la longue histoire de Brighton mais il n’est pas facile de retracer leur origine. Par une conclusion hâtive, on pourrait penser que les dauphins ont été adoptés afin de rappeler le lien entre cette cité côtière et la mer (en l’occurence la Manche). Mais, les dauphins pourraient provenir des armoiries de deux familles qui firent parti des notables de la ville : la famille Scrase, associée au manoir de Brighton et la famille Lashmar. Le surnom plut en tout cas, au point que l’animal intégra le nouvel écusson du club en 1974. Mais, il ne resta que 3 ans et fut remplaçé rapidement (en 1977) par les mouettes.

Situé dans le Sussex, Brighton se retrouve isolé de la plupart des autres équipes de football, les laissant sans véritable derby à disputer. Pourtant, une rivalité va se construire avec un club situé à plus de 80 km de Brighton. En 1976, Alan Mullery fut nommé manager de l’équipe de Brighton tandis que Terry Venables débutait sa carrière d’entraineur dans le club londonien de Crystal Palace. En 3ème division, les deux clubs bataillèrent toute la saison 1976-1977 pour la montée (ils se recontrèrent 5 fois lors de cette saison) et leurs entraineurs nourrissaient en plus une certaine hostilité (qui remontait à leur passage en tant que joueur à Tottenham). Cette rivalité se renforça les deux saisons suivantes, les deux clubs évoluant dans les mêmes divisions et partageant les mêmes objectifs. Et finalement, bien que séparé de 80 km, l’autoroute A23 reliait aussi directement la ville à ce quartier sud de Londres. Or, Crystal Palace étant connu sous le nom de eagles (aigles), les fans de Brighton ne furent pas séduits de leur opposer un dauphin. Ainsi, face aux supporteurs de Crystal Palace qui scandaient « Eagles, Eagles! » , ceux de Brighton répondirent par des cris de mouettes et des chants « Seagulls, Seagulls! » (un oiseau courant sur la côte). Le surnom prit rapidement et s’imposa donc dès 1977 sur le blason du club.

#745 – FC Corvinul Hunedoara : Corbii

Les corbeaux. Disparu en 2004, le club fondé en 1921 était l’un de ses pourvoyeurs de talents durant le régime communiste pour les clubs de Bucarest, en particulier le Dinamo. Son nom (Corvinul) comme son blason reprennent le symbole de la ville, le corbeau. Hunedoara est inexorablement lié à la famille Hunyadi, maison également connue sous le nom de CorvinCorvinus ou Corvinești. A compter du XIVème siècle, la cité était connue comme la résidence de la famille Hunyadi. Le 18 octobre 1409, Wayk de Hunyad fut annobli et reçut en récompense de sa bravoure militaire et sa loyauté envers Sigismond de Luxembourg, roi de Hongrie, la citadelle et le domaine royal de Hunedoara. Le village reçut les privilèges de ville en 1448 et le fils de Wayk, Jean Hunyadi, consolida la citadelle, la réputation de la ville ainsi que la position de la famille. Matthias Corvin, fils de Jean, continua l’oeuvre de son père, en agradissant le château de Hunedoara qui devint l’un des plus grands du monde médiéval, et le pouvoir de la maison Hunyadi. Le nom de la cité serait une translation du hongrois Hunyadvár signifiant « Château de Hunyad ». Cette forteresse était le signe de la puissance de la famille Hunyadi, témoignant de sa grandeur en tant que guerriers et hommes d’État. Matthias fut d’ailleurs élu Roi de Hongrie. Les origines de cette famille demeurent confuses tout comme l’animal qui la représentait, le corbeau. Son nom, CorvinCorvinus ou Corvinești provient certainement du mot latin corvus (corbeau). L’oiseau s’affichait aussi sur les armoiries en tenant dans son bec un anneau en or. D’où vient ce lien avec le corbeau ? D’après les annales de Silésie, un jour un corbeau vola l’anneau que le roi Jean Hunyadi avait retiré de son doigt. Jean parvint à le tuer avec son arc et récupéra sa bague. Selon la légende, il aurait alors pris le corbeau comme symbole de son sceau pour commémorer cet incident. D’autres historiens pensent que les armoiries rappellent que le chateau de la famille se situait sur le rocher au corbeau (Hollókő en hongrois). Certains prétendent que la mère de Matthias put communiqué avec lui lorsqu’il fut emprisonné à Prague graçe à un corbeau. Cette histoire permet aussi d’expliquer pourquoi le service postal hongrois a eu comme symbole un corbeau pendant plus d’un siècle. Mais, finalement, ce lien pourrait être « parlant » car l’origine géographique de la famille étant obscure, leur racine pourrait être la ville serbe de Kovin.

Outre le corbeau, le club hérita également du surnom de Corviniștii qui signife les Corvin (du nom de la famille).

#738 – Gaziantepspor : Şahinler

Les faucons. Le 31 juillet 2020, après 53 ans d’existence, les faucons s’écrasèrent définitivement, ne pouvant assumer leurs dettes envers les joueurs. Avant cette triste fin, ils bousculèrent un peu la domination stambouliote en terminant dans les premières places du championnat au début des années 2000. Le rapace déploit ses ailes sur le blason du club et fait référence à Mehmed Said, mieux connu sous le nom de Şahin Bey. Né à Gaziantep en 1877, il fut tout d’abord un militaire qui défendit l’Empire Ottoman au Yemen ou en Libye. Au lendemain de la Première Guerre mondiale qui vit l’Empire Ottoman s’effondrait et être partagé entre ou occupé par différents pays (Grèce, France, Grande-Bretagne, Kurdistan, Arménie), Şahin Bey intégra le Kuva-yi Milliye, une organisation de résistance turque qui, dans le sillage de Mustapha Kemal, cherchait à chasser les occupants et établir la République turque. Il entreprit la défense de la route Kilis-Gaziantep et organisa les forces miliciennes de la ville de Gaziantep. Fin février-début Mars 1920, il repoussa les forces françaises près de Gaziantep. Puis, le 24 mars 1920, une importante force française lança une opération contre la ville d’Urfa, à 140 km de Gaziantep. Une nouvelle fois, Şahin Bey et ses miliciens parvinrent à stopper le convoi français. Cependant, en raison de l’arrivée de renfort et de la puissance de feu des militaires fraçais, Şahin Bey et ses troupes durent battre en retraite. Il mourrut le 28 mars 1920, lors de cette retraite. Aujourd’hui, il est un personnage important de Gaziantep. Son nom a été donné à un quartier de Gaziantep en raison de ses efforts pour défendre la ville. Un mausolée a été construit en son honneur sur l’autoroute Gaziantep-Kilis, à l’endroit où il perdit la vie. La combativité et le courage qu’il démontra dans sa lutte sur le chemin d’Urfa amenèrent à son surnom de Şahin (faucon).

Outre la référence au héros de la résistance Şahin Bey, le club opta pour le noir et rouge comme couleurs pour rendre hommage aux 6 317 « martyrs » qui défendirent la ville pendant 10 mois face aux forces françaises en 1920-1921. Le noir est pour porter leur deuil et le rouge rappelle leur sang.

#723 – GS Dóxa Dráma : Μαυραετοί

Les aigles noirs. Le football fit irruption dans la ville de Drama par l’intermédiaire de troupes britanniques stationnant dans la région à l’issue de la Première Guerre mondiale. Après un match entre les soldats et les habitants de la ville, l’idée de la création d’un club de football fit son chemin. En 1918, naquit le club sous le nom de Pileas (Pélée, le père d’Achille) qui devint un an plus tard Dóxa Dráma (Dóxa signifiant la gloire). Le premier écusson du club affichait un trefle où dans chaque pétale s’inscrivait une initiale du nom du club. Au début des années 1950, le trefle se transforma en aigle, qui devint alors le surnom du club. Mais, ni la date exacte de ce changement, ni ses raisons ne sont connues. La mention du noir rappelle la couleur du maillot (noir et blanc). Le choix du noir avait pour objectif de rendre hommage aux habitants de la ville, victime des guerres passées, en particulier des guerres balkaniques. La ville de Drama située dans la région de Macédoine-Orientale-et-Thrace souffrit de l’occupation des Ottamans puis surtout des Bulgares. Lors de la première guerre des Balkans d’octobre 1912 à juin 1913, Drama fut sous administration bulgare. Puis, en 1913, même si revendiquée par les Bulgares, la ville fut finalement rattachée à la Grèce et acceuillit de nombreux réfugiés grecs des régions avoisinantes. En 1916, pour la deuxième fois, les Bulgares envahirent la ville et toute la région du Nord-Est de la Grèce. Pendant ces deux années d’occupation, la population grecque fut persécutée et affamée, conduisant 4 000 Grecs de la région à mourir de faim et de maladie. Pour la ville de Drama, 1 965 personnes furent exilés vers des camps de concentration et des travaux forcés en Bulgarie, dont seulement 1 359 revinrent.

#707 – Breiðablik Kópavogur : Blikar

Le mot provient de la dernière syllabe du nom du club est fait penser à la splendeur, le scintillement. Mais, il pourrait aussi reposer sur le mot bliki qui désigne le canard mâle en islandais. Plus connu pour son équipe féminine (18 fois championnes du pays) que celle des hommes (1 fois championne en 2010 avec tout de même plusieurs secondes places ces dernières années), le club possède un nom plutôt singulier Breiðablik, sur lequel il convient de se pencher. En effet, ce dernier fait appel à la Mythologie nordique puisque le Breiðablik est le domaine où règne le dieu Baldr. Situé dans les cieux il s’agit d’une contrée où le mal est banni. Dans l’Edda de Snorri Sturluson (dans sa première partie dénommée Gylfaginning), l’auteur explique qu' »en ce lieu rien ne peut être impur » ou « il n’y a pas dans le ciel de plus belle demeure ». Il n’en fallait pas moins pour Baldr, dieu de la lumière, la beauté, la jeunesse et l’amour. Avec comme « parrain » le dieu de la lumière, le club prit pour blason une torche blanche avec une flamme rouge sur fond vert. D’où la référence à la splendeur, au scintillement paraît logique. Comme vous l’aurez noté, la couleur principale de Breiðablik est le vert. Or, le canard colvert, qui arbore un superbe plumage vert au niveau de son visage, demeure certainement le plus connu et reconnaissable de tous les canards. Le surnom joue donc certainement sur ces deux aspects.

#699 – Lillestrøm SK : Kanarifugla

Les canaris. Les joueurs du club norvégien évoluent avec un maillot jaune vif qui fait naturellement penser à l’oiseau. L’utilisation de ce surnom traditionnel remonte au début des années 1950 (lors de la saison 1952-1953) par le journaliste Folke Bålstad qui en fut l’initiateur. Bålstad était journaliste et arbitre de football. Fan du football anglais, il fut certainement inspiré par le surnom du club de Norwich (#51) et le reprit donc pour qualifier l’équipe norvégienne. Dans les années 50, Lillestrøm jouait un football léger et technique, fait de très nombreuses passes. Bålstad, qui avait un langage fleuri, surnomma également ce football Hardangersøm, qui une broderie typique de la région de Hardanger en Norvège. Mais, la référence au canari est certainement liée à la couleur du maillot du club qu’à son style de jeu.

La question est de savoir pourquoi les fondateurs optèrent pour un maillot jaune. Malheureusement, la raison est inconnue. Le club résulta de la fusion de deux associations, le 2 avril 1917, Lillestrøm Idrætslag et Sportsklubben Rask. Ces deux derniers était également le résultat de nombreux fusions de plusieurs clubs. Le jaune était-il une couleur commune ou alors justement la couleur d’aucun des deux clubs ? Les supporteurs du KFL (Kanari-Fansen Lillestrøm) raccourcirent le surnom en Fugla (oiseau) à partir des années 1990.

#658 – FC Spartak Varna : Соколите

Les faucons. Deuxième club (après le CSKA) à représenter la Bulgarie dans les compétitions européennes, il fut fondé le 28 août 1918 par un groupe de jeunes qui jouaient au football ensemble depuis deux ans. La légende veut que Milan Georgiev, un des fondateurs, ramassa une plume de faucon qu’il trouva en se rendant à l’assemblée constituante. Il suggéra alors que le nom du club soit Сокол (faucon). Mais, au moment de l’enregistrement officiel, les fondateurs durent changer pour Български сокол (Faucon Bulgare), car il existait à cette époque à Varna une association de chasseur qui se dénommait déjà Сокол. Toutefois, il est possible de penser qu’au-delà du lyrisme de trouver une plume de l’oiseau, les jeunes fondateurs exprimèrent aussi une opinion politique. En Tchéquie, naquit en 1862 Sokol, une association qui avait pour objectif de promouvoir l’identité slave et en particulier le nationalisme tchèque. Pour y parvenir, Sokol prônait une philosophie basée sur la pratique sportive et les valeurs morales. L’association devint une pierre angulaire dans la construction du jeune état Tchécoslovaque mais également dans l’émergence du panslavisme. Ainsi, essaimèrent dans tous les pays slaves encore sous domination de l’Empire Austro-Hongrois des associations sportives Sokol. Ce mouvement choisit un drapeau, un hymne et un symbole, le faucon (qui est la traduction du mot tchèque sokol). Cet oiseau représentait la liberté et le courage dans les pays slaves. Donc, rajouter Български (bulgare) au nom du club qui avait déjà une similitude avec un mouvement panslave dans les années 1918 où ce panslavisme était à son apogée, cela conforte l’hypothèse que l’histoire de la plume trouvée n’est peut-être qu’une légende.

#648 – SC Preußen Münster : die Adler, die Adlerträger

Les aigles, les porteurs de l’Aigle. 1871, la France de Napoléon III venait de s’effondrer face à la Confédération de l’Allemagne du Nord (qui réunissait 22 Etats du Saint Empire). La Prusse, avec son ministre-président Otto von Bismarck, dominait cette confédération qui était l’une des ultimes étapes vers l’unification de l’Allemagne. Depuis l’effondrement de l’Empire Romain d’Occident, la future Allemagne était constituée de nombreux Etats indépendants réunis dans le Saint-Empire romain germanique. A partir de 1850, le développement économique de ces Etats les poussait vers l’unification, soutenus également par les révolutions politiques européennes de 1848. La Prusse était alors le royaume le plus vaste et le plus puissant, notamment militairement, ce qui conduisit en 1849 le parlement de Francfort à offrir le titre de kaiser (empereur) au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV. Ce dernier refusa pour diverses raisons mais l’unification était en route sous l’impulsion et l’aura de la Prusse. A partir de 1862 et sa nomination en tant que président-ministre de Prusse, Otto von Bismarck devint l’architecte de l’unification. Les guerres face à l’Autriche (1866) puis la France (1870) permirent de fédérer les Etats derrière la Prusse. Ces deux pays défaits, l’Empire Allemand put être proclamé le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Guillaume Ier de Prusse à sa tête. Un peu plus de trente ans plus tard, le nationalisme allemand était encore bien présents, le nouvel Empire se construisant économiquement et politiquement dans l’affrontement avec la France et l’Empire britannique.

Ce fut dans ce contexte que les clubs sportifs allemands (principalement en gymnastique et en football) naquirent au sein des collèges. Les étudiants, emprunts de romantisme et de nationalisme allemand, donnèrent souvent des noms à leurs nouvelles associations en lien avec l’histoire allemande et en particulier la Prusse : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Alemannia pour le peuple germanique qui donna son nom à l’Allemagne (à Aix-la-Chapelle), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin), Deutsche Fahne qui signifiait Drapeau Allemand (à Dortmund), et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre) Ainsi, le 30 avril 1906, le club fut fondé sous le nom de FC Preußen Münster par des étudiants du collège Johann-Conrad-Schlaun. Ces derniers reprirent également les couleurs du royaume de Prusse, le noir et le blanc (auquel le vert fut ajouté) et surtout son emblème, l’Aigle, qui trône depuis sur l’écusson du club et donc sur le maillot des joueurs.

La Prusse vit le jour à partir de la conquête des terres sur la Pologne par les chevaliers teutoniques. Puis, la famille noble des Hohenzollern conquit et unifia terre après terre les régions brandebourgeoises et prussiennes pour fonder le Royaume de Prusse au début du XVIIIème siècle. Les armes de la Prusse reprirent les couleurs de cette famille, noir et blanc, ainsi que l’aigle monocéphale. Ce symbole fut transmis alors à l’Empire Allemand de 1871. Mais, l’oiseau était aussi un symbole du Saint-Empire romain germanique. Lorsque Charlemagne devint souverain de l’Empire d’Occident en l’an 800, il souhaita son titre comme un transfert de l’Empire Romain (selon l’idée de la Translatio imperii). Les armes du Saint-Empire poursuivit cette idée. Ces dernières représentant un aigle noir sur fond jaune devint attestées vers 1250, la « Chronica maiora » , un livre historique du moine bénédictin anglais, Matthieu Paris, attribuant un Reichsadler (l’aigle impérial) à deux têtes à l’Empereur Otto IV. Ce symbolisme était une reprise des attributs de l’Empire Romain. Depuis la nuit des temps, l’aigle était considéré comme un messager des dieux. Dans la mythologie, il symbolisait Zeus pour les grecs, Jupiter pour les Romains et Odin pour les Teutons. En plus de l’éternité divine, il représentait également le courage et la force, d’où l’apparition de l’oiseau sur les bannières militaires. Ainsi, l’aigle s’imposa sur l’étendard des légions romaines entre 104 et 102 av. J.-C. par la volonté de Caius Marius, dont la remise de l’Aquila était une distinction honorifique.

#647 – Bristol City FC : the Robins

Les rouges-gorges. Fondé le 12 Avril 1894, le club évolua dès le début dans des maillots de couleur rouge qui ressemblait alors au plumage du rouge-gorge. Pendant ses 127 années d’existence, les seules fantaisies furent un short bleu la première année et quelques touches de noir au début des années 1980 et des années 2010. Même en 1900 lorsque le club fusionna avec son voisin de Bedminster FC, qui portait des maillots bordeaux et or, Bristol conserva ses maillots rouges. La raison de porter du rouge est inconnue. Différentes hypothèses furent avancées mais aucune ne paraît tenir.

Jusqu’à l’obtention de son statut professionnel, le club se dénommait Bristol South End, peut-être en l’honneur de Preston North End, le club majeur à cette époque (champion d’Angleterre en 1889 et 1890, et vice-champion les 3 années suivantes). Comme Preston évoluait en bleu, les fondateurs auraient pu retenir le rouge (comme un parallèle de l’opposition North-South). En parlant d’opposition, le grand rival local de City est Bristol Rovers qui porte des maillots bleus. Seulement, les Rovers n’optèrent pour le bleu qu’au début des années 1930, soit bien après l’adoption du rouge par City.

Personnellement, j’avancerais que les dirigeants s’inspirèrent des armoiries de la ville (un bateau et un fort) qui apparaissent sur un fond rouge. Il se peut aussi que ce choix soit beaucoup moins réfléchit et ne résulte que du fait que le maillot rouge était le plus simple à se procurer (à l’époque, de nombreuses équipes portaient un maillot rouge). Naturellement, les premiers surnoms du club se calquèrent à la couleur du maillot.

Ce fut donc les Reds (rouge) et Red Shirts (Maillots rouges). Mais aussi les Garabaldians (garibaldiens) car les partisans du patriote italien portaient des chemises rouges (cf. #430). En 1949, le maillot afficha pour la première fois un blason où apparaissait un rouge-gorge. Cet oiseau fit certainement son apparition dans la vie du club suite à la sortie de la chanson « When The Red, Red Robin Comes Bob, Bob, Bobbing Along » (quand le rouge rouge-gorge vient, bob, bob sautille) en 1926. Dans les années 1930, le manager du club se nommait Bob Hewison et résultat, en référence au titre de la chanson (bob comme le manager + ressemblance des maillots rouges avec le plumage de l’oiseau), les supporteurs brandirent dans le stade des panneaux avec un rouge-gorge. Le rouge-gorge demeura sur le maillot jusqu’en 1969 où il fut remplacé par les armoiries de Bristol. Face au protestation des fans, 7 ans plus tard, l’oiseau revint, avec l’accession du club en première division. En 1994, nouvelle tentative de le remplacer par une version simplifiée du blason de Bristol. Nouvel échec auprès des fans mais ces derniers attendirent 2013 pour lancer une campagne demandant la restauration du rouge-gorge. En Novembre 2014, leur pétition attira 1 000 signatures. Au lieu de cela, le club répondit avec une version simplifiée du blason. Lors de la saison 2018, la direction choisit un retour timide du rouge-gorge sur les maillots extérieurs qui fut évidement bien reçu par les supporteurs. En vue de marquer les 125 ans du club en 2019, le bureau marketing Mr B & Friends, mandaté par le club, organisa une consultation auprès des fans pour déterminer le nouveau design du blason du club. 3 350 personnes répondirent et 75% d’entre eux approuvèrent le retour du rouge-gorge. Depuis, l’oiseau trône de nouveau sur le maillot rouge.

#641 – Fagiano Okayama : ファジ

Fagi est le diminutif du nom du club, Fagiano. Fagiano est un terme italien signifiant faisan, qui est l’animal symbole de la préfecture d’Okayama. Comment a-t-il pris cette place dans cette préfecture comme pour le club ?

Le faisan provient d’un vieux conte traditionnel japonais, certainement l’un des plus célèbres. Evidemment comme beaucoup de légende venant de la fin des temps, l’histoire peut varier dans son récit comme dans les personnages en fonction de l’époque où elle est racontée ou de la région. Toutefois, il existe une trame commune que je vais résumer. Selon la légende datant de l’époque d’Edo, une femme se rendit à la rivière pour y laver son linge lorsqu’elle vit une pêche géante flotter. Elle la rapporta chez elle afin de cuisiner un plat à son mari. Mais, lorsqu’ils l’ouvrirent, un enfant en sortit. Comme ce couple n’avait pas d’enfant, ils l’adoptèrent immédiatement et le nommèrent 桃太郎 (Momotarô – momo veut dire « pêche » et tarô est un prénom très courant pour les fils aînés au Japon).

Alors qu’il devint un adolescent fort, les habitants rapportèrent que des démons (oni) habitaient l’île d’ 鬼ヶ島 (Onigashima) et demandèrent à Momotarô de les chasser. Momotarô s’en alla les affronter et sur son chemin il rencontra un chien, un singe et un faisan, doués de parole (les 4 animaux figurent dans l’astrologie japonaise). Ils partagèrent un repas composé de raviolis de millet. Les 4 compagnons allèrent à Onigashima, bâtèrent les démons et dérobèrent leur trésor et leurs vivres. A leur retour au village, Momotarô partagea le butin avec les habitants et devint un héros.

Aujourd’hui comme par le passé, la légende de Momotarô est l’une des plus traditionnels et célèbres du folklore japonais. Son héros symbolise la générosité, le courage et la persévérance et l’histoire vante les mérites du travail en équipe et la défense des opprimés. Elle devenait même une allégorie, un élément de la propagande, lorsque l’Empire Japonais était en guerre. Les démons représentaient les ennemies (la Russie en 1905 et les Alliés lors de la Seconde Guerre Mondiale) et Momotarô, le valeureux peuple japonais et sa formidable armée.